‹ Instructions générales en forme de catéchisme, où l'on explique en abrégé, par l'ecriture sainte et par la tradition l'histoire et les dogmes de la religionChapitre 110 sur 165 · PART. I , 8BCT. II , CHAP. III, S VI · texte numérisé non relu

PART. I , 8BCT. II , CHAP. III, S VI

dts-je, par rapport à leur qualité d'hérétiques, afin qu'ils deviennent ce qu'ils ne sont pas.

D. Pourquoi dites-vous que i'Eglise est gouvernée par les successeurs des apôtres ?

il. Parce que ce sont les évéques qui gouvernent l'Eglise, selon les propres termes de saint Paul : le Saint-Esprit vous a établis évéques pour gouverner l'Eglise de Dieu, qu'il a acquise par son sang (1). si les prêties gouvernent aussi, c'est sous l'autorité des évéques ; or, les évéques ordonnés canoniqueraent sont les successeurs des apôtres.

p. Pourquoi les évéques sont-ils les successeurs des apôtres ?

/?. Parce que les évéques qui gouvernent aujourd'hui l'Eglise , ont été ordonnés par d'autres évéques qui , en remontant de siècle en siècle par une succession non interrompue , avaient été ordonnés par les apôtres, et avaient succédé â leur autorité (2).

D. Cette succession d'épiscopat avait-elle été marquée dans l'Ecriture ?

R. Oui. Saint Paul dit que Jésus-Christ a laissé à son Eglise des pasteurs pour la perfection des saints, pour l'œuvre du ministère , pour l'édification du corps de Jésus-Christ , jusqu'à

(1) Acl. XX, 28.

(2) Voy. S. Aug. liv. 3, contre Cresconius , ch. f8* n«21;etTert. livre des p rescript, ch. 32.

ce que nous nous rencontrions tous dans Vurdtè de la foi et de là connaissance du Fils de Dieu, c'est-à-dire , Jusqu'à la consommation des siècles (1).

Le même apôtre ordonna Tlte évêque, et le laissa ensuite dans Pile de Crète pour y établir d'autres évêques , et pour ordonner des prêtres dans toutes les villes (2). C'est ainsi que l'Eglise doit être gouvernée jusqu'à la fin , par nne succession continuelle de pasteurs , lesquels, ordonnés par les successeurs des apôtres , en ordonnent d'autres pour leur succéder.

D. A-t-on toujours regardé, dans l'Eglise, cette succession continuelle d'épiscopat, dont l'origine remonte jusqu'aux apôtres , comme une des marques nécessaires pour distinguer la vraie Eglise ?

R. Oui» Voici ce que dit saint Irénée, second évêque de Lyon , homme des siècles apostoliques, qui a vécu long-temps avec saint Polycarpe, disciple de saint Jean l'évangéliste. Comme il serait trop long, dit-il (3) , de rapporter la succession des évêques de toutes les Eglises particulières, nous confondons tous ceux qui ,

(1) Ephéa.IV, 11,12,13,14.

(2) Tite, 1 , 5 et suiv.

(3) S. Irénée, li?. 3, contre les hérésies, ch. 3.

482 PART, i, s^q. I!, CHAP. m, S vi*

par amour-propre, ou par vanité . ou par aveu* glement, ou par erreur, se séparent des assemblées légitimes de V Eglise , pour faire a part leurs convenlicules ( c'est-à dire les hérétiques et les schématiques ) , en leur remettant devant les yeux la tradition et la foi apostolique transmise par une succession continuelle d^évô- (jues jusqu'à nous, dans la plus grande , la plus ancienne, la plus connue de toutes les Eglises, fjndéc à Rome par les glorieux apôtres saint l terre et saint Paul.

tertullien, qui (tarissait du temps de saint Irénée, parle ainsi dans son livre des prescriptions contre les hérétiques (i) : Que les hérétiçues produisent l'origine de leurs églises , qu'ils fassent voir V ordre suivi de leurs évèques , qui, par une succession continuelle* remonte jusqu'à un premier évéque qui ait succédé à un apôtre, ou à quelqu'un des hommes apostoliques qui ait

- 9 * mit

vécu avec les apôtres: comme l'Eglise de Smyrne produit Poly carpe, établi évoque par saint Jean ; comme V Eglise de Rome produit Clément, ordonné pur saint Pierre; comme toutes les autres Eglises produisent des évèques , qui, établis dans l'épiscopat par quelque apôtre, ont transmis à leurs successeurs la semence apostolique (T.

(t) Terlult. prescript. contre les hrfrétlques, ch. 32* (2) Voy. aussi les ch. 20 et 36 du même livre*

DE ^BGUSR. <83

Saint Optât, évèque de Nilève, qui a écrit l'histoire du schisme des donatisles, après avoir rapport* , clans cet ouvrage (i) , la liste de tous les évêques de Borne-, depuis saint Pierre Jusqu'à saint Cirice , avec lequel , dit-H , toute la terre est utile , aussi bien que nous , par les liens d'une môme communion , adresse ainsi la parole au* donatlstes : Mais vous , qui voulez faire passer votre Eglise pour sainte, faitesnous voir Vorigine de votre chaire éptscopale. Il prévient ensuite une objection des donatistes, qui, pour faire voir qu'Us avaient conservé quelque liaison avec Rome, y avaient envoyé un de leurs évêques nommé Victor, pour être à la tète du parti donatiste en ce pays-la; saint Optât leur dit sur cela : pourquoi n'avezvous pas pu trouver un évèque à Rome?»»» Vouty avez donc envoyé Vicier: il a e[lé là <infanl sans père, nouveau soldat sans capitaine , disciple sans maître, successeur sans prede-

çesseur Si on demandait à Victor 4e montreK

quelqu'un qui eût occupé sa chaire épiscoj>ale avant lui, Une pourrait pas mime montrer Chaire, si ce n'est une chaire de pestilence.

