ÉTABLISSEMENT DE LA RELIGION C1IRKT
mes chrétiens ; c'est le fruit de la prédication des apôtres.
D. Comment les apôtres ont-Ils fait tant do fruits ?
/?. Par la vertu du saint-Esprit , qui rendait efficaces leurs miracles, l'exemple de leur vie, la mort qu'Us souffrirent , pour rendre témoignage aux vérités qu'ils annonçaient. «Pleins » du feu divin dont ie Saint-Esprit avait cm*- » brasé leur cœur, ils étaient semblables, dit » saint Augustin , à un bois allumé, qui , rejeté » partout, et porté de lien en lieu , a enfin em- » brasé la vaste forêt du monde , et a rempli » la tcrrtfde la lumière et de l'ardeur de l'Es- * prit divin (1 . »
/>• Les apôtres ont-ils seuls converti toute la terre ?
R. ils ont fait toutes ces conversions, ou par h eux-mêmes, ou par leurs disciples et par leurs successeurs. Leur parole a clé portée par toute lalerre^ dit saint Augustin, quoique V Eglise ne fût pas encore répandue , de leur temps, par toute la terre. Les disciples des apôtres ont continué leur mission , et n'ont annoncé que ce que les apôtres annonçaient (2.
(1) S. Aug« enar. 4 , sur le ps. XXX, vers. 32, n.9.
(2) S. Augiist. sur le ps. 88 , serm. 1. noenb* 3 jciie* de Dieu, liv. 18 f ch. 50.
414 *ÀKf. I , SÏCT. IVCHà*. II, $ 1T*
§ 4. Etablissement de la religion chrétienne au milieu des persécutions.
D. La religion chrétienne a-t-elle été établie dans le monde sans aucune contradiction ?
it Non. Partout elle a été traversée et persécutée dans son établissement ; et partout elle a triomphé des puissances humaines qui lui étaient opposées : c'est ce qui rend son établissement plus merveilleux, et qui fait voir que la conversion tfu monde a été l'ouvrage de Dieu et non des hommes {th
U. Cet établissement de la religion chré" tieone , sans le secours des puissances huinajr nes, et malgré leur opposition , avait-il été prédit par les prophètes ?
r, oui. nous avons déjà rapporté la prophétie de Daniel, qui prédit clairement pet établissement, sous l'image d'une plerje détachée d'une montagne, sans le secours de main d'homme,; pierre qui devient insensiblement une grande montagne, et qui remplit toute la terre , après avoir assujetti tous les empires du monde (!)•
Le prophète-Roi avait prédit aussi que les
(1) Voy. S. Àug. cité de Dieu, liv. 18, ch. 50 j liift 22 , eh. 5 cl 7.
(2; Daniel, U, 44 et 45; toyeile t. S du chip. 1. de cette leclion.
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Dations elles peuples de la terre frémiraient, que les rois et tes princes conspireraient «on trie le Seigneur et contre son Christ, et que toutes les puissances humaines se réuniraient pour s'empêcher d'être assujetties à son empire; mais que Dieu dissiperait leurs vains projets, que le Christ aurait enfin toutes les nations pour son héritage, que son empire serait étendu jusqu'aux extrémités de la terre, et que les rois mêmes lai seraient assujettis (t . Peut-on voir une prophétie plus claire et plus précise? et l'événement pouvait-il être plus éclatant, l'accomplissement plus authentique?
D, Comment les apôtres et leurs disciples se sont-îls comportés au milieu de ces persécutions ?
R. Nul n'a murmuré ni ne s'est défendu ; ils se sont contentés de représenter , par des dis* cours et par des écrits pleins de sagesse , leur Innocence, et la vérité de lareligionchréttemie; tous ont souffert pour la vérité, avec une patience Invincible et avee une force héroïque, les supplices les plus cruels et la mort la plus affreuse (2).
D. Qui a suscité ces persécutions ?
R. Le démon, le fort armé, dont parle Jésus-
(1) Lisez le ps. 2 tout entier* (2; Voyez les apolug. de S. Justin, deîertiiîî. ,de Miuulius Félix, etc. , pour la religion chrétieune.
416 PART. I, 8ECT. Il, CHÀP. II, $ 1V<
Christ, qui prétendait par là conserver l'empire qu'il avait sur les hommes, et s'opposer a celui de Jésus-Christ (1).
