TROISIÈME ROI DE FRANCE
régna 3 ans.
(An iaa3.)
D. A quel âge Louis jiii monta- t-il sur le trône ?
jR. Il était âgé de trente-six ans. Il s*étaits> giialé contre les Anglais et les Albigeois. Sa valeur l'avait fait surnommer le Lion. Henri iii, roi d'Angleterre , au lieu de se trouver à son sacre , comme il le devait en sa qualité de duc de Guienne et de pair de France , lui envoya demander la restitution de la Normandie. Louis, pour toute réponse , fit publier la coi>- Hscation que son père avait faite de touts les fiefs de la couronne de France possédés par les Anglais. Bientôt il part à la tête de son armée, prend Niort, Saint-Jean-d'Angely , le Limousin, l'Aunis, et généralement tout ce qui appartenait aux Anglais en-deçà de la
Garonne. Il ne leur restait plàs que la Gaacogne , quand Louis s'arrêta au milieu de ses victoires.
D. Pourquoi Louis Vin ne donna- t-îl pas suite à ses avantages sur les Anglais P
R. Parce qu'il se laissa entraîner par le pape et par les ecclésiastiques dans la guerre contre les Albigeois. Il fit le siëge d'Avignon , et s'en rendit maître. Il s'avahça ensuite jusqu'aux environs de Toulouse. Mais la saison ne loi permettant plus de l'assimiler , il mourut en revenant à Paiis. On soupçonna qu'il avait été empoisonné par Thibaut , comte de Champagne. Il lég^ia par son testament cient sous à Iftacune des deux mille léproseries ou ïacîre* ries de son royaume -, ce qui prouve combien la lèpre faisait de ravages, depuis que les croisés l'avaient apportée d'Orient.
D. Qu'est-ce que la ches>alerie^ qui était devenue si florissante au temps de Louis viii?
R, hvichesfalerie ^ dont on trouve quelque* traces dès le règne de Charlemagne , et qui » depuis, fit des progrès considérables, était un établissement militaire et politique , où. l'on n'avançait qu'après de longues ^»preuves. Un jeune candidat , dès l'âge de sept à huit ans, passait dans la maison de quelque illustre chevalier pour le servir en qualité de page ou de
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damoiseau. L'amour 4e Diea et Tamour des dames , aisaient la matière de$ leçotis qu'il y recevait. Â quatorze ans, le jeune homme , sorti hors de pagd montait au rang des écujrers. Leur emploi était d'habiller leur maître, de porter son armure, etc. On ne devenait chevalier qu'à vingt et un ans au moins. Les jeunes , les veilles dans une église, et plusieursautres pr^tiquésde dévotion « précédaient la fameuse cérémonie de l'accolade , qui consistait en un petit soufflet, et en trois coups de plat d)épée qu'on donnait au novice, en lui disant :/De par Dieu , Notre-Dame^ et ^nons^gf^mr saint Denis j je tefaischevalier. S^târfoa lour faisait jurer de sacrifier leur llfe et leur biçn pour la défense de la religion , de l'État , des veuves , des orphelins et de touts ceux qui auraient besoin de secours. Rien n'est plus connu que leur passion pour les aventures périlleuses. La gloire excitait sans eesse leur émulation ; mais l'histoire ne doit pas dissimuler que souvent ils étaient aussi licencieux en amour que terribles: en faits d'armes.
LOUIS IX OU SAINTE-LOUIS-, QtJAKlWTR-QUA- TRIÉMjB KOI DE FIUKCB ,
régaa 44 ^^^* (An iaa6.)
