‹ Instruction sur l'histoire de France: augmentée et continuée jusqu'au règne de Charles X; etChapitre 8 sur 30 · VINGT-CINQUIÈME ROI DE FRANCE · texte numérisé non relu

VINGT-CINQUIÈME ROI DE FRANCE

régna 27 ans.

.(An 814.)

D. Quel âge avait Louis -le-*Débonnaire, à son avènement à la couronne?

R. Trente-six ans. Ayant appris la mort de son père, il se rendit à Aix-la-Chapelle , et il y fut de nouveau proclamé roi et empereur.

Ce prince était d'une bonté excessive, ce

qui lui fit donner le surnom de Débonnaire, U avait une pieté peu éclairée; il s'occupait trop des affaires de l'église , et trop peu du gouvernement de rétat. Il s'attira la haine du clergé , et perdit l'estime de ses sujets.

D. Quelles fautes commit Louis i*' au commencement de son règne?

R. Sa première faute fut de disgracier deux frères qui avaient la confiance de Charlemagne : Adelard , ^bbé de Corbie, et le fameux comte Vala, qui devint son ennemi sous l'habit de moine. Il en fit bientôt une plus grande, en partageant sa puissance avec ses trois fils. U associa Lothaire , l'ainé , à l'empire ; il donna le royaume d'Aquitaine à Pépin , et à Louis la Bavière,

D. Quel chagrin le partage de ses états attira-t-il à Louis-le-Débonnaire?

R. Il lui donna un ennemi dans Bernard , roi dltalie, qui avait des prétentions à l'empire, parce que son père était l'aîné du roi de France. Bernard , irrité* d'une association contraire h ses vues, et excité par quelques évoques mécontents, leva une armée contre l'empereur , son oncle*,;X:;'était un vassal révolté, digne d'un châtiment sévère. Ceux qui l'avaient poussé à la révolte le trahirent; ses troupes l'abandonnèrent sans combat* Il vint

(87) se jeter aux pieds de Louis , et implora sa clë-» mence. Il fat jugé et condamné à mort. L'em-^ pereur, pour toute grâce, lui fit crever les yeux. Le malheureux Bernard en mourut, et le royaume d'Italie fut réuni Ha France. Peu content de cette victime, l'empereur fit arrêter touts lespartiôans de son neveu, et leur fit subir le même supplice. Mais bientôt les remords s'emparèrent de son cœur. II cou-voque une assemblée générale , et supplie les ëvéques de l'admettre àla pénitence publique. Le fils, le successeur de Charlemagne, parait au milieu de ses sujets , couvert d'un cilice et dans Thumble posture d'un criminel|^

D. Les fils de Louis-le-Débonnaire ne se déclarèrent-ils pas eux-mêmes les ennemis de leur père ?

R. Oui, Louis, qui s'était dépouillé d'une partie de son autorité en faveur de ses enfants, ne trouva en eux que des ingrats. Depuis le partage de ses états , il avait épousé en secondes noces Judith j fille d'un seigneur de.Bavière. Cette princesse ambitieuse, et d'une réputation équivoque, lui donna un fils nommé Charles. L'empereur voulut assurer à cet enfant un sort digne de sa naissance*, il démembra l'empire en sa faveur. Les trois enfants du premier lit se liguent et se révoltent contre

( as )

leur père. Uue foule de mécontents saisissent cette occasion pour^ cabaler. Labbé Vala se met à la tête des factieux. Plusieurs ëvêques distingues se joignent à lui. Louis est contraint de s'humilier de nouveau. Il consent que sa femme , accusée d'avoir un mauvais commerce avec le comte Bernard, ministre du royaume, soit enfermée dans un couvent, et il promet de se gouverner dorénavant par les conseils de ses sujets.

D. La paix fut*elle rétablie pour long* temps entre Louis i" et ses enfants ?

jR. Non : une nouvelle sédition éclata bientôt. Le rappel de Timpératrice Judith en fut la cause. Les trois frères se liguèrent de nouveau. Lothaire persuada au papo Grégoire iv de se déclarer pour eux dans une cause où ils outrageaient la nature. Quelques prélats , fidelles à leur souverain , écrivirent à Grégoire une lettre pleine de force. Ils lui dirent que , s'ilétaitvenupourexcommumerleroiyils'en retournerait excommunié lui-même. Le pontife se rendit au camp de Louis , sous prétextei^ de négocier un accommodement. Pendant les conférences , on débaucha les troupes du mariheureux monarque. Abandonné et trahi , il se livra entre les mains de ses enfatits. Une assemblée tumultuaire le déposa, et conféra

(89) Tempire à Lothaire son fil9. Le pape reprit alors le chemin de Rome.