D. De qui le démon s'est -il servi pour susciter ces persécutions?
R. Des Juifs et des gentils, des empereurs et des princes de la terre, de toutes les puissauccs du siècle {2}.
Z>. Pourquoi les puissances du siècle ont-elles persécuté la religion de Jésus-Christ ?
n. Parce pue la religion chrétienne s'opposait à leurs préjugés, à leurs cupidités. Les hommes , suscités par les démons , n'ont pu souffrir qu'on vint les troubler dans la possession paisible où ils étaient de vivre à leur fantaisie. Les princes joignirent à cela les vues d'une fausse politique, en persécutant les chrétiens ; Us craignaient que l'établissement d'une religion nouvelle ne causât du trouble et de la confusion dans leurs étals (3).
/>. Le démon a-t-il réussi dans le dessein qu'il s avait d'abolir la religion de Jésus-Christ ?
R. Non. Le démon a été confondu : les persécutions qu'il a suscitées, n'ont servi qu'à aug-
(0 Lwc, XI, 21.
(2; n. Il, I; Aet.lV,5, etc. ps.IIÏ ,2. (x) Voy. M. Bonnet , év&jue de Meaux, sur le clh 3 de l'Apuc. paru 2 , n. U
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menter le nombre des disciples de Jésus- Christ (1).
D. Comment les persécutions ont-elles augmenté le nombre des disciples de Jésus-Christ?
R. Par le grand nombre de martyrs qu'elles ont produits, et par l'admiration que causait te courigc des martyrs (2).
D. Que signifie ce mot martyr?
R. Martyr est un mot grec, qui veut dlrefcfmoiiu souttVir le martyre c'est souffrir ou la mort ou quelque supplice, pour rendre témoignage à Jésus-Christ, à la vérité, à la justice.
/>. Comment les martyrs ont-ils augmenté le nombre des fidèles? ne le diminuaient-Us pas plutôt parleur mort?
. Us augmentaient, par leur mort , le nombre des fidèles , parce que l'exemple d'un seul martyr convertissait souvent un grand nombre d'infidèles. Tertullien avait raison de nommer le sang des martyrs, la semence du christianisme : puisque, d'un grain qui mourait, selon
(!) Pi. H, 4; m, 8; voyez S. Àug. cité de Dieu, livre 18, en* 50.
(2) Voy. les anciens marlyrol, et la préface du litre de dura Thierry Ruinait, Béuédictin, intitulée: Acla marlyrum sincera et setecla , où est reïute'o solidement la dissertation du sieur Do.lwel , »rg(e*v tant anglais , sur le petit nombre d<js martyr*.
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la parole de l'Evangile, il en sortait iusqu'à
cent(i). j»
/>. Combien de temps ont duré les persécutions?
/?* Les premières ont duré trois cents ans, Jusqu'à l'empire de Constantin, qui embrassa la religion de Jésus-Christ; depuis ce temps-la , les princes de la terre ont embrassé la même religion; et la croix, qui était l'opprobre des Uoramcs, en est devenue la gloire et l'espérance (2).
$ 5. liste des premières persécutions du christianisme.
Z>. La religion chrétienne a-t-elle été persécutée partons les empereurs qui ont régné depuis fa mort de Jésus-Christ jusqu'à Constan- (tn ?
*. Non. Ce n'est que par intervalles que ces persécutions étaient susettées. Dieu n'a pas permis que chacune d^îtes ait duré longtemps de suite, il calmait la tempête, pour donner le temps aux ildèles de se rassembler durant la paix, et de former leur discipline.
- On ne compte que dix ou onze, ou tout au
(1) Je*n , XII , 54 ; Tért. arpol. ch. 50.
- (2) S. Aug. serm. S , sur le ps. 32, d. 13 , et sur le ps. 54 , mmb. 12.
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plus douze persécutions dans tes trois premiers siècles.
Il faut néanmoins remarquer que , quoiqo'il n'y eût pas de persécution ouverte par des édita impériaux, il n'y a presque point eu de temps , dans les trois premiers siècles de l'Eglise , où il n'y ait eu quelque persécution locale ; et cela en vertu des lofs romaines , qui défendaient d'introduire aucune religion nouvelle et étrangère» Les gouvernenrs des provinces et les magistrats faisaient valoir, quand Ils le jugeaient à propos, ces lois contre les chrétiens (1).
D. Quels sont les empereurs qui ont suscité les persécutions , et combien chacune a-t-elle duré ?
il. L'empereur Néron fut le premier qui pei* sécqta les chrétiens par uaédlt. Celte persécution commença l'an 64 de Jésus-Christ, et finit par la mort tragique de ce prince impie, l'an es. c'est sou* cet empereur que souffrirent à Rome les princes des apôtres, saint Pierre et saint Paul ; k Alexandrie , saint Marc , évangéllste, premier ôvêque d'Alexandrie; à Milafl,
(1) Voy. sur cela M. Bossuet f évé*. de Mcanx, réflex. sur les persécutons, ep expliquant le chap. 10 de l'Apoc o. 1 et suiv* Voy, aussi la préface de don» Thierry Ruinart, ci-dessus citée , surtout les LomLu 25, 2* et 27.
