‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 2)Chapitre 23 sur 26 · SLT, LA PRIÈRE. SD · texte numérisé non relu

SLT, LA PRIÈRE. SD

]^ciilserepréscnler parle moyende rimagînation, comisie souî, les diverses circonstances de la vie, de la passion et de la mort de Jésus-Christ, le jugement dernier, le paradis, l'enfer ou autres semblables; oubien ce sont des choses purement intellectuelles, comme, par exemple,la lin pour laquelle Dieu nous a créés ; les bienfaits de Dieu, sa bonté, sa miséricorde infinie^ ou ses autres perfections adorables. Si la méditation roule sui* un des premiers sujets, comme seraient Jésus-Christ dans la crèche, sou agonie au jardin des Oliviers, sa flagellation, soa couronnement d'épines, son crucifiement, alors il faut nous recueillir et nous figurer que tout se passe en notre présence, ce qui est bien propre à nous fournir des idées et à ranimer les sentiments de notre cœur, sans causer tant de fatigues et de peines à l'esprit.

XII. Si le sujet delà méditation est purement intellectuel , comme seraient la fin de l'homme, les bienfaits de Dieu, sa miséricorde, ou autres semblables, alors il faut faire ûc<, considérations analogues à ce que nous avons lu ou entendu sui* ce sujet, nous abstenant cependant de faire agir trop fortement notre esprit, parce que la méditation doit être plutôt l'œuvre (iu cteur qu'un travail de l'entendement ; nous ne devons pas nous proposer, dans la méditation, de nous rendre plus savants, mais de devenir plus pieux et plus saints. Le but de cet cxoi'cice n'étant que d'exciter en nous la dévotion et de porter noti'C volonté à produire des actes d'amour de Dieu, de haine du péché, du désir de faire pénitence, c'est à ces actes principalement qu'il faut nous arrêter ; et dès que nous apercevons que notre volonté est enflammée de (pielques-uncs de ces alTections, ayons soin de nous y fixer et de faire cesser les opérations de l'esprit. C'est encore un avis ([ue nous donnent saint Pierre d'Alcanlara, saint François de Sales et tous les mai- Ires de la vie spirituelle ; car, ayant trouvé ce que vous cherchiez, il serait inutile de le chercher i)lus longtemps, comme il serait inutile de continuer à creuser la terre pour découvrir un trésor que l'on aurait déjà découvert.

Xin. Vient ensuite la quatrième partie, qui consiste à rendre grâces à Dieu de tous les bons seiUimcnis dont il nuus a l'avorisés, et des bienfaits qu'il nous a accordés. Par exotnpîc, si nous avons médité sur la passion de Jésus-Chi-isî, il faut lui témoigner notre reconnaissance de ce que, pour mus ra- <;hcter, il lui en a coûté tant de fatigues et de peines, sa vie, son honneur et tout son sang précieux. Si nous avons médite £Ui' le péclié, nous le remcrcieruus de ce qu'il a bica voulu nous

30 i:i- INSTRUCTION

pardonner mille fois, de ce {[uil nous a iUtciul.iîs si longtemps, de ce qu'il ne nous a pas préeiijifés dans l'enfer/iaudis que nous étions ses ennemis. Si le sujet de la médilalion a été le ciel, nous lui rendrons grâces de cequil nous a créés pour ini si grand bonheur. Nous lui témoignerons ensuite notre reconnaissance de tous ses bienfaits généraux et particuliers, coiume de nous avoir créés à son image, de nous avoir donné une àme capable de le connaître et de l'aimer, de nous avoir fait naitre au sein de son Eglise ; nous le remercierons enfin de tant d'autres biens que nous avons reçus de sa bonté.

XIV. La pensée de toutes ces faveurs nous portera naturellement à dire avec le Roi-Prophète : Que rendrai-jeau Seigneur pour tant de grâces qu'il m'a accordées? Quid relribuam Domino, pro omnibus quœ relribuit viihi (Ps. 115)? El nous passons ainsi à la cinquième partie de l'oraison, qui est l'acte d'olTrande, en consacrant à Dieu tout ce que nous sommes et; tout ce que nous possédons. Nous pouvons en ce moment lui dire que nous sommes ses serviteurs, qu'il peut disposer de nous, de la même manière qu'il lui plaira, que nous sommes prêts à accomplir en toutes choses sa sainte volonté. Nous devons lui offrir alors toutes nos pensées, toutes nos paroles, nos actions, nos fatigues, nos soulïrances, atin que tout soit consacré à sa gloire. Mais surtout nous dcvonslui offrir tout ce que Jésus-Christ, son divin Fils, a fait pour nous: son obéissance, ses douleurs, sa mort, son sang précieux, en un mot, le trésor infini de ses mérites qu'il a mis à notre disposition. C'est làl'otTrande la plus précieuse et la ])lus agréable que nous puissions lui faire.

XV. Après cet acte, nous finissons par adresser à Dieu nos prières. Ssous devons hii deinander, en premier lieu, que tous les peuples de la terre le connaissent, le louent et l'adorent. Nous devons le prier pour le souverain Pontife, pour tous les cvêques, pour tous les ministres de la sainte Eglise, afin qu"iî leur accorde les lumières, la force et toutes les grâces dont ils ont besoin pour conduire au ciel les âmes qui leur sont confiées. Nous devons le prier, comme saint Paul nous le recommande, pour les rois et les princes delà terre, et poiu* tous ceux qui sont préposés au gouvernement temporel des peuples, afin qu'ils les régissent selon Dieu, et q'i'ils maintiennent . lajustice, la paix et le bon ordre. Nous devons le prier pour/' nos parents et pour nos amis ; pour les justes, afin qu'il leuriaccorde la persévérance; pour les pécbeurs, afin qu'il les cou- ; vertisse;]>oîir les délunts,afin qu'il les introduise dans le lieu

SUR U PRIÈRE. 31

de son repos éternel. Mais surtout nous devons lui demander im plus grand amour pour lui, une plus grande charité pouf uotre prochain, une humilité plus profonde, et toutes les grâces qui nous sont nécessaires pour éviter le péché et pour avancer de plus en plus dans la perfection.

