PART. I , 8BCT. II, CHAP. III
il n'y a pas un mot à perdre de toutes ces paroles de Jésus-christ. On y voit premièrement, soit qu'on suppose que les mots «te /*»/*ies de l'enfer signifient ici la mort, soit qu'on suppose qu'ils signifient les puissances Infernales , les démons $ on y voit , dls-Je , que l'Eglise doit toujours subsister , et que tous les efforts des démons ne sauraient la renverser, ni l i Taire tomber dans l'erreur ; car si l'Eglise périssiit, ou si la foi changeait, il est évident que l'enfer et l'esprit d'erreur aurait prévalu contre elle.
On y volt, en second lieu , que Jésus-Christ fait envisager à ses apôtres, comme un effet de sa toute-puissance , la protection qu'il doit donnera son Eglise jusqu'à la consommation des siècles. Il doit toujours être avec elle; jamais U ne l'abandonnera. Qui est-ce qui peut résister au Tout-puissant? Je suis, mol à gai toute puissance a été donnée sur la terre comme dans le ciel, avec vous, que j'envole pour ins± trutre toutes les nations, et pour leur administrer le baptême et tous Jesautres sacrements ; je suis avec vous, biptisant, avec vous, instruisant, toufc les jours: il n'y a aucune interruption à craindre; il n'y aura point de jour, point de moment, où Il ne soit vrai de dire, quej'e suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. Ce n'est pas ssule.nent jusqu'à vôtre mort, mes apôtres , cest'pojjr toujours, jusqu'à la lin du monde.
de l'église* 463
Ainsi, cette promesse ne regarde pas les seuls apôtres, elle regarde aussi leurs suoeesscursdans leur ministère, jusqu'à la consommation des siècles. Selon cette promesse, il y aura donc, jusqu'à la consommation des siècles, une Eglise qui instruira, qui baptisera, qui subsistera malgré les elToits du démon, et qui sera assistée par Jésus-Christ, sans que Jésus-Christ l'abandonne un seul moment : car il l'a promis, et il est tout-puissant pour exécuter sa promesse (l;.
D. Ces promesses prouvent-elles clairement que la doctrine de l'Eglise est la môme que les apôtres ont enseignée, etqu'elle n'est altérée par aucune erreur ?
R. Oui, sans doute. Si l'Esprit de vérité doit toujours animer l'Eglise, et lui enseigner toute vérité; si les portes de l'enfer ne doivent jamais prévaloir contre elle; si Jésus-Christ doit l'assister jusqu'à la consommation des siècles, dans la prédication de la vérité et dans l'administration des sacrements, il faut, par uue conséquence nécessaire, que les sacrements
(t) Voyez les deux instructions pasior. de M. Bassuet , évéq. de Meaux , sur les promesses de PEglise , où ce que nous venons de dire , dans cette réponse, est expliqué d'une manières! claire et si convaincante, qu'on ne peut rien y ajouter. Voy. aussi S. Aug. serai, 2 , sur le ps. 101 , n. S, 9, 10,
461 part, i, sec*, if, tnk+. m, $ iv«
éoïcnt toujours administrés Saintement dan* l'Eglise; que tontes lés vérités y soient toujours prêchées purement i et qu'elle ne puisse jamais enseigner aucune erreur ; ce qui suppose qu'elle enseignera toujours ce qu'elle a appris des apôtres , et les apôtres dé Jésus-Christ.
/>. Ne semble-t-llpas s'ensuivre de là qu'il n*t à personne dans l'Eglise qui puisse mal administrer les sacrements, ni enseigner aucune erreur?
rt. Cela ne s'ensuit pas; ées prornes*esrsdnt fhites à l'église en corps, èt non pftâ à tous les particuliers tjul sont ses membrés» H y a toit* Jours eu, et II y aura toujours* dans l'Eglise, dci gens qui feront des efforts pour y introduira l'erreur et ledèrêgtemèht \ mais lisent toujours été et Seront toUjOUr* confondus- Les paru* eullcrs peuvent se tromper dans l'administrai lion des sacrements, et dans leurs instrac* tfons ; mais lè corps dé l'Eglise ne s'est jamais trompé, et ne se trompera jamais dans set décisions , ni dans les régies qu'elle prescrit pour l'administration des sacrements) parce qoe c'est Jésus-Christ même, c'est son Esprit, l'Esprit de Vérité, qui formé tes décisionnel qui donne ces règles. Nous avons vu que les promesses y sont expresses; et c'est pour celâ que saint Paul dit que l'Eglise est la base et la colonne inébranlable 4e la vérité* 11 est donc vrai
DE L'ÉÛUSE. 465
de dire que les sacrements seront toujours saintement administrés dans l'Eglise , et que la vérité y sera toujours enseignée l>.
D. Pourquoi dites-vous que tout le monde est capable de se convaincre de la sainteté de la doctrine de l'Eglise, en faisant attention au* promesses de Jésus- Christ ?
