AMOUR DE DIEU
îes solitaires : dites-nous la manière dont vous et votre femme servez Dieu. Mes pères^ c'est à vous de me Papprendre ; je ne suis qu'un pauvre ignorant, •qui ne sais ni aimer ni servir Dieu. N'importe, lui dirent-ils, nous sommes venus ici de la part de Dieu, pour savoir de vous comment vous le servez.
Puisque vous me l'ordonnez, répondit Euchariste, je vous dirai que j'avais une mère craignant Dieu, qui dès mon enfance m'a recommandé de tout faire et de tout souffrir pour l'amour de Dieu. J'ai suivi ce conseil dès ma petite jeunesse : j'obéissais pour l'amour de Dieu ; je souffrais la correction pour l'amour de Dieu 'Je me privais de certaines petites gourmandises si ordinaires aux: enfants, ou de certaines récréations avec ceux de mon âge, pour l'amour de Dieu.
J'ai cobtinué toute ma vie dans cette pratique, en tâchant de tout rapporter à Dieu. Le matin je melève pour l'amour de lui. Je fais ma prière, et lui offre la journée pour son amour. Je vais à l'ouvrage, parce qu'il le veut, et je travaille pour l'amour de lui. Je prends mon repos et mes repas pour Pamour de Dieu, qui me nourrit. Je prends un peu de récréation, quand j'en ai besoin, pour Pamour de Dieu, et pour le mieux servir. Je souffre la faim, le froid ou le chaud, ma pauvreté, mes maladies, les mauvaises années, pour l'amour de Dieu. Je n'ai point d'enfants» j'ai toujours véeu avec ma femme comme avec ma sœur et dans une grande paix. Voilà tout ce que je fais, et ma femme fait comme moi.
CHAPÎTRÎÎ ïi.
Avez^Tons du bien, lui dirent-ils ? J^ai peu de chose avec ce petit troupeau de moutons que j'ai eu par la succession de mes pères, répondit Euchariste : mais Dieu bénit le peu que je possède, et j'ai du rester Je fais trois parts de mon petit revenu : j'en donne une part à l'Eglise, d'une autre j'en soulage les pauvres et les passants, et du reste nous vivons ma femme et moi. Je suis nourri très-pauvrement, mais je ne me plains jamais de ma nourriture ; je l'accepte telle qu'elle est, pour l'amour de Dieu.
Avez-vous des ennemis ? lui dirent ces deux solitaires. Hé ! qui est-ce qui n'en a pas ? répondit Euchariste ; je tâche de ne faire de mal à personne, et jamais je ne dis de mal de qui que ce soit j cependant je ne laisse pas d'avoir des ennemis et des envieux ; mais loin de leur souhaiter du mal je les aime, je cherche à leur rendre service, et je les vais voir de bon cœur, pour l'amour de Dieu* Si on parle mal de moi ou de ma femme, et si on me fait tort, je le souffre en paix pour l'amour de Dieu. Voilà, mes pères, toute ma conduite et celle de Marie mafemme- Ces solitaires s'en retournèrent pleins d'admiration, consolés d'avoir appris un moyen si facile d'arriver à la perfection.
Suivez, mon fils, Pexemple d'Euchariste ; accou-tumez-vous de bonne heure à faire toutes vos actions vue de Dieu, dans le dessein de lui plaire et pour «on amour, et vous serez un prédestiné.
CMAFITRU ÏII.
îl laut imiter Notre Seig^neiir dans la jeunesse et pendant toute la vie.
Pour arriver à la sainteté, il faut imiter notre Seigneur Jésus-Clirist ; il est le Saint des Saints et le plus parfait modèle de toute sainteté.
Ce grand maître, descendu du Ciel pour instruire et sauver les hommes, a voulu passer par les différents âges pour les sanctifier tous. Il s'est rendu semblable à nous* pour nous attirer tous à son imitation. Pour cette raison, dit Saint Irénée, i7 est fait enfant fOur les enfants, afin de les sanctifier : il s^est abaissé jusqu'aux petits, afin de les élever jusqu'à lui ; il s^est fait jeune pour les jeunes gens, afin de leur apprendre la sagesse, en les appelant à sa suite.
C'est sur ce divin modèle de la jeunesse qu'il faut former la vôtre et régler vos actions. Or nous trouvons dans l'Evangile quatre choses dont le Fils de Dieu vous a donné l'exemple pendant la jeunesse de sa vie mortelle.
La première est sa vie humble et cachée. Pendant trente années il a mené une vie inconnue au monde, ne ss faisant connaître qu'à sa très-sainte mère et à saint Joseph, pour apprendre aux jeunes gens à fuir la vaipe gloire, et à ne pas chercher à être estimés et connus du monde, mais à chercher à plaire à Dieu dans la retraite, à contenter leurs parents et leur» maîtres par Phumilité et le silence»
La seconde, est l'exemple de religion que le Fils de Dieu a donné dans sa jeunesse, en allant au temple pour y rendre ses devoirs à Dieu son père : c'est là qu'il écoutait les docteurs, quoiqu'il fût leur maître. Exemple admirable qui montre aux jeunes gens qu'ils doivent avoir un grand désir de s'instruire, et qui leur fait connaître que leur premier soin doit être de servir Dieu, d'apprendre la science du salut dans les instructions de leurs pasteurs, et de ceux que Dieu leur a donnés pour maîtres.
