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DE FENELON. 65
Faut-il que les Chrétiens retombent dans le Judaïsme, et que les cœurs soient loin de Dieu pendant qu’on l’honore des lèvres? C’est parler de pénitence sans se repentir; c’est réciter des prières, sans prier véritablement; c’est tourner le remède en poison, et rendre le mal incurable. L’exercice de la foi se réduit à n’oser contredire les mystères incompréhensibles, à l’égard desquels une certaine soumission vague ne coûte rien. Maisies maximes de la pauvreté et de l’humilité évangélique, qui sont révélées comme les mystères et qui attaquent Pamour-propre, ne souffrent-elles pas en toute occasion une contradiction et une dérision scandaleuse? On craint le moindre mépris du monde plus que les jugemens de Dieu, et la moindre perte des biens temporels, plus que celle du salut. On a honte de faire le bien, la parole de Dieu ennuie, on est dégoûté du pain descendu du ciel, la table sacrée est déserte; presque personne ne porte sérieusement et avec docilité le joug de la loi divine. O Seigneur, approchons-nous de ces temps où vous avez dit que le fils de l’homme trouverait à peine quelque foi sur la terre! Jetez un regard de compassion sur vos enfans. Envoyez votre esprit, et ils seront créés, et vous renouvellerez la face de la terre. Rallumez le feu de votre amour dont vous avez voulu embrâser le monde. Après avoir été justement irrité, ressouvenez-vous de votre miséricorde. Rappelez pour votre gloire ces an.
ciens jours où votre peuple bien-aimé n'étant qu’un cœur et qu’une ame sous votre main, usait de ce monde comme n’en usant pas, et ne se
66 MANDEMENS DE FENELON.
consolait que dans amour de votre beauté éternelle.
ExTraiT d’un autre MANDEMENT du même.
Gardez-vous bien, mes très-chers frères, de regarder le Jubilé comme un asile du relâchement contre la pénitence. Le Jubilé tout au contraire est un adoucissement de la pénitence extérieure qui invite les hommes à redoubler la pénitence du cœur. Déchirez vos cœurset non pas vos vêlemens, dit l’Église après l’Ecriture. L'Eglise relâche de grandes peines, il est vrai; mais elle ne dispense pas de la douleur d’avoir péché. Au contraire c’est celui à qui il est le plus remis, qui doit le plus aimer, le plus sentir excès de la bonté qui l’épargne, le plus détester son ingratitude, le plus haïr ce qu’il a aimé ct que Dieu n’aime pas. L’indulgence n’élargit point la voie éiroite. Elle ne nous dispense point de suivre Jésus-Christ en portant la croix avec lui, ni de nous renoncer nous-mêmes. Elle soulage seulement notre faiblesse. Elle nous supporte dans notre découragement, en attendant que nous croissions en Jésus-Christ, et que nous soyons devenus robustes dans la foi. O vous tous qui êtes fatigués et chargés, venez à Jésus-Christ, il vous soulagera; venez got. ter, et voyez combien le Seigneur est doux. Du moins ayons le courage d’en faire l'expérience, et bientôt vous direz comme le prophète, J'ai couru la voie de vos commandemens, dés que l’amour a élargi mon cœur. Qu’on se défie de soi, qu’on se fie à Dieu, qu’on se livre à un bon confesseur, qui plein de l'esprit de la grace,
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mène tout à sa fin avec force et douceur. Qu'on ne se confesse que pour se convertir et pour se corriger. Qu’on cherche le confesseur qu’on avait toujours craint, parce qu il ne flatte pas, et qu’on craigne celui qu’on cherchait, s'il est vrai qu’il flatte. Que la grace du Jubilé se fasse sentir par les fruits et qu’elle change les mœurs corrompues ; que les riches deviennent humbles, exempts de faste et charitables. Que la sanctification du jour du Seigneur répande ses graces sur tous les autres de la semaine, que l’ivrognerie qui exclut du royaume de Dieu seion l’apôtre, fasse horreur aux chrétiens, que l'impureté ne soit pas même nommée parmi eux. Qu'on se détache d’une vie qui échappe à tout moment, qu’on se prépare au royaume de Dieu, qui ne finira jamais et qui sera bientôt le nôtre, si nous le désirons ; qu’enfin | amour, loin d être un commandement onéreux, Soit l’adoucissement de tous les autres, et qu’il nous rende nos croix légères par ses consolations.
