PART. 1 , 8ECT. H , CHAP. III, S XK
ce qu'ils doivent condamner et croire sur ces matières. C'est une règle générale , qu'en rejetant les erreurs censurées par l'Eglise , on doit croire et professer les vérités contradictoires.
§ 11. Des combats de V Eglise contre les mauçais chrétiens qui vivent dans son sein.
D. L'Eglise n'a-t-elle â combattre que contre les démons , les païens, les Juifs, les hérétiques et les schismatiques ?
r. Nous avons déjà dit (1) qu'elle avait encore d'autres ennemis, qui sont les mauvais chrétiens (2).
D. Comment est-ce que les mauvais chrétiens attaquent l'Eglise?
r. t.o eo la déshonorant par la dépravation de leurs mœurs , et étant cause , par leur conduite , que le saint nom de Dieu est blasphémé parmi les inûdèles et les impies (3) ;
2.° En détournant les vrais fidèles de la voie de Dieu par leurs insultes, leurs railleries, leurs menaces, leurs mauvais exemples, leurs
(1) $ 8 de ce chap.
(2) Voy. S. Aug. llv. de la foi des choses» qu'on ne voit point, chap. 8, n. 11.
(3; Isate , LU , 5; Rom, II, 24; S. Aug. serm. 2, f le ps. 25. n. 11.
DR l'églisb. 599
scandales, leurs conseils pernicieux, leurs louanges, leurs caresses séduisantes , etc. (1)*
D. Comment la dépravation des mauvais chrétiens est-elle cause que le saint nom de Dieu est blasphémé parmi les infidèles et les impies ?
R. En ce que les gens sans foi et sans piété attribuent calomnieusement à l'Eglise la dépravation des particuliers , et qu'ils infèrent de là qu'il n'y a plus de vraie piété sur la terre ; que Dieu a abandonné son Eglise , ou que la religion est une fable ; ce qui est un blasphème horrible : blasphème qui retient une inûnité d'inû^ dèles et d'hérétiques dans leur fausse religion, et de chrétiens dans leurs désordres (2).
D. Comment l'Eglise combat-elle contre les mauvais chrétiens ?
(1) Voy. sur tout cela les endroits suivants de S. Aug. qui sont admirablement beaux; serm. sur le ps. 40, n. 4 ; sut* le ps. 119 , nomb. 7; serm. 137 ou 49, des paroles du Seigneur, nomb. 7; serm; 181 ou 33, de ceux que le Père Sirmon a fait imprimer; il faut le lire tout entier , surtout n. 1 , 2 , 4 , 5et 7; lelt. 78 ou 137 , au clergé et au peuple d'Hyppone, n. 5 , 6, 7,8 et 9; sur le ps. 143, d. 14, 16, 18 jusqu'à la fin; sur le ps. 69, n. 5 ; lett. 135 ou 130, à Anast. , n.2; lett. 222 ou 264, à Darius, nomb. G; serm. 345 ou 50 de tandis , nomb. 1 , eie.
(2) Voy. S. Aug. serm. 2 , sur le» ps. 25 , n. 14 et serm. 4, sur le ps. 30, n. 12; surieps. 40, n.4;sur le ps. 138 , q« 2rt
600 PART, f, SECT. II , CHiP. III, g XI-
R. Par les gémissements secrets, les prières, les bons exemples, les Instructions, les châtiments (l)«
R. Le nombre des mauvais chrétiens est-il grand ?
R. II est sans comparaison plus grand que celui des bons. La voie qui conduit en enfer a toujours été et sera toujours la plus fréquentée. U y en a peu qui marchent dans la voie étroite qui conduit à la vie (2).
D. Quelle est la réflexion qu'on doit faire sur le grand nombre de mauvais chrétiens , et le petit nombre de bons ?
A. C'est que quand on vit comme le plus grand nombre, on est certainement, selon la parole de l'Evangile , en voie de damnation : en effet, on est en voie de damnation, quand on vit selon le monde ; quand on est dominé par sa sensualité, par sa curiosité , par son orgueil* U n'y a point de vérité qui soit plus souvent et plus clairement établie dans le nouveau Testa-
(1) Voy. S. Aug. sur le ps. 138, n. 29; lettre 78, ou 137, au clergé et au peuple d'Hyppone , norab.6, 7 ; lelt. 243 ou 38 , à Lœtus , n. 8 ; sur le ps. 52 , n. 1 ; liv. 3, contre les lettres de Pdtilieu, chap. 28, n. 44, etc.