La troisième chose dont l'enfant Jésus a donné l'exemple^ c'est l'obéissance admirable qu'il a rendue à ses parents. Il retourna avec eux en Nazareth^ et il leur était soumis^ dit l'Evangile. Exemple qui est bien capable de confondre les jeunes gens. Quelle honte pour vous, lorsque vous manquez de respect à ceux de qui vous tenez la vie ou l'instruction, ayant devant les yeux l'exemple d'un Dieu qui obéit à ses > créatures î Que répondrez-vous au Fils de Dieu sur vos désobéissances, quand il vous rcprochei-a qu'il a voulu être soumis lui-même pour vous servir de modèle ?
La quatrième chose que l'Evangile nous apprend de la jeunesse de ce divin enfant, c'est qu^à mesure quHl croissait en «ge, il croissait en sagesse et en grâce : c'est-à-dire, qu'il faisait paraître de jour en jour ses divines perfections, comme un soleil qui ayant toujours la même lumière paraît néanmoins toujours plus brillant à mesure qu'il avance vers son midi.
IMITER J. C. . 21
L'Évangile fait cette remarque, pour donner aux jeunes gens le plus important de tous les avertissements, et leur apprendre que le temps de la jeunesse doit être employé à croître en sagesse, et non en malice, comme la plupart, qui semblent n'avancer en âge que pour affaiblir ou pour perdre leur innocence.
Malheur déplorable qu'ils ne comprennent pas! Peut-on voir, sans être touché jusqu'aux larmes, les jeunes gens, les enfants même se pervertir à mesure qu'ils croissent ? Leur âge tendre semble ne se fortifier que dans le vice. Les premiers mouvements de leurs cœurs, qui ne devraient être que pour leur créateur, sont pour le démon. Les premiers rayons de leur raison ne leur servent que pour apprendre le mensonge et le péché. La robe d'innocence qu'ils doivent conserver toute leur vie, est d'abord souillée par la désobéissance et le libertinage. Enfants de Jésus-Christ, est-ce ainsi que vous imitez votre maître ? Il se fait enfant pour vous apprendre à passer vos premières années dans la vertu, et vous les employez à apprendre le vice et à vous perdre j jetez les yeux sur ce divin exemplaire^ pour réformer l'abus que vous faites de votre jeunesse ; apprenez de lui comment vous devez vivre.
Ce n'est pas assez d'imiter Jésus-Chiist dans les vertus qu'il a pratiquées dans son enfance, imitez-le encore dans la vie pénitente et laborieuse qu'il a menée sur la terre, suivez surtout les exemples d'humilité, de charité, de résignation, et de patience
22 CHAPITRE m.
qu'il nous a donnés dans sa passion. Il n'y a point de déshonneur de suivre et imiter un Dieu qui marche devant nous. Il est au contraire honteux pour nous de le voir marcher seul dans le chemin des vertuSj sans que personne le suive ; de le voir aller au ciel par un chemin d'épines, tandis que nous prétendons y aller par un chemin de roses. Il a fallu qv?il souffrit^ et qu'il subît la croix, jpour entrer dans sa gloire, Nous ne devons ilcnc pas espérer d'y arriver par les plaisirs ; Saint Paul nous apprend (ju^ aucun, ne sera prédestiné s- il ne conforme sa vie à celle de Jésus- Christ, Pensez-y sérieusement, puisque c'est pour imiter la vie de J^us-Christ que vous êtes chrétiens.
EXEMPLE
Il est bien important d'inspirer aux jeunes gens quelques pratiques de piété envers Jésus-Christ, surtout de les porter à l'imiter. En avançant en âge ils continueront avec facilité les saintes pratiques qu'on leur aura inspirées dans la jeunesse. En voici un exemple bien remarquable.
Une femme veuve qui avoit peu de bien, mais qui avait de la vertu et du zèle pour l'éducation de ses enfants, avait une fille âgée de dix ans nommée Dorothée. Cette petite lille était vive et portée à la dissipation. La mère craignant que cette enfant ne se pervertît avec ses petites compagnes, n'ayant pas d'ailleurs le loisir de s'appliquer, comme il était nécessaire^ à l'éducation de sa fille, la mit, nonobstant
IMITER J. C
sa pauvreté^ en pension chez une vertueuse maîtresse d'école, pour la former à la piété, et Pélever.
La petite Dorothée demeura deux ans chez sa maîtresse ; elle y fit un progrès admirable dans la piété, et retint dans son cœur tous les avis de sa charitable maîtresse, mais surtout celui de se proposer notre Seigneur Jésus-Christ pour modèle dans toutes ses actions.