sxtrait de la Bulle de N. S. P. le Pape cb Léon XII.
LEon évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à tous les fidèles chrétiens qui verront ces lettres, salut et bénédiction apostolique. . ” Pleins de confiance dans la miséricorde de Dieu et dans l'autorité des bienheureux apôtres Pierre et Paul, par le pouvoir suprême de lier et de délier que nous avons reçu du Seigneur,
tout indigne que nous en sommes, nous accordons miséricordieusement dans le Seigneur, à tous et chacun des fidèles chrétiens des deux sexes, en quelque partie du monde qu'ils se trouvent, unis de communion et soumis au saint Siége, même à ceux qui peuvent être venus à Rome l’année dernière, et qui, là ou ailleurs, ont déjà, de quelque manière que ce soit, gagné ce même jubilé accordé par nous, pourvu que, vraiment contrits, s'étant confessés etayant communié dans l'espace de six mois à compter de la publication qui se fera de la présente buile dans chaque diocèse, ils aient visité dévotement l’église cathédrale ou principale, et trois autres églises du même lieu, ou de la même ville ou de ses faubourgs, lesquelles seront désignées par les ordinaires, leurs vicaires ou autres d'après leurs ordres, qu'ils les aient visitées au moins une fois le jour pendant quinze jours consécutifs ou séparés, naturels ou ecclésiastiques (c'est-à-dire, depuis les remières vêpres d'un jour jusqu à l'entrée de a nuit du lendemain), et qu’ils y aient adressé à Dieu de ferventes prières pour l’exaltation de la sainte église notre mère, pour l'extirpation des hérésies, pour la concorde des princes catholiques, et pour le salut et la tranquillité de tout le peuple chrétien; de pouvoir obtenir une fois l'indulgence plénière de cette même année de jubilé, la rémission et le pardon de tous leurs péchés, comme s'ils avaient visité en
ersonne, aux jours marqués, les quatre basiiques ou églises désignées par nous dans et hors la ville de Rome pour gagner le jubilé, et
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qu'ils eussent rempli toutes les autres conditions requises.
Nous accordons encore, par la teneur des présentes, à ceux qui se trouveraient en voyage sur terre ou sur mer, s'ils reviennent chez eux ou qu'ils s'arrêtent dans toute autre résidence après le temps par nous fixé, de pouvoir gagner aussi l'indulgence du jubilé, pourvu qu'ils accomplissent les œuvres prescrites cidessus, et visitent autant de fois l'église cathédrale ou principale ou paroissiale du lieu de leur domicile ou de cette résidence. Nous ac. cordons pareillement aux susdits ordinaires dés lieux le pouvoir de dispenser seulement des visites les religieuses, les converses, et autres filles ou femmes qui vivent soit dans l’intérieur des monastères cloitrés, soit dans d’autres mai. sons pieuses ou communautés, ainsi que les anachorètes et ermites, et toutes autres personnes, tant laïques qu'ecclésiastiques, séculières ou régulières, qui se trouvent en prison ou en captivité, ou qui sont retenues par quelque infirmité corporelle ou par tout autre empêchement qui soit un obstacle aux susdites visites; et de dispenser de la communion les enfans qui n'ont point encore été admis à la première communion; comme aussi de prescrire à toutes et à chacune desdites personnes, soit par eux-mêmes, soit par les prélats ou supérieurs réguliers auxquels elles sont soumises, ou par de prudens confesseurs, d'autres œuvres de piété, de charité ou de religion, pour leur tenir respectivement lieu de ces visites ‘ou de la communion sacramentelle; et même de
réduire le nombre des visites, ainsi que la prudence le leur suggérera, en faveur des chapitres, congrégations, tant de séculiers que de réguliers, associations, confréries, universités ou colléges, qui visiteront processionnellement les mêmes églises.
