II. CoNsIDERATION
Douceur et indulgence de l'Eglise de Corinthe et du saint Apôtre.
Telle fut la sentence de S. Paul, qu’il prononça, comme il le dit lui-même (2 Cor. 2. 4.), le cœur serré et avec beaucoup de larmes. C’est ainsi qu’en doivent user les pasteurs de l’Eglise, Jorsqu’ils sont contraints par la charité à se servir du pouvoir que Jésus-Christ leur a mis en main, pour humilier les pécheurs superbes.
À cette sentence apostolique, l’incestueux conçut un tel regret de son crime, et fut tellement outré de douleur, qu’on craignit qu’il ne tombât dans le désespoir. Ainsi l’Église de Corinthe adoucit la peine de ce pénitent : nonseulement elle en abrégea le temps, mais en-
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core elle en diminua le poids : et pour ne point manquer envers l’apôtre qui avait condamné le crime et imposé la pénitence, on le pria d’approuver l’indulgence dont l'Eglise avait usé. Et le saint apôtre attendri : ‘ C’est assez, dit- “il, (2. Cor. 2. 6.) que le coupable ait subi la “ correction qui lui a été faite par plusieurs” : c’est-à-dire par la multitude et par l'Eglise assemblée. Après donc avoir ainsi ratifié l’indulgence que les pasteurs de l’Eglise avaient accordée devant tout le peuple selon la coutume de ce temps, il goute : Loin d’improuver le pardon que vous avez accordé au coupable (2.
Cor. v. 7.) : ‘ je souhaite au contraire que vous “ le traitiez de plus en plus avec indulgence et ‘ que vous le consoliez, de peur qu’il ne soit ‘ accablé par un excès de tristesse.” Tel est le pardon apostolique : voilà ceux qui sont jués dignes par S. Paul de lindulgence de l'E. glise. Ce sont ceux qu’on voit tellement pressés des douleurs de la pénitence, qu’il est à craindre qu’ils n’y succombent : et c’est pourquoi S. Paul n’use plus envers ce pécheur d’aucun reproche : il n’a plus que des paroles de consolation, de charité, de douceur : ‘“ Ce que “ vous avez accordé, dit-il, je l’accorde aussi : “et si j’use moi-même d’induigence, c’est à “ cause de vous en la personne de Jésus-Christ : ‘ afin que Satan ne nous trompe pas et n’em- “ porte rien sur nous (Zbid. v.10.11.): car nous ‘ n’ignorons pas ses pensées”; et nous savons qu’il se prévaut de tout.
38 MÉDITATIONS PRIERES, AFFECTIONS ET RESOLUTIONS
On demande à Dieu la douleur qui porta l'apôtre S. Paul à accorder l’indulgence à l’incestueux de Corinthe.
UI ramènera ces heureux temps où les
pécheurs qu’on mettait en pénitence, au premier avertissement des pasteurs, étaient tellement plongés et comme abîmés dans la tristesse, que l’Église craignant pour eux, était obligée aussitôt à se relâcher. On n’aurait presque plus besoin d’autre correction, d’autre satisfaction, d’autre pénitence : il n’y aurait plus que de la consolation et du baume pour les pécheurs. Sainte douleur de ia pénitence que je cherche il y a long-temps, quand vous trouverai-je ? Les affhctions et l’angoisse m'ont trouvé (Ps. 118. 143.), disait David. Pendant que je les fuyais, elles ont bien su me trouver sans que je les cherchasse. Mais il y a une affiction, et c’est celle de la pénitence, que je voudrais bien pouvoir trouver afin de dire :
J'ai trouvé l’affliction et la douleur, et j'ai invoqué le nom du Seigneur (Ps. 30). Sainte douleur, quand vous trouverai-je ? quand viendrezvous m’attendrir le cœur ? Lar:nes de la pénitence, si souvent cherchées, venez ; il est temps: venez me préparer à l’indulgence : si mon péché ne me touche pas, si je suis insensible aux menaces de Dieu et de l’Eglise, que lindulgence, la bonté, la facilité de Jésus- Christ et de l’Eglise sa chère épouse, me fende le cœur, et que je commence à sentir combien il est horrible et combien il doit être douloureux d’avoir offensé un Dieu si bon.