INSTRUCTIONS SUR LA PENITENCE
De la vcrlu de pénileiicc, et son indispensable nécessité.
Cliréliens, étrangers et pèlerins surcette misérable lerre,nous ne devons avoir d'autre pensée ni d"autre butqiicdenousavaneer «;onlinueI!enîent vers cette chère patrie céleste, vers celte gloire éternelle dont Jésus-Christ nous a rendus de nouveau les héritiers au prix de son sang, après que nous en eûmes élédéshéi'itésdans Adam. Pour y arriver, il n'y a que deux voies: celle <!e l'innocence et celle de la pénitence ; tandis que pour se damîicr.il y en a pour ainsi dire une infinité, parce qu'elles sont aussi îUuUipliéesque le sont les diverses manières dont on peut offenser Dieu. L'innocence est la voie la plus droite et la plus sûre : heureux, oui, mille fois heureux ceux qui n'ont jamais souille <^t ont conservé celle qu'ils ont reçue au baptême ! Heureux. i'Iiomme , dit, au commencement de ses Psaumes, le Prophète royal (Ps. 1. 1), heureux celui qui n'a i)as marché dans les voies tortueuses des pécheurs! Beutus virquinon abiitin consilio impiorum, et iin'ia peccalorum non stetit. Mais parce que cette voie de rinnocencen'a été suivie que par peu de personnes, et que , d'un autre côté , le même prophète a|)pelle encore heureux ceux à qui les péchés ont été remis par le moyen delà pénitence (Ps. 31. 1): hcaii, quorum remissœ suni iiiiquitdies, il ne nous reste plus que cette voie pourarriver au ciel ; et «■'estdelanécessité oùnoussommesd'y entrer commepécheurs, que je vais vous entretenir présentement. Je dois cependant vous avertir ici que je parlerai seulement en passant, et selon que le réclamera mon discours, de la douleur et du bon propos, qui sont les parties nécessaires et essentielles delà pénitence. La raison en est que nous en avons déjà suffisamment parlé lorsque nous avons traité delà confession sacramentelle.
I. Dès que le malheureux pécheur a ea l'audace d'enfreindre la loi divine et d'olTenser son Seigneur , il est devenu digne de la damnation éternelle ; et s'il vient à mourir dans cet étal, il est aussitôt précipité dans l'enfer. Afin d'éloigner de lui un si horrible châtiment, il n'y a pas d'autre moyen pour expier <on péché, tandis qu'il vit, que les larmes de la pénitence-
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Celle vêrilé morale est claireincnl ùcinonlroe et établie dans les saintes Ecritures: S/ nous ne faisons pcnilence , dit le SaiiC, nous lombcrons, non dans les moins des Jwmmes . mais dunn celles de Dieu ( IJccl. 2. 22 ). « Si ce peuple fait pénitence de » son péché, dit Dieu par la bouche de Jérémie(18. 8), je 5) ne déchargerai point sur lui le poids de mes vengeances. » Si l'impie fait pénitence de tous les péchés qu'il a commis, î> dit-il parla bouche d'Ezéchiel (18. 21 ), s'il observe mes 3) précei)tes, s'il s'adonne à la pratique de la vertu, il ne mourra 3) point; mais il vivra, et j'oul)lierai ses iniquités. Si je dis au M pécheur: lu mourras; et s'il fait pénitence de son péché ^ M qu'il pratique la vertu, il vivra , et ses péchés ne lui seront « plus imputés {Idem, 33. H); convertissez-vous, poursuit- 5) il encore , et faites pénitence de tous vos péchés, et ils ne 3) seront plus la cause de votre ruine {Idem , 18. 30). » Dieu avait connnandé au prophète .lonas qu'il annonçât auxïNinivites <iira})rès quarante jours leur ville serait renversée ; mais ils iii eut pénitence de leurs péchés , et Dieu tout miséricordieux les leur pardonna.