D. Qu'imagltia«^t*^on pour empêcher Loulsle*Dëbonnaire de remonter sur le trône?

jR. On imagina de le àoqmettre pour toujours à la pénitence publique. Comme l«s canons de Tëglise défendaient aux pénitents de porter lés armes ^ et de se mêler d'aflaires civiles , on supposa que Tempereur ne pourrait plus régner.

Dans une assemblée de prélats et de seigneurs, Ehboti, évéque de Rheims, homme sans moeurs et sans naissance , que Louis avait élevé au plnshaut rang, déclama en furieux contrelui , et présenta un mémoire d'accusations , où , entr*autres choses, on lui reprochait d'avoir exilé des gens d'église , d'avoir faitmarcherdes troupes pendant ie carême, et d'avoir engagé * les peuples à combattre contre ses fils, c'està-dire, d'avoir voulu réprimer des enfants rebelles. Sur ces accusations, Teropereur, sans être entendu, est condamné à la pénitence pu* bliqne pour le reste de ses jours.>^

D. Louis i"" se soumit-*il à la sentence de déposition prononcée contre lui ?

R. On lui envoya des évêques pour lui persuader de se soumettre au jugement rendu contre lui^ et, ce qu'il y a d'étonnant, c'est que ce prince connut assez peu les droits de son auguste caractère pour céder à leurs sollici-

(90) Utioas^Ea cp^séquence , on FameDa à Téglise de Notrè-^Dame de Soissons , où les évéques ^ieot assemblés , ayant Ebbon à leur tête.

Lothaire était présent , accompagné de plusieurs seigneurs et d*un peuple nombreux.

Alors Louis se prosterne sur un cilice au pied de Tautel , jette son baudrier et son épëe , prend un sac de pénitent, et se laisse conduire en cérémonie dans une petite cellule qu'on lui donne pour demeure,

D. Ne se fit*il pas une révolution en faveur de Louis i^', après qu'il eut été déposé?

M. Si Fempereur n'avait eu qu'un fils, il était perdu pour toujours; mais ses trois enfants se disputèrent ses dépouilles» et leur désunion rendit au père -sa liberté et sa couronne. L'empereur avait été transféré à Saint*Denis ; LQuis et Pépin vinrent le rétablir, et remettre entre ses mains sa femme et son fils Charles. On fit le procès aux évéques coupables ; ils furent déposés. Lothaire se vit forcé de seâ#Hi«> mettre à son.père , qui lui pardonna son crime*

D. Louis 1", rétabli sur le troue ^ régna-t-il ensuite tranquillement ?

R. Le calme ne fut pas de longue durée. Les mêmes £biu tes se renouvelant produisirent encore les mêmes malheurs. L'ambitieuse Judith fit déclarer roi de Neustrie le jeune Charles , au préjudice des aînés. Pépin , roi d'Aqui-

(90 laine , mourut alors. Elle obtint un nouveau partage entre Charles et Lothaire , ne laissant à Louis que la Bavière. Louis, indigné de ce partage , se révolte; Tempereur marche contre lui , et le met en fuite. Mais la fatigue , le chagrin , la frayeur que lui causa une éclipse de soleil , le firent tomber dans une maladie de * langueur dont il mourut, à Tâge de soixante et un ans, après avoir désigné Lothaire pour son successeur à Telupire. U s'écria en mourant : Je pardonne à Louise mais quHl sache qu'il nia donné la mort. \

D. Quels ennemis étrangers vinrent attaquer la France, sous le règne de Louis-le- Débonnaire?

jR. Ce furent les Normands {hommes du nord). On appela ainsi les peuples qui habitaient le Danemark, la Suède et la Norwège , pirates intrépides , dont Charlemagne , sur la fin de sa vie , avait prévu les ravages>iiSî malgré toute ma puissance ^dis^ii-il en soupirant, ils insultent les côtes de mon empire ^ que sera-ce après ma mort ? En effet , sous le règne de Louis-le-Débonnaire , ils dévastèrent tout le pays entre la Loire et le Cher, et se présentèrent devant Tours , qu'ils assiégèrent -, mais ils furent battus et mis en déroute.

CHARLES n, ditlÈ CHAUVE, VINGT-SIXIÈMB

KOI DE FRANCE ,

. régna Z^ ans.

(An 84q.)

D. Qui fut le successeur de Louis-le-Débomiaire au trône de France?

' R. Ce fut Charles*le'*Cliaave , ce fils de Timpératrice Judith, si favorUë sous le règne précédent, et qui avait* reçu en partagé la Neustrie et TAqui laine. Il était âgé de 17 ^ns.

