‹ Instructions chrétiennes pour les jeunes gensChapitre 6 sur 58 · Acte de Pénitence · texte numérisé non relu

Acte de Pénitence

Quel don, ô mon âme ! quel don que celui qu'un Dieu fait de lui-même à un pécheur ! quelle reconnaissance devons-nous à notre Dieu pour un don si grand et si inconcevable ! Et si Pon doit à proportion du bienfait qu'on reçoit, recevant en vous, ô mon Dieu, un bien d'autant plus grand que vous êtes audessus de tous les biens sensibles, je vous dois plus que si vous me donniez tous ceux de la terre et l'empire de tout le monde.

En effet, mon âme, quelle plus grande richesse que de posséder celui qui est le souverain bien ? quel plus grand bonheur que d'être élevé jusqu'à Dieu ? Quel bonheur et quel bien est donc comparable sur la terre à celui que tu reçois, en recevant le corps et le sang, l'âme et la divinité de ton. Dieu ?

Que les riches du monde s'élèvent de leurs richesses ; que ceux qui approchent de plus près des souverains regardent comme bien au-dessus d'eux ceux qui n'y peuvent avoir d'accès que par eux : quelle différence y a-t-il entre l'honneur d'approcher d'un prince, et celui de posséder son Dieu, et de lui être si étroitement uni, qu'on ne soit qu'un corps et qu'un esprit avec lui ! Oui, mon Dieu, je préfère cet honneur et ces biens à tous ceux de la terre, auxquel je renonce de tout mon cœur.

La rertu consiste principalement dans la crainte de Dieu : quelle doit être cette crainte.

I. Il n'y a personne qui n'estime la vertu, mais il y en a peu qui s'empressent (ie l'acquérir ; il faut la connaître et discerner la véritable ; discernement que tous ne font pas. On voudrait être vertueux, et souvent on ne sait ce que c'est que vertu, parce que chacun s'en forme une idée selon son inclination. Les uns s'imaginent qu'on est vertueux, quand en n'est pas vicieux et méchant. Les autres font consister la vertu à s'abstenir de certains péchés et certains défauts grossiers, quoiqu'ils soient sujets à d'autres défauts énormes, qu'ils ne connaissent peutêtre pas, parce qu'ils ne veulent pas prendre la peine de les remarquer. D'autres enfin croient avoir de la vertu , parce qu'ils pratiquent certaines actions extérieures de piété, tandis qu'ils négligent l'intérieur de leur conscience et les devoirs de leur état. Les

uns et les autres sont dans l'erreur, et sont d'autant plus à plaindre que, croyant être dans le chemin du ciel, ils sont dans le chemin de la perdition. Il y a une voie, dit le Sage, qui semble droite à Vhomme, dont les extrémités conduisent à la mort,

La vertu, mon fils, ne dépend pas de l'idée des hommes ; c'est de Dieu qu'il en faut prendre la règle, parce qu'il n'3^ a que lui qui puisse prescrire comme il veut être servi. Ecoutez ce qu'il dit lui-même dans les divines Ecritures ; il vous apprendra que la sagesse et la vertu consistent à craindre Lieu, et à fuir ce qui lui déplait. Le tout-puissant, dit Job, a enseigné à l'homme, que la crainte de Bien est la véritable sagesse, et que la parfaite intelligence est dans celui qui s'^éloigne du péché. Celui qui craint le Seigneur est donc véritablement sage et vertueux.