Lorsqu'elle fut rendue à sa mère, Dorothée était l'exemple et la consolation de toute sa famille ; patiente, douce, obéissante ; elle ne se plaignait jamais de rien ; elle parlait peu, mais à propos ; toujours contente, d'une humeur égale dans les croix qui lui arrivaient ; chaste, ennemie de toute vanité; respectant tout le monde, ne parlant mal de personne, aimant à rendre service, recueillie et toujouis unie à Dieu.
Une telle conduite la rendit bientôt un objet d'estime à toute la paroisse ; mais la jalousie "lui suscita des ennemis. Quelques compagnes envieuses entreprirent de noircir sa réputation, la traitèrent d'hypocrite et de fausse dévote. Dorothée souffrit tout en silence pour l'amour de Jésus-Christ ; donna toujours des marques d'amitié à celles qui parlaient mal d'elle. Le public reconnut enfin l'innocence de Dorothée, et les discours calomnieux de ses ennemis tournèrent à leur confusion.
Le curé de la paroisse admirant en elle les effets la grâce, et les fruits que faisait cette fille parmi
toutes celles qui la fréquentaient^ lui dit un jour î Dorothée, je vous prie de me dire, en èontiance^ comment vous vivez, et comment vous vous comportez avec vos compagnes." " Monsieur, lui répondit Dorothée, il me semble que je fais peu de chose en comparaison de ce que je devrais faire. Je me suis toujours souvenue d'un avis que me donna ma maîtresse, lorsque je n'avais encore que onze ans : elltt me répéta plusieurs fois de me proposer Jésus- Christ pour modèle dans toutes mes actions et dans toutes mes peines : c'est ce que je tâche de faire, et je le fais de cette manière.
Lorsque je m'éveille et que je me lève, je me réprésente l'enfant Jésus, qui à son réveil s'offrait à Dieu son Père en sacrifice. Pour l'imiter, je m'offre en sacrifice à Dieu, en lui consacrant ma journée et mes travaux : lorsque je prie, je me représente Jésus priant qui adorait son Père, et dans mon cœur je m'unis à ses divines dispositions. Lorsque je travaille, je pense que Jésus-Christ a sué, fatigué, travaillé pour mon salut, et loin de me plaindre, j'unis avec amour et avec résignation mes travaux aux siens. Quand on me commande quelque chose, je me représente que Jésus- Christ était soumis et obéissant à la Sainte Vierge et à Saint Joseph ; et dans le moment j'unis mon obéissance à la sienne. Si l'on me commande quelque chose de dur et pénible, je pense aussitôt que Jésus-Christ s'est soumis à la mort de la croix pour mon îwnour î ensuite j'accepte
IMITEE J. C.
de bon cœur tout ce qu'où me commande, quelque diiBcile qu'il soit.
Si on parle de moi^ si on me dit des duretés et des injures, je ne réponds rien, je le souffre en patience^ me souvenant que Jésus-Christ a souffert en silence, sans se plaindre, les accusations, les calomnies, les tourments et les opprobres les plus cruels : je pense alors que Jésus était innocent, et ne méritait pas ce qu'on lui faisait endurer, au lieu que je suis une pécheresse, et que j'en mérite plus qu'on ne peut m'en faire souffrir.
" Lorsque je prends mes repas, je me représente Jésus-Christ prenant les siens avec modestie et frugalité, pour travailler à la gloire de son Père. Si je mange quelque chose de dégoûtant, je pense aussitôt au fiel que Jésus-Christ a goûté sur la Croix, je lui fais le sacrifice de ma sensualité. Quand j'ai faim, ou que je n'ai pas de quoi me rassasier, je ne laisse pas d'être contente, en me souvenant que Jésus- Christ a jeûné quarante jours et quarante nuits, qu'il a souffert une cruelle faim pour mon amour et pour expier les intempérances des hommes."
Le curé ne pouvant se lasser d'admirer tant de lumières dans une jeune et pauvre villageoise, lui dit : " 0 Dorothée, que vous êtes heureuse ! que de consolations n'avez-vous pas dans votre état î '^
" Il est vrai, répondit Dorothée, que j'ai de grandes consolations dans le service de Dieu : mais je vous avoue que je ne laisse pas d'avoir des peines et des
combats à soutenir ; il me faut faire de grandes violences pour supporter les railleries de ceux qui se moquent de moi, et pour surmonter mes passions qui sont très-vives."
