SUR LA
DOCTBLXE comiEm.
PPiK.MlÈRE INSTPiUCTIO-N.
SUR u rniÉRR.
^'cccssitc lie la Pnèrc.
Après vous avoir indiqué, clans les instructions précédente^," le remède que vous devez employer pour vous déiivrei- des maux que vous ont occasionnés vos foutes passées, il convient de vous assigner un moyen puissant et efiicace pour vous préserver . de retomber à l'avenir dans ces mêmes fautes. Ce jnoyen est la prière. Car si la pénitence est nécessaire au chrétien pour guérir les plaies que le péché a laites à son âme ,' la prière ne lui est pas inuins indispensable pour conserveit et entretenir sa vie >pirituelle. Nous commencerons donc dès aujourd'hui à nuus pénétrer de la nécessité de la prié) e. Nous verrons ensuite (juciles en sont les conditions; de plus, quelle est la nécessité delà méditation et la manière de la faire; enlin, nous passerons à Texplication de l'Oraison dominicale qui est la prière la plus belle et la plus excellente, celle que nou? devons réciter avec i)lus de respect, de confiance et d'attentiui..
1. Avant de vou> parler de la nécessité de la prière, permettez-moi de vous exposer ce qu'elle est, et combien l'on en dislingue de sortes. Selon tous les saints Pères et les maîtres de la vie spirituelle, la prière est une élévation de notre esprit et de notre cœur à Dieu, dans laquelle nous avons pour but de le louer et de lui demander les grâces elles secours dont nous avons besoin. 11 y a deux sortes de prières : la prière vocale et la prière mentale. La prière vocale a lieu lorsque nous exprimons par (les paroles les sentiments de notre co^^n-; elle peut être publique ou privée. La [rière privée est celle que
lait chaque chrolien en parliculier le malin ou le sdîr, ou eu tout autre temps. Les prières publiques sont celles qui se font dans les temples, ou que les ministres sacrés font au nom de TEiiliso, comme la sainte messe et la récitation deToffice divin. Pour que la prière vocale soit une vraie prière, il faut qu'elle soit accompagnée de l'attention de l'esprit et des affections du cœur, puisqu'elle consiste dans une élévation de notre esprit et de notre cœur vers Dieu. La prière mentale est celle qui Svi fait sans prononcer aucune parole, et qui consiste sim})lement dans un entretien de notre esprit et de notre cœur avec Dieu, qui voit tout ce qui se passe dans le secret de notre âme.
IL 11 yen a qui font une espèce à part des oraisons Jaculatoires. Ces oraisons jaculatoires sont de courtes aspirations, des élans de notre àmc souvent réitérés , et comme des traits d'amour qui partent de notre cœur, pour aller blesser le cœur de Dieu. Cette sorte de prière, au rapport de saint Augustin {Epist. 130), était très en usage parmi les moines de l'Egypte, et elle sert d'une manière admirable à tenir notre esprit et notre cœur unis à Dieu durant la journée. (Test pourquoi saint François de Sales conseille de faire souvent ces oraisons jaculatoires, et autant que possible, à toutes les heures, et eu quelque société que l'on se trouve (£. 3. Le(L 3). Et dans son Inlrodiicdon à la vie dévoie (Part. 2. c. 2), il ajoute que si on se trouve quelquefois dans l'impossibilité de faire sa méditalion le malin, ou dans le courant du jour, il faut avoir soin do ^"éparer celte perle en faisant des oraisons jaculatoires plus fréquentes. îNous remarquuns en outre dans le livre iiUitidé l'Expril de saint François de Sales (VnH. J6. c. 26), que ce grand maitre de la vie spirituelle estimait plus une même oraison jaculatoire répétée cent fois, que cent oraisons jaculatoires prononcées successivement, alléguant pour cela l'exemple des Saints, et spécialement de siiint Bernard, qui passait uon-sculement les jours et les nuiis , m.iis les semaines entières à répéter cette seule oraison : Mou Dieu et mon tout :
DeUS nU'US, cl anui:':! .
IIL Cela supposé , pour nous convaincre de la nécessité où «ous sommes de prier, il suffit de réfléchir sur ce que dit saint Thomas (2. 2. 7. 80. nri. 2\ et sur ce que disent avec lui Ions lessisiuis rères,que la pi'ièrc est la ciiose la plus nécessai:'."à un chrétien parvenu à Tàge de raison , poui' pouvoir vivre selon la loi de lésus-Christ , et par consécpient pour pouvoir se sauver. Nous voyons que Jésus-Christ dans son Evangile, et les Apôtres dans leurs Epitres canoniques n'ont rien eu plus
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à cœur que de nous reconiinaiHier le saint exercice de la prière , el de nous en montrer l'indispensable nécessilé, Velllez et priez. Priez en loul temps. Il faut toujours prier el ne ja- Viais se tasser de prier . Soyez assidus à la prière. Priez sans ^:esse , le jour et la unit. Dans TEvangiie scion saint Luc (6. 12), nous voyons que notre divin Maitre, après sï'lre fatigué tout le jour à instruire ses Apôtres et la multitude qui le'suivait, se retirait dans la solitude , et y passait les nuits en i)rière : Eleral pernoclans in oralione Dci. Or, pourquoi nous auraitil doiuié et nous aurait-il fait donner par ses Apôtres des commandements si exprès et si multipliés de prier, pourquoi nous <in aurait-il fourni lui-même de si beaux exemples , si la prière «"était pas pour nous d'une absolue nécessité ?
IV. Je trouve cette nécessilé de la prière établie sur deux raisons principales : Tune se tire de l'obligation où nous sommes d"lionorer Dieu, et l'autre , du besoin extrême que nous vivons de son secours et de ses grâces. El quant à la première 4.1e ces raisons, vous savez que Dieu est notre principe, notre Créateur, celui qui nous a donné l'être, et que nous sommes ses créatures ; il est notre Maitre, et nous sommes ses serviteurs; il est notre i-ère , et nous sommes ses enfants. Sa sai^esse nous gouverne , sa providence nous nourrit, sa miséricorde nous pardonne, sa bonté et son amour nous comblent de grâces et de bienfaits. Et nous serions assez déraisonnables et assez ingrats poju- ne vouloir pas reconnnitre celui qui est liolre premier principe et notre Créateur, poiu' ne pas rendre nos hommages à notre Maître souvei-ain, pour ne pas honorer notre l'ère par le moyen de nos prières, qui sont ce saci-iOcc <le louange qu'il exige de nous? Et nous laisserions passer, je ne dirai pas les heures et les moments, mais \m espace do icmps considérable sans adorer ses divines perfections qui sont SI bienfaisanies, et qui ne se font connaître que par les <ions et les faveurs qu'elles ne cessent de répandre sur le=; hommes? Non , Chiétiens, mais en offrant à Dieu ce sacrilice <le louange, n'oublions pas notre dépendance de lui, l'obli-alionou nous sommes de l'honorer, reconnaissons la grandeur de son être, et sa bonté et son amour infini : Lmuola Dco sacnflciuin lamlis^ et rcdde AUissimo i'ota tua (Ps. 49. 14).
y. Voici un exemple bien capable de nous convaincre de l obligation où nous sommes de louer Dieu, de lui rendre nos hommageset de le prier. Du temps de la captivité des Juifs u liab\ loue , le prophète Daniel fut choisi pour servir à la cour du roi {Daniel, c. 6 ). S'élant fait remarquer par sa sa-
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f^esso et nnr ^a priidoiice , il fui élevé à une des promièivs *liii;iiik''s (Ui royaume. Les autres niinislres, jaloux de la laveiiî- 4lonl il jouissait, piiieiilla résolution de le perdie. Ils se renflent auprès du roi , et lui disent: « Seigneur, tous les grands » de voire royaume, les magistrats, les satrapes, les séna- >' leurs et les^juges se réunissent, pour vous prier de défendre » à tous vos sujets , par un décret solennel , de faire aucune de- »)' mande ni à l)ieu ni à aucnn homme qu'à vons , et sous peine » d'être jeté dans la fosse aux lions. » Le roi , ijui ne pénétrait pas leur intention et ([ui (M'oyait que e'étail nu honneur qu'où voulait lui rendre, porte le décret proposé. A peine Daniel a- .t-il connaissance de cette loi , (|u'il entre dans ses appartements, ouvre les fenêtres, et, à genoux, la face tournée du ..€ôlé de Jérusalem où se trouvaille temple de son Dieu, il se met en prière et continue à priei- trois fois par jour , comme il avait coutume de faire auparavant , aimant mieux s'exposer -à être jeté dans la fosse anx lions, (|ue de laisser un seul jour ce saint exercice. 11 fut en eiïel condamné à subir la peine qu'il avait encourue d'après l'édil; mais le roi, qui s'était vu forcé à le condamner malgré lui, se hâta le lendemain de se rendre à l'endroit où étaient les lions, et trouva Daniel plein de vie au milieu de ces hèles féroces. 11 le lit tirer de la losse, cl donna ordre d'y précipiter ses ennemis; el l'Ecriture sainte îijoute qu'à peine arrivés au bas, les lions les avaient entièrement dévorés. (7esl ainsi que le prophète Daniel reconnaissait la néces?;ilé de la prière et l'ohligation où nous sommes de rendre à Dieu nos hommages , même au péril de notre vie. ÎS'ous voyons aussi dans les Acles des Apôtres que les premiers fidèles élaient contiiuiellemenlen pr'ii've: Hi omnes erant p€7'scK'erantes inummiier in oralionc (e. 1. 14). Et nous apprenons des saints Pères que les chrétiens des premiers siècles employaient une partie considérable du jour el de la nuit à ce saint exercice.
