T. iNSTiiucnoN
lem ?Non, ils ne rélaienl pas ; mais j'ajoute que si vous ne faites pas pénilence, vousépiuuvcrezle même sort: Sedsipœiiitcnliam non egeritis , oinnes kimiiiler peribilis {Id. 13. 5). Triais CCS paroles, me direz-vous, n'ont été dites que pourépouvanter. ÎNon, répond saint (.hrysostùme, en commentant ces passages. Jésùs-Chrisl voulut non-seulement menacer les pécheurs , mais en même temps les consoler ; les menacer ci leur faisant craindre le sort de ces Galiléens et des autres, s'ils persistaient dans leurs iniquités, et les consoler en leur montrant le vrai moyen par lequel iispouvaientéviterle cliàlimenf, moyen qui est celui de la pénitence. Telle est donc Tinévitable aUernalivede riiomme qui a offensé Dieu: ou de périr éleriielleuient, ou de pleurer ses péchés ; ou de les voir punis par les redoutables supplices de sa justice, ou de les expier par SCS larmes et sa douleur ; ou de préférer une mort malheureuse, ou de s'en garantir par un repenlir amer de toutes les fautes passées. Voilà pourquoi Jésus-Christ proféra cette terrible menace : Si vous ne fuKes pénitence, vous périrez tous. Voilà le but de toutes les prédications du Sauveur. Il est venu au monde pour annoncer le royaume de Dieu et enseigner les moyens à prendre pour en acquérir la possession ; mais à celte condition, que celui qui , au miheudela corruption du inonde, n'aura pas conservé l'innocence et la justice, devra la recouvrer par la pénitence.
V. Quand Mcodème alla trouver de nuit Jésus pour être instruit sur ses divins mystères et sur ce qu'il fallait faire pour être sauvé et avoir part au royaume de Dieu, le Sauveur lui dit que celui qui n'aura pas été régénéré par l'eau et le Saint- Esprit ne pourra entrer dans le royaume de Dieu : JVisi quis renalus fuerit ex aqua et Spiritu sancto, non polesl inlroirc in regnum Dei (Joan. 3. 5). De ces paroles, comme aussi de la doctrine des Pères et de l'Eglise, les théologiens concluent que le baptême est nécessaire , non de quelque nécessité que ce soit, mais de la nécessité qu'ils appellent de moyen; et la raison de cela est quc,naissant tous enfants d'Adam, nous naissons tous pécheurs, ayant, selon l'Apôtre (/îom. 5. 12), péché en lui. 11 faut donc que, par cette renaissance spirituelle de l'eau et de l'esprit, c'esl-à-dire par le baptême , cette faute que nous avons contractée dans la génération naturelle soit effacée en nous.
VI. Or, des termes cités plus haut , et dont Jésus-Christ se sert quand il parle de la pénitence, il s'ensuit qu'elle est aussi nécessaire de nécessité de moyen , que l'est le baptême pour
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entrer dans le Ciel; et comme personne ne peut parvenir à la jouissance des biens éternels, s'il n'a reçu le baptême qui a effacé en lui le pécbé originel, ainsi celui qui, après le baptême, a commis quelque péché mortel, n'aura pas droit à la gloire éternelle, s'il ne l'a pas détruit et anéanti par les larmes de iii pénitence, mais il périra éternellement: Msi pœniicniiam egiritis^ etc. Voilà la seule planche de salut qui reste aux pécheurs qui ont eu la témérité de se révolter contre le Seigneur. C'est à cette planche que doivent s'attacher ceux dont la belle innocence a fait un naufrage funeste ; et après la perte de la vie spirituelle, il ne reste plus que cette voie pour rentrer en grâce avec Dieu.
Ml. ^'e pensez pas que cette nécessité de faire pénitence ne trouve sa source que dans la justice divine : non , mais je veux que vous l'envisagiez comme une ingénieuse invention et comme un acte où se dévoile l'amour le plus tendre de Dieu pour les hommes, ainsi que son infinie miséricorde. Il est vrai que quand un pécheur offense Dieu, tous les attributs divius s'arment contre lui et crient vengeance, vengeance réclamée par sa sainteté qui ne peut souffrir la malice, par sa toute-puissance, par sa sagesse qui ne voient qu'avec indignation leurs buts trompés et leurs desseins renversés. Que coûterait à Dieu une telle vengeance, et qui pourrait venir lui demander compte de sa conduite , si sa fureur faisait disparaître de dessus la terre toutes les nations devenues les tristes victimes de sa colère ? Pourquoi donc son bras reste-t-ilsuspendu sans frapper? Parce que la miséricorde s'interpose entre lui et son courroux , elle arrête, pour ainsi dire, l'impétuosité des attributs divins qui demandent vengeance, et empêche que les mains de Dieu ne s'ouvrent pour en laisser échapper les châtiments effroyables par lesquels les pécheurs mériteraient d'être détruits totalement. Mais cependant, pour que sa justice soit satisfaite , elle leur propose la pénitence, et pourvu qu'ils l'embrassent réellement, et que par elle ils anéantissent en eux-mêmes le corps du péché, comme s'exprime l'Apôtre {Rom. 6. 6), elle dispose le cœur de Dieu à leur pardonner. Voilà donc, mes frères , comment, pouvant nous punir aussitôt après le péché et nous précipiter dans l'enfer, il nous accorde une grâce particuhère, et comment il agit très miséricordieusemcnt à notre égard, en n'exigeant rien autre de nous que la destruction du péché par la voie de la pénitence. Ah ! disons donc avec le prophète [jer. Th. 3. 22), que c'est un trait admirable de l'amour de Dieu pour nous, qu'il vo'.iill'V.bicri. nous épargner et nous lais-
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ser la vie en considéraliuii lîe.s l'iguems sakilaiics ijne nous exercerons sur nous : Misericonliœ Doinlni quia non sunius consnniiJii. Soyons donc convaincus que c'est en nous châtiant nous-mcaics qu'il nous pardonnera nos ini([uités, et que si nous négligeons de le faire, il n"\ a point de miséricorde à espérer.
VIII. Mais sur quoi est fondée celte nécessité de faire pénitence? Dieu ne pouvait-il i)as rendre son amitié à Thomme coupable sans lui imposer celle condition ? Ah! Chrétiens, vous demandez encore sur quoi est fondée celte indispensable nécessité pour la créature de faire pénitence ? Mais n'avez-vouspas appris dans les dernières instructions ce que c'est (jue le péché mortel ? la malice extrême qu'il renferme? combien il est opposé à Dieu, puisque s'il avait autant de puissance (ju'ilade malice, il le détruirait lui-même? ^'avez-vous pas entendu parler de la haine inlinic, nécessaire qu'il lui a portée de toute éternité, tellement qu'il n'a jamais pu le souffrir dans oucun être, qu'il Ta puni par des châtiments terribles, qu'il le punit encore et le punira à jamais. Ainsi, tant que l'homme y persistera, tant que son âme en sera souillée, que l'infortuné ne croie pas être en paix avec Dieu, qu'il n'espère ni pardon, ni grâce, ni salut. Ce Dieu est maître de ses faveurs, iî peut remettre les péchés à qui il veut ; mais sa volonté expresse est de ne jamais faire miséricorde à personne, que sou ^ la condition indispensable de la pénitence , cl (ju'autant qu.' le pécheur détruira en lui-même le péché qui est le seul muide division qui le sépare de lui. C'est ce qui a fait dire à l'angéhque docteur saint Thomas, s'appuyant sur les oracles dc^ divines Ecritures et sur les paroles des saints Pères, qu'il c>r impossible que le péché actuel mortel se remette sans la vert; s de pénitence: Imposslbile est peccatinn acluale mortale siur pœnilcnliaremilti, loqucudo de pœnilenda^ ut est virtus (Pa;'. 3. q. 68. art. 2. in corp.) ; et il n'y a donc pas de pardon sar.^ j)énitence : Nisi pœnitentiam, etc.
IX. Mais pour obtenir le pardon des péchés commis,ne suffirait-il pas d'user de grandes précautions pour ne plus y tomber, et de se proposer de ne plus les commettre ? iNon, répondent les Pères du Concile de Trente (Sfss. 14. c. 4), La contrition, qui est une des qualités principales de la pénitence, ne renferme pas seulement la cessation du péché, ni le seul propos de mener une nouvelle vie ; mais elle renferme en outre la haine de celle que l'on a passée dans le vice,selon cette parole du i)ro!)hètc Ezéchiel: Rejetez loin de i'oun ces iniquii<'s
dans lesquelles vous éles lombes, tl [niLis-vous un cœur uou~ \eau(l8. 31). De plus, cette condition doit non-seulement être jointe à la volonté et au bon propos de conlesscrles péchés, mais de satisfaire ù Dieu pour eux. Ce serait une erreur bien dangereuse, dit saint Grégoire, pape (Part, past, admo. 31), de croire qu'ils nous seront remis parce que nous ne les commettrons plus. Après avoir écrit, dit ce saint l'ère, si vous cessez d'écrire, elïacez-vous pour cela votre écriture? Neque cniin scriplor, si à scripl'tonc ccssaçeril, quia alla non addutU, etimn itla quœ scripserat delevit. Vous avez olTensé Dieu par Uii nombre prodigieux de faux serments et de blasphèmes, cl le i)rochain par des affronts et des injures multipliés ; les réparerez-vous en nen proférant plus ? Vous êtes grevé de dettes, vous avez dérobé beaucoup d'objets ; est-ce en n'en contractant plus, ou en ne dérobant plus, que vous aurez, d'un coté, acquitté ces dettes, et que, de l'autre, vous .mrez restitué ce que vous avez volé ? Non, certainement ; dites-en tout autant de celui qui a commis une multitude iaîiumbrable de péchés : il ne satisfait pas pour ceux dont il s'est rendu coupable, il ne répare pas le mal qu'il a fait en s'arrétant dans la carrière du vice ; mais il est obligé de satisfaire ;i Dieu parla pénitence, et de réparer toutes les offenses dont il s'est l'endu coupable envers lui par celte foule dépêchés que sa conscience lui reproche.
X. El c'est le raisonnement qu'emploie saint Augustin dans -son beau sermon qu"il composa sur l'utilité de la pénitence : « Par le moyen de la pénitence, dit-il, tout homme doit exer- » cer contre lui-même une sainte sévérité, alin qu'après s'être » ainsi jugé et puni, il ne le soit pas par le Seigneur, sui- 3) vant la parole de saint Paul, qui dit : S? nos dijudicareinus, w nonutique jud'icarenntr (\ . Cor. H. 31). » Quiconque aune «•rainte raisonnable de ce dontle menace l'Apôtre, savoir, que nous serons tous forcés de comparaitre devant le tribunal de Jésus-Christ pour que chacun rende compte de ce qu'il a fait tMi bien ou en mal dans son corps, doit se hâter de se citer au. tribunal de sa conscience. Pour éviter donc la rigueur de ce jugement formidable, qu'il se présente devant lui-même, rélléi-hissant sur la terrible menace que fait Dieu au pécheur,seloii la parole du Psalmlste, d'élever sa voix contre lui et de le forcer à prononcer sa propre sentence (Ps. 49. 21). Ayant donc î'rigé un tribunal dans son propre cœur, que son esprit devienne son accusateur, que sa conscience soit le témoin qui dépose, cl que la crainte soit re.\écuieur : qu'ensuite nos Uu-
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jiies soient une preuve inanifesle de la sincère confession que
nous avons faite de nos fautes et de notre véritable pénitence.