XVI. Si vous désirez que je vous donne une idée plus claire et plus pratique des diverses parties de l'oraison mentale, supposons que vous voulez faire une méditation sur le jugement dernier , qui est un de ces sujets que l'on peut se représenter par le moyen de l'imagination. Vous commencez à vous mettre en la présence de Dieu, à faire, si vous le voulez , une courte lecture sur ce sujet; vous considérez ensuite les signes eiïra^ants qui doivent précéder ce jugement, ce feu qui réduira tout en cendres , le son de cette trompette formidable qui appellera tous les hommes au jugement ; l'arrivée du souverain Juge, accompagné de ses Anges et des Saints; la sé- |)aration fatale des méchants d'avec les bons , ceux-ci à la droite, et les autres à la gauche; la manifestation des consciences; et, ce qui sera plus terrible encore, cet examen rigoureux et sévère qui fera connaitre toute la malice et l'obstiiialion des pécheurs. Le livre des consciences étant ouvert fera paraître enfin les pénitences et les bonnes œuvres des justes, qiîi jusqu'alors étaient restées inconnuesauxautres hommes. Quelle consolation pour les uns, quelle confusion pour les autres! Ecoulez ensuite la dernière sentence: Vene:^ les bénis de mou Père, dira Jésus-Christ aux élus, possédez le royaume qui {^ous Cl été préparé dés le commoirement du monde. Oh! douces paroles ! oh î bénédiction chérie, qui embrasse et couronne toutes les autres bénédictions! Relircz-vous de moi, maudits, diva le souverain Juge aux réprouvés, allez brûler dans le feu éternel. Oh ! départ douloureux ! oh ! funeste malédiction ! oh ! feu éternel ! Après ces considérations, excitez dans votre àmc une crainte salutaire des jugements de Dieu; renouvelez la résolution de fuir le péché et de faire pénitence. Ensuite vous rendez grâce à Dieu de ce que vous êtes encore en état d'éviter la sentence qui sera prononcée contre les réprouvés et de mériter la sentence qui sera portée en faveur des élus, et vous finissez par l'acte d'oflVande et par la prière.

XYlï. S'agit-il de méditer sur un sujet purement intellectuel, par exemple, sur la miséricorde infinie de Dieu? Vous commencez de même par la préparation et la proposition dusujer. Vous vous mettez ensuite à considérer pendant combien de li\i\v)s Dieu vous a supportés; tandis que vous étiez ses euuc-

32 EV. iNvraunioN

mis, (le combien de lumières il a éclairé votre espiil; combien <ic fois il a frai)jK' à la porte do votre cœur par ses grâces et par ses sollicitations, pour vous détourner de la voie de la perdition , et vous faire rentrer dans celle du salut; avec quelle Iciidresse cette divine miséricorde vous a reçus, lorsque vous «arvez eu le bonheur de vous rendre. Pour peu que vous vous arrêtiez à cesconsidéralions, vous sentirez bientôt naitre dans ~\x)lre cœur les sentiments de la plus vive reconnaissance en- ^"crs un Dieu qui s'est conduit avec tant de bonté à votre égard, malgré votre ingratitude, qui vous a recherchés avec une sollicitude toute paternelle. Vous lui présenterez ensuite vos actions de grâce, vous lui ferez l'otïrande de vous-mêmes, et vous liuirez par lui demander la persévérance dans son service et dans son amour.

Vous connaissez donc maintenant la nécessité de la méditation pour quiconque veut opérer son salut. Vous venez d'apprendre la manière de la faire, et de voir combien il vous est facile de réussir à bien vous en ac({uitter. Prenez la résolution d'être lidèles à ce saint exercice, afin que, par son moyen , vous puissiez acquérir toutes les vertus qui vous feront parvenir au boniieur du ciel.

QUATRIÈME INSTRUCTION

SUR LA PRIÈRE

On détruit les raisons et les prcte\tes que les chrclicus appoilciit pour s'cxemplcr de faire l'oraison mentale.

Le démon, ennemi juré de la gloire de Dieu et de noti;^ salut, fait tous ses efforts pour s'opposer à l'une et à l'autre, en détournant les chrétiens de l'exercice de l'oraison mentale, qui est le moyen le plus assuré et le plus efficace pour glorifici ÎTicu et pour nous sauver. Pour les en décourager, il amon- <'el!e devant eux tant de difficultés, et des difficultés en apparence si insurmontables , qu'ils finissent par abandonner la mé- ^liîation , quoiqu'ils soient vivement persuadés de son ini- |>ortance et de sa nécessité. Uvaniinons donc une par une ces tlîfficultés, et nous verrons (}u' elles sont sans aucun fondeiiieut, et qu'il n'est pas un chrétien qui ne puisse s'ac(iuitterdc 410 devoir, cl se rendre familier l'exercice de l'oraison mentale.

î. La première difiieullé {|ue l'on a coutume de faire contre la méditation , est que l'on n'a point d'idées, que l'on ue^-ait

SUR LA PUIÉP.r. 35

pas rédéchir. PeiU-o» faire une objeolion plus étrange ? Ceux: qui apportent celte excuse ne sont-ils [)as des hommes , cî des liommes doués de raison? Ils savent donc penser, ils j^euvcnt tlonc rélléchir. 11 n'y a pas une chose qui nous soit plus naîurelle que la pensée. Nous pensons continuellement et même malgré nous. Vous pensez à vos intérêts temporels , à la manière dont vous pourrez j)arvenir à étendre vos possessions. Si vous avez un procès à soutenir, vous y réfléchissez, et vous cherchez sans cesse les moyens les j^lus propres que vous pourrez employer pour réussir à le gagner. Vous pensez à une infinité de choses , sans que personne ne vous y oblige , sans «jue l'on vous apprenne à le faire. Et quand il s'agira d'une maxime élernelle, de ralTairc seule importante de votre salut, vous ne saurez pas penser, vous ne saurez pas examiner quels sont les moyens que vous devez mettre en œuvre pour réussir dans cette grande entreprise, et trionq^her des obstavies qui peuvent vous y faire échouer? Que devons-nous préférer, ou que nos alïaires temporelles prospèrent selon notre gré, ou que notre conscience soit toujours dans l'état dans lequel elle doit être devant Dieu? Quelle est la chose qui nous intéresse davantage, ou de mettre en sûreté les biens temporels, ou notre salut éternel? de ne pas perdre un procès, uu de ne pas perdre notre âme? 11 nous est aisé de comprendre liu'il vaudrait inlinimcnt mieux pour nous sacrifier tout ce que nous avons en ce monde, que de manquer l'aftaire de notre salut et de nous exposer à la perte irréparable du bonheur duciel. Si donc vous savez penser, et d'une manière sérieuse, quand il s'agit des choses temporelles , quelle raison pourriezvous alléguer qui vous empêchât de jienser, et qui vous exemptât de réfléchir d'une manière plus sérieuse encore lorsqu'il est (jucstion des choses infiniment plus importantes , qui regardent la gloire de Dieu et le saliu de votre âme?

