‹ Instructions chrétiennes pour les jeunes gens [microforme]Chapitre 23 sur 97 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Sentimerité de saint Françuis dé Sales sur les danses et les bals.

Saint François de Sales avait trop de lumière; peur rien enseigner qui fût contraire aüux sentiments: de PEglise ét des saints Pères ; et, quand même. ce grand saint ou quelque autre Père aurait avancé quelque chose pour autoriser les dar:cs et les bals; son sentiment ne prévaudrait jamais contre une. autorité supérieure, telle qu’est l’autorité des livres. saints, des conciles et de tous les saints docteurs. Mais il s’en faut de beaucoup que ce saint évêque ait: rien décidé en cette matière contre Pesprit de Eglise et contre la tradition : c’ést ce que nous: allons démontrer pour fermer la bouche à ceux qui ont la témérité d’alléguer que saint François de: ka 8 a permis indifféremment les danses et les:

- Dans les chapitres 88 et 34 de son livre de PIntroduction à la vie dévote, il fait voir les écueils: et-lé venin des danses, et propose les motifs les: plus pressants pour en détourner les fidèles. I. dié premièrement : ‘“ Qué les danses et les bals sons “des choses indifférentes de leur nature, mais que

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“leur usage est tellement déterminé au mal par! ses: circonstances, que l’âme s’y trouve dans.de grands dangers.” Or, saint François de Sales wa jamais dit qu’il était permis d’aimer le danger, et de s’y exposer volontairement.

Il ajoute : ‘ Que ces divertissements, si susceptibles du mal, étant pris pendant la nuit, il est ‘ facile, dans les ténèbres, qui ne sont jamais “ suffisamment éclairées par les illuminations, d’y “ glisser beaucoup de choses dangereuses ; que Li 8 veillées, que lon y prolonge, faisant perdre ‘ une partie du matin du jour suivant, et dérobant “le temps qu’on doit au service de Dieu, c’est “ toujours une folie de faire la nuit du jour, et le € jour de la nuit, et de laisser ce que l’on doit à ‘ Dieu pour de folâtres plaisirs : qu’enfin on porte “au bal la vanité à l’envi les uns des autres: ‘vanité qui est une si grande disposition au mal, “ que les mauvaises affections, les amours dange- ‘6 reux et blâmables, sont la suite ordinaire de ces ‘ assemblées.” De pareilles réflexions d’un saint sont-elles les réflexions d’un homme qui approuve la danse ?

‘4 Je vous parle donc des bals, continue saint François de Sales, comme les médecins. parlent des champignons : les meilleurs ne valent rien ; ‘de même les meilleurs bals ne sont guère bons. Les champignons attirent l’infection et le venin “ des serpents qui les approchent ; de même aussi “ces assemblées ténébreuses attirent ordinaire- “ment les péchés qui règnent dans un lieu::

jalousies, railleries, bouffonneries, querelles, “amours insensés. D'ailleurs, l’appareil de ces & assemblées, le tumulte, l’enjouement, l'air de: liberté qui y règne, agitent l’imagination, ef-

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âme, qui, dans ces occasions où.se trouvent le “serpent et le basilic, est toute disposée à en

“ recevoir le venin.” Telle est la doctrine de saint

François de Sales. Or, peut-on dire qu’une telle.

doctrine autorise les danses et les bals ? |

‘ Ces ridicules divertissements, ajoute ce grand “ saint, dissipent l’esprit de piété, affaiblissent les “bons désirs de la volonté, refroidissent. l’amour ‘ de Dieu, et réveillent ‘dans l’âme mille sortes de ‘“ mauvaises dispositions.” C’est pourquoi, con: tinue ce saint évêque, on ne doit jamais se les per-

mettre, dans la nécessité méme, qu'avec de grândes.

précautions.

Remarquez ces dernières paroles, et comprenez dans quel sens et pourquoi il parle de la sorte, de: Las que le monde ou quelque faux docteur ne vous asse ici tomber dans l’erreur et dans le piége : c’est que ce grand saint, connaissant qu’il y a dans le monde certains dangers inévitables ; sachant

d’ailleurs que, selon la parole du Sauveur, eu

égard à la corruption du siècle, & est nécessaire qu’il arrive des scandales, et que les personnes même vertueuses se trouvent quelquefois obligées: d’en être témoins ; ce saint évêque, par charité pour. les bonnes âmes, a cru devoir donner des avis pour les précautionner dans ces périlleuses occasions, où elles se trouvent engagées. comme: par nécessité.

