‹ Instructions chrétiennes pour les jeunes gensChapitre 54 sur 58 · DU CHOIX DE SA VOCATION · texte numérisé non relu

DU CHOIX DE SA VOCATION

Une fille qui a dessein de se consacrer à Dieu dans la Religion, pour se tirer des danger du monde, et pour travailler à son salut avec plus de sûreté, doit regarder comme une faveur du ciel l'inclination qu'elle a pour le Cloître. Qu'elle exam.ine néanmoins ses dispositions avant que de s'y engager. Toutes celles qui ont du penchant pour le Cloître, n'ont pas toujours les qualitées nécessaiies. Il faut dans une fille qui aspire à cette vocation, une bonne santé, une humeur rlouce et patiente, une esprit droite et docile, et des passions modérées. Celles qui ont une santé faible et chancelante, un génie bizarre et capricieux, qui ont des passions fortes et trop vives, ne sont guère propres à vivre dans une communauté.

Le Célibat, c'est l'état d'un jeune homme, d'une fille ou d'une Vfuive, qui ne veulent point se marier. Cette état du Célibat, si on le choisit en vue de Dieu, est plus parfaiti^ue le mariage: et St. Paul le conseille. " Celui qui n'est pas marié," dit ce grand apôtre, n'a soin que de ce qui regarde le " Seigneur, pour se conserver j\ur de corps et d'es- " prit ; ne pense qu'à plaire à Dieu : mais ceux qui ^' sont mariés, sont occupés des soins du monde, et ^'obligés de complaire à une femme ou à un mari; " ainsi leur cœur est partagé." Si vous voulez vivre dans le Célibat, embrassez cd état par vertu, afin d'avoir plus de moyens et de loisir de servir Dieu.

Ceux qui ont des passions immortifiées, et qui

succombent aux tentations, feront mieux de s'enga-1 ger dans le mariage. C'est tomber dans les pièges } de l'ennemi, que de s'éloigner du mariage, quand j on a des habitu<J*»s forles, et des inclinations violentes à la volupté. " Il vaut mieux se marier, dit <^ fet. Paul," que de brûler du feu impur."

Les personne qui, par des intentions saintes, veulent vivre dans le Célibat, ne déviaient faire aucun vœu de chasteté sans l'avis de leurs Confesseurs. Il serait même à propos de ne faire ce vœu de chasteté que pour un temps, et de le renouveler de temps à autre, plutôt que de le faire perpétuel. " Il " vaux mieux/' dit le sage, " ne pas faire un vœu, <^que de mal accomplir son vœu. Vous ne péchez "point en ne faisant pas un vœu, mais vous péchez " en accomplissant mal ce que vous avez voué."

Quand au mariage, comme il y a dans cet état beaucoup de dangers et d'obstacles pour le salut, il y a aussi beaucoup de grâces et de secouis pour s'y sanctifier, mais pour obtenir de Dieu ces secours, il faut s'engager dans le mariage avec de grandes précautions: c'est pourquoi, jeunes gens, profitez des avis suivans : vous en comprendrez un jour les conséquences.

Des dispositions au Mariage.

!• SI vous^êtes appelé au mariage, vous devez rcgçider cc^te engagement comme une chose des

DISPOSITIONS AU MATlIAGE

plus importantes de votre vie. Votre bonheur en ce monde et votre salut dépendent des précautions avec lesquelles vous y entrerez, et de la manière dont vous y vivrez. Une chose qui est d'une telle conséquence, demande bien qu'on y pense et qu'on s'y dispose bien série use ment.

Un maiià52;e heureux est une faveur du ciel, qui ne s'accorde pas à tout le monde. "Une femme ver-

tueuse, dit le Sage, (st le partage d'un homme " craignant Dieu. Une telle épouse sera donnée à " l'homme à cause de ses bonnes œuvres. Les pa- "rens peuvent donner «les richesses, mais il n'ap- " particnt qu'à Dieu de donner une femme pru- " dente." Ces paroles peuvent également s'appliquer aux personnes du sexe. Si un jeune homme qui a vécu dans la piété doit espérer que le ciel le favorisera d'un parti avantageux, de même aussi une fille qui aura passé sa jeunesse dans la crainte de Dieu doit espérer qu'un époux fidèle, un homme de bien, sera la récompense de sa vertu.

Que si, après avoir passé votre jeunesse dans la pratique de la vertu, le Seigneur, pour vous éprouver, permettait que vous épousassiez un méchant homme ou une méchante femme, vous ne seriez pas pour cela privé des consolations du ciel, paiceque les croix et les afflictions que vous auriez dans ce mariage, deviendraient pour vous une source de mérite, et de salut, par la patience et la soumission que Dieu vous donnera. Mais si vous passez votre jeunesse

dans le désordre, vous avez tout sujet de craindre qu'un mariage malheureux ne soit le juste châtiment de votre libertinage et un écueil de damnation.

Souvenez-vous donc, jeunes gens qu'il n'y a point de temps où vous deviez plus craindre le péché, et plus ménager les grâces de Dieu, que lorsque vous pensez à vous engagei^dans le mariage. Les péchés que vous devez surtout éviter sont l'impureté, les péchés secrets et honteux, les familiarités avec les personnes qui ne sont pas de votre sexe, le$ paroles et les chansons peu chastes. Evitez encore la débauche, l'intempérance, l'orgueil, les courses nocturnes et la désobéissance' à vos païens. Ces sortes de péchés éloigneraient de vous les grâces de Dieu, et vous priveraient des secours dont vous aures besoin pour vous sanctifier dans le mariage.

II. Il ne suffit pas d'avoir mené une vie sainte pour se disposer au mariage, il faut de plus consul* ter Dieu dans la prière, la retraite, et la fréquentation des Sacremens. Dieu est le maître de la voca-* lion, c'est à lui à vous la faire connaître, et c'est i vous à demander et à mériter cette grâce. Consultez votre confesseur, et suivez ses conseils : prenea les avis de vos pères et mères, ou de vos curateursi et de ceux qui ont l'autorité sur vous. Garde^-voui bien de prendre aucun engagement, de faire des prot positions et des entrevues pour le mariage, sans leui agrément et sans leurs conseils ; vous auriez dans la suite sujet de vous repentir de votre imprudence,

Ne vous fiez pas à vous-même, et prenez garde si l'inclination et l'amitié que vous avez pour une personne viennent de Dieu, ou d'un mauvais principe. Il y a des amitiés saintes, mais il y a aussi des amitiés criminelles, amitiés fragiles et de peu de durée. Le démon inspire souvent de telles amitiés entre les jeunes gens, et les leur ôte quand ils sont mariés. De la vient qu'on voit des personnes qui ne peuvent plus se souffrir, dès qu'elles sont ensemble, et qui ont autant d'aversion l'un pour l'autre après le mariage^ qu'elles avaient d'inclination et d'amitié avant que d'être mariées.