XI. Voici encore une autre considération qui nous fera connaître la nécessité de faire pénitence : c'est que nous jugeant criminels, et subissant les châtiments que nous nous imposons volontairement, nous détournons de dessus nous la rigueur (iu jugement de Dieu et les peines éternelles auxquelles il nous iuirait condamnés et auxquelles il condamnera ces pécheurs endurcis qui refusent de faire pénitence. Celui donc, ô mes frères , qui ne veut pas périr éternellement, est tenu d'en embrasser les saintes rigueurs ; c'est le moyen nécessaire pour obtenir le pardon de ses péchés, de se mériter les grâces de Dieu et le bonheur éternel. Ce sont là les promesses que Jésus-Christ a faites à tout pécheur qui se convertit réellement, quise punit, qui gémit et qui pleure. Mais pour qui s'obsline à ne pas vouloir entrer dans cette voie salutaire, il n'y a point de ciel, et la damnation éternelle sera infailliblement son partage. Quel est donc le chrétien assez oublieux de ses intérêts qui n'embrassera pas cette pénitence ? et qui d'entre nous cherchera des prétextes pour s'en dispenser? sur quelle excuse se fondera-t-il ? Sera-ce sur son innocence ? mais nous sommes tous pécheurs. Sera-ce sur la délicatesse de sa complexionet sur ce que la pénitence est pénible et difficile ? Mais pour l'anéantir, cette excuse, je vous oppose qu'il n'y eutjaîîiais personne sur la terre dont la complexion fût plus délicate que celle de Jésus-Christ, et cependant il s'est imposé luimême la pénitence la plus rigoureuse qu'on puisse imaginer, et il a voulu Taccomplir en notre faveur. Seconde raison qui, sapant par la base tous les vains prétextes, nous fait connaître la nécessité indispensable où nous sommes d'en faire une qui soit proportionnée à nos péchés.
XII. Cependant, avant de vous parler de celle à laquelle notre divin Sauveur vouliit s'assujélir,jedois vous apprendre certaines vérités qu'il est nécessaire de savoir. La première est que l'homme avait fait à Dieu, par son péché, une injure infinie, puisque Dieu est infini dans son essence. L'homme, de sa nature, n'étant qu'un misérable ver déterre, que cendre et poussière, un vrai néant, n'a pas pu se mettre dans un état de rébellion contre sa majesté infinie , sans lui faire un outrage infini. Or, pour réparer cette injure et cet outrage, et les réparer par une satisfaction proportionnée, cette satisfaction doit être infinie, etconséquemmentl'hommen'en était pas capable: i'kihtun sujet rc';c!!o à son Seigneur et privé de sa grâce, i!
SIT. LA rr.MTENCE. . 227
ne pouvait qu'imprimer à toutes ses œuvres la tache odieuse de son péciié. L'Ange même, quelque parfaite que soit sa nature, était pareillement dans l'impuissance d'olTrir une satisfaction convenable, parce que lini et borné dans son être, conmie il l'est, ses mérites l'étaient pareillement. 11 n'y avait donc qu'un Dieu dont les actions pussent être infinies et d'une valeur pareillementinfinie. Mais il ne pouvait pas satisfaire dans sa propre nature, parce qu'étant indépendant et souverain, il ne devait se réduire à aucun abaissement. Que fit donc son immense charité ? Elle le porta à se revêtir de notre humanité pour se rendre capable de satisfaire par elle à la divine justice, en notre faveur.
Mil. Tel fut l'admirable moyen que trouva la divine Sagesse dans le grand œuvre de l'incarnation du Verbe, pour concilier par elle les droits imprescriptibles de sa justice et de la miséricorde qui semblaient d'abord inconciliables. La justice divine ofïensée par le péché exige que celui qui l'a commis soit puni avec une grande sévérité ; mais la divine miséricorde demande d'un autre côté qu'il soit sauvé. Comment ferat-il? comment accorder deux choses qui se repoussent mutuellement? Ce prodige va s'opérer dans Jésus-Christ, Dieuel homme tout à la fois. Comme homme, il a une chair ca|)able desoutïrirel qui peut être offerte en qualité de victime pour nos péchés ; et parce que cet homme est Dieu en même temps, et que celte humanité est unie indissolublement à la divinité, il en résulte que ses œuvres et ses souffrances sont d'un mérite et d'une valeur infinie ; et conséquemment, dans cet état, il a pu donner et il a donné effectivement à la justice divine une satisfaction qui, dans la plus grande rigueur, est proportionnée à l'injure. Oui , mes frères , la miséricorde et la vérité se sont rencontrées en Jésus-Christ, et la justice et la paix se sont donné le baiser de paix : Mlstricordia ci veriius obviaverunt sibi;jiistilia et pax osculalœ simt (Ps. 84. 1 1). Le Père éternel a envoyé sur la terre son Fils revêtu d'une chair mortelle, semblable à celle du péché ; et dans celte chair divine, il a con- • iamné le péché commis contre lui, afin que la justice de la Iji fût accomplie en nous , et que nous fussions délivrés de notre malheureux esclavage : 3Iisil Deiis FiUinn suum in similitud'inem caniis peccali (Rom. 8. 3. 4), ut jnslificatio legis impîeretitr in nohis. Et cet exemple admirable de Jésus-Christ qui se voua à une pénitence si pénible et si rigoureuse ne suffira pas pour nous faire connaître l'indispensable nécessité qui nous est imposée , comme pécheurs, de la pratiquer?
228 !. INSTRI'CTiON
XIV. Arrêlons-nous un peu ici ù examiner quel est celui qtii fait pénitence pour nous. C'est, comme vous l'avez entendu, Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. Comme Dieu, il est consubslantiel à soii adorable Père : Dieu né de Dieu, par qui tout a été fait; Dieu, dont la vue et la jouissance constituent le bonheur de tous les Anges et de tous les Saints. Comme homme, il est fils de la bienheureuse vierge Marie, dans le sein trèspur de laquelle il voulut bien s'incarner par la vertu de l'Esprit-Saint. 11 est le plus beau parmi les enfants des hommes ( Ps. 44. 3) ; et son corps très-saint ayant été formé par miracle, et d'une manière plus éminemment parfaite que celui des autres hommes, il était de la complexion la plus délicate, et d'une sensibilité qui n'était pas à l'épreuve de la plus petite douleur. 11 est pur, innocent et saint, mais de plus il est le saint des saints. Comme Dieu et comme homme, il est toujours le fils chéri de son Père éternel qui a mis en lui toutes ses complaisances, et c'est celui que nous devons écouter {Maiih. 3. 17). Voilà , mes frères, quel est celui qui fait pénitence pour nous, pénitence à laquelle il n'était pas obligé , dont il pouvait se disj)enser , et voilà quel est celui qui s'y résigne volontairement : Oblalus est quia ipse volnil ; et il l'a faite afin de nous préserver des misères éternelles et de nous sauver : Propier nos homines el propler iwslram sululcm descendil de cœlis... et passus est. Et nous, qui sommes des pécheurs et des coupables , ayant devant nous un exemple si admirable , nous refuserions d'en embrasser les saintes rigueurs ? Et nous , je le dis encore, nous voudrions nous en dispenser?
XV. Mais quelle pénitence ce divin Rédempteur a-t-il voulu faire pour nous? Ah! ici, mes frères, il faudrait que j'eusse le temps de vous présenter , en abrégé au moins, l'histoire de la vie , de la passion et de la mort de Jésus-Christ, et vous verriez que tous les jours qui composèrent cette vie ne furent qu'une chaîne de pénitence et de mortification : il naquit dans une étable , dans l'état de pauvreté le plus inouï, au milieu des soufl"rances , et dans la privation de toutes choses ; petit enfant, il fut forcé de fuir en Egypte , et de vivre au milieu des peuples barbares qui Thabitaient. Qui pourrait raconter les outrages et les injures , les railleries et les mépris dont il dut y être l'objet? Mais la grande pénitence qu'il voulut faire fut celle de sa cruelle passion. La seule pensée de ce qu'il devait souffrir le frappa si fort, qu'il tomba en agonie dans le jardin des Oliviers , et que des lori'ents de sueur et de sang s'échappèrent de son corps. Y a-t-il une preuve plus convain-
SL'R LA rr.MTCN'CE. 229
canlc que celle-là poiii' nous dciuonlier (|ue les loiirments qu'il iillait subir élaieiU 1res cruels el extraordinaires? Quel homme lui jamais plongé dans un chagrin et dans une afïliction assez grande pour le laire tomber en agonie, etlui causer une sueur de sang assez abondante pour inonder la terre ? Que si la seule pensée des atroces douleurs (jue la barbai ie de ses bourreaux s'apprêtait à lui faire soulTrir lui causa des émotions si étonnantes, que devait-il en être lorsqu'il fallut en toute réalité les éprouver, comme cela arriva en elTel. Il fut emprisonné comme un malfaiteur et un larron ; il lut chargé de chaînes , trainé l)ai les rues, de là au tribunal d"im pontife, où il fut souffleté , viii|)cndé, livré à la dérision juscju'à servir de houtlon pendant toute une nuit à la plus vile soldates([ue. 11 fut conduit dans le cours de la matinée devant les tribunaux de Pilate et d'hérode , chez qui on le revêtit de la robe des insensés , et où, connue tel, il fut honni de la manière la plus indigne , et devint l'objet de la risée de la foule des courtisans. Chez Pilate, qui désirait le délivrer de la main des Juifs , il eut à souffrir la honte de se voir préférer un assassin , accusé d'avoir commis plusieurs meurtres , puis ensuite il hit flagellé. Combien ce tourment dut être ci'uel, ainsi que celui du couronnement d'épines ! Tant est, qu'après ces divers supplices, il était entièrement défiguré, et que, depuis la plante des pieds jusqu'à la tète , son corps était meurtri de coups et couvert de plaies , et à un tel point que Pilate crut qu'en le présentant au jieuple dans un état si pitoyable , il exciterait sa compassion. \ aine espérance ! Ce peuple veut que Jésus , quoique innocent, meure. Il est donc condamné à une mort ignominieuse, celle de la croix : tout alTaibli qu'il est , et épuisé i)ar le sang (pi'il a déjà versé, on le force à porter sur ses épaules déchirées , jusque sur le mont du Calvaire , le bois infâme siu* le- (jnel il va être sacrifié. 11 le prend néanmoins, et, quoiqu'il succombe plusieurs fois sous ce pesant fardeau, il arrive jusqu'au lieu où il doit y être attaché; et là, pendant trois heures qu'il y reste suspendu, il soulïre les douleurs d'une agonie inexprimable.
XVI. Telle est la pénitence que Jésus-Christ a faite pour nous ; à présent portons nos regards amoureux sur Jésus- Christ, qui est notre maitre et le grand modèle auquel nous devons ressembler , si nous voulons être prédestinés à sa gloire, el faisons cette réflexion : le divin Sauveur, dès le berceau , embrasse les soulTrances, se voue à toutes les incommodités, à toutes les privations , el nous le fuirions, et nous chercherions
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à nous en garantir? Sa vie est un tissu continuel de peines, et la nôtre ne sera qu'une chaîne de plaisirs ? La chair sans tache, très-innocente de Jésus-Christ, est déchirée et meurtrie par des fouets cruels, et la nôtre , qui est une chair de péché, sera flattée et caressée par tout ce que le monde peut otïrir sous le rapport des plaisirs et des jouissances ? La tête de .îésus- Christ est surchargée d'une couronne d'épines Irès-aiguës , et la nôtre sera entourée de fleurs et de vains ornements? Jésus- Christ , enfin , veut porter sa croix jusqu'au Calvaire , il s'y laisse clouer, il y agonise pendant trois heures entières , y est rassasié d'opprobres et de douleurs , y meurt, pour satisfaire à ces dettes qu'il n'avait pas contractées , et pour rendre à Dieu cette gloire qu'il ne lui avait pas ravie : Quœ non rapui ^ iunc exsolvo.bam ( Ps. 68. 5 ). Et nous, qui sommes obligés de satisfaire personnellement, et de restituera Dieu cet honneur que nous lui avons si souvent enlevé par nos péchés , nous refuserions de porter les croix qu"il nous envoie , de souffrir les peines dont il nous châtie , nous voudrions nous livrer aux divertissements et n'avoir que des consolations ?