Craignez Dieu, dit le Saint-Esprit, et observez ses commandements, car cela est tbut Phomme ; c'est-àdire, tout le devoir, toute la vertu, toute la perfection et tout le bonheur de l'homme. C'est pour cela qu'il est né, voilà sa fin en cette vie, et ce qui le conduit à sa véritable félicité. C'est pourquoi la crainte de Dieu est appelée d.Lns l'Ecriture, tantôt le commencement de la sagesse, tantôt la sagesse même^ la plénitude et la couronne de la sagesse,

II, Cette crainte de Dieu n'est pas celle qui est purement servile, c'est-à-dire, qui craint la peine sans détester le péché ; mais elle est cette crainte salutaire qui vient du Saint-Esprit, qui nous éloigne

CRAINTE DE DÏEU.

du péché à la vue des peines dont la justice divine le punit, et à la vue du malheur de ceux qui sont séparés de Dieu par le péché. Elle est principalement cette crainte des enfants de Dieu, qui les fait haïr le péché, parce qu'il déplaît à Dieu, et aimer le bien, parce qu'il lui plaît.

Il faut craindre le Seigneur, parce qu'il est notre maître, le plus grand de tous les maîtres, et le plus terrible des juges : craignons donc de l'irriter contre nous, et de devenir ses ennemis. S'il est notre créateur et le meilleur de tous les pères, craignons donc de lui déplaire et de l'affliger. S'il est -notre * Dieu et notre souverain bien, craignons donc de nous séparer de lui et de le perdre. Or il n'y a que le péché qui lui déplaise ; il n^y a que le péché qui l'afflige et l'irrite contre nous ; il n'y a que le péché qui nous sépare de lui et qui nous le fasse perdre : c'est donc craindre Dieu que de craindre le péché. Voilà la véritable vertu ; tout ce qui s'éloigne de cette règle^ est une fausse vertu. Celui qui ne craint pas d'offenser Dieu, n'est donc pas vertueux, ou n'a qu'une fausse et hypocrite vertu.

Demandez souvent au Seigneur sa crainte, mon fils : quand vous l'aurez, vous serez heureux, vous serez protégé et béni de Dieu ; toute la malice des hommes et des démons ne pourra vous ébranler. Celui qui craint Dieu^ dit le Saint-Esprit, n'a rien à craindre, Eccl. 34. 16. Vous en serez convaincu par les exemples suivants, qui sont rapporté» dans les livres saints.

EXEMPLE

Dan. 13. — Lorsque les Juifs étaient <;aptifs à Babylone, une jeune dame nommée î^uzanne donna \m exemple bien éclatant de fidélité et de crainte de Dieu. Etant un jour allée seule au bain, deux vieillards qui étaient les juges du peuple. Payant apperçue, conçurent le dessein honteux de la solliciter au crime. Ils la suivirent; et lui ayant proposé Pinfàme désir qu'ils avaient formé, elle en eut horreur et en rougit, leva les yeux au ciel et leur répondit : " Je me vois dans l'embarras de toute part ; nous sommes ici en la présence de Dieu qui nous voit : si je consens à votre passion honteuse, je " n'échapperai pas à la main de Dieu ; il est mon juge, et il me fera un jour rendre compte d'une action si lâche et si criminelle : si au contraire je ne consens pas à votre désir, je n'échapperai pas à votre ressentiment, et je vois que vous me ferez mourir ; mais je crains Dieu, et j'aime mieux soufirir tous les supplices et tomber en vos .cruelles mains, que d'offenser mon Dieu en sa présence, et <^ de tomber entre les mains de sa justice." Ces impudiques vieillards se voyant rebutés, sortirent en colère, et publièrent aussitôt que Suzanne était une adultère, et qu'ils l'avaient surprise avec un jeune homme. On les crut, ét sur leur témoignage, cette sainte femme fut condamnée à mort.

Lorsqu'on la conduisait au supplice, un enfant âgé de douze ans^ (on croit que c'était le jeune prophète

CRAlNTi: DE DIEU.

