‹ Instructions chrétiennes pour les jeunes gensChapitre 30 sur 58 · I. En s'habillant, il faut occuper son esprit de · texte numérisé non relu

I. En s'habillant, il faut occuper son esprit de

saiiïtfs pensées. 1. Nos habits sont les suites du oéché ; nous devons les prendre dans un esprit de pénitence. '2. Nos habits sont les dépouilles et les restes des animaux au-dessous desquels le péché nous a réduits : ainsi en les prenant, ayons des sentiments d'humilité et de confusion. 3. Nos habits sont les effets de la bonté de Dieu qui nous les donne, tandis que tant de pauvres gens, qui valent mieux que nous n'ont pas le moyen de se vêtir : prenons donc nos habits avec des sentimehs de reconnaissance et d'amour envers Dieu.

II. En vous habillant, évitez sur votre personne les regards curieux et immodestes , par respect pour la présence de Dieu. Prenez garde de faire paraître quelque indécence, et ne paraissez jamais devant aucune personne de la famille, ou devant d'autres, sans être modestement couvert. St. Charles avait tant d'attention sur ce point, qu'on dit que jamais ses valets, ni son homme de chambre, n'ont pu voir à nu le bout de ses pieds.

Ne cherchez point dans vos vêtements à contenter votre curiosité, n'affectez point de vous conformer à toutes les modes. Traitez vos corps comme des

victimes saintes, dit St. Paul, et ne vous con- " formez pas aux coutumes du siècle." 11 y a des modes innocentes, vous pouvez les suivre ; mais il y a des modes qui ne ressentent que la mollesse, le luxe et l'orgueil ; c'est ce qu'on appelle les modes du siècle : il ne vous est jamais permis de les suivre, dç quelque condition que vous soyez.

Les filles, en s'habillant, ne doivent point se regarder au miroir avec affectation, mais seulement par la nécessité et la bienséance. Elles seront toujours décemment couvertes, et n'obligeront point leurs parents de leur donner des habits au-dessus de leur condition, se tenant dans une honnête médiocrité, mais avec propreté, et sans affectation. La malpropreté est un défaut et une marque de paresse. Jé-

sus-Christ, dit St. Bernard, a aimé les pauvres,

mais il n'a pas ?imé les crasseux."

On ne peut trop répéter et recommander aux jeunes gens, surtout aux filles, de s'habiller avec modestie et avec simplicité. La vanité, le luxe des habits et des parures est un des plus grands désordres du sexe, et le plus dangereux écueil à la pudeur. Plus elles ont soin de parer leur corps, plus leur ame est négligée : plus elles ont envie de plaire au monde par leur agrément et par leur beauté, plus elles sont difformes aux yeux de Dieu. Quelle folie de chercher à plaire à des créatures en se fesant haïr de Dieu !

Celles qui affectent d'aller sans mouchoir, et de paraître la gorge nue et les épaules découvertes sont criminelles ; les mères qui les souff'rent, même des petites filles, ne sont pas innocentes. Les personnes du sexe qui disent qu'elle n'ont point de mauvaises intentions en s'habillant de la sorte, doivent se souvenir que, si leur intention est innocente, leur action ne l'est pas et que si elles se croient sans péché à

ce sujet, elles se trompent, parcequ'elles se rendent coupables des regards d'autrui qu'elles s'attirent, et dont elles répondront à Dieu. Une fille ou une " femme vêtue sans modestie est, dit St. Bernard, <^ l'organe dont Satan se sert pour perdre les ames." Le démon se place dans srs yeux, sur son visage, sur sa personne, pour exciter les regards et les désirs impurs. Oh ! que la conscience d'une fille qui n'ouvre pas les jeux sur de tels désoidies est dans un état dangereux ! Quel horrible compte ne rendront pas à Dieu les mères et les confesseurs qui n'empêchent pas de tels abus ?

Profitez-donc, jeunes gens, des reflexions suivantes.

I. Il arrive à votre sujet à peu piès ce qui arriva entre l'ange du Seigneur et le démon, au sujet du corps de Moïse. L'ange voulait que le corps de ce saint homme demeurât caché, de peur que les Juifs ne l'adorassent comme une divinité ; et le démon voulait le faire connaître, et découvrir le lieu où il était, afin que les Juifs en fissent une idole pour l'adorer. Voilà, filles chiétiennes, ce qui arrive à votre occasion. L'ange du Seigneur voudrait que vous vécussiez dans la retraite et que vous n'eussiez pas tant d'empressement de paraître aux 3^eux du public ; et le démon au contraire tâche de vous exposer comme des idoles aux yeux du monde, "Vous " êtes , dit St. Jérôme , comme des victimes du " péché, qu'il tâche de polir, de rendre agréable, et

d'exposer à la vue du public," afin que, par les \ pensées et par les regards, le démon d'impureté se i fasse adorer dans vous. Une fille devrait rougir quand un jeune homme fixe ses regards sur elle ; combien donc sont criminelles celles qui par leur enjouement et leur vanité s'attirent à dessein les regards d'autiui, et qui ne se parent que pour être admirées !