XYU. Ah! mon bon Jésus et mon Dieu, permettez-moi de vous dire, mais dans d'autres seniiments que ceux des Juifs sur le Calvaire: Descende de cruce , descendez de cette croix sur laquelle il ne vous appartient pas d'être cloué. 0 croix! vous dirai-je avec le pieux Diego Stella (Mal. dell. am. di Dio), cédez-moi une place, recevez sur vous mon corps, et que celui de mon Sauveur soit détaché de votre bois ; élargissezvous , couronne d'épines , afin que je puisse vous placer sui* ma tète ; clous , sortez de ces mains innocentes et de ces pieds, et venez percer les miens et mon cœur. Mais puisque vous voulez néanmoins , malgré votre innocence , divin Jésus, être percé d'épines , de clous , et être attaché à la croix , souffrir et mourir pour moi , comment pourrai-je , indigne pécheur que je suis , me résoudre à passer ma vie dans les plaîsii's , clans les délices et dans la mollesse? comment voudrai-je fuir la pénitence? Ah! il nous est désormais impossible de résister à l'impression efficace de votre exemple ! Oui , Seigneur, nous .embrasserons la pénitence, il n'est rien de plus juste, nous som- ^mes pécheurs , et pour mille raisons non-seulement elle nous convient , mais encore elle nous est nécessaire ; vous l'avez faite pour nous, et nous à notre tour, nous voulons la faire pour marcher sur vos traces. Daignez, Seigneur, l'accepter , et, pour qu'elle nous soil profitable, unissez-la à la vôtre, afin qu'après avoirsouiïertavec vous, nous ayons !s bonheur de régner élernoiionciU avec vous dan? la c'olre.
SUR LA PÉKITEKCE. - 231
SUR LA PÉNITENCE
De la rigueur et de la sévérité de la péuilcncc, afin qu'elle puisse salis-» faire à Dieu, pour les péchés commis.
Quelle doit être la sévérité et la rigueur de la péniteiicCy pour qu'elle puisse satisfaire à la justice divine, quelle est la proportion et retendue de la pénitence relativement aux péchés commis, et quelle est la pénitence que Ton doit faire pour les elTacer, c'est là un sujet difficile à traiter, parce qu'on ne peut i)as connaître précisément la proportion qui doit exister entre elle et les péchés. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons pas douter qu'elle ne doive être rigoureuse et sévère, puisqu'il faut qu'elle satisfasse en quelque manière à la divine justice; puisqu'il faut qu'elle répare l'injiu'e faite à Dieu, et puisque ceux qui en ont fait une véritahle se sont condamnés à de grandes austéril Js et à de grandes mortifications.
I. Supposé que le sacrement de pénitence remette , outre la coulpe, In peine éternelle, et que celle-ci soit changée en une peine temporelle; pour apprécier la juste mesure de cette peine, il faudrait avoir une exacte connaissance de certaines choses, et cette connaissance est difficile à acquérir : il serait nécessaire desavoir quel. j était la disposition du pénitentquand il reçut l'absolution ; car, quoiqu'ordinairement la peine temporelle soitdiminuée ou abrégée, il ne nous en reste pas moins encore à subir, suivant le plus ou moins de disposition avec laquelle on a reçu cette absolution, ou qu'on s'est préparé à la recevoir. Supposons à présent qu'un pénitent, quand il s'apiiroche du sacrement de pénitence , est pénétré d'une telle douleur d'avoir offensé son Dieu ,et qu'il soit rempli et enllammé <i'une telle charité, qu'il obtienne la rémission entière de toute peine temporelle, comme nous en avons un exemple dans Magdeleine. Mais quelle est celte disposition, cette charité et cette douleur et son plus ou moins d'étendue: nous l'ignorons , et nous l'ignorerons; c'est une science réservée à Dieu seul qui pénètre le fond des cœurs, et non à l'homme. ÏNous ne pouvons pareillement savoir quel est le degré de grâce que Dieu a daigné accorder au pénitent qui a la contrition. La seconde chose qui nous est inconnue est la nature du péché mortel, sa malice, son énormilé, sa grièveté, la grandeur de la haine que Dieu
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lui porte, comme nous poiivons le conclure clairement d'après ce que nous avons dil en Irailani ce même sujet. De ce man-
^ que de connaissance, il en résulte qu'on ne peut pas préciser la juste sévérité de la pénitence, et indiquer la proportion qui doit exister entre elle elle péché, afin qu'elle ait assez d'efficacité pour satisfaire en quelque manière à la justice divine qui a été offensée. Or, le pécheur étant dans Tobligalion d'ac- (juiticr les dettes contractées à l'égard de la majesté outragée, et le chàliment,comme le recommande aux confesseurs le saint concile de Trente (Sess. 14. c, 8), devant être, autant que possible, en rapport avec la faute, on en déduit qu'il faut nécessairement que la pénitence soit rigoureuse et sévère.
II. Il ne faut pas craindre en cela d'excéder dans la rigueur de la pénitence ; car, mettant à part quelques âmes d'une grande ferveur et d'une sainteté éminente, qui ont besoin d'cire retenues, généralement parlant, dans l'état de relâchement dans lequel nous sommes tombés, il n'y a pas de danger ni de crainte qu'on aille trop loin en fait de sévérité ; au contraire, dit un pieux auteur {M. Jobi. R. 3), on doit toujours redouter que cette pénitence ne soit pas ce qu'elle doit être, et non qu'elle soit trop excessive, l'ourra-t-on donc au moins laisser à la liberté des pénitents le soin de satisfaire à Dieu pour les ofi'enses commises contre lui ? Non, sans doute, car les pénitences qu'ils s'imposeraient seraient tellement adoucies, qu'elles se réduiraient à rien, et qu'il n'y en aurait pour ainsi dire point de vestige. Car si tant de chrétiens se plaignent de celles qu'on leur donne, s'ils en murmurent hautement et s'ils ont de la peine à les faire, quoiciu'elles soient légères, que serait-ce, si on les laissait libres de se les imposer ? On pourra donc s'en tenir au moins aux seules pénitences imposées par les confesseurs? Non, car outre que dans certains cas particuliers, un grand nombre sont trop faciles et trop doux au préjudice de leur conscience, les plus sages ne croient pas que les pécheurs, après avoir accompli la pénitence qui leur a été imposée, doivent s'en tenir uniquement à celle-là ; au contraire, leur faisant comprendre la grandeur et la multitude de leurs fautes, ils leur rappellent l'obligation où ils sont de satisfaire toujours davantage à la justice divine, et de ne jamais s'arrêter dans la carrière de la pénitence.
m. 11 est vrai que Jésus-Christ a laissé les prêtres arbitres et juges en cette matière ; mais pour soutenir dignement ce ministère,ils doivent se tenir en garde pour ne pas trop flatter la délicatesse de leurs pénitents, et ne pas enlever à la pénitence la
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rÎHUcur qui lui csl ijéces.saii-o pour produire son cffcl. L'excessif relàoliemeiit qui s'est iulroduil peu à peu, et rindiserète ' laeiiité avec laquelle on absout , u"a que trop été , comuie le dit en gémissant saint Charles Borromée, une des malheureuses causes de la persévérance dans le péché, sous la tyrannie duquel vivent tant d'âmes qui n'\ i-enoncciit qu'en api)arence. et la source d'une intinité d'abus qui se sont glissés dans !e christianisme, ^jais.me dites-vous, il faudra donc faire revivre la sévérité des anciens canons pénilenliaux? Ce n'est pas ce que nous prétendons ; d'ailleurs un grand nombre de chrétiens ue veulent pas même en entendre parler. Cependant le Saint que nous venons de citer juucait que la connaissance en était très-nécessaire à tous les confesscui'S, aîin (lu'ils pusseui, se régler dans les pénitences à imposer, non d'après celles que les canons pénitentiaux prescrivaient , mais d"après leurs lumières et l'état de leurs pénitents. Je me souviens d'avoir pailé ailleurs de ces canons, et sans m'étcndre davantage sur ce sujet, je vous exhorte à ue pas perdre de vue la doctrine i\m y est exposée.
IV. Si nous comparons la discipline suivie par l'Kglisc, pendant j)Ius de dix siècles , à l'égard des ])éelieurs repentants , avec celle qui est en usage aujourd'hui , sachez que s'y borner uniquement, s'en faire une règle invariable, ce serait , disons-le, se tromper grossièrement , et s'endormir dans une fausse sécurité. Soyons persuadés qu'elle n'a jamais prétendu déroger à ce qui constitue l'essence de la pénitence chrétienne, ni la dépouiller de ce qui s'appelle son véritable esprit. Mais en quoi consiste l'essence et l'esprit de la pénitence chrétienne? Elle consiste à être, autant (jue possible, rigoureuse H sévère, et proportionnée à la faute , comine étant destinée à satisfaire à la justice divine qui a été offensée, et à réparer en même temps l'injure qui a été la conséquence de cette faute. C'est ce que nous avons démontré être clairement enseigné dauj le saint concile de Trente qui , quoiqu'il ait jugé convenable de ne pas remettre en vigueur les pénitences prescrites parles anciens canons, d'après la proposition qu'en avaient faite quelques évoques, membres de ce concile , a cependant ordonné aux confesseurs d'imposer, autant que la |)rudencele permettrait, des pénitences salutaires et convenables, selon la gravité des crimes et l'étal des personnes (jui les ont commis {Sess. 1 i. cap. 18) ; et, pour faire connaître {)lus expressément son désir que ces pénitences soient accompagnées de sévérité et de rigueur, il ajoute cette terrible menace qu'il adresse aux cou-
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fcsseiii's, ck peur i\v.c les traitant (les pécheurs) avec trop de C'iémenie , et les llallaut dans leurs péchés })ar des pénitences trop légères, vu la grièveté de leurs fautes, ils ne participent à leurs péchés : Ne alienorum participes efftciantur. Ils doivent en outre faiie en sorte que la satisl'aclion imposée leur sen e non-seulement de préservatif contre le vice dans la nouvelle vie cju'ils ont embrassée, et de remède à leurs faiblesses, mais encore de puniliori et de châtiment pour leurs iniquités passées : Ad prœlci itorum peccalorum vindiclam et castigationem; et quoique l'essence de la pénitence ne consiste plus dans les pratiques anciennes abolies aujourd'hui, il faut cependant se bien garder de croire qu'elle puisse être mitigée et adoucie au point d'exclure toute rigueur.
V. La pénitence tient lieu de la justice divine, et doit produire le même effet qu'aurait produit celle-ci contre le pécheur. 11 faut donc qu'elle soit rude et sévère; elle doit désarmer Dieu, calmer son courroux , apaiser son indignation ; il faut donc que, comme juges, nous prononcions contre nous-mêmes une sentence rigoureuse : Peccutum tuum , disait saint Augustin (Serin. 20. 3), judicein te habeal. Il est donc nécessaire que nous nous condamnions à ces peines auxquelles nous aurait condamnés la justice de ce grand juge. Qu'auraient-elles été ces peines? Le malheur éternel et la damnation éternelle. Mais, grâces à la miséricordieuse clémence de Dieu, il nous est facultatif de nous préserver des châtiments qui nous sont réservés, à la charge de nous en imposer de temporels qui sont d'une courte durée; par ce moyen nous échapperons aux premiers. La salisfaciion dont nous sommes redevables à Dieu, et la pénitence que nous avons à faire pour elïacer nos péchés, est donc une compensation de la peine éternelle qui nous est remise. Or, qui osera affirmer que cette pénitence pourra être douce et légère? Au contraire, ne sera-t-ou pas forcé d'avouer qu'elle doit être rigoureuse et sévère?