Que faites-vous, lui dit le curé, pour surmonter vos répugnances et vos tentations ? Dorothée lui répondit ingénument : " Lorsque je suis dans la tristesse et le dégoût, je me représente le Sauveur au jardin des Oliviers, abattu, triste et alFiigé jusqu'à la mort, ou bien je me le représente délaissé et sans consolation sur la croix ; m'unissant à lui, je dis aussitôt dans mon cœur ces paroles qu'il proféra lui-mêm.e si souvent dans le jardin des Oliviers ; Mo7i Père^ que votre volonté soit faite,
Dans les conversations que vous avez avec vos compagnes, lui dit le curé, de quoi vous entretenezvous ? Je les entretiens, répondit Dorothée, des mêmes choses dont j'ai pris la liberté de vous entretenir. Je leur dis , de se proposer Jésus-Christ pour modèle dans leurs actions, de se souvenir dans la prières et dans le repos, dans le travail, dans la conversation et dans les peines de la vie comment Jésus- Christ se comportait lui-même dans ces occasions, et de s'unir à ses divines intentions. Je leur dis que je me sers de cette sainte pratique, et que je m'en trouve bien ; qu'il n'y a rien de plus grand, de plus noble^ que de suivre et d'imiter un Dieu ; rien de plus doux que de servir un si bon maître." Allez, Dorothée; dit son pasteur, profitez des grâces
IMITER J. C
dont le ciel vous favorise ; le Seigneur a sur vous de grands desseins de miséricorde et de prédestination. 0 qu'heureuse est une ame qui imite ainsi Jésus- Christ !
De l'amour, de l'Uonneur dus à ses père et mère.
Celui qui craint Biea^ dit le Sainr-Esprit, honore son père et sa mère. Il servira comme ses maîtres ceux qui lui ont donné la vie. Oui, mon fils, si vous avez la crainte de Dieu, vous honorerez vos parents, et vous respecterez ceux qui ont autorité sur vous.
En effet, serait-ce craindre Dieu, que de mépriser les menaces de Dieu même, et ce qu'il vous ordonne '? Ecoutez-les, ces menaces qu'il fait contre les enfants indociles : Celui qui afflige son père, dit le Seigneur., et qui méprise les avis de sa mère, périra et sa lumière (c'est-à-dire, sa vie) sera éteinte dans les ténèbres^ (c'est-à-dire, dans la mort.) L'(2il qui se moque de son père, et delà mèr p. qui Va enfanté, mérite d'hêtre arraché par les corbeaux, et dévoré par les aigles^ Celui qui abandonne son père, est perdu d'^honneur devant les hommes, et celui qui aigrit sa w.ère est maudit de Dieu* 0 plût au ciel que ces menaces fussent gravées profondément dans l'esprit de ceux qui oublient ce qu'ils doivent à leur père et à leur mère !
Ajoutons à ces menaces la loi rigoureuse que Dieu avait établie dans l'ancien Testement. S^il arrive^
CHAHTBE IV.
dit la loi de Dieu, qu^un enfant soit rebelle aux commandements de son père et de sa mère, qu'après le chiâtiment il refuse encore d^ohéir ; le père et la mère le conduiront devant les anciens , où se tient le siège de la justice, et y feront leurs plaintes. Alors (ajoute la loi) il sera lapidé par le peuple et mis à mort, afin que vous étiez ce méchant du milieu de vous, et que tout le peuple soit saisi de crainte à la vue de cette punition.
Voilà la loi sévère que Dieu avait portée contre les enfants indociles, pour leur faire comprendre combien ils doivent appréhender sa justice, qui tôt ou tard punit par des châtiments exemplaires, ceux qui manquent à un devoir si légitime et si saint.
Mais laissons ces motifs de terreur et de crainte pour les esprits rebelles qu'on ne peut porter à leur devoir par raison et par amour. Pour vous qui voulez servir Dieu, c'est assez pour vous engager à honorer vos parents, de vous dire qu'il est juste et que Lieu le veut, deux motifs par lesquels Saint Paul persuade aux enfants cette obligation. Enfants, dit-il, obéissez à vos parents, parce quHl est juste. Obéissez en tout, parce que cela plaît à Dieu, Dieu, dis-je, cet Etre souverain et tout-puissant, dont la volonté doit être la règle de nos actions, et dont le bon plaisir est le plus puissant motif des âmes généreuses.
IL Cet honneur, que vous devez à vos père et mère, comprend quatre devoirs principaux : le respect, Pamour, l'obéissance et le service.
HONNEUR DU AUX PEHE ET MEKE. 29
1. Ayez pour eux un grand respect, les considérant comme ceux de qui, après Dieu, vous a^^ ez reçu l'être et la vie. Gardez-vous de les mépriser, même dans leur vieillesse, pour quelque sujet que ce soit, ni intérieurement par aucune pensée désavantageuse, ni extérieurement par des paroles, des gestes, ou des manières peu séantes. Recevez avec docilité leurs instructions et leurs corrections. Ecoutez, dit le Saint- Esprit,7cs avis de votre père^ et abandonnez pas la loi de votre mère ; il n^ appartient qv?à un insensé de se moquer de la correction de son père»
2. Vous devez les aimer d'un amour singulier. Souvenez-vous y dit le Sage, que vous tenez d'yeux la naissance : soyez reconnaissants de ce grand bien. Vous ne pouvez leur témoigner votre reconnaissance qu'en les aimant ; mais cet amour ne doit pas être seulement un amour naturel, il faut encore que ce soit un amour raisonnable, et selon Dieu ; c'est-à-dire, qu'il faut les aimer parce que Dieu le veut, et donner des marques de cet amour en leur rendant service, en souffrant avec patience leur mauvaise humeur et leurs défauts. Montrez, surtout que vous les aimez, en tâchant de procurer par vos prières et par d'autres moyens, leuj conversion et leur salut pendant leur vie, et en vous intéressant au repos de leurs âmes après leur mort.