D. Les frères de Charles 11 ne firent-ils aucune entreprise contre ses états ?

R. L'empereur Lothaire, aus$i mauvais frère que fils dénaturé, résolut d'envahir les domaines de Charles^ Celui-ci s'uiiit avec son frère Louis de Bavière, qui possédait la Germanie, et qui craignait aussi Tambition de Lothaire^Les deus: rois opposèrent à l'empereur la plus forte résistance. Les armées ennemies se rencontrèrent à Fontenay, près de Vézelay(aujourd'huidéparlementderYonrie).

La haine fraternelle y déploya toutes ses fureurs. Cent mille hommes, dit-on, y furent tués. Lothaire , vaincu , prît la fuite*

D. La défaite de Lothaire à Fontenay mitelle fin à la guerre?

R. Non. Ce prince continua la guerre; mais

(93) 6es armes ne furent pas plus heureuses. Las de fuir devant ses frères , il demanda la paix , et Tobtint. On fit un nouveau partage^ L'Aquitaine, la Neusirie ou k France proprement dite, restèrent à Charles-le-Cbauve^ Louis euttoute la Germanie, d Vu lui vint le surnom deGermanique. Loibaire, outre Tltalie, Rome et le titre d'empereut, eut la Provence , la Franche-Comté, le Lyonnais, elles pays enclaves entre le Rhône, le Rhin, la Saône, la Meuse , et l'Escaut.

D. Quelle guerre occupa Charles-le-Gbauve , après le nouveau partage fait entre ses frères et lui?

jR. o^es Normands profitèrent des troubles de rëtat pour étendre et multiplier leurs ravages. Le faible monarque leur opposa Tor au lieu du fer« II acheta la paix ; et ces honteux ménagements occasionnèrent de nouvelles courses et de plus fréquentes déprédations.

D. Comment Charles ii devint-il empereur?

R, L'empereur Lothaire , le fléau de sa patrie et de sa famille , mourut en 855 , et laissa trois enfants» Louis ii lui succéda dans Tltalie et dans l'empire; Lothaire eut le royaume de Lorraine j qui prit de lui ce nom , et Charles eut le royaume de Provence. Louis ii mourut en 875 ,sans laisser d'enfants mâles. Charles

le-Chauve passa en Italie , et s'y fit couromier empereur. Le pape affecta de lui donner T-empire de sa propre autorité ; et Charles parut le recevoir comme un don du pape. Jusque-là, ni le consentement ni la consécration des papes n'avaient paru nécessaires pour l'élection des empereurs. Mais depuis Gharlemagne les esprits étaient bien changés : la faiblesse des rois, qui faisait la force des papes , rendit bientôt la cour romaine arbitre des couronnes et des monarques.

D. Charles II n^eut-il point de compétiteur à l'empire ?

jR. Louis-le-Germanique se préparait à disputer à son frère la couronne impériale, lorsque la mort vint le surprendre. Charles voulut s'emparer d'une partie de ses dépouilles ; mais un de ses neveux lui livra bataille, et mit«n déroute l'armée française. Charles-le-Chauve survécut peu à ce revers. Il mourut empoisonné , dit-on , par un Juif, son médecin.

Le règne de Charles n est l'époque de la décadence de la maison carlovingienne. Artificieux , fourbe , méchant , haï des grands^et du peuple, généralement méprisé, Charles ne sut pfoinl défendre ses états contre les Normands, et sans cesse il voulait dépouiller sa famille. Des écrivains, gagnés sans doute par

(95) ses largesses , farent assez vils pour lui don^ ner le titre de Grande la postérité , plus écjuitable, ne lai a laissé que celui de Chaui^e , parce qu'il Tétait en effet.

LOTTIS II , dit LE BÈGUE , YINGT-SEPTIÈlf E ROI

DE FRAIf CE ,

régna 2 ans.

(Ali 877.)

D* Qui succéda à Charles-le-Chauve?

M, Louis-le-Bègue , son fils , fut proclamé roi, après beaucoup d^intrigues pour concilier les esprits. Le pape Jean viii , pressé par les Sarrasins , eut recours à sa protection j et vint tenir à Troyes un concile où Ton publia ce canon digne de Tesprit du siècle : Les puissances du monde traiteront les évêques avec toute sorte de respect y et n'auront jamais la hardiesse de s'asseoir devant eux , sHls ne V ordonnent. Le roi se fitsacrer delà main du pape, et n'eut pas le titre d'empereur. Il mourut , laissant deux fils qui lui succédèrent.

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