.(2) Mallh. VII, 13,14; ïsaïe,IV, 3; S. An?, liv. de l'unité de PEgNse , nomb. 34 cl 36.
ment (0.0r,!a plupart deschrétiens viventselon le monde , et ne cherchent qu'à satisfaire leurs cupidités: l'expérience le fait voirclairement(2); donc la plupart des chrétiens sont en y oie de damnation. On peut s'étourdir et s'aveugler soi-même sur cette vérité; mais elle ne laisse pas d'être certaine et incontestable (3).
D. Qui est-ce qui soutient l'Eglise au milieu d'un si grand nombre de combats ?
a» C'est notre Seigneur Jésus-Christ, qui la gouverne , qui est au milieu d'elle , qui l'anime par son Esprit, comme nous l'avons montré , et qui lui a mérité les avantages dont elle jouit ou qu'elle espère, et qui sont ou la cause ou le prix de ses victoires.
S 12. Des avantages de V Eglise en général.
D* Quels sont les avantages de l'Eglise ? Ces avantages regardent , ou tout lé corps en général, ou les particuliers.
Les avantages qui regardent tout le corps en général sont : l'unité , la sainteté , la catholicité,
rapostoiicité.
(1) Jean , XV , 19 ; i. Jean ; II , 15,16 et 17; Rom. XII, 2 ; vcy. S. Aug. lir. 4 du Baptême , ch. 19 , n. 26.
(2) Voy. S. Aug, liv. 13, contre Fauste , ch. 16.
(3) Lisez la lettre 127 ou 45 de S, Aug. à Armantaire et à Pauline, u. 1,2,3, 4,5 et8.w
602 PART. I , SECT. Il, CHAP. III , S XI*
Les avantages qui regardent les particuliers sont ou pour celte yie ou pour l'autre.
Ceux de cette vie peuvent se réduire à la communion des saints et à la rémission des péchés*
Ceux de l'autre vie sont la résurrection glorieuse et la vie éternelle. Nous avons déjà expliqué les avantages qui regardent le corps de l'Eglise en général. Nous avons aussi expliqué ce que c'est que la communion des saints. Nous allons expliquer les autres.
Nous commencerons par la rémission des péchés, qui regarde la vie présente: et avant que dfr parler de la résurrection et de la vie éternelle, nous expliquerons ce que nous savons qui doit arriver à l'Eglise en général et à tous les hommes en particulier, avant la consommation générale, qui doit se faireavant la résurrection des corps.
D. Tous les membres de l'Eglise, en particulier, ne participent-ils pas aux avantages qui regardent l'Eglise en général?
R. Tous les membres participent à ces avantages en quelque chose , mais non pas en tout.
Explication.
Tous les fidèles appartiennent à l'unité de PEglise , comme nous l'avons dit ; mais il n'y a que le corps qui ne puisse jamais perdre cette
de l'église. 603
unité. Les particuliers peuvent en être retranchés : 11 en est de môme de la sainteté de l'Eglise. Tous les membres de l'Eglise sont appelés à la sainteté; mais tous ne sont pas saints, et ceux qui le sont peuvent déchoir* Il n'y a que le corps de l'Eglise qui ne peut jamais tomber dans le péché : on peut dire la même chose de la catholicité et de l'apostolicité de l'Eglise. Ce sont des avantages auxquels tous les membres participent, mais qui ne conv iennent d'une manière fixe , invariable , et dans toute leur étendue , qu'au seul corps , comme nous l'avons prouvé ci-dessus , en expliquant ces quatre caractères de l'Eglise (1).
§ 13. De la rémission des péchés ,gut est la vole par laquelle nous participons aux avantages de V Eglise 9 et qui est elle-même un grand avantage de l'Eglise.
