SIXIÈME SIÈCLE
Les agnoètes, lestrithèites , les ac cm êtes et tes défenseurs des trois chapitres, furent les principaux qui troublèrent l'Église en ce siècle.
Lesagnoètes eurent pour chef Thémistius , diacre d'Alexandrie, infecté de l'hérésie des eutychiens. Leur erreur consistait en ce qu'ils attribuaient à Jésus-Christ l'ignorance de plusieurs choses. Ils ont été réfutés par Euloge, patriarche d'Alexandrie, dont les écrits sur cette matière ont été approuvés par le pape saint Crégoire-le-Grand (2).
Les trithèites eurent pour auteur Jean le grammairien , nommé Philopone, infecté aussi
(1) Ceux qui veulent approfondir ces questions, peuvent lire le card. Baronius , Sponde , le P. Sirmond , le P. Alex*
(2) S. Grégoire, lett. 12 du liv. 8.
de l'église. 553
d'eutychianisme. 11 enseigna qu'il y avait trois natures divines , comme il y a trois personnes. Il niait, outre cela, la résurrection des corps. Les eutychiens réfutèrent eux-mêmes très-vivement cette hérésie,' qui fut bientôt éteinte.
Les acémètes , ainsi appelés d'un mot grec qui signifie gens gui ne dorment point (1), étaient des moines qui , divisés en trois bandes, se succédaient continuellement jour et nuit, pour chanter les louanges de Dieu. Leur erreur consista en ce qu'ils nièrent qu'il fût vrai de dire qu'une personne de la très-sainte Trinité se fût incarnée , qu'elle fût née d'une vierge , qu'elle eût souffert. Us furent condamnés comme nestoriens par le pape Jean U ; et ayant persisté avec opiniâtreté dans leur erreur, ils furent retranchés de l'Eglise.
les trois chapitres *ont eu trois espèces de défenseurs. H y en a eu d'hérétiques , il y en a eu de schisraatiques seulement, il yen a eu de catholiques. C'est ce qu'il faut bien distinguer. Mais , avant toutes choses, il faut expliquer ce que c'est que les trois chapitres.
On nomma ainsi trois fameux écrits qui furent déférés au jugement de l'Eglise , comme remplis des blasphèmes de Nestori us, savoir : l.o les écrits de Théodore, évêque de Mopsueste,
(1) otxufJLtre^insomnis.
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qui avait été Jo maître de Nestorius; 2.° la lettre d'Jbas , évéque d'Edesse, à un Persan nommé Maris ;3.<> les écrits de Théodoret , évôquo de Cyr, faits pour réfuter les douze anathématismes de saint Cyrille d'jUexaudrie contre isestorius.
le second concile de Constatttinople , qui est le cinquième général , condamna 1 solennellement ces trois écrits, et il joignit à leur condamnation celle de la personne de l'impie Théodore de Mopsueste, lequel, quoique mort, fut anathémalisé comme blasphémateur et nes«torien. Pour ce qui est d'ibaa et de Théodoret, ce concile se contenta de condamner leurs deux écrits, sans toucher à leur personne.^
La raison de cette différence fut que Théodore de Mopsueste était mort dans son impiété, sans avoir rétracté ses écrits, au lieu que Théo* doret et Ibas avaient toujours vécu et étaient morts dans la communion de l'Eglise, véritablement ils furent suspects d'avoir favorisé Ne* torius , ayant écrit pour sa défense ; mais il* condamnèrent solennellement cet hérésiarque dans Je concile de Chalcédoine , et , par Panathème qu'ils prononcèrent distinctement contre lui, ils furent regardés comme ayant rétracté pu expliqué ce qu'ils avaient écrit de favorable à cet hérétique ; et en conséquence le concile ne fit aucune difficulté de tes recevoir çonyne
de l'ëgmsb* 555 |
orthodoxes, et de leur donner séance dans l'assemblée*
La condamnation des trpis chapitres fut fort contredite, non-seulement par les hérétiques, mais aussi par un grand nombre d'Eglises, dont plusieurs ûrent un schisme à celte occasion. C'est ce qui fait que j'ai dit que , parmi les défenseurs des trois chapitres , il y en a eu d'hérétiques, il y en a eu de schismatiques, il y en a eu de catholiques. Je vais démêler tout cela»