$aint Augustin parie ainsi dans son ouvrage Célèbre , écrit contre les (panichéens : m-

(\ ) S. Optai , Iiv. 2 , contre les donat. n. 3 et suif. (2) & AHÏ:Vontre>l^leUred« futittemciit ,cb. Ut

484 PART. 1 , 8FCT. n, CHAP. III , $ VI.

Heur, choses me retiennent dans l'Eglise: te ton, lentement des peuples et de* nation*, l'autorité que cette Eglt*e *>e*t acquise; autorité commencée par le* miracle* , nourrie par l'etpérance augmentée par la charité, fort fiée par l'ancienncté j'y sut* retenu par la *ucce**lon contl-

iZ , ,a évéqUet' qui ont *™>j«*q*à ce jour , le ttége de tatnt Pierre, depuis cet apôtre a qulJé*u*-Chri*t, aprè* sa résurrection, a confié le gouvernement de ses brebis, j'y tut* retenu, enfin , par le nom même de l> Eglise catholique, qui, avec raison, est demeuré tellement propre à cette Eglise, à l'exclusion de tant de sectes hérétiques, que quoique tous les hérétiques veuillent passer pour catholiques quand cependant un étranger demande où est l assemblée des catholiques, il n'y a point d'hérétique qui ose montrer son temple ou sa maison. Tous ces liens st chers et si considérables du nom chrétien, retiennent, avec raison, un homme fidèle dans l'Kgltse catholique , quand même il n'aurait pas assez d'intelligence ou de vertu pour connaître la vérité avec évidence. Pour mot, dit saint Augustin, quelques lignes après,./* ne croirais pas à l'Evangile, *t l'autorité de l'Eglise ne m'r déterminait. Ceux donc a qui j'ai obéi, quand Us m'ont dit: Croyez à l Evangile, pourquoi ne leur obéirats-je pas .

lléens? ^ Ne Cr°re* pat attx *«*

de l'église • 485

Vous voyez que cette succession d'épiscopat a été regardée dans tous les siècles comme le caractère et la marque propre à l'Eglise catholique ; et que ce n'est pas le langage d'un seul Père, mais que tous ont pensé la même chose. Nous pourrions rapporter un plus grand nombre d'autorités pour prouver cette vérité ; mais nous avons cru qu'il suffisait d'en produire trois ou quatre précises, et qui Tussent au-dessus de toute exception.

Z>. Pourquoi dites-vous que l'Eglise a reçu de Jésus-Christ, par les apôtres , son autorité et sa mission ?

H. voici un raisonnement fondé sur ce que nous avons déjà expliqué, qui mettra cette vérité dans un grand jour. »

L'Eglise ne saurait subsister sans le ministère de la parole et des sacrements. Les passages de l'Ecriture sainte, rapportés ci-dessus, prouvent la vérité de ce principe , qui n'est contesté par personne.

Or, personne ne peut s'attribuer à soi-même l'autorité de prêcher et d'administrer les sacrements. Il faut pour cela une mission certaine de la parole de Dieu. Saint Paul le dit formellement. Comment prêcheront-ils , s'ils ne sont envoyés ? Et ailleurs: Personne ne s'attribue de soi-même l'honneur du sacerdoce : cet honneur n'est que pour ceux qui sont appelés de Dieu

486 PART. I, SBCT. V, «BAP. III. S

comme Aaron. Ainsi Jésus-Christ m\ême ne t'est point glorifié lui-môme pour être le pontife , mais il a été glorifié par celui qui lui a dit: Vous êtes mon Fils (l).

Donc l'Eglise ne saurait subsister , si elle n'a une mission de Dieu toujours constante , pour enseigner et administrer les sacrements.

C'est cette mission et cette autorité qu'elle a reçues de Jésus-Christ par les apôtres , qui Pont communiquée à leurs successeurs , 'et ceux-ci à d*autresjusqu'à la consommation des siècles, comme nous l'avons prouvé ci-dessus.

Dieu le Père a envoyé son Fils Jésus-Christ, Jésus-Christ a envoyé ses apôtres , et leur a Communiqué son Esprit et son autorité. Comme mon *Pcre m'a envoyé , leur dit-il , pou* envole de même. Recevez le Saint-Esprit ; tes péchés seront remis à ceux à qui vous les rtntetirez, et ils seront retenus a ceux à qui vous les retiendrez (2).

Les apôtres ont instruit et ordonné des évèq'aes , auxquels ils ont communiqué le caractère, l'autorité et la mission qu'ils avaient de Jésus-Christ. Ceux-ci ont communiqué le même caractère, la même autorité, la même mission à leurs successeurs ; et ainsi , d'dge en âge , et

(I ) Héhr. V, 4 et 5.

(2j Jean , XX , 21, 22 et 23.

de siècle en sièçle, l'SsUse $j$sblQ et subsistera toujours avec l'autorité et la mission qu'elle a reçues de .i.ésus-Christ par les apôtres.

