AVERTISSEMENT
jLi'iNSTRucTioN pastorale que nous réimprimons est aussi importante par son objet que respectable par ses auteurs. Elle est louvrage de ces vénérables Pontifes de l'Eglise gallicane t qui , après avoir démasqué les artifices cachés de Timpiété , et éclairé leurs ouailles respectives par des Instructions particulières sur les entreprises des novateurs ^ se réunirent dans leur exil pour réclamer solennellement contre les criminelles atteintes portées à la Religion, et prémunir, par un nouvel efifort, les fidèles contre une séduction et des périls qui alloient toujours croissans. Elle nous offre le précieux monument du zèle le plus éclairé ^ de la foi la plus héroïque et d''une conduite digne de Tadmiration des âges futurs.^ dans le généreux courage de l'Eglise de France qui ose affronter tous les périls , qui méprise les menaces, Texil et la mort, et qui sait tout perdre plutôt que de trahir les principes et la vérité.
La première éJilion de ce lumineux et solide ouvrage étant épuisée, nous nous empressons den faire une nouvelle, entièrement conforme à celle de 1798, pour répondre aux demandes multipliées qui nous en sont faites de toutes parts. Eu le lisant , Tami de la R.eligion y retrouvera des vérités aussi anciennes que le christianisme, et il s'affermira dans la foi, en les méditant. Le Lecteur impartial , se reportant à IVpoque où cette Instruction fut rédigée , sentira la justesse des réclamations qui se faisoient alors contre Fusurpation des biens consacrés à Dieu; puis, en considérant la suite des évènemens subséquens , il admirera la sagesse du chef de l'Eglise qui , toujours inflexible quand il s'agit des principes de la foi et des règles de la disciplme, a ?u faire tous les sacrifices temporels commandés dans les graves circonstances du concordat de i8oi , duquel nous extrayons les articles relatif» aux biens ecclésiastiques :
Art. XIïI.
Art. XQL
SanctItsB sua^ pro pacis bono fcliciquereligionisrestilulioae^ déclarât eos qui bona Ecclesiae alienata acquisiverunt, molestiam nullam habituros, neque à se, neque à romanis ponlificibus successoribus suis ; ac consequenier proprietas eoruradeai bonorum , redilus et jura iis inhaerentia, imniuta— bilia penès ipsos erunt atque ab ipjis causam habeates.
Art. XIV.
Gubernium gaUicanae reipublicae in se recipit, tùni episcoporum ., tiim parochorum , quorum diœceses atque parochi^s novacircumscripliocomplectilur, sustentationem quae cujusque statuai deceat.
Sa Sainteté, pour le bien de la paix et Pheureux rctabiissemont de la religion catholique, déclare que ni elle , ni ses successeurs , ne troubleront en aucune manière les acquéreurs dpsbiens ecclésiastiques aliénés; et qu''en conséquence la propriété de ces mêmes biens ., les droits et revenus y attachés , demeureront ircomrautables entre leurs mains ou celles de leurs ayant cause.
Art. XrV.
Le gouvernement assurera un traitement convenable aux évêques et aux curés., dont les diocèses et les cures seront compris dans la ciixonscriptioa nouvelle.
La bulle de ratification de ce même concordat s'exprime dans les termes suivans traduits du latin
« Persévérant dans notre résolution défaire pour le bien de Tunilé tous les sacrifices que la Rçligion pouvoit permettre, et de coopérer autant qu'il étoit en nous à la tranquillité des Français, qui éprouveroit de nouvelles secousses si l'on cntreprenoil de redemander les biens ecclésiastiques, et voulant sur-tout que Iheureux rétablissement de la B-eligion n'éprouvât aucun obstacle, nous déclarons., à l'exemple de nos prédécesseurs, que ceux qui ont acquis des biens ecclésiastiques en France , ne seront troublés , ni par nous , ni par nos successeurs , dans leur possession ; et qu'en conséquence la propriété de ces mêmes biens, les revenus et droits y attachés, demeureront incommutables entre leurs maias ou celles de leurs ayant cause.