,3. Obéissez à leurs commandements, soyez prompts à faire leur volonté ; mais obéissez comme Saint Paul le prescrit, en vue de Dieu, c'est-à-dire, en
regardant l'autorité de Dieu, dans leurs commandements. C'est Dieu qui vous commande de leui^ obéir ; ainsi, quand vous leur obéissez, vous obéissez à Dieu. Au contraire, ne leur obéissant pas, vous désobéissez à Dieu même ; à moins qu'on ne vous commande quelque chose contre sa loi et contre votre conscience ; mais soyez discret en cette occasion ; et quand vous doutez si le commandement de vos parents est juste, il faut prendre avis des personnes éclairées.
4. Vous devez enfin les servir et les assister dans leurs maladies, dans leur pauvreté, dans leur vieillesse et dans leurs nécessités temporelles ou spirituelles. Les abandonner, c'est un crime qui demande vengeance à Dieu, et qui tôt ou tard est puni.
Pour vous tenir dans les bornes de votre devoir envers vos parents, ayez souvent devant les yeux ces deux exemples. Kegardez d'un côté le malheureu;x Absalon, qui ayant violé le devoir d'un enfant envers son père, trouva enfin le juste châtiment de son crime dans une mort funeste et misérable. Et d'un autre côté, considérez l'exemple du Fils de Dieu, qui, étant le souverain maître du monde, a voulu néanmoins être soumis à sa très-sainte mère et à Saint Joseph, pour apprendre à tous les enfants l'honneur qu'ils doivent à leurs parents, et leu'r faire comprendre combien il est criminel qu'une misérable créature refuse d'obéir à ceux de qui elle tient la naissance et l'instruction, après que le Dieu du ciei
HONNEUR ru AUX PERE ET MERE. 31
a voulu être soumis à celle dont il a reçu une naissance temporelle.
Suite du même sujet- Du respect dû à ses Père et Mère, Maîtres et Maîtresses.
1. Prenez garde de résister à vos pères et mères, et à vos maîtres, dans ce qu'ils vous défendent ou dans ce qu'ils vous commandent pour le règlement de vos mœurs. Ils sont tellement chargés de veiller sur votre conduite et votre instruction, que si vous commettez quelques fautes par leur négligence, ils en sont responsables à Dieu.
Vos pères et mères, de même que vos maîtres et maîtresses, sont obligés en conscience de vous défendre les occasions de péché, les veillées dangereuses, les fréquentations du cabaret et des personnes de différent sexe, les bals, les danses, l'assiduité aux jeux. S'ils étaient négligents jusqu'au point de vous laisser vivre à votre liberté, vous ne laisseriez pas que d'exposer votre conscience en vous trouvant dans ces occasions ; mais quand ils vous les défendent, vous faites un péché bien plus énorme en leur désobéissant.
Vos mères, filles chrétiennes, et vos maîtresses, aussi bien que vos pères et vos maîtres, sont de même obligés de veiller sur votre conduite et sur vos démarches, de prendre garde que vous soyez toujours habillées avec modestie, et décemment couvertes :
d'empêcher vos vanités et vos fréquentations mondaines. Si votre père et votre mère ne vous le défendent pas, ils pèchent 5 vous péchez vous-même, si vous faites ces choses ; mais quand ils vous les défendent, votre péché, par votre désobéissance, en est plus grand.
Bien plus : (remarquez cet avis, jeunes gens,) vous devez tellement respecter les commandements de ceux qui sont chargés de votre éducation, que, quand même vous ne feriez aucun mal avec les personnes que vous fréquentez, vous ne laisseriez pas de pécher en les fréquentant, quand on vous Pa défendu 5 parce que la défense de vos pères et mères, ou de vos maîtres, quand elle est légitime, est pour vous un commandement de Dieu même.
II. Si vos pères et mères vous donnent mauvais exemple par leurs paroles, par leur luxe, par leur vanité, par leurs débauches, et par leurs impiétés, ou par leurs larcins et leurs colères, ils sont criminels, et gardez vous bien de les imiter. S'ils^vous maudissent et s'ils vous édifient mal, malheur à eux ; il faudrait mieux, pour un père et une mère, qu'ils fussent précipités au fona de la mer, que de scandaliser ainsi leurs enfants.
Mais aussi malheur à vous, si vous vivez comme eux, et si vous les imitez dans leurs vices. S'ils se damnent, ne vous damnez pas vous-même. Priez tous les jours pour eux : vous ne pouvez exercer une plus grande charité, que d'offrir à Dieu vos prières
et VOS bonnes œuvres pour leur conversion. Prenez garde de jamais les scandaliser ; malheur à vous, si vous contribuez à leur colère et à leur damnation par votre indocilité et par votre libertinage.