L'inclination que vous avez pour une personne ne doit pas être une inclination de caprice ni d'entêtement: elle doit être fondée sur la raison. Jeune homme, si vous n'aimez une fille que pour sa beauté, pour ses agrémens et ses manières enjouées, vous êtes un aveugle qui allez vous jeter dans le précipice. Et vous, filles, qui n'aimez un jeune homme que pour ses manières agréables, ses belles paroles,, ses cajoleries flatteuses et ses douces promesses, une telle amitié vous coûtera cher un jour.

La beauté, les agrémens, les flatteries passent, mais la personne demeure avec tous ses défauts. Vous verrez un jour dans cette personne que vous estimez tant, des vices que vous ne connaissez pas encore. Un dehors brillant et agréable cache souvent de grands défauts, qui sont dans la suite un sujet de chagrins et de repentirs amers. S'engager de

passer toute sa vie avec une personne qu'on ne connaît qu'à demi, est une entreprise délicate et bien sérieuse. On envisage dans la jeunesse cette engagement comme une aiijréable société, et quand on est engagé, on scMit un jou'^ pesant qui accable. On s'imaginait que (ians le maiiago tout serait de roses, et on éprouve tlans la suite que presque toiit y est d'épines. Voilà à quoi doivent s'attendre ordinairement ceux qui se marient par passion et par fantaisie, à passer le reste de leur vie dans la discorde et dans l'inquiétude.

m. L'amitié et l'estime que vous avez pour une personne en vue du sacrement, doivent être fondées sur la vertu, plutôt que sur ses biens. Les richesses, sans la crainte de Dieu, ne font que des mariages malheureux. Les grands biens ne rendent pas l'homme content. Un homme sage ou une femrne prudente valant mieux pour vous que tous les trésors ùe la terre. 11 vaut mieux avoir. moins de hiens, et vivre en paix, et se sauver, que d'en avoir beaucoup et se perdre.

Ainsi pour faire le choix de la ])ersonne avec laquelle vous voulez vous allier, examinez plutôt les qualités de son esprit et de son ame, que les qualités de son corps, et celles de sa parenté. Si la fille à qui vous parlez est douce, humble et modeste, chaste et retenue ; si elle aime le travail, la prière, les Sacremens et l'éloignement des compagnies, si elle vit en paix dans sa famille, si elle respecte ses pères et

mères, vous serez heureux d'avoir une telle personne pour votre compagne. Si au contraire cette fille est d'un esprit volage, si elle n'aime que la vanité et le plaisir, si elle est arrogante, parresseus^, babillarde, danseuse, coquette, impérieuse; si elle souffre toutes sortes de libertés, si elle n'a ni déférençe, ni soumission pour son père et pour sa mère, ni charité pour ses frères et sœurs, que ferez-vous avec une telle épouse ? et quelle éducation donnerat-elle à vos enfans? Telle que vous la prendrez, bonne ou mauvaise, telle vous la garderez toute votre vie.

Et vous, filles chrétiennes, si le jeune homme qui vous cherche est craignant Dieu ; s'il fréquente les Sacremens ; s'il est sobre et retenue dans les compagnies, s'il n'est pas dissolu en paroles ; s'il est chaste dans ses manières, s'il aime le travail et les occupations de son état, s'il est respectueux envers ses pères et mères ; s'il est d'une humeur douce et pacifique, l'alliance avec un tel mari sera avantageuse et^onsoUnte pour vous, et attirera sur votre famille les bénédictions du ciel. Mail s'il est vicieux et libertin ; s'il fdit dts chagrins à ses pavens et à sa famiile ; s'il est joueur, brutal, déréglé en paroles et en chansons ; trop libre avec vous dans ses manières, et surtout s'il veut prendre des libertés indécentes et criminelles ; s'il n'aime ni la parole de Dieu, ni les choses saintes ; s'il est fainéant, querelleur, ivrogne ; en un mot, s'il n'est pas bon

chrétien, à quoi vous exposez-vous, en vous engagéant avec un tel homme ? Que de larmes et que de repentirs suivront votre mariage ! Et que deviendront vos enfans sous la conduite d'un tel mari? Il vous promettra de se corriger quand il sera marié, mais promesses frivoles. Le mariage faii changer d'état, mais rarement fait-il changer les sentimens et les mœurs.

IV. La sincérité et la droiture sont inséparables de l'homme et du chrétien ; c'est pourquoi vous ne devez pas fréquenter plusieurs personnes pour le mariage, ni tromper qui que ce soit. Un jeune homme qui voit plusieurs filles, et qui leur fait entendre qu'il veut les épouser, est un imposteur ; il leur fait tort, il est indigne de la société d'une honnête fille. De même, une fille qui amuse et entretient plusieurs jeunes hommes, et qui donne à tout de belles espérances d'un mariage futur, est une dissimulée et une trompeuse, et ne mérite pas l'alliance d'un honnête homme.

C'est un abus de se fréquenter trop longtemps, quand on veut se marier. Lorsqu'on se fréquente plusieurs années sans rien conclure, on s'expose à se déshonorer, à faire parler le public, et souvent on scandalise une Paroisse. Plus long-temps vous serez fiéquentée, plus on se dégoûtera de vous. C'est pour cela que les filles qui sont si long-temps recherchées échappe souvent les meilleurs partis, et n'ont ordinairement que le moindre.

V. Mais le plus grands de tous les abus, c'est de se disposer au mariage par le libertinage et par le crime. 0 mon Dieu ! comment pouvez-vous bénir de telles alliances ? et combien sont-elles abominables à vos yeux î Faites donc attention, jeunes gens, à cet avis important. Si vous fréquentez une personne pour le mariage, fréquentez-la avec la crainte de Dieu. Ne lui parlez point seul à seule, ni à Pinsu de ses parens ; parlez lui le jour, peu de temps et saintement, et presque jamais la nuit, autant qu'il se peut. Souvenez-vous qu'il ne vous est point permis de folâtrer ensembles, ni de souffrir des cajoleries, ni de prendre des libertés dangereuses ou sensuelles. Mais, direz-vous, c'est par amitié; il est vrai que c'est par amitié ; mais vous vous aveuglez, si vous croyez que ce sont là des marques d'une amitié sainte. Ces sortes de libertés immodestes et peu chastes sont l'effet de la passion, la marque d'une attache qui n'est pas innocente, et une preuve qu'on ne craint point le péché ni la présence de Dieu.