: Mais quel est ce cas de nécessité dont parle saint François de Sales ? Il s’en explique lui-même: C’est, dit-il, dans une occasion dont vous ne pouvez absolument vous dégager, lorsque la prudence et la discrétion l’exigent par compl:wsance pour une com-

pügnié: Of, cen'océasions dont on ne pet se déga- Jer sont tütés, dit ce saint prélat ; c’est-à-dire qu’il W’atfive présque jamais qu’on se trouve dans cétte dévéssité tiraigré soi, parce qu’on doit craindre, prévoir et éviter ces éecasions. Si vous aimez ceÿ détigerétüées occäsiôns, et si tous vous y engage pouvant les éviter avec bietiséance, alors: elles sont. vülohtaïtes, et vous n’êtes pas innocent devant Dieu de vous y trouver, parce que, aimant le dafipér, vous vous exposez à y périr. Voilà là doctriné de PEsprit Saint : Cnbonrus aime dünger ÿ périra. ù | Que si vous Vous trouvez, 8918 votre faute, dans des occasjois de bals et de danses, et que vous ne puissiez absolument vous en dégager, alors tirez: vous de cé päs glissant avec discrétion, en prenant les sages précautions que saint François de Sales prescrit. ‘ S’il faut manger des charhpignons, 4 dit:il, on doit les bien assaisonner, eten manger “peu ; autremetit leur malignité devient un poison. De même, si vous êtes dans la nécessité de vous & trouver à la danse, il faut qu’elle dure peu dé % téips, êt qu’elle soit ass#isonnée dans toutes ses & circonstances par le souvenir de la présence de ‘ Dieu, pat la botitie intention de plaire à Dieu, et par la modestie. Il faut, après ces assemblées, % où vous vous êtes trouvé cornmé par nécessité, “faite dés réflexions salutaires pour effacer les dangereuses impressions qu* le vain plaisir aurait “ pu faire dans votre cœur.” Voici, dit saint ss Sales, les réflexions que vous pouvez aire.

16 Pensez que, lorsque vous dansiez, plusiouts Sbrûlaïent dans l’enfer pour des péchés commis: à <a dansé ; 99: que plusieurs personnes dé piété

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“ étaient nrosternées devant Dieu, et pleuraient “ Jeurs péchés ndant que vous étiéz au bal ; ‘ go: que des milliers de personnes ont souffert des maladies cruelles, et sont mortes dans Îles plus “ violentes douleurs pendant que vous ne pensiez “ qu’au plaisir, et qu’un jour vous gémirez comme “elles dans la douleur; 4°: que, pendant cet “ amusement ridicule, vous avez déplu à Notre “ Seigneur, à la sainte Vierge et aux saints; “qu’enfin, pendant la danse, votre temps s’est “ passé, la mort s’est avancée, et bientôt elle vous ‘ fera comparaître au jugement de Dieu.”

Telles sont les précautions qu’exige saint François de Sales pour rendre, dans un cas de nécessité, les danses et les bals innocents : précautions que presque personne n’apporte jamais. Ilest donc vrai que les danses et les bal tels qu’on les fait, sont réprouvés par ce grand saint ; et dire en général qu’il les approuve, c’est faire connaître qu'on n’a jarmais lu sa doctrine, ou qu’on ne l’a pas comprise ; c’est lui faire injure, en imposer à

a vérité, et tromper les fidèles.

On n’est pas. obligé de prendre des précautions pour faire une chose qui est innocente, ou qui est sans danger ; ainsi, puisqu’un homme aussi modéré et aussi éclairé que saint François de Sales exige tant de précautions pour la danse et le bal, c’est une marque qu’il reconnait que ces sortes de divertissements sont illicites ou dangereux, et qu’on

doit faire son possible pour les éviter.

S’il était permis d’aller à la danse, ce ne serait pas à ceux qui l’aiment rt qui la cherchent, aux personnes volages et dissipées, qui n’ont que peu ou po'nt d'amour de Dieu, ou peu de crainte de l’offenser : les danses, selon la doctrine de ce grand

saint, leur seraient pernicie uses. Les âmes saintes, ennemies des vanités et des folies du monde, profondément enracinées dans l’amour de Dieu, risqueraient moins que ies autres. Telle était sainte Elisabeth, reine de Hongrie : obligée de se trouver dans certaines assemblées de divertissements profanes, elle en sortait le cœur rempli d’une plus grande dévotion. Telle était encore la reine Esther, qui, ne pouvant se dispenser de s’habiller avec une appareil fastueux pour paraître dans certaines cérémonies avec le roi, détestait dans son cœur tout ce pompeux appareil de vaines parures, s’unissant de plus en plus à son Dieu. Tout contribue à laïsanctification des âmes qui aiment Dieu sincèrement : ce qui pour les autres est un danger ou un mal, elles le changent en bien. Ues âmes fortes conservent la grâce de Dieu et le feu de son amour où les autres le perdent; comme les grands feux, dit saint François de Sales, qui s’enflamment au vent, tandis que les petits s’y éteignent. |,

Voilà la doctrine de ce saint évêque sur les danses ct les bals, dans laquelle vous devez remarquer qu’il n’a point parlé des bals qui se font en masques, ne jugeant pas qu’il fût nécessaire d’avertir des chrétiens que de tels divertissements sont toujours illicites, puisqu'il n’est point de fidèle éclairé qui ne voit que de tels abus sont nonseulement indignes d’un chrétien, maïs éncore d’une personne sensée. Si le paganisme a condamné de tels désordres, à plus forte raison la religion les réprouve et les défend.

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