IIL N'oubliez pas, jeunes gens, que votre père, votre mère et vos maîtres, ont droit de vous corriger- IIs y sont même obligés quand vous le méritez. S une légère correction ne suffit pas, ils doivent en employer une forte. Il est même quelque fois louable aux parents de faire renfermer dans une maison de force un enfant indocile et vicieux. Si vos parents vous corrigent, quand vous Pavez mérité, vous devez les en aimer avec plus d'afleclion; ils ne vous corrigent que pour votre bien et pour vous rendre sage. Si vpus n'avez pas mérité cette correction, soulfrezla avec patience, en vous souvenant que vos péchés en méritent bien davantage, et que Jésus-Christ a souffert sans se plaindre, la croix et la mort, quoiqu'il fût innocent.
Ne dérobez rien à vos parents. Celui^ ditls Saint- Esprit, qui dérobe à ses père et mère^ et dit quHl n?y a point de mal^ est participant et coupable d^homicide* Si vous dérobez pour la vanité, pour la débauche, pour le jeu, votre péché en est plus énorme.
Gardez-vous bien de jamais parler mal de vos père et mère, ou de vos maîtres. Ne vous plaignez jamais de votre beau-père ni de votre belle-mère ; supportez avec charité et en vue de Dieu leurs mauvaises humeurs; leurs imperfections 5 ne parlez point
de leurs défauts, ni des disgrâces qu'ils vous font souffrir^ Si on vous fait quelques chagrins, ayez patience : Jésus-Christ en a bien plus souffert de la part des Juifs : regarderez-vous comme un malheur pour vous de souffrir quelque chose pour son amour 1 En un mot, aimez, obéissez, respectez, assistez vos pères et mères ; consultez-les dans vos entreprises, surtout pour le >choix de votre vocation. En quelque état, en quelque âge que vous soyez, n'oubliez jamais que Dieu vous commande de les honorer. Si vous le faites, soyez assuré que Dieu vous récompensera, et qu'il bénira votre famille. Au contraire, (je vous le répète,) si vous leur êtes dur et méchant, si vous les abandonnez, tôt ou tard. Dieu vous punira dans votre personne ou dans vos enfants. Lisez les exemples suivants, et profitez des instructions importantes qu'ils renferment.
EXEMPLE
Il est rapporté dans les histoires du Japon un exemple digne d'admiration, et bien capable d'apprendre aux enfants combien grand doit être l'amour qu'ils doivent à ceux qui leur ont donné la vie. Trois jeunes hommes qui étaient pauvres, avaient leur mère depuis longtemps malade ; aimant tendrement cette mère, ils étalât très-afiligés de voir [que leurs travaux ne pouvaient suffire pour la nourrir et la soulager.
Il y avait alors une troupe de voleurs dans les forêts voisines de la ville de Méaco, capitale de
Pempire. L'empereur du Japon fit un édit, et promit une récompense à ceux qui amèneraient à la ville quelques-uns de ces voleurs. A cette nouvelle, le plus jeune des frères dont nous venons de parler s'avisa d'un expédient bien singulier pour avoir de quoi soulager leur pauvre mère. Il pria ses frères de le lier et de le faire passer pour voleur des forêts voisines. Ses frères eurent peine à consentir à une si étrange proposition. Que craignez-vous^ leur dit ce jeune homme, croyez-vous que Dieu w? ahandonnera ? Et^ après tout^ si Von méfait mourir ^ je suis content de sacrifier ma vie^ pourvu que je puisse conserver celle de ma mère^ et lui procurer du soulagement.
Les deux frères^ voyant son courage, consentirent à sa proposition, conduisirent ce jeune homme à Méaco, le garrottèrent et le présentèrent comme un voleur au Juge criminel, qui fit mettre celui-ci en prison, et dpnna aux deux autres une récompense. Mais comme le sang ne peut se démentir, on s'aperçut qu'ils avaient les larmes aux yeux quand ils se séparèrent, et qu'on mit le cadet en prison. On soupçonna du mystère, et un officier reçut ordre de les suivre secrètement pour savoir de quoi il s'agissait.
A peine furent-ils arrivés à la maison, que la mère leur demanda d'où ils venaient. Nous avons fait une bonne journée, lui dirent-ils ; voyez, ma mère, combien d'argent nous avons gagné pour vous
soulager. Dieu soit béni, dit-elle ; mais où est votre jeune frère ? N'en soyez pas en peine^ lui répondirent-ils. Je veux savoir où il est, continua la mère ; qu'en avez-vous fait ? Vous ne me répondez pas ! Ah malheureux ! vous n'avez pas coutume de gagner tant d'argent en si peu de temps. Vous avez sans doute volé cet argent et fait quelque mauvais coup : peut-être que votre frère était avec vous, et que quelque accident lui est arrivé. Ces deux jeunes hommes voyant que leur mère s'affligeait de leur silence, .lui dirent naïvement de quoi il s'agissait, lui racontèrent tout. La mère aussitôt poussa des cris et des lamentations en pleurant, demandant son fils qu'elle croyait perdu.