Et de là il s'ensuit que toute société qui ne saurait justifier qu'elle a reçu (Je Jésus-Çhr^t cette autorité et cette mission, par une succèssion continuelle d'épiscopat* ne saurait être la vraie Eglise; et que ce seul défaut sûfÇt pour réfuter tous les hérétiques , comme nous avons vu que les saints Pères l'ont (ait.

u. Mais ne se peut-il pas foire que pieu çpvole extraordinairement a son Eglise des mi* nistres et des pasteurs , pour enseigner et pour administrer les sacrements, avçc toute l'autorité nécessaire, indépendamment d|ç la mission de l'Eglise; comme pieu suscitait dans l'ancienne loi les prophètes , çt çynime saint fcaul , dans la loi nouvelle , a été suscité ; car cet apôtre dit qu'il a été établi apôtre , non par les hommes, mais par Jésus-Christ (1) ?'

A. 1.0 11 n'y a jamais eu, et il n'y aura jamais aucune nécessité d'avoir recours à cette mission extraordinaire. Car il y aura , selon les promesses de Jésus-Christ , jusqu'à la consommation des siècles, des pasteurs légitimes envoyés par la voie ordinaire pour l'œuvre du ministère, pour Ifédiûcation du çorpç de J,é-

(I) Gai. I , t.

488 PART* Ij SECT. I! , CHIP. III, S

sus-Christ, et qui seront protégés d'un secours spécial pour ne pas se tromper. Et quand Dieu suscite extraordinairement à son Eglise des personnes pour la soutenir et l'éclairer, ce qu'il a fait souvent, comme on le justifie par des monuments certains de l'histoire ecclésiastique ; si Dieu veut que ces personnes fassent, les fonctions extérieures du ministère, il les envole aux pasteurs pour recevoir d'eux l'ordination et la mission ordinaire. Et tout homme qui mépriserait cette mission ordinaire, devrait être, par cela seul, regardé comme un séducteur. Ce que nous venons de dire paraît clairement par l'exemple de saint Paul. U avait été choisi immédiatement par Jésus-Christ , pour être apôtre ; mais Jésus-Christ lui-même l'adressa au prêtre Ananie , pour être instruit et baptisé (1) ; et il fut ensuite ordonné et envoyé par les autres apôtres avec saint Barnabé (2).

2.o s'il arrivait, ce qui n'est point encore arrivé, et n'arrivera jamais, comme nous pouvons l'assurer avec certitude, en conséquence des promesses solennelles faites à l'Eglise par Jésus-Christ; s'il arrivait, dls-je , que Dieu donnât à quelqu'un une mission extraordinaire pour exercer les fonctions du ministère sans recevoir l'ordination et la mission des pasteurs

(1) Act.IX, 7,11, 17.

(2) AcUXUl, 2 et 3.

uigmz6

db l'église. 489

de l'Eglise, celai qui serait ainsi envoyé ne ser rait point recevable, à moins que sa mission ne fût déclarée authentique et certaine par des miracles incontestables, sans quoi la porte serait ouverte à tous les imposteurs qui auraient assez de hardiesse pour se dire suscités de Dieu extraordinairement. C'est ainsi que Moïse et les prophètes et Jésus-Christ môme , ont prouvé leur mission extraordinaire. Si je n'avais fait au milieu des Jâifs des miracles que personne n'a jamais faits, ils seraient sans péché (en me rejetant), dit Jésus* Christ (1).

3.0 j'ose dire qu'il n'est pas possible que Dieu suscite extraordinairement des pasteurs pour exercer les fonctions du ministère, Indépendamment de la mission de l'Eglise. Car il n'est pas possible que Dieu détruise son propre ouvrage, après les promesses solennelles et abr solues qu'il a faites de le conserver jusqu'à la consommation des siècles , par la succession de l'épiscopat, comme nous l'avons prouvé cidessus. Ainsi cette prétendue mission extraorr dlnaire étant une chose opposée aux promesses et à l'ordre établi par Jésus-Christ, nous sommes en droit de la regarder comme une chir mère, et de dire, comme saint Paul (2), que

(1) Jean, XV, 24.

(2) Gal.I, 8, 9.

éù PART. I, Mt. lt\ lift. II!, S VU-

çuanà \\ WèWftâîfc tin dà Mil pour tiotà a& nonccr aùlrè cfiô'ft c^ùe ce Que noué bvons àppris par ies autres et lèUVangèlïsles , ious ne të croirions paâ.

§ X. Que Ï Çglise romaine est la seule vraiç Eglise de Jésus-C/irist , hors de laquelle il n'y a point de saluU

)b. Qïïéïïè est Vtglîse à laquelle les quatre cà- MRKMSI qui vfèhltanth'étre expliqués conviennent?

% t'éÛ l'Egïtèé qu'on nomme romaine. Ellè seule a ie privilège d'être une , sainte , catho- INltfle et apô^tolitjué^ ces quatre caractères de Wèfise de jèsuS-Chrfst ne conviennent à aucunë ààtf è société.

b. Qu'entendcz-Yous par l'Eglise romaine?

X. J'entends l'assemblée des fidèles qui reconnaissent le pape, l'évêque de Rome, pour chef visible sûr ta terré, èt iul lui obéissent eft cette quàlitè.

/>. Pourquoi l'êvèquè de ftomè est-îl appeii pape ?

/?• te mot âepape est un mot irec qui signifie père. On le donnât aulrefpis a tous les évêques, parce qu'ils sont Tes pères de TEglise. L'église l'a restreint, depuis plusieurs sicc/e^ au seul évêque de Rome, qui, en qualité de chef des évêques , est le père de tout ie peuple

DE L'ÊcLWb. 401

clirélien , comme l'appélle saint Augustin (t).

