CHAPITRE XVII
Des amitiés.
“ EL Les amitiés portent au bien ou au mal, selon
qu’elles sont bonnes ou mauvaises. Les jeunes ens n’ont ni assez de lumières pour discerner les nnes, ni assez de vigilance pour se précautionner
contre celles qui sont dangereuses. Il est done
Nperant de les instruire sur ce point, ‘
F y a de la différence entre l’amour du prochain et l’amitié. Il faut aimer tout le monde, mais on ne peut pas avoir de l’amitié pour tous, parceque Pamitié est un amour mutuel et plus étroit. L?a- Mmitié est une communication de sentiments et d’affections réciproques, par laquelle deux personnes se chérissent spécialemoOnt, et se procurent mutuellement des secours et des services, des conseils et des consolations. fi,
L'amitié est bonne, dangereuse ou criminelle, selon le principe, le motif et l’objet sur lequel :elle est fondée, Si on aime dans la personne ‘une chose mauvaise ; par exemple, si on aime une fllé, parce au’elle est coquette et galante, our
feittez une:
la crainte
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mal, selon es jeunes scerner les écautionnefr Il est done
du prochain 8, mais on
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crimivelle, r lequel :elle ersonne : une n aime une lante, ou: UD
e homme, parce qu’il. est libre en paroles et dissolu, l'amitié est mauvaise et vicieuse. ù
Si on aime pour une chose vaine et frivole À ur la beauté, pour la bonne grâce, l’amitié est frivole et vaine. Si on aime pour une chose bonne,
‘parce qu’une personne a de la vertu, de la science,
un bon naturel, un bon esprit, parce qu’elle est parente, parce qu’elle est officieuse, et nous a rendu service, cette amitié est louable.et bonne. II. L’amitié, pour être sainte, doit avoir trois conditions. Il faut qu’elle soit fondée sur la vertu, qu’elle tende à la vertu, et qu’elle soit réglée par la vertu. 1° L’amitié doit être fondée sur la vertu ; c’est-à-dire qu’il faut aimer une personne à cause des bonpes et louables qualités qu’on reconnaît en elle; 20. l'amitié doit tendre à la vertu, parce que Pamitié doit souhaiter le bien et l’avantage de la personne que l’on aime. Or la vertu et le salut sont les plus grands et les plus nécessaires de tous les biens ; ainsi l’amitié qui ne procure aux amis que quelques avantages temporels, et qui néglige la vertu, n’est pas une amitié solide, mais une affection purement naturelle, et qui souvent est danigereuse ; $. l’amitié doit être conduite par la vertu; c’est-à-dire qu’il faut que la vertu en soit la règle, et que l’on ne fasse rien par amitié qui soit contraire à la vertu et à la loi divine. L'amitié qui fait offeh. ser Dieu est une amitié criminelle, parce qu’elle fait aimer une créature plus que Dieu. ‘1° Par ces trois conditions vous pouvez discernér facilement les amitiés que vous devez fuir et cellés que vous devez rechercher. ’ ES HIOR OR . 10: Vous devez fuir l’amitié des personnes en qui vous ne connaissez ni vertu ni perfection 'etfuir encore plus l’amitié dés personnes sujettes à quel-
geance, à la cuquetterie, à la médisance, aux jure+ ments. L'amitié et la société avec ces sortes de pérsonnes vous seraient funestes, et vous feraient: contracter leurs défauts. L’ami des insensés, c’est. er des vicieux, leur deviendra semblable, dit le, age. | hi 20. Fuyez toute amitié qui ne tend pas à vous rendre mcilleur : ces sortes d’amitiés, n’étant pas à, vôtre édification, pourraient à la suite devenir pernicieuses. ‘Telle est l’amitié des personnes qui ne olierchent dans la vôtre que leur utilité et une vaine complaisanée qu’elles prennent à vous aimer et à être aimées de vous: Telle est aussi l’amitié de
ceux qui ne sont amis que. pour la table, et qui ne
lient société que pour le divertissement e le jeu, Telle est encore l’amitié de ceux qui ne vous aver tissent jamais de vos fautes, Le meilleur de mes amis, dit saint Grégoire, est celui qui me reprend. dg mes fautes.
»l Maïs surtout détestez l’arnitié des personnes qui |
vous sollicitent au mal, de ceux qui vous flattent etqui vous entretiennent dans vos désordres : ce sont de faux amis, et des amis plus pernicieux à votre âme que vos plus grands ennemis.