D. Par quels moyens commençons-nous à participer aux avantages de l'Eglise ?
R. Par le moyen de la rémission des péchés, qui est elle-même un grand avantage de l'Eglise.
Explication.
Nous naissons tous enfants de colère, esclaves (1) Aux SS Mi 4 , 5, 6 de ce cbap.
(i04 PART. I, SECT. H, CHàP. III, $ XIII.
du démon, éloignés de la vie de Dieu (1). Quand Jésus-Christ nous appelle au christianisme , il ne trouve en nous que corruption et péché, ivous ne saurions être Justes, membres de l'Eglise , enfants de Dieu et frères de Jésus- Christ , si nous ne commençons par recevoir ce sacrement destiné à conférer la rémission de nos péchés. Tous ceux qui croient en Dieu, ont besoin de cette rémission, dit saint Pierre (2).
C'est par le sacrement de Baptême que Dieu accorde ordinairement cette première rémission des péchés, suivant ce que dit saint Pau), que Jésus-Christ a sanctifié son Eglise, en la purifiant par le Baptême joint à la parole de vie (3).
Mais comme Dieu est le maître de ses dons, il peut accorder celte première rémission des péchés par lui-même, et sans le ministère extérieur de l'Eglise; et c'est ce qu'il fait à l'égard de ceux qui , n'étant point encore baptisés, souffrent le martyre pour la cause de Jésus-christ, ou meurent avec un désir ardent de recevoir le Baptême d'eau; mais la rémis-
(1) Eptaés. II, 3; IV, 18; Rom. V, IO;Hébr, II, 14 , 15. /
(2) Dans ua discours de cet apôtre, rapporté au ch. X. des Actes, Voyez le verset 43»
(3; Ephés. V, 25,26 et 27.
de l'église. 605
lion des péchés, en quelque manière que Dieu l'accorde, est absolument nécessaire* Jésus- Christ est mort pour nous racheter de tout péché , et pour nous purifier, afin de nous rendre un peuple agréable à ses jreux, et appliqué aux bonnes œuvres (!)•
Cette rémission des péchés est la seule voie par laquelle nous commençons à participer aux avantages de l'Eglise ; car nous n'y pouvons participer qu'en devenant ses membres ; et nous ne devenons membres de l'Eglise, que par celte première rémission des péchés.
D. Pourquoi dites-vous que cette rémission des péchés est elle-même un grand avantage de l'Eglise ?
B. Parce que, 1.° c'est à l'Eglise seule que Jésus-Christ a accordé le pouvoir de remettre les péchés.
2.o ceux à qui Dieu , dans des cas extraordinaires , accorde la rémission des péchés, sans le ministère extérieur de l'Eglise, il ne leur fait cette grâce qu'eu égard à la nécessité absolue, et pour leur procurer l'avantage d'être les membres vivants de l'Eglise : et si ce sont des adultes, cette grâce ne leur est accordée qu'en vue et par le vœu des sacrements de l'Eglise. Ainsi c'est en quelque manière par la vertu an-
(1) TH. Il , 14.
Ll 3
606 PART. Ij 8ECT. Il , CHAP. III, S XIII.
ticlpée de ces sacrements , que la rémission des péchés leur est accordée.
3«o on ne reçoit la rémission des péchés que dans l'Eglise ; car hors de PEglIse 11 n'y a point de salut , comme nous Payons prouvé ci-de- ■ vant ; et ceux qui sont sortis de l'Eglise ne peuvent recevoir la rémission de leurs péchés qu'en rentrant dans son sein , comme ceux qui n'y sont pas encore ne la reçoivent qu'en devenant ses membres*
D. Comment savons-nous que Jésus-Christ a donné à son Eglise le pouvoir de remettre les péchés ?
R. Par les propres paroles de Jésus-Christ, qui a dît à saint Pierre et aux autres apôtres : Les péchés seront remis à ceux à qui vous ies remettrez (1); et qui, par ces paroles, a donné à son Eglise le pouvoir d'administrer le sacrement de Baptême et les autres sacrements , par lesquels Jésus-Christ ou les apôtres nous ont appris que les péchés sont remis , comme nous l'expliquerons dans la suite de cet ouvrage.