La marque d'une vraie et sainte amitié, c'est d'avoir du respect pour la personne que vous fréquentez, de s'édiher mutuellement, et de prier l'un pour l'autre. Ce n'est pas véritablement aimer une personne, que de la scandaliser. Malheureux que vous êtes 1 si vous aimez cette personne, pourquoi la portez-vous au mal ? Pourquoi lui faites vous perdre la grâce de Dieu par des libertés qu'elles vous souffre ? Pourquoi devenez le meurtrier de son

ame ? De pareilles dispositions pour vous marier vous feront un jour verser des larmes, et attireront peut-être sur votre mariage et sur vos enfans les malédictions de Dieu.

Faites, quelques semaines avant vos noces, une confession générale, pour réparer les fautes que vous pourriez avoir faites dans vos confessions passées. N'oubliez pas qu'il faut être en état de grâces pour se marier, et tâcher, autant qu'on le peut, d'avoir la conscience aussi pure pour recevoir la bénédiction nuptiale, que pour recevoir la Communion. Si vous aviez le malheur de vous marier en état de péché mortel, vous profaneriez "un grand Sacrement," et vous feriez un sacrilège, qui en vous privant de la grâce du Sacrement de Mariage, aurait pour vous des suites funestes.

Dans quelles dispositions on doit célébrer le Mariage, et I passer le jour des noces.* ;

1. Prenez garde de ne pas vous marier avec un* cïî.pêchement de parenté, d'affinité, ou autres empêchemens. Si vous avez quelque doute sur ce ■ point, consultez votre pasteur, ou un confesseur éclairé. Celui qui est marié avec quelque empêche-'" ment, qu'on appelle dirimant, n'est point véritablement marié, à moins qu'il ne soit légitimement dispensé.

MARIAGE ET NOCES

!I. N'ayez que des intentions saintes et légitimes, lorsque vous pensez à vous engager dans le mariage. Éloignez de votre cœur des intentions grossières, basses et impures : autrement l'Esprit de Dieu se retirerait de vous, et vous livrerait à l'esprit de Satan. Ce serait profaner " ce grand Sacrement" que de s'y engager avec de pareilles intentions. Voici les intentions et la fin que vous pouvez vous proposer pour vous marier. 1. De prendre un établissement, pour vous fixer dans un état, et pour vous y sanctifier. 2. De vous tirer des occasions du péché, et des dangers de succomber aux tentations. 3. D'élever dans la crainte du Seigneur les enfans que Dieu vous donnera.

Ecoutez, jeunes hommes, les paroles du jeune Tobie, et apprenez de lui les intentions que vous devez avoir en vous engageant dans le mariage.

Seigneur, disait ce saint jeune homme, vous qui " avez formé Adam, et qui lui avez donné Eve pour *^ lui servir de compagne et de secours, vous voyez ^'les intentions de mon cœur ; je prends cette fille, " votre servante, pour être mon épouse, pour me " sanctifier avec elle, et pour élever dans votre " crainte les enfans que vous nous donnerez, afin "qu'ils bénissent votre Nom dans l'éternité."

Et vous, filles chrétiennes, écoutez les paroles de la jeune Sara, épouse de Tobie, et profitez de son exemple; " Vous savez, ô mon Dieu! disait-elle,, " que je n'ai jamais eu de désir sensuel poui un

" homme, et que j'ai conservé mon ame pure. Je n'ai jamais pris part dans les jeux et dans les divertissemens de ceux qui s'amusent à folâtrer; <^ j'ai toujours fui la compagnie des personnes vaines " et légères ; si j'ai consenti de prendre un mari, ce n'est qu'en votre crainte, dans une intention " sainte, et dans l'espérance que vous nous accordez " votre miséricorde et votre protection, en comblant de vos bénédictions les jours que nous passerons ensemble." Oh ! que bénis sont ceux qui se marient avec de si saintes dispositions, et avec des intentions si pures !

III. Priez notre Seigneur Jésus-Christ et sa Sainte Mère, d'assister et de présider en esprit à votre mariage, comme ils assistèrent autrefois en personnes aux noces de Cana. Pour attirer sur votre alliance la protection de Jésus et de Marie, souvenez-vous que la célébration du Mariage doit se faire avec des sentimens de Foi et de Religion. Ne souffrez point qu'il y ait pendant cette sainte cérémonie, des impies, des gens qui ont l'esprit bouffon, et des railleurs des choses saintes. Passez une grande partie du jour de vos noces dans la prière et l'oraison, atin d'attirer sur vous les faveurs du Ciel.

Si vous faites un festin, qu'il soit, comme celui de Tobie, avec des personnes sages; et que tout s'y passe dans la crainte de Dieu : prenez garde qu'il n'y ait chez vous, dans ce jour mémorable, aucune

MARIAGE ET NOCES

dissolutions en paroles, en chansons, en débauches; vous avez plus besoin de prières le jour de vos noces que de divertissemens. Il vous est permis de vous y réjouir, mais que ce soit dans le Seigneur.

Si vous évitez et si vous bannissez de vos noce, les dances, vous rendez gloire à Dieu. La danse comme nous l'avons démontré dans ce livre, est un exercise toujours dangereux et souvent criminel. La circonstance des noces ne rend pas la dance moins dangereuse, elle y est même souvent moins innocente, par les libertés qu'on se permet, et par les péchés qui s'y commettent. Les danses qui se font aux noces sont ordinairement un désordre d'autant plus déplorable qu'il est universel. La sainte Eglise de Jésus-Chvist n'approuve point de telles réjouissances ; on n'a qu'à lire ce que les Conciles et les Saints Pères on dit sur cette matière. Dans le Concile de Laodicée, il est ordonné aux prêtres et aux ecclésiastiques qui se trouveront aux noces de sortir de l'assemblée, et de se retirer aussitôt que les joueurs d'instrumens arriveront pour ouvrir la danse, parcequ'il serait indigne et honteux à des ministres de Jésus-Christ d'autoriser par leur présence de tels abus.

Prenez garde que le jour ou le soir de vos noces, ou à la bénédiction du lit nuptial, il n'y ait aucune ridicule cérémonie, aucune vaine observance, aucune pratique superstitieuse. Pratiques détestables, dont sont quelque fois infatués certains peuples

ignorans. Abus indignes de la Sainteté du Christianisme, et qui sont encore un pitoyable reste du paganisme.