M. 11 est vrai que, dans la compensation, on n'exige pas une égalité parfaite entre la chose qui compense et la chose qui est compensée ; mais au moins il doit y avoir quelque proportion entre l'une et Fautre. llestencore vrai que nous ne sommes pas obligés à donner autant ({u'on nous a remis ; et qui jamais pourrait le faire ? mais au moins on doit donner raisonnableir.cnt , suivant la mesure de ses moyens. Or , une personne qui a péché mortellement a mérité l'enfer , c'est-àdire une peine d'une durée infinie. Observe-l-elle les règles d'une jusîe compciisation , quand elle se contente de réciter
si'R LA iMi.MirNcr:. 235
un chapelet, un rosaire et quelques psaumes? Une personne qui a tant de fois mérité Tenfer par la multitude innombrable et l'énormité de ses péchés donnera-t-clle à Dieu une satisfaction convenable en lui faisant du bout des lèvres un aveu languissant de la douleur qu'elle éprouve de l'avoir offense , et de sa résolution de ne plus lui déplaire? Une pénitence qui se borne à quelques paroles , d'ailleurs si légère et si courti' que quelques heuressultisentpour Taccomplir, etqui, ajoutons encore, ne dure pas plus que le temps qu'on emploie à se confesser, quoi ! cette pénitence sera une compensation suffisant • à celui qui a vécu des années entières dans l'infection du péché, et qui, pour l'expier, devrait être jeté dans ces ténèbres extérieures où il n'y aura que pleurs et grincements de dents. pour y brûlera jamais dans des flammes dévorantes! Non certainement, cette pénitence n'est pas suffisante, parce qu'elle ne peut pas satisfaire à désarmer la divine justice et servir de compensation pour la peine éternelle.
Vil. Une pénitence aussi légère et aussi courte, et qui n'est ni rude ni sévère , pourra beaucoup moins encore réparer l'injure dont le pécheur s'est rendu coupable envers Dieu par la violation de sa sainte loi. On a déjà vu que quand un pécheur l'offense , c'est un mépris qu'il a pour lui , et quel mépris ne fait-il pas de la divinité? quel déshonneur ne réjaillit pas sur elle quand il lui préfère de viles et indignes créatures? quand, pour ainsi dire , il place cette majesté infinie sous leurs pieds , et qu'il les choisit pour s'en créer des idoles infâmes auxquelles il prostitue ses respects, ses hommages et son culte? Or, pour réparer ce grand désordre que le péché a causé à l'égard de Dieu, il n'y a pas d'autre moyen que la pénitence; elle seule peut lui rendre l'honneur et la gloire qu'il lui avait ravie par sa faute. Tout chrétien reconnaît donc que le mépris étant grave et outrageant pour Dieu, la réparation doit lui être proportionnée, et conséquemment rude et sévère pour le pénitent qui est capable de la faire. Un pécheur repentant qui veut réparer toutes les injures faites à Dieu, doit mépriser tout ce qu'il estimait , et estimer ce qu'il méprisait. Quels étaient les objets de son estime? Les postes élevés, les honneurs , la gloire , les divertissements illicites , les plaisirs, les spectacles , la recherche et la vanité dans les vêtements, la délicatesse dans les aliments, le choix des meilleures qualités de vin , voilà ce qu'il doit laisser, mépriser et fuir.
Mais qu'est-ce qu'il fuyailet méprisait auparavant? Les exercices de piété , une vie retirée et dévote , les humiiiations ,
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les abaissements, les auslérilés, ies jeune.-; .les veilles , les gémissements el les j)leiirs. Voilà cequà présent il doit embrasser, et voilà quels sont les moyens qu'il doit employer pour réparer toutes les injures faites à Dieu.
VIII. Quand la sainte Eeriture j)arle de la conversion eldc la pénitence d'un pécbeur, elle n'en sépare pas les mortificntions, les gémissements, les pleurs, la cendre et le ciliée: elle suppose par-là même que la conversion est liée à ces différents actes. C'est là le langage des saints Pères. Saint Ambroise {Lib. 2. de pœnit. c. 10 ), après avoir dit qu'on trosivc plus facilement des chrétiens qui ont conservé 1 innocence, qu'on n'en trouve qui, après en avoir été dépouillés, l'oiil recouvrée parla voie de la pénitence, poursuit en déclarani qu'on se trompe complètement, lorsqu'on croit faire pénitence en participant aux jouissances et aux vaines satisfactions du siècle , auxquelles il faut renoncer , pour ne vaquer désormai'^ plus qu'à la prière, ne s'imposer que des veilles, ne plus donner cours qu'aux gémissements , pour ne plus interrom|)re son sommeil que par ses soupirs, et pour mourir enfin à tout ce qui peut rendre encore la vie agréable. Saint Cyprien , dans son traité de lapsis, dit que plus nous avons péché grièvement, plus nous devons verser des larmes. A une i)laie profonde on oppose un remède efticace et énergique. La pénitence, d'après ce principe, ne doit donc pas être inférieure à la faute. El après avoir dit que nous ne devons pas nous imaginer que Dieu s'apaise facilement après que nous l'avons si indignement abandonné et que nous nous sommes soustraits à sou divin sersicepour obéir à nos perverses inclinations, il ajoute qu'il faut le prier, le supplier humblement et instamment, passer les jours dans le deuil, les nuits dans les veilles, coucher sur la cendre et sur la dure, se vêtir du ciliée , après qu'on s'est dépouillé du vêtement de Jésus-Christ ; nous condamner au jeûne, puisque nous avons voulu apaiser notre faim par un i)liment diabolique : Posl diaboli cibum , malle jejunium.Mi\\s^, direz-vous , voilà des moyens de réconciliation bien coûteux à la nature, voilà des remèdes bien amers. Je l'avoue, mais ils sont nécessaires , d'une nécessité absolue. Qu'on parcoure les divines Ecritures et les ouvrages des sainte Pères ; qu'on lise les actes de fous les conciles, il est impossible d'en trouver et de vous en indiquer de plus faciles et de plus doux. Telle est la dure condition de celui qui , par ses débauches, a voulu perdre sa santé , tandis qu'il pouvait se conserver , d'être obligé de prendre les remèdes qui seuls ont assez d'effica-
SUR LA rrMTE^î:!'. 237
cîlè pour la lui faire recouvrer; il eu est ainsi de celui qui a pei'du voloulaireuient la çiràce : pour rohleuir de nouveau, il lau! qu'il embrasse les rigueurs de la pôuitcnce. Ce remède est amer, il est dégoûtant, c'est vrai , mais il faut qu'il soit tel ÏK)ur satisfaire un Dieu offensé, et réparer l'outrage qui lui a été fait, comme je viens de vous le démontrer.
!.\. 11 est un proverbe qui dit que les exemples font plus d'imj)ression que les paroles , et que souvent pour convaincre quelqu'un d'une vérité , ils sont plus efficaces que tous les discours. A])rés vous avoir donc prouvé, par les deux raisons indiquées plus haut, que la pénitence d'un pécheur doit être rigoureuse et sévère, je me dispose à vous démontrer cette même vérité par l'cxenq^lc de queUpies illustres pénitents qui se sont livrés à de grandes austérités, et ont exercé sur eux-mêmes d'éfoimantes rigueurs. Et nous avons réellement un grand sujet de nous humilier, lorsque nous réfléchissons sur ce qu'ont fait ces Saints pour punir en eux des fautes légères. Commençons par faire le récit de la pénitence de sainte Paule , dame romaine, dont parle avec tant d'éloge saint Jérôme. Cette illustre héroïne, beaucoup plus distinguée par la sainteté de sa vie que par la noblesse de son extraction , se punissait, se macérait la chair avec tant de rigueur, et versait des larmes si abondantes pour des fautes légères, qu'on aurait cru qu'elle s'était rendue coupable de péchés énormes. Nous la priions, dit saint Jérôme qui était son directeur, et qui n'était guère indulgent envers ses pénitenls , nous la i)riions qu'elle voulût modérer les austérités excessives auxquelles elle se condamnait; nous la suppliions de tarir un peu la source des larmes qu'elle versait jour et nuit,pour ncpasnuireà sa santé et conserver ses yeux, afin de continuer à vaquer à la lecture de la sainte Bible, sou h'vre favori, et qu'elle ne quittait jamais. Elle me répondait: ÎS'e vous opposez pas à ce que ce visage dont j'ai pris tant de soin , dont j'ai cherché à entretenir la fraîcheur et la beauté, contrairement au commandement de Dieu, perde ses altrails : Tnrhanda est faciès , quam nosira prœccptum Domini sccpè depi nxi. Permettez que je mate et que j'afflige ce corps que j'ai nourri avec tant de délicatesse, que j'expie mes vaines joies et mes rires immodérés par des pleurs continuels. 11 est nécessaire que la rudesse de mes habits et les pointes de mes cilices succèdent à la mollesse et à la pompe de ces véiementi dont je cherchai pendant si longtemps à me parer : et si, pendant tant d'années, je n'eus d'autre plaisir, d'autre ambition que de plaire au monde , que dès ce moment je n'aie plus d'autre désir que de plaire à mon Dieu.
238 II. LNSir.L'cno.N
X. A préseiil, je vous demande , au milieu de la corruption des mœurs dont nous sommes aujourd'hui témoins dans le monde où nous vivons, apercevez-vous quelque trace de celte pénitence pratiquée avec une si grande sévérité par cette illustre dame, pour anéantir ces péchés dont on ne se fait aui;un scrupule? 0 Dieu! combien de chrétiens et de chrétiennes, après avoir passé presque toute leur vie dans les jeux, dans les conversations, dans les veillées, dans les théâtres, dans les jouissances de toute espèce, parmi mille occasions dangereuses qui seront devenues tant de fois la cause de chutes mullipliées; après avoir soigné délicatement leur corps, ne lui avoir rien refusé de tout ce qu'il pouvait demander , après avoir consumé un temps si précieux à l'embellir, comme on embellit une idole, et cela avec des intentions et dans des desseins que Dieu n'a pas ignorés, et que nous connaîtrons nous-mêmes au dernier jugement; en un mot, après avoir commis peut-èti'e les crimes les plus énormes , comme s'ils avaient toujours conservé l'innocence de leur baptême , au lieu de s'imposer la moindre privation, et de se condamnera la plus légère pénitence pour expier leurs désordres , continuent au contraire à vivre comme ils vivaient , c'est-à-dire , à jouer , à se parer , à se rendre des visites, à se procurer les jouissances les plus agréables et les plus douces. Que si, par un certain respect humain ou par coutume, dans quelque circonstance particulière, ils y renoncent, ils croient faire suffisamment pénitence , en se présentant à un confesseur très indulgent pour en recevoiiune absolution dont ils sont indignes, et en y joignant un acU', de douleur d'avoir offensé Dieu avec la promesse de ne plus l'offenser. Et c'est là l'idée qu'on se ferait d'une vraie pénitence? Et ce sont là les justes satisfactions que l'on offre à Dieu pour tant d'injures qui lui ont été faites ? Non , mes frères , l'apôtre saint Paul, comme je l'ai indiqué dans une dernière instruction, nous dit ce qu'elle doit être, lorsqu'il s'exprime ainsi: « Que si, jusqu'à ce jour, vous vous êtes placés sous la servitude du démon, du monde et de vos passions, à présent livrez vos membres et tout vous-mêmes aux rigueurs de la pénitence, t'-'est ce qui s'appelle prendre en main les intérêts de la juslice : » Siciil exhibuistis membra vesira servirc viiquilali , ila mine exhibele membra vestra servire justiliœ.
