CINQUIÈME SIÈCLE
Les principales hérésies de ce siècle sont celles de vigilance, des pélagiens, des semipélagîens,des nestoriens, des eutychiens.
Vigilance , prêtre de Barcelone , combattit la vénération des reliques, l'intercession et l'invocation des saints. Il décriait les miracles qui se faisaient aux tombeaux des màrtyrs, et traitait de culte superstitieux, d'y fajre brûler
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des cierges. Il soutenait qu'il n'était pas permis de choisir l'état de virginité ou du célibat, et que cet état n'était pas préférable au mariage. Ces erreurs, déjà condamnées en la personne de Jovinien , et renouvelées de nos Jours par les protestants, ont été fortement réfutées par saint Jérôme , avoué en cela par toute l'Eglise dans tous les temps.
Pelage etCelestius ont été les chefs de l'hérésie despélagiensy de laquelle Origène, Théodore , évéque de Mopsueste ,et Ru fin , prêtre d'Aquilée , passent pour avoir été les précurseurs. Pélage était un moine anglais; célestius était aussi moine de profession. Les principaux points de leur hérésie étaient qu'Adam avait été créé pour mourir, soitqu'il péchât ,soitqu'ilne péchât pas ; que son péché n'avait nui qu'à lui seul ; que les enfants ne naissaient coupables d'aucun péché originel; que, par conséquent , le Baptême n'était pas nécessaire pour le salut; que la concupiscence n'avait rien de mauvais; que l'ignorance et l'oubli ne pouvaient jamais être un péché; que la mort et les autres misères de cette vie ne sont pas une peine du péché; que les enfants qui meurent sans Baptême , jouissent, hors du ciel, de la vie éternelle, quoiqu'ils ne puissent en jouir dans le ciel sans avoir reçu le Baptême , que la liberté de l'homme était aussi saine et aussi entière
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présentement , qu'elle l'était avant le péché d'Adam; qu'il dépendait de l'homme , s'il voulait, d'être sans passions et sans aucun mouvement désordonné; que les vertus n'étaient pas des dons de Dieu , mais des effets purement naturels de notre liberté, s'ils admettaient le nom de grâce et sa nécessité, ils entendaient par ce mot les dons de Dieu purement naturels , ou les grâces extérieures , comme sont les bons exemples, les miracles , les instructions , ou les grâces qui éclairent intérieurement l'esprit, sans qu'elles agissent sur la volonté. Tout au plus , selon ces hérétiques , la grâce intérieure était utile , mais non pas nécessaire ; elle pouvait être méritée par .e bon usage que l'homme peut faire de sa liberté , disaient-ils , indépendamment des grâces extérieures qui touchent le cœur.
* Saint Jérôme a écrit plusieurs traités contre les pélagrens. saint Germain , évêqued'Auxerre, et saint Loup, de Troyes , ont souffert de grands travaux pour détruire cette hérésie en Angleterre, du vivant même de Pélage ; mais il n'y a personne qui ait plus travaillé contre cette secte que le grand saint Augustin. L'Eglise a reconnu qu'il avait été principalement suscité de Dieu pour confondre cette orgueilleuse hérésie: et la doctrine de ce saint évéque sur les dogmes de la grâce , opposée aux erreurs
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<Jes pélagiens , a été adoptée par les souverains pontifes , comme la doctrine de l'Eglise romaine.
Plusieurs conciles et plusieurs papes ont condamné les pélagiens. Le premier concile qui les condamna, fut celui de Carthage , de Pan4i2; le concile de Diospolis en Palestine , Pan 415 ; un autre concile tenu à Carthage, Pan 416; le concile de Milève,la même année ; innocent I.er? Pan 417. Etaprès cette condamnation, saint Augustin regarda PafTaire comme terminée. Ce pape mourut quelque temps après , et eut pour successeur Zozirac , qui , trompé par les artifices de Célestiuset dePélage , écrivit en leur faveur aux évèques de l'Eglise d'Afrique. Ceux-ci tinrent un concile , l'an 417, où ils condamnèrent de nouveau les pélagiens , et donnèrent avis au papeZozime de l'artifice des hérétiques. Ils en tinrent un autre en 418 ,où les pélagiens furent pareillement condamnés. Zozirae , après un examen très-exact , condamna Célestius et Pélage avec leurs sectateurs, et envoya des lettres circulaires à toute l'Eglise , pour faire part de son jugement, qui fut reçu avec respect et avec acclamation. Il se tint plusieurs autres conciles en divers pays contre les péla« giens. Le Pape Célestin l.er confirma les décisions de ses prédécesseurs , et le concile général d'Ephèse , tenu Pan 431, achçvade confirmer
toutes ces condamnations par deux canons solennels , frappant d'anathème ceux qui enseigneraient les erreurs de Célestius.