:80+ Fuyez l’amitié de ceux qui se soucient peu d’offenser Dieu, pour vous plaire et pour vous rendre service. Souvenez-vous de cette maxime de saint Ambroise, que celui qui est infidèle à Dieu ne saurait avoir d'amitié sincère pour son prochain ; et, quand il en aurait, vous ne pouvez entretenix une telle amitié sans vous exposer à devenir ennemi de Dieu. : | | AE : Recherchez au contraire l’amitié de ceux qui vous porteront à la vertu par leur exemple et par
que vice, à l’impureté, à la débauche, à lu NOR
à la VeER-.
aux juré+ sortes. de
18 feraient
isés, C’este
able, dit le.
pas à vous étant pas à evenir pernes qui, ne.
| une vaine aimer et à l'amitié de >, et qui ne, at et le jeu.
vous aver“ leur de mes di die dé
rsonnes qui
ous flattent sordres : ce ernicieux à bucient peu r vous rennaxime de à Dieu ne pu, , entretenir venir san
le ceux qui mple et par
leurs conseils; qui ne vous flatteront pas vos défauts ; qui vous en avertiront avec charité, et qui, dans leur amitié, auront pour règle la crainte de Dieu, et pour fin votre salt.
‘Ce sont là les saintes et les véritables amitiés, qui sont d’autant plus précieuses qu'elles. sont plus. rares, C'est de ces amitiés que le Sage parlé) quand il dit que l'ami fidèle est une puissante proteo: tion ; que celui qui le possède :u trouv: ‘un trésor : qu'il n’y a rien au monde qui soit comparable à cet ami; qu'il vaut mieux Por et que toutes les richesses de la terre. rail pi aurez trouvé un tel ami, ne l’abandonnez point par un esprit volagé et changeant, ni pour quelque déplaisir que vous aurez reçu; Car il faut souffrir de ses amis. °C qui ne veut rien souffrir d'un ami est ma d'en avoir aucun,
Pour trouver oet ami fidèle, il faut premièremeñt le demander à Dieu : c’est lui qui fait et qui donné les vrais amis; ef celui qui craint Dieu, dit ie Sage, les trouvera. En second lieu, ayez soin d8 pr venir et d'aimer le rernier ; car il faut aimer pour être aimé ; mais il but que ‘cet amour soit tel
‘ que nous avons dit, fondé sur la vertu, tendant à
la vertu, réglé par la vertu,
40. Quant aux amitiés particulières avec dé personnes de différent sexe, on ne les condamne pas toutes, mais on doit s’en défier: ces amitiés sont ordinairement suspectes, souvent dangereuses et quelquefois eriminelles. ‘Toute inclination n’est pas toujours louable, 'et'le principe en est souvent vicieux. ‘Toute amitié avec le sexe ne vient pas toujours de Dieu : le démon saït inspirer certaines amitiés qui paraissent innocentes au dehors, et quil
Sonten elles-mêmes très-rmauvuises. Pour éviter
le danger et le piége, et pour rendre ces amitiés saintes, veillez. sur votre cœur, sur vos regards et sur votre penchant ; évitez la familiarité, l’assiduité, les conversations secrètes et partieuiières, et surtout celles qui se font seul à seule, les rendezvous, etc. ; observez avec suin ce qui a été dit cidevant sur la, pudeuret sur la chasteté : sans ces précautions votre amitié ne serait plus, dit saint Cyprien, qu’une amitié honteuse, une amitié meurtrière de voire âme.
EXEMPLE
Il n’est pdint de plus grands services que ceux que nous recevons de nos amis, quand ils nous avertissent de nos fautes, Une fille nommé Apolline Péprouva à son avantage. Par les avertissements
l'une vertueuse compagne qui était sa bonne amie, elle se tira d’un état bien dangereux pour son salut. Apolline parlait depuis quelque temps à un jeune homme ; les premières entrevues ‘avec ce jeune homme paraissaient innocentes; mais après un mois d’entretiens assez fréquents, le jeune homme commença à se familiariser trop librement avec Apolline. Il semblait qu’elle ne prenait point plaisir à tous ces badinages, et qu’elle y résistait en honnète fille ; néanmoins sa compagne s’aperçut de quelques changements dans la conduite de cette fille. Apolline n’était plus si modeste, ni si réservée ; on commençait à voir en elle certains airs de vanité, et elle ne contentait plus sa mère ni sa famille comme auparavant.