XI. Le second exemple d'une pénitence rigoureuse et sévère nous est donné par sainte Thérèse, cette femme si éclairée et si avancée dans les voies de la spiritualité. Quelle raison croit iez-vous qu'elle eût pour se déterminer à faire une pénitence
SUR LA rÉiMTENCE. 239
semblable? Serait-ce parce qu'elle était tombée dans quelques péchés mortels et même des plus graves? Non, |xiisque Dieu, par sa sainte grâce , en préserva cette âme qui lui était si chère. Ils se réduisent tous à la lecture de quelques romans qui causèrent dans son cœur le refroidissement de ses bons désirs, et la rendirent moins fidèle à la grâce; à un certain amoui' pour le luxe, quelque attachement pour le monde , à un certain penchant à faire étalage de son esprit , à un désir d'être aimée, résultat funeste de ces vaines lectures; puis, dans l'état religieux, certaines amitiés qui, quoiqu'innocentes, l'éloignèrent un peu de l'oraison et de ses autres exercices spirituels et diminuèrent sa première ferveur; voilà , dis-je , quels sont ces péchés. Or, ce sont ces petites vanités, ces simples attachements au monde , cette perte de sa première ferveur que son humilité grossit dans l'histoire de sa vie , et <iu'elle présente comme des fautes très-graves , ce sont ces imperfections qu'elle détesta avec tant de douleur, qu'elle chercha à effacer partant de jeûnes, par desmortiflcalions et des austérités, et, tant qu'elle vécut, elle ne cessa jamais de les déplorer au milieu d'une grande abondance de larmes. Et nous, mes frères, à qui la conscience ne reproche pas seulement de petites vanités, ni de simples attachements au monde, ou un manque de ferveur , mais des péchés mortels, et même des plus graves , croirons-nous faire pénitence par l'effusion de quelques larmes qui se dessèchent bientôt par quelque douleur superficielle, sans dompter par des jeûnes, par des rigueurs, et réduire en servitude , par ces moyens, notre chair rebelle ?
XII. Le troisième exemple nous est fourni par sainte Catherine de Sienne, ce prodige d'amour divin, et qui en fut un de pénitence. Et de quelle pénitence ! Outre que sa vie ne fut qu'un jeûne continuel, elle se priva absolument de l'usage du vin et de la chair, ne se nourrissant que d'herbes crues, et sans pain. A peine accordait-elle à son corps une heure de sommeil sur une simple planche, employant tout le reste de ia nuit à l'oraison. Elle porta jusqu'à la mort une chaîne de fer armée de pointes aiguës qui pénétraient dans sa chair , et comme si ce n'eût pas été assez , elle se donnait la discipline trois fois par jour. Mais quel fut donc le péché de cette innocente jeune fille? Une légère et seule complaisance. Comme elle avait reçu de la nature toutes ces qualités dont le monde fait tant de cas, sa mère, qui désirait la marier avantageusement, la contraignit d'apporter plus de soin à sa toilette, et de
210 II. t>5TRlf.ïlON
faire valoir ces avanlnges luilurels qiic Dieu lui avait accordés. De plus, une de ses sœurs l'imporlunait pour le même sujet , voulant qu'elle fût d'une mise élégante, tellement que, ne pouvant pour aiusi dire plus résister, et pour se délivrer en quelque manière de cette espèce de vexation , elle consentit à tresser ses cheveux. Mais qu'arriva-t-il? Dieu lui ayant fait connaître , clans son oraison, combien cette légère vanité et cette complaisance lui avaient déplu, elle en conçut un repentir si amer et une douleur si vive, qu'elle ne cessa de s'en accuser , tant qu'elle vécut, dans les gémissements et dans les larmes, et qu'elle se condamna à une rigoureuse pénitence, comme si cette faute en eût été une des plus grandes de sa vie. 0 vous, femmes, qui perdez tant d'heures précieuses du jour devant un miroir pour donner à vos traits des charmes que la nature vous refusa, ou que les années effacent , et qui vous appliquez surtout à couronner votre télé d'ornements, dites-moi, en conscience, s'il vous est jamais venu dans l'esprit, non pas devons punir avec quelque sévérité , mais même de vous confesser d'un péché pour lequel sainte Catherine fil une pénitence si dure et si sévère ?
XIII. Que si ces âmes qui n'étaient coupables que de fautes légères se livraient à des pénitences si rigoureuses , il n'est pas étonnant que ceux qui s'étaient séparés de Dieu par des péchés énormes aient jugé nécessaire de suivre la même voie , après s'être convertis et être revenus à Dieu. La sainte Ecriture nous parle de trois pécheurs touchés de la grâce, qui sont saint Pierre, saint Paul, et sainte Magdeleine. Les saints Pères, la tradition, et le nouveau Testament nous racontent la rigueur de leur pénitence, le ne vous entretiendrai pas ici de quelle nature furent les péchés de saint Pierre et de saint Paul, vous les connaissez. Je vous épargnerai aussi le récit de leur rude pénitence, vous ne l'ignorez pas.
XIV. .Te vous dirai seulement quelque chose du péché et delà pénitence de Magdeleine, dont il est question dans le saint Evangile (/.Mc. 7. 37). Les sentiments des saints Pères et des aulres écrivains sont partagés sur la nature de son péché. Sain? Augustin et saint Grégoire, pape, paraissent croire qu'elle s'abandonnait à ces excès que l'apôtre saint Paul ne voudrait pas même qu'on nommât parmi les chrélieris. et (lu'elle brûlait des flammes impures dont elle cherchait à embraser les aulres, en vivant dans le libertinage : d'autres saints Pères et d'antres écrivains croient qu'elle s'était seulement rendue coupable de ce seul péché qui consislail à faire d'elle-même une
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idole, et, qu'enchantée des alUaiLs (lu'iuie riaiiire généreuse lui avait prodigués, elle n'avait qu'une ambition, celle de plaire aux hommes. Ainsi, toute occupée d'ajouter des charmes nouveaux à ceux qui la rendaient déjà un objet d'admiration, elle mettait toute sa gloire à attirer sur elle tous les regards et à captiver tous les cœurs. Une violente passion , en un mot, de s'élever au-dessus des personnes de son sexe, un grand désir de se faire voir, de plaire, et d'être aimée, étaient les seuls désordres de Magdeleine; car ils prétendent iiu'elle n'osa jamais se souiller par aucune impureté. Oue s'il en était ainsi, et que pour cela seul, elle se condamna, comme nous le veirons, à une si l'igouiciisc néiiileiicc , (luel siijc! de honte pour une infinité de personnes de 1 un et de l'autre sexe , qui sont loin de reconnaître des désordres dans une semblable manière de vivre, et qui, pourvu qu'elles n'arrivent pas jusqu'à des lauiiliarilés scandaleuses, se croient tout-à-lait innocentes!
XV. Quelle que soit l'opinion des saints Pères sur la nature du péché de Magdeleine . l'I-lvangile l'appelle /^/ />ec/jpre.s-.sp. Mais (MIC lit celte pé(lKMes>c / \ peine s;i;l-(n!r que .lésus-Chri>l était dans la maison du Pharisien, qu'elle s'y rend , se prosterne à ses pieds, et, dans celte posture, la contrition qu'elle ressentit de ses péchés, la douleur de l'avoir oITensé , turent si grandes , et son aniour si ardent , que le Sauveur l'assure que toutes ses iniquités, quelque nombreuses qu'elles soient, lui sont remises: Bemilluntur ei peccatu iindla, quoniam dilexit 7/ju//(i7?j , et qu'il la renvoie justifiée, en paix: Vade in pave ( Luc. 7. 50 ). Elle n'a donc plus besoin de faire d'autre péliiience , puisque ses péchés lui sont pardonnes ; quelle ne maltraite donc plus son corps, qu'elle ne donne plus coursa ses larmes. Que Magdeleine ne maltraite plus son corps, ditesvous , qu'elle arrête le cours de ses larmes? Mais écoutez ce (juejevais vous dire: si nousajnnlonsfoi à une pieuse tradition, nous en apprendrons que cette Sainte vécut dans une horrible caverne près de la ville de Marseille, condamnée par son amour avide de souffrances à une pénitence très rigoureuse. Quelques racines d'une amertume intolérable sont toute .sa nourriture; quelques gouttes d'eau s:i boisson; la terre nue est son lit; une pierre esi sou chevet; une croix est le seul objet sur lequel elle attache m's rcginds ; la cruelle j>;!ssion ci la mort de son l\é(lem|)lcu!"esl ru-iiMjin' suji't do ses médii;:lions; des fouels avec lesquels elle .se déchirait la chair son! les instruments de son supplice. Ce genre de vie , si propre a révolter notre délicalcsse , dura pendant trente ans. Ah ! mes .
chers Frères, il faudrait que les pénitences de ces Irois saints personnages nous convainquissent de Terreur dans laquelle nous sommes. Saint Pierre, après son péché, reçoit de Jésus- Christ le pardon A la paix, et n'en continua pas moins de pleurer jusqu'à la lin de ses jours. Saint Paul, après avoir persécuté l'Eglise de Dieu, sait qu'il a obtenu miséricorde, il lie persiste pas- moins à ciiàlicr son corps et aie réduire en servitude. MngtieU'inc i'>l ;issurée du partlon de ses fautes, et néanmoins elle coiu't se renfermer dans une profonde caverne pour s'y livrer aux rigueurs d'une pénitence qui ne finit qu'avec sa vie, et cela pour oflVir à Dieu une espèce de compensation. Mais nous , sommes-nous assurés du pardon de nos fautes? savons-nous si nous sommes dignes d'amour ou de Iniine ? ce que nous n'ignorons pas , c'est que nous avons péclié ; et nous pourrions nous croire en sûreté après avoir répandu quelques larmes et récité quelque courte prière? Nous lie disconviendrons pas que nous avons péché; mais nous n'avons pas connaissance d'en avoir obtenu le pardon ; et serionsnous si peu prudents que de vouloir renoncer tout-à-làit aux œuvres de pénitence , et de mener une vie douce el tranquille, comme si nous étions plus que sûrs d'être dans la grâce de Dieu , el d'avoir satisfait et au-delà pour nos fautes de toute espèce ? 0 présomption ! ô erreur ! 0 prœsumplio ncquissima iindè creala es ! Mettons donc une fois un terme à notre méprise. Imitons les Saints qui, quoiqu'assurés de leur j)ardon , n'en continuaient pas moins à faire pénitence. Que la nôtre soit dure et rigoureuse , qu'elle soit suffisante pour ré- [)arer l'injure faite à Dieu, et satisfaire à la divine justice, afin (ju'après avoir acquitté , par ce moyen , les dettes que nous avons contractées à son égard , nous puissions avoir droit icibas aux miséricordes de Dieu, pour l'avoir ensuite à sa gloire dans le ciel.
SUR LA PÉNITENCE
De la durée de la pénilence , et des diverses manières de la faire.
Pour terminer cette matière , il me reste à combattre ime erreur , à détruire un abus qui règne parmi les chrétiens , qui est de se relâcher trop facilement , et de négliger peu à peu les œuvres de pénilence qu'ils avaient d'abord commencé à pra-
SUR LA PÉNITENCE. 245
tiquer afiii de salisfuire à la justice divine. H est nécessaire de reiuédier à ee mal . en déintuitranl (|ue la pénitence du pécheur converti ne doit pas être de quelques heures , de quelques jours, de quelques semaines, de quelques mois, mais (liTelle doit être stable , persévérante, et durer sans aucune interruption jusqu'à la (in desesjours. Et de crainte que vuU5 ne soyez effrayés, en entendant dire qu'il faut faire péniîençfî toute votre vie, je vous proposerai diverses manières et plusieurs moyens IV.ciles de la faire. En deux mots, nous ver-'oiis <iuelle doit être la durée de la pénitence, elles différentes manières de la faire.