D. Pourquoi le pape est-il le chef dè l'Eglise ét oVs pastéùrs plutôt qu'un autre évôgue?

/?. Parce qu'il a suceédÇ au siégé et à ï'autorilé de saint Pierre qui est mort à Rome , après y avoir établi le siège de son épiscopat , et qui était Je chef des apôtres , par l'institution dè iêsus-Clirlst (2),

D. Est-ce une chose constante que saint Pierre ait été établi par Jésus-Christ le clief des apôtres ?

C'est un article dë fol , fondé sur des témoignages précis de l'Evangile. ,

i.° Toutes les fols que les évangélfstcs toïit le catalogue des apôtres , ils mettent toujotifà saint Pierre à la tête , et lui donnent quelo^ufefois le titre de premier (3),

(i,o Jésus-Christ dit à saint Plerrè \ Tu es Pierre^ et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise \fy

3.0 11 lui donne , selon la remarque de sairtk Ifernard , le soin de paître et de conduire lès peuples et les pasteurs. Paissez mes agneaux, paissez mes brebis (5).

(f ) LelU 43 ou 162 , à Glorius et Eleusius , n. 16.

(2) S. Aug. lctt. 43 ou 165, à Générosus , n, 2 et 3.

(3) Mail. X,2.

(4) Malt. XVI, té et 19.

\b, Jean XXI, 15, lè, l7;voy. S. fièrn. liv. 2. d* la considération , ch. 8 , n. 15 et 16.

492 PART. I, 8ECT. II, CHAP. HT, S v*ï.

4.oil lai donne ordre de confirmer ses frères ^ c'est-à-dire , de les affermir dans la vraie foi et dans la religion. Pour vous , dit-il , après votre conversion , confirmez vos frères 9 c'està-dire , a(Termissez-les dans la foi Cl). ^

D. Est-ce une chose certaine et incontestable que saint Pierre ait été à Rome , qu'il y ait établi le siège de son épiscopat , qu'il y soit mort?

R. Rien de plus certain. Ces faits sont rapportés unanimement par toute l'antiquité:

ceux qui les ont rapportés ne les pouvaient ignorer; et ils n'auraient osé les alléguer comme ils ont fait, pour peu qu'ils eussent été douteux : et les protestants n'osent plus les révoquer en doute, depuis que Blondel a fait voir qu'ils sont incontestables (2).

D. De ce que saint Pierre était le chef des apôtres et est mort à Rome, s'ensuit-il de là que l'évêque de Rome soit le premier et le chef des évéques ?

Jl. Oui. Car les évéques d'un siège succèdent non-seulement au caractère , mais aussi à Pau-

(1) Luc , XXII , 32.

(2) Ceux qui veulent eu approfondir la vérité, peuvent lire le P. Alex, dissert, sur PHist. eccl. tome 1. dissert. 4 , et M. de Tillcmont , tome 1 des mémoires sur PHist. eccl. en la vie de S. Pierre ; voy. les notes.

de l'église. 493

torlté, à la prééminence et à la juridiction de leurs prédécesseurs, il en est de l'épiscopQt comme de toutes lès charges publiques, qui passent aux successeurs avec tous Ijeurs droits. C'est sur ce fondement que toute l'Église a regardé, dans foui les siècles , le siège de i'é- Vêque de Rome comme le premier siège , et que les papes sont regardés comme ayant dp droit divin, en qualité de successeurs de saint Merre , la primauté d'honneur et de juridiction dans toute rëgîïsç (1). f u i ; : 'pourquoi donc cette primauté est-elle au- Joûrd'hWl contestée au pape , non-seulement par les protestants qui se sont séparés de sa communion , niais aussi par les Grecs et par

(luelques èocïétés orientales? , ,4<

B. Leis protestants et les Grecs, en se séparant de la communion du pape , et contestant sa primauté , non-seulement sans l'autorité de PÊcrilûrtî et de fi tradition , mais çonji;e la doctrine expresse de la tradition et de l'Ecriture,

(1) Voy. S. Cyprien, Tell. 52 et 55 S. Irénée, ]i v. % ch. 3 ; S. JeVome, lelt. 67, à Damasé; S. Àug, leli. 53 et 165, à Ge'nérosùs ; lelt. 43 ou 162 , à Glôrius et El eu si us, nom. 7, etc. 1. concile de tticéel,càn, è, t ; concile de Conslanttnople , canon 3 ; Concile 'de Chalce'doine, canon 28 ; concile in Trullb, canon 3Î<T| le 2. de Nicde, qui est le septième concile générai \ cauon 4 , etc.

Ee

494 PART. I, 8BCT. 11, CHÀP. III, S

ont rompu le lien de l'unité de l'Eglise , ont abandonné la croyance de leurs pères et de leur* prédécesseurs, et sont devenus manifestement schismatiques. Aussi la colère de Dieu a visiblement éclaté sur les Grecs , depuis qu'ils se sont opiniâtrés dans ce schisme. La domination tyrannique que les mahométans exercent sur eux, en est une preuve.

D. Comment pouvez-vous prouver que les protestants et les Grecs sont schismatiques? Ne peuvent-ils pas , avec la même raison, appeler schismatiques ceux qui sont attachés à la communion de l'Eglise romaine?

R. La preuve du schisme des Grecs et des protestants est aisée. On est schismatique quand on se retire de la société de la vraie Eglise de Jésus-Christ. Or , c'est ce qu'ont fait les protestants et les Crées, en se séparant de la communion de l'Eglise romaine. Ils sont donc schismatiques.