D. Comment savons-nous que ce n'est qu'à l'Eglise que ce pouvoir convient?
R. Parce que ce pouvoir ne peut convenir à personne naturellement; il ne convient qu'à ceux à qui Dieu le donne par grâce. Or, c'est â l'Eglise seule que Jésus-Christ l'adonné; c'est
(1) Matlh. XVIII, 18; Jean, XX, 23.
ob l'église» 607
pour cela que Jésus-christ dit aux apôtres en la personne de saint Pierre : Je donnerai le clefs du royaume du ciel > pour faire comprendre que le ciel n'est ouvert qu'à ceux auxquels la porte en est ouverte par le ministère de PEglise; et nous ne lisons pas que ce pouvoir ait été donné, hors de l'Eglise, à qui que ce soit (1).
v. Mais n'est-il pas écrit qu'il n'y a que Dieu qui puisse remettre les péchés ?
/>. Quand l'Eglise remet les péchés , c'est toujours Dieu qui les remet : l'Eglise ne le fait que comme exerçant le ministère de Dieu même, agissant en son nom. Nous sommes les ministres de Dieu , dit saint Paul, et nous tenons sa place (2).
D. Tous ceux qui sont membres de l'Eglise, ont-ils le pouvoir de remettre les péchés ?
R. Non. C'est aux seuls apôtres que Jésus* Christ a communiqué ce pouvoir , avec ordre de le communiquer aux évéques , et par ceuxci , jusqu'à la consommation des siècles , aux prêtres qui seraient canoniquemerit ordonnés et envoyés par les successeurs des apôtres.
(1) Voy. S. Aug. manuel à Laurent % chap. 64, D. 17; liv. 1, contre les donatistes, ch. 10, n. 14; liv. % ch»23,n. I8elsuiv. ^
W 2. Corinth. V , 20; VI ; Bphés. VI , 20.
608 PART. I y SECT. II , CH. III , g XIII.
Explication.
Cette réponse doit s'entendre de la rémission des péchés, qui s'accorde par les sacrements autres que le baptême .* car pour le baptême) comme il est d'une nécessité indispensable) Dieu a bien voulu que , non-seulement tous les membres de l'Eglise, et Tes femmes mômes, qui d'ailleurs sont exclues du ministère, mais aussi que les hérétiques, les Juifs et les païens puissent le conférer , pourvu qu'ils aient intention de faire ce que l'Eglise fait.
Hors ce cas-là , pour avoir le droit de remettre les péchés, deux conditions sont nécessaires : J.° l'ordination canonique; 2.° la mission légitime.
Par le défaut de ces conditions, les ministres luthériens et calvinistes ne peuvent avoir aucun droit au ministère de l'Eglise, car ils n'ont été ni envoyés, ni ordonnés par les successeurs des apôtres.
Par le défaut de la seconde condition , les évêques ou les prêtres hérétiques , ou schématiques, ou excommuniés , ou interdits, ou non approuvés , ne peuvent point donner la rémission despéchés, quand même ilsauraient été canoniquement ordonnés, parce que l'Eglise à qui il appartient de donner la mission , la leur a ôtée ou suspendue.
A l'article de la mort, tout évêque ou prêtre
db l'église. 609
valîdement ordonné , fût-il interdit, dégradé, schismatique , hérétique , peut donner la rémission des péchés, pourvu que celui qui la reçoit ne participe ni au schisme , ni à l'hérésie, ni à l'iniquité du ministre. Dans ce cas-là , au défaut d'un autre ministre , l'Eglise lève ses défenses, et donne la mission aux prêtres et aux évêques auxquels elle l'avait ôtée (1).
Z>. Les ministres de l'Eglise, qui ne sont ni excommuniés, ni interdits, mais qui sont en état de péché mortel, ont-ils le pouvoir de remettre les péchés , eux qui sont pécheurs ?
/?. Oui ; et l'Eglise a regardé les donatistes comme hérétiques, dans le quatrième siècle, parce qu'ils enseignaient le contraire (2;.
