CHAPITRE XLIII
Des repas et de l’intercpérance.
Imitez les saints, qui prenaient toujours leuf pourriture dans la crainte du Seigneur. Souvenez-, vous que Dieu est présent à vos repas et qu’il vous observe. Pour prendre ses repas saintement, il faut trois choses : bénir la nourriture qu’on doit prendre, manger et boire avec tempérance, remét: cier Dieu, | id
I. Il faut dire la bénédiction de la table, 10. Pot. imiter Notre Seigneur, qui, en prenant le pain avait coutume de le bénir avec action de grâces; 20. pour offrir à Dieu l’action que l’on va faire; 80. pour lui demander la grâce de prendre notre nourriture avec sobriété ; 40. pour le prier de la bénir.et nous la rendre profitable. . C’est en vain que vor.s mangez pour soutenir votre santé, si Dieu ne doune sa bénédiction à votre nourriture. Ily& des personnes qui mangent peu, et se portent bien; d’antres. mangent beaucoup, et se portent mal. Dieu bénit les aliments des uns, et ne bénit pas de
même les aliments des autres. "M
HI, On doit prendre ses repas avec tempérante, et observer les règles suivantes : 10: Autant qu'on le peut, régler l’heure de ses repas, et ne paf manger à toute heure, selon les caprices et h fantaisie de son appétit. Les filles surtout ne doivent point s’accoutumer à chercher à manger
des friandises, ni manger à la dérobée et en cachette,
toujours leuf
ur. Souvenez-, s et qu’il vous
saintementt, il re qu’on doÿ érance, remet:
able, 10. Pott.
enant le pain >n de grâces; ‘on va faire; prendre notre r le prier de la
est en. vain > santé, si Dieu rriture. 1lÿ8 e portent bien; portent mal. ne bénit pas de
c tempérante, Autant qu’on as, et ne pas caprices et les surtout ne cher à manger : et en cachette.
Une fille sujette à la gourmandise séra ‘bientôt sujeité à d’autres vices. Ldé gourmandise et la vanité sont les deux grands écuüeils du sexe. |
29: Il ne faut pas rechercher la délicatesse, mais s contenter de ce qu’on nous présénte, Si cé n’est
s de notre goût, souvenons-nons du fiel que
ésus-Christ goûta sur la croix, ét faïsons à ce Died pénitent le sacrifice de nôtre sensualité.
30. Il ne faut pas trop manger : ce qui ne suffit pes à la gourmandise peut suffire à la nécessité ’excès dans la nourriture affaiblit les forces du corps et celles de l’esprit : ce qui a fait dire à un ancien que la gourmandise en & fait plus mourir que la guerre.
40* [1 ne faut pas manger avec trop de préci: pitation et d’avidité : cette voracité en mangeant est la marque d’une personné qui a peu d’éducation et qui est immortifiée. Il faut suspendre l’activité de son appétit, soit pour sa propre santé, soit pour
augmenter le mérite de cette action.
IIT. Pendant le repas, on doit s’occuper à de saintes pensées, et ne pas oublier l’âme en nour: rissant le corps. 1°- Il faut de temps en temps élever son cœur à Dieu, et se priver de quelque chose par mortification. Si vous avez de quoi vous rssasier, pensez que vous ne l’avez pas mérité, et qu’il y a beaucoup de gens plus vertueux que vous qui n’ont pas le nécessaire. : | 20. Faites part à quelque pauvre voisin, ou à quelque malade, du superflu de votre table, à l'exemple du roi saint Louis, qui faisait, tous Îles jours, ôter quelques mets de sa table pour les envoyer aux pauvres. #.
