SEIZIÈME SIÈCLE
Le seizième siècle a été fertile en hérétiques,
Luther 9 Carloslade, Zuingle , CEcolampadc 9 Mélanchton , Bucer , Osiandre , B rendus 9 les anabaptistes, Calvin, les antilrinitaires , les sociniens, et plusieurs autres , dont les disciples
(I) Voy. iEneas Sylvius , ch. 26 de PHisloire 4e Bohême, et le P. Alex, dissert. 7 sur l'Hiiloireecclés. des 15. et JQ. siècle».
de l'église. 583
divisés présentement en plus de quarante sectes différentes, toutes opposées, se réu - issent néanmoins, à l'exemple des anciens hérétiques, contre l'Eglise. Tous ces hérétiques assez connus 7 et dont il serait à souhaiter que les noms et les écrits fussent ensevelis dans un éternel oubli , ont été condamnés par le Saint- Siège y et par le concile général tenu à Trente , depuis l'an 1545 jusqu'à l'an 1563.
Nous ne parlons pas des erreurs enseignées ou renouvelées dans le dix-septième siècle : la mémoire en est trop récente.
Z>. Dites-nous au moins quelque chose sur les cinq fameuses propositions de Jansénius , dont on parle depuis si long-temps , et sur quoi on répand tous les jours un si grabd nombre d'écrits.
R. Jansénius, docteur et professeur de l'Ecriture sainte en la faculté de théologie de louvain , et ensuite évêque d'Ypres , composa plusieurs ouvrages qu'il soumit au Saint-Siégc par son testament. Après sa mort parut l'ouvrage qu'il avait composé sur la grAce , intitulé : Augustinus. Ce livre n'eut pas plus tôt été rendu public, qu'il s'éleva de grands troubles à l'occasion de cet ouvrage , dans letfùél la plupart des théologiens scolastiqùës sont fi>rt maltraités. Quatre-vingt-cinq évéques de France écrivirent sur cela au pape innocent x, et lui de-
581 PART. I, 8ECT. II, CHAP. III, g
mandèrent son jugement sur cinq dogmes ou propositions de ce livre, qui étaient la matière des plus vives contestations, voici ces propositions :
l«o Quelques commandements de Dieu sont impossibles aux hommes justes , lors même qu'ils veulent et s'efforcent de les accomplir selon les forces qu'ils ont présentes ; et la grâce qui les leur rendrait possibles leur manque.
2.o Dans Vétat de la nature corrompue, on ne résiste jamais à la grâce intérieure.
3.o Pour mériter et démériter dans l'état de la nature corrompue, la liberté qui exclut la nécessité n'est pas requise en l'homme ; mais la liberté qui exclut la contrainte suffit.
4.o Les seml-pélagiens admettaient la nécessité de la grâce intérieure prévenante pour toutes les actions en particulier^ même pour le commencement de la foi ; et Us étaient hérétiques, en ce qu'ils voulaient que cette grâce fût telle que la volonté humaine pût lui résister ou lui obéir.
5.o C'est donner dans l'erreur des semi-pclagiens, que de dire que Jésus-Christ est mort, ou qu'il a répandu son sang généralement pour tous les hommes.
Le pape ayant examiné cette affaire, après avoir fait tenir sur cela un grand nombre de congrégations, rendit enfin une constitution,
db l'église. 685
le dernier do mois de mai , Pan lé53 , par laquelle il qualifie ainsi chacune de ces propositions.
Nous déclarons la première, Quelques corn* mandements, etc. , téméraire , impie, blasphé* matoire , condamnée d'anathème et hérétique, et, comme telle, nous la condamnons.
Nous déclarons la seconde, Dans l'état , etc., hérétique, et, comme telle, nous la condamnons*
Nous déclarons la trotsième,Vour mériter yetc.9 hérétique, et, comme telle, nous la condamnons.
Nous déclarons la quatrième , Les seml-pélagiens, etc., fausse et hérétique, et, comme telle, nous la condamnons.
Nous déclarons la cinquième, C'est donner, etc., fausse, téméraire, scandaleuse; et en ce sens, que Jésus- christ soit mort pour le salut seulement des prédestinés, nous la déclarons impie, blasphématoire , outrageante à la bonté de Dieu, et hérétique, et, comme telle , nous la condamnons*
Ce pape ajoute qu'il ne prétend pas approuver les autres opinions du livre de Jansénius.