IV. Quelque temps après la célébration de votre mariage, et le plutôt que vous pourrez, priez un confesseur, éclairé et prudent de vous instruire des devoirs de votre état, et des fautes qu'il faut éviter, de crainte que, dans l'ignorance, vous ne tombiez, par passion ou par aveuglement, dans certains péchés, qui, en souillant votre ame, déplairaient à Dieu, et attireraient sur vos enfans quelques malheurs. Souvenez-vous pour cet effet de ces belles paroles que le saint jeune homme Tobie dit à Sara son épouse, dès le premier jour de leur mariage :

Sara ma chère épouse, nous sommes les enfans ^' des Saints ; gardons-nous bien de vivre ensemble <^ dans notre mariage, comme les païens qui ne connaissent pas Dieu."

V. Voici un des avis qu'il est à propos de donner aux jeunes gens. Lorsque vous serez en âge de vous marier, si vos pères et mères s'opposent à votre établissement, n'en murmurez pas ; ils le font pour votre propre avantage, dans la crainte que vous ne preniez un mauvais parti, parceque souvent les jeunes gens s'aveuglent, et ne connaissent leur aveuglement que lorsqu'il n'est plus temps. Prendre un parti, plutôt selon le choix de vos parens que selon le vôtre, c'est, dit St. Ambroise, " se marier " selon le Seigneur." Ne faites cependant rien

MARIAGE ET NOCES

malgré vous, et ne prenez aucun engagement contre votre inclination.

On ne peut trop répéter aux pères et mères qu'ils doivent bien prendre garde de ne jamais forcer Pinclination d'un enfant, pour l'engager dans le mariage ou dans une vocation. Ils ne doivent pas même, sans raison suffisante, s'opposer à un mariage convenable ; ils répondront à Dieu des péchés auxquels ils exposeraient un enfant, et des scandales qui suivraient d'un pareil refus. Un enfant ne doit pas pour cela se porter à des excès, et agir par caprice. Ainsi, jeunes gens, si vos pères et mères s'opposent à votre dessein, par opiniâtreté, par humeur, par avarice, tâchez d'obtenir leur consentement par votre complaisance, par votre obéissance et votre patience. Priez quelques parens, quelques amis prudens, de parler à votre père ; qu'ils lui fassent comprendre qu'il ne peut en conscience s'opposer sans raison à un mariage légitime, ni vous laisser ainsi sans établissement, dans un état dangereux pour votre salut, ou contraire à votre fortune.

EXEMPLE

Environ l'an 1115, lorsque le Royaume d'Angleterre était encore Catholique, la Divine Providence appela au mariage, d'une manière singulière et admirable, un jeune gentilhomme de la ville de Londres, nommé Gilbert. Ce jeune Seigneur, inspiré de Dieu, lit le voyage de Jérusalem, accompagné

d'un domestique nommé Richard^ dans le dessein de combattre à la guerre contre les infidèles. A peina fut-il arrivé dans la Terre-Sainte, qu'il fut pris avec son domestique par les infidèles, qui l'enchainèrent et le mirent dans les prisons d'un prince des Sarasins, ou grand seigneur du pays. Gilbert demeura un an et demi avec Richard dans cette dure captivité, très-fatigué par les ouvrages pénibles auxquels on l'occupait. It était cependant moins misérable que les autres esclaves, parceque le Prince, qui voyait en lui beaucoup d'éducation et de sagesse, le traitait avec bonté et même avec considération.

Ce prince Sarrasin avait une fille unique, qui admirait la conduite de Gilbert et qui était charmé de sa vertu. Cette fille depuis quelque temps cherchait l'occasion de lui parler en particulier, et l'ayant un jour trouvé seul elle lui demanda d'où il était. Je suis, répondit Gilbert, de la ville de Londres en Angleterre. De quelle Religion êtes-vous ? lui dit cette fille. Je suis, répondit-il, de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine. Quelle est cette Religion, continua cette jeune princesse, et que vous enseigne-t-elle ? Gilbert lui expliqua en peu de paroles les Mystères de notre Religion, et surtout les Mystères de la Vie, de la Passion, de la Mort et de la Résurrection de J.-C, l'assurant qu'on ne pouvait être sauvé sans la foi de Jésus- Christ, que les Prophètes avaient prédit toutes ces choses plus de mille ans avant qu'elles arrivassent.

Mariage et noces.

Cette fille, que Dieu voulait convertir par le ministère de ce jeune gentilhomme, goûtait tant de plaisir et tant de consolation à l'entendre, que depuis ce temps elle épiait les momens et ne manquait aucune occasion de lui parler. Gilbert, de son côté, l'entretenait, avec beaucoup de modestie, toujours des choses de Dieu et du salut. Il lui pailait avec tant de dignité de nos Saints Mystères, des vertus chrétiennes, du plaisir qu'il y a d'être à J.-C, et de le servir, qu'un jour elle lui dit : Vous aimez donc bien ce J.-C. duquel vous me dites de si belles choses ? Oui, répondit le jeune esclave, je l'aime de tout mon cœur, et je l'aime avec tant d'ardeur, que je voudrais embraser tous les cœurs de son amour. Mais, poursuivit-elle, souffririez-vous la mort pour lui? Gilbert, à cette proposition, crut que cette fille éidil d'intelligence avec le prince son pére, pour le tenter et pour le faire renonçer, à J.-C. ; et sur-le-champs il répondit que ce serait avec joie qu'il mourrait pour J.-C, et que la plus grande grâce qu'il pût recevoir en ce monde, était de donner sa vie et son sang pour son Sauveur.

Cette réponse généreuse toucha si vivemei»t le cœur de cette fille, qu'elle prit la résolution d'embrasser une Religion si parfaite^ Dans ce mcment elle dit a Gilbert : Votre Religion me parait sainte et divine ; les vertus qu'on y pratique, et que je vois en vous, sont si admirables, que je suis résolue de me faire Chrétienne, d'abandonner ma fausse re-

ligion, de quitter même mes païens mes biens et mon pays, pour adorer et servir J.-C. Mais comme je ne connais point de Chrétien que vous, je vous prie de me promettre que vous m'épouserez. Je trouverai le moyen de vous tirer de voire prison, et je me sauverai de la maison du prince mon père, pour aller avec vous dans votre pays. Ce n'est point l'intérêt ni aucune inclination naturelle, ni un motif hu:nain qui me fait parler de la sorte; vous êtes esclave, et moi je suis princesse, hlle d'un des plus grands seigneurs de ce pays. Si je demande votre alliance, ce n'est que pour avoir la consolation d'être instruite dans votre loi, et de vivre avec vous dans la Religion de J.-C. Le prince mon père me destine un parti riche et puissant, mais j'aime mieux me sanctifier avec vous, que d'être placée sur le trône ; et je me croirai la plu? heureuse des femmes, si je puis être un jour l'épouse d'un homme aussi vertueux que vous.