Z>. Comment est-ce que les ministres de l'Eglise donnent la rémission des péchés?
/?. En conférant le baptême et les autres sacrements auxquels la rémission des péchés est attachée.
Z>. Puisque le baptême peut être conféré, comme on vient de le dire , par ceux qui ne sont pas membres de l'Eglise, il est donc faux que le pouvoir de remettre les péchés ne soit attribué qu'à l'Eglise ?
(1) Voyez ce que nous disons sur cet article des cas réserves dans le traite du sacrement de pénitence, part. 3 , sect. 1 , ch. 5, § 23.
(2) Voy. S. Aug. liv. 2, contre la lettre de Parméuien,cb. Xletsuiv.
610 PART. I, SBCT. II, CHIP. III, § «II.
R» Les hérétiques, les excommuniés, les Juifs , et les inûdèles qui remettent les péchés par le sacrement du baptême qu'ils confèrent, ne le font qu'au nom de Jésus-Christ et de l'Eglise , dont Ils exercent le ministère en ce point : ainsi c'est toujours Jésus-Christ qui baptise , et qui se sert de leur main et de leur parole pour remettre tes péchés : et c'est pour cela que les enfants qu'ils baptisent , ou les adultes qui, dans le cas de nécessité, reçoivent le baptême de leur main, sans adhérer à leurs erreurs , appartiennent à l'Eglise , sont ses enfants et ses membres. C'est la serrante qui a donné des enfants à la véritable mère (1).
D. Les péchés sont-Ils remis indifféremment à tous ceux à qui les ministres de l'Eglise confèrent les sacrements établis pour la rémission des péchés ?
b. Les enfants qui reçoivent le baptême avant l'usage de la raison, reçoivent tous la rémission de leurs péchés. Mais , pour les adultes , ils ne reçoivent cette rémission que lorsqu'ils sont
(1) S. Aug. dit sur cela des choses admirables, dans ses livres contre-les donatisles. Voyez les trois livres contre les lettres dePétilien; le premier livre du hapiôme tout entier, et surtout le ch. 14}Q. 22 et 23, et généralement les 7 livres du baptême.
dans les dispositions convenables pour recevoir les sacrements. ( Nous expliquerons ces dispositions en traitant des sacrements auxquels la rémission des péchés est attachée. )
D. Est-il nécessaire d'avoir recours au ministère extérieur de l'Eglise pour recevoir la rémission de quelque péché que ce soit ?
A. Ce ministère est nécessaire pour le péché originel et pour tous les péchés mortels , hors le cas d'une nécessité absolue; mais il ne l'est pas pour les péchés véniels, parce qu'on peut recevoir la rémission des péchés véniels, par la prière, le sacrifice , le jeûne , la seule contrition du cœur, les bonnes œuvres, etc.(i).
Z>. Qu'entendez-vous quand vous dites que les péchés sont remis?
/?. J'entends qu'ils sont pardonnés et effacés en sorte qu'ils ne subsistent plus.
Explication.
Calvin a osé enseigner que quand Dieu remet les péchés , il ne Tait autre chose que de ne les point imputer ; en sorte que quoiqu'ils subsistent toujours , Dieu ne les punit pas.
Mais l'Eglise a toujours cru, avec saint Paul, que la raison pour laquelle Dieu ne nous impute
(t) Voy. ce qui est dit sur cela « ci-après , dans le traité de la pénitence.
612 PART, I, SECf. II, CHAP. III, S «M-
pas les péchés , quand il nous les pardonne f est qu'il les efface véritablement , en sorte qu'ils ne subsistent plus aux yeux de Dieu; et que s'il ne les punit plus après cela, c'est parce qu'ils ne sont plus* Car quelle participation peut-il y avoir , dit saint Paul, entre l'iniquité et la justice , entre Jésus-Christ et Bé liai ? Nos cœurs deviennent , pat le baptême , les temples du Saint-Esprit. Jésus-Christ jr habile (I). Or, comment Jésus-Christ et son Esprit pourraient- Ils habiter dans des cœurs où le péché résiderait ? H est donc vrai que la raison pour laquelle Dieu n'impute plus les péchés remis, n'est pas parce qu'ils sont cachés et couverts , mais parce qu'ils sont effacés et ne subsistent plus(2).