Les semipélagiens s'élevèrent sur les ruines des pélagiens. Us admettaient, avec les catholiques , le péché originel , et la nécessité d'une grâce intérieure pour parvenir au salut; mais ils croyaient que l'homme pouvait, par ses propres forces , mériter la foi et la première grâce nécessaire pour le salut. Ainsi, selon leur opinion , le commencement du salut vient de la volonté de l'homme , au lieu que la doctrine de l'Eglise est qu'il vient de la grâce de Dieu. Ils avaient d'autres erreurs qui étaient une suite de celle-là , et dont on peut voir la réfutation dans les livres de la prédestination des saints , et du don de la persévérance , composés par saint Augustin.
Saint Augustin mourut en réfutant ces hérétiques; et après lui saint Prosper, saint Fulgence, saint Gésaire d'Arles, soutinrent contre eux la doctrine de l'Eglise, qui fut très-fortement établie par le pape Céiestin I er, successeur de zozîrae , dans une lettre écrite aux évêques de France, l'an 423. L'an 494, le pape Gélase condamna les livresdecassien et de Fauste semi-pélagiens, et autorisa ceux de saint Augustin : Hormisdas, son successeur , fit la même chose. Le second concile d'Orange, de l'an 529, et le con-
548 part, i, 9CCT. n, cHàP. m, S *• cile de valence en Dauphiné, tenu quelque temps après , condamnèrent aussi les erreurs des scmipélagiens , et se servirent, pour les condamner, des propres paroles de saint Augustin, dont ils formèrent leurs canons. Ces conciles furent confirmés par le pape Bonifacell, dont toute l'Eglise a suivi la décision.
Xeslortus , patriarche de Constantinople , a été le chef et l'auteur de l'hérésie des nestoriens , qui a tant fait de ravages dans l'Eglise , et qui subsiste encore dans plusieurs endroits de l'orient. Son hérésie consistait principalement en deux chefs :
1.0 il prétendait qu'il y avait deux personnes en Jésus-Christ , et que le Fils de Dieu n'était pas uni, comme parle l'Eglise, hypostatiquement, mais seulement accidentellement au Fils de l'homme; en sorte que Jésus-Christ n'était Fils de Dieu que par adoption.
2.0 il prétendait, par une suite nécessaire de ce premier blasphème , que la sainte vierge n'était pas mère de Dieu, puisque le fils qu'elle avait mis au monde n'était pas Dieu en sa propre personne , comme il osait le soutenir par un horrible blasphème. Il a été combattu trèsfortement par saint Proclus, évêque de Cyzique ; par saintCyrille, patriarche d'Alexandrie : et condamné par le pape Célestin I.«r, dont le jugement fut reçu avec acclamation, et ratifié
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par le concile général d'Ephèse, convoqué exprés pour exterminer cette hérésie, Tan 431. C'est le troisième concile général.