Daniel,) s'écria du milieu do la foule : Que faîtes^

vouSy peuple dUsraël ? Est-ce donc ainsi que ï)0us condamnez le juste ? Je vous déclare que je ne prends point de part au crime que vous allez commettre en versant le sang de cette innocente. Le peuple écouta cet enfant, et ce jeane prophète s'étant placé parnli les anciens, les deux vieillards sans crainte de Dieu et sans pudeur eurent l'effronterie de lever le voile qui couvrait la face de Suzanne, afin de satisfaire au moins leur passion par leurs regards impurs. Le jeune Daniel les fit séparer ; et les ayant interrogés l'un après l'autre, il les confondit devant tout le peuple, et faisant connaître leur imposture et leur crime il fit voir l'innocence de Suzanne. Cette sainte dame bénit aussitôt le Seigneur, non pas tant de ce qu'il faisait connaître son innocence, que de ce qu'il l'avait préservée du péché. Les deux vieillards furent condamnés et mis à mort, et la chaste Suzanne fut conduite en tiiomphe dans la maison de son époux. Voilà ce que la crainte de Dieu opéra en Suzanne. Cette sainte et vertueuse femme sera à jamais la gloire de son sexe, comme on peut dire que ces détestables vieillards seront à jamais la honte de ceux qui ont perdu la crainte de Dieu.

AUTRE EXEMPLE

Dans tous les temps, le Seigneur a permis que ses plus fidèles serviteurs fussent éprouvés, pour faire paraître davantage leur crainte de Dieu et leur vertu ; c'est ce qui arriva surtout sous le règne du roi

Antiochus. Ce cruel tyran, persécuteur du peuple de Dieu, commanda aux Juifs, sous peine de mort, de manger des chairs défendues par la loi de Dieu. Un saint vieillard nommé Eléazar, qui avait toujours vécu dans la crainte du Seigneur, refusa courageusement d'obéir au tjran ; on voulut l'y forcer, mais il résista constamment, et fat enfin condamné à mort. " Il ne tient qu'à vous, lui dirent ses amis par compassion pour son grand âge, il ne tient qu'à vous de vous " sauver la vie 5 faites semblant de manger des viandes " défendues ; quand même vous n'en mangeriez pointjcette petite dissimulation appaiserale tyran." Le saint vieillard leur répondit : " Croyez-vous que j'aie tant d'attache au peu de vie qui me reste, " que de la préférer à ce que je dois à Dieu ? Et quand, par cette lâche complaisance, j'échapperais " à la fureur du tyran, échapperais-je aux vengeances de Dieu ? Non, non, j'aime mieux mourir que de déshonorer sa religion ; il ne sera pas dit qu'à l'âge de quatre-vingts-dix ans j'abandonne la loi de Dieu et que je devienne le scandale de ma postérité. Je veux, en mourant ainsi, laisser aux ^» jeunes gens un exemple de courage et de force, leur apprendre qu'ils doivent craindre Dieu et ne " jamais abandonner son service." On conduisit ce généreux vieillard au supplice,et lorsque les bourreaux le tourmentaient, on l'entendait s'écrier : Ah ! Seigneur^ je souffre de cruelles douleurs^ mais c^est parce que je crains de vous déplaire que je les endarcy

CRAINTE DE DIEU

et votre crainte me les fait supporter avec consolation^ 0 le bel exemple de crainte de Dieu,

AUTRE EXEMPLE

Vous verrez dans l'exemple suivant ce que peut la crainte de Dieu dans une âme, et à quel degré de perfection elle peut Pélever : c'est l'exemple de Job.

Il était un prince si craignant Dieu, que le Seigneur lui-même demanda au démon s'iZ avait vu sur la terre un homme aussi fidèle et aussi craignant Dieu que Job 1 Le démon répondit au Seigneur " Il n'est pas étonnant que Job vous serve, et qu'il vous soit fidèle, puisque vous comblez sa maison de biens et de gloire ; mais vous n'avez qu'à étendre votre main sur lui et le frapper, l'on verra que sa fidélité et sa vertu ne sont qu'en apparence." Dieu donna ce pouvoir au démon et lui dit : Fa, jc te permets de réprouver et de le frapper^ mais conserve lui la vie. Le démon se servit du pouvoir que lui donna le tout-puissant : il affligea Job d'une manière sensible et cruelle, lui suscita des ennemis qui ravagèrent ses campagnes, qui enlevèient tous ses troupeaux, qui lui ôtèrent toutes ses richesses ; le démon enfin renversa toutes ses maisons et fit écraser ses enfants sous les débris d'un édifice.