Sa compagne, qui l’aimait véritablement, crut
qu’il y aurait du danger pour cette fille si elle attendait plus longtemps de l’avertir. L’ayant un.
es amitiés regards et rité, l’assicuiières, et les rendez- , été dit cié : sans ces LS, dit saint milié meur-
8 que Ceux nd ils nous né Apolline rtissements Jonne amie, x pour son ue temps à eyues avec ntes; mais ts, le jeune p librement renait point e y résistait ne s’aperçut ite de cette | ni si réserains airs de
mère ni sa
lement, crat fille si elle L’ayant un
jour rencontrée; elle lui parla de la. sorte.: “Ma j chère Apolline, vous ne doutez;pas que je ne sois ‘de vos meilleures amies ; je. veux aujourd’hui ‘ vous. donner une. marque de. mon sincère atta- “ chement, en, vous avertissant d’une chose, à ‘ laquelle vous ne faites pas assez d'attention, Vous parlez souvent à un jeune homme, et: vous “ ]ui parlez seule: voilà déjà une faute, parce que ‘ vous vous exposez en.lui parlant ainsi; mais “ vous y ajoutez bien d’autres fautes. Vous avez “ la lâche complaisance de lui permettre des ‘ embrassements fréquents, des cajoleries et des ‘ caresses familières et trop libres : qu’est-ce que “ votre conscience vous dit de tout cela ? à “ Ma conscience. ne me reproche rien là-dessus
“ répondit Apolline ; ce jeune homme est sage, il m’assure qu’il n’a aucune, mauvaise intention ; “et, de mon côté, je vous prie de croire que je “ n’ai aucune. intention criminelle. Ce jeune “ homme, dites-vous, reprit la compagne, n’a au- “cune mauvaise intention: qu’en savez-vous ?
“ Etes-vous obligée de l’en croire sur sa parole ? et, “ quand il n’en aurait point, ne lui donnez-vous & pas occasion d’en avoir par votre complaisance ‘ et votre facilité à vous laisser cajoler ? Quant à “ vous, êtes-vous bien assurée que vous n’avez eu “ dans ces entretiens aucune pensée dangereuse “et qu’il ne s’est rien passé dans votre âme qui ait “ déplu à Dieu ? Si vous le croyiez, vous pourriez “ bien vous tromper: vous ne. savez pas tout ce qui s’est passé alors dans votre esprit et dans “ votre cœur ; le démon vous l’a peut-être caché, ä comme. il le cache à bien d’autres. Dites-en ‘! Lout ce que vous voudrez, reprit Apolline ; c’est ‘;par amitié tout ce que nous en faisons, et je n’y “ pense point de mal. ju
120 7 dits
“Il est vrai, répliqua sa compagne, que c'est “par amitié; mais ne savez-vous pas qu’il y a plu- ‘sieurs sortes d’amitiés ? Il y a des amitiés inno- ‘centes, qui sont selon l’esprit de Dieu, et il
y a des amitiés dangereuses et sensuelles, qui
‘sont selon lesprit du démon. Tout jeune homme “qui ne: cherche qu’à badiner et à se familiariser “ avec une fille n’a point une amitié sainte, et ses “ intentions, quoi qu’il en dise, ne sont point pures ; “et une fille qui permet tous ces folâtres et indé- “ cents badinages n’est point innocente devant “ Dieu. Croyez-moi, ma chère Apolline, étant “plus âgée que vous, je connais notre fragilité “ mieux que vous. Dans les entretiens et les “ libertés familières avec des personnes qui sont # d’autre sexe, le démon y gagne toujours; on en “remporte dans l’âäme des impressions perni- “ cieuses; la pudeur peu à peu s’affaiblit, et, dès “que là pudeur est affaiblie dans une fille, elle ‘perd bientôt toute crainte de Dieu. Voilà ce que &: Pamitié et le zèle que j’ai pour vous m’ont inspiré ‘ de vous dire pour votre bien, et je crois que vous “ n’en saurez bon gré.” |
Apolline, pendant ce discours, fut sur le point de dire à sa compagne de quoi elle se mélait; ais elle dissimula, et la quitta brusquement, sans li rien répliquer. Comme elle avait un bon fonds et la crainte de Dieu, elle repassa dans son esprit tout ce que sa compagne venait de lui dire, et, la grace agissant dans son cœur, elle prit la réso-
ion de consulter son confesseur : elle ne déguisa ren dans sa confession. Son confesseur, qui était tn homme d'expérience, lui fit remarquer beat-
coup de fautes du côté de ce jeune homme, dont
él” était Poceasion, et: beaucoup de péchés inté-
, que c'est il y a plusitiés inno- Jieu, et il suelles, qui ine homme familiariser inte,.et ses joint pures ; res et indénte devant line, étant tre fragilité iens et les ss qui sont urS ; On en ions perniblit, et, dès ne fille, elle oilà ce que ’ont inspiré ois que vous
sur le point e se mélait ; ement, sans n bon fonds 1s son esprit i dire, et, la prit la réso- > ne déguisé ur, qui était arquer beat
homme, dont
péchés inté