Alexandre VII, successeur d'innocent x, donna une nouvelle constitution le 16 octobre 1656, par laquelle , en confirmant celle de son prédécesseur, il déclara que les cinq propositions
Kk 5
686 PART, î, 8ECT. Tî, CffÀP. M, § X.
étaient tirées du livre de Jansénius, intitulé: Augusttnus, et qu'elles avaientété condamnées dans Je sens de Fauteur ; et il défendit la lecture de ce livre. Par une autre constitution , du 15 février 1664, il ordonna la signature d'un formulaire qu'il dressa sur cette matière.
Comme par ce formulaire on était obligé de déclarer que l'on condamnait les cfnq propositions dans le sens du livre de Jansénius, ses disciples firent difficulté d'y souscrire purement et simplement. Ils prétendirent n'être obligés de le signer qu'avec la distinction du droit et du fait, c'est-à-dire, qu'ils voulaient bien condamner les cinq propositions en ellesmêmes , mais ils ne voulaient pas reconnaître que ces propositions fussent hérétiques dans le sens qu'elles avaient dans le livre de Jansénius; et ils continuaient de soutenir que la doctrine du livre de Jansénius était orthodoxe* Dans la suite , étant pressés de signer ce formulaire, ils enseignèrent qu'on n'était pas obligé de se soumettre intérieurement à la condamnation du livre de Jansénius ; qu'il suffisait de garder un silence respectueux sur cette condamnation : ils soutinrent même qu'on pouvait signer le formulaire , sans être persuadé que la doctrine du livre de Jansénius fût hérétique.
Pour flnir les derniers troubles excités en
Digjiiz
W VÈGim. 587
Fraiicc, dénient XI à publié utte constitution nouvelle, le 16 juillet 1705, dans laquelle il rappelle tout ce qui d été décidé sur cette matière par ses prédécesseurs , dont il insère les constitutions dans la sienne : il lès confirme et renouvelle , et déélàre de plus , que par le silence respectueux ùn ne satisfait point à l'obéissance gui est due aux constitutions apostoliques susdites ; mais que le sens de Jansénius , condamné dans les cinq propositions , et que les termes dont elles sont composées portent d'eux-mêmes , doit être , non-seuletnent de bouche , mais aussi de cœur, rejeté et condamné comme hérétique, pnr tous les fidèles chrétiens: et qu'on ne peut licitement signer le formulaire dans un autre esprit , dans une autre disposition , ou dans un autre sentiment ; de manière que ceux qui pen* seront, tiendront , prêcheront , enseigneront ou assureront, soit de vive voix, soit par écrit, le conlratre sur toutes ces choses, ou sur quelques* unes d'entre elles , seront soumis , comme trans* gresseurs des susdites constitutions épostolt* ques, à toutes et chacune des peines qui y sont portées.
Le clergé de France à accepté solennellement
toutes ces constitutions du saint-siége , et il
n»y a point aujourd'hui d'êvêque en France , ni
dans aucun autre royaume catholique , qui ne
soit soumis à ces décisions. Tous les fldèles
S88 PART. I, 8ECT. Il, CHAP. m, S *•
sont par conséquent obligés à s'y soumettre de cœur et de bouche, en condamnant sincèrement les cinq propositions dans le sens du livre de Jansénlus.
Après cette dernière constitution , il s est élevé, dans l'Eglise de France, des contestations au sujet de la doctrine du livre des réflexions morales sur le nouveau Testament. Ce livre avait été composé par le Père Quesnel, nul, ayant refusé de se soumettre aux constitutions apostoliques , était sorti du royaume, il fut poursuivi , pour sa désobéissance auxdites constitutions , par l'archevêque de Malines. Avant été constitué prisonnier, 11 força les prisons de l'offlclallté, et se retira en Hollande narrai les protestants. Cependant il fut dénoncé, excommunié par sentence de l'archevêque de Malines, de l'an 1704 ; et il est mort frappé de cet anathème , sans même en avoir appelé a aucun tribunal ecclésiastique. Pour terminer les disputes nées à l'occasion de son livre, Clément xi publia, le huit septembre 1713, la constitution VnlgenUus. Par cette bulle , Il condamna cent et une propositions extraites de ce livre. Elle fut aussitôt acceptée par une assemblée de quarante évêquesde France. Cette acceptation a été confirmée par sept autres assemblées du clergé de l'Eglise gaUteane. Le, papes innocent XIH, Benoît Xlll. Clément Xll
de l'église. 589
et Benoit XIV, ont confirmé la condamnation portée par Clément XII, qui a été reçue depuis avec acclamation par les conciles de Rome , d'Avignon et d'Embrun. Tous les évéques catholiques des Eglises étrangères s'y sont soumis. Quelques évéques de France s'étaient d'abord opposés à l'acceptation de cette bulle, et en avaient interjeté appel au futur concile. Mais presque tous ont révoqué leur appel ou sont morts, et ont été remplacés par des évéques qui ont accepté le décret du pape. Ainsi cette constitution acceptée par l'Eglise , est un jugement dogmatique irréformable, et tous les fidèles sont obligés de s'y soumettre de cœur et de bouche en condamnant le livre des réflexions morales et les cent et une propositions, de la même manière que le pape lésa condamnées.