D. De qui Louis ix ëtait-il fils ?
R. De Louis viii et de Blanche de Castille , sou épouse* Il n'avait pas encore douze ans lorsqu'il parvint au trône. La reine Blanche fut régente du royaume. C'était une princesse accomplie. Elle dissipa, par sa fermeté , les troubles qu'excitai^ l'ambition de quelques vassaux. Les soins du gouvernement ne l'empêchèrent point de se donner à l'éducation de ses enfants > et sur- tout à celle du roi. Elle
ikvait pris soin de Tlnstruire dès sa plus tendre enfance 9 et de lui imprimer de bonne heure dans l'esprit et dans le cœur ks vérités de la ï^Ugion chrétienne. Elle ne cessait de lui dire : Quelque tendresse que f aie pour vous, mon fils, f aimerais mieux cous ,wir mort que souillé d! un péché mortel. ,
D. Que fit Louis ix, lorsqu'il fut parvenu à râg0 de majorité ?
jR. Il prit les rênes de. l'état , mais sans rien perdre de sa confiance pour la reine mère. Depuis plusieurs années , il gouvernait avec elle •, elle continua de gouverner
avec lui. Il appela à son conseil les personnages les plus habiles , réprima Tabùs de la juridiction trop étendue des ecclésiastiques, maintint, contre les prétentions du saintsiège, les libertés de Téglise gallicane, et ne s'occupa que du bonheur et de la gloire de ses sujets. Une sage administration le mit en état d'augmenter son domaine de plusieurs terres considérables qu'il acheta , et de lever de fortes armées.
D. Quelles guerres fit Louis ix ?
Ji, Il fit la guerre au comte de la Marche , son vassal, qui s'était révolté, et qui était soutenu par Henri m , roi d'Angleterre, Louis marcha ç(>ntrele$ epnemis, et força tout ce qui lui restait. La Charente séparait les deux armées. Il veut passer cette rivière sur le pont de Taillebourg ^ défendu par nn fort dont les Anglais étaient maîtres. .Après un combat sanglant et inutile, il s'élance luimême sur le pdnt , le sabre à la main , et se trouve exposé à touts les traits des ennemis ; il les met en pleine déroute , et le lendemain remporte sur eux une seconde victoire, aux portes de Saintes. Le roi d'Angleterre prend la fuite*, le comte de la Marche, désespéré, n'a plus de ressource que dans la clémence du vainqueur. Il va se jeter k ses pieds, et en
obtient son pardon. La bonté de Louis est encore plus admirable que ses triomphes.
D. Qael projet forma le roi de France , après* avoir terminé la guerre contre le comte de la Marche et contre le roi d'Angleterre ?
M. Ce prince, dans une maladie dangereuse qui fit craindre à la France de perdre le meilleur des rois, s'engagea par vœu à porter la guerre en Palestine. En vain la reine^ mère, la plupart des seigneurs, l'évoque de Paris sur-tout , employèrent toutes les raisons imaginables pour le détourner de ce dessein ; rien ne l'ébranla. Après trois ans de préparatifs, il confia le gouvernement de la France k la reine Blanche, et s'embarqua à Aiguës- ^orfe^^ avec la reine Marguerite de Provence son épouse, les princes ses frères , et presque tonte la chevalerie française.
D. Quel fut le résultat de la première croisade de Louis ix ?
R. lï fut très malheureux. Une violente tempête dispersa la flotte. Louis en rassembla les débris , et arriva à la rade de Damiette , ville très forte, à l'embouchure du Nil. Les vaisseaux de l'armée des Mahométans bordaient le rivage \ la descente paraissait infiniment dangereuse *, mais le raonaf qite français était intrépide. A peine son vaisseau est*il à
ta portée da trait ^ qu'il se jette dans la mer , répée à la main, s'avance au milieu d'une grêle de flëckes , gagne le rivage , range ses troupes en bataille , et met en déroute les Sarrasins. Damiettè ouvre ses portes. Les Français s'avancent spr le Caire, capitale de TEgypte, où ils se flattaient de trouver des trésors im*menses.Us passent le Nil à la vue desinfiddyies, que le comté d'Artois , frère du roi, poursuit imprudemment jusque dans la ville de Mixàr soure : le jeuoa héros y tombe couvert de blessures. Le roi accourt pour le secourir , et fait des prodiges de valeur, fiientât de nonr veaux combats aflaiblissenl; l'armée : les ma* ladies ei la disette surviennent ensuite^ tout le camp n'est qu'un hôpital. On prend le pard de retourner à Danûette; mais le roi est bit prisonnier avec toute la noblesse.