Gilbeit, (jui ne s'attendait point à une pareille proposition, fut si étonné de ce discours, qu'il demeura quelque temps sans répondre une seule parole. 11 appréhendait que cette lille ne lui tendit un piège, et qu'elle n'eût un ordre secret de son père pour le surprendre, et peut-être pour le faire mourir; c'est pourquoi il se contenta de lui répondre en général, qu'elle serait heureuse d'être Chrétienne, qu'elle devait prier le Seigneur de l'éclairer, et d'accomplir sur elle sa sainte volonté. Il se passa

MARIAGE ET KOCES.

ensuite quelque temps, et Gilbert ayant trouvé une favorable occasion^, rompit ses chaines, sortit de sa prison, et se sauva avec Richard son domestique, et avec tous les autres esclaves, sans rien dire à personne.

La fille du prince Sarra in n'cnt pas plutôt appris que Gilbert s'était enfui, qu'élit- se n-iira dans sa chambre pour n'être point vue de personne ; elle s'abandonna à une telle douleur qu'elle était inconsolable; pendant plusieurs jours elle ne fit que pleurer en secret de ce qu'elle n'avait plus personne pour Pinstruiie de la Religion de Jésus-Christ. Ah, Ciel ! s'écriait-elle en soupirant, ne serais-jo donc janjais Catholique ? Faudra-t-il donc que je meure dans ma fausse Religion ? Qu'est devenue Gilbert, ce saint homme qui m'a dit des choses si divines? Elle se souvint que Gilbert lui avait dit qu'il était de la ville de Londres en Angleteire. Elle s'informa de quel côté était l'Angleterre, et résolut d'y venir chercher Gilbert jusq\j'à Londres, afin qu'il l'instruisit dans la Religion Catholique. Apiés nvoir pris secrètement ses mesures, elle sortit au milieu de la nui-t du palais de ^^)n père, et s'enfuit toute seule, renonçant à toutes ses grandes richesses, et à sa patrio, pour aller chercher J.-C. Elle n'appréhenda point les fatigues et les dangers d'un si pénible voyage, et Dieu permit qu'elle passât par les pays infidèles, et qu'elle traversât plusieurs RoyauDies sans accidens. Arrivée sur le bord de la

mer^ elle trouva heureusement un vaisseau, où il'y avait quelques merchands et quelques voyageurs qui allaient en Angleterre^ — Comme ils entendaient un peu la langue^ de cette jeune fille, et qu'ils la voyaient seule, ils la laissèrent par charité dans le vaisseau.

Lorsqu'elle fut débarquée en Angleterre, elle quitta ces voyageurs et ces merchands, et arriva dans peu de jours à Londres. Elle allait dans toutes les rues de cette ville, sans pouvoir se faire entendre. Comme elle était habillé à la Sarrasine, et qu'on ne comprenait pas son langage, on la prit pour une folle : de sorte qu'elle servi pendant plusieurs jours de risée et de jouet à la populace et aux enfans, qui se moquaient de cette étrangère. Enfiu Dieu permit que Kichard, le domestique de Gilbert, la rencontrât sur la place publique, et la reconnût. On ne peut exprimer la joie de cette jeune princesse, lorsqu'elle vit Richard, et qu'elle reconnût que c'était le même qui était dans la prison de son père avec Gilbert. Que faites-vous ici? lui dit Richard. Je suis venue, répondit-elle, pour me faire instruire de la Religion Catholique. Demeurez-là lui dit Richard, je vais avertir mon maître.

Gilbert ne crut pas d'abord ce que Richard lui dit, ne pouvant se persuader qu'une lille aussi délicate et d'une si grande qualité, eût traversé tant de pays et de provinces pour venir en Angleterre; mais comme il vit que Richard persistait, et l'assurait de

MARIAGE ET NOCES

la vérité^ il admira le courage et la foi de cette fille, et ne douta point que le doigt de Diéu ne fût là ; il ne voulut pas, pour de bonnes raisons, la retirer dans sa maison, et dit à Richard de la mener chez une dame de sa connaissance, la priant d'en avoir soin comme de sa propre fille.

Le lendemain Gilbert alla chez cette dame. Dès que la jeune Sarrasine le vit, elle eut le cœur si serré et si tranpporté de joie, ■ qu'elle se jeta à ses pieds, embrassant ses genoux et les arrosant de ses pleurs. Ne me rebutez pas, lui dit-elle, vous êtes celui que Dieu a destiné pour me convenir et pour xne faire Chrétienne. Gilbert fut touché de ces paroles, qui marquait la grande foi de cette étrangère, et fut inspiré de l'épouser, afin qu'ellé pût être instruite à loisir de notre sainte Religion.

Ne sachant néanmoins à quoi se déterminer, parcequ'il avait promis à Dieu de se consacrer à la guerre des* Chrétiens contre les Infidèles, il alla-consulter son évêque, qu'il trouva avec cinq autres prélats. Gilbert leur ayant raconté le fait et les aventures de cette demoiselle, ils lui dirent que cette vocation venait de Dieu; et que J'un et l'autre ayant des intentions si saintes et si pures, le Ciel bénirait leur mariage.

Gilbert instruisit cette jeune princesse des mystères et des maximes de la Religion Chrétienne, elle goûta les vérités du Christianisme, et en reçut les instructions avec des dispositions si saintes, que

dans peu de temps elle fut capable de recevoir le Baptême, auquel elle se disposa par la prière et pat l'esprit (le pénitence. L'Evêque de Londres voulut lui-même la baptiser. Avant que de faire cetteauguste céîémonie, il lui demanda, selon la coutume de l'Eglise, si elle voulait être baptisée ; elle répondit avec tine sainte ardeur, et avec une effusion de; larmes qui ait . luiiit tous les assistons, qu'elle le dé-: sirait de tout son cœur ; que c'était pour ceh qu'elle était venue, au péril de sa vie, d'un pays si éloigné. L'Evéque la baptisa, et lui donna le nom de Ma* thilde. Gilhert ensuite l'épousa en présence de l'Evêque, qui leur donna la bénédiction nuptiale.