II. Mais, ajoutent la plupart des cliréliens , malgré fout ce <iue vous avancez , nous dirons toujours (pie la méditation est pour nous une chose impossible. .Nous n'avons ni l'usage de la réflexion, ni Ihabitude de méditer; (pioique nous essayerons de le faire, nous ne réussirons jamais. Quoi, vous n'avez pas l'habitude de méditer? vous ne méditez jamais ? Que pourriez-vous répliciuer, si je vous prouvais que ceux qui apportent ce prétexte , font des méditations plus sérieuses et plus longues, ([ue ne peuvent faire les peisoimes j)ieuscs et les religieux les plus retirés? Combien qui se livrent à des méuiialiQUsexcessivcmcut longues sur les nouvelles , sur des aiïaires

^^ IV. m';TRrCT10N

poliliqucs agitées dans les cabineis, sur îa ^uoire. su,- le. inoycns qii un prince a mis en œuvre pour s'empai'cr' d'un l-i e^, pour prendre telle ville , pour rimporter \elle v^^lre ; illvS i^n ; ''^' r P*'"'^ ' '"^ '""^ ^""'^^^ ^'^'"es et inutiles; mes M^ . l-f't ''^''^T^' '^^ Roi-Prophète : Les homl mes ne méditent que sur les choses les plus frivoles :. Vm'/tausunt vrania ( Ps. 2 ). Combien d'autres , qui , comme le J.t rEspnt-Saint(/Vo.. 17. 19), méditent sur^aS^i^nleTonf is pourront semer les discussions et la discorde dans les famil-

miTiflïf-'''?'?''"''"^'' • ''^^'^''^'"""' '/'-^^^or^/Za,.^ Combien juneflechissent du matm au soir, et du soir au matin sur

n/r"!f'VV'^'"^^^'' '' '^^""' f^^ '^'' acheteurs par de faux Wcnd'nu '"T'/"''"'''' '^^ ■^'^«"P'^^'ei' impunément du Le, (1 autrui, ou de le ravir en secret ? Tota die meditaniur do~

f A ,;.'^'> (.ombien qui méditent sur les moyens de sé- Miire 1 innocence , ou de commettre d'autres crimes , s'arrèf.nn.'!,i "'' '^''^"f ^^ considérations sur le temps et le liea

; rliî nV '•" '' '"''"' ^^"'^«"Slances dont ils pourront piolitei pour reussu' a contenter leurs passions les plus ef-

l'cnees et leurs désirs les plus coupables ?/n;5.//«/em medl^ tait siml m cubitl siio (Ps. 3Ô).

m. Or , si l'on sait penser, et penser d'une manière attentive e suivie a des affaires temporelles , si l'on sait réfléchir et laire de longues méditations sur des choses vaines et inutiles ou même cnimnelk^s , on ne peut donc plus apporter d'excuse légitime, pour dire qu'on ne sait pas, qu'on ne peut pas méditer les ventés éternelles, ni penser à PalTaire importante cm salut, \oici donc ce que vous avez à faire : vous dcve-^ Changer 1 objet de vos pensées et de vos méditations. Ce qur ^ous avez lait, et ce (jue vous seriez encore disposés à faire pour les choses temporelles, faites-le maintenant, dit saint Augustin, pour ce qui regarde votre conscience et le bien de votre ame : Qaod faciès inpecunia, fac in conscieniia. -\u lieu de consumer toutes les heures du jour à penser aux affaires du monde , employez-en une bonne partie à penser à la mort uni doit venir bientôt, et au moment que vous vous y attendrez le , iiîoms. Occupez-vous de la pensée du jugement particulier et tl4i jugement universel, où nos œuvres seront examinées ctpe- ; bces avec tant de rigueur. Considérez qu'il y a deux éternités, - Je paradis etrenfer,e[ que l'une des deux sera infailliblement ^olre partage. Au lieu de vous occuper de choses vaines et imuiles occu])ez-vous de la seule chose nécessaire, delà seule *iilaire dans laquelle ij nous importe in/iniment de bien réussir.

sur» LA PRIÈRE. 3o

niii est celle de notre saîat. Au lieu de vous entrelenir dan.^ (les pensées contraires à la loi de Dieu, ou de medtler sur la manière et les moyens de commettre le péché, meltez-vous u réil-chir sur les movens de purifier votre âme, d obtenir le pardon de vos fautes , et de n'y plus retomber a l avenir, ht vous voilà entrés dans la voie de la méditation , et la pratique vous en est rendue facile.

lY. Mais, dlra-t-on encore, la inéditation n est pas pour les -Ans du monde; c'est un exercice propre aux religieux; ils mil bien le temps d'y variuer ; ils ont leur règle qui leur en marque les heures. C'est là une nouvelle erreur et une nlusioii du démon. Grâces en soient rendues au Dieu tout-puissanl, h se trouve, même de nos jours , un grand nombre de personnes qui vivent dans k monde, et qui néanmmns s occupent :i méditer, etqui préféreraient négliger leurs affairesdomestiqucs, plutôt que de manquer un seul jour leur méditation. Mais supposons pour un instant qu'd n'y ait que les religieux qm méditent ; pourquoi se livrent-ils à ce saint exercice , sinon parce qu'ils veulent se sauver , et qu'ils le regardent comme un moyen nécessaire pour parvenir à ce but? Et vous, turciiens, ne voulez-vous pas tous vous sauver? Si telle est votre mtenlion, il faut donc recourir aux moyens regardes comme nécessaires par ceux qui travaillent à leur salut.

V La méditation nous est nécessaire à tous , parce que Dieu uous a ordonné à tous de méditer sa sainte loi, P«;ce que nous avons tous besoin de lumières pour connaître la (.ino.mité du vice et la beauté de la vertu, afin d évite, lun et d'embrasser l'autre , parce que nous avons tous besoin de lorces pour ne pas succomber aux tentations et pour persevever dans le bien. Ce ne sont donc pas seulement les religieux nui ont besoin de méditer, msis encore ceux qm vivent dans itLonde; et ils ont même un plus grand ^-som de la méditation que les religieux, parce que f ^ ^^^^''^["' f fj ^^ /,! '^ que raison particulière, manquaient un jour ^" ^^'^^^, son mentale ils ont d'autres exercices qm peuvent y suppke. , a^Unr r cueillisenUieu,etqued'ailleurs:Isontbienmouis

t^ns de péché que nous. Obligés comme n^^l^ sommes de vivre dans le monde, au milieu des uange s, d.. oiîSili^s et de mille embarras extérieurs, -mment pourrons-nous continuellement persévérer dar,s 1;/^,.^'^ ;^\^t; comment pourrons-nous tenir notre esprit ^ n<^t^<^ -,|;i\ouU; lueliementunis àl>ieu, comment pourrons-noi,. ...ai e^U)U(A^ nos avions méritoires pour le ciel, si mus ii avons pas som ccîairo ea.wi'U' ; urnolre méditaiiou?