VI. Mais, hélas! que nous sommes loin d'imiter ces beaux modèles ! Rien de plus rare maintenant parmi nous que l'exercice de la prière. On laisse écouler des journées entières sans rélléchir à la grandeur de Dieu , sans offrir le tribut de nos louanges à ses adorables perfections, sans penser à son infinie boulé , de laquelle nous avons tout reçu , et de laquelle nous devons tout attendre. Pour nous entretenir avecles créatures, pour remplir ce qu'on appelle les convenances,' pour traiter les intérêts temporels, nous employons des jours entiers, et quelquefois même une grande parlie delà nuit, et
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les jours el los nuits alors semblent des momeiils ; et pour converser avec Dieu dans la prière, pour lui rendre l'honneur et le culte (|ue nous lui devons , pour méditer une maxime éternelle, nous ne trouvons jamais de temps, ou l)ien les heures que nous consacrons à l'accomplissement de ce devoir paraissent des jours et des semaines. Vous dites que vous avez votre famille à soigner, que vous avez votre négoce, vos travaux , vos alTaires domestiques à diriger ; mais le prophète Daniel n'avait-il pas à conduire des alTaires d'une plus haute importance , en sa qualité de premier ministre d'un grand royaume? Et cependant il ne manquait jamais de s'adonnei* trois fois par jour au saint exercice de la ])rière.
Vn. Si nous avons des occupations nombreuses, le saint roi David n'en était-il pas surchargé? et cependant il passait une grande j)arlie de sa vie à prier, à méditer la loi de son Dieu; il trouvait toujours du temps pour se présenler devant lui, le matin, à midi et le soir: Vesperé. mcridiè d manè ^ narrabo cl annuniiabo (ihi ( Ps. 54 ). Souvent il interrompait son sommeil, et, au milieu de lamiil, il se levait pour louer son Dieu: Media nocle surgebara ad confilendum (ihi (Ps. 118). Et ce qui est plus capable encore de nous confondre, c'est qu'avec tous les embarras qu'entraîne l'administration d'un royaume, en "campagne au milieu de ses troupes, il trouvait assez de temps pour faire sept fois le jour sa luière : Scptics in die laudcm dixi tihi (ib.). El nous , parmi les occuj)ations d'une vie or- ^dinaireet privée, nous ne trouvons pas dans toute une journée l'espace d'une heure pour l'employer à ce saint exercice. Vous prétextez le soin de votre famille , votre négoce et vos travaux ; mais les premiei's chrétiens avaient tout autant des. devoirs à remplir, et ils les accomplissaient avec la même exactitude que vous pouvez le faire vous-mêmes ; et néanmoins ils trouvaient du temps pour le consacrer à la prière. Pour nous acquitter de ce devoir , il ne s'agit plus de nous exposer an «langer de perdre la vie , comme Daniel, ou comme les premiers; fidèles; et quand les mêmes circonstances viendraient îi se présenter, nous devrions, à leur exemple, être disposés à tout souffrir et à tout sacrifier plutôt i[ue de manquer à une obligation aussi rigoureuse que celle de rendre à Dieu nos hommages et de recourir à lui par la prière. Mais non , nous avons le bonheur de vivre dans un siècle où non-seulement les personnes pieuses, mais les princes eux-mêmes nous en donnent; l'exemple. N'ous avons toute liberté |)Our vaquer à ce saisit exercice. Partout nous trouvons des temples, des oraioiies
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<iui nous iiî^Uenl à pi-ier. Les oiseaux par îeiî'-s clsauls . Ioiiîot ks créatures, à leur manière, nous enseigneui à louer noire Créalcur. Ce serait donc nous rendre bien coupal)ies, sinou.v îmandonnions la prière, quand, bien loin d'avoir des motifs qui puissent nous en éloigner , nous y sommes portés au contraire par tout ce qui nous environne.
VIII. Telles sont, dit saint Jean Clirysostôme (Lib. de or, Jhnm), nos obligalions envers un Dieu si bon et si libéral, que nous devrions prévenir le lever du soleil par nos prières, y employer une bonne partie (kl jour et delà nuit, et ne jamais laisser passer une heure sans y vaquer, nous estimant trop Lcureux de pouvoir lui parler et traiter avec lui. Connnent, dit encore le même Saint, pouvez-vous considérer chaque jour le soleil reparaître sur l'horizon , sans adorer le Dieu créateur qui vous envoie ce flambeau pour vous éclairer?Comment pouvez-vous prendre votre repas sans témoigner votre amour et voire reconnaissance à ce Dieu de bonté qui vous fournit la nourriture dont vous avez besoin? Comment avez-vous la témérité de vous mettre au lit et d'aller prendre vcîre i epos,sans vous être munis auparavant du secours de la prière ? Si donc tout nous invite et tout nous oblige à ce saint exercice, d'où vient cette indifférence des hommes pour lui ? C'est qu'ils no connaissent pas assez le besoin qu'Os ont du secours li;» Dieu cl de ses grâces ; et c'est ce besoin extrême qui nous montre, en second lieu, son indispensable nécessité.
IX, Si nous considérons atLenlivemeut notre misère et notre î)Kligence, il nous sera facile d'avouer que la prière nous est nécessaire, d'une nécessité absolue, et il faudrait être privé de JMc^nient et déraison jîouroser le nier. Saint Jean Chrysos- Voro après avoir parlé de cette nécessité delà prière dans ]».u>!eurs de ses ouvrages, le fait avec tant de force et de développement dans deux petits livres intitulés De la v.èccssiié df prier Dieu : De orando Dciim, qu'il n'est pas possible de lirc^ CCS livres sans rester convaincu de cette nécessité de la prière ; et les similitudes et les comparaisons dont il se sert sont si instructives et si concluantes, que je ne puis me dispenser dv^ vous les mettre sous les yeux. Voiis n'ignorez pas, dit le Saint, à ((tioi servent les nerfs de notre corps ; ils servent à unir ses tlifférciiies parties, à les lier ensemble, à lui donner le mouvcînent et la force nécessaire pour agir. Que l'on coupe ces nerfs, la belle harmonie qui règne entre cesi)arties disparait aussiié:, et le corps ne peut plus se soutenir. Voilà les suites de la prière à l'égai-d de ;;ulre àme ; elle la soutient, lui conserve îu vie et
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h fa't avancer dans les vertus; mais enlevez-la et votre âme perd sa vigueur, ses fo!-ces et même la vie de la grâce. Voyez un arbre qui, eu temps de sécheresse, n'est point arrosé; ses racines ne peuvent plus tirer de la terre le suc nécessaire; ou il périt entièrement, ou du moins il cesse de croître, et ses fruits, s'il en portait, se dessèchent sans pouvoir mûrir. Ainsi notre âme meurt entièrement, ou bien elle vit sans produire aucun fruit de vertu et de sainteté , dès le moment oîi sa vie n'est plus entretenue par la prière, qui seule peut attirer sur elle l'eau céleste de la grâce. La prière est à une âme, dit e-D coi-e saint Jean Chrvsostôme, ce que les fondements sont à une maison. Un édifice tombe, s'il n'est basé sur des fondations soliùcs. Ainsi une âme qui n'a pas besoin de se soutenir et de se fo)tifier par la prière ne peut s'attendre qu'à des chutes déplorables. L'apôtre saint Pierre nous en fournit un exemple assez déplorable. Jesus-Christ lui avait dit au jardin des Oliviers : Veillez el priez- afin de ne pas succomber à la tentation (Matli. 26). Il n'eut pas le courage d'exécuter ce commandement, et voilà qu'il tombe, qu'il abandonne lâchement .son divin Maître, et puis après il le renie jusqu'à trois fois. Et combien de semblables exemples n avons-nous pas chaque jour sous les yeux?
X. La prière, poursuit le même Saint, est pour notre àesA ce que les remparts sont pour une ville en temps de guerre. Si l'on néglige de réparer et de maintenir ses fortifications, elle est sans cesse exposée aux assauts de l'ennemi ; à chaque instant elle peut être prise et pillée. De même, si notre âme néglige de se fortilier et de s'environner du rempart de la prière, assaillie comme elle Test à tout moment par l'ennemi infernal, elle doit s'attendre à devenir la victime de sa fureur. La prière est une arme céleste qui nous défend contre le démon; et comme les malfaiteurs se cachent quand ils aperçoivent la force armée, ainsi les esprits infernaux s'éloignent de nous quand ils voient que iiuus sonunes couverts du bouclier de la prière. En un mol, elle est la source de toutes les grâces et de toutes les vertus : c'est elle qui enrichit de biens spirituels notre âme, qui sans elle se trouve bientôt réduite à la dei'nière indigence. Que peut-on alléguer de plus convaincant pour établir la nécessité de la prière, que de dire qu'elle est aussi n-é cessaire à notre âoie q'»e les nerfs le sont à notre corps, que le SMC de la terre l'est ^a\ plantes, que les fondements le sont à une maison, que les remparts le sont à une ville, que les arnies le sont à un soldat pour se défendre et pour combattre.
XL Mais quel fondement ce grand Saiut appuyait-il sa
B I. LNsTlUCilON
doctrine? lirappuyuiLsur notre misère et sur notre indigence; il savait, et rex|)êfiencc nous le montre à nous-mêmes, que la i)rière est nécessaire à tous, puisqu'il n'y a personne qui ne soit exposé sans cesse à une infinité de périls, et qui ne résidente à chaque instant de nouveaux besoins. Je ne parle pas des besoins temporels ni des dangers du corps, pour lesquels nous pouvons aussi recourir à Dieu par la prière, je parle prin- (•ipalement des besoins spirituels et des dangers qui regardent udlre âme. Combien n'éprouvons-nous pas de ces besoins, el îi combien de ces dangers notre àme n'est-elle pas sujette ? ]\()U5 ne pouvons faire un seul pas sans (juc nos ennemis ne non< tendent des embûches, sans courir des risques pour notre siilut. L'un est poussé vers le précipice par son tempérameui fougueux, un autre i)arune passion quin'a pas été entièremeni domptée, celui-cipar lavue d'un objet séducteur, celui-là par une occasion mauvaise. Ce malheureux qui est tombé a quelque volonté, quoique faible, de se relever ; mais le poids d'une habitude criminelle l'accable et le porte au mal avec violence. Cet autre a été assez heureux pour sortir de son péché ; mais les tentations sont si fortes et les assauts si terribles, qu'il ne lui reste qu'un pas à faire pour retomber. Le démon, notre ennemi mortel, tourne sans cesse autour de nous, comme nous ledit l'apôtre saint Pierre (/.Ty). 5. 8), poumons surprendre iH pour nous dévorer. Comment pourrons-nous, sans le secours de la grâce, résister à ses suggestions et surmonter tant tl'obslacles, après que le péché a rendu notre volonté si chancelante et si fragile, qu'il a répandu tant de ténèbres dans notre âme; après que la chair s'est révoltée si audacicusement contre l'esprit? Comment, en un mot, pourrons-nous rester victorieux, malgré tous les efforts de nos ennemis ligués contre nous, sans le secours de Dieu? Mais comment obtiendrons-nous le secours de sa grâce, si nous ne le demandons à Dieu par le inioyen d« la prière, à laquelle il a voulu l'attacher et la léguer, jiour ainsi dire?