Le mariage étant célébré, Gilbert se trouva dans des grandes inquiéiudes sur ce qu'il devait faire. Il était d'un côté résolu de tenir la promesse qu'il avait faite à Dieu, de retourner à la guerre contre les infidèles, et de l'autre, il n'osait abandonner une épouse qui l'était venu chercher de si loin. Mathilde s'apperçut de son embarras, et lui dit: Qu'avez-vous, monsieur? Etes-vous donc affligé de ce que j'ai l'honneur d'être votre épouse ? Non, ma chère épouse, lui répondit Gilbert ; le sujet de mon inquiétude, c'est que je dois partir pour aller à la guerre combattre pour Jésus-Christ contre les infidèles ; et je crains que mon départ et mon absence . -ne vous affligent. Non cher époux, reprit cette vertueuse dame, partez pour une guerre si sainte ; je n'en serait point affligée, puisque c'est la volonté de

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Dieu. Je n'ai souhaité d'être avec vous que pour apprendre à vivre pour J.-C. Vous m'avez déclaré étant captif chez mon père, que vous étiez prêt de faire à Jésus-Christ le sacrifice de votre vie j je suis de même prête à lui faire le sacrifice de votre peisonne. Quoiqu'il me coûte beaucoup de me séparer de vous, je suis cependant ravie de rendre à Dieu un époux que je n'ai cherché que pour Dieu. Allez-donc, mon cher époux. Dieu bénira vos entreprises ; ne soyez point en peine de moi ; le Seigneur, qui m'a fait miséricorde lorsque j'étais infidèle, me protégera beaucoup plus maintenant que je ?uis Chrétienne. Ils se séparèrent en versant des larmes, après s'être promis mutuellement le secours de leurs prières.

Gilbert, qui ne pouvait se lasser d'admirer la sainte générosité de son épouse, parti et lui laissa Richard pour avoir soin d'elle. Gilbert demeura trois ans et demi dans cette guerre, et s'en revint. Dieu répandit sa bénédiction sur un mariage si saint ; ils eurent un fils prédestiné, et Mathilde, pendant sa grossesse, eut plusieurs inspirations et de secrets pressentiinens que l'enfant qu'elle portait dans son sein serait grand devant Dieu. Elle accoucha l'an 1119, de ce bienheureux eniant, qui fut nommé. Thomas. Mathilde ^ne fut pas trompée; son fils Thomas fut un grand Saint: il fut Archevêque de (yantorbéry, reçut la couronne du martyre pour la défense de l'Kglise. On célèbre sa fête le lendemain de celle des Saints Innocens.

Jeunes gens, édifiez-vons par ces exenrjples, et que ces deux illustres époux soient votre modèle. Lorsque vous pensez à vous nnarier, ne cherchez que Dieu et votre salut, à Pexemple de Mathilde ; n'ayez que des intentions saintes et des conversations innocentes, à Pexemple de Gilbert, et Dieu bénira votre mariage et votre postérité.

AUfRE EXEMPLE.

" Ce qui commence ])ar la joie, finit souvent par le regret," dit le Sage. C'est ce qu'on vois dans plusieurs mariages dont les suites sont bien amères. Parmi plusieurs exemples que l'expérience montre tous les jours, en voici un arrivé depuis peu de temps.

Un jeune homme et une fiile, après plusieur an-i nées de fréquentations et d'affiduités, se marirent, malgré leur parens. Avant le mariage ils avaient tant; d'attache l'un pour l'autre, qu'ils étaient insépa-s rables : il semblait que leur amitié ne devait jamais^; finir. Mais ils énrDnvèi',»nt bientôt que les am/itiésj d'entêtement et de jeunesse ne sont pas de durée,; et que Dieu ne bénit pas de tels mariages. A peine furent ils mariés, que le mari pe pouvait plus souffrir sa femme, et la traitait comme une esclave. La femme prit le meilleur paiti, qui était celui de patience et du silence. lU eurent une fille, nommé Symphorienne. Ce mari brutal ayant donné un

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coup de pied à sa femme, elie en mourut au bout de huit jours.

Avant que de mourir, elle appela Symphorienne, qui avait treize ans. Tu vois, ma fille, lui dit-elle, Pétat où je suis ; tu vois les cruautés que j'ai éprouvés de ton père : je les ai souffertes en esprit de pénitence, et comme une juste punition de mes désobéissance et des chagrins que j'ai faits à mes père et mère, en me mariant contre leur gré et par caprice. Prends exemple sur moi, et sois plus sage que je n'ai été. Je te laisse sous la conduite de ta chère tante, qui aura soin de ton éducation : ne fais rien sans ses conseils, et prends garde de ne te jamais conduire par ta propre volonté. Aie toujours devant les yeux la crainte de Dieu ; sois humble et chaste : évite les fréquentations et familiarités avec les garçons, c'est ce qui a commencé ma perte. Je te plains ma fille, bientôt tu n'aura plus de mère sur la terre ; mais je prie la Ste. Vierge d'être ta mère, et de te protéger.

N'oublie jamais le respect que tu dois à ton père : il n'est pas capable de te donner l'instruction : je te recommande cependant de lui obéir, et de prier pour sa conversion. Je lui pardonne pour J'amour de J.-C. tous les mauvais traitemens qu'il m'a faits. Cette femme mourut ensuite dans une parfaite résignation à la volonté de Dieu. Symphorienne sa fille profita si bien des avis salutaires de sa mère mourante, qu'elle vécut en sage fille, suivit les con-

CHàHTRE L.

seils de sa tante^ et se maria saintement avec un parti avantageux.

^on père, après la mort de cette femme, eut tant de regret et de confusion de la mort qu'il lui avait causée par ses duretés, qu'il en tomba malade, et mourut quelques jours après, dans une espèce de transport et de désespoir.

Voilà quelle fut la fin d'un mariage contracté par libertinage et par fantaisie. Ne voit-on pas souvent de pareils événemens dans les paroisses, à la ville et à la campagne, que Dieu permet pour l'instruction des jeunes o:ens ?

Combien de filles seraient avantageusement établies et heureuses dans le mariage, si elles consultaient Dieu et la volonté de leurs parens ? Combien en voit-on qui perdent leurs ames et leurs fortunes parcequ'elles sont sans pudeur et sans modestie ? Combien de jeunes hommes, qui, en se mariant par un criminel entêtement, attirent sur eux et leur famille la malédiction du Ciel ? Oh ! qu'on est aveugle, qu'on est malheureux, lorsqu'on cherche sa fortune et son établissement par le libertinage et par le crime !

autrt: exemple.