Voici la preuve de ce raisonnement.

U est certain qu'avant la séparation des Grecs et des protestants, il y avait dans le monde une société qu'on devait appeler l'Eglise de Jésus-Christ , et qui l'était. Cette société devait être une société visible et extérieure, composée de pasteurs et de peuples. Elle devait avoir les quatre caractères qui la distinguent de toutes les autres sociétés, savoir:

l'unité, la sainteté, la catholicité et l'apostoiicité. Tous les chrétiens disaient alors , après le concile de Constantinople , comme ils disent encore aujourd'hui : Je crois l'Eglise qui est une, sainte, catholique et apostolique.

Or , l'Eglise romaine était alors ia seule à laquelle ces quatre caractères convinssent, comme elle est la seule à laquelle ils conviennent aujourd'hui. On peut s'en convaincre facilement, en faisant l'application de ce que nous avons dit ci-dessus de chacun de ces caractères. Donc les Grecs et les protestants, en la quittant, ont quitté la vraie Eglise, Ils sont donc schismatiques.

D. Mais si les Grecs et les protestants nient que ces quatre caractères, qui sont propres à la vraie Eglise , convinssent à l'Eglise romaine, quand ils s'en sont séparés, que direz-vous ?

r. nous allons répondre à chacun d'eux en particulier : premièrement aux protestants, ensuite aux Grecs*

M Les protestants ne peuvent nier que j quand ils ont quitté l'Eglise romaine , elle ntf fût alors répandue par toute la terre , et qu'elle n'eût la succession apostolique. C'est un fai* reconnu par Jes premiers réformateurs. Us ne peuvent nier que l'Eglise , qui reconnaît pour chef le papë , ne fût la vraie Eglise dans

49C PART. I, SKCT. U , CHAP. Ilï, $ v"-

les six premiers siècles. I !s3 en conviennent encore. Donc elle' Pétait aussi lorsque les protestants s'en sont séparés. Car l'Eglise doit subsister toujours la môme , comme nous l'avons prouvé ci-devaht par les promesses de Jésus-Christ (I): et elle doit être toujours une , sainte , catholique et apostolique.

2.° Voici une seconde réponse qui n'est pas moins sans réplique.

Les protestants, Savant leur séparation, récitaient le symbole de Constant inople qui porte en termes exprès: Je crois l'Eglise qui est une, sainte , catholique et apostolique. Us Ta i sa lotit donc profession de croire qù'il y avait alors dans le monde une Eglise à laquelle ces quatre caractères convenaient. Ils se sont séparés de cette Église quelle qu'elle soit Car en quittant PEglIsè romaine, ils ne se sont unis à «aucune autre société qui fût sur la terre; Calvin le dit formellement (2), ils ont fait' absolument bande à part; lis ont interrompu la succession des pasteurs, si nécessaire à PEgllsë. ils dirent eux-mêmes dans leur profession de foi ;3), qu'il, 4 fallu quelquefois , ei même de notre

(2j plscessipne/n d ifi&o muntto fucere coactt su mus Ce sont les' j»ropr. terni, «le {-alun , dans fia kit. à MélancntOQ'i du 4 décembre 1502. Vt3/Art. iU ' " ' ' ' " n ' ' " '

temps {auquel l'état de l'Eglise élaH Interrompu), que Dieu ait suscité des gens d'une façon extraordinaire , pour dresser l'Eglise de nouveau, qui était en ruine et en désolation. Ce sont leurs propres paroles, qui renferment presque autant de blasphèmes que de mots. Car si l'Eglise était tombée en ruine et en désolation; si son état était interrompu , la promesse que Jésus- Christ avait faite à son Eglise d'être avec, elle jusqu'à la consommation des siècles, est donc fausse : les portes de l'enfer ont donc prévalu contre l'Eglise; elle ne subsiste donc plus. Et c'est cette parole que saint Augustin (i) appelle impudente , abominable , détestable, pleine de présomption et de fausseté ; qui n'est fondée sur aucune vérité , et qui n'est éclairée d'aucune sagesse ; qui n'est assaisonnée d'aucun sel ; qui est vaine, téméraire, précipitée , pernicieuse. Donc on peut appliquer aux protestants ce que saint Paul dit de tous les hérétiques qu'ils se sont condamnés eux-mêmes par leur propre jugement, en se séparant de l'Eglise , et que, par conséquent, ils sont véritablement schismatiques (3;.

(1) S. Aug. serm. 2, sur le ps, 101 , n. 8 , dont nous avons rapporté les paroles ci-dessus , au $ 6 de ce enap.

(2, TU. III , ÎU

h) Voy. ce meme raisonnement , étendu et pous-

; Ee 3

498 PART. I , SKCT. II, fcHAP. 111 , $

Quelques ministres se sont avisés d'imaginer, depuis peu de temps , qu'en se séparant de l'Eglise romaine , ils s'étaient unis aux vaudois et aux albigeois. Mais quand le fait serait vrai, ce qui n'est pas, il serait aisé de leur prouver qu'ils n'en sont pas moins schismatiques. Les vaudois et les albigeois n'ont jamais eu le caractère de catholicité, d'apostolicité, d'unité, de sainteté, qui convient à l'Eglise. Nous savons les commencements et les progrès de leur secte. Avant le douzième siècle , il n'y avait point de vaudois; les albigeois étaient de vrais manichéens qui parurent sous ce nouveau nom dans ce même siècle. Les uns et les autres n'ont jamais eu qu'une étendue trèslimitée; et il n'était plus question d'eux dans le monde quand les protestants ont paru. Aussi cette union prétendue est une chimère de quelques nouveaux ministres , poussés à bout sur le défaut de succession. Les premiers réformateurs n'y avaient pas pensé , et la confession de foi des Eglises protestantes n'en fait aucune

se" jusqu'à la dernière évidence , dans l'instruction de M. Bossuet , évéque de Meaux , sur les promesses de l'Egl. de l'an 1700, n. 19; voy. aussi deux livres de M. Nicole , intitulés, l'un : Les calvinistes convaincus de schisme ; l'autre : Traité de l'Eglise vers la fin.