2. C'est dans un sens renoncer à la religion de Jésus-Christ, et déshonorer le nom de chrétien, que d'orner son corps des pompes du monde, et des œuvres de Satan. Dans le baptême vous avez fait ] vœu de renoncer à toutes ces vaines pompes ; " ce '

vœu, dit St. Jérôme, est le plus grand de tous " les vœux et on ne vous a imprimé le caractère de chrétien qu'à cette condition. D'ailleurs, J.-C. en vous appellant au christianisme vous avertit: ^^que si vous ne devenez humbles comme des

enfans, si vous ne crucifiez et si vous ne mortifiez

votre chair, vous n'entrerez jamais dans le ciel^ Or peut-on dire que des filles et des femmes superbement vêtues, les bras nus, la tête frisée, fardée, mouchetée, chargée de vains ornements ; peut-on dire, encore une fois, qu'elles ont l'humilité dans i'ame, qu'elles ont le cœur pénitent, qu'elles sont revêtues de l'esprit de Jésus-Christ ? Ne doit-on pas dire au contraire qu'elles font honte à la religion, qu'elles sont indignes de J.-C. etqu'elle:3 ne lui appartiennent plus ? " Elles sont dans cet état l'ouvrage du démon

dit St. Cyprien, et ne sont plus l'ouvrage de « Dieu.-'

III. Les mères, les maîtresses, et tous ceux qui sont chargés d'élever les jeunes gens, sont obligés d'empêcher cet abus. Les religieuses qui ont des pensionnaires sont encore plus obligées à ce devoir ; elles ne doivent jamais souffrir dans les filles qu'on leur confie un espiit de mondanité, ni aucune vaine parure. Elles doivent leur faire aimer la modestie et la simplicité. Une grande fille croira toujouis qu'il lui est permis de faire dans le monde ce qu'on lui a permis de faire dans le couvent.

Si vous êtes de qualité, il est permis de vous habiller selon vutre condition : mais il ne vous est paS permis, pour cela, de vous habiller avec faste. Le bt. Esprit, par la bouche de St. Pierre et de St. Paul^ défend aux femmes et aux filles chrétiennes, " d'en- " tortiller leurs cheveux, de s'orner d'or et de pierre^ " précieuses, et d'étoffes trop liches ; " et St. Paul en particulier leur défend de paraître à l'église et dans les assemblées des fidèles sans avoir le visage voilé. D'ailleurs, à quoi sert cette vaine superfluité d'habits, d'ornements, et toutes ces nudités affectées ? qu'à scandaliser le public, qu'à faire murmurer les pauvres gens qui sont sans habits, et qui meurent de faim, tandis que tout brille sur le corps d'une dame. " Pour être une princesse, dit un jour St. Hilaire à une dame, vous ne cessez pas d'être chrétienne, et *^ non une païenne."

IV. Pour vous, jeunes hommes, faites réflexiotf que les avis que nous venons de vous donner vous' conviennent autant qu'aux personnes du sexe. Ne " fixez point vos yeux, dit le Sage, sur une fille' parée et enjouée ; " dites au contraire avec David : Ah ! Seigneur, détournez mon cœur et mes yeux pour ne pas voir la vanité." Une fille qui ne pense qu'à s'oiner pour vous plaire ne mérite plus votre estime : elle doit vous plaire par sa vertu, et non par ses parures.

Si les personnes du sexe doivent craindre de nous ' scandaliser par leur vanité et par leurs ornements, craignez aussi, jeunes hommes, de les scandaliser sur vous-mêmes par vos ajustements affectés. Ecoutez saint Clément, qui a été un des premiers papes de l'église, et disciple de saint Pierre et de saint Paul : voici comme il parle aux hommes dans le premier livre des constitutions des apôtres. " Prenez garde de vous parer et de vous ajuster d'une manière capable de séduire le cœur des femmes et des " filles. Si, par votre extérieur enjoué, vous leur inspirez des penseés et des désirs criminels, vous êtes coupables de leurs péchés, parceque vous leur avez servi de piège : vos ajustements et votre parure les ont aveuglées, les ont tentées, et les ont " souillées." C'est pour cela que saint Jérôme défend aux mères de laisser converser leurs filles avec des jeunes hommes, enjoués et trop ajustés, de crainte que leurs cœurs n'en reçoivent de funestes impres-

sions. Si tous ces avis ne sont pas de votre goût c'est' une marque que vous ne comprenez pas la sainteté de votre religion : profitez dos exemples suivants, qui vous feront ouvrir les yeux sur ce que vous ignorez.