Cet homme craignant Dieu, n'ayant plus rien au monde, et dépouillé de tout, ne se plaignit cependant point, ni contre le démon, ni contre ses ennemis ; mais toujours résigné et soumis à son Dieu, il s'écria : Le Seigneur m'avait tout donné^ le Seigneur m^a tout

été ; que son saint nom soit héni / Le démon, confus de n'avoir pu ébranler cet homme juste, s'en prit a sa personne ; il le chargea de plaies et d'ulcères d'une manière si horrible, que tout le monde le fuyait, qu'il fut même obligé de se retirer sur un fumier, et de racler, avec des restes de brique et de pots cassés, les vers et le pus qui sortaient de toutes les parties de son corps. Trois princes, ses amis, vinrent lui rendre visite dans cette extrême misère ; mais ils ne lui donnèrent ni secours ni consolation. Il ne lui restait plus rien au monde que sa femme, qui loin de consoler son époux affligé, venait encore l'insulter dans son malheur. Tu es donc toujours dans ta simplicité^ lui dit-elle : de quoi te sert-il d"^ avoir servi Lieu ?> Une te reste plus que de le maudire avant de mourir y puisqu'il f abandonne dans tes disgrâces. Job, sans s'émouvoir, toujours aimant et craignant son Dieu, lui répondit : " Allez, ma femme, vous parlez sans " raison et comme une insensée ; Dieu nous doit-il " quelque chose ? Et prétendez-vous qu'il ne soit pas

le maître de me traiter comme il lui plaira ? Si " nous avons reçu des biens de sa main libérale, n'est-

il pas juste que nous recevions aussi des maux de sa " main paternelle ? " Vous voyez par cet exemple qu'un homme qui craint Dieu est toujours content.

AUTRE EXEMPLE

Tobie, si loué dans la sainte Ecriture, sera à jamais le modèle des jeunes gens, des pères craignant Dieu. II eut soin dès sa jeunesse d'éviter tout ce qui pouvait

CRAINTE DE DIEU

soniller la pureté de son cœur. Dans son enfance même, il ne fit rien paraître que de grave et de modeste j n'ayant point de goût pour les puérilités et les badinaii^es des autres enfants. Il avait en horreur les impiétés de son peuple ; et tandis que les autres allaient adorer les idoles, et se livraient à de sacrilèges réjouissances, le jeune Tobie allait au temple adorer son Dieu, en lui consacrant son bien et sa personne.

Il se maria ; il eut un fils à qui il donna son nom, et lui apprit à craindre Dieu. Etant pris avec sa tribu parle roi des Assyriens, il fut conduit àNinive. Ce roi défendit, sous jeine de mort, qu'on donnât la sépulture aux Juifs : mais, malgré cette défense, Tobie ensevelissait par charité les corps des défunts. Le roi l'ayant appris, commanda qu'on fit mourir Tobie, qui se sauva, pour éviter le supplice. Après la mort du roi, Tobie s'en revint et fit préparer un petit festin pour se réjouir avec ses amis. Allez^ dit-il à son fils, inviter quelques uns de vos frères^ mais nHnvitez que des gens craignant Dieu, pour manger avec nous. Sur le point de se mettre à table, on vint lui dire qu'un homme mort était sur la place sans sépulture 5 Tobie y courut, apporta le corps sur ses épaules pour lui rendre les devoirs funèbres et l'ensevelir. " Pourquoi agissez-vous de la sorte, lui dirent " ses voisins. Vous savez que le roi i'a défendu, et

que vous avez failli perdrela vie pour avoir désobéi." Tobie répondit : <^ En craignant Dieu je n'ai rien à " craindre do toutes les puissances de la terre."