30 Si vous avez peu, et si vous n’avez pas de quoi vous rassasier, il faut considérer que, devañt,
250 INSTRUCTIONS Dieu, vous ne méritez que le peu qu’il vous donne, ou plutôt que vous ne méritez rien,.st qu'après avoir péché, nous ne méritons que des «hâtiments, . 49. Souvenez-vous dans vos repas du jeûne.du Fils de Dieu, qui passa quarante jours et quarante nuits dans le désert sans aucune nourriture, et qui souffrit une cruelle faim pour votre amout. ouvenez-vous de tant de serviteurs de Dieu. et de servantes de Jésus-Christ qui sont d’une santé plus délicate que vous, et passent néanmoins leur vie * dans le jeûne et la pénitence. Souvenez-vous de tant de saints et de tant d’hommes illustres, riches et püissants, qui ont quitté leurs L:cns et les délices de la vie, et ont passé leurs jours dans l’abstinence et l’austérité. Souvenez-vous que votre corpsest un ennemi qu’il ne faut point flatter, et que, âi vous lui accordez tout ce qu’il demande, il vous perdra. Enfin, si vous êtes pauvre, faites au moins de nécessité vertu ; rendez votre abstinence méritoire en la rendant volontaire, et souffrez votre indigence dans un esprit de pénitence. Telles sont les pensées dont on peut s’occuper dans ses repas. ; :V. Lorsque vous mangez en compagnie, ou en fesiin chez autrui, observez ces trois avis que.le Saint-Esprit vous donne dans le 31e chapitre.de l’'Ecclésiastique : lo. Ne témoignez pas de «tir press-ment ef de la joie en voyant la bonne chere. 20.. Mangez et buvez avec modération, sans précipilalion et sans avidilé, de crainte de vous. rendre odieux. 3o. Cessez à bonne heure, et relirez-vous des premiers, pour faire connaître que vous avez de l'éducation et de l'honneur. Evitez la médisance dans ces compagnies. S’il y a quelque médisant ou mauvais plaisant, faites-le taire si vow
en av retire Si vos ouné 0 faites
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Jeu Phabi tempé moyer gnerie enivrs devie témèd
| vous donne, 1,. st qu'après s «hâtiments, du jeûne. du s et quarante nourriture, et votre amout, le Dieu. et de ne santé plus ins leur vie enez-vous de ustres, riches et les délices 3 l’abstinence tre corps/est ter, et que, Ai lande, il vous e, faites au re abstinence souffrez votre bnce. Telles ber dans ses
bagnie, ou en is avis que le e chapitre.de pas de bonne chère.
sans précivous. rendre f relirez-vous vous avez de
médisance elque. méditaire si VOUS
en'avez l’autorité, du moins ne l’écoutez pas, ou retirez-vous, si la bienséance le permnt.
’Sivous donnez à manger à autrui chez vous, à vos parents, ou à vos amis, suivez ces règles : 10. Ne le faitet pas souvent, parce que ce serait ne débauche, plutôt qu’une sainte société. 20. N° faites pas trop de dépense, parce que ce serait vraueil et vanité. So. Ne forcez personne à boire ou à manger, parce que ce serait indiscrétion, intempérance et péché. 40. N’y employez jamais le temps des offices, et ne restez pas longtemps à table, parce que ce serait un scandale. 65o. Enfin n'invitez pas à votre table les débauchés, parce que vous vous perdriez avec eux.
#* V. Prenez garde (on ne peut trop vous le répéter) de ne pas vous adonner au vin. Ecoutez ces paroles dun Saint-Esprit: Le vin pris sans modération abrège la vie du corps, ne cause que de l’amerlume dans l'âme, irrite le cœur ; il est la ruine de l’homme, et fait apostasier les sages ; c’est-à-dire que, quand on prend habituellement du vin sans modération, on perd sa santé et son temps, on perd son honneur et ses biens, on perd la foi et la crainte de Dieu, on perd la grâce, on perd le ciel, on perd son âme, on perd son Dieu. Il faut être bien aveugle et bien endurci, si on n’est pas touclié de ces vérités.
* Jeunes gens, il vous est facile de ne pas prendre Phabitude de l’ivrognerie ; embrassez la croix de témpérance. Avec la grâce de Dieu, c’est un moyen certain de se préserver du vice de l’ivrognerie, que de s’interdire l’usage de toute boisson enivrante. Si vous contractez ce vice honteux, il deviendra, par votre malice, un mal presque sans témède, On peut dire qu’un ivrogne a déjà an
262 cu INETRUETIONS :
pied dans l’enfer. . Il peut se convertir ; mais, par sa malice, il ne le veut pas, et son ayeuglement est si grand, que saint Paul n’en. parle qu’en pleurant, Jésus-Christ n’a pas de plus grands ennemis que les ivrognes, parce qu’un ivrogne est capable des plus grands crimes, et a ordinairement tous les vices.
Veillez sur, vous, mon fils ; rien de plus dange, reux que de s’accoutumer à de petits excès de vin; insensiblement on en prend l’habitude, et souvent il arrive qu’on est ivrogne et scandaleux, sans savoir qu’on est tel. |
Si vous aimez à boire longtemps et beaucoup; si vous êtes fort et puissant à table ; si vous dé. pensez votre nécessaire à la table et au.vin; si vous y employez souvent le temps. qui doit. être destiné au travail; si vous fréquentez habituelle. ment les tavernes et les cabarets du lieu de votre domicile : si vous buvez fréquemment avec ceux qui n’ont rien à faire que boire et manger, vous êtes de la catégorie des ivrognes, et vous êtes dans «n état bien dangereux. |
Ne regardez pas la fréquentation. des tavernes de votre lieu ou de votre voisinage eomme.une chose indifférente, Quand. vous fréquentez habituellement le cabaret du lieu de votre résidence, vous faites un péché qui renferme plusieurs. circonstances aggravantes: vous désobéissez .à.; vos parents, qui vousle défendent, et qui en gémis: sent ; vous désobéissez à vos pasteurs et à l'Eglise, qui vous le. défendent ; vous désobéissez à, Dieu
ai vous le défend, parce que Dieu vous défe focopaion prochaine du péché et la désobéissance | vos supérieurs. Combien de péchés à:la fois,
sans compter le scandale que vous donnez à vote
lus danges excès de
bitude, et >andaleux,
JEAUCOUP ; si vous déau: vin ; si ai doit. être habituelle.