Dans ce moment l'officier, qui écoutait à la porte et qui avait entendu tout ce dialogue, entra, et dit à cette mère désolée : Kassurez-vous, pauvre femme, votre fils est vivant, il ne lui sera fait aucun mal. En effet, l'Empereur étant informé de ce fait, admira le courage de ce jeune homme, et l'amour qu'il avait pour sa mère ; il lui fit sa fortune et donna à la mère une pension pour le reste de ses jours.
Admirez dans cet exemple combien grande est la providence de Dieu envers les enfants qui aiment et qui assistent leurs pères et mères.
AUTRE EXEMPLE
Une Dam.e de qualité, veuve, nommée Alexandrine, avait deux fils. L'aîné qui n'avait que dix ans, commençait déjà à dire de petites impertinences, des
paroles sales et des jurements. Sa mère le reprit et lui dit : Quoi, mon fils, vous tenez de pareils discours en ma présence ! Est-ce moi qui vous ai appris à parler de la sorte ? et quand même je serais assez malheureuse pour dire de telles paroles <^ vous ne devriez jamais les prononcer ; apprenez que de tels discours ne conviennent qu'à deslibertins, à des esprits malfaits ; à des enfants sans édu- " cation et sans honneur."
L'enfant profita de cet avertissement, et n'osa jamais plus dire aucune mauvaise parole en présence de sa mère, mais il continuait d'en dire avec ses petits compagnons, La mère en fut avertie, et dit à son fils : — " Vous ne ,diteS plus de mauvaises parôles en ma présence, mais vous en dites devant les autres, et vous n'avez point honte de les ^' scandaliser. Et quoi, mon fils ! vous perdez donc " la crainte de Dieu? ne savez-vous pas que Dieu " vous entend et vous voit partout ? Vous n'osez par- 1er mal devant moi, et vous l'osez devant Dieu. Sachez que vous devez craindre Dieu plus que moi : il est votre Créateur, votre premier Père et votre Juge ; et il vaudrait mieux dire cent mau- ^ ^^vaises paroles devant moi, que d'en dire une en la présence de Dieu. Changez de conduite, mon fils ; " car j'aimerais mieux vous voir mort à mes pieds, que de vous voir vivre dans une telle habitude, et " je vous défends de ne plus fréquenter les compa- " gnons qui vous ont appris à parler de la sorte.'^
Ces paroles firent une telle impression dans l'esprit de cet enfantj qu'il se corrigea et fut toujours soumis à sa mère. Dieu récompensa sa soumission : étant en âge^ il entra en religion, où il fit de grands progrès dans les sciences et dans la vertu.
Le second fils d'Alexandrine ne fut pas d'un si bon naturel que l'aîné, mais il ne laissait pas d'être plus aimé de sa mère ; (car il arrive souvent que les pères et mères s'aveuglent, et qu'ils aiment plus un enfant vicieux que les autres.) Alexandrine reprenait son fils, mais il se moquait de tous ses avis, et fréquentait malgré elle de jeunes libertins qui lui gâtaient l'esprit, qui ne lui parlaient que de divertissements et de plaisirs, et ne lui inspiraient que du dégoût pour le travail, et du m.épris pour sa mère. De telles fréquentations pervertirent tellement le cœur du jeune homme, qu'il perdit enfin tout respect à sa mère, s'abandonna à la débauche, à l'impureté et aux jeux. La mère en pleurait et l'avertissait; mais ce n'était pas assez, il fallait le corriger sévèrement, quand il était temps, ou le faire mettre dans une prison pour arrêter ses désordres.
Ce jeune homme, malgré la défense de sa mère fréquentait une fille qui l'attirait, et qui ne lui convenait pas. Il se maria avec elle, fit même un procès à Alexandrine sa mère, pour jouir du bien de feu sou père, mais il n'en jouit pas longtemps. Etant un jour allé à la promenade avec sa nouvelle épouse, il fit un faux pas, se laissa tomber à la porte de la
ville^ et fut écrasé sous les roues d'un carrosse qui passait. La nouvelle en fut d'abord portée à sa mère : " Ah, mon Dieu ! s'écria-t-elle,
voilà la punition des désobéissances de mon fils et
des chagrins qu'il m'a faits. Je demande au moins " au Seigneur, que ce misérable enfant ait 1* temps
de se reconnaître, et de rentrer dans la grâce de " Dieu." Cette mère éplorés courut voir son fils ; à peine fut-elle arrivée, qu'il expira entre ses bras, sans confession et sans sacrements.
N'oubliez jamais cet exemple, et souvenez-vous que si vous faites des chagrins à vos père et mère, tôt ou tard il vous arrivera quelque accident funeste. Celui-là est maudit de Lleu^ dit l'Ecriture, qui chagrine sa mère.
De PHumilitc et de la Superbe.