EXEMPLE

L'histoire ecclésiastique nous apprend que dans la ville de Ptolémaïde, du temps de la persécution, les î filles chrétiennes, parmi lesquelles il y en avait un grand nombre de qualité, étaient si chastes et si pures, qu'elles aimèrent mieux souffrir la mort que ! de se dévoiler : elles se coupèrent elles-mêmes les , ^ lèvres et une partie du visage, pour paraître hideuses et horribles à ceux qui voudraient les approcher ou les envisager. Elles furent déchirées par les ongles et les dents des lions, et par les mains des bourreaux avec des pointes de fer. Ces innocentes filles endurèrent tous ces tourments plutôt que de consentir que ( leurs corps fussent souillés par les regards lascifs ;j des hommes voluptueux. Oh ! que cet exemple fera j un jour de confusion à tant de filles et de femmes I t vaines qui ne s'habillent que pour se faire voir^» et pour faire admirer leur beauté I

Filles mondaines, loin de vous produire au'x yeux I du monde, et de paraître avec tant d'éclat, vous de- 1 vriez bien plutôt vous cacher, pour pleurer les péchés ! dont vous êtes tous les jours la cause par votre vanité.

AUTRE. EXEMPLE

Voici un autre exemple arrivé de notre temps, qui vous fera comprendre qu'une jeune personne qui

suit les impressions de la grâce est bientôt désabuséi des vanités du siècle, et de l'éclat des parures

Une jeune demoiselle de Franche-Comté, quî^ avait beaucoup d'esprit, mais fort mondaine, nommée^ : Angélique, âgée de seize ans, ayant entendu un prédicateur prêcher contre le luxe et la vanité dans les habits, vint se confesser à ce prédicateur qui lui^ dit des choses si solides, que cette jeune fille, docile à la voix de Dieu, dès le lendemain quitta ses vanités, et s'habilla d'une manière chrétienne. Sa mère, surprise de ce changement, la reprit de ce qu'elle ne s'habillait pas comme les autres fois : Angélique lui répondit qu'un prédicateur à qui elle s'était confessée le lui avait défendu.

La mère alla trouver le prédicateur, et lui demanda s'il était vrai qu'il eût défendu à sa fille de s'habiller selon la belle mode. Je ne sais point, répondit le prédicateur, ce que j'ai dit à votre fille ; il vous doit sufiire que je vous dise que Dieu ne défend point de s'habiller selon la mode, lorsque cette mode est innocente ; mais que Dieu défend de s'habiller selon la mode, lorsqu'elle est criminelle ou dangereuse. — Mon pèfe, reprit la dame, qu'appellez-vous mode criminelle ou dangereuse ? — C'est, par exemple, répondit le prédicateurjde porter des habits trop ouveitSj d'orner sa tête de frisures, de mouches, de fard, ou d'autres parures toutes vaines ; de porter des vêtements trop riches, qui ne ressentent que Porgueil et hr faste. Il lui expliqua ensuite les dangers de ces

modes, et les scandales qui en naissent. — Mon père^ lui dit cette femme, si mon confesseur m'en avait autant dit que vous, je n'aurais pas permis à ma fille tant de vanité, et moi-même j'aurais été plus sage. Mon confesseur est cependant un homme savant, mais de quoi me sert-il qu'il soit savant, s'ij me laisse vivre à ma liberté, et dans le danger du salut ? Lorsque cette dame fut de retour, elle dife à Angélique : Ma fille, bénissez Dieu d'avoir trouvé un tel confesseur, et suivez ses avis.

Angélique eut beaucoup de combats à soutenir de la part des autres demoiselles, qui la traitaient de ridicule. Mais le plus rude assaut qu'elle soutint fut au bout de deux ans, dans une compagnie de plusieurs dames qui entreprirent de lui faire changer de sentiment. Pourquoi, lui dirent-elles, ne vous habillez-vous pas comme les autres ? — Je ne suis pa& obligée de faire comme les autres, répondit Angélique : je m'habille comme celles que je crois faire mieux, et non pas comme celles qui font mal. — Eh quoi ! lui dit une dame, faisons-nous mal de nom habiller comme vous voyez ? — Oui, sans doute, vous faites mal, parceque vous scandalisez ceux qui vous regardent. — Pour moi, répliqua la dame, je n'ai en tout cela aucune mauvaise intention ; je m'habille à ma façon : tant pis pour ceux qui ont de mauvaises pensées. — Tant pis pour vous aussi, reprit Angélique, puisque vous en donnez l'occasion : si nous devons craindre de pécher nous-mème, nous ne de-

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vons pas moins craindre de faire pécher les autres.