Eutychès, prêtre et abbé d'an monastère célèbre de Constantinople, fut l'auteur de l'hérésie des eutycfUens , qui subsiste encore en orient, et qui était diamétralement opposée à celle des nestoriens. Car au lieu que Nestorius prétendait qu'il y a deux personnes en Jésus- Christ , comme il y a deux natures ; Eutychès prétendait, au contraire, qu'il n'y avait qu'une nature en Jésus-Christ, parce que l'Eglise avait décidé, contre Nestorius , qu'il n'y a qu'une personne, il renouvelait en quelque chose l'hérésie d'Apollinaire , dont nous avons parlé ci-dessus. Je dis en quelque chose , et non pas en tout : car Apollinaire prétendait que la nature humaine avait été absorbée parla nature même du Fils de Dieu , et que le corps de Jésus-Christ n'avait pas été formé du corps de la sainte Vierge , au lieu qu'Eutychès reconnaissait que le corps de Jésus-Christ avaitété véritablement formé du corps de la sainte vierge ; mais il prétendait que la nature humaine et la nature divine étant unies en la personne de Jésus-Christ, sans aucune division, il ne résultait de cette union qu'une seule nature ; au lieu que l'Eglise a toujours cru que l'union des deux natures en
la personne du Fils de Dieu, n'empêche pas
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que chacune de ces natures ne subsiste sans confusion. Nous Pavons expliqué en parlant de l'incarnation du Fils de Dieu (D. cette hérésie se répandit parle crédit de l'impie Dioscore, patriarche d'Alexandrie, qui s'en déclara le protecteur.
Saint Flavien , patriarche de Constantinople, s'opposa fortement aux commencements de cette secte. 11 tint , pour l'étouffer, un concile à Constantinople, l'an 449 , où Eutychès fut condamné. Dioscore, appuyé par l'empereur Théodose-le-Jeune, dont les hérétiques avaient surpris la religion, tint un faux concile à Ephèse, où il ne voulut admettre ni les légats du pape saint Léon, ni saint Flavien. Là, Eutychès fut absous, et les légats du Pape et saint Flavien furent traités de la manière du monde la plus indigne. Saint Flavien mourut des blessures qu'il reçut ; en sorte qu'il eut le bonheur d'être couronné du martyre par la fureur des hérétiques. Ces attentats ont fait que l'antiquité a donné à ce faux concile le nom de brigandage d'Ephèse, latrocintum ephesinam. Saint Léon défendit avec beaucoup de lumière et de vigueur la foi de l'Eglise. Et l'empereur Marcfen , qui succéda à Théodose-Ie-Jeune , donna des preuves de sa piété dans le concile de Chalcé-
(t) 1. part. sect.2,chap. ! , § 2.
dolne. Ce concile , qui fut le quatrième génè-ra! , se tint Pan 45U Eutychès et son hérésie furent condamnés : l'impie Dioscore fut déposé ; tout ce que saint Léon avait écrit contre cette hérésie , fut reçu avec de grands applaudisse^ments; on y reconnut la doctrine perpétuelle de l'Eglise , et l'on ratifia ce qu'il avait déjà décidé , après la décision particulière de saint Flavien.
Les ennemis du concile de Chalcédoine formèrent diverses sectes : la plus célèbre fut çel]$ des acéphales, ainsi nommés parce qu'ils n'eurent d'abord aucun çhef., et qu'ils se séparèrent également du parti de l'EgJise catholique et de celui de Pierre Mongus, faux patri&nuhe d'Alexandrie , qui favorisait les euty-? çhieii$,
les açéphales furent gussi nommés sèvériens , parce que Sévère , après s'être emparé du Siôge patriarcal de l'Eglise d'Antioche, se mit à Ja tète de ces hérétiques.
il y a quelque difficulté au sujet de secte des pfédestinatiens.L'opinjûiî 1$ mieux fondée, ^re qu'elle se forma, en ce siècle, d'un petit nombre de personnes qui, tirant de fausses conséquences des principes de ^aintAugqstin 6ur I* prédestination et sur la grâce , enseignait que Dieu ne voulait pas le salut de tous les hommes ; qu'il prédestinait les réprou*
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vés an mal et à la damnation éternelle , sans aucun mérite précédent ; que la prédestination et la grâce imposaient à l'homme une nécessité d'agir, incompatible avec la liberté; que Fanste, évêque de Riez, s'étant aperçu qu'un prêtre nommé Lucide était dans ces erreurs! lui avait écrit pour l'en détourner , et que deux conciles tenus, l'an 475, l'un à Arles , l'autre à Lyon , avaient condamné les erreurs des prédestinations (i).