D. Est-ce par nos propres mérites que nos péchés sont remis ?
/?. Jésus-Christ seul nous en a mérité la rémission par sa mort : nous l'avons prouvé ci-dessus. Nous ne potivons rien mériter de nous-mêmes : nous devons tout à Jésus-Christ.
D. Quel effet la rémission des péchés produitelle en nous ?
R. Par cette rémission , le Saint-Esprit entre dans nos cœurs pour y établir sa demeure ,
(1) 2. Corinlb. VI, 14, 15, 16 et suiv. 1. Corintb.IlI, 17 ; VI , 17.
(2) Voy. S. Aug. serra. 2, surleps. 31, n. 9.
de l'église. 613
et nous rendre les amis, les héritiers de Dieu, et les cohéritiers de Jésus-Christ (1).
D. Quand une fois nous avons reçu la rémission de nos péchés, n'avons-nous plus besoin de cette grâce ?
R. Nous en avons toujours besoin tant que nous vivons :
1. ° Parce que notre faiblesse fait que nous tombons tous les jours dans un grand nombre de fautes vénielles, lesquelles nous avons besoin que Dieu nous remette : et c'est pour cela que nous devons lui dire tous les jours: Pardonnez-nous nos péchés , comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.
2. ° il arrive quelquefois qu'après avoir reçu la rémission des péchés, on retombe dans des fautes considérables, pour lesquelles on ne peut être réconcilié avec Dieu sans avoir recours au sacrement de pénitence. Ce sacrement est la seconde table après le naufrage, et le seul moyen ordinaire de recevoir la rémission des péchés mortels commis après le pabêmte.
(Nous expliquerons plus en détail ce qui regarde la rémission des péchés, en traitant des sacrements de baptême, de pénitence et
(t) Rom. VIH, 9,17. Voyez la session 6 du concile de Trente , sur la justification , ch. 7.
Cuabancy. Catéchisme* I. Mm
614 PART. I, SECT. If, CBAP. III, § XIV.
d'extrème-onction, en la troisième partie de cet ouvrage.)
'& De ce aui doit arriver à tous les membres de V Eglise , avant que de jouir des avantages de Vautre vie, et premièrement de la mort qui est commune à tous tes hommes.
&• Qu'est-ce que la mort ?
R. C'est la séparation de Pâme et du corps ; peine inévitable à tous les hommes, depuis le péché (l). %
Je dis depuis le péché , car l'homme n'avait point été créé pour mourir; la mort n'est de* venue inévitable à l'homme , que depuis que le péché a corrompu sa nature; elle est la suite et la punition du péché (2).
/>. Quelles réflexions devons-nous faire sur la mort?
/?. |.o nous savons certainement qu'elle arrivera pour chacun de nous.
2.0 nous ne savons quand, ni comment : et peut-être sera-t-elle subite.
d.o gué surprend presque tous les hommes*
4.o on ne meurt qu'une fois, et une mort qui n'est pas chrétienne, est un mal irrépara-
(1) Voy. S. Aug# serm. 2 , sur le p». 48 , lu t»
(2) Rom. Y, 12; VI, 23.
de l'église.
ble; carde la mort dépend le bonheur on le malheur éternel.
5.0 u faut donc se préparer sérieusement à ce terrible moment.
6«° Et il faut le faire de bonne heure ; car quand on serait assuré de ne pas mourir subitement, l'expérience fait voir que le temps de la maladie n'est guère un temps propre pour commencer à s'y préparer comme il faut: attendre à un âge avancé, c'est compter sur un avenir très-incertain , et s'exposer à être surpris et abandonné de Dieu (1).
d. Comment faut-il se préparer à la mort ?
R. H faut, 1." mettre sérieusement ordre aux affaires de sa conscience , par rapport au passé ;
2.° Régler, par rapport au présent et à l'avenir, ses affaires spirituelles et temporelles;