Fatigué par des occupations si pénibles, un jour qu'il se reposai* au pied d'un mur, quelques ordures d'un nid d'hirondelles étant tombées dans ses yeux, îl en devint aveugle ; mais loin de murmurer de cet accident, il en bénit le Seigneur. L'état de cet homme juste paraissait bien affligeant ; il était aveugle, délaissé de ses amis, captif sous un roi barbare, pauvre et dépouillé de la plus grande partie de ses biens ; mais il n'en fut pas moins soumis aux ordres de Dieu : versant des larmes sur les misères de son peuple, et sur ses péchés, il s'adressa à Dieu : " Vous <f êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont toujours adorables ; de quelque maiyère que vous nous traitiez, c'est toujours avec équité et avec miséricorde. C'est à présent^ ô mon Dieu ! que vous pensez à moi, mais ne me punissez pas selon que mes péchés le méritent ; oubliez mes^ iniquités, " celles de ma famille et de mes frères. Nous méritons. Seigneur, l'opprobre où nous sommes, parce que nous n'avons pas été fidèles à votre loi • <^ nous nous sommes éloignés de vous ; mais je ne vous demande qu'une chose, ô mon Dieu, c'est d'être toujours soumis à votre sainte volonté, et de <^ mourir dans votre crainte et dans votre paix."

Les disgrâces ne firent jamais perdre à cet homme craignant Dieu, la patience, ni la paix de son cœur ; et la pauvreté ne lui fit jamais rien faire contre la justice. Un soir, ayant entendu un chevreau inconnu qui bêlait dans son étable : Prenez garde^ dit-il à son

CRAINTE DE DIEU

épouse ; cet animal que f entends n^est peuUêtrc pas à nous ; qvPon le rende prompt ement à son maître ; il ne nous est pas permis de manger ni même de laisser dans noire maison le bien d^autrui,

Tobie, quoique chéri de Dieu, ne laissait pas d'être méprisé ; ses voisins, ses parents, et son épouse même, l'insultaient dans son afRlction, et lui disaient avec raillerie d'aller chercher b récompense de ses amnônes et de sa charité. Poujquoi pa: ]ez-vous de la sorte, " leur répondit ce saint )homme ? ¥ie savez-vous pas que nous sommes les enfants des saints patriarches, " et que si nous imitons leurs vertus, nous aurons part à cette vie immortelle que Dieu réserve à ceux qui lui sont fidèles et qui le craignent Tobie affaibli, et croyant mourir, fit venir son fils, et lui parla en père craignant Dieu. Ecoutez, lui dit-il, mon cher enfant, les dernières paroles de votre père, et gravez les dans votre cœur. Tous " les jours de votre vie, ayez la présence de Dieu dans " Pesprit pour ne jamais consentir à aucun péché. Souvenez-vous d'avoir toujours du respect pour votre mère : n'oubliez jamais ce qu'elle a fait et ^' soulfeil; pour vous. Faites toujours l'aumône ; ne re- " butez jamais aucun pauvre. Si vous avez beaucoup, <^ donnez beaucoup ; si vous avez peu, donnez de bon cœur ce que vous pourrez. L'aumône délivrera votre " âme de la mort éternelle. Ah ! mon fils ! qu'on est content de paraître devant Dieu lorsqu'on a aimé " et soulagé les pauvres ! Prenez garde, mon cher