Comme il est important que les fidèles connaissent quelles sont les erreurs proscrites par cette constitution , afin de les rejeter, et de croire les vérités opposées, on va les rapporter en abrégé ; et en même temps on indiquera les propositions dans lesquelles elles sont enseignées, et on verra qu'il n'y en a aucune qui ne renferme une ou plusieurs erreurs.
Selon la doctrine de cet auteur, tonte volonté de Dieu, pour le salut des hommes, a
590 PART. I , SBCT. II, CHAP. llï , S X-
toujours son effet (I), encore que Dieu ne veuille sauver aucun autre que les élus. En conséquence de cette volonté de Dieu , Jésus- Christ n'est mort pour le salut d'aucun autre que les élus (2). Ainsi il n'est pas mort pour tous les fidèles, et aucun des fidèles ne peut être assuré, par la foi, que Jésus-Christ ait offert son sang pour lui mériter le ciel (3\
Cet auteur enseigne que dans l'état présent de la nature humaine, la volonté ne peut, sans la grâce, faire aucune bonne action, même naturelle; et que toutes actions faites sans le secours de la grâce, sont des péchés (4).
On trouve dans plusieurs de ces propositions, que les commandements de Dieu sont inutiles et impossibles à celui qui n'a pas la grâce efficace (5), et par conséquent ils sont inutiles et impossibles à tous ceux qui pèchent. 11 va même jusqu'à dire que sans cette grâce efficace, les exhortations et toutes les grâces extérieures ne servent qu'à endurcir le cœur (6).
La différence des deux alliances, selon cet auteur, consiste en ce que , dans l'ancienne alliance, Dieu ne donnait pas aux Israélites la grâce nécessaire pour pouvoir accomplir sa loi. Au contraire, dans la nouvelle alliance, il
(1) Propositions 12, 13 , 30. — (2) Prop. 51 , 3*. — (3) Prop. 53. — (4) Prop. 2, $B , 39 , 40 1 41 , 4Î. (5) Prop. 2, 3 , 4 , 9. - (6) Prop. 5.
ve l'église* 691
donne toujours la grâce efficace qui opère l'obéissance à ses commandements (1).
L'auteur inculque, en plusieurs propositions, que la grâce de Jésus-Christ est toujours efficace ; qu'elle produit toujours l'effet pour lequel Dieu la donne (2) : et môme que l'homme ne peut jamais y résister (3), parce que cette grâce n'est aulre chose que la volonté toutepuissante de Dieu (4). selon lui, l'efficace de cette grâce est telle, qu'elle produit son effet dans la volonté , de la même manière que la création, guérison miraculeuse des corps, l'incarnation et la résurrection de Jésus-Christ (5); c'est-à-dire, qu'elle opère en nous le bien sans la coopération du libre arbitre
De ce principe suit nécessairement ce qu'enseigne l'auteur, que l'homme ne mérite point l'accroissement de la grâce ni la gloire , et que c'est toujours par une pure libéralité que Dieu nous les accorde (6).
Suivant la doctrine de cet auteur, la grâce que Dieu avait donnée à Adam, dans l'état d'innocence, était purement naturelle, elle lui était due, et ne produisait que des mérite* naturels (7).
(1) Prop. 6 , 7 , 8. — (2) Prop. 9, 11 , 13, fl, 15, 16, 17,18, 20 — (3) Prop. 10,21, 22,23,24,25.
— (4) Prop. 11,19. — (6) Prop. 21, 22, 23,24,2**
— (6) Prop. 22, G9. — {J) Prop. 34, 35.