Xll. Oui, dit saint Jérôme en combattant les Pélagiens, la nràce et la prière sont unies d'une manière indivisible. Déiruire la nécessité de la grâce, c'est détruire la nécessité de la prière; comme aussi établir la nécessité de la grâce, c'est établir la nécessité de la prière ; et alors seulement vous pourrez trouver un homme qui n'ait pas besoin de prier.quand vous eu trouverez un (jai n'ait pas besoin de la grâce. Et notre divin Mailre ne nous dil-il pas (jtie nous ne la recevrons qu'autant que^ijoiis la demanderon-5. Demandez el vous reccNre/; vïicr-
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chez et vous U'ouveiez, riiiitjtez et Ton vous ouvrij'a : Petite ci dabilitr {'obis, qitœrite et iin-'cnielis, pulsale et operieliir vobis (Luc. 11). Si donc nous ne deiiuindons pas ù Dieu ce qui nous c'st nécessaire , nous serons dénués de tout, et jamais nous n'obtiendrons rien , si nous ne IVappons à la porte de son cœur; ce qui a fait dire à saint Augustin (deDorjm. Eccl. 1., c. G) que non-seulement Dieu n'accorde ses dons et ses bienfaits (juc par le moyeu de la prière, mais qu'il ne donne pas mèmcles grâces qui sont absolument nécessaires pour le salut, si on ne les lui demande. Voici ses propres paroles : Nous croyons ([uc ))ersonne, malgré ce désir, ne peut se sauver si Dieu ne l'aide cl ne l'assiste par sa grâce ; que personne ne mérite et n'obtient cette assistance et celte grâce sans la demander. La raison en est que, pour ce qui regarde ses dons, il veut que nous reconnaissions notre dépendance de lui , atin de nous maintenir dans l'humilité ; que nous reconnaissions notre indigence et notre néant; que nous reconnaissions que, par nos propres lorces, nous ne pouvons pas résistera nos ennemis, fuir le péché, pratiquer la vertu et nous sauver, mais que, pour réussir en tout cela, lui seul peut nous donner les secours qui nous îsont nécessaires. 11 est bien facile, d'après ces paroles de saint Augustin, de reconnaître le besoin extrême que nous avons de prier.
XUL Je ne veux pas dire néanmoins que nous ne recevons aucune grâce sans la prière, .le n'ignore pas que, selon la doctrine du même saint Augustin et des autres saints Pères, labouté de Dieu nous prévient souvent, et qu'il nous accorde, sans que nous les lui demandions, certains mouvements intérieurs, cerlaines lumières extraordinaires , comme aussi le principe delà foi, et les premières grâces dont la source est dans sa libéralité. Mais il n'en est pas ainsi de tant d'autres faveurs et de tant d'au- 1res secours, qui nous sont nécessaires pour persévérer dans le ljien,el pour ne pas retomber dans le péché. Dieu, dit encore saint Augustin {Ltb. 2. de Dono persev.), n'accorde le bienfait et le don de la persévérance qu'à ceux qui les lui demandent par la prière : i\on nisi orantihus. Cette persévérance dans la grâce jusqu'à la mort est un don purement gratuit ; Dieul'ac- «:ordeà qui il luiplait, mais seulement autant qu'on le réclame: jVon nisi orantibus. Ce don de la persévérance (pii , selon le même saint Augustin , couronne tous les autres dons , parce <iu'il conduit lésâmes dans le séjour du bonbenr, est le fruit de la prière ; il n'y a que ceux qui emploient le moyen qui puUseul robleuir : i>"oM nin orantibus, Q Diciil^maiulciiaût
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ti'.'.c nous connaissons celle absolue ncccssilé ilo îa prière, contiiiuerons-nous encore à sacrifier, dans des conversalions iiitililcs, dans de vains amiiscnicnls, dans des affaires depeud'imporlance, un temps que nou3 devons consacrer à ce saintexertice?, Maintenant que nous connaissons le besoin que nous i)vons du secours de Dieu et de ses grâces, 'et que nous con-' naissons aussi sa boulé et sa promptitude à nous les dounei% |)onrvu seulement que nous les lui demandions : Pelile ctuccipkiis, refuserions-nous encore de le faire et de nous livrera l'oeuvre si importanle de la prière?
XIV. Direz-Yous peut-être que vous êtes trop ignoianls pour savoir prier? Mais croyez-vous qu'il soit nécessaire pour cela de^ faire de grands efforts d'esprit? Non, Chrétiens ; la prière consiste dans un soupir, dans un élan de. notre cœur vers Dieu, dans un gémissement de noire âme sur ses misères et sa faiblesse, dans riiumblc demande qu'elle fait à Dieu de lui en accorder le remède cl la délivrance, i-our dire que vous ne savez pas prier, il faut donc dire aussi que vous ne counaissez pas vos besoins et. voire indigence. Enseignc-t-ou à un malade à solliciter des remèdes pour rétablir sa sanlé?Enseigne-t-on à celui qui a faim à demander de la nourriture ? Le besoin seul ne lui appreml-il pas à parler? C'est ce que doit I)roduirc en nous la connaissance de nos misères. H suffit, pour faire une prière agréable à Dieu, de lui mcUrc simplement sous les yeux votre infirmilé elles plaies de votre âme, en lui témoignant le grand désir (jue vous avez d'en élre délivrés: Sona ani)iiam »»e«m, (juiu ])ecc(HH lihi{Vs. 40). Il suffit de lut montrer vos misères spiriluelles: Iiwim il pauper suin ego (Ps. 85), et vous pouvez élre assurés qu'il vous écoutera toujours cl en tout lieu. Et vous diicz encore (juc vous ne savez pas prier ?et vous refuserez de vous servir d'un moyen si facile d'un côté cl de l'autre si nécessaire jîour vous sauver?
XV. ÎNous lisons dans la sainle Ecriture (/V\ Rcçj. 5) que le prince Naaman alla un jour trouver le j)roi)hèlc Elisée , pour obtenir la guérison d'une lèpre dont il était couvert. Le prophète, sans radmeltre même en sa présence, lui indiqua pour remède de se laver sci)l fuis dans les eaux du Jourdain, Le prince se croyant offensé, se relirait sans faire ce qui lui avait été prescrit, lors(|u'un de sesservileursiui fil celte observation et lui dit : Seigneur, si le saintprophèle vous ciit ordonné une chose Irès-diilicile vous devriez rexcculer,cc à quoi vous n'auriez pasmantjué sansduule.A plus forte raison devez-vous donc .faire une chose si simple qui est de vous laver sept fois dans
SUR LA PlUÉRE. Il
le Jourdain. Le prince se laissa persuader, il obéit à-l'ordre du prophèle, cl il obtint une giiérison parfaite. Ali! Chrétiens, si, pour être délivrés de vos misères spirituelles, il vous fallait entreprendre de longs pèlerinages, traverser les mers,faire des dépenses eonsidérables, exposer votre santé, vous ne devriez pus reculer, puisqueles hommes font tout cela pour se procurer de l'or et de l'argent. Aîais non, il n'est besoin que de demander à bien ses grâces, et il est toujours prêt à vous exaucer. Vous trouverez toujours auprès de lui un libre accès. Il ne se fatigue point de votre imporlunité; il se plaît au contraire à vous voir aux pieds de son trône. C'est lui-même qui nous enseigne à le prier, qui nous y invite, qui nous l'ordonne. Ah! ipie nous serions malheureux , si nous venions à négliger un moyen si facile et si nécessaire en même temps pour faire noire salut. Commençons donc une bonne fois à nous adonper au saint exercice de la prière , afin de rendre à Dieu, par ce moyen, l'honneur et le culte qui luisent dus , et d'obtenir ea celte vie les grâces qui nous sont nécessaires pour arriver à la bieidieureuse éternité.
DEUXIÈME I^•STRUCTION,
SUR LA PRIÈRE. Contlilioris rjucllc doit avoir pour être efficace.
11 existe une erreur manifeste parmi les chrctiens.Un grand nombre, parce qu'ils n'obtiennent pas d'abord ce qu'ils ont demandé , se découragent et négligent le saint exercice de la prière, en pensant qu'elle n'est pas un moyen propre à leur faire obtenir de Dieu les grâces dont ils ont besoin. C'est pour les détromper que je viens établir cette vérité: que la prière est toujours eflicace, quand elle est accompagnée des conditions requises, et que si les prières de la plupart des chrétiens ne' sont pas exaucées, c'est qu'elles en sont dépourvues. Nous nous occuperons donc aujourd'hui de l'examen des conditions nécessaires pour que la prière soit elQcace.