Les défenseurs hérétiques des trois çhapitres furent ceux qui, demeurant d'accord que. ces trois écrits étaient infectés des opinions de Nestorius, ne laissaient pas de les défendre comme orthodoxes ; et comme ils n'osaient prendre ouvertement le p^rti de Nestorius, qui avait été si solennellement condamné par toute l'Eglise , pour pouvoir , avec quelque couleur x soutenir les sentiments de cet héré? siarque , ils prétendaient que ces sentiments avaient été approuvés par le concile de Chaicédoine ;car, disaient-ils, la lettre d'ibas, dans laquelle la doctrine de Nestorius est enseignée, et où se trouve l'éloge de Théodore de Mopsueste , a été lue dans ce concile , et n'a point été relevée comme hérétique ; au contraire, ibas a été reçu comme orthodoxe : donc le concile, par son silence, a approuvé tout ce que cette lettre contenait» Ce concile, contl*
556 PART. I, SECT. II, CHAP. 111, S x*
nuaient-lls, a reçu aussi Théodoret , sans exiger de lui aucune rétractation par rapport à ses écrits contre saint Cyrille ; il a donc approuvé ces écrits. Ces hérétiques abusaient ainsi de Pautorité du concile de Chalcédoine , pour soutenir le nestorianisme, qui avait été si solennellement proscrit.
Les défenseurs schismatiques des trois chapitres furent les évéques d'istrie et de quelques provinces voisines, et ceux d'Hibernie ou Irlande. Ces évéques condamnaient Nestorius et *es blasphèmes , et ils étaient pareillement orthodoxes sur tout le reste ; mais s'étant imaginés, par un préjugé dont H ne fut pas possible de les faire revenir , que le second concile de constantinople était opposé , dans la condamnation des trois chapitres , au concile de Chalcédoine , non-seulement ils prétendaient qu'il fallait donner un sens catholique aux expressions dures qui se trouvent dans ces trois écrits; mais ils rejetaient aussi le concile de [Constantinople comme schismatique , et se 'séparèrent de la communion des papes et des orientaux qui avaient reçu et approuvé ce 6.* concile. Les papes Pélage H (t) et saint Gré-
(1) Voy. les lett. de Pélage II aux évéques d'istrie , et de S. Grég. aux évèquej d'flibernie , tome 5 des conc. du P, Labbe,
goire-Ie- Grand, travaillèrent beaucoup à l'extinction de ce schisme; et saint Grégoire eut le bonheur de faire revenir à la communion de l'Eglise , la plupart des schismatiques.
Les défenseurs catholiques des trois chapitres sont ceux qui donnaient un sens catholique à toutes les expressions nestoriennes qui sont dans ces trois écrits. Quelques-uns persévérèrent dans ce sentiment, après la tenue du 5.« concile , qui n'avait pas été général et œcuménique, n'ayant été célébré que par une partie des Eglises d'orient ; mais ils ne se séparèrent point de la communion du saint-siègeni des autres Eglises : cette dispute fut terminée par l'acceptation de la censure des trois chapitres. Toutes les Eglises , tant de l'occident que de l'orient , ont enfln concouru à recevoir le cinquième concile comme œcuménique , efcà condamner les trois chapitres. Cela paraît cli irement ; car toutes ces Eglises ont reçu comme œcuménique le sixième concile tenu à constantinople , contre les monotélites , sans aucune contradiction ni exception. Or , ce sixième concile confirma tout ce qui avait été fait dans les cinq conciles précédents; et il ne se contenta pas d'une confirmation générale de la condamnation des hérésies et des écrits qui y avaient été condamnés , mais il entra dans le détail de chacune de ces hérésies, de chacun