de l'église. 409

mention. Us ont avancé que, vo la corruption et l'interruption de l'Eglise , il a été nécessaire que Dieu suscitât extraordinairement des hommes remplis de son Esprit, pour la relever. Mais y a-t-il jamais eu d'hérésiarque qui n'ait accusé l'Eglise d'erreur et de corruption, et qui n'ait prétendu être suscité de Dieu pour la réformer? Cette prétention seule vient d'un orgueil Intolérable ; c'est un blasphème , c'est un jugement de condamnation que tout hérétique prononce contre lui-même* Qu'on se souvienne des paroles de l'apôtre saint Jude , on y trou* vera la condamnation formelle des protestants, * comme celle de tous les autres hérétiques et 8Chismatiques (t). Mes frères, souvenez-vous * des choses qui vous ont été prédites par les apôtres de notre Seigneur Jésus -Christ ; c'est que, dans les derniers temps, il y aura de faux docteurs qui se laisseront entraîner par la malice de leurs passions. Ce sont des hommes qui se séparent eux-mêmes des gens sensuels , n'ayant point l'Esprit de Dieu.

D. Qu'est-ce que les protestants peuvent alléguer pour justifier leur schisme ?

R. On ne peut jamais rien alléguer de solide pour justifler le schisme, puisqu'il ne peut y

(l)S. Jude, vers, 18 et sulv.

500 PART. I, SECT. II, CHÀP. II!, S v"-

avoir aucune raison, dit saint Augustin j de rompre l'uni 16 (i).

Mais les protestants citent en Pair et à çonti-çsens quelques passages de l'Ecriture , quç jamais nul des saints Pères, depuis les apodes, n'a expliqué comme eux- lia ne sauraient prouver par auçun passage de l'Ecriture, pris à la lettre , ce qu'ils avancent dans f^ur. psofàsçioç de foi. on les a toujours , m% m94ê aie^ rien répondu de iqiSQPJMblfi , de mqpfper, P$ des textes clairs, que \$ç ftrftçlgj j^tro^prwç fussent des erreurs, 4WfffT?ÇT? ftfi^WPT taies, intoiéçaWes,çpww^ fis Ig a^^ntéte^ selon l?aveu de M- Rail|p (?}, ^uc Jift'tyff séparation. Quand ils aNi^erçt, fiar ç^enjrj|^ ce passage de KÀpospiXBfft ; Soxtf<8 f% {g:

yiWneMWt dfi pqur ##fç# pqrfyfip&nl ç

H est yisjDle quJ|J sïa$tf |a pullenient dç P£ glise dQ ^su^-Cb^ist, o> fi^e p.qïçnoç, que piqu al|ajt j^ger par les bar bar^ , pour punir son idolâtrie et ses crimes (4).

(\) S. Àug, liv. 2, contre la lettre de Parménien, ch. H , nom M. 25 , etc.

(2) bâillé', apotog. pour la réunion des calvinistes avec les' luthériens,1 "vers, le commencement.

(3) Apoc. XVlll,4.

(4, Voy. la preuve invincible de celte explication daus les meilleurs commentaires , et dans la savante

DE l'kgltsk. £01

Il faut être aveugle et impie pour confondre la sainte Eglise de Jésus-Christ avec cette Babylone prostituée et idolâtre , après les promesses solennelles que Jésus-Christ a faites à son Eglise , qu'il serait avec elle jusqu'à la consommation des siècles, et qu'il la ferait triompher de toute la puissance de l'enfer.

D. Ce que vous venez de dire paraît décisif. Mais avant que de finir ce qui regarde les protestants sur cette matière, voudriez-vous Taire voir ; en peu de mots, que les quatre caractères de la vraie Eglise, savoir : l'unité, la sainteté, la catholicité, l'apostolicité, ne conviennent pointa leur prétendue réforme?

/?. Nous en allons rapporter deux preuves, dont la première réfute généralement tous les hérétiques; la seconde combat les protestants en particulier.

Première preuve. Il n'y a qu'une Eglise à laquelle ces caractères puissent convenir ; sans cela l'Eglise ne serait point une. Or, nous avons fait voir qu'ils conviennent à la seule Eglise romaine. Ils ne peuvent donc convenir à aucune autre société ;çt par conséquent, ils ne con- Tiennent point aux protestants.

Seconde preuve. L'unité ne convient pas à la société des protestants; car, à l'exemple de

inierpré^lioDide ty. Bo^st^t, évéque de Meaux, sur

602 PART. I, SECT. II, CHÀP. III, g

tous les anciens hérétiques, ils sont divisés entre eux en plusieurs partis sur des points qu'ils appellent essentiels et fondamentaux , et ils ne sont réunis que contre la vraie Eglise ; caractère que Tertullien dit être propre à toutes les sectes hérétiques (l). Nous avons vu qu'eu France les calvinistes communiquaient avec les luthériens, quoique ceux-ci crussent la présence corporelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, que les calvinistes ne croient pas. L'Angleterre est divisée en plus de trente sectes , toutes opposées entre elles, et cependant toutes réunies contre l'Eglise romaine. Et on ne voit presque pas deux ministres dont ia croyance soit uniforme ; chacun enchérit sur son prédécesseur. Donc ils n'ont pas l'unité.