I. Pour nous persuader de refficacilé delà prière et de son pouvoir auprès de Dieu, il suffit de lireles saintes Ecritures et de voir les merveilles qu'elle a opérées par le moyen de la prière, losué fait arrêter le soleil au milieu de sacourse;Moïse,' avee tous les Israélites, passe la mer Rouf^e à pied sec ; EliOr fuit descendre !e feu du ciel. Par l'efficatUg de U\ prière , les
Î2 U, i.NSTKi ciio:>
ituus de Jéricho soûl l'Ciiversés ; T'iinive eslpi'é.seivée de la juiiic dont Dieu ravait menacée par- la bouche du prophète Jonas ; la ville de Uélhulie est délivrée du siège le plus lervible,el ses habitants restent vaincjueurs de l'armée puissante cl redoutable des Mèdes et des Perses. Par la vertu delà prière, Eslhcr préserve son peuple d'une destruction totale. Les 'Apôtres, parla puissance de la prière, rendent la vie aux morts, la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la parole aux muets, la fcanlé aux malades. Dieu lui-même , tout-puissant et tout invincible qu'il est, se laisse vaincre par la prière ; elle a le pouvoir de désarmer sa colère et de suspendre ses châtiments , 'comme nous le voyons par une inlinilé d'exemples rapportés clans les livres saints. Mais à quoi bon tous ces exemples pour prouver l'efficacité de la prière , puisque nous avons la promesse la plus formelle de Jésus-Christ, i)lusieurs fois répétée dans son Evangile. Si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, dit-il, quel quQ,sûit l'objet de votre demande, soyez assurés de l'obtenir. Demandez cl vous recevrez, cherchez cl vous trouverez^ frappez cl l'on vous ouvrira', car quicon- ''que demande reçoit, et l'on ouvre toujours à celui qui frappe i\ la porte du Père céleste. Toutes les choses que vous demandiez dans vos prières, croyez que vous les recevrez , et alors Sous serez infailliblement exaucés. Après avoir entendu ces •<li\ins oracles et ccsdi\ines promesses, pourrons-nous encoie douter de la vertu et de l'eflicacité de la prière?
II. Cependant, pour élreeflicace,elle doit être accompagnée {]■) plusieurs conditions,etc'estparce qu'elle en est dépourvue, '<l'a"elle est inutile et infructueuse. Vous demandezà Dieu beaucoup de choses,el vousnelesobtenczpas, ditl'apôlre saint Jac- <juos (4.3j.parce que vous les demandez mal : Peiilis et non accejiiiis eô quùd malè pctaiis. Elles sontnombreusesces conditions quedoilavoir la prière pour étreefficace ; lessaintsPèreset les maîtres de la vie spirituelle les tirent delasainteEcriture. Je vous les exposerai en peu de mots: il faut qu'elle soitfaiteàDieu, au nom de Jésus-Christ, son divin Fils ; que les choses que nous demandons soient dignes de lui, c'est-à-dire qu'elles puissent se rapporteràsa gloire cl servir à notre salut. U faut que celui qui prie soit en état de grâce , ou du moins qu'Hait le désir et l'intention de sortir au plus tôt de Tétat du péché. 11 faut enfin qu'elle soit faite avec attention, avec humilité, avec confiance et avccperséverance.
m. La preinièrecondition de la prière est donc qu'ellesoil faite au nom de Jésus-Cbrisl ; c'est ce tiu'il nous a enici^iuù
SLR LA PRiKRE. 13
Ini-niéme en disaiil que nous serons exaucés lorsque nous prie-
l'oi'.s en son nom : Si quid petieril'is Patrem in nomine meo. </«• /'/.' vohis ( Joan. 16., v. 23); el il ajoute, en parlant à ses Apôiies :« .Jusqu'à ce moment vous avez demandé beaucoup de » choses, et vous n'avez rien obtenu, parce que vous n'avez » pas demandé en mon nom: Usquc modo non peiislis qiddquam » in tïoniine meo. » Nous devons , dans nos prières , imiter la sainte Eglise, notre mèi'e, qui conclut toutes ses oraisons en ces termes: Par rs'otre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils: Per Dominum nostruin Jcnum Clirisliun, Filium (itum. Si elle demande à Dieu des grâces; si elle attend des secours de sa divine miséricorde, c'est toujours au nom de Jésus-('hrist,en vertu de l'amour que le Père éternel porte à son divin Fils, par les mérites de Jésus-Christ , et c'est toujours par ce canal qu'elle obtient ce qu'elle demande. Jésus-CJirist, dit saint Jean (/.Epi <•. 2), est notre avocat; c'est lui qui défend notre cause au tribunal de son Pèi-e céleste; il est l'unique médiateur entre Dieu e( nous, comme le dit saint Paul( /. Timotli. 2), le grand Préire qui s'est chargé de prier pour nous, le grand Pontife (Hcb^ I), qui a su compatir à nos inlirmilés , et qui, assis à la droite de son Père, et connaissant notre indigence et le besoin extrême que nous avons du secours divin , s'emploie en noire faveur pour nous obtenir tout ce qui nous est nécessaire.
IV. Dans nos prières, nous devons nous comporter envers Dieu comme font les pauvres envers les riches. Pour les excitei* ;i soulager leiH's misères, ils leur disent : Faites-nous la charité^ iions vous Ut demandons au nom de Dieu. Ainsi, nous ne pou- \ons prier Dieu d'une manière plus eflieace qu'en lui disant; .Soigneur, donnez-nous votre secours, faites-nous cette grâce; MOUS vous la demandons au nom de votre di\in Fils, en vertu <ie l'amour que vous lui i)ortez ; nous vous la demandons pat* ses mérites. Lorsqu'un pauvre se présente devant vous, il n'ignore pas que de lui-même il ne mérite en aucune manière le .secours qu'il attend de votre bonté; c'est pour cette raison qu'il emploie le saint nonule Dieu pour obtenir ce qu'il deman- «!<'. C'est la conduiteque nous devons tenir envers Dieu. Quand nous nous présentons devant lui pour le pi-ier , nous devons '. être convaincus que , bien loin de méritei- par nous-mêmes I <|u'il nous exauce, nous ne sommes dignes, au coniraire, que de ses châtiments, en notre ((ualité de pécheurs. « Oui, o mou Dieu ! devons-nous lui dire , nous l'avouons en votre sainte présence , si vous n'avez égard (ju'â notre personne el à i»n*j inériics, nous u"i£uuiyus pas qu'a rai:;ou de nos péijhés nou:i
lie pouvons èlre que l'objet de votre juste colère. Mais regai-- (lez Jcsus-Christ, votre aimable iWs : Respice in faciem Chrisii iui. C'est en son nom que nous vous prions ; ses mérites sont devenus les nôtres propres. Ainsi, malgré notre indignité,nous ospcroiis que par amour pour lui, vous ne nous refuserez pas cette grâce que nous attendons de votre bonté. » Soyons persuadés qu'eu priant ainsi nous serons toujours exaucés, et qui' «os prières sci'ont toujours efficaces.
V. Mais, dit saint Augustin (Tract. lO^.mJoffa,), endemandaiit à Dieu des grâces au nom de Jésus-Christ, son diui» Fils, nous ne devons pas lui demander ce qui pourrait être contraire à notre bien spirituel et au salut de notre âme; ce lîe serait plus prier au nom de Jésus-Christ : Xon peiUur in Qioniiue SaU'idoris quidqnid pelitur contra rationem salnlis. La seconde condition que doivent avoir nos prières est donc que leur objet soit la plus grande gloire de Dieu et tout ce qui peut contribuer au salut de notre âme. C'est encore ce que nous apprend notre divin Maître dans TOraison dominicale. 11 nous enseigne dans cette prière à demander à son Père la gloire de son saint nom, le bonheur du ciel, raccomplisscment de sa sainte volonté, le pardon de nos fautes, la délivrance des tentations et du péché. C'est là, en effet, ce que nous devons f-ous proposer dans toutes celles que nous faisons. Que lo saint nom de Dieu soit sanctifié par tous les hommes, c'es!îi-dire que toutes les nations soient appelées à connaître Dieu, îi l'adorer, a le servir, à faimer , et qu elles accomplissent sa sainte volonté; qu'il daigne nous pardonner nos péchés, nondélivrer des tentations, ou nous accorder la grâce de n'y jainais succombei>^Ce sont là des prières dignes d'un chrétien , dignes de Dieu, digues de sa grandeur et de sa majesté. Nous sommes créés pour le posséder éternellement dans le ciel. Prions-le donc de nous faire parvenir à ce bonheur. Je demanda une seule chose à mon Dieu , disait le Roi-Prophète : Unum pelii à Domino (Ps. 26); c'est qu'il me fasse habiter dans sa maison pendant l'éternité : L'I inhabiteni in dûino Duniini omsiiÔHs diebiis viiœ nieœ.Tel doit être aussi l'objet principal dr ojos demandes, et en cela nous serons toujours exaucés.
.^VI. Mais qu'il est à craindre qu'on ne laisse de côté ceque Jésus-Christ veut que nous demandions à son Père, cl ique nos prières n'aient pour objet que des choses qui peuvent être contraires à notre salut. On demandera à Dieu une longue vie, que l'on se propose de passer tout entière dans riiii(iuilé. On lui demandera peut-être des qualités corporelles,
srn LA rr.if'P.F. 15
qui deviendront tout autant d'instruments pour donner la moil ù des âmes raclielées au prix du sang adorai)Ie de Jésus- Clirist. On lui demandera le gain d'un procès que Ton recoiiuaif injuste. Et vous osez croire que Dieu vous exaucera! Vous voulez donc qu'un Dieu ennemi de l'ombre même d«€ péché, vous procure les moyens les plus propres à satisfaire vos passions ? Ce sont là les prières que vous adressez au Père éternel au nom de son divin Fils, et ce divin Fils pourra in» ])résenter le mérite de sa passion douloureuse, de sa morî cruelle et de son sang précieux pour seconder vos injusiiccîscl vos intentions criminelles?