::îf7 IV. !.\?rRrcT!OA

Vf. ^femGrare tioi'issima tua , et. in aicrnum non peccalts

^Ecoli. 7). Pensez à vos fins dernières, c'est-à-dire, à laniorf,

-tm jiiiremenl, à Tenfcr, au pnradis, et. selon l'oracle infaillible

<lc l'F.sprit-Saint , vous ne pécherez jamais. Prenez tous les

jours ([uclqiios moments pour vous rappeler le souvenir des

fjienfaits que voiis avez reçus de Dieu et pour examiner de

ïuielle manière vous avez correspondu à ses bontés ; pourcon-

f^idérer la lin pour laquelle Dieu vous a mis sur la terre , et

î)Our voirconunent vous avez travaillé à arriver à cette fin. Mais

i^urtout méditez souvent sur la vie, sur la passion et sur la mort

<ie notre divin Rédempteur, sur toutes les vertus dont il nous

^ donné l'exemple , afin (|ue vous |)uissiez ainsi le prendre

pour voire modèle en toutes choses , et alors, non-seulement

vous ne pécherez jamais , mais vous sentirez encore votre

l'œur se détacher de tout ce qui tient à la terre, pour s'alla-

<*her à celui qui setd mérite nos affections , pour ne plus te-

«'hercher, pour ne plus goûter que les choses du ciel, comme

dit saint Paul. Et combien, maUrré la coi ruplion qui règne drius

le monde, ne voyons-nous pas d'evcnqjles de ces heureux Irnils

4le la médKalion ? IVoù peut venir ce mé])ris des biens, des

plaisirs et des honneurs de celte vie . que l'on trouve enroie

•ilans un grand nombre d'àniesjusles?Dans quelle source ont-

■elles puisé celte foi vive, celle charité ardente, ce détachement

ÛQS choses périssables de la lerre, cet attachement indissoln-

Lie pour Jésus-Christ? Dans l'exercice journalier delà médi-

îation. Pourquoi celte femmeet celle jeune personne ne soi»!-

ï^lles i»lns les esclaves de la vanité ? Pourquoi les voyons-nous

vêtues d'une manière si modesle ? Pourquoi ont-elles renoncé

41UX létes profanes, aux bals, aux veillées, au\' spéciales mon-

<huns qui faisaient autrefois tout leur bonheur ? Comment esl-

i! arrivé que ce personnage se soit dégoûté des théâtres , des

{•ercles, des conversations , du jeu, qui étaient auparavant ses

plus douces réci'éfflions et ses plus chères délices ?

Ml. Voulez-vous connailre la cause de cet heureux chaniienuMil? c'est que ces personnes ont compris la nécessité de. iairela méditatioi», et qu'elles se sont livrées chaque jour à ce saint exercice. I^our savoir distinguer une chose précieuse «fuue chose vile et méprisable, il sullit de mellre l'une vis-àvis de l'autre, et de fixer nllenlivemenl nos regards sur clia- <:une. Pour disceriîer un frui! doux (iavec un fruit amer.i! n'est îjesoin que de goûler de l'im et de l'autre. Or, c'est là cetiui se l'p.il i)ar le moyen de ht niédilation. On coidVonle les clioscs ^e la lerre nvec celles du «iel. les biens du teiUiîs ivvcc ceu>;

(^e rélernité , on examine les (|u;(lik*.s dos uns et des aiid'os. Une faul-il de plus pour nous faire inépriserles biens périssa- Lles de eelte vie, el pour nous exciter à travailler avec ardeur îi l'acquisition des biens éternels ? L'expérience d'ailleurs nous démontre que nous ne pouvons vivre sans quelques consolations, et que notre cœur ne pcul être exempt d'alïection. Si nous ne cherclioiis pas notre consolation dans les vérités éternelles, si nol.'e cumu' ne s'allaclie pas aux choses du ciel, nous la chercherons , cette consolation , et nous les mettrons, ces alïeclions, comnse font les pécheurs, dans les choses du monde et dans l'iniquité. Or , la méditation est le seul moyen qui nous reste pour éprouver les véritables consolations. Les mondains se tigurenl qu'il ne peut y avoir de bonheur que dans les plaisirs de la teri'e : mais ils se trompent grossièrement. Les jouissances de !"esprit sont bien i)lus douces, plus agréables et plus solides ; et les âmes justes, en s'entretenanl avec Dieu dans la médit-alion, goûtent des plaisirs et des consolations (jiii surpassent inliniment la joie et les plaisirs des pécheurs, l'aites-en l'essai, el vous verrez, comme le dit le Roi- Prophèie,que Dieu est plein de douceur pour ceux <}ui le cherchent : Guslale et videle riiioivain sikhus esl Do!)itnas{'i'S. 33).

Vin. La quatrième objection contre l'oraison mentale , est qu'on n'a pas le temps de la faire, vu que toutes les heures du jour sont absorbées par les occupations temporelles, par les soins de la famille, parles aiïaires domestiques. On allègue la multiplicité de ses travaux et de ses embarras, et l'on prétend <jue <le[)uis le malin jusqu'au soir on ne|)eut trouver une demiheure pour la consacrer à ce saint exercice. C'est le grand prétexte que l'on apporte pour se dispenser de la méditation. Nous «•n trouvons une ligure dans l'Evangile (/.'/r. 10). Jésus-Christ s'ctant rendu au village de Bélhanie, près de Jérusalem, entra <ians la mai>on où se trouvaient les deux S(eurs de Lazare , Mariheet Maiie. La première était tout empressée de préparer un festin à Jé>.us-('luisl, tandis que Marie se tenait aux pieds <le son divin Maiire, plongée dans une profonde contemplation, l.a raison que Marthe avait de ne pas imiter sa sœur pat;iissail bien plausible. Cependant Jésus-Christ la reprend et iiii dit : « Vous vous ti oublez, et vous vous imiuiétez de beau- ('(jup de choses, tandis qu'une seule est nécessaire, le salut de votre àme. Voyez votre sœur recueillie à mes pieds; elle a choisi la meilleure part, qui ne hii sera point enlevée : » Ponù viiHvi est ueccssariuiii. Par cette seule parole, notre divin Sauveur réfute toutes les objections que l'on peut faire contre la iiéçcsiilé do la uiédilalion.