I. Quiconque, après avoir commencé à labourer son champ, regarde en arrière , n'est pas propre au royaume de Dieu : . Nemo millens munnin siuun ad ararluin, cl respiciens relrù, apUts (.'st regno Dci (Luc. 9. G2). C'est une sentence de notre divin Sauveur, par laquelle il veut nous dire que celui qui a renoncé à l'iniquité pour entrer dans la voie du salut ne doit plus quitter cette voie pour retourner à ses premiers désordres; car s'il le fait, il ne peut s'attendre qu'à être exclu du <'iel et condamné à l'enfer. Celui qui est sorti de Sodùnie par l'ordre des anges, c'est-à-dire du péché, par un effet de ia grâce , ne doit plus reporter ses regards sur l'infortuné pa\s qu'il a quitté, et cela sous peine de perdre la vie éternelle , comme pour l'avoir voulu faire ,il n'en coûta rien moins qiie la vie temporelle à la femme de Loth(Ge;;. 19. 26). Lorsqu'uii chrétien a eu le bonheur de se rendre aux invitations de la grâce, de déposer le poids de ses crimes aux pieds du ministre de Dici; , lors(|u'il a commencé à détester sincèrement ses fautes, ei à s'adonner aux œuvres de la pénitence, il ne faut pas (ju'ilseiaisse aller au découragement,niqu'il interrompe l'exercice de ces bonnesœuvres,s'il ne veut pas exposer son salut au danger le plus évident. 11 faut que toujours il ait en horreur ses péchés passés et tout ce qui aété pour lui une occasion de péché. Comme le roi David, il doit sans cesse avoir ses crimes présenls devant lui, mais pour se punir, pour gémir, pour soupirer, pour se repentir d'avoir été si ingrat envers son Dieu : Peccatum meum contra me est semper (Ps. ôO. 5.) 11 faut que , comme au roi David, ses soupirs, ses gémissements et ses larmes soient sa nourriture ordinaire le jour et la nuit : Fueruni mUti Uuryniœ mcœ panes dip ne nocle {Ps. 41. 4). Non , un péclieur pénitent ne doit jamais cesser de gémir, de pleurer ,de se chàlicr et défaire péuilence, autrement il ne lui reste plus d'espoir des;!!ii!.!] fasU, ciil le saint concile de Trente, que
-H nr. iNSTRrcTiôN
sa \io enliôre ne soit autre chose qu'une péiiilence conlinuelle: Tola clin^iitina ^'ita , perpclua pœnilcnlia esse tiebct (Sess. I i. Doci, tic Sacr. Ext. Unctioiiis). Dès le moment (ju'il Ta qv.;~ brassée, il ne doit plus jamais la quitter.
II. C'csi ce que nous acnseis^né par ses paroles et par se>i exemples notre divin Rédempteurlni-méme, dont nous devons être les imitateurs fidèles, comme étant ses enlanls et lesmenil)res de son corps mystique. Après avoir pratiqué loulo sa \it' la pénitence la plus rii^oureuse, il proteste que celui qui veut être son disciple doit se renoncer lui-même, prendre sa croi\ elle suivre. El ce n'est pas seulement à ses Apôtres qu'il tient ce langage , et qu'il prescrit cette manière de vivre, c'est ;'i tous ceux qui veulent l'imiter et faire leur salut : DicehtU auiem lui onines (LuG. 9. 23). lia appelé bienheureux les pauvres d'esprit, ceux qui ont laim etsoil, ceux qui pleurent, ceux qui, pour son amour, souffrent les persécutions , les calonmies et les mépris. Voilà quelle doit être la vie d'un chrétien : pleurs, veilles, pauvreté, faim etsoif, mortifications, souIïrances,])ersécutions, calomnies , croix et pénitence continuelles : Tota c/nisiiatia viia , etc. Malheur donc à celui qui sort de celte voie péni'uleet difficile, surtout après qu'il act)mmis un grand iionihre de crimes. 11 devient rebelle à Jésus-Christ, il renonce il sa milice Fainte, et par conséquent au bonheur éternel.
III. Ouand notre divin Sauveur montre le chemin que doivent suivre ses disciples, et la porte par où ils doivent entrer, il leur prescrit de marcher par la voie étroite, de passer par In porte étroite: Inhale pcr angustamportam (.Mallh. 7. 13). 11 parle senlemenl de deux voies différentes: Tune qui est large, «iuicieuse, où l'on ne trouve que des fleurs, où l'on ne respire que plaisirs et délices; c'est celle que suivent les pécheurs, (jui ne cherchenl qu'à satisfaire leurs passions et à se procurer loutcs les jouissances possibles. L'autre est une voie ciroite, s:^mée de ronces et couverte d'épines , c'est-à-dire de inoitificalions et de croix ; c'est celle que suivent les âmes cj-aignant L>ieu, el qui travailient à leur salut. .Mais il y aura, tlirez-vous, une voie moyenne, celle (jue tiennent aujourd'hui lanl de ijcrsonnes honnêtes dans le monde, qui ne s'abandonnent pas. ii est vrai, aii\ deiniers excès , comme les gens le.-> plus relàvlîés et les plus corrompus, mais qui cependant évitent tout ce qui ressent la mortification, tout ce qui peut falisçîjor etgénei les sens, et passent leur vie dans les jeux , dans iesfélcs, aux bals, aux théâtres, dans les conversations agré;)- Mes, e:i vis:le>=;>. dansiez soirées et les autres divertissements.
SIR LA PKMTn.NCE. 2i->
qu'on appelle récrôations honnèles et plaisirs i!:i^(;';"'î's ? Non^ mes iM'ères, celle voie moyenne ne se trouve pas i!i; .s i'Evanifjie; mais elle rentre dans la voie large et spacieuse , et si celle voie conduit à la perdition et à l'enfer, ceux qui la suivent ne peuvent s'attendre à autre chose , sinon à une lin ;iussi funeste. 11 n'y a que la voie étroite qui mène à la vie et à la gloire éterndles. Elle s'appelle voie étroite, dit saii:!. Augustin, f«« «rc/fe^^arce qu'elle réprime les passions : Quia ordai cupidi^ laies, fjarce qu'elle n'admet ni délices, ni plaisirs ci (}u'elle tient Jes sens en servitude. Et c'est celle vie pénitente et mortifiée <|ue nous devons mener sans interruption pendant toute notre vie, si, après avoir péché, nous désirons parveiiir ;'; la gloire l ToUi clirisdaua vita, perpclua pœuiloitia essedebd. .
IV. Mais pour mieux vous persuader qu'il faut que notre pénitence soit constante, et qu'elle dure jusqu'à la fin de nos jours, je vous dirai avec les sacrés Conciles elles saints Pères, (jue la pénitence est celle seconde planche de refuge et de salut que la divine miséricorde présente aux infortunés ])écheurs , après qu'ils ont eu le malheur de laii-e le déplurahle naufrage où ils ont perdu l'iimocence baptismale. Figurez-vous donc que vous apercevez un vaisseau sur une mer jsgitée par une furieuse tempête ; hienlùt ses voiles sont déchirées, son gouvernail esl emporté, il se brise, il est submeriio. Chacun des malheureux naufragés s'empresse de saisir une' planche qui puisse le porter sur le rivage. L'un d'entre eux, par ses efforts multipliés, esl parvenu à s'attacher à une de ces olanches, il la serre étroitement dans ses bras. Mais les vents soufflent, la mer mugit, les fiots s'amoncellent, ses compagnons d'infortune lui crienl de quitter sa planche. Croyez-vous qu'il va l'abandonner ? L'abandonneriez-vous vous-mêmes dans vuf: conjoncture pareille ?.ie réponds pour vous, et je dis sans crainte de me tromper, que vous ne consentiriez point avons en dessaisir , et qu'il n'> aurait qu'un insensé qui fût capable de le faire. Or, mes Frères , nous nous trouvons précisément dans ce cas. Après nos péchés et la perte que nous avoLs faite de la grâce, par un trait de la divine miséricorde , nous avons eu le bonheur d'embrasser la planche salutaire de la pénitence. Si nous voulons arriver au port du salut . attachons-nous-y fortement, et ne la quittons jamais. Que les objets les plus séducteurs nous portent à l'abandonner, etàretourner à nos premiers dérèglements ; que nos anciens amis et compagnons nous pressent et nous sollicitent; que les tentations les plus violentas cherchent à nous ébranler, il laiii iciitmcci- .'i ! jutcs lessug—
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gestions et persévérer constamment dans le saint exercice de la pénitence. Et jusqu'à quand faut-il ypcrsévérer? Jusqu'à la Un de la vie ; c'est le seul moyen de salut qui nous reste; c'est celui que prescrit saint Ambroise à une vierge qui avait comr.iis un crime déshonorant. Attachez-vous à la pénitence, lui ditil, comme celui qui a fait naufrage s'attache à une planche ; attachez-vous à la pénitence jusqu'à la fin de votre vie: Inhœre 2)œnit(ntiœ tanquam naufraçjns tabulœ, inhœre pœnitenliœ usque ad fincm vite {L\h. ad virgin. laps. c. 8).
V. C'est encore le moyen dont se sont servi tant de saints r.nachorètes, tant d'illustres pénitents , qui ont généreusement abandonné le monde avec tous ses charmes trompeurs , pour aller peupler les solitudes et les déserts , pour habiter toute leur vie dans des grottes et des cavernes au milieu des hèles sauvages. Et n'est-ce pas encore ce qu'ont fait tant de personnes de tout sexe et de toute condition, qui ont édifié l'Eglise de Jésus-Christ , en se renfermant dans des cloîtres, et s'engageanl par vœu à y passer le reste de leurs jours, pour s'y livrer aux rigueurs d'une pénitence continuelle? Combien d'autres qui, obligés de vivre au milieu du monde , y sont restés comme lui étant étrangers, et s'y sont adonnés à une pénitence qui n'a fini qu'avec leur vie? El ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que ce ne sont pas seulement les grands pécheurs , Diais ceux-là même qui avaient conservé leur innocence , ou qui n'avaient que des fautes bien légères à se reprocher, qui se sont condaninés à passer ainsi toute leur vie dans l'exercice des œuvres satisfactoires, soit dans les déserts , soit dans les cloîtres, soit an milieu du monde. Quel sujet de confusion pour nous qui , après avoir commis tant de péchés , croyons avoir fait assez en déclarant nos fautes, et en accomplissant la pénitence si légère], si douce et de si peu de durée qui nous a été imposée par notre confesseur !
VI. Et quand nous serions assurés d'avoir obtenu le pardon cle tous nos égarements, ce que nous ne pouvons savoir d'une Piianière certaine sans une révélation spéciale, nous ne devrions pas pour autant cesser de faire pénitence, puisque l'Espril- Saint nous recommande de n'être jamais sans crainte, même sur nos péchés pardonnes : De propitiato peccato uoH esse sine mein (Eccl. 5. 5). Quand nous aurions la certitude d'être actuellement en état de grâce , ne devrions-nous pas toujours détester notre conduite passée et l'ingratitude dont nous nous sommes rendus coupables envers un Dieu si plein de bonté DO LU" nous? C'est ce que firent les trois grands pénitents donî
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nous avons parlé dans la dernière Inslrneiion : Samt Pierre , saint Paul, et sainte Marie-Magdeleine. Ils savaient qu'ils étaient en état de grâce, et que Dieu, dans sa miséricorde, leur avait tout pardonné; et néanmoins ils ne cessèrent point jusqu'à la mort de pleurer, de verser des larmes abondantes, de dompter leur chair, et de se livrer à la mortification et aux austérités les plus rigoureuses. C'est encore de cette même manière que se conduisit le saint roi David, que les saints Pères nous proposent comme un parfait modèle de pénitence.