L'humilité' est le fondement des autres vertus, elle les conserve et les fait croître ; la superbe au contraire les fait perdre, ou empêche de les acquérir. *
La superbe est une estime déréglée de nousmême, une vaine complaisance en nos bonnes qualités, et un désir outré d'être estimé des autres. Ce vice pernicieux se glisse dans l'esprit des jeunes gens, à mesure qu'ils croissent eri âge, et qu'ils se croient savants ou riches, ou plus parfaits que les
autres. Cet orgueil les rend incapables d'une saine éducation, rend inutiles en eux les instructions et les impressions de la grâce, les éloigne de Dieu ; etDieu^ à son tour, leur résiste^ et se retire de leur cœur. L'orgueil enfin les aveugle, et les conduit à leur perte.
" Mon fils, prends garde que la superbe ne domine jamais en ta pensée ni en tes paroks, parce qu'elle est la première cause de tous les m^alheurs," disait le saint homme Tobie à son fils. Pour combattre l'orgueil, il faut s'appliquer à la pratique de l'humilité ; je n'entends pas une humilité hypocrite, qui ne consiste qu'en paroles, et en une vaine démonstration de bas sentiments de soi-même. Telle est la fausse humilité de certaines personnes qui paraissent humbles au dehors tandis qu'elles ont au dedans un cœur superbe. L'humilité doit être sincère ; que cette humilité soit dans le cœur ; qu'elle paraisse dans votre conduite. Pratiquez cette vertu, par rapport à vous, à Dieu, et aux hommes.
I. Soyez humble par rapport à vous-même. <^ Ne vous élevez pas en votre pensée," dit le Sage ; ç'est-à-dire, ne vous estimez point vous-même ni pour votre beauté et vos agréments : la gloire que l'on tire de ces choses est basse et frivole, elle est une marque d'un esprit faible et vain. Ne vous estimez jamais pour vos talents, pour votre industrie, pour votre esprit ni pour votre science ; ce sont des dons de Dieu ; or vous faites injure à Dieu, quand vous cherchez votre propre gloire dans ses dons.
HUMILITE ET SUPEREE.
' Vous faites encore plus d'injure à Dieu^ quand vous vous estimez pour votre veitu, parce qu'elle vient encore moins de vous. S'en glorifier^ c'est la perdre. Croire avoir de la vertu, c'est manquer de la vertu principale, qui est l'humilité : il arrive même souvent, que tel qui croit avoir quelques vertus, n'en a peut-être aucune. Vous vous rassurez sur quelques bonnes qualités que vous croyez avoir, tandis que vous avez lieu de trembler à la vue des vertus qui vous manquent. Ne savez-vous pas d'ailleurs, qu'un de vos défauts caché a vos yeux, est capable de l'emporter sur vos prétendues vertus 5 et que vos justices^ vos bonnes œuvres, sont devant Dieu, selon la parole du Prophète Isaïe, comme un linge souillé ? S'il y a en nous quelque chose de bon, nous devons en donner toute la gloire à Dieu seul, qui en est l'auteur, et non pas à nous, qui n'avons de notre fonds que l'ignorance, le péché et la misère.
IL Soyez humble envers Dieu, dans la considération de sa grandeur, devant laquelle vous êtes comme un rien. Humiliez-vous à la vue de sa puissance et de sa majesté souveraine, qui fait trembler les Anges mêmes. Reconnaissez les offenses que vous avez con^mises contre cette grandeur infinie ; les bienfaits sans nombre que vous avez reçus de sa bonté ; l'abus que vous avez fait de ses grâces, sans lesquelles vous ne pouvez rien faire pour le salut ; le compte que vous en rendrez au Jugement, et le danger de damnation où vous êtes continuelle-
ment exposé. Si vous faites ces réflexions, vous ne trouverez que trop de sujets de vous humilier et de vous confondre devant celui qui doit vous juger.
III. Soyez humble envers les hommes. Il est facile d'être humble à Pégard de Dieu ; car comment une misérable créature ne s'abaisserait-elle pas devant son Créateur et son Juge ? mais il n'est pas facile d'être humble envers tous les hommes 5 il est néanmoins nécessaire de l'être. Or, parmi les hommes, les uns sont au-dessus de vous, les autres vous sont égaux, et les autres sont vos inférieurs.
1. Quant aux premiers, soyez respectueux et obéissant envers tous ceux qui ont autorité sur vous ; trouvez bon qu'on vous avertisse de vos défauts, qu'on vous reprenne, qu'on vous corrige ; et soyez soumis à ceux qui ont droit de vous commander. Honorez tous ceux qui vous surpassent en âge, en science, en qualité, -&c. Respectez les vieillards, prenez ^ garde de les insulter, de contrefaire leurs manières, de vous moquer de leurs faiblesses, de leur parler avec mépris et avec hauteur, de leur faire des grimaces, des menaces, de les chagriner. L'exemple que l'Ecritur^ Sainte nous rapporte de quarante enfants, qui, s'étant moc^^ués du Prophète Elisée, qui était un saint vieillard, en l'appelant par raillerie, tête chauve^ furent en punition dévorés par des ours ; cet exemple, dis-je, doit nous faire comprendre, que ces sortes de péchés attirent quelquefois les châtiments de Dieu sur ceux qui en sont coupables.