LETTRE PREMIERE
\ ou 5 me demandez ce que je pense de la fameuse' déclaration du Clergé de France de 1682^ je ne crois pas que vous attendiez de moi une discussion tliéologique., puisque vous savez que je ne suis pas professeur de cette Faculté': et quand même je le serois, j aimerois mieux vous re'pondre avec la simplicité de la foi qu'avee toute Férudition et la subtUitë dun Théologien. L'objet de votre demande, comme celui de ma réponse, n'est pas de rassembler tout ce qu'on peut dire pour blâmer ou pour défendre cette fumeuse déclaration , mais seulement de voir si 1 on peut r adliérer.
Sous ce point de vue, il faut que je commence par vous dire quelle est ma manière de penser et d'a^qr par rapport aux différentes questions qui peuvent intéresser la Religion. Si je trouve sur ces questions une décision oe î Eglise, je m y tiens strictement attaché, et alors je n "entreprends pas nu examen qui me devient inulilev
Si au contraire je ne trouve pas de semblable décision, et que je voie deux opinions tolc'rées par FEglise, je ne me presse pas de me déclarer pour Tune ni pour Fautre.
Mais il arrive quelquefois que le devoir de la conscience m'oblige à sortir de cet état de neutralité'^ par exemple , si je vois qu on fait beaucoup d'efforts pour e'tendre une des deux opinions^ si je pre'vois bien des maux qui peuvent en résulter pour TEglise, et que d'ailleurs Topinion contraire me paroisse pins pieuse, plus sûre dans la pratique, plus favorable à la religion et même plus conforme aux vérités révélées , alors le zèle que je dois avoir pour TEglise, m'obligea sortir de ma neutralité.
Yoiîà le cas où je me trouve à présent. Si on me demandoit mon adhésion à la doctrine contenue dans la déclararion de l'assemblée de 1682, je ne croirois pas, dans fétat actuel des clioses, satisfaire à mes obligations par un simple refus, en réclamant la liberté de me tenir neutre, mais je regarderois comme un devoir pour moi d'avouer franchement que j'ai les motifs les plus forts qui m'obligent à ce refus.
Et comme vous me demandez mon opinion , je me crois de même obligé de vous écrire ce que j'en pense. Je vous dirai donc que je n'approuve pas cette déclaration , et que je ne pourrois lui donner mon adhésion- Je suis bien aise que votre demande m'engage à entrer dans l'examen que je vais faire avec vous , tant de la déclaration en général , que de chacun des articles qu'elle contient^ ce sera la meilleure manière de vous rendre raison de mon sentiment^ c'est ce que je me propose de faire avec quelque détail dans les lettre» que je vous écrirai successivement.
Je suis, etc.