rieuts..qu’elle avait commis. dans ces entretiens, dont elle ne pensait pas même à s’accuser. |,
Apolline, étonnée de tant de fautes qu’elle avait commises, lui dit: Maïs, mon père, tout cela est-il éché mortel ? Non, vraiment, lui dit le confes: seur; mMmais-une me qui craint Dieu ne'doitellè a M den que le péché mortel? Ensuite: il ajouta : Souvenez-vous, ma sœur, qu’en’ Cette matière, tout ce qui se passe de lascif et d’impur dans l’esprit, dans le cœur, dès qu’it est de propos délibéré, est péché: mortel, et que ‘ce serait un Ress. et une térnérité de dire qu’un baïser e bouclie donné et reçu par sensualité n’est qu'ün péché léger. Telle est la doctrine de l’Eglise de Jésus-Christ. Ah/ mon Dieu, s’écria Apolline en soupirant, j'ai donc fait bien des péchés ! Vous en avez faït plüs que vous ne croyez, reprit le confésseur, Vous: avez fait plus de ‘mal depuis un mois que vous n’en avez fait dans toute votre vie. L'amitié que ce jeune homme avait pour vous, et celle que vous aviez pour luï, vous 4 été funeste; s’il‘ vous avait plongé un poignard dans le cœur, il ne vous eût pas fait tant de tort ow’il vous en a fait en vous exposant à perdre votre âme. Il est temps dé vous relever de vos chûtes, et de’ prévenir de plus grands maux. | -Appolline, ne pouvant retenir ses larmes, interrompit son confesseur, et lui. dit: Je vous prie, mon. père; de. me différer pour. quelques jours Pabsolution,.et de. me,donner du temps pour gémir sur. mes:infdélités, et pour ôter de mon cœur cette dangereuse. attache, afin qu’étant mieux, disposée, Je reçoive, avec l’absolution, plus de grâce pour me. soutenir. dans la.crainte de Dieu. . Le confes
ue INSTRUCTIONS
seur y consentit, et lui donna des avis prudents pour la suite, A ds, :-Apolline,, au sortir du tribunal de la pénitence, alla se prosterner au pied de l’autel, et versa.en abondance des larmes en présence de Jésus-Christ, Quoi ! mon Dieu, disait-elle, faut-il que je vous aie déplu, et que, pour si peu de chose, je me sois exposée à me perdre. Elle rappela dans son esprit tout ce que lui avait dit sa charitable compagne, et. sur-le-champ elle alla lui faire part de son changement. En l’abordant, elle se jette à son cou: Ah! lui dit-elle, que je vous ai d’obligation ! sans vous je courais à ma perte sans y prendie garde ; jé ne connaissais pas les péchés et les attaches qui étaient dans mon cœur ; mais à présent Je les reconnais, et j’en rougis. Je vous demande pardon, ma chère amie du scandale que je vous ai donné, et d’avoir si mal reçu hier les paroles que votre charité vous inspirait de me dire ; je vous prie de me continuer votre aæunitié et vos avis ; ils ne seront pas sans fruit. Tr Quelques jours après.le jeune homme retourna voir Apolline. : :Retirez-vous, lui dit-elle, avec une sainte colère :. si j’ai eu la faiblesse de vous permettre des libertés qui ne conviennent point à un jeune homme craignant Dieu, ni à une fille chaste, de ma vie je n’y retomberai. Les moments que ai passés avec vous seront le reste de mes. jours e sujet de mes gémissements et de ma douleur. Ce jeune homme lui fit ses excuses, il prit congé d’elle, et ne lui parla plus. Ce reproche d’Apolline fut utile à ce jeune homme ; il y fit des réflexions, et vécut dans la suite avec plus de retenue. | Apolline, de son côté, fut fidèle à sa résolution; et, lorsqu'elle pensait au danger auquel elle avait
is prudents
a pénitence, ; et versa.en Jésus-Christ.
e je vous ait je me 8018 ns son esprit compagne, part de son > jette à son d’obligation !
ns y prendie échés et les ais à présent us demande ue je vous ai
roles que dire ; je vous os avis ; ils
me. retourna lle, avec une de vous pernt point à un e fille chaste, noments que de mes jours ma douleur.
il Lt congé he
es réflexions, tenue.
sa résolution ; el elle avait
*Apolline
‘été exposéé, et qu’elle se représentait que tant de filles qui sont dans les flammes de l'enfer avaient commencé leur perte par les mêmes libertés qu’elle
“avait permises, elle versait des torrents de larmes.
Elle s'imposa elle-même pour pénitence de jeûner le samedi pendant quelques années. ‘7 ‘‘ Cet exemple vous apprend deux choses : lo.
Qu’une amitié dangereuse, surtout entre personnes de différent sexe, peut vous perdre : 20. Que vous devez écouter et suivre les avis de ceux qui vous aiment, pour votre bien, et avoir des amis qui vous portent à la vertu, et qui vous avertissent de vos
défauts.