IX. Voiib dilGS que vous n'avez pas le temps, parce que vous Oîes o])iigés de vaquer à vos affaires domestiques. Je réponds eu premier lieu qu'un grand nombre de personnes sont exemples de ces occupations et de ces affaires ; celles-là du moins auront le temps de méditer. Mais vous qui avez ces occupalions, dites-moi, je vous prie (ce sont les paroles d'un pieux auteur, Murai. Es. Spir. , qui réfute ce prétexte), quelle est l'occupation la plus pressante ,ralTaire la plus nécessaire que puisse avoir un chrétien ? Vous êtes forcés d'avouer que c'est celle du salut. Et l'on emploiera toutes les heures delà journée à des afTaires temporelles qui ont rapport à l'avantage du corps, et l'on ne pourra pas trouver, diu-ant tout cet espace de temps , une demi-heure pour la consacrer nu bien de son âme ? Supposons que quelqu'un vous laisse en héritage de grandes possessions ; vous savez que pour administrer ces biens, il vous faudra chaque jour employer une demi-heure,ou l)eut-ètre même une heure. Laisserez-vous le gouvernement s'emparer de celte siiccession , pour n'être pas obligés de consacrer ce temps à la faire valoir? Vous l'accepteriez, fallùî-il y sacrifier plusieurs heures , tous lesiours. Mais , faisons une autre supposition: l'héritage n'est pas encore en votre pouvoir ; cependant vous êtes assurés de l'obtenir. C'est un parent, lin ami qui vous le prometpar son testament, à cette seuîii condition, que vous viendrez chaque jour vous entretenir avec lui pendant l'espace d'une demi-heure, ou d'une heure. Refuscriez-votis cet héritage, pour ne pas contracter l'obligation de ])ïisser chaque jour une demi-heure avec ce parent, ou avec cet ami ? Vous l'accepteriez, et vous vous hâteriez d*accomj)lir îoules ces conditions, quelque onéreuses qu'elles vous parussent, surtout si ce parent ou cet ami vous comblait de prévenances et vous accueillait toujours avec bonté. Etil s'agit ici tFun royaume céleste, de la possession du ciel, de ce précieux îiérilage que Jésus-Christ nous a acquis au prix de son sang ci parla mort la plus cruelle ; et, pour mériter cet héritage, nous ite trouverons pas une demi-heure . dans toute unejouriiée, que nous puissions employer à nous Cîilrelenir aux pieds de lioîre divin Maître, de la lin pour laquelle il nous a mis en ce monde, de l'amour qui l'a porté àso revêtir de notre nature, à souffrir et à mourirpour nous? Nous ne pourrons dérober une demi-Iieure à nos autres occupations, pour la consacrer à demander à nieu les lumièi-es, la force et toutes les grâces qui nous sont nécessaires, et à lui témoigner notre reconnaissance j)nur tous ses bienfaits ? Nous iroiiverons dn iomsîs pour toni îe

sur. LA pnii^RR. 3.)

resle, pour le travail, pour les délassements, pour les coi;- \ersations inutiles, pour des choses de peu d'importance , el nous n'aurons pas quelques instants pour nous recueillir devant Dieu, pour méditer sur les moyens de ne plus l'offenser , el de persévérer dans sa sainte grâce?

X. Mais vous seriez bien étonnés, si je vous démontrais qu'en vous adonnant chaque jour à la méditation, bien loin de préjudicicr par-là à vos occupations ordinaires , vous feriez plus de travail que vous n'en faites en l'omettant. Feut-ètre douterez-vous de ce que j'avance ; c'est néanmoins une vérité bien prouvée par l'expérience. Je vous l'ai déjà dit : celui qui fait régulièrement sa méditation perd inscnsibiement le goût des plaisirs et des divertissements profanes et mondains. La considération des choses célestes et des véi'iiés éternelles le détache l)eu à peu des objets temporels et terrcsti-es. 11 en résultera donc que cette femme qui s'est aj)p]iquée à l'oraison gagnera toutes les heures qu'elle perdait à s'ajuster devant un miroir, à se montrer dans les assemblées, aux fêtes et aux bals. Ce jeune homme aura de plus, pour se livrer au travail, tout le temps qu'il passait à rester dans les occasions dangereuses et auprès des personnes dont la conversation était nuisible à sa vertu, (let homme qui emploie une bonne partie dujouràdirc des paroles vaines et inutiles, ou peut-être à tenir des discours obscènes et scandaleux, à jouer, à rester dans l'oisiveté sur les places publiques, apprendra dans la méditation à user du temps d'une manière plus avantageuse pour lui, pour sa famille et pour la société.

XI. Ce n'est donc pas la multiplicité de vos occupations qui \ous empêche de faire l'oraison mentale ; ce sont vos passions que vous voulez contenter, dont vous cherchez à satisfaire toutes les exigences, au lieu de les mortifier et de les dompter. Mais donnez-moi un chrétien qui travaille à réprimer ses passions, et qui, pour les vaincre , se sert de l'arme puissante de la méditation, et vous verrez que tout en acconjpiissanl les devoirs que lui impose sa conscience , il trouvera du temps pour vaquer à toutes ses alTaires temporelles. En faisant sou oraison mentale , il prendra la résolution de travailler pour plaire à Dieu, pour expier ses fautes, pour faire pénitence , el ensuite il ne sacrifiera point des instants précieux qui s'écoulent si rapidement dans des conversations inutiles , dans de vains amusements; il ne prendra de récréation et de repos que ce qui lui sera indispensablement nécessaire; il sera labo- |"icux par devoir, par plaisir; il obéira avec joie el avec em-

40 IV. iN^nrcTiox

pressenictit ^ cl à h Hii du jo!iî', au lieu d'avoir perdu pour le travailla dciiii-heurc de sa méditalion, il aura gagné plusieurs heures qu"il aurail perdues s'il ne s"élait pas livré à ce saint exercice. Un liomnie qui voyage au milieu des ténèbres ne nuit point à la rapidité de sa course, s'il vient à s'arrêter poui* prendre delà lumière ; il se trouve bientôt dédommagé, parce «ju'il marche ensuiie d'un pas plus assuré, et qu'il le fait sans <lL!ngcr. C'est ce qui arrive à celui ([ni est lîdèlc à la praticjue de la méditation; au lieu de perdre du temps, il en gagne, j)arce qu'il y puise les lumières dont il a besoin i)0urbien laire iliaque chose, et |)0ur marcher avec plus d'agilité et d'assurance dans la voie de la perfection.

XII. Dieu ne se laisissra pas vaincre eu libéralité par un chrétien qu'il veit as'^idu à méditer sa loi sainte et les vérités éternelles. Pensez à lui, disait U!!e àme pieuse, et il pensera à vous. Et, en cITel, le saint roi David , parlant de cet homme qui médite jour et nuit la loi du Seigneur, l"ai)pelle bienheureux , et ajoute qu"il réussira dans toutes ses entreprises : Bealus iiv... (jiii inlcijc Domiiii viedilalur die ac nocle... omnia quœcumque faciet prosperahundir (Ps. l). On en voit qui se plaignent du mauvais succès de leurs affaires temporelles, <le la tempête qui détruit leurs moissons, des pertes qu'ils éprouvent dans leiu' nég(>ce, des procès qui les ruinent, de leurs enfants qui dissipent les biens de la famille. Voulez-vous, leur dirai-je, remédier à tous ces maux? Soyez exacts à faire fhaque jour votre méditation, et Dieu vous favorisera en toutes clioses : il rendra vos champs plus fertiles , votre négoce j>lus heureux, vos procès plus (avorables , vos enfants plus sages, les Iruits de vos travaux plus abondants : Omniu quo'iumqne faciet prospcrabwUur. Vous api)uyant sur cette promesse de Dieu, essayez de vous livrer à la méditation, et vous verrez que tout prospérera au gré de vos désirs.