Mais les Eglises de France étant par-là même dépouillées de leurs biens, il falloit trouver un moyen de pourvoir à l'hontiête entretien des évêques et des curés ^ aussi le gouvernement a-t-il déclaré qu'il prendroit des mesures pour que les évêques et les curés de la nouvelle circonscription eussent une subsistance coavenable à leur étal. :^
NOUS^ Cardinaux^ archevêques et Ei^êques^auoc Fidèles de nos Diocèses , salut et bénédiction en Notre-Seigneur Jésus-Christ,
JrROFONDÉMENT affliges, DOS irès-chers Frères, des criminelles atteintes que le schisme et Timpiëté ne se lassent point de porter à notre sainte Religion, dans ces jours de ténèbres , et non moins effrayes des périls toujours croissans, auxquels vous exposent les scandales de tout genre, dont vous avez été et êtes encore les témoins, nous ne pouvons nous empêcher d'élever de nouveau la voix, pour réclamer solennellement contie les unes, et vous prémunir de plus en plus contre les autres.
Dès rinstant où ceux qui exerçoient la puissance temporelle ont entrepris de porter la main sur Tarche sainte, nous avons prévu les malheurs dont la foi
étoit menacée , et travaillé , autant qu^il cloîl cil notre pouvoir , à conjurer Torage qve nous voyions se former (i). Réunis dans les mêmes senlimens, n'a)'ant qu'un même langage, nous avons rappelé cette règle lulélaire , qui, si on étoit toujours fidèle à la suivre, suffiroit seule pour faire avorter tous les complots des ouvriers d'iniquité : « qu'il ne soit rien innové ] mais demeurons in- » variablemcnt attachés à la doctrine et à la pras» tique qui nous ont été transmises (2'^ ^ » et nous avons, en même temps, fait voir combien les entreprises des novateurs étoient contraires aux j>rincipes de la foi et aux règles de la discipline.
Le chef visible de TEglise a confirmé nos paroles (3). 11 a dénoncé lui-même la conjuraliou
(1) Exposition des priocipes sur la constitution du clergé, par les évèques députés à l'assemblée naticoale , Parii , le 3© octobre 1790.
(2) Nihil innovetur , nisi quod traditum est. Décret. S. Steph. papïe apud S. Cyprian., ep. 74.
(3) Ad vos convertimur, tratres nostri carissimi et desideratissioii, gaudium nostium et caroqa nostra, qui , quamvit nuliius hortalionis stiruulis indigcalis, cùm nos ipsi in vobis gloriemur ^ pio vestra fide in cunctis aeruiunis, et pro egregiis vulgalis insiruciioaibus rationabilem comprobemus dissensum vestrum à decrcto ipsius conventûs , etc. Liuer. apost. de constituùone civili cleri gallicanl. 10 mai t. 179».
Nosliuni interea dolorem quo vehementer afficiebamur dob Jevis consoLtio lenivit , àixm intérim major episcoporum gallicanorum pars sua sponte pastoralis sui muneris offîciis adacta, et aniore verilaiis inceusa , constanter adyersabatur ipsi conslitutioui , eamque oppugnabat iu iis omnibus, quae ad Eccicsiie rtgimen periinerent. Huic autem consolalioni nosuœ uovus quoque cumulus accessit , ubi dilectus fîlius nostei- S. Pt. E. cardinalis Rupefucaldius, veneiabilesque fraires aichiepiscopus Aqueusis , uiiique arcLie»piscopi et opiscopi , ad numei u.a usque trigiiita , ut lot taniisque mails occurrerent , ad nos coni'ugcrunt^ die 10 ociobiis liueris datis ^ exposi— tionem misoiuut super priiiclplis constitutionis clcri ^ suo cujuàque noiuine substriptam, couaiiiumciaenosUum el opein
(3) formée contre la Religion de Je'sus-Chrisl (1)5 il a donné les averiissemens les plus graves à tous ceux qui, en prenant un engagement sacrilège , favorisoient Texécution de cet odieux projet^ el qui^ de'plaçant de leurs propres mains les premières pierres du sanctuaire , en faciliioient ( si jamais Toeuvre de Dieu pouvoit être anéantie par les efforts des hommes ) la ruine entière , et la destruction totale II a sévèrement puni la résistance qu'ils ont opposée au commandement qu'il leur faisoit , de rétracter le serment criminel dont ils avoient souillé leurs lèvres ^ et les a menacés de prononcer conlr'eux , s'ils persistoient dans leur obstination , la plus terrible peine queFEglise puisse infliger à ses enfans (2).
postuîârunt. et tutam agendi normam in qua conquiescereot, à nobis exquisicrunt, tanquam à communi magislio et parente. Illud quoque magis n\agisque noslram consolau'onem adauxit, qiiôd alii episcopi bene niuhi primis adjuncti , praedictam exposiiionem amplexi fuerant, ita ut, cùm ab épis— copis centum et triginia et uno islius regni . quatuor duntaxat dis^iderent, cùmque tani ingenti episcoporum numéro capi— tulorum eliarn multiiudo, et parochorum sive pastorum se — cundi ordinis pars raajor acccderet, hujusmodi sanè expositio concordi animorum consensioue suscepta , totius gallicanae ecclesiae doctiina huberelur et esset. Lilter. apost. i3 april.