R. Parce que ce n'est point ici une discussion difficile, comme est l'examen de tous les dogmes en particulier. Les promesses faites à l'Eglise sont claires , et à la portée de tout le monde. Nulle secte séparée ne les conteste : Il ne faut ni étudier, ni raisonner surce point» Or , quand on est une fois persuadé de la vérité de ces promesses , la sainteté de l'Eglise dans sa doctrine , 6d durée ét son infaillibilité, eft sont une suité si naturelle, que tout le monde Pàperçolt sans f>ctae. Quiconque veut chicaner sut cela* ést du nombre de Des es» prits dont saint Paul a dit qu'ils sont eondilm* nés par letir propre jugement (*).
d. Pourquoi avc*-tous dit qoe la doetrlne de l'Eglise rend saints ctv* qui là suivent?
«. tareè #uë l'Bglfese n'ënselgne qde ta doctrine de Jésus-Christ, et qu'elle ne peutja-
(1)1. Tffho4**flt, 15% V»y^Si Aiijr. Un 6u pînrdf ferm* surlesymb. adressé aux caUciiumèùes , ch.
(2j Tiu III, 10 et 11.
468 part* i, segt. îr, chm». iir. g iv.
mais rien enseigner qui y soit contraire. Or , ce n'est qu'en croyant et en pratiquant ces vérités, qu'on peut se sanctifier. Sanctifiezles dans la vérité, dit Jésus-Christ dans la prière rapportée par saint Jean ; votre parafe est la vérité même. C'est cette parole , dit David, qui éclaire et qui convertit les âmes 1 ).
D. Pourquoi avez- vous dit qu'il n'y a des saints que dans la société de l'Kglisc ?
R. Parce que hors de l'Eglise il n'y a point de salut. Tous ceux qui meurent hors de l'Eglise périssent ; comme tous ceux qui n'entrèrent point dans l'arche, périrent par les eaux du déluge (2).
Explication.
Pour mettre cette réponse dans un plus grand jour, et en faire voir la vérité, il n'y a qu'à examiner ca détail ce qu'on appelle être hors de l'Eglise.
On en est. dehors, ou parce qu'on n'y est jamais entré , ou parce qu'on en est sorti volontairement, ou parce qu'on en a été chassé.
Ce n'est que par le sacrement de Baptême ,
(1) Jttu, XVII, 17; ps. XVIII, 8, 9 et ftilv.; Voyez Ô. Au£. liv. dci mœurs de l'EglUe caibul. ch. 30, a. 62,63*164.
(2) S Cvprien, liv.dePuDilé de PEf lise, et S. Jérôme , lelt. 67 et 58.
M L'ÉGUSH. 487
comme nous Pavons dit ci-dessus (I), qu'on devient membre de l'Eglise ; et Jésus-Christ déclare formellement que ceux qui ne seront pas baptisés n'entreront pas dans le cici Ainsi, point de salut pour ceux qui ne seront point entrés dans la société de l'Eglise 2).J
Les hérétiques, les schisrnatrques et les apostats, sont ceux qui sortent volontairement de l'Eglise, pour faire société à part.
Or, saint Paul nous apprend que ces sortes de personnes tombent dans la condamnation. Après avoir corrigé un hérétique une ou deux fois , évitez-le ; sachant que celui qui est tel , est un homme corrompu , et qu'il est en état dépêché , puisqu'il s'est condamné par son propre jugement (3).
ce passage de saint Pau! 9 qui semble n'être dit que paur la condamnation des hérétiques obstinés , peut aussi s'appliquer généralement
aux schisraatiques et aux apostats. Car là raison pour laquelle cet apôtre veut. qu'on n'ait aucun commerce avec un hérétique, c'est parce qu'un hérétique , obstiné dans sqd erreur > et méprisant les avertissements de l'Eglise, porte un jugement contre l'Eglise , puisqu'il s'étire
(1) g * <** ce cbap.
(2) Jeati, 111,3, 5, (3; TU. III , 10, II.
- «Ç8 VkKT. I , SKCT. IT , e«AP. II! , $ IV.
contre elle. Or, par ce Jugement Use condamne )uJ-Hiéme ; car, puisque Jésus-Chrtst a promis à l'Eglise (0 d'être toujours avec elle , et de l'assister sans cesse par l'Esprit de vérité, 9*ôlever contre l'Eglise , c'est accuser Jésus-Christ d'avoir manqué à ses promesses; c'est s'en prendre moins à l'Eglise, qu'à Jésus-christ même , qui en est le chef , 4e pontife et le con* ducteur. or , condamner Jésus-Christ , e'est se condamner toi-même par ton propre jugement , .Kion la parole de saint Paul.
j,es schématiques et les apostats savent contre l'Eglise aussi bien que les hérétiques, puisque les uns et les autres la condamnent et se séparent volontairement de sa société : donc ils se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement; Ils sont par conséquent hors de la voi? du salut. L'apôtre saint Judo les traite d'hommes charnels , destitués de l'esprit, quî se séparent eux-mêmes , et qui doivent être confondue , comme étant déjà condamnés. Ht sunt qui tegregan! semetlpsos, animales sptrltum non àabenles:. Nos arjgutte judleatos (2).
(t) MaUh. XXVIH* 1$, M, Jean, XIV, 1$; XI, 131.