En outre, et en vertu de la même autorité et par une grande faveur de la condescendance apostolique, nous donnons et accordons aux
religieuses et à leurs novices la faculté de se
choisir, à l’effet mentionné ci-dessus, tel confesseur qu’elles voudront, approuvé par l’ordinaire actuel du lieu où sont établis leurs monastères, pour entendre les confessions des religieuses ; et à tous et chacun des autres fidèles chrétiens des deux sexes, tant laics qu’ecclésiastiques, séculiers et réguliers, de quelque ordre, congrégation et institut que ce soit, même qui devrait être spécialement dénommé, la permission et la faculté de se choisir, à ce même effet, tel prêtre confesseur qu'ils voudront, soit séculier, soit régulier, même d'un autre ordre et institut quel qu'il soit, parmi ceux approuvés pareillement pour entendre les confessions des personnes séculières par les ordinaires actuels des villes, diocèses et territoires où ces confessions devront être faites: lesquels confesseurs pourront, dans ledit espace de six mois, en recevant les confessions de ceux et de celles qui se présenteraient à eux avec la sérieuse et sincère résolution de profiter du jubilé, et de faire pour cela toutes les œuvres nécessaires, les absoudre, pour cette fois, et dans le for de la conscience seulement,
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des excommunications, suspenses et autres sen-. tences ecclésiastiques et censures encourues de droit, ou portées par quelque juge et pour quelque cause que ce soit, même réservées aux ordinaires des lieux, ou à nous et au siége apostolique, même dans les cas qui sont réservés, fât-ce par forme spéciale, à qui que ce soit, et au souverain Pontife et au siége apostolique, et qui, autrement, ne seraient pas censés compris dans une concession, quelque étendue qu'elle pût être ; comme aussi ies absoudre de tous péches et excès, quelque graves, quelque énormes qu'ils soient, pareïllement réservés auxdits ordinaires, et à nous et au siége apostolique, comme :l est dit ci-dessus, en leur imposant une pénitence salutaire et leur enjoignant tout ce que de droit; pourront aussi commuer en d’autres œuvres pleuses et salutaires toute espèce de vœux, même confirmés par serment et réservés au souverain Pontife (excepté toujours ceux de chasteté, de religion, ceux qui forment une obligation acceptée par un tiers, ou qui ne pourraient être violés sans préjudicier à autrui, excepté encore ceux par lesquels on s'impose une peine, et quon appelle préservatifs du péché, à moins que la commutation ne fût jugée aussi propre à éloigner du péché que la matière du premier vœu); pourront enfin dispenser les pénitens élevés aux ordres sacrés, même les réguliers, de l'irrégularité occulte, qui rend inhabile à exercer les mêmes ordres et à être promu à des ordres supérieurs, et encourue seulement par la violation des censures.
Nous n'entendons pas néanmoins par les présentes dispenser d'aucune autre irrégularité publique ou occulte, d'aucun défaut, note d'infamie, ou autre incapacité ou inhabileté, de quelque manière qu'elles aient été contractées ; ni donner la faculté d'en dispenser ou de réhabiliter et de rétablir au premier état, même dans le for de la conscience; nous n'entendons pas non plus déroger à la constitution publiée avec les déclarations convenables par notre prédécesseur Benoît XIV, d'heureuse mémoire, commençant par ces mots: Sacramentum pænitentiæ, et datée des calendes de juin de
l'an de Notre-Seigneur 1741, et le premier de!
son pontificat. Enfin nous n'entendons pas que ces lettres puissent ou doivent profiter en aucune manière à ceux qui auraient été par nous et par le siége apostolique, ou par quelque prélat ou juge ecclésiastique, nommément excommuniés, suspens, interdits, ou qui au-
raient été déclarés ou dénoncés publiquement |
comme ayant encouru d'autres censures et peines portées par des sentences ; à moins que,
dans l'intervalle desdits six mois, ils n’aient |
donné satisfaction, et ne se soient, en tant que de besoin, arrangés avec les parties.