AA

fils, de ne jamais consentir à aucune impureté, et vivez saintement avec l'épouse que Dieu vous donnera. Ne soyez point orgueilleux et superbe dans vos pensées, ni dans vos paroles. Que jamais le salaire de l'ouvrier et du domestique ne reste " dans votre maison. Soulagez par vos aumônes les justes défunts. Fuyez la compagnie des libertins ^\et des pécheurs ; ne mangez pas avec eux. Ne " fiiites jamais aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît. Ne vous fiez pas à vous-même et prenez toujours conseil des gens de bien. Soyez toujours fidèle à Dieu ; bénissez-le, quoiqu'il vous arrive, et consultez-le dans toutes vos entreprises. " Ne craignez rien, mon fils ; nous sommes pauvres, <^ il est vrai, mais nous aurons toujours beaucoup de bien si nous avons la crainte de Dieu." Tels furent les avis que donna Tobie à son fils, lorsqu'il croyait mourir. 0 ! qu'un enfant est heureux, quand il a un père qui lui apprend ainsi les maximes de la sagesse et de la crainte de Dieu.

Tobie ne mourut pas encore, et Dieu le consola après l'avoir éprouvé. Il répandit ses bénédictions sur ses biens et sur sa famille, et lui rendit la vue par le ministère de son fils et de l'ange Raphaël. Il eut la consolation de voir, dans l'alliance que fit son fils avec une sainte épouse, un mariage heureux et béni du ciel. Voyant approcher sa dernière heure, il fit venir toute sa famille, et après leur avoir recommandé, avec les larmes et avec la tendresse d'un bon père,

CRAINTE DE DIEU

d'être toujours fidèles à Dieu, justes et charitables au prochain, il mourut en paix, âgé de cent deux ans.

Apprenez, dans cet exemple, quelle doit être la conduite d'une jeune personne et d'un père craignant Dieu, et n'oufcliez jamais que Dieu bénit et protège ceux qui le servent avec fidélité, et qui le craignent. Bienheureux est celui qui craint Bieu^ dit le Saint- Esprit.

De PAraour de Dieu.

I. SouvENEz-i;ows de votre Créateur dans les jours dô voire jeunesse, dit le Saint-Esprit ; c'est-à-dire, consacrez à Dieu les prémices de votre vie, et les premières affections de votre âme. Serait-il juste que le démon s'emparât le premier de votre cœur, et que les plus beaux jours d'une vie qui doit être toute à Dieu, fussent employés à aimer les plaisirs et les vanités du monde ?

Il n'y a que Dieu qui puisse contenter votre cœur. Lui seul mérite tout votre amour, p-.iisque lui seul renferme plus d'amabilités, de perfections et de charmes, que toutes les créatures ensemble. Toutes Içs beautés et tous les attraits des plus parfaites intelligences, réunies, ne sont en comparaison de Dieu qu'obscurité et laideur.

» Le bonheur et la joie des saints dans le ciel, c'est

de voir et d'aimer Dieu. Si les damnés pouvaient le voir et Paimer pendant un quart d'heure après cent ans de tourments, ils seraient tous consolés et se réjouiraient ; ils souhaiteraient d'aimer et posséder Dieu, mais ils ne le peuvent plus. Vous le pouvez, mon fils ; oui, vous pouvez aimer Dieu, et si vous ne l'aimez pas, vous avez le cœur plus dur qu'un démon.

n. Dieu vous a aimé le premier : je vous aimCj dit-il, d/im amour éternel. Il vous a aimé avant que vous fussiez capable de le connaître, avant même que vous fussiez né ; il vous a mis au monde préférable ment à tant d'autres qui l'eussent mieux servi que vous. Il vous a donné son Fils pour vous racheter. Ce Fils adorable a donné sa vie et son sang pour Vous sauver.