VTI. Comment oserions-nous donc mettre un terme à notre douleur et à notre repentir, essuyer nos larmes, sécher nos pleurs, et cesser de faire pénitence, nous qui, tout assurés que nous sommes d'avoir offensé Dieu , n'avons pas la même certitude que nos péchés nous ont été pardonnes? Oui, ô Chrétiens, c'est là le motif qui devrait nous rendre inconsolables, bien plus que ces grands Saints , et nous animer d'autant plus à la pratique delà pénitence, que nous nous sentons coupables de crimes plus graves et plus multipliés. Puisqu'elle est une espèce de jugement que nous portons contre nous-mêmes, il faut que la durée et la rigueur du châtiment corresponde au nombre et à la grièveté de nos fautes. Si nous n'avons que despéchés véniels à expier, dit saint Césaire, la visite du Sainl- Sacrement, le soin des malades , des intirmes et de ceux qiii sont détenus dans les prisons, les prières accoutumées, les aumônes ordinaires, l'abstinence et les jeûnes prescrits par l'Kglise, toutes ces bonnes œuvres seront suffisantes pour satisfaire à la justice divine. Mais, ajoute le même Saint, pour les fautes plus graves, il est nécessaire d'élargir les mains et de faire des aumônes plus abondantes; il faut des pleurs, des gémissements, des jeûnes pins longs et plus rigoureux , des morlitications extraordinaires : Pro capUalibus verù criminibus, non hoc solamsufficil, sed achlendœ siint lacrymœ , et gémilux, continuatn et lougo lempore procraslinata jejunia, largiores clcemosynœ (Hom. 8).
VlII. Telle est la règle que doivent suivre les pécheurs à qui la conscience reproche les plus grands crimes , comme sont les péchés de scandale, les péchés de pure malice et les péchés d'habitude. Hélas ! combien de chrétiens aujourd'hui se rendent coupables du péché de scandale ! qui, non contents d'offenser Dieu par eux-mêmes , portent encore les autres au crime, ou par leurs mauvais discours, ou par leurs mauvais exemples. Et de combien d'àmes ces scandales ne causent-ils pas la perte? Demandez à tous ceux qui sont abandonnés au désordre ,
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quelle a élê la cause de leurs dérèglements ; presque tous vous répondront qu'ils sont tombés ou parce qu'ils ont prêté l'oreille ?i de mauvais discours qui les ont pervertis , ou parce qu'on leur a appris le mal , ou enfin parce qu'on les a sollicités à le faire. Les péchés de pure malice ne sont pas moins fréquents dans le monde. Car il s'en trouve un grand nombre qui pèchent non point par ignorance , ni par surprise, ni par suite des tentations violentes, mais qui le font avec une pleine connaissance, malgré tous les remords de leur conscience, malgré les lumières et les impulsions de la grâce qui leur parle au cœur pour les détourner du mal et les faire sortir du précipice où ils sont tombés. Une infinité d'autres passent leur vie dans des habitudes criminelles , vieillissent dans le crime , et blanchissent, pour ainsi dire , sous le joug de l'iniquité , habitués depuis de longues années aux jurements, aux blasphèmes, à l'ivrognerie, à la vengeance, à la médisance, à la volupté et à lous les désordres.
IX. Or, des pénitences légères et de quelques jours seraientelles suffisantes pour expier ces péchés de scandale, de pure malice et d'habitude ; péchés si graves et si énormes à raison de leurs conséquences affreuses , de leur nombre et de leur «iurée? Non , puisque la pénitence doit être proportionnée aux '.rimes que l'on a commis, il est nécessaire qu'elle soit rigoureuse et durable. 11 faut, dit saint ('ésaire dans un autre «'iidroit (^om. I.), que dans cette matière nous nous conduisions comme les médecins. Si la plaie qu'ils ont à soigner n'offre rien d'alarmant, ils n'emploient que peu de remèdes et des remèdes ordinaires et faciles; mais si la plai > est profonde el que le fer ait pénétré jusqu'aux os, oh ! alors , dit le Saint, il faut beaucoup plus de temps, de soins et de peine, etilsmett(înl en œuvre les moyens les plus puissants. C'est ainsi que nous devons nous conduire en faisant pénitence de nos péchés. r,'est une erreur de croire que celui qui s'est rendu coupable (les fautes les plus graves , qui a mené la vie la plus dissolue, (jui a voulu goûter tous les plaisirs défendus, etse procurer toutes lus jouissances les plus criminelles, fera suffisamment pénitence ens'adonnant à quelques pratiques de piété , en selivrant à quelques mortifications légères et de peu de durée : Quatiiùm se glorificavit, el in deliciis fuit , lanlîun date ilU tormenlum el (iiciiim. C'est la règle que doit observer en cette vie , pour faire pénitence, quiconque ne veut pas être condamné à la faire éternellement dans l'autre , comme cette grande pécheresse de Babylone dont parle saint Jeap. dans son Apocalypse (18. 7).
SCR LA PENITENCE. 249
Autant OB a voulu goûter de plaisirs, autant on a cherché à se satisfaire, autant il faut macérer sa chair , autant il faut gémir et se mortifier. Vous vous êtes si souvent révoltés contre Dieu, pour contenter vos passions; vous avez passé la plus grande partie de votre vie dans le crime, vous devez mourir en faisant, pénitence. Vous avez accordé à vos sens tout ce qu'ils vous demandaient de doux et d'agréable , il faut désormais les punir en leur refusant toufe'satisfaction , en les condamnant aux piivalions et aux soutïrances : Quantum se (jlorifùuvii, etc. Et si la vie de tout chrétien doit être , comme nous l'avons dit plusieurs fois , une pénitence continuelle , à plus forte raison ceci doit-il s'entendre de celui qui s'est livré à des crimes plus .maves et plus nombreux. 11 faut que ce pécheur ne cesse januiisde se pimir lui-même, et qu'il ne se croie point en sûreté, si sa pénitence ne dure autant que sa vie.
\. Mais s'il en est ainsi, direz-vous, il faudra donc , comme un saint Jérôme , nous frapper sans cesse la poitrine avec une pierre; ou, comme un saint Pierre d'Alcantara , avoir toujours la discipline à la main pour ensanglanter notre chair . porter le cilice , lier notre corps avec des chaînes de fer , jeûner tous les jours au pain et à l'eau et pratiquer toutes les austérités auxquelles se sont livrés les plus grands Saints? Non , mes Frères, nous ne sommes point obligés de faire ces mortifications extraordinaires. Lorsque le concile de Trenle nous dit que la vie d'un chrétien doit être une pénitence conliiiuelle . il veut parler de l'esprit de pénitence plus encore (jut' de^ actes extérieurs de pénitence. Un chrétien n"ost donc pus lenu de se frapper, déjeuner sans cesse, et j'en dis autant dos exercices de pénitence, parce que cela n'est pas possible à riiomme , eii égard à sa position et aux autres devoirs (ju'il a ;: rem|)lir. Il faut même ajouter que nous devons plutôt admirer qu'imiter certaines pratiques de mortifications et certaines austérités, auxquelles se sont livrés les Saints. Nous sommes obligés de pratiquer, sans nous faire illusion, les pénitences qui sont proportionnées à nos forces et qui nous sont permises par nos directeurs. Le concile de Trente veut donc dire (}u'un chrétien qui a eu le malheur d'offenser Dieu, et qui , par un effet de la divine miséricorde, a obtenu le pardon de ses fautes, doit conserver toute sa vie l'esprit de pénitence, et montrer extérieurement qu'il est animé de cet esprit.
XL Mais comment prouvera-t-il qu'il a embrassé la pénitence et qu'il en a réellement l'esprit ? 11 faut qu'il le montre en premier lieu, en satisfaisant à ses oblig^itions essentielles.
-oO lii. !".?Tiiur.'riOiN
Celui qui a ravi !c bien d'aïUnù, ou quile relient injustemon!, <l<!it se déterminer nou-seuîement à le restituer et à payer ses (ietles , mais il doit encore le faire au plus tôt, s'il en a les moyens , parce qu'en différant , il se rend coupable d'une nouvelle injustice. Celui qui a terni la réputation du prochain prudes médisances ou des calomnies est obligé de réparer ce ma! , et de détruire de la manière la plus efficace possible les effets <ie ces médisances et de ces calomnies. Celui qui a mené une vie criminelle et scandaleuse doit réparer le scandale , en donnant publiquement des marques d'un véritable repentir et d'une sincère conversion. Ces satisfactions et ces pénitences sont de toute nécessité ; il n'y a pas de puissance sur la terre qui ait ia faculté d'eu dispenser. Pour ce qui est de la perfection de la pénitence, il faut que cette pénitence soit proportionnée , autant que possible , aux péchés dont on s'est rendu coupable, l'ar exemple , vous avez péché par un attachement trop fort au monde et aux choses de la terre , il faut expier ce péché en vous retirant et en vous séparant, autant que vous le pourrez , de ce même monde et des objets terrestres. Vous avez voulu satisfaire votre curiosité en lisant de mauvais livres, il faut les jeter au feu , et vous condamner à ne plus lire que la sainte Ecriture et les ouvrages qui traitent de la piété chrétienne. Vous avez perdu votre temps à des conversations vaines et inutiles, ou peut-être à tenir des discours scandaleux ; il faut vous résoudre à faire un meilleur usage de ce temps , en consacrant à la prière les heures que vous passiez dans ces entreliens frivoles ou dangereux, en écoutant plus attentivement les instructions, et en réfléchissant ensuite sur les vérités que vous avez entendues. Vous avez abusé de vos richesses , en dépensant votre argent dans les jeux, dans les modes , pour satisfaire la vaniLé,ou en des choses superflues; vous l'emploirez maintenant à faire des aumônes, ou en d'autres bonnes œuvres. Vous , femmes, vous vous êtes laissé dominer par le désir de plaire , d'être recherchées et admirées ; vous avez jusqu'à ce jour donné un soin excessif à votre parure, à vos ajustements : si vous n'avez pas le courage de vous défigurer , comme le fit sainte Paule, dame romaine, il faut au moins réparer le passé par une louable négligence , par un saint oubli de votre personne , et par les exercices d'une vie humble et retirée, lien faut dire autant de la maniiTC de réparer tous les autres manquements; la pénitence doit être, autant que possible , «n rapport avec les péchés ([ue l'on a commis, et proportionnée au nombre et à la grièvelé des fautes dont on s'est rendu coupable.
SUR LA PÉNITENCE. 5ÔT
\IT. Tout ceci csl vrai, ino direz-vnus ; maïs nos pérljés sont si graves et si multipliés , iîous avons si longtemps persévéré dans nos habitudes criminelles, malgré les inspirations divines et les impulsions de la grâce qui nous sollicitait et nous pressait de revenir à Dieu , qu'il nous est impossible de faire une pénitence qui ait quelque proportion avec nos désordes , soie quant à la durée , supposé même que nous dussions rester sur la terre aussi longtemps que les anciens patriarches : soi? quant à la rigueur , lors même que nous nous condamnerions à toutes les austérités auxquelles se sont livrés les plus saints anachorètes. Infortunés que nous sommes 1 quel espoir nons reste-t-il , et quel parti devons-nous prendre? le ne suis point ici, Chrétiens, pour votis flatter et vous induire en erreur. La pénitence est indispensablement nécessaire à celui qui a péc-hé , et il faut que , dans sa rigueur et dans sa durée , elle ai^ quelque proportion avec les crimes qu'elle doit expier. Mais il ne faut pas pourtant vous livrer au désespoir , et cette objection que vous venez de me faire me fournit l'occasion de passer au second point, dans lequel je me suis proposé de vous enseigner une manière facile de faire pénitence.