Du reste, si quelques-uns, après avoir com-
mencé l'accomplissement des œuvres prescrites
dans le dessein de profiter du jubilé, étaient prévenus par la mort avant d’avoir achevé le nombre fixé de visites ; désirant favoriser par notre bienveillance leurs pieuses et ferventes dispositions, nous voulons que, pénétrés d'un vrai repentir, s'étant confessés et ayant reçu la sainte com-
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CANTIQUE SUR LE JUBILE’. 73
munion, ils participent à la susdite indulgence et rémiésion, comme s'ils avaient réellement visité les dites Eglises dans les jours prescrits. Que si quelques-uns, après avoir obtenu, en vertu des présentes, les susdites absolutions de censures, dispenses ou commutations de vœux, viennent à abandonner la sérieuse et sincère résolution, à ce requise, de gagner le jubilé, et
ar conséquent de faire les œuvres nécessaires à cet effet, quoiqu'en cela on puisse à peine les réputer exempts de péché, nous ordonnons et déclarons que les dispenses, absolutions et commutations obtenues par eux avec les dispositions susdites, persistent dans toute leur force.
Donné à Rome, à Saint-Pierre, l'an de l'incarnation du Seignéur 1825, le 8 des calendes de janvier, l’an troisième de notre pontificat.
Signé, B., Cardinal pro-dataire.
Pour le Cardinal ALBAN1, Le Substitut CArAccinr.
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CANTIQUE SUR LE JUBILE’
Air: Travaillez à votre salut, ou Quel est ce peuple plein d'orgueil,
O temps heureux! Rome a parlé, La porte sainte s’est ouverte ; L’indulgence du Jubilé
Au juste, au pécheur est offerte.
Préparons-nous à des faveurs Dont le ciel va combler nos cœurs.
CANTIQUE SUR LE JUBILE'
Après cinquante ans révolus,
Cours malheureux de tant de crimes, Un nouveau règne de vertus Comblera ces profonds abîmes :
‘ L’heureuse paix, la piété
Seront les fruits du Jubilé.
Dans Sion ce temps de honheur Rompait les fers de l'esclavage, 11 n’était plus de débiteur,
On reprenait son héritage :
Le Jubilé, plus précieux,
Ferme l’enfer, ouvre les cieux.
Vous que séduit la passion, Not De faux plaisirs toujours avides,
Aveuglés par l'ambition, pour € Arrachez ces bandeaux perfdes,
Et reprenez, ne tardez plus, L’aimable sentier des vertus. Qu
Un cœur brisé par la douleur, Faisant l’aveu de ses misères, Rentre en grace avec le Seigneur, Témoin de ses larmes sincères,
Et le bienfait du Jubilé
Lui rend sa première beauté,
Ï1 nous faudrait encor subir Pour le péché de rudes gênes,
Si le juge, au lieu de sévir,
Ne voulait adoucir nos peines.
De courts travaux ont tout payé Par le bienfait du Jubilé,
O Dieu, protecteur des humains, Secourez-nous dans nos faiblesses ; Etendez vos puissantes mains, Remplissez-nous de vos largesses ; Et dans le temps du Jubilé Nous verrons tout renouvelé,
ons la compilation ci-dessus
Nous approuv Jubilé.
pour ce qui regarde le
+ Bern. CL., Ev. de Québec.
Québec, 15 février 1827.