VU. .le sais néanmoins que cet aljus de la prière n'est pas commun, et sans m'arrcler aie combattre plus longtemps, je passe à d'autres manquements qui, pour n'être pas aussi co»- (lamnablcs , n'empêchent pas moins que Dieu ne rejette les j;iip|)lications qui lui sont adressées, .le veux parler de la conduite de ces chrétiens qui. laissant à part les choses spirituelle;-! et célestes qui regardent la gloire de Dieu et le salut de leur âme, sont tout occupés à lui demander les choses lemporclles^ cl terrestres qui finissent avec la vie. Je leur dirai à ces chrétiens : Sommes-nous créés pour la terre ou pour le ciel? Le but de nos soins et de nos travaux doit-il être de procurer à notre corps quelques moments de jouissance en ce monde . ou de procurer à notre âme, qui est immortelle, une gloire et ms Ijouheur sans terme dans le ciel? Que si nous sommes destinés à ce bonheur éternel, d'où vient que la plupart des chrélieiiîi ont toujours les yeux fixés sur la terre , sans presque jamais les élever vers le ciel? que les hommes sont si attachés aux biens périssables de celte vie, et (jii'ils travaillent si peu à acquérir les biens éternels? Une personne se trouve-t-elle alteluîcd'une maladie grave qui met sa vie en danger , le salut de scii âme est la dernière chose à laciuelle on pense. Les premiers soins sont pour la santé du corps; et, pour l'obtenir, on a recours à Dieu et aux Saints que l'on croit avoir plus de crédit ek de puissance auprès de lui ; on fait des vœux et des ofiVandCi.v on fait célébrer l'adorable Sacrifice de nos autels. Mais celle personne ne s'est pas encore confessée, sa conscience esl dan* un étal déplorable, son âme est souillée de plus d'un péché morlel. iN'importe, on commence à soigner le corps , on s'occupera deràmc ensuile. IN'est-ce pas là malheureusement ce dont nous sommes chaque jour les témoins ?
Vin. Quand voit-on les chrétiens venir eu foule dans les temples, souj)irer, gémir, verser des larmes? Esl-ic î-cu!-
16 n. INSTRUCTION
«Ire quand le péché inonde la terre, ou que Dieu est plus orfensc qu'à l'ordinaire, ou que les âmes tombent en plus grand nombre dans les enfers? Non, ils recourent à Dieu afin qu'il les . préserve d'une mnladic contagieuse qui menace d'envahir ieur montrée, afin qu'il éloigne ou qu'il fasse cesser la mortalité parmi les animaux; afin qu'il leur accorde la pluie ou la sérénité. </e5t pour cela qu'ils prient, qu'ils gémissent, qu'ils jeûnent, <|u'ils versent des larmes. Mais, que Dieu soit offensé, déshonoré, que son saint nom soit blasphémé, qu'une infinité d'àincs se précipitent dans les enfers , on est insensible à ces maux. Dites-moi, je vous en supplie, pourquoi ces vœux et ces tableaux, gages de reconnaissance , suspendus autour des autels? Est-ce afin que la sainte Vierge et les Saints vous obtiennent la grâce de modérer ces transports de colère, ces mouvements d'impatience, et qu'ils demandent pour vous la résignation, la soumission à la volonté de Dieu dans cette maladie ou cette autre disgrâce? Vous n'en (rouverez aucun qui ait été placé pour ce motif. Voulez-vous savoir pour quelle raison ils «lU été suspendus aux murs du lem|)Ic? c'est parce que ceiuici a été préservé du danger de peidre la vie , parce qu'il a gagné un procès , parce qu'il vient de conclure une alliance honorable pour sa famille, ou pour d'autres semblables motifs. ? IX. Pourquoi ces aumônes, ces visites des sanctuaires éloignés , ces messes que l'on fait célébrer, ces prières que l'on tait de toutes parts ? Vous proposez-vous par tous ces moyens -d'obtenir de i)ieu la force dont vous avez besoin pour vaincre ces mauvaises habitudes, pour surmonter ces tentations auxquelles vous succombez si fréquemment, pour vous détacher iîu monde et des faux plaisirs? ('c sont là des choses dont on n'a pas même la pensée. Votre but est de demander une révolte abondante, des gains plus considérables, un heureux succès dans toutes vos entreprises. En cela vous imitez les Hébreux, ce peuple charnel et grossier qui, faisant consiste: tout son bonheur dans la possession des biens temporels et terrestres , ne savait demander à Dieu qu'une terre où rt)n put voir couler le lait et le miel, des récoltes abondantes, de nombreux troupeaux, la santé , les honneurs et les richesses.. Ce fut la raison pour laquelle ils ne voulurent pas reconntiilre Jésus-Christ pour le Messie, parce qu'il parut au milieu d'eux pauvre et humilié. Oh! que de chrétiens nous voyons de nos jours, qui, à l'exemple des Juifs, n'ayant qu'une idée fausse des biens que Dieu promet à ses serviteurs , oublient tolalejncul de lui dcm^udcr les biens spirituels et célestes qui soni lo§
SUR LA PlUKitr. 17
v:ciils vcniabIes,elnes'occupenl quà lui demaiuleiceux delà lcrro,qui ne sont que des biens faux et Ironipeurs! Ah! mallioureux! si toutes les prières que vous avez faites pour demander CCS biens temporels, vous les eussiez laites pour demander à Dieu son amour, riiumilité, la pureté, la patience cl toutes les vertus (jui peuveiil former un vi'ai chrétien, il vous ies aurait accordées, et vous seriez maintenant des saints, tandis que vous êtes plus que jamais éloignés de la sainteté, plus que jamais attachés au monde et à \ os passions ; et Dieu , aa lieu de vous donner les biens temi)orels que vous avez demandés , vous dira comme aux enfants de Zébédée : Vous ne savez pas ce que vous demandez : yesciiis quid pciatis.
X. Mais ne pouvons-nous pas demandera Dieu des biens temporels , comme la santé , les honneurs , une récolte abondante et autres semblables? .le réponds que vous le pouvez, mais avec beaucoup de précautions , et seulement avec ces conditions que les Saints nous enseignent, c'est-à-dire, si tel est le bon plaisir de Dieu , et si ces biens peuvent contribuer à sa plus grande gloire et au salut de notre âme. Nous iie dc- .'vons point nous plaindre, si Dieu nous les refuse; c'est pai' iineflet de sa bonté ({u'U ne nous exauce pas, parce qu'il pré- A'oitque ces biens seraient préjudiciables à notre salut éternel. Plusieurs demandent la santé; elle peut leur être nuisible, et combien en abusent, et s'en sei'vent pour offenser Dieu? Vous demandez des richesses et des honneurs: malheur à nous si Dieu vous les accordait; elles précipiteraient votre cœur dans l'orgueil et la iierté, et deviendraient pour vous la source cl J'aliment de tous les vices. Vous jji'iez pour avoir des enfants qui puissent vous succéder: il vous esl plus avantageux que Dieu vous les refuse, ils seraient peut-être la ruine de \os maisons et la cause de votre perle éternelle. Que toute voire altenlion et tous vos soins se portent donc à demander les biens spirituels et célestes; que le grand et princij)al objet de vos prières soit la grâce de Dieu, par laquelle vous puissiez bu être agréables en celte vie, et mériter d"être éteinellenienl heureux avec lui. Si les biens de celle vie vous sont utiles ou nécessaires , Dieu vous les accordera , même sans que vous les lui demandiez; ils vous seront doiuiés connue par surcroît, nous dit Jésus-Christ: Qaœrile primùui reçjmtin Dci, eljastitiam ejiis, ci hœc omnùi udjicieniur K'obis (Matth. 6. 23 ).
XI. 11 ne suffit pas de prier Dieu au nom de Jésus-Chri! , et de ne lui demander que ce tjui peut contribuer à sa gloire cl is noire salut: il f;uil encore q;!e celui ijul prie soil en étal de
13 ir. IXSTP.UCTION
grâce ou du moins qu'ï^ ait u!i vrai désir eirinteiiîion dccidcc de sortir au plus tôt derétal du péché : c'est la Iroisièmc couditioiî qui doit accompagner la prière. Pour obtenir une faveur de quelqu'un , la meilleure recommandation est de posséder son amitié; et la première démarche que Ton tait, quand on veut recevoir une grâce d'une personne que Ton aoflensée, est de se réconciher avec elle. C'est ce que l'ont doit faire à plus forte raison , si la personne ofiensée est celle d'un grand, ou d'un roi. Et en elTet , ceux qui ont eu le malheur de se rendre coupables d'un crime de lèse-majesté , ont bien soin de chercher à apaiser leur souverain, avant même d'oser se présenter devant lui. Et un pécheur, qui se voit ennemi de Dieu et coupable du crime de lèse-majeslé divine , aurait l'audace de s'approcher de lui , pour réclamer ses grâces , sans avoir calmé sa colère, sans s'être réconcilié avec lui? JNous savons» dit cet aveugle de l'Evangile , à qui Jésiis-Oirist rendit la vue, qiie Dieu n'exauce point les pécheurs: mais si quelqu'un sert Dieu et fait sa volonté, c'est celui-là qu'il exauce (/«a». 9.31).
XU. Ce n'est pas à dire néanmoins que pour prier, il faille nécessairement être en état de grâce. Car ce principe adopté, les pécheurs ne pourraient plus revenir à Dieu . ni sortir de la voie de l'iniquité. C'est pour cette raison que j'ai ajouté : 11 faut au moins que celui qui prie ail un vrai désir de sortir du péehé et de se convertir ; car s'il allait se jeter aux pieds de Jésus-Christ pour le prier, avec l'affection actuelle au péché,' avec une volonté déterminée à persévérer dans cet état, il ne ferait que provoquer sa juste colère , au lieu d'attirer sur lui sa miséricorde. En effet, dit saint Basile , si un infâme assassin se présentait devant un père de faniillc pour lui demander les biens de son (ils qu'il vient de tuer, ayant encore les mains teintes du sang de ce fils infortuné, serait-ce le moyen d'obtenir ce qu'il demande? Et nous , nous aurions l'audace de nous présenter devant le Père éternel, les mains encore rougiesdusang adorable de son Fils uniiiue, que nous aurions mis à mort par nos péchés, pour lui demander ses grâces et ses faveurs, et nous serions assez ])résomptueuxpour espérer de les obtenir! ^'otre conduite ne ferait, au contraire, que l'irriter j)]us fortement contre nous. Si nous voulons que nos prières soient efficaces, il faut donc , en troisième lieu, que nous soyons en état de grâce , ou du moins que nous a) ons le désir et l'intention de sortir au plus tôt de l'étal du péché.
