CHAPITRE XVIH
Du mensonge.
1. Le mensonge est toujours péché, parce qu’il est toujours contre la conscience de celui qui parle ; et, quoiqu'il ne soit pas toujours péché mortel, ñéanmoins l’habitude de mentir n’est pas une chose légère : cette habitude ouvre la porte à une infinité de désordres. i Les menteurs habituels sont pour lordinaire des esprits doubles, qui disent d’une façon et pensent d’une autre; qui ne s’ouvrent point, qui agissent par finesse et par détours, et qui se déguisent. Un homme de ce caractère est ordinairement fourbe et trompeur dans sa conduite, infidèle dans ses promesses, dissimulé dans ses desseins, flatteur et
lâche quana il faut dire la vérité, hardi et effronté à produire ses mensonges, impudent à les souteni,
artificieux pour cacher ses entreprises. Enfnilest
défiant et juge mal des autres, parce qu’étant dans l'habitude de déguiser et de mentir, il croit aussi que les autres mentent toujours et se déguisent. Un esprit adonné aux mensonges est capable des plus grands vices : il sera imposteur et médisant, mentira facilement dans les grandes choses, et sera même parjure dans les petites : il assurera ses mensonges avec serment, et fera ainsi un péché mortel d’une faute qui d’ailleurs ne serait peut-être que vénielle. iya O la détestable qualité que d’être menteur!
l’Ecriture dit que Dieu l’a en horreur: que les lèvres qui servent au mensonge lui sont en abomination ; qu’il perdra ceux qui sont aflonnés au mensonge ;
que, parmi les hommes, le mensonge est une infa-
mie qui se trouve toujours dans les esprils déréglés et mal instruits ; qu'un larron est plus exvusabie qu’un menteur ; et que l’un et l’autre mériteront la perdition.
Ce vice odieux est le vice du démon: c’est lui qui s’en est servi le premier, il en est le père et l’auteur ; ef, de même que la vérilé vient de Dieu, dit saint Augustin, le mensonge tire son origine de Salan ; et saint Ambroise ajoute que ceux qui aiment le mensonge son! les enfunis de ce détestable père. Les enfants de Dieu aiment la vérité, et ceux qui aiment la vérité sont aimés de Dieu.
Il. Fuyez donc ce vice pernicieux, surtout das ces deux occasions. Premièrement, lorsque vous
arlez d’une chose de conséquence, qui intéresse fe prochain: ceux-là pèchent grièvement en ce
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surtout das lorsque vous qui intéresse ement en ce ns lesaffaires,
dans les ventes ou achats importants; ceux qui; nient certains faits de conséquence, qui nient cer:: taines dettes, qui nient des quittances qu’ils ont réques, qui, par calomnie, imposent un crime faux à leur prochain, Oh! qu’un homme a l’âme basse et noire, qui perd ainsi son âme par le mensonge, pour un vil intérêt, ou pour l’indigne satisfaction de parler! O mon fils ! ne tombez jamais dans ce désordre. | | FD
Secondement, évitez le mensonge quand vous parlez à une personne qui a autorité sur vous, par exemple, à un juge qui vous interroge juridiquement. Le mensonge alors est un parjure et une imposture qui est bien grave, soit à cause du respect pour le saint nom de Dieu que vous’ violez, soit à cause des suites funestes et du tort que ces faux serments ét ces mensonges causent à vous: même et à autrui.
* En un mot, à qui que ce soit que vous parliez, quand même ce serait pour éviter un grand mal et un châtiment, ne dites jamais un mensonge de propos délibéré ; aimez la vérité et la sincérité dans tous vos discours. : O aimable qualité dans üne jeune personne, quand elle n’ose dire un mensonge! Le juste, dit le Sage, détestera le mensonge. Demandez à Dieu qu’il vous préserve de ce vice, et faites lui souvent la prière de Salomon: Mon Dieu, éloignez de mon esprit la vanité et les paroles
de mensonge.
DXEMPLE. ; Peut-on voir des sentiments plus généreux et plus sincères que ceux d’un saint évêque dont parle saint Augustin? c'était l’évêque Firmus. Ilcachait
LA
. 188! INSTRUOTIONS : : :
par charité un homme qu’on avait condamné à mort. Les officiers de l’empéreur demandèrent à cet évêque où était cet homme. Je ne puis vous répondre, leur dit le saint évêque, parce que je ne: puis ni mentir, ni découvrir celui que vous. cherchez. On fit souffrir à Firmus de cruels tourments, pour savoir de lui où était cet homme; on le menaça même de la mort. Je sais souffrir el mourir, leur dit-il, mais je ne sais point parler quand il s’agit de parler contre la vérilé ou contre le prochain.
AUTRE EXEMPLE
j th Vous verrez, dans les deux exemples suivants, des punitions tragiques du mensonge, Quelques ttes ayant rencontré saint Jacques, évêque de
isibe, le prièrent de leur. donner quelque chose, pour aider à enterrer un de leurs compagnons qui était mort (c'était un impudent mensonge, parce que le compagnon était en vie et.contrefaisait le mort). Le saint leur donna l’aumûône ; mais Dieu punit leur mensonge et leur tromperie. Dans le temps qu’ils disaient au compagnon qui contrefaisait le mort de se relever, il rendit l'esprit, et. mourut véritablement. Nu!
AUTRE EXEMPLE
L’Écriture sainte rapporte qu’Ananie et Saphire, sa femme, ayant dit un mensonge à saint Pierre, en punition de ce mensonge ils tombèrent morts à ses pieds. (Craignez que Dieu ne vous punisse pour vos mensonges. | roc tr79
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