L'Ecriture Sainte nous apprend des circonstances bien édifiantes et bien extraordinaires dans le mariage du jeune Tobie. Son père qui s'appelait aussi Tobie,

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lui dit un jour : Mon fils, prenez la peine d'aller jusque dans la ville de Ragès, pouï- demander à Gabéhis l'argent qu'il nous doit; mais comme le voyage est long, cherchez quelque personne sage et craignant Dieu, pour vous conduire. A peine le jeune Tobie fut-il sortie de la maison, qu'il vit venir à sa rencontre un jeune homme qui avait l'aire noble et modeste (c'était l'Ange Raphaël que Dieu lui envoyait pour être son guide, déguisé sous la forme d'un voyageur). Ne sauriez-vous point, lui dit Tobie, le chemin qui conduit à Rages en Médie ? Sans doute, je le sais, répondit l'Ano;e ; je connais même les habitans de ces pays là, et je puis vous y rendre service. Le jeune Tobie ht entrer ce jeune étranger dans la maison; le père le pria de conduire son fils, et lui promit qu'il ne perdrait pas ses peines. L'Ange Raphaël (qu'ils prenaient tous pour un jeune homme) lui répondit : " Je conduirai fidèlement votre fils, et je vous le ramènerai en bonne santé." Allez, mes enfans leur dit le père, en leur donnant sa bénédiction, je vous souhaite un heureux voyage que le Seigneur pous protège en chemin, et que son Saint Ange vous accompagne !

Après quelques jours de marche, se trouvant près d'une ville, l'Ange dit au jeune Tobie ; Vous ne savez peut-être pas que vous avez ici un proche parent, ami de votre père. Ce parent, c'est Ragucl : il n'a qu'une, fille unique nommé Sara ; elle est très vertueuse, elk a du bien j le Seigneur l'a destinée

pour être votre épouse, et je sais que votre père y consentira. C'est dans la maison de Raguël que je vais vous conduire, ne manquez pas de lui demander sa fille en mariage.

Au noms de Sara et de Raguël, Tobie, tout épouvanté, dit à l'Ange : Vous ne savez donc pas que cette fille a déjà eu sept maris, et que tous les sept ont été étouffés par le démon, dès la première nuit de leurs noces; je crains qu'un pareil accident ne m'arrive. Il est vrai, lui dit l'Ange, que le démon a mis à mort les sept mari sde|Sara, parcequ'ils le méritaient, et qu'ils étaient indignes de l'alliance de cette sainte fille. Mais rassurez-vous ; le même accident ne vous arrivera point ; le démon n'a pas du pouvoir sur tous les hommes. Ceux qui n'entrent dans le mariage qu'avec des intentions grossières, et qui, sans crainte de Dieu, se comportent d'une manière toute brutale, comme des bêtes sans raison, voilà ceux que Dieu abandonne quelquefois au pouvoir de l'esprit malin. Pour vous, vous n'en userez pas de la sorte ; vous épouserez Sara, et vous ne l'é- ; jfouserez que selon l'esprit de Dieu, dans des inten- ; tions saintes ; et soyez assuré que rien de fâcheux ' ne vous arrivera, que le démon n'aura aucun pouvoir sur vous, et que Dieu bénira votre alliance. Le jeune Tobie remercia l'Ange, ajouta foi à ses paroles, et lui dit qu'il profiterait de ses sages conseils.

Etant arrivés dans la ville, ils allèrent chez Kaguël, qui reçit avec bonté et avec franchise ces

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deux voyageurs sans les connaître. Ensuite ayant envisagé le jeune Tobie, il dit tout bas à Anne sa femme : ^' Ce jeune homme ressemble beaucoup à " Tobie notre cousin." Une louable curiosité le porta à demander à ces deux étrangers d'où ils étaient. Nous sommes, dirent-ils de la tribu de Nephtali, et nous demeurons à Ninive. Puisque vous demeurez à Ninive, leur dit Raguël, vous connaissez peut-être Tobie, mon parent et mon ancien ami ?

L'Ange lui montrant le jenne Tobie : Voilà, lui dit-il, le fils de ce cher parent dont vous parlez. Aussitôt Raguël se jeta au cou de ce jeune homme, et l'embrassant en versant des larmes. Ah ! mon fils, lui dit-il que le Seigneur vous comble de ses bénédictions ! Vous êtes le fils d'un grand homme de bien. Il lui parla si tendrement, qu'Aune sa femme et sa fille Sara en pleurèrent de joie.

Raguël fit préparer un festin. Je ne mangerai et ne boirai point chez vous, lui dit le jeune Tobie, que vous ne m'ayez accordé la grâce que je vais vous demander ; c'est votre fille, que j'ai l'honneur de vous demander en mariage. Raguël fut saisi de frayeur, et pâlit à cette proposition. 11 pensa d'abord que, s'il lui donnait sa fille, il arriverait à ce jetine homme le même accident qu'au sept autres maris de Sara. L'ange, qui voyait son embarras, lui dit : Ne craignez rien, Raguël ; l^'eune Tobie est celui que le Ciel destine à votre^ fille : soyez

assuré que rien de fâcheux ne lui arrivera. Les autres maris de votre fille ont été livrés au démon, parcequ'ils étaient des hommes tout charnels ; mais ce jeune homme n'est pas de même, il est craignant Dieu, et n'a que de saintes intentions. Raguël, à ces paroles, mit sa confiance en Dieu, consentit à ce mariage ; et prenant la main du jeune Tobie et celle de Sara sa fille, il leur donna sa bénédiction, en disant : " Que le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ^^soit avec vous; qu'il vous unisse, qu'il comble

votre alliance de ses grâces célestes !" On écrivit ensuite le contrat de mariage, et on soupa avec une sainte joie, en bénissant Dieu.

Après le souper, on conduisit les jeunes époux dans la chambre nuptiale ; la jeune Sara n'y entra qu^en tremblant, appréhendant toujours qu'il n'arrivât à ce nouvel époux un même accident qu'aux autres : Tobie y entra sans crainte, plein de confiance en Dieu. Quand il fut seul avec sa nouvelle épouse, il la rassura, et lui dit : " Ne craignez point

Sara, le Seigneur sera notre Protecteur et notre " Père; il est juste que nous lui consacrions les pré-

mices do notre mariage; passons les trois pre-

mières nuits en prières, et ne songeons qu'à nous

unir à Dieu et à purifier notre cœur." Ils pas* sèrent ensuite la nuit en oraisons.

Raguôl, de son côté, craignait toujours pour Tobie ; il fit même crever par précaution une fosse pendant la nuit pour l'enterrer, en cas qu'il fut trouver mort

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tomme les autres maris de Sara ; de manière que, ne pouvant vaincre son inquiétude^ il se leva avant le jour et dit à Anne sa femme : Envoyez une de vos servantes, pour voir si notre gendre est encore vivant. La servante y entra, et revint promptement leur dire qu'ils étaient tous deux vivans et en santé ; aussitôt le père et la mère se prosternent à genoux pour remercier iJieu de ce qu'il agréait et favorisait ainsi le mariage de leur fille, et passèrent le reste de la nuit en prière pour e]ïe et pour son époux.