Xlll. La quatrième condition de la prière est qu'elle soit faite svec allcmion. Et en quoi cons;s:>> celle r.îtention ? Elle cou-
SUR LA rRiLP.r:. tO
sislc à tenir noire esprit fixé et appliqué à ce que uoiis disons ù Dieu, pendant que nous le prions, à être pénétrés de celte pensée, que nous sommes eij sa présence, devant son iiîfinie majesté, et que c'est pour nous un grand honneur que de pouvoir nous enlrelcnir avec un Dieu si grand et si puissant- Si dansnosprièi'es, notre esprit s'unissait à notre cœur, et notre cœur à nos lèvres pour avoir part à cette sainte action, il ny aurait rien que nous ne pussions obtenir de Dieu. Mais en l)ri[)ntavec cs})rit un occupé de tout autre chose, nos prières n'ont pas d'autre elïet, sinon d'èlre rejetées de Dieu, et d'auguîcnler le nombre de nos fautes. C'est cette distraction d'espi'il et de cœur dans leurs prières que Dieu reprochait aux, Juifs, en disant : Ce peuple m'honore des lèvres, mais soa cœur est loin de moi: Populus hic Uibùs me honorai, cor auletn coriim lonçiè esi (V )»e (isaïe, 27). Mais qui sont ceux qui n'éprouvent pas des distractions dans leurs prières? C'est undéfanl dont les plus grands Saints eux-mêmes se plaignaient. Je coimais, mes Frères, la faiblesse de l'esprit humain , qui s'égare, sans le vouloir. Aussi je ne parle pas des distractions^ involontaires, au milieu desquelles nous devons cependant faire nos cfiorls,pour rappeler notre esprit,etlefixeràcequenousdis )ns.Ma!SJe condamne ces distractions volontairesou cneîle:-;jnè;nes, ou dans leur cause, qui viennent de la dissipation ha- Ifilnelle dans laquelle vous vivez, et du peu de préparation que vous apportez à la prière. « Comment voulez-vous, dit saint )) Jean Chr} sostùme, que Dieu vous écoule , si vous ne vous » écoutez pas vous-mêmes ? Comment prétendez-vous que » Dieu exauce vos prières, quand vous ne savez pas même ce )) (juc vouslui diles, ce que vous lui demandez? » Agissonsnous (ic la sorte quand nous voulons demander une grâce à des hommes, qui ne sont comme nous, que des vers de terre?A'oii certainement. Et nous n'aurons pas honte de tenir une semblable conduile , quand nous nous présentons devant l'infinie 'majesté de Dieu, ])our le piier ? La quatrième condition de 1* prière est donc qu'elle soit faite avec attention.
XIV. La cinquième est qu'elle soit faite avec humilité. La prière de celui qui s'humilie, dit l'Esprit-Saint (iî'cc/î. 35) .pénètre les nues, moule jus(iu'au trône de Dieu , et ne revient sur la terre qu'après avoir été exaucée. Dieu qui résiste aux superbes, se plait à distribuer ses grâces aux humbles {Prov. 3). Et que peut-on exiger, en elTet , de plus raisonnable dans^ un pauvre, que l'humilité ? Aussi, n'est-ce pas dans la posture la plus humble qu'il se piésente devant vous, pour obtenir ce
20 li. I.NSIR? liTlCN
qu'il dcmaiule? S'il abonlaitun ridicuvci* hanîciir, avec une ospôcc do mépris, ne serait-ce pas le iiin\ eu d'être rebuté et chassé de sa présence ? Quand nous prions, dit saint Augustin, nous sommes tous des pauvres, qui Irapi)ons à la porte de notre Père céleste, pour lui demander les secours qui nous sont nécessaires dans notre indigence. Par conséquent, nous tlevons avoir soin que toutes nos demandes soient accompagnées des sentiments de la plus profonde humilité. Si un homme s'humilie, quand il demande un service à un autre homme . à <:omhien plus forte raison la créature ne doit-elle pas s'abaisser en demandant des grâces à son Créateur ? C'est par défaut <rhumilité que la plupart de nos prières ne sont pas exaucées. C'est une chose surprenante que tandis que les puissances du ciel s'anéantissent et tremblent, comme le ditl'Eglise, devant le trône de Dieu, un honnnc faible, une misérable créature , <1ans le temi)s mémo qu'elle confesse sa misère et qu'elle en demande la délivrance, ne puisse se désabuser de ses idées de grandeur et se dépouiller de toute estime d'elle-même, qu'elle veuille conserver son rang et sa prétendue dignité , et porter tflinsi l'orgueil et la vanité jusqu'aux pieds des saints autels. Ce "r/estpas là se conduire en suppliant; c'est se conduire d'une manière propre à s'attirer des châtiments plutôt que des grâces et des faveurs.
XV. La confiance est la sixième condition qui rendra nospriè- Tes efficaces. Que ne pourrions-nous pas obtenir de Dieu, si iious savions toujours recourir à sa bonté avec une enti^i e 'confiance ? Jésus-Chrisî, dans sou Evangile , a tout promis à jcetle confiance, même le pouvoir de transpoi'ter les montagnes^ de guéi'ir toute espèce de maladies, de mettre en fuite les démons. Les guérisons les plus extraordinaires , comme aussi les miracles les plus éclatants étaient uniquement dus à la confiance qu'avaient en lui les malbeureux qui l'invoquaient. Fi- (les lua te salvuin fccii. disait-il,c'est votre foi et votre confiance qui vousont guéri. 11 faudrait que nous en eussions moins dan^ les créatures, et davantage en notre Créateur. Mais notre grand mal est (jue dans nos misères, nous recourons à elles , avant de recourii- à Dieu, ^ous nous fions aux hommes, et non à noire Père céleste, qui nous promet de nous donner son secours toutes les fois que nous voudrons recourir à sa bonté, et qui «si fidèle à sa i)arolc ainsi qu'à ses promesses. Faut-il nous étonner après cela,si, outragé par notre défiance, il nous refuse ses grâces et ses faveurs? Adressons-nous donc à lui avec îsue lerme persuasion qu'il nous écoutera favorablement : je-
SIR 1 \ vm.M. 21
(ons-noiis dans ses bras paternels ; invoquons-le dans -nos besoins, comme unfiîs invoque un père de qui il est assuré de lout obtenir, et alors toutes nos prières seront exaucées.
\V1. La dernière condition de la prière est la persévérance. II laut toujours |)rier et ne jamais nous lasser. Après que nous avons commencé à demandera Dieu une jiràce, il faut persévérer , et continuer à la lui demander jusqu'à ce que nous l'ayons obtenue, ;t4'exemi)le de cette Cananéenne (MaiihJi)) que les saints Pèi'e.> nousproposent comme unmov-ièleàsuivredans nos prières. Ayant entendu parler de .lésus-Cbrist,eUe vient se jeter àsespieds pour solliciter la guérison de sa fille qui était possédée du (iémon. .lésus-Christ semble ne pas faire attention à elle. Celte femme admirable ne se décourage point, elle le suit, elle se prosterne la face contre terre pour radorer,ell8 répète milh fois sa dem.-.iide. !ésus-Cbrist la rebute en lui disant: 11 n'est pas juste deprendiia le pain des enfants, et de le donner aux chiens. Bien loin da .se déconcerter, elle prend occasion de ce reproche ' um1:aiit pour redoubler sa prière, et dit à Jésus-Christ: c 11 est vrai » Seigneur, mais les petits chiens mangent au moins les miettes qui tombent delà table de leurs maitres. » Alors enfin Jésus- Christ faisant son éloge en présence de ses Apôtres et de la multitude , lui répond en ces termes : « O î femme, votre foi est grande ; que ce que vous désirez se fasse. » Et sa fille fut guérie à l'heure même.