(1) Verùm hoc minime mirum videri débet iis qui ex ipsa couventùs constitutione facile intelb'gunt nihil aliud ab ilia speclari alque agi, quàui ut abolerelur calholica Rtligio. Lit. apost. 10 mart. 179».
(2) Quos onines ita monitos, nisi nobis constiterit, intra praefînilum illud temporis spatium quod superiùs assigna— vimus . pro suc quenique crimine, débita, ut par est .^ emendalione ecclesiae satisfecisse^ elsi dolebimus et deflebimus , et plangemus. et visceribus dissecabimur , ut qui privemur propriis membris ^ tamen non ita dolebimus. quin in causa tam gravi, pro criminum acerbilate , pro delinquenlium multi— tudine , pro contagion is periculo , eô tandem deveniamus quod apoâtolicae servitulis 5 et Cinonicae provideniiae ratio à nabis
A oi
Mais, malgré ces efforts re'unîs, le torrent de riuiquité a rompu toutes ses digues ^ il a porté , et continue encore de porter par-tout ses ravages ^ les désastres se sontaccumnlcs les uns sur les autres^ nous vivons au milieu des ruines, et nous n'avons que trop sujet de répéter ces lugubres paroles de Matha— S) thias: malheur àmoi ! pourquoi suis-jené pour voir » Talfliction de mon peuple , et le renversement de » la ville sainte F.... Son sanctuaire est entre les » mains des étrangers ^ son temple est traité avec » dérision comme un homme infâme, les vases con- >7 sacrés à sa gloire ont été enlevés comme des cap- » tifs \ ses vieillards ont été assassinés dans les rues , » et ses jeunes hommes sont tombés morts sous » répée des ennemis.... Tout ce que nous avions de » beau et d'éclatant a élé désolé , a été profané ( i).
Cependant nous ne perdrons point courage , nous ne nous laisserons pas abattre par les funestes succès des ennemis de la Religion ; et famertume de notre douleur ne nous empêchera pas de persévérer jusqu'à la fm dans faccomplissement du
postulat., ut scilicet excommunicalionis sentenu'am in eos fe— ramus ., eosquc edicamus alque matidemus ab ccclesiae coin^ inunione segregaios, et lanqui«m schism.ilicos pervicaces ha— btndos , et vitandos esse declDrtinus. Litter. aposl. monit, , 19 raart. 1792.
Ab excommunicationis sentcnîiaferenda modo abstinemus, diutiùsetiam différentes ullioncm. ut locuin liabere possil correctio, firmâ tamen nianmle snspensionis pœnâ infliclâ per contras litteras diei i3 aprilis. ib.
(i) Dixil Maihathias : vœ niihi. ut quid natus sum videre contriiionem populi mei ., et contiin'onem civitalis sanctse î*... Saucta in manu extraiieorum facta sunt \ lemplum ejus sicul honio ignobilis ^ vasa gioiise ejus captiva abducta sunt \ Iru— cidati sunl senes ejus in plateis, et juvenes ejus ceciderunt ia gladio inimicorura.... Sancta nostra,et pulchriludo nostra, et claritas nostra desolatâ est., et coinquinaverunt ea. 1 Mach. II. 7. B. 9... 12. '
(5) plus indispensable de nos devoirs. Ce devoir ^ nous avons tache', depuis plusieurs années, de le remplir dans le secret ^ et nous avons paru garder le silence, parce que Tinte'rêt même de la cause de Dieu que nous soutenons nous prescrivoit ce ménagement : mais nous croyons pouvoir aujourd'hui, sans nuire aux intérêts de celte cause sacrée, en prendre de nouveau la défense , d'une manière publique et solennelle^ et c'est pour cela que, malgré notre dispersion, nous nous réunissons, autant qu'il est possible, pour combattre à découvert le schisme et Timpiété.