D. Comment Louis ix supporta-^i-il sa eaprtvité? .
M. Il padFUt aussi grand dans les fers, que sur le trône. Cesi le plus fier chrétien que nous ajrohs vu ^ disaient les Musulmans, Ils lui demandèrent Daraiette et cent mille marcs d'argent pour sa rançon. Le généreux monarque répondit qu'un roi de. France ne se raclietait point à prix d'argent ; qu'il donnerait Dàmiettepoursa personne, et la somme qu'on
exigeait pour ses sujets. Ou conclut une trêve de dix ans entre les deux Jutions.
D. Le roi de France revint-il dans ses ëta^s immédiatement après la trêve conclue avec les Sarrasins ?
M. Ston : il passa en Pialestine. Les lettres pressantes de sa mère , les instances des seigneurs ne purent éteindre le désir qu'il ^vait de chasser les Sarrasins de Jérusalem. Si Je pars j disait-il , le royaume de Jérusalem est perdu. Quelquies fortifications réparées , cpxelqués petites ambassades, quelques pèlerinages de dévotion, furent tout le fruit de son opi* niâtre persévérance.
D. Quel motif d^termÎM 0nfin te pieux roi à revenir en France ?
jR. Ce fut la mort de la rein^ Blanche.
Louis trouva le royaume tranquille et florissant« Il continua de £aire le bonbevr de son peuple et la gloire de la France. Il s'appliqua sur- tout à faire fletudr la juMice. On sait qu'il la rendait lui-même à ses sujets sous les arbres de Vincennes. Le comte d'Anjou, som frère, élaiteii procès avftc un gentijihomm^ Celui-ci , c(^amu^ par les oifi^i^rs dM pciuce , en Ap-* pelle à laq<^iiiur du rni^ iLe cqip^ le'f^it met^q en prison : l<^ iroi 9U Qit iuforiii^» était venir son frère* Crojrezr^tM)us^ luiditril ,, qtA'Udowej
avoir plus dun souverain en France^ ou que voussojez au-dessus des lois, parce que vous êtes mon frère ? Le monarque ordonne que le gentilhomme soit mis en liberté , et qn'il vienne se défendre. Il lui assigne des aTOcats, personne n'osant plaider sa cause. On examiue Tafiaire, et le comte d'Anjou est condamné.
D. La France jouit-elle long-temps du bonheur-que lui procurait le retour de son juste souverain ?
R. Elle n'en jouit que treize ans. Louis avait toujours nourri dans «on cœur le projet de retourner à la Terre-Sainte. Il fit son testament , et nomma , pour régents du royaume, Mathieu , abbé de Saint-Dénis ; et Simon de Glermont, comte de Nesle. Ensuite, W s'embarqua de nouveau à Âigues«Mortes , «i passa en Afrique. Ce fut la dernière croisade. II assiégea Tunis : mais une maladie contagieuse
attaqua son armée; le roi mourut au milieu" delà consternation générale, en 1270.
D. Quelle idée devons- nous avoir de Louis IX ? •'^
jR. Un auteur anglais Ta nomrafé le roi des rois ; TégKse l'a mis au rang dés seuhts , et l'histoire au rang des plus grands monarques eldes plus sages législateurs. Il est vrai qu'il favorisa ^inquisition , et qu'il se livra imprudemment
( i45 ) au goût des croisades. Mais qu'on se transporte au temps où il vécut, et l'on y trouvera son excuse ; qu'on le compare aux princes ses contemporains , et on le regardera comme un prodige dans l'art de régner.
D. De quels établissements la France estelle redevable à saint Louis ?
R. La France lui doit l'établissement d'une bibliothèque publique, la fondation de l'hô-* pital des Quinze- P^in^gts en faveur de troii cents gentilshommes aveugles. Il contribua beaucoup à la fondation de la Sorbonné^ l'une des plus célèbres écoles de TEurope pour la théologie. C'est à ce prince que remonte l'institution des notaires royaux \ il en créa soixante doffice.
D. Saint Louis eut-il des enfants?
R. Il en eut onze de Marguerite de Provence, son épouse , savoir, six garçons et cinq filles. Parmi les garçons on remarque Phi* lippe-le«Hardi, qui succéda à son père \ et Robert, qui épousa Béatrix de Bourbon. De ce mariage est issue la branche de Bourbon , qui est montée sur le trône de France trois cenis ans après , en la personne de Henri iv.
PHILIPPE m, dit LE HA.RDI, QUlRANTE-CIfïQUIÈME