Wll. Imitons cette Cananéenne et nous serons înfaillibleluenl exaucés. Ne nous décourageons point , si Dieu ne nous accorde pas d'abord les grâces que nous réclamons de lui. Peut-être nous les refuse-t-il, parce qu'elles ne nous seraient l)as avantageuses dans le temps où nous les demandons. 11 fait comme un médecin , qui i-efuse de satisfaire les désirs de son malade qui l'importune pour avoir de l'eau dans l'accès de sa lièvre; il attend, pour lui en donner, qu'elle puisse lui être salutaire. Teut-étre aussi Dieu diflere-t-il d'exaucer nos prières pour répandre ensuite ses faveurs sur nous avec plus de libéralité et de profusion. (Vest ainsi , dit saint Augustin (Troc'."' 49. in Joan. ) que Jésus-Christ ne voulut pas guérir Lazare à' la prière de ses sœurs, afin de mieux leur montrer ensuite sa puissance et sa bonté en le ressuscitant. Le grain que l'on', jette en terre, dit le papesaintGrégoire, ne fructifie pas aussiiôt; il paraît même être perdu pendant (pielque temps; mais c'est alors qu'il prend racine , pour ])roduire ensuite une moisson plus abondante. Dieu ne nous accorde pas d'abord ses grâces, tlil saint AugusUu (rfe Vcib. Dom. Serm. 51), pour nous les
lalrcmiciiv apprécier, pour nous les laire cîésh-er plus ai'demment, l'ius on Iravaille àracquisilion d'un bien , plus on l'eslime précieux. Enlin, s'il faul dire toute la vérité , Dieu diffère *ie se rendre à nos vreux, parce qu'il aime à se voir prier, ù r:e voir, pour ainsi dire , importuner, à peu prés comme une mère qui aime avec tendresse son petit enfant à qui elle moii' Ire un beau fruit qu'elle tient à sa main. Elle ne le lui donne pas alla première demande, elle feint de vouloir le lui refuser. L'enfant insiste , elle fait semblant de ne pas l'entendre. De quel moyen se sert-il alors pour vaincre sa résistance? lise met à pleurer et à verser des larmes, et la mère, qui ne peuC tenir contre des armes si douces , se fait un plaisir de donner ce beau fruit à son enfant. C'est ainsi que Dieu seplaita. nous voir désirer avec ardeur les grâces qu'il veut nous ac- *!order. Mais pourvu que nos prières soient accompagnées de toutes les conditions requises, elles seront toujours exaucées. Si la plupart no le sont point, c'est ou parce que nous ne prions pas au nom de .lésus-C.hrist ou parce (|ue nous ne demandons pas des cboses qui puissent contribuer à la gloire de Dieuetausaiut de notre âme , ou parce que nous ne sommes pas en état de: grâce, ou que nous n'avons pas la volonté de sortir aupkis tut; <lu péché, ou enfin parce que nous ne prions pas avecallcniion, avec humilité , avec confiance et avec persévérance. Faisons en sorte que nos prières aient toutes ces conditions, et Dieu , selon sa promesse infaillible nous accordera en celle vie Coûtes les grâces nécessaires pour nous faire arriver au bonheu? ^leruel.
SLR LA PRIÈRE.
^ De rOraîson mentale.
Après avoir parlé de la prière en général . de sa nécessité c£ <les conditions qu'elle doit avoir pour être efficace , nous nous occuperons en particulier de la nécessité de l'oraison mentale *iu delà méditation. L'oraison mentale, au rapport de saint François de Sales (P. 2.c. 1 ) est cette eau de bénédiction qui ■arrose notre âme, fait germer en elle les bons désirs, et la rcud fertile en vertus, qui fait disparaître les taches de ses imperfeclions , et la purifie de toute affection déréglée. Elle eso *ui moyen de salut que tous les Saints ont employé , et qui est
SI'R LA TRIÈRE. 23
forlcmcnl recommanda aux chrétiens par ions les maiircsdc la vie spii'iUieuc, comme cîaiU nécessaire pour sortir du péché et pour avancer dans la perfection. Le pape Benoît XIV" vn avait tcliemeuî reconnu la nécessité elles avantages, qu'il se crut obligé d'adresser un Bref à tous les évéqucs du monde catholique (!7î5. Qneiiiadmodnm), pour exciter leur zèle à introduire dans leurs diocèses l'usage de la méditation, en recommandant à tous les pasteurs d'en montrer la nécessité, et d'apprendre aux fidèles la manière de la bien faire. Quand nous n'aurions pas d'autres preuves de l'importance de l'a méditation que le témoignage d'un aussi grand pape, nous devrions en rester convaincus. Nous entrerons néanmoins dans quelques détails des raisons qui démontrent coiiibicn l'oraison mental est nécessaire pour le salut ; nous verrons ensuite la méthode que nous devons employer pour la bien faire.
T. L'oraison mentale est une suite de réflexions sérieuses sui' qucl([uc mystère ou sur quehjue vérité du salut, accompagnées des sentiments que ces considérations doivent produire dans noire cœur. Le but que nous devons nous proposer dans ces réilexions est d'apprendre à délester etàfuirlepéché, àmortincc nos passions,à avancer dans toutes les vertus chrétiennes,ann da j)ouvoir assurer notre salut. Sans la méditalion , nous ne pourrons donc nous sauver , puisque sans elle nous ne pouvons connaître ni rimporlancc du saint , ni les moyens que nous devons employer pour réussir dans celle grande affaire, ni la besoin que nous avons de la grâce et du secours de Dieu , ni, par conséquent , la nécessité où nous soarnes de lui demandei* ces grâces. La méditation est, par rapporta notre âme, ce qu'est l'œil par rapport à notre corps. Quand nous voulons asir , ou nous transporter d'un lieu à un autre, que fail notre œil? il nous montre le chemin par où nous devons marcher, il nous découvre les dangers , nous fait apercevoir les précipices, afin que nous puissionsnouslenir sur nos gardes. Sien chemin nous rencontrons des fleuves , des torrents, ou quelque autre obstacle , il nous avertit de la nécessité où nous sommes (le demander du secours, de prendre des moyens pour Iraverscr ces ileuves, pour surmonter ces obstacles.
n. Or, c'est précisément ce (pic fait la méditalion à l'égard de rotre âme. Elle la fait marcher avec assurance dans les voies du salut ; elle lui montre les moyens qu'il faut employé:"' pour arriver au port de rélernilé bienheureuse, qui sont commeles chemins par où e'ie doit marcher ; elle lui fait apercevoir les ocça^ious^ du péché, (][ui sont les obstacles àsui:m.Qiiler,
- ' lît. t'oTULCTlON
les d;inge;'3 à fuir pnnr iu'ii\ er ù la liloire du paradis. El comnv.-i nous sommes incap-ihics par nous -nîOmt'S d'éviter le péché, el de pratiquer !es verlus (jui doivent nous mériler le bonheur élernel, la méditation nous lait connaître le besoin que nous avons de la grâce, et la nécessité de la demandera Dieu parla prière, cctiiiinous porte à recourir à sa bonté pour lui demander les forces dont nous avons besoin pour marcher dans lu voie de scscommandemenls. VA plus la méditation nous découvre notre misère et le besoin que nous avons de l'assislancc divine, plus nous j)iions avec ferveur pour l'oblcnir, et plus nosprières sont efficaces. Voilà pourquoi la méditation est si souvent et si fortement recommandée dans la sainte Ecriture . et pourquoi l'Esprit fait tant d'éloges de ceux qui s'occupent à méditer, a Bienheureux Thomme, dit le ï\oi-Prophèle, qui » médite jour et nuit la loi du Seigneur, il sera semblable à » un arbre planté le long des eaux, qui donne toujours du » fruit en son temps, ses feuilles ne tombent jamais, et il pros- » père de plus en plus (P^al. 1). Bienheureux, dit-il ailleurs, » celui (jui s'occupe sans cesse à méditer les commandements « de Dieu, et qui le cherche de tout son c.œmÇPn. 118). Don- 3) nez-moi, 0 mon Dieu ! rintelligence([ui m'est nécessaire, et je ;» méditerai votre loi dans tous ses points, et je l'observerai » de tout mon cceur (/6.). Ah ! si votre loi sainte n'avait pas » été le sujet continuel de mes médilalions, peut-être qf;» » ce moment j'aurais déjà fait une fin déplorable. » iN'/à/'/ •'• Icx tua medilalio mea est, lune forlè periissein in huiniUuic viea (ib.);
111. Il est donc évident que la méditation est d'une nécessi!^' indispensable pour fuir le mal, pour faire le bien, pour sav; .■ recourir à Dieu, afin qu'il nous accorde les forces et toutes L-j grâces dont nous avons besoin. Comment, en effet,'''pourron - 'lous éviter le péché, si nous ignorons quelle est sa'difformid . si nous ne comprenons i)as combien il outrage Dieuj si nou> ne connaissons pas les maux affreux qu'il produit dans notre âme, les châtiments terribles qui lui sont réservés dans l'aulic vie? Comment nous adonnerons-notis à la pratique des verlu^; et des bonnes œuvres, sans en connaître ni le prix, ni la beault .. ni le mérite? Comment |)ourrons-nous recourir à Dieu par des prières ferventes, pour lui demander ses grâces et son secours, si nous ignorons notre misère et notre faiblesse ? Or, par le moyen delà méditation, nous découvrons quelle est la malice di: ])éehé, la beauté de la vertu, et le besoin que nous avons de Ir' ji;ràfe, el p'ir là même uous sentons lu nécessité où 'no'is -^«r..*
mes (io]a(U>Mi;iii(It'r à Dieu. >'ol!c noîoiUc cs( nveuglc, elle ae- IH'iitvouIoii'ancimc ciiosc sans que notre intelligence ne la lui montre. On ne peut vouloir, disent les philosophes, que ce quel'on connaît. 11 est vrai que la volonté est la maîtresse ; inai». comme la maîtresse ne peut marcher pendant la nuit si le seF— \iteur ne la précède avec la lumière, ainsi la volonté ne pcaÊ îiimer le bien, si rentendemeni ne le lui montre par le moyens delà médilalion. Personne, dit saint (Grégoire, ne peut ahner ce- (ju'il ignore : -iVt'/no potcstcliligeve ijuod prorsùs îV/^)oro^^ Nous» j)Ouvons aimer ce que nous ne voyons pas, dit saint Augustin^ mais nous ne pouvons aimer ce que nous ne connaissons pas t. Jiivisndiligi possr, incoginta nequnfiiinm.
IV. Mais, direz-vous, nous avons plusieurs exemples degrands pécheurs qui se sont convertis subitement, qui ouK abandonné tout à coup leurs désordres pour embrasser la vertu». Ce changement n'a i)u être précédé de la méditation : d'où if! résulte qu'il n'est pas toujours vrai qu'elle soit nécessaire pour (jue l'homme puisse quitter le péché et s'adonner à la pratique des bonnes œuvres, .le réponds à cette objection ({ue ces résolutions subites que prennent quelquefois les plus grands pécheurs de se repentir, de changer de vie, de se donner cntiiî-rement à Dieu , sont toujours précédées nécessairement de quelques méditations, de quelques réflexions sur leur malheureux élal, et sur la nécessité pour eux d'en sortir. Ces réflexions^ leur sont suggérées ou par une instruction qu'ils auront enteo-due, ou par la lecture d'un bon livre qui leur sera tombé cora»n'.e par hasard entre les mains, ou par une lumière intérieure^ (jni leur découvre le danger imminent qu'ils courent de se dam*ner, et qui réveille leur volonté, la fait sortir de la profonde léthargie où elle était i)longée auparavant, lui fait prendre la résolution de renoncer au péché, et de «redonner à Dieu.