— Quoi qu'il en soit de vos bonnes raisons, lui dit une autre dame, si vous ne vous habillez plus comme nous, vos amies vous quitteront, vous n'oserez plus vous trouver dans les belles compagnies et dans les bals. — J'aime mieux, répondit Angélique, la compagnie de ma chère mère, de mes sœurs et de quelques tilles sages, que ces belles compagnies où l'on ne fait que jouer, médire et s'ennuyer. Pour ce qui est des bals, j'en suis dégoûtée ; j'ai failli m'y perdre ; il n'y a déjà que trop de tilles mondaines pour y aller et pour scandaliser, sans que je m'y trouve.

— Oh ! après tout; lui dit une autre dame, vous reprendrez notre mode : car si vous vous habilliez comme nous vous en seriez bien plus agréable. — Vraiment, reprit Angélique, je ne m'habille pas pour paraître agréable, mais pour me couvrir. Les vrais agréments d'une tille ne consistent pas dans les habits, mais dans la vertu. Au reste, madame, si vous pensez de la sorte, permettez que je vous dise avec le respect qui vous est dû, que vous ne pensez pas en chrétienne.

Une dame de la compagnie, qui n'avait encore rien dit, (c'était une jeune marquise) écoutait tout ce que disait Angélique. Tout- à-coup cette dame vient l'embrasser : Ah ! ma chère enfant, lui ditelle, que je vous estime d'avoir les sentiments que vous avez ; soutenez-vous dans ces nobles et pieux sentiments. Ensuite cette dame adressant la parole

aux autres, leur dit : En vérité, n'est-il pas honteux pour nous qu'une jeune fille de dix-huit ans nous fasse la leçon, et qu'elle ait plus de courage que nous ? Son exemple sera un jour notre condamnation. Que nous sommes aveugles d'embarasser notre conscience, de nous captiver à suivre tant de modes gênantes, et de nous rendre les martyres de la folie du monde, pour plaire à de sots flatteurs qui dans leurs cœurs se moquent de nous !

AUTRE EXEMPLE

Nous lisons dans les livres saints des effets bien funestes de la curiosité et de la vanité d'une fille. Le saint patriarche Jacob demeurant proche de la ville de Sichem, avait une fille nommée Dina, à qui il apprit à servir et à craindre Dieu. Cette fille âgée de quinze ans, abusa de la liberté que lui donna son père de se promener avec ses compagnes. Ayant un jour aperça quelques tilles et quelques demoiselles de la ville de Sichem, elle fut curieuse de voir la manière dont ces filles étaient habillées ; et s'étant approchée de la ville, elle éprouva bientôt combien il est dangereux de chercher à voir, quand on risque d'être vue. Quelques habitants de Sichem la virent^ lui firent compliment, et l'ayant enlevée, l'emmenèrent à la ville où elle fut déshonorée. Les enfants de Jacob, frères de la jeune Dina, ayant appris cette nouvelle, résolurent de venger l'injure faite à leur sœur. Ils surprirent par fraude les habitants de Si- . chem, les passèrent au fil de l'épée, sans éparp;ner

même leur roi, saccagèrent et pillèrent leur ville. Jacob, père de Dina, pour éviter les suites de cette triste aventure, se crut obligé de changer de demeure et d'aller dans un autre pays.

Voilà ce que produisirent la vanité et la curiosité d'une jeune fille : le massacre de plusieurs habitants, le pillage d'une ville, le trouble de sa propre famille, et la fuite d'un père dans un pays étranger. Apprenez de là, filles chrétiennes, à ne point chercher à voir et à être vues : apprenez à vous habiller avec modestie : sans cette précaution, vous serez un écueil aux autres, et le démon vous tendra à vousmême des pièges auxquels vous succomberez. Et vous, jeunes hommes, craignez et évitez la compagnie d'une fille parée et enjouée, de peur que Satan ne se serve de ses charmes pour souiller votre cœur, et pour vous perdre.

De la dévotion à la Ste. Vierge et à St. Joseph.

I. Un excellent moyen pour honorer Dieu, pour obtenir ses gr-âces, et pour se sauver, c'est la dévotion à la Sainte Vierge. Nous trouvons dans Marie, après J.-C. le plus digne objet de notre culte. Elle est de toutes les créatures la plus accomplie, une médiatrice puissante, et un parfait modèle de toutes les vertus. Trois qualités qui exigent nos respects, notre confiance et notre imitation.

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