592 PART. !, SFXT. H, CHAP. II!, $ x*
Le même Quesnel met cette différence entre îa grâce d'Adam et la grâce chrétienne , que la première avait été donnée à Adam même, au lieu que les chrétiens ne reçoivent point la grâce en leurs propres personnes : elle ne leur est donnée et ne les sanctifie qu'en la personne de Jésus-Christ (I); en sorte qu'ils n'ont pas en eux-mêmes la grâce sanctifiante , mais seulement en Jésus-Christ dont la sainteté leur est imputée. Cependant il enseigne que l'effet de la grâce du Baptême est de nous rendre impeccables (2).
Si Ton en croit cet auteur, l'homme, dans l'état de péché mortel , est privé de toute grâce (3); il n'a ni la fol, ni l'espérance (4); il est incapable de toute bonne action, soit naturelle, soit surnaturelle (5) : il n'a pas droit d'assister au sacrilice de la messe avant d'être réconcilié (6). Toute prière des impies est un nouveau péché (7). Quand le pécheur perd l'espérance, il ne conserve jamais la foi (8),
A l'égard des infidèles, Quesnel décide que Dieu ne leur donne jamais aucune grâce avant la foi , et que toutes leurs actions sont des péchés (9). Selon lui, non-seulement les infidè-
(I) Prop. 36 , 37. — (2) Prop. 43. — (3) Prop. 1, 28. —(4) Prop. 1,47, 48, 58, — (5) Prop. 1. — (6) Prop. 89. (7) Prop, 59. — (8) Prop. 57. — ;9; Prop. 26,27,42,
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les, mais même tons ceux qui ne sont pas membres de l'Eglise , sont privés de toute grâce (l).
Le Père Quesnel, sous prétexte d'exalter la charité, anéantit toutes les autres vertus; car, selon lui , toutes nos actions qui n'ont pas la charité pour principe, n'honorent point Dieu (2), et sont inutiles pour le salut (3) ; même la prière (4) et la foi (5), quand elles ne sont pas animées par la charité. Cet auteur va encore plus loin; car, selon lui , tous les actes de notre volonté naissent de la charité ou de la cupidité, et tous ceux qui ne viennent pas de la charité sont de véritables péchés (6).
Le Père Quesnel maltraite encore plus la crainte des peines éternelles que les autres vertus* Selon lui, ce n'est pas un mouvement du Saint-Esprit , mais un mouvement des bêtes (7) : elle ne nous représente Dieu que comme un maître injuste (8) : elle conduit Phomme an désespoir (9) : elle n'empêche que Faction extérieure du péché, et ne détruit point l'attachement du cœur pour le crime (10). Celui qui obéit à la loi, ou qui s'abstient du péché par le seul motif de la crainte > est cou-
(1) Prop. 29. — (2) Prop. 56. — (3) Prop. 52 , 53 , $5, 56. — (4) Prop. 50 , 54. — (5) Prop. 51 , 52. — (6) Prop. 44, 45, 46, 47, 48, 49. — (7) Prop. 66. — W Prop, W ftrop. 60. — (M) Prop. 61.
594 PA HT. î, SGCT. II, CHÀP. W , § X.
pable devant Dieu (l). Il est sous la malédiction de la loi comme les Juifs, c'est-à-dire, qu'il n'est pas véritablement chrétien (2). Enfin , les prophètes et les ministres de l'ancienne loi n'ont inspiré que la crainte seule, et ils n'ont pas donné de véritables enfants à Dieu (3).
Cet auteur, qui pèche ordinairement par un rigorisme outré, est cependant tombé dans un relâchement excessif : il enseigne que l'homme peut, sans Jrecourir à l'autorité des supérieurs , se dispenser lui-môme de toute loi que Dieu a faite pour son utilité (4), et que le chrétien n'est obligé qu'à la foi et à la prière , qui renferment toute la voie du salut (5).
L'Eglise avait toujours cru que Dieu envole quelquefois aux justes des souffrances qu'ils n'ont pas méritées, soit pour les éprouver, soit pour leur fournir une matière de mérite. Mais Qucsnel décide que jamais Dieu n'afflige les innocents (6).