Et ils ont rompu l'unité sans aucune raison légitime ; ce qui , selon M. Daillé (2) , est le plus noir des crimes. Qu'ils nous montrent, conformément à leur confession de fol , non par de vains raisonnements, mais par des textes clairs de l'Ecriture, qué la croyance de la réalité n'ayant point de venin, ainsi qu'ils l'ont reconnu solennellement , et n'étant point un sujet légitime de séparation d'avec les luthériens, puisqu'ils communiquent avec eux nonobstant

'1) Tert. liv. des prescriptions, chap. 41. ^2) Daillé, apol. pour la réunion des calvinistes wee les luthériens, ver* le commencement!

cette croyance , on doit néanmoins regarder ce que le bon sens et leurs propres réformateurs reconnaissent être des suites justes et naturelles de cette croyance , je veux dire la transsubstantiation et l'adoration de Jésus- Christ, adorable partout où il est ; qu'ils nous montrent qu'on doit regarder ces suites comme un plus juste sujet de séparation , que Particle capital de la réalité d'où elles découlent (1).

Ils n'ont pas la sainteté; car ils y renoncent eux-mêmes, en. prétendant que l'Eglise peut tomber et est effectivement tombée dans l'erreur. Leur dogme de l'inadmissibilité de la justice , établi par le plus célèbre de leurs synodes (2) , et l'alliance monstrueuse qu'ils font de la justification avec les crimes les plus énormes, tels qu'étaient l'adultère et l'homicide de David, renversent la pureté et tous les fondements de la sainte morale de Jésus-Christ (3).

La catholicité ne leur convient pas, car ils ne sont répandus ni dans tous les temps, ni dans

(1) Voy. sur cela la préface du liv. de l'unité de l'Eglise , par M. Nicole , et le livre des variations, de M* Bossuet, évéque de Meaux.

(2) Synode de Dordrecht.

(3) On Ta fait voir invinciblement dans le liv. intitulé : Renversement de la morale de Jésus-Christ , par les erreurs des calvinistes sur la justification.

$01 PART. I, SBCT. Il, CfcÀP. HT, S VII.

tous les lieux. Ils n'étaient pas il y à deux cents ans, et leur secte n'a jamais été répandue que dans quelque pays fort limité.

Enfin , ils «'ont pas la succession apostolique; car leurs pasteurs n'ont pas été ordonnés par d'autres pasteurs, lesquels, en remontant de siècle en siècle , pussent faire voir que leur mission et leur ordination vinssent dès apôtres. Les calvinistes le reconnaissent ètix-mémes * dans leur confession de foi (i), dans laqufellë Ils déclarent que l'état de l'Eglise ayaftt été Interrompu, il a été nécessaire que Dtteû suscitât extraordinaire ment des pasteurs pour Ta relever. Et Ils n'ont jamais prouvé pdr aucun miracle cette prétendue mission extraordinaire : ce qui néanmoins eût été absolument nécessaire , comme nous l'avons fiait Voir (4).

D. Vous ne pouvez nier au moins que la succession apostolique convleftnè h plusieurs évôques de l'Eglise qu'oh nommé ânglleanè, même depuis qu'ils se sont sèpg&s de là cômnirtinTon de l'Eglise romaine.

R. Je conviens qu'il peut y avoir quelquesuns de cesévêques qui aient celte succession? mais Ils ont cela de commun avec les anciens

(1) Art. 3t.

(2) Au S préceM. voy. la f. instr. past. de M. Boifuet^évéquedeMeaux^sur les promesses de l'Église.

ariens, les macédoniens, les nestoriens, les euty chiens, que PEgHse a toujours rejetés et rejette encore comme hérétiques, parce que les premiers de ces évéques hérétiques, en se séparant de la communion de PEglise, ont rompu l'unité, et par là véritablement renoncé au caractère de sainteté et à celui de catholicité. Or, il faut que les quatre caractères que nous avons expliqués concourent ensemble pour former la vraie Eglise. Mais on ne peut pas dire même que ces hérétiques aient conservé Papostolicité ; car ceux de leurs évéques qui les premiers se sont séparés de la communion de l'Eglise romaine, ont , par cette séparation, renoncé à la foi dont leurs prédécesseurs faisaient profession, et que ceux-ci, par une suite continuelle d'épiscopat, avaient reçue des apôtres* C'est pourquoi PEglise les a justement excommuniés, et les a par là privéa de la juridiction qu'ils avaient eue jusqu'alors , et de Pexerclce de leurs ordres, qu'ils n'ont pu, sans sacrilège, transmettre à d'autres.