(2) S. Jude, versets 19 et 25; vojez ce raisonnement plus étendu dans la conférence de M. Bossuet , évoque de Meaux, avec M. Claude, et dans la première instruction pastorale du môme prélat , sur les promesses de l'Eglise*
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Il n'est pas moins certain que les excommuniés sont hors de la voie du salut; car l'Eglise n'excommunie que ceux qui , par leurs crimes et par leur désobéissance, méritent cette peine ; or , il est dit dans l'Ecriture , que ceux qui n'obéissent pas aux pasteurs de l'Eglise , désobéissent à Dieu (t), et doivent être regardés comme des païens (2) , lesquels sont certainement hors de la voie du salut. Enfin saint Paul se sert du terme , de livrer à Satan, pour dire qu'il excommunie (3), quoique plusieurs croient qu'il ne se sert de ce terme à l'égard de l'incestueux de Corinthe , que parce que cette excommunication devait être suivie d'une possession corporelle : et que c'est pour cela que saint Paul ajoute ces paroles , in interitum carniSypour mortifier oupour détruire sa chair; mais saint Augustin rejette cette interprétation comme moins probable (4). Quoi qu'il en soit, tout cela prouve évidemment que les excommuniés, aussi bien que les hérétiques, les schismatiques et les apostats , sont hors de la voie du salut ; et enfin , qu'il n'y a point de salut hors de l'Eglise (5).
(1) Luc, X, 16 : Qui vos spernU^me spernit.
(2) Matth. XVIII, 17.
(3) 1. Cor. V, 5 ; I, Tim. I, 20.
(4) S. Aug. liv. 3, contre la lettre de Parménien.
(5) Yoy. S. Cyprien, liv. de l'unité de l'Egliie;
Dd
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/>. Tous ceux qui sont dans l'Eglise sont-Us
/<\ Tous sont appelés à la sainteté , mais tous île sont pas saints: Il jr a beaucoup d'appelés , dit Jésus-Christ xinals peu d'élus t\)\ plusieurs déshonorent la sainteté de leur vocation , par la corruption de leur, yip ; J'ÇgHse, de la terré est composée de paille et de bon grain (2) de bons et de méchants (3), décembres vivants et de membres mof ts ; les njembres morts sont en plus grand npmbre^que, les membres vlvants ; mais hors de l'Eglise, il n'y à ni sainteté ni salut (4)t. ,^ , p lu, , a . ,f
J0.À-t-on lieti d'attribuer à l'Eglise la corruption de ses enfants , surtout celle açs pasteurs t et de dire que J'ÇglWc est corromppe; quand les pasteurs qui Ja gouverqcpt. sont corroiiipus,et mènent une vie scandaleuse?
S. Au*.»?, de l'unité de UEçlise r, n, ^ ,liv, 1% bap.,ch. 16, et sermon aiyjeuple de Césarée, prêché en présence d'Eraéritus, n. 6 y etc.
(2) Matth. 111,12; XIII , *5 et suiv.
(3; Mailh. XXII , 10. >- dlmi iu.
(4) Voy. S. Aug. abrégé des actes delà conférence de Cannage, conférence du 3. jour, ch. 9, o. I($ , 1* et I8;hv. a.lresséauxDonatisûaprès laconférence/ie G^ihage. chvr, noenb. 10 ; liv# de Punild.de PI* g lise ôû lel. contre tim BehatitU»| ch. 2. n. 2.
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/î. Ce n'est pas par la corruption des parti* cullers qu'il faut juger du corps de l'Eglise: saint Paul , parlait des pasteurs de son temps, se plaignait que la plupart cherchaient leurs prçpre^ intérêts, et nop pas ceux de Jésus- Christ (ij. L'ûglise a toujours gémi de cette corruption de ses enfants, e( l'a toujours condamnée ; et c'est jpàr se;s décisions et par ses instructions, et nop par la conduite de quelques p^iculierX^qu'H faut juger de la sainteté ue l^lfse. L'Eglise n'a jamais autorisé, et n'autorisera jamais le mal dans ses décisions, elle a toujours approuvé et pratiqué le bien. L'Eglise, dit saint Augustin (2), se trouvant au milieu de beaucoup de pallie et de zizanie, tolère bien des choses ; mais elle ne fait, ni n'approuve , ni ne permet jamais rien qui soit contre la foi et contre les ^bonnes m%urs. Qu'on lise les canons de& conciles , et les instructions de tout ce qu'il y a eu , dans tous les temps, de pasteurs èclai-
?!) Philipp. II, 21.
(ij S. Aug. lelt. 55 ou 119, à Janvier, n.35;vojr. aussi ce même Père , liv. I. des mœurs de rtglftfc datliol. ch. «0, 31 , 32, 3* ei 34. Il n'y a rien de si sage que ce que dil S. Aug. dans ce 5. chap, Voy. a.ussi la lettre 203 ou 209 du même Père,, adressée à Félicité; celle ktl. est parfaitement belle, et t^oit être ïwp par ceux qui soin scandalisé <îe la mauvaise vie (lès pasteurs ou des autres catholiques.