Tout ce que vous avez est de Dieu. Il vous a fait ce que vous êtes, et vous a donné tout ce que vous possédez. Il n'y a point de mère au monde qui ait fait pour son enfant ce que Dieu a fait pour vous ; point de m^ère qui ait autant d'amour pour son fils, /que Dieu en a pour vous. Pour toute reconnaissance, il vous demande seulement votre cœur. Il vous promet sa gloire, si vous l'aimez et si vous lui êtes ' fidèle. Mon fils, ma fille ^ vous dit-il, donnez-moi votre cœur^ soyez-moi fidèle jusqu'ici la mort^ ci je vous donnerai la couronne de vie, 0 ! que vous seriez donc ingrat, si vous refusiez de Paimer, et de l'aimer de tout votre cœur !

in. Vous devez Paimer, non-seulement pour le% faveurs et les grâces qu'il vous a faites, pour les biens

AMOUR DÈ DIEXT.

et pour la gloire qu'il vous promet ; maïs vous' devez Paimer encore pour ses infinies perfections, c'est-àdire, pour l'amour de lui-même, parce qu'il le mérite et qu'il le veut. Pouvez-vous avoir un objet plus grand, plus noble et plus digne de votre amour ?

L'amour de Dieu s'appelle chanté. Cette charité^ cet amour de Dieu, est un amour affectif, ou un amour de préférence. Si vous n'avez pas cet amour affectif, c'est-à-dire, si vous ne sentez pas pour lui des mouvements affectueux et des sentiments de tendresse, il faut au moins que vous ayez pour lui un amour de préférence, c'est-à-dire, que vous préfériez Dieu à toutes choses ; que vous soyez disposé à renoncer à vos plaisirs, plutôt que de renoncer à l'amitié de Dieu ; de perdre tout ce que vous avez au monde, plutôt que de perdre la grâce de Dieu ; en un mot, être prêt à soufinr plutôt la mort que de vous séparer de Dieu par un péché mortel.

Il faut que vous puissiez dire comme Saint Paul : Qui est-ce qui me séparera de P amour de Jésus- Christ ? sera-ce Vaffection ou le chagrin, ou la faim^ ou lapawvreté, ou les dangers y ou la violence ? Non^ je suis assuré que ni la mort, ni la vïe^ ni les démons, ni les puissances j ni aucune créature, ne pourront jamais me séparer de la charité de Dieu qui est en Jésus- Christ.

Sans la charité^ je ne suis rien^ dit Saint Paul, €'est-à-dire, que, sans l'amour de Dieu, on ne peut ni mériter ni acquérir le Ciel. Si vous mourez dans «e divin amour, vous serez un prédestiné. Or, pour y

mourir, il faut s'y exercer pendant la vie. Demandez souvent à Dieu la grâce de Paimer, désirez ardemment ce saint amour, et vous l'obtiendrez.

EXEMPLE

Deux solitaires ayant long-temps demandé à Dieu de leur faire connaître la manière de le servir parfaitement, entendirent une voix qui leur dit d'aller dans la ville d'Alexandrie, où il y avait un homme nommé Euchariste, dont la femme s'appelait Marie, qui servait Dieu plus parfaitement qu'eux, et qu'ils apprendraient de cet homme comment ils devaient ^imer et honorer Dieu.

Ces solitaires étant arrivés dans Alexandrier, "s'informèrent pendant plusieurs jours d' Euchariste, sans trouver personne qui le connût. Ils crurent s'être trompés, et prenant le parti de s'en retourner, ils apperçurent une pauvre femme sur la porte de sa maison ; et lui ayant demandé comme par hazard si elle coiiuaissait un nommé Euchariste : C'est mon mari, répondit cette femme. Vous vous appelez donc Marie, lui dirent les solitaires. Mes pères, leur ditelle, qui vous a appris mon nom ? Nous l'avons appris, avec celui de votre époux par une voix surnaturelle,, et nous venons ici pour lui parler.

Euchariste arriva sur le soir, conduisant un petit troupeau de moutons. Les solitaires aussitôt l'embrassèrent, et le prièrent de dire quel était son genre de vie : Je suis, leur dit-il, i^n pauvre berger. Ce n'est pas ce que nous vous demandons, répliquèrent

Page 1