XIII. Nous avons cherché à méditer, disent un gra'jd nombre de personnes, mais tout le tenq)s se passait en distraction, notre esprit était sans cesse occi-pé de tout autre chose, .le réponds à cela que vous ne devez point pour autant abandonner Texercice de la méditation ; mais vous devez suivre la méthode de sainte Thérèse : lire quelques instants et méditer en- .suite , et continuer ainsi à lire et à méditer successivement. Vous n'ignorez pas que cette grande sainte parvint au degré îc pIiLS sublime de la contemplation ; et cependant elle avoue olIeMiiénie que, peridant rcs[)ace de dix-sept ans , elle ne [)ul jamais vaquera la méditalion qu'en s'aidaut du secoure d'un

SUR LA T'RIKliE. 4t

livre, lisant quelques lignes et réflé^^'liissant ensuite. Cherchez à l'imiter, en portant quelquefois les yeux sur votre livre , et l^'nanl votre esprit et votre ccieur unis à Dieu. Pour le faire, il suffit de savoir lire el d"avoir un hou livre de piété. Ceux qui ne savent pas lire peuvent s'aider de (iuel([ues oraisons jaculatoires, comme : « Seigneur, ayez pitié de moi. Je déslierais » savoir méditer les véi'ilés du salut avec la même attendon » el la même ferveur que ]jeuvenl le faire les âmes (pii vous » sont les plus chères; mais je suis si misérable, que je ne » sais pas même vous prier. Je ne puis rien sans vous , 6 » mon Dieul aidez-moi de votre sainte grâce. » Puis efforcezvous d'exciler votre attention , et si vous ne pouvez réussir à fixer votre esprit, humiliez-vous devant Dieu, sans vous troubler, sans vous inquiéter. Faites ce qui dépend de vous, Dieu n'exige pas davantage. 11 voit votre bonne volonté, illaiécompensera. Passez le temps de la méditation à considérer votre crucifix ; et quoiqu'aucune pensée ne se présentera , vous n'en ferez pas moins une pénilence qui sei-a Irès-agréable ;i Dien .

XI V. ^ous avons enqdoyé tous ces moyens, diront encore quelques-uii.s, et jamais nous n'avons eu le bonheur d'éprouver aucun bon sentiment. ÏNous passons le tenq)s de la méditalion dans la tristesse eldans l'ennui, nous n'avons aucun goût, nous sommes devant Dieu comme autant de statues. Je réponds, avec tous les maîtres de la vie spirituelle , qu'on ne doit pas faire l'oraison dans la pensée que l'on y trouvera des douceurs spirituelles, on doit la faire pour plaire à Dieu. Il arrive souvent que la méditation la plus aride est la plus avantageuse. L'oraison de Jésus-Christ au jardin des Oliviers fut une oraison toute divine, et cependant elle fut pleine de tristesse el d'ennui; et sainte Thérèse nous assure que c'était celle considération et cet exemple de notre divin Mailre qui l'encourageaient à ne pas abandonner la méditation dans les temps de sécheresse el de dégoût qu'elle éprouvait. Nous lisons dans les vies des saints Pères qu'un religieux, malgi'é ses aridités et sa désolation, restait néanmoins à genoux, et continuait à médiler. Que fais-lu là, lui dit le démon, à perdre ton temps comme un tronc d'arbre? Je m'occupe, i-épondit Ihumble religieux, à com|)ter les carreaux démon parquet, pour Tamour de mon Dieu ; et le démon se retira, couvert de honte et de confusion. Vous dites que vous senddez éti'e ioiU autant de statues pendani votre nu'dilatton; mais, dit saint Trançois de Sales, les statues qui ^onl placées dexanl les palais des i)rini:es . conli'i-

42 ÎV. INSTP.rCTlON'

bucnl à la gloire de ces princes. Ainsi , quoi qivil en soil de votre élat , restez néanmoins dans le lieu où vous êtes , par amour pour Dieu , l'adoranl par la posture de votre corps , lui juanifcslant la volonté elle désir que vous avez de méditer, or par ià vous ferez un acte bon et méritoire; et si, malgré les dégoûts et celte absence de sentiments dont vous vous plaignez, vous pTolongez votre méditation jusqu'à l'heure que vous vous êtes fixée , i)ieu vous accordera le don d'oraison, comme il l'accorda à sainte Thérèse, après un si grand nombre d'années passées dans l'aridité , et comme il l'a accordé à tant d'âmes pieuses, jusque là qu'elles ne pouvaient entendre parler de Dieu sans être enflammées de son amour , et sans répandre une abondance de larmes. Soyez humbles et pleins da bonne volonté, disait saint Philippe de l\én à ses disciples, et le Saint-Esprit vous apprendra à faire la méditation. Qu'il n'y ait donc plus , dès aujourd'hui , aucun prétexte qui vous éloigne du saint exercice de l'oraison menliue.

XV. Quelques-uns, peut-être, désireraient savoir quel est le lieu le plus favorable, l'heure la plus propice pour faire la méditation , et l'espace de temps qu'il faut lui consacrer. Quant au lieu , je réponds que comme Dieu est présent partout , on peut le prier et faire oraison en quelque endroit que l'on se Irouve. Il faut avouer cependant que les temples et les oratoires senties lieux les j)lus projjres à la méditation. S'il ne vous est pas possible de vous y rendre , vous méditerez dans votre chambre, si vous y êtes seul, et que vous puissiez y trouver lemoyen de vous recueillir. Pour ce qui est du temps, le matin est le moment le plus favorable, cl il serait à désirer (jue vous fissiez toujours votre méditation avant de sortirde l'apparu-ment oùvous avez pris votre repos. Si, le malin, vous «^tes oi)]i-:és(le vous livrer sans délai à quelques occupations indispensables et pressantes, vous déroberez une heure à vo- Sre sommeil, ou bien , dans le courant du jour, ou sur le soir, vous consacrerez à voire méditation les instants que vous aviez l'habitude d'employerà vous divertir, à luendre votre récréation.