\ . l>'où vient que la vertu est aujourd'hui si rare dans lemonde, et ({uela terre est toute inondée de crimes? Croyeivous que tout ce mal provienne des tentations de nos ennemiscommuns qui, à la vérité, sont très-fréquentes? des mauvai* exemples qui sont si répandus? des objets lascifs et séducteurs (lue l'on rencontre à chaque pas? des occasions de péché qui sont si nombreuses? On ne i>eut iiier que ce ne soient là tout autant de causes des désordres dont nous sommes témoins. M;:is la cause principale de tous ces maux est le manque d& rcllexions, le défaut de méditation; c'est ce que l'Ksprit-Saint nous apprend lui-même par b\ bouche du prophète .lérémi& f l*2. 11) : Dcs(jlati())tc 'k-sahila es? otniii^ lerin^ q<ii(i inillus est g^
26 Iir. INSTRUCTION
'qidrecogitel corde: la terre est remplie de désolation, parce qu'il ne se trouve plus personne qui saclie, ou plutôt qui veuilie réfléchir. Presque tous les hommes sont esclaves du péché et du démon , parce qu'il n'y en a qu'un très-petit nombre qui médite les vérités éternelles.
\I. Et eir effet, si tous les hommes pensaient sérieusement que Dieu réserve un bonheur sans fin à ceux qui observent fi^ dèlement sa sainte loi, qui l'aiment de tout leur cccur, et leur prochain comme eux-mêmes ; que ce bonheur est si grand , qu'au témoignage de saint Paul (1 . Cor. 2) , l'œil n a jamais vn, ïoreille n'a jamais entendu, l'esprit de l'homme n'a jamais compris ce que Dieu réserve à ses élus ; si les hommes, dis-je, s'appliquaient à considérer cette vérité, avec quelle ardeur ne les verrait-on pas travailler à l'acquisition de cette gloire immense? Quelle ne serait pas leur émulation à se surpasser tous les uns les autres dans l'amour de Dieii et dans la charité envers le prochain? Quel est celui qui o?v^?ait commettre un péché mortel, s'il méditait attentivement la passion douloureuse, la mort cruelle de notre divin Rédempteur; s'il réfléchissait que le péché mortel est un si grand mal, que, pour le réparer, il a fallu qu'un Dieu se soit fait homme, qu'd ail souffert, qu'il soit mort en répandant jusqu'à la dernière goutte de son sang adorable? Avec quel soin ne l'évilerait-onpas, si l'on comprenait que, pour un seul péché mortel, Dieu condamne à un enfer éternel? Quel est celui qui, pour un plaisir d'un moment qu'il procure, voudrait s'exposera un chàtimentsi terrible, s'il pensaitquelques instants et avec attention à cette vérité, s'il daignait employer quelques minutes au moins à la considération de ces supplices qui dureront autant que Dieu même? Et comment un chrétien pourrait-il vivre tranquille et se livrera la joie, en sachant qu'il est en état de péché mortel?
Vil. Saint Thomas ne pouvait pas comprendre comment un homme se trouvant dans cet état, et exposé à être à chaque instant surpris par la mort et précipité dans les enfers, pouvait encore se divertir et vivre tranquille, sans éprouver aucune frayeur. Ce que ce grand docteur de l'Eglise ne pouvait comprendre avec toutes ses lumières , l'expérience nous le montre chaque jour dans une infinité de chrétiens. Ce sont même les plus grands pécheurs ([ui paraissent quelquefois fouir de lapins douce tran(iuillité, cl qui rechercheiu avec le plus d'avidité les joies elles plaisirs du >ièck'. !)'où vient ."oit'-î paix? d'où vient en mêine tem|)s cette conduite insensée? De ce qu'ils oublient les grandes vérités du salul,de ce qu'ils ne vou-
SUR LA rr.:f;r.r;. '27
lenf pas mcdiler les maximes éternelles : Quia nulliLs est, qui rcco(jitei corde. Si l'on rénécliissail souvent à ces vérités importantes, ou ne pécherait pas, ou du moins ou ne le ferait pas yvec autant de facilité. Et voilà pourquoi le démon chercUe à faire à la plupart àei chrétiens ce que les F-hilistins (irent à Samson. Aussitôt qu'ils l'eurent pris , ils lui arrachèrent les yeux , afin ({U il ne sût pas se conduire. De même , (juand le démon a fait tomber les hommes dans le péché, s'il ne peut pas leur arracher à tous les yeux de la foi , il les prive de la vue d'une aiitre manière, en les détournant de la méditation des maximes éternelles, afin qu'ils n'y pensent pas plus que s'ils ne les croyaient pas. 11 ne vous est pas difficile maintenant de comprendre comment le défaut de méditation est la cause principale de tous les désordres et de tous les maux, dont nous sommes les témoins, et, par conséquent, la cause principale de la réprobation des hommes. D'où vous devez conclure combien ce saint exercice est nécessaire à tous ceux qui désirent faire leur salut.
VlII. .le vous entends m'inîcrrompre et me dirc:Noussommes tous persuadés de la nécessité de faire l'oraison mentale et de méditer les maximes éternelles, et nous voyons avec regret que c'est pour y avoir manqué que nous sommes tombés tians l'égarement et dans un si grand nombre de crimes, ^"ous ilésircrious faire dès aujourd'hui la méditation; mais comment pourrions-nous réussir , puisque nous ne connaissons pas la méthode qu'il faut suivre pour y vaquer. Ayez donc la bonté de nous l'apprendre. Je vous réponds, en premier lieu , que l'esprit d'oraison est un don de Dieu, et que, pour bien méditer, il faut le prier de répandre sur nous cet esprit de lumière et de prière qu'il nous a promispar la bouche du prophète Zacharie (c. 12): Effnmlain super ilomum David spintum graUd'cl prccnm. Néanmoins, pour satisfaire votre désir, je vous exi)0serai la manière dont vous pouvez vous livrer à cet exercice, me servant des règles que nous a laissées un des plus grands contemplatifs, saint Pierre d'Alcantara , dans son livre de l'Oraison, universellement estimé, et loué hautement par sainte Tliél'èse, par Louis de Grenade, par saint François de Sales , par .le souverain pontife Grégoire XV, et par plusieurs autres per- I .sounages des i)lus quulidés. \ peine ce livre admirable (ul-il i sorti des mains de son auteur, qu'on le vil se répandre nonseulement eu Espagne, mais encore thms tous les royaumes du monde cadioluiue, recherché de toutes parts et par tous'.cs peuples, qui voulaient apprendre d'un si grand maître îa ma- Uièi'C de méditer les iiuLxiiues du salut.
t'R III. INSTP.rCTfON
iX. L'oiaiso!) inontale esl composée de six parties : la préj;aiaiion ,1a leclure on la proposition du sujet, la méditallon Vïroproment dite, raclion de grâces, Tacle d'offrande et l'acte <'c demande. La préparation renferme plusieurs choses: il (nul 1 remièrement se mettre à genoux, ou se tenir dans une attitude jcspcctueiise, comme ayant à traiter avec Dieu.Secondenient, <lisposer notre esprit et notre cœur à ce saint exercice , en cloignant autant que possible toute pensée des choses de ce «londo et toute aiïeclion terrestre. Troisièmement . il faut ra- .Dimer notre foi sur cette vérité que Dieu est présent partout, et par conséquent dans le lieu où nous sommes, et nous tenir en sa présence avec la même attention , le même respect, lu jnémc humilité que si nous l'apercevions de nos propres yeux, ètanl l)ien persuadés (ju'il nous voit et nous observe. OuatrièiLcincnf, en considérant que de nous-mêmes nous sommes in- 4}apab]es d'avoir une bonne pensée, et que personne, comme le *!U saiiit Paul (I. Cor. 12), ne peut invoquer dignement lesaint j)om de Jésus sans le secours divin, nous devons demander Jiumblement les lumières du Saint-Esprit, elle prier de répan- <]re sur nous un de ses rayons célestes qui éclaire notre âme cl échaufie notre C(eur, alin que nous puissions faire une mc- 'tli'alion qui contri!)ue à sa gloire et à notre salut.
i. Après la pré|)aralion vient la lecture, ou proposition du sii.cl que nous voulons méditer. Cette lecture , selon l'avis de isalnt Pierre d'Alcanlara, ce grand maître que nous siiivons,ne i<loil pas être longue; il faut qu'elle soit courte, aiin de laisser plus de temps à la médiation. ISous devons la faire, non à la 'îiàte etcomme en coiu-ant, mais avec atlenlion, et il faut avoir i^oin de retenir les idées principales.il est bon de dire cepen- .<':ant qu'il serait mieux de faire cette lecture et de préparer le .«^'ijet delà méditali^n avant de se rendre dans le lieu où l'on <loii méditer. Quanta ceux qui ne savent pas lire, ils doivent se iapi)eler ce qu'ils ont entendu sur le sujet qu'ils veulent mé- <!iter, dans les instructions ou dans les lectures qui ont eu lieu lîrécédemment. De là vient que ces personnes sont plus slric- 1 -'ment obligées que les autres d'écouter altentivemenllesiusl.uctions qui se l'ont dans l'église.
XI. Après que l'on a fait la préparation et la lecture , ou *■'. j l'on a rappelé dans son esprit cequ'du avait lu auparavant. «il nasse à la troisième partie, qui est la méditation proprement «lil.Mlu mystère ou du point qii'on a lu, ou que l'on s'est pro ••J':>-'. 11 faut remarquer que les sujets que l'on veut niédilc- -4)ai>o!U élic de deux sortes : ou ce sont des choses que l'oti