D. Vous avez dit ci-dessus que les protestants ont abandonné Puniié de la foi de l'Eglise , en ce qu'ils sont divisés entre eux en plusieurs sectes • °e peuvent-ils pas faire le même reproche aux catholiques, et nous dire que Pon voit dans notre Eglise les thomistes, les scolistes, m tant d'autres théologiens dont les sentiments Chabancy. Catéchisme. F f

506 PART, fi SECT. », CM Ai', ftf, S vih.

sont partagés sur quantité d'articles importants; que quelques-uns de ces théologiens se traitent mutuellementd'hérétiques, et > ivent néanmoins tous dans la même communion : et qu'ainsi le raisonnement que vous avez fait ne prouve rien, ou qu'il prouve contre nous?

n. Il y a une grande ililî'èrence entre les catholiques et les protestants, sur le partage d'opinions. Car tous les théologiens catholiques conviennent qu'il faut se soumettre à l'Eglise, quand elle décide sur une question : ainsi, l'Eglise n'a qu'à parler, et les différends s'apaisent. Us disputent quelquefois entre eux sur le sens des décisions de l'Eglise; mais ils disputent avec soumission, jusqu'à ce que l'Eglise se soit expliquée sur la difficulté. Alors les opinions sont libres départ et d'autre; et I'Kglise ^eut que nous conservions la charité et la paix avec ceux qui, sur ces points, ne sont pas de notre avis, et qui sont dans le sein de i'Kglise comme nous. Nous ne devons rompre la communion qu'avec ceux que l'Eglise a clairement séparés de son sein. Tel est le principe de tous les théologiens catholiques. H n'en est pas ainsi des protestants: ils sont divisés entre eux, et cependant unis contre l'Eglise. Ils sont divisés sur des points , qu'ils nomment eux-mêmes essentiels et fondamentaux: ils sont div isés sans soumission à aucune autorité visible qui puisse les

DE L'KGLISE. 507

réunir. Il est donc vrai de dîre qu'ils n'ont pas l'unité de la foi.

z>. PouYez-vous combattre aussi fortement la séparation des Crées ?

R. 11 est facile de prouver que ceux d'entre eux qui se sont séparées de l'Eglise romaine , se sont par là séparés de la vraie 'Eglise de Jésus-Christ.

Pou* en convaincre touthonimc de bonne fo! 11 n'y a qu'à considérer l'une et l'autre Eglise dans les temps où elles étaient réunies, il est certain qu'alors les crées reconnaissaient le pape pour chef de l'Eglise : cela paraît par les sept premiers conciles généraux qui se sont tenus en orient, et du la primauté du pape a été authentiquement reconnue.1*hotlus lui-même , qui a Jeté les premières semences delà division , n'en disconvenait pas ; et dans les conciles généraux de Lyon et de Florence , où Ton a traité de la réunion des deux Eglises, cette vérité a été aussi reconnue par les Grecs. L'Eglise de Constantinople n'a jamais prétendu être que la seconde Rome, et avoir le premier rang après elle. Encore est-il certain que l'Eglise de Constantinople n'a eu le secorid rang qu'au^quatrième, ou , tout au plus, au second concile générai; ce qui ne s'est pas fait sans opposition. 11 était donc vrai de dire alors que le pape était le chef visible de^'EgMse , ét Rome le oeatre

508 PART. I, SECT. II, CïUP. Ilf, § Vit.

d'unité, comme parle saint ïrénée, évêquede Lyon , Crée de naissance , qui vivait au second siècle (1). Si l'Eglise , qui reconnaît le pape pour chef \ isible,aété la vraie Eglise sans contestation pendant les huit premiers siècles, elle le sera toujours, car, comme nous Pavons déjà prouvé, il ne peut jamais arriver dans l'Eglise de changement sur ce point. Par conséquent, se séparer de l'Eglise qui reconnaît le pape pour chef , c'est se séparer de la vraie Eglise de Jésus-Christ ; c'est être schismatique. Donc les orientaux qui s'en sont séparés sont schismatiques.

Je dis les orientaux qui s'en sont séparés; car ii y en a toujours eu plusieurs, Grecs, Arméniens, Maronites, et il y en a encore en grand nombre, qui sont demeurés attachés à la communion de l'Eglise romaine; les autres sont divisés entre eux , et ont fait plusieurs sectes qui n'ont aucune liaison les unes avec les autres.

La désolation générale , spirituelle et temporelle , où ils sont tous tombés depuis leur schisme, peut être regardée comme une preuve de l'abandon de Dieu.

Il y a certains protestants et quelques nou-

(1) S. Irénée, liv. 3, contre les hérés., ch. 3 : Ad hanc Ecclesiam , propter potentiorem princlpaîitatem , necesse est omnem convenire Ecclesiam , et eos qui sunt uridique fidèles.

de l'église. 609

veaux réunis, qui sont quelquefois frappés de cette pensée, qu'il pourrait bien se faire que l'Eglise grecque , à cause de la succession , fût la vraie Eglise , par les mêmes titres que l'Eglise romaine. Mais il y a deux choses décisives à leur faire remarquer : t.° que leurs pères, en se séparant de l'Eglise romaine , ne se sont pas unis à l'Eglise grecque, et qu'ils étaient autant opposés à l'une qu'à l'autre ; 2.0 que l'Eglise grecque a retenu , même après sa séparation d'avec l'Eglise latine , tous les dogmes essentiels dont les protestants ont pris prétexte de se séparer de l'Eglise romaine, il y a même des points, tels que sont l'invocation des saints et la vénération des images, sur quoi les protestants sont plus blessés contre les Grecs que contre les Latins. De plus , quand on vient à la discussion des articles que les Grecs ont pris pour prétexte de leur schisme , la procession du Saint-Esprit par exemple , les azymes , le célibat des prêtres , Valleluia chanté ou supprimé en certains temps, les plus habiles ministres sont forcés de reconnaître que l'Eglise latine , plus attachée en cela à la croyance et à la discipline ancienne, et plus condescendante en ce qui n'est point essentiel à la religion , est très-préférable sur ces articles aux sociétés orientales qui l'ont quittée. D. Mais s'il était vrai que l'Eglise catholique

Page 1