Le jeune Tobie, après avoir réglé et disposé toutes ses alFairs, pria son beau-père Kaguël de lui permettre de s'en revenir, et d'emmener Sara son épouse : Raguël y consentit enfin, lui remit sa fille avec beaucoup de domestiques, et de grandes richesses.

Allez, mes enfans, leur dit-il en pleurant et leur faisant ses adieux, allez en paix; je prie de tout mon cœur l'Ange du Seigneur qu'il vous conduise et vous préserve d'accidens ; que le Ciel bénisse votre alliance et votre postérité. Pour vous, ma fille, nous ne vous verrons peut-être plus ; mais écoutez les derniers avis de Raguël votre père, et d'Anne votre mère. Ils l'embrassèrent tendrement, et lui dirent : Honorez votre beau-père et votre belle- <^ mère, respectez votre époux, appliquez vous à " régler votre famille, gouvernez avec sagesse et avec patience votre maison et vos'^domestiques, et vivez sans reproche dans la crainte du Seigneur.'^

A ces mots les larmes recommencèrent, on s'embrassa pour la dernière fois. Tobie avec son épouse et son cortège partirent.

Après quelques jours de marche, Tobie prit le devant avec l'Ange Raphaël, afin de consoler son père et sa mère, qui étaient en peine de lui. Il arriva quelques jours avant Sara. On ne peut exprimer la joie de ce bon père, au retour de son fils, et lorsqu'il apprit son heureux mariage. Ce bon viellaid était aveugle : et ce qui augmenta sa joie, c'est que son fils Tobie le guérit, et lui ouvrit les yeux par le secours d'un remède que l'Ange lui avait appris; les premières paroles de ce saint homme furent de bénir et de remercier Dieu.

Au bout de sept jours, on vit arriver la jeune Sara, épouse de Tobie, avec tout son équipage et sa suite. On doit juger avec quel empressement et avec quelles marques de tendresse et de cordialité on reçut cette vertueuse et jeune épouse ; et quelle fut la joie de Sara d'entrer dans une maison où elle voyait tant de charité, d'union et de crainte de Dieu : elle bénit le Seigneur de l'avoir appelée à un mariage où elle ne voyait lien que de consolant pour elle.

Tobie le père appela son fils, et lui dit en particulier: Que donnerons-nous à ce jeune homme qui vous a accompagné pendant votre voyage ? (II parait de l'Ange Raphaël, qu'il ne connaissait pas en-core, et qu'il croyait véritablement être un homme)

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Ah : mon père reprit le jeune Tobie, tous nos biens ne sont pas suffisans pour reconnaître les grands services qu'il m'a rendus. Je lui dois ma vie, je lui dois mon épouse, vous lui devez la vue, je lui dois mes biens, je lui dois tous. Le père et le fils lui offrirent par reconnaissance la moitié de leurs biens, en lui demandant pardon de lui offrir si peu de chose. L'Ange, sans se faire connaître, leur répondit, adressant la parole à Tobie le père : Je ne vous demande rien, que de bénir le Dieu du Ciel, et de publier ses miséricordes. Ecoutez-moi, je vais vous apprendre ce que vous ne savez pas encore : ne vous repentez pas des choses que vous avez faites pour votre Dieu ; vous voyez à présent, par votre expérience, qu'on ne perd rien au service d'un si grand Maître.^ C'est moi qui offrais au Seigneur vos prière, vos jeûnes, vos aumônes, votre patience et vos bonnes œuvres. Vous avez été affligé, mais c'est parce que vous étiez serviteur et ami de Dieu, qu'il a fallu que vous fussiez tenté et éprouvé. C'est moi qui ai été envoyé de sa part, pour conduire votre fils ; c'est moi qui ai lié le démon, afin qu'il ne pût lui nuire ; c'est moi qui lui ai procuré la vertueuse Sara pour être son épouse, et pour être votre consolation. Maintenant que j'ai exécuté les ordres du Seigneur, je vais vous dire qui je suis; bénissez-en Dieu : " Je suis l'Ange Raphaël, un des sept Anges qui sommes toujours présens devant le trône de Dieu. Il est temps que je retourne vers

^' celui qui m'a envoyé. Pour vous, je vous le dis " encore en vous quittant, bénissez le Seigneur le reste de votre vie, et publiez partout ses miséricordes et ses merveilles." Ce furent la les dernières paroles de PAnge, qui disparut en un moment. A ces paroles, les deux Tobie, père et fils, furent saisis d'un si grand respect et d'une si profonde admiration, qu'ils furent trois heures entières prosternés la face contre terre, tout occupés à remercier et à adorer Dieu, sans pouvoir prononcer une seule parole.

Tant de grâces et de faveurs les rendirent plus fidèles à Dieu que jamais. Le Seigneur bénit tellement cette sainte tamille, que le saint vieillard Tobie eut, avant que de mourir, la consolation de voir jusqu'à sa troisième génération. Le Ciel répandit ant de bénédiciions sur le mariage du jeune Tobie, son fils avec Sara, que ce fils vécut près de cent ans et laissa une nombreuse postérité dans la paix et dans la crainte de Dieu.

Cette histoire est admirable et instructive dans toutes ses circonstances ; elle vous apprend, 1. Que Dieu protège toujours ceux qui le craignent et qui le servent avec fidélité. 2. Elle apprend aux jeunes gens qui se destinent au mariage, avec quelle intention ils doivent s'y disposer. Est-ce par l'inspiration du bon ou mauvais Ange qu'ils se fréquentent pour le mariage, et qu'ils s'y engagent ? C'est n^e qu'ils doivent examiner. S'ils entrent dans le ma-

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ïiage par l'inspiration du Ciel, et avec des intentions saintes, Dieu bénira leur dessein ; mais s'ils se disposent au mariage avec des intentions criminelles, s'ils se fréquentent avec danger ou avec scandale, ou par l'inspiration du mauvais Ange et de l'esprit d'impureté, hélas ! que de malheurs n'ont-ils pas à craindre ! Le démon ne les étouffera pas, comme les sept maris de ^ara; mais Dieu saura bien les punir d'une autre manière, par les accidens, les disgrâces et les chagrins dont leurs mariage sera rempli. 3. Enfin, les pères et mères apprendront par cette histoire qu'ils ne peuvent procurer un établissement plus heureux à leurs enfans, lorsqu'ils les engagent dans le mariage, que de les donner à des gens vertueux ; et que la sagesse et la crainte de Dieu sont les biens les plus précieux qu'ils puissent leur laisser.

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