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saint Gervais et saint Protais , patrons de Péglise cathédrale de Séez; saint Nazairc et saint Celse , patrons des églises cathédrales de Béziers et de Carcassonne.
La seconde fut suscitée par Domitien. Elle commença faiblement l'an 91 ou 93 de Jésus- Christ: elle fut continuée par un édit fort rigoureux de Tan 95, et ûnit par ia mort de ce prince, qui périt Tan 96. C'est sous cet empereur que fut martyrisé, à Pergame, saint Antipas ; et que saint Jean Pévangéliste ayant été jeté, à Rome, dans une chaudière d'huile bouillante , d'où il sortit sain et sauf, fut relégué dans Pile de Palhmos , où il écrivit son Apocalypse.
Tr^jan suscita la troisième, vers Pan 100 de Jésus-Christ. Il ne fit pas d'édit particulier contre le christianisme ; mais ayant défendu toutes sortes d'assemblées, les gouverneurs des provinces prirent occasion de là de faire mourir les chrétiens qui s'assemblaient pour prier. Enfin, l'empereur ayant appris qu'il n'y avait pas assez de bourreaux pour les fidèles qui couraient à la mort, fit cesser la persécution en 116. Ce fut à Poccasion de celte persécution, que Pline-le-Jeune, proconsul de Bithynie, étonné de la multitude des chrétiens qu'on mettait à mort, à cause de leur religion , et des faux crimes qu'on leur imputait pour les rendre odieux et criminels, écrivit àTrajan cette célèbre let-
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fre,dans laquelle il décrit la sainteté des mœurs des chrétiens, et demande, au surplus, quelle conduite il doit toni.à leur égard. L'empereur répondit qu'il ne fallait pas les rechercher, mais se contenter de punir ceux qui seraient déférés Qt accusas (i) ; ce qui donna lieu, selon la remarque d'Eusèbe;?), à faire un grand nombre de martyrs, les gouverneurs des provinces et les peuples ayant la liberté de tendre dos pièges aux chrétiens, pour avoir lieu de les accuser de christianisme. C'est sous cet empereur que le grand saint Ignace , évêque d'Antioche , fut condamné à être dévoré par les hèles; ce qui fut exécuté à Rome ; et que saint siméon, parent de Jésus-Christ selon la chair, fut cruchié à Jérusalem , dont il était Àvêque. r
On met ordinairement la quatrième persécution sous Adrien. Cet empereur fit un édit l'an 125, dans lequol, sans nommer la religion chrétienne, il défendit toutes les nouvelles religions; ce qui donna lieu à plusieurs martyre* Mais Quadrat et Aristide ayant présenté à l'ein<»
(I) Il faut lire celte lettre de Pline, <|ui est un des beaux niuuumcnis de l'antiquité, où nous trouvons t'sfpofogie du christianisme, faite par un païen. Celle lettre est fa du 11 . 10 ; voy. aussi ,sur cela , Ter» lull:en au ch. 2 «te son apul jgic.
(2; Eusèfoc, Hîst. eccl. liv. 3, ch. 33.
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pereur des apologies de la religion chrétienne, etsérennus Cranius, envoyé de Pempereur, homme de qualité , ayant pris la liberté de loi écriffe qu'il était injuste de faire mourir des Innocents, pour complaire au peuple, et sans qu'on leur objectât d'autre crime que celui d'être sectateurs d'une religion particulière : l'empereur, touché de ces remontrances, écrivit;! Minucius Fundanus, proconsul de l'Asie', l'an 126 , pour lui défendre de faire mourir ceux qui n'auraient pas été convaincus juridique* ment d'être coupables de crimes réels; ce qui fit cesser la persécution (1). Une laissa pas d'y avoir encore quelques martyrs jusqu'à la mort de cet empereur, qui arriva l'an 138. ce fut dans le temps de cette quatrième persécution , que souffrirent, à Rome, saint Eustache et ses compagnons , sainte Symphorose et ses sept enfants; et à Brescia, saint Faustin et saint Jovite.
Quoique l'Eglise n'ait pas été persécutée par l'empereur Antonin-le-Pieux , il ne laissa pas d'y avoir, sous son empire, un grand nombre de persécutions locales, et par conséquent, un grand nombre de martyrs. C'est ce qui a déterminé plusieurs écrivains à compter, sous
(1) Voyez Euscbe, Hist. ceci, livre 4, ch. 8, et dans sa chron. sur Pan 9 de l'emp. Adrien; voy. aussi la 1. auolog. de S. Justin.