Au de votre avec ceux nger, VOUS s êtes dans
>s tavernes omme.une entez. habirésidence, rs. Circon- PZ à. « VOS en gémis:
à l'Eglise, ez à, Bien us défend pbéissance à:la fois,
Lez à votre
fatnille et a: public; sans compter l’injuatioe que
vous faites. .d’emiployer à boire ce que vous devez aux pauvres et à vos créanciers, à l’entretien de votre famille, à l’entretien de vos père et mère !
VI. Les personnes du sexe doivent craindre de #'hecoutümer au vin. !l leur est plus pernicienx “ar ne le pensent, parce que, dit saint Fhomns,
rirrite leurs passions. Une femme sujette! à ce vice, se perd elle-même, déshonore sa famille, rend son époux malheureux et le ruine.
Les personnes du sexe adonnées à l’intempétance. sont dans un état déplorable, puisqu'elles ont la malice de déguiser ce vice dans leurs confessions, de vivre dans le sacrilége, et de rester ainsi dans un danger prochain de damnation. Leur aveuglement est si profond, qu’elles ne voient point
. et ne veulent point voir le malheureux état de leur
conscience. Leur malheur est grand, mais il n’est pas sans remède. Pour sortir de cet état, il faut absolument qu’elles déclärent à un confesseur toutes leurs faiblesses, et toutes les suites dans lesquelles le vin les a entraînées. Le confesseur aura pitié d'elles; mais il est nécessaire qu'#ii:s suivent exactement ses avis. Une des plus danereuses et des plus ordinaires tentations du
mon, c’est de leur faire croire que l: vin est nécessaire à la santé.
‘VIT. Après le repas, n’oubliez jamais de rendre gtäce' à Dieu de ses bienfaits. Vous sauriez Mauvais gré à un pauvre sil ne vous rmerciait 8: d’une aumôûne que vous lui donnez; ourquoi nc ne rémierciez-vous pas le Seigneur de la nourtituré qu’il vous donne si libéralement, sans vous
‘Mdevoir? Profitez de la nourriture pour servis: le
ERA Er Dom nr nn rennes onu le ma
254 ÉNSTRUCTIONS
Seigneur et pour travailler, et n’employez pas les
forces que Dieu vous donne à l’offenser.
EXEMPLE
Il y a des personnes qui s’imaginent que, pour se faire honneur dans les repas qu’elles donnent, il faut foreer les conviés à manger et à boire ; c’est manquer d'éducation. Le roi Assuérus pensait bien autrement. Ce grand monarque fit un jour un festin aux grands seigneurs de son royaume, et PEcriture sainte loue ce prince de ce qu’il r’y avait personne dans toutes les tables qui forçât les autres à boire.
Autre exemple, qui vous apprendra la différence qu’il y a, au lit de la mort, entre un riche qui est nourri dans la molesse et la bonne chère, et les pauvres gens qui vivent dans l’indigence.
L’Evangile dit qu’an homme riche faisait tous les jours qe chère,. tandis que les pauvres mouraient de faim. Il y avait auprès de sa maison un pauvre voisin, homme de bien, nommé Lazare, si pauvre et si abandonné, qu’il eût été content, non pas d’avoir les restes de ce riche, mais: seulement les miettes qui tombaïient de sa table ; faible secours qui luï fut refusé. Sa nrisère ne toucha point le cœur du riche, qui ne fit donner aueune assistance à ce pauvre malheureux. Ce riche enfin mourut au: milieu de ses délices, et fut dans le
-moment enseveli dans l’enfer, Lazare. mourut
‘aussi, et fut porté au ciel dans le sein d'Abraham. ‘Le riche, au milieu des feux, vit la gloire de Lazare au :ciel, dans le sein d'Abraham, . 4h / -s’écria-t-il, père Abraham, ayez pitié de.. moi, “envoyez-moi Lazare pour me donner quelque sow-
z pas Jes
que,-pour donnent, ire 3 c’est s pensait it un jour yaume, et “qu’il n'y forçat les
différence he qui est re, et les
aisgit tous s pauvres sa maison 1é Lazare, é content, nais: seulele ; faible ne toucha rer aucune riche enfin ut dans le e.. mourut
> Abraham.
gloire de am, : Ah / $: de mOi;
uelque 804
dagement : dites-lui de tremper seulement son doigt dans l’eau, et d'en laisser tomber une gouile sur ma langue ; car je suis cruellement tourmenté dans ces flammes. Abraham lui répondit: ‘ Souviens- “toi que, pendant ta vie, tu as vécu dans les “ plaisirs et dans la bonne chère, et que Lazare #f au contraire a vécu dans les maux, dans la péni- ‘$f tence et le jeûne : il est donc juste que Lazare # soit maintenant dans les plaisirs et les consola- “tions, et que tu sois à présent dans les tour- “ ments.” Voilà la fin des sensuels et des gens de table et de plaisir.