11. -Voilà donc comme Dieu est disposé à révoquer la sentence de mort fulminée contre les pécheurs , mais sous celte indisjjensable condition qu'ils se repentiront de leurs péchés. La ])énitence est toujours exigée comme un moyen nécessaire. Mais pourcpioi recueillir et citer les passages de l'ancien Tcslamenl pour nous convaincre de celle vérité, puisque, parla doctrine du nouveau Testament et celle de Jésus-Christ, nous l'avons évidemment démontrée? Le même que Jésus-Christ, avant de paraître dans le monde , voulut avoir pour précurseur saint Jean-Raplisle, ainsi , avant de se mettre à prêcher la nécessité de la pénitence, il voulut que ce grand Saint l'aniioneàt sur les bord du Jourdain à une immense multitude de peuple. Oui, Jean-Bapliste peut s'appeler le prédicateur delà pénitence : écoutez ses paroles , elles ne peuvent j)as être plus <;li!ires: « La hache est placée au pied de l'arbre; tout arbre M qui ne porte pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Race » de vipères, qui vous apprendrai» éviter la colère du Juge j) éternel? La seule pénilence. Faites donc de dignes fruits de î) pénilence: Facile dignos fructiis po'nîlenliœ (Luc. 3. 8). » Les premières paroles que Jésus-Chrisl prononça en commençant ses prédications furent celles-ci : « Faites pénitence , » parce que le royaume des cieux s'approche : Pœnileniiai)i *) nf/ile ; appropinqua^'it en'ini regnuni cœtorum {Wâilh. i. 17). « I*our éviter doue le chàlinienl réservé aux pécheurs cl mérU
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icrio royaniuc dos cieu\, il n'y a pas d'aulrc moyen que celui (le la pcnilciioe.
m. Et en olTct, après l'avoir lait annoncer par son précurseur, comme élanl nécessaire au salut, notre divin Sauveur se mit à la prêcher lui-niéme. Par où commencèrent ses instructions ? par ces paroles : u Faites pénitence, parce que le royau- » me des cieux s'approclie. Pœniîeniiam agite; appropinqua- » vil enim refiunin cœ/o/it)/i (Mallh. 4. 17). » Cependant, me direz-vous, Jésus-Christ a éprouvé pour les pécheurs une tendresse extrême, et il était plein de compassion pour eux. Ouf, mes frères , la miséricorde et la tendresse qu'il a eue pour eux dans le cours de sa vie mortelle a été portée à un tel l)oint, qu'il est diftlcile de vous en donner une juste idée. II les recherchait , il les accueillait avec tant de marques d'amour, il les traitait avec tant de familiarité, qu'il ne dédaignait pas de s'asseoir à leur tahle et de manger avec eux, tellement (pie les Scribes et les Pharisiens en étaient scandalisés et; en murmuraient. Mais ils avaient beau donnei' carrière à leurs interprétations malignes et à leurs jugements défavorables sur sa conduite, le divin Sauveur ne changeait rien à sa manière de faire; et cependant , quelque grande que fût pour eux son alïeclion, pour la méritei', il leur annonçait la nécessité où ils étaient de faire pénitence: IS'ouvcm voccn'cjnslos, scd peccalorcs ad 7w»!(7e»/(a?yi(^Luc. ô. 32).Consolez-vous donc, pécheurs jncs frères, puisque Jésus-Christ veut vous sauver. Il vous appelle à lui par les divines lumières qu'il répand en vous ; il vous indique le chemin qu'il faut que vous suiviez ; il l'ouvre devant vous, et quel est-il ? C'est celui de la pénitence. !1 est donc nécessaire que vous y marchiez , puisque pour arrivei* jusqu'à Jésus-Christ, c'est le seul, et que hors de ce chemin il n'y a point de salut, mais la perte éternelle,
IV. Jésus-Christ nous enseigne plus clairement cette vérité à l'occasion de deux faits qui lui furent racontés: le premier lut celui de quelques Galiléens que Pilate fit égorger tandis ((u'ils offraient un sacrifice dans un temple; et l'autre, celui de dix-huit habitants de Jérusalem écrasés sous les ruines de la tour de Siloé qui s'écroula subitement sur eux. Pensez-vous , dit le Sauveur , en parlant des premiers , qu'ils fussent plus grands pécheurs que les autres ? Je vous dis que non ; mais si vous ne faites pénitence, vous périrez tous de la même manière: Nisi pfenllenliam habuerilis ^omnes swiilitcr pevibilis (Luc. 13. 3). Quant aux scconds,croyez-vous, dit-il, que ceuxlà fussent les plus coupables de tous les habitants de Jérusa-