Xin. Sachez donc que , lors(prayant le cœur touché et brisé- (Vuue véritable douleur d'avoir offensé un Dieu si plein de bontéet animés d'une sainte résolution de ne plus l'olTenser à l'ayerir , vous êtes allés vous jeter aux pieds du ministre de la réconciliation , et qu'après lui avoir fait un humble et sincère aveu de vos fautes , vous avez reçu de lui l'absolution sacnjmentelle , Dieu en ce moment vous a remis vos péchés mortels et la peine éternelle que vous aviez méritée en les commettant- Mais après cela , il vous reste à subir une peine temporelle; en accomplissant fidèlement la pénitence qui vous est imposée par le confesseur , et en vous condamnant vous-mêmes à ûes œuvres pénibles et capables de satisfaire à la justice divine qai exige celte réparation de la part du pécheur. Il est vrai toutefoisque ces œuvres de pénitence ne sont pour rien danslarémissior. du péché mortel et de la peine éternelle qu'il mérite. Il n'y a que le sang précieux de Jésus-Christ, et ses mérites infinis, qui nous sont appliqués par le moyen du sacrement , qui puissent nous obtenir de Dieu le pardon de ce péché . et la rémission de cette peine. Car le péché étant un mal infini , qui mérite un châtiment éternel , il n'y a que cette victime adorable, qui est d'une valeur infinie, qui soit capable de satisfaire d'une manière suffisante à la justice divine pour l'injure que ce péché a faiîe à Dieu; te qui est bien propre à exciter en nous les-
2^)'2 m. lASTlUCilON
?s('iiUmenls de la plus vive reconiuiissance envers .Tésus-('hrist notre divin Rédempteur, qui a bien voulu prendre sur lui la peine principale due à nos péchés , et ne nous en laisser à subir <|ue la moindre partie. Au sujet de la pénitence qui nous reste ;i faire pour ex|)ier nos péchés, après que nous en avons obtenu le pardon de la divine miséricorde , le concile de Irente •' Sess. 14. c. 8) nous expose une doctrine bien capable de nous ■<-onsoIer et de ranimer notre confiance. Après nous avoir démontré l'obligation où nous sommes de satisfaire à Dieu pour lins péchés ; après avoir l'ait connaître les grands avantages <jni résultent de cette satisfaction ; après avoir recommandé ;u IX confesseurs d'imposer des pénitences proportionnées au nombre , à la grièveté et à l'espèce des péchés commis , ainsi qu'à l'état et à la position des personnes, il ajoute {Ib. c. 9): « XIV. Le sacré concile enseigne en outre que la bonté de « Dieu est si grande, qu'il veut bien que, par la médiatlou » de Jésus-Christ, nous puissions satisfaire à sa justice non- » seulement par les pénitences que nous nous imposons vo- » lontairement , ou qui nous sont prescrites par le confesseur, » mais encore ( ce qui est une preuve de son amour infini en- « vers nous) par le moyen des disgrâces temporelles dont il » nous afflige , pourvu toutefois que nous ayons soin de les » supporter avec patience et résignation. » Telles sont les expressions dont se servent les F'ères de ce concile. Quel excès de bonté et de miséricorde de la part de Dieu , que de vouloir bien nous donner tant de moyens , et des moyens si faciles de satisfaire à sa justice! Par notre péché nous avions mérité l'enfer ; Dieu pouvait nous y précipiter, comme il en a précipité tant d'autres. Mais non , il a daigné nous pardonner et nous recevoir en grâce après tant d'outrages que nous lui avons faits. Il pouvait, en nous pardonnant, exiger de notre parties satisfactions les plus pénibles , et nous eussions dû ac- <;epter cette condition avec reconnaissance , nous estimant heureux de pouvoir nous préserver de Tenfer au moyen des peines temporelles de cette vie. Mais ce Père des miséricordes, ce Dieu de toute consolation a voidu nous traiter avec plus de <louceur. 11 daigne agréer , en réparation de nos fautes , les peines que nous ne pouvons pas nous exempter de souffrir. Toutes les calamités , les disgrâces qui nous viennent immédiatement de lui , ou des hommes , pnr sa permission ; toutes les misères inséparables de noire nature , ou de notre état, si iir.ns les souffrons en esprit de pénitence et avec soumission à i^cs ordres ; il veut bien s'en contenter et se tenir pour satisfait.
SUR LA PIsNITENCE. 2-V>
XV. Il VOUS envoie une lonipt'tc qm ravîii^e vos champs,une grêle qui détruit vos moissons, une séclicresse, des -pluies trop abondantes, une niorlalilc parmi les animaux ; la morf vous ravit un père, une mère, un époux, une épouse, un enfant chéri ; vous êtes retenus sur un lit de douleurs par une lièvre, ou par une autre maladie; il ne tient pas à vous de vous préserver, ni de vous délivrer de ces maux ; néanmoinssi vous supportez ces peines tempoi-elles avec résignation ; st vous les oll'rez à Dieu, en les unissant aux mérites de Jésus- Christ, elles vous servent admirablement pour satisfaire à la justice divine. C'est ce que taisait le saint roi David, qui nonseulement souffrait en patience les peines et les châtiments que Dieu lui avait envoyés, mais qui le priait de lui en fair(r .soutTrir encore davantage : Ego in flarjelln paradis sum : et dolor meus in touspecta meo semper (Ps. 3.7. 18). C'est aussi ceque la sainte Ecriture nous rapi)orte de Tobie qui, tout saint, tout parfait, tout ami de Dieu qu'il était, supportait néanmoins en esprit de pénitence la privation de la vue et toutes les autres alHictions que Dieu lui avait envoyées, et ne savait dire autre chose, sinon ces paroles: Vous êtes juste, Seigneur, et tous vos jugements sont équitables : JusfMs es, Domine, el omniajndicia laajvsla suni (Tob. 3. 2).
XVI. C'est avec ce même esprit de pénitence et de résignation que nous devons recevoir les maux quinous viennent des créatures. On vous suscite un procès injuste, on vous dérobe un objet auquel votre cœur était attaché, on vous refuse un service, on vous cause un dommage considérable, on vous persécute, on vous tend des pièges, on vous calomnie, on cherche à vous ravir votre honneur et votre réputation; vous éprouvez des chagrins de la part d'un enfant, d'un frère, d'un voisin ; vous êtes obligé de vivre avec une compagne dont les manières vous déplaisent, et qui ne veut suivre que sa volonté et ses caprices, ou bien vous avez un mari colère ot emporté. Résignez-vous, humiliez-vous, supportez patiemm:Mit ces injures, ces peines, ces injustices que Dieu permet, et tout deviendra pour vous matière de pénitence, vous y trouverez de grands sujets de mérites, et des moyens très efficaces pour expier vos péchés. Quelle matière de pénitence ne trouvons-nous pas dans l'accomplissement des devoirs de notre état, si nous voulons nous appliquer à tout faire en vue de plaire à l'ieu? ^'> perdez plus désormais le mérile de ces peines et de ces fatigues que vou- ries dans li nécessité d'épruuvcr on m-crimp^ss:!;:[\i;s oî.Ii^nw.Mis. ^'iiir-^^' : îv's ;n\ iiiéi':'-; fie Jésiis-^hrist e*"
-oî III. INSTRUCTION
ù loulce qu'il a fait pour vous ; offrez-les à Dieu ; il vous en liendrn compte, il les acceptera et les fera servir à diminuep îes dettes immenses que vous avez contractées envers sa justice par les péchés dont vous vous êtes rendus coupables.
XVII. Mais ce qu'il faut avoir soin d'offrir à Dieu chaque jour frunenianicre plus spéciale,c'est cette vie qu'il nousadonnéeet qu'iinous conserve. >'ous devons à chaque instant lui en faire le
acrifice, et l'unir à celui que Jésus-Christ lui ulTril de la sienne en mourant sur la croix pour notre amour. 11 est vrai que cette vie, nous l'avons reçue de Dieu, mais que pouvons-nous lui présenter qui ne lui appartienne comme étant un elTet de sa libéralité? Bientôt peut-être il faulrala quitter; néanmoins, faisons-lui volontairement cette ollVande en esprit de pénitence et de mortification, alin de réparer par ce moyen l'usage criminel que nous avons fait du temps que nous avons déjà passé ;'Ur la terre. Oui, mes Frères, acceptons volontiers la mort, quand il plaira à Dieu de nous l'envoyer, et soumettons-nous de bon cœur à cette sentence qu'il porta contre Adam notre premier père, aussitôt qu'il eut commis son péché, et qu'il a prononcée contre nous tous pour avoir participé à sa désobéissance. Soutïrons avec ce même esprit de pénitence la perle de nos biens et de toutes les facultés dont nous serons dépoui'lés parla mort, afin de réparer l'abus que nous en avons fait,no!i3 servant des dons de Dieu pour l'ulTenser. Acceptons la séparation de toutes les créatures que nous avons si souvent et si indignement préférées au Créateur. Acceptons la destruction de ce corps, pour le punir de tant de crimes dont il a été ia cause, et de cet amour désordonné que nous avons eu pour .'ui. Acceptons enfin toutes les douleurs qui affligeront nos sens dans notre dernière maladie, afin d'expier par-là tant de péchés que nous avons commis pour les satisfaire.
XVIII. Faisons donc pénitence, Chrétiens, pour laver les lâches dont nous avons eu le malheur de souiller notre âme. Faisons pénitence en commençant à nous interdire tout plaisir tléfendu,en priant, en nous livrant à des mortifications proportionnées à nos forces,en faisant des aumônes selon nos moyens. Recevons avec joie celle que le confesseur juge à propos de nous infliger, ayons soin de l'accomplir exactement, au temps marqué, et avec des sentiments de douleur et de componcl'ion. Soumettons-nous à toutes lespeines, à tous les 'ravauxet à ïoutesles afflictions inséparables de notre nature, et surtout iiîa mort, en l'acceptant avec résignation de la main de Dieu: I^'o:i : mine cœpl,ha;c juitlal'o dcr!' rœ Excehi. >>-"o))), ri ibo
SUR LA PÉM7ENCE. 255
odpairem. Oui, je veux commencer dès ce jour à faire péni- (ence ; je me lèverai et je retournerai à mon père, devonsliousdire avec l'enfant prodigue dont nous avons imité les égarements. Allons nous jelei' aux pieds de notre Père cék'Sle que nous avons outragé, et dont nous avons méprisé les grâces ; ijuplorons sa miséricorde, et disons-lui avec un cœur contrit et humilié : Ah ! mon Père, j'ai péché contre le ciel et contre vous: Paier, peccaçi in cœlum et coram te. ,Je ne suis plus digne d'être appelé votre enfant, après avoir si souvent transgressé vos ordres, après avoir perdu la grâce que votre divin Fils m'avait méritée au \m\ de son sang adorable. Mais si je me suis conduit d'une manière indigne de ma qualité d'enfant, vous avez conservé le nom et le cœur d'un père. Si j'ai eu le malheur de perdre votre amitié, vous avez eu la bonté de me la rendre. Daignez donc, après m'avoir revêtu de nouveau de la robe d'innocence, m'aider par votre secours toulpuissant à marcher avec ardeur dans la voie de la pénitence, afin que désormais je puisse conserver cette robe dans toute sa blancheur, et vous la présenter à la fin de mes jours comme un titre au bonheur que vous réacrvez à vos enfants dans le ciel. Ainsi soit-il.
TABLE DES MATIÈRIiS