AUTRE EXEMPLE
On ne peut rien voir de plus tragique et de plus efficace, pour faire voir jusqu’où le vin peut porter un homme, que l'exemple que rapporte saint Augustin d’un jeune homme nommé Cyrille. Ce jeune homme, accoutumé à fréquenter le cabaret, retournant un jour de ee lieu de débauche, plein de vin, eut l’impudence d'attaquer sa mère qui était enceinte, la sollicita à un crime honteux, et voulut même lui faire violence : cette femme fit des efforts si violents pour se défendre, qu’elle fit une fausse couche, et mit son fruit au jour. Ce malheureux ivrogne voulut encore attenter à la pudeur d’une de ses sœurs, qui aima mieux se laisser poignarder par cet indigne frère, que de ronsentir à un tel crime. Le père étant accouru au bruit, ce fils enragé trempa ses mains dans le sang de celui de qui:il avait reçu la vie, et l’égorgea. Il poignarda encore une autre de ses sœurs qui voulait prendre la défense de son père. O ciel! que d’horreurs et
de crimes !
256 LL ansauorIons:
Saint Augustin, qui avait déjà prêché deux fois ce-jour-là, ayant appris cette triste nouvelle, assembla une troisième fois le peuple, et monta en chaire pour lui faire part des crimes que venait de commettre le détestable Cyrille, et pour donner à ce peuple toute l’horreur que mérite l’ivrognerie, parles horribles attentats auxquels elle peut entraîner l’homme. Tout le monde en effet poussa des soupirs et des cris lamentables, fondant en larmes, lorsqu'on entendit le récit de ces tragiques aventures.
Apprenez ici de quoi un ivrogne est capable ; et, quoique la débauche ne vous ait jamais entraîné dans des crimes aussi grands que ceux de Cyrille, comprenez du moins combien le vin est dangereux, puisqu'il peut porter un chrétien à des crimes si exécrables. .
AUTRE EXEMPLE
‘ L'exemple suivant servira tout à la fois d’instruction aux jeunes filles qui ont de l'attrait pour le vin, et de modèle aux femmes qui ont des maris ivrognes.
Sainte Monique, mère de saint Augustin, faillit se perdre par le vin dès sa plus tendre jeunesse. A l’âge d'environ douze ans, elle eut la curiosité d’en goûter par sensualité; souvent même elle épiait les moments pour en prendre en secret. La servante y prit garde ; et, lui ayant reproché cette honteuse gourmandise, la petite Monique en eut tant de confusion, qu’elle en pleura longtemps. Elle s’en confessa (ce qu’elle n’avait pas encore osé faire), et jamais elle ne retomba dans cette faute : elle vérut ensuite dans une vertu exem plaire, et devint une grande sainte.
ragiques
apable ; entrainé Cyrille, agereux rimes 81
pis d’insrait pour es maris
n, faillit eunesse.
curiosité ime elle ret. La hé cette en eut gtemps.
s encore ns cette
exeme
:1 Elle épousa un homme qui était un débauché, et dont elle eut un fils qui fut aussi débauché que son père. Elle souffrit avec douceur et avec patience ‘les duretés de son mari, et apprenait à ses amies ‘qui avaient des maris débauchés, à souffrir et à prier pour eux. Elle pleura longtemps les péchés de son époux et de son fils; et, après dix-sept années de larmes, de pénitence et de prières, elle les convertit tous deux.
Apprenez de ces avis et de ces exemples, 1°: que les jeunes gens ne doivent pas s’accoutumer au vin, ni être sujets à la sourmandise ; autrement ils risquent de se perdre ;
20 Qu'un ivrogne est un pécheur bien malheureux, parce qu’il est aveugle et ne se connaît pas, et parce qu’il est volontairement incorrigible, en méprisant tous les avis qu’on lui donne ;
3. Que ce n’est pas par les reproches et par les querelles qu’une femme convertira un mari ivrogne, mais par le silence, la patience et la prière, à l'exemple de sainte Monique ;
40. Que, dans tous vos repas, Dieu vous regarde et vous observe, et que vous devez les prendre avec respect et dans la crainte du Seigneur.