XVÎ. Pour ce (jui regarde l'espace de temps que l'on doit donner à l'oraison, on ne peut assigner une rè^i^le tixeetiuva- ;iab]p. Il est des âmes plus spécialement favorisées du Saint- •esprit, quipasscnl la plus grande partie du jour et de la nuit à médîicr. Saint Pierre d'Alcantara, qui fut une de ces âmes privilégiées, désirait qu'on em[)loyàl au moins une heure et «lemieà la méditation. Saint François de Sales se contentait <"uo.elunu-o, que l'on pouvait , disait-il, diviser, ca donuaiit

SUR LA rr.iÈRE. 4j

à cet exercice une demi-heure le matin , et aiilaiU le soir; mais il voulait que l'on n'y manquât jamais. D'autres se bornent à exiger mie demi-heure; et peut-on demander moins, lorsqu'on voit l'abus étrange que la plupart des hommes font du temps qu'ils passent sur la terre? Le croiriez-vous , le souverain pontife Benoit XI V, lorsqu'on ne peut obtenir davantage, se contente d'un quart d'heure, et accorde plusieurs indulgences plénières àceux c}ui seront exacts à faire ce quart d'heure de méditation , de même qu'à ceux qui cnseignentaux autres la manière de méditer. Ayons donc soin de profiter de ces grâces; ne laissons passer aucun jour sans vaquera l'oraison, afin que parle moyen de ce saint exercice, nous puissions vivre continuellement unis à Dieu par sa grâce, et mériter le bonheur de lui être unis durant toute l'éternité, dans le séjour de sa gloire.

SUR LA PRIÈRE

Sur rOraison Dominicale ; explication du mot Noire Pâi'ët

.l'entreprends, Chrétiens, de vous parler de celte prière,^ qui est la plus agréable à Dieu, qui renferme tout ce que nous pouvons lui demander de plus saint et de plus parfait ; de cette prièi'c qui est la plus avantageuse, la plus utile aux chrétiens et la plus méritoire pour eux ; de cette prière que les . saints Pères appellent l'oraison de chaque jour, et que les saints conciles recommandent à tout homme desavoir et de comprendre, sous peine de ne pouvoir être compté au nombre des enfants de l'Es^lise. Cette prière est l'Oraison Dominicale. Ouiconque, dit le concile de Reims, ne sait pas, et d'esprit et de cœur.le Symbole des Apôtres et l'Oraison Dominicale, ne peut être appelé catholique : Nisi quis istas duas sententias Symboluiu el Oralionem Dominicain memorUcr (enuerit, et ex 'loto corde fennerit, catholicus esse non poterit. Afin de pouvoir bien la réciter, et comprendre le sens des sept demandes qu'elle renferme, nous les méditerons chacune en particulier, et aujourd'hui nous nous bornerons h considérer en général l'excellence de cette prière, et les principales raisons ^ qui doivent nous engager à réciter cette prière avec respect, avec attention etavecune Ciilièrc confiance.

^'i V. LNSTRlXriO.N

I. Ouo rOraison Dominicale liciiiie le premier rang enlic loulcs les [li'ières, «urelle soit de foules la plus belle et la plu ■ efficace, c'est ce (|ue tous les l'ères de l'Eglise, et surtout le graud saint Cypi'ieu, évè(jue de Cartilage, se sont efforcés d(' nous déniontrei- dans leurs ouvrages et dans les longs et admirables traités qu'ils nous ont laissés sur cette prière. Ils aj'porlentune infinité de raisons à l'appui de cette vérité. Jenncontenlerai de vous eu exposer quel([ues-unes. La première, la princi])ale et la i)lus propre à nous rendre cette prière res- ]>ect;!i)Ie, se tire de la dignité de la personne qui l'a composée, du maitre ijui nous l'a enseignée, qui est Jésus-Christluimème, le Fils de Dieu, la sagesse incréée du Père Eternel. JNous lisons dans la sainte Ecriture que les anciens Patriarches îivaient soin d'apprendre à leuis enfants la manière de rendre :i Dieu les ndorations et les hommages qui lui sont dus de la i)ai't de ses créatures , et de le prier pour qu'il répandit sur cu\ ses grâces et ses abondantes bénédictions. Mais nous , ce n'est i)asdes Patriarches, ni des Prophètes que nous avons appris la manière dont nous devons prier, c'est du Fils de Dieu Ini-méme. Quelle autre prière pourrons-nous donc trouver qui ><)it plus puissante et plus propre à nous faire obtenir tout ce <^:\c nous demanderons, que l'Oraison Dominicale?

H. Avec quelle dévotion et quelle conliance neréciteriez-vou.s pas une prière qui aurait été composée par tous les Anges réunis et par tous les Saints qui sont dans le paradis, et qu'ils vous auraient envoyée sur la terre du haut de leur bienheureux séjour ? Avec quelle dévotion et (pielle conliance ne la récltei-iez-vous pas , si c'était la sainte Vierge elle-même qui l'eût «composée et envoyée pareillement du haut des cieu\? Vous luu- <leiiez toutes vos espérances sur celle i)rière, sachant que les Anges, les Saints et surtout la sainte Vierge vous aiment au- <lel;i de tout ce que vous pouvez imaginer, et qu'ils connaissent paifaitement la vraie manière de louer Dieu et de le prier poiu" quMl subvienne à vos besoins. Mais Jésus-Christ ne vous «lime-t-il pas infiniment plus que tous les Anges et tous Ici Saints ensemble ne sont capables de vous aimer, puisque par iimour pour vous il est descendu du ciel, qu'il s'est revêtu (!e votre nature, qu'il a versé son sang et qu'il a sacrifié sa \;e pour vous délivrer de la servitude du démon? 11 connaît bic» plus i)arfaitement que ne le peuvent connaître tous les Sainls ïa véritable manière de louer et de glorifier sou Père ; il voit l>ien mieux quels sont nos besoins et les moyens que nous «levons i'mployer pour obtenir les grâces qui nous sont nécessai-

SLR I-.V PKIEr.E. ^cy

res. Si donc c'est Jésas-Christ qui a composé cette prière .sulilime, et iinl nous Ta enseignée, avec quel profond respcrl cl (luelic tendre dévotion ne devons-nous pns la réciici i et en lu récitant, quelle assurance ne devons-nous pas avoir (l'être toujoui-s exaucés ?

m. Ne vous plaignez donc plus, Clirétiens, que vous ne savez pas lire, ni l'aire des prières qui puissent élre agréables à Dieu, comme font lanl de personnes simples et ignorantes. N'allez pus chercher avec tant de peine desprières dans les livres, ni importuner vos confesseurs ou vos directeurs, afin qu'ils vous indiquent quelques oraisons nouvelles. Quelle autre prière trouverez-vous qui soit plus agréable à Dieu et i)lu.> efficace que l'Oraison Dominicale que Jésus-C.hrist lui-même nous a apprise ? En la récitant, nous avons tout lieu d'espérer que Dieu exaucera nos voiux , dit sahit Augustin [Hom. 42), l)uisque c'est son propre Fils qui nous l'a enseignée , lui qui étant à la droite de son Père , et devant être un jour notre juge, veut bien maintenant être notre avocat. Quand vous liriez tous les livres , que vous consulteriez tous les Docteurs de l'Eglise , tous les maîtres de la vie spirituelle, ils ne vous apprendront jamais des prières plus belles, plus excellentes ni plus elficaces que celle dont .lésus-Christ nous a fait présent l puis<iue c'est ce divin Maître qui en est l'auteur. Où trouverezvous quelqu'un qui soit plus saint, plus éclairé, plus sage,(iui puisse mieux connaître quelle est la prière la plus agréable à Dieu, et la plus efficace poumons obtenir les grâces dont nous avons besoin? Que l'Oraison Dominicale soit donc dès ce moment notre prière chérie, noire prière ordinaire : usons-eu toujours avec la plus entière assurance, el par son moyen Dieu pourvoirai toutes nos nécessités. Appliquons-nous à la bien comprendre et à la réciter avec tousles senlimenls de respect et de confiance dont nous serons capables, étant persuadés qu'elle est celle qui piaille plus à Dieu, el {|uile dispose à noiisécouter plus favorablement. Si Jésus-Christ nous a promis que nous obtiendrons de son Père tout ce que nous lui demanderons en son nom, dil saint Cyprien (Oe Or«/. Z>o»i.), que ne devonsnous pas espérer à plus forte raison, lorsqu'on le priant en son iiom, nous nous servirons encore de la prière qu'il nous a enseignée lui-même.