Cet auteur est tombé en plusieurs excès sur la lecture de l'Ecriture, il enseigne quelle est utile (7) à tout chrétien sans distinction'; qu'elle est même d'obligation (S) pour tous les fidèles; qu'elle leur est nécessaire (9) ; que sans cette
(1) Prop. 62, 63, 64, 65.— (2) Prop. 63, C4. — (3) Prop. 65. — (4) Prop. 71. — (5) Prop. 68. — (6) Prop. 70. — (7; Prop. 79 , 80, Si , 82 , 83, 84 , 85. -(8) Prop. 81 , 82, 83. — (9) Prop. 79, S3, 84,
DE L'ÉGLISB. 595
lecture on ne peut sanctifier le dimanche (i); et que l'Eglise ne peut défendre la lecture des livres sacrés en langue vulgaire , à aucun fidèle, pas même aux femmes, qui doivent acquérir par cette voie la connaissance de nos mystères (2).
Le même auteur condamne l'usage où est PEglisc de ne pas célébrer le service divin en langue vulgaire, et d'en réciter une partie à voix basse (3).
Scion la doctrine de Quesnel, c'est une conduite sage et charitable de différer l'absolution à tout pécheur, jusqu'à ce qu'il ait au moins commencé de satisfaire à Dieu (4); et il n'est permis à aucun pénitent de désirer plus tôt sa réconciliation (5). Ainsi tout confesseur qui absout un pénitent sans lui avoir différé l'absolution , agit contre les règles de la sagesse et de la charité.
Cet auteur a renouvelé le dogme des protestants, que l'Eglise de Jésus-Christ n'est composée que des justes , et que les pécheurs ne sont point ses membres (6) : et il va jusqu'à soutenir que les pécheurs n'appartiennent pas plus à l'Eglise que les infidèles (7). il favorise aussi
(i) Prop. 82. — (2) Prop. 82, 83, 84, 85. — (3) Prop. 8G.— (4) Prop. 87, 88 — (5) Prop. 88.— (6) Prop. 72, 73 , 71, 75, 76 , 77 et 78. — (7) Prop. 78.
696 PART. !, SECT. II, CHAP. III, S x'
l'erreur des protestants sur l'infaillibilité de l'Eglise. Selon lui, elle est actuellement dans un tel état de vieillesse, que les vérités y sont inconnues (1) ; toutes les puissances temporelles et spirituelles sont contraires aux prédicateurs de la vérité (2) : les ministres de la religion persécutent la vérité et ses disciples (3). Us traitent souvent les âmes pieuses et les membres les plus sains, comme des membres pourris , ou comme des impies ; et lis sacrifient souvent au diable les serviteurs de Dieu (4). selon le même Quesnel, les premiers pasteurs entretiennent dans l'Eglise des divisions , pour les choses qui n'intéressent ni la foi ni les mœurs. Us dominent sur la foi des fidèles (5). Us condamnent tous les jours par obstination, par prévention , sans examen , les bons livres, les saintes instructions et les bons exemples (6). Enfin, selon cet auteur, ceux qui gouyernent l'Eglise donnent occasion aux parjures, en multipliant les serments , contre l'esprit de Jésus-Christ (7).
Le Père Quesnel, justement excommunié, s'est attaché à énerver la force de cette censure. En effet, Il enseigne que le pouvoir d'excommunier réside, non dans le corps des seuls
(1) Prop. 95. — (2) Prop. 96. — (3) Prop. 100. (4) Prop. 97, 98, 100. - (5) Prop. 84.— (6) Prop, 99. — (7; Prop. 101.
pasteurs , mais dans le corps de l'Eglise > fcn tant qu'il comprend les fidèles (1) ; en sorte que les pasteurs ne peuvent exercer ce pouvoir que du consentement de tous les fidèles. Il décide hardiment que lacrainte d'une excommunication injuste ne doit jamais nous faire changer de conduite, et que nous devons toujours remplir les mêmes devoirs auxquels nous étions tenus auparavant , sans aucune exception (2).
Enfin, le Père Quesneî,qui n'a jamais travaillé à se faire relever de son excommunication , prononce qu'il est toujours louable , et conforme à l'exemple de saint Paul, de souffrir en paix l'anathème, plutôt que de trahir la vérité (3); et par conséquent, qu'on n'est pas obligé de faire des efforts pour être rétabli dans la communion de l'Eglise, même soit qu'on le puisse : et il a imaginé que Jésus-Christ , par lui-même et sans le ministère des pasteurs , rétablit quelquefois dans la communion de l'Eglise , ceux qui en ont été retranchés par un zèle inconsidéré (4),
Ce n'est pas tel le lieu de réfuter ces erreurs , dont le venin se fait assez sentir ; Il suffit de les avoir fait connaître, aiûn que les fidèles sachent
(I) Prop. 90. - (2; Prop. 91. — (3) Prop. 92. — (4) Prop. 93.