IV. I.a seconde raison qui nous montre rexcellence de fOraison Dominicale, c'est qu'en peu de mots Jésus-C.hrisl a su y réunir tout ce que nous pouvuus demander el tout ce qu'il est nécessaire que nous demandions. Celle raison est de

4G V. IN>Tr.UCT10!^

saint Augustin (Serm. 82): « L'Oraison Dominicale. clit-iî,ren- » ferme un abrégé de loulce que nous pourrions demander à » Dieu dans toutes les autres prières , puisqu en la récitaul » nous le supplions de répandre sur nous ses grâces et ses » bienfaits, de nous délivrer de tous les maux, et de nouspar- » donner nos péchés. » C'est ce que nous verrons plus clairement dans l'explication de chacune desdemandes quilacomposent. Quand Jésus-Christ, à la sollicitation de ses Apôtres, leur apprit l'Oraison Dominicale, il commença par les avertir <]m lorsqu'ils auraient quelques grâces à demander , il n'était pas nécessaire de parler beaucoup , comme font les Gentils , <"jui s'imaginent qu'ils seront plus sûrement exaucés en faisant de longues prières. Employer de longs discours quand on veut demander une faveur, c'est un signe de méfiance. .Iésus-('hrist nous a donc laissé cette prière extrèmcraent courte , afin qu'en la récitant notre esprit ne fût pas si distrait, et afin que nous pussions prier plus facilement , avec plus de ferveur et de dévotion, ('e n'est pas le grand nombre de paroles que Dieu exauce, mais les désirs du cœur qu'on lui manileste avec humilité : Dcsideriumpauperiim examUiil Domimis (Ps. 10). C'est la raison pour laquelle, selon que le rapporte le père Grenade , sainte Catherine de Sienne demandant un jour à Jésus-Christ pourquoi il ne se manifestait plus à ses serviteurs, comme il le faisaitpendantles premiers siècles de l'Eglise, il lui répondit : « C'est qu'aujourd'hui les âmes ne veulent plus m'écoule.* M comme étant leur maître ; elles ne veulent plus que je les M éclaire dans le silence et le recueillement; mais elles vien- » nent en ma présence pour parler, et elles profèrent un si M grand nombre de paroles et avec tant de précipitation, qu'cl- » les ne me donnent i)as le temps de leur faire entendre ma M voix et de leur comniup.iquer mes volontés.. » Et ce défaut ïi'est elTeclivement que trop commun de nos jours.

V. Mais, pourrez-vous dire, puisque la prière est une chose si agréable à Dieu, et que Jésus-Christ uous la recommande ilans son Evangile (/.ur. 18), jusqu'à nous dire qu'il faut toujours prier, elnejamais cesser de prier: Oporietscmper orare, et non dcficcre ; pourquoi a-t-il voulu que la prière qu'il nous a enseignée fût si courte? Je réponds qu'il a eu plusieurs motifs pour agir de la sorte : il l'a fait , premièrement, afin que tous les hommes pussent apprendre celte pi'ière et la retenir aisément, el que personne ne put prétexter C\{i?< raisons pour se dispenser de la graver dans sa mémoire, de qi;eIquecou- <Utiou qu'il fût, riche ou pauvre , savant ou iguui anl. Eu se-

SLR LA PRIÈRE. 47

cond lieu , c est afin que les chrélicus eussent la faculté de In récUer plus souvent, d'autant i)Ius qu'on peut le faire en si peu de temps. Ce serait une erreur de croire qu'il ne convient pas de répéter plusieurs fois de suite la même: c'est au contraire la marque d'une plus grande ferveur et d'un plus ardent désii* d'être exaucé. .lésiis-Clirisl nous en a donné Tcxeniple au moment de son agonie dans le jardin des Oliviers, où il répéta pendant trois heures celle même prière : 0 mon l'ère ! que cotre K-olonté s'accompUsnc , et non ta mienne. Le Pvoi-Prophètc nous avait appris déjàla même chose, en faisant entrer jusqu'à vingt-sept fois dans un seul psaume ces paroles: 0 mon Dieu ! vos miséricordes sont éternelles : Quoniumin sœculum miserlcordia ejus(?s. lOo). Et le grand saint Bernard passait lesnuils entières, comme nousTavons dit ailleurs, à ne dire autre cho- .se, sinon : Mon Dieu et mon tout: Deusmcuseï oHnua. Et c'est ce que nous lisons parcillemeiU daiLs la vie d'un grand noml)re d'autres Saints.

Yî. Et, pour en revenir à l'Oraison Dominicale , Flaminius rapporte que le bienheureux Jacques d'Allemagne , qui était extrêmement adonné à la prière et à la contemplation, après avoir récité l'office divin avec les autres religieux , se retirait dans le lieu de l'église le plus retiré et où il pouvais; éti-e le plus recueilli, et que là il s'occupait pendant plusieurs heures à adresser un grand nombre de prières à Dieu, à la sainte Vierge et aux Saints. Il avouait néanmoins qu'il ne pouvait y avoir pour lui de bonheur plus doux et plus sensible que celui qu'il éprouvait eu récitant le Pater. Alors son cœur et sa bouche même se trouvaient l'emplis d'une douceur toute spirituelle et céleste, qui le faisait comme sortir de lui-même et le ravissait en Dieu. Denis le Chartreux, et d'autres auteurs avec lui ra- Cî'iilent de saint Hugues , évêque de Grenoble , qu'il aii:iait d'une manière spéciale à réciter l'Oraison Dominicale, et qu'il le faisait très-fréquemment et avec la dévolionla plus tendre. Tue nuit, quoicju'U se trouvât très-indisposé, il la récita jusqu'à trois cents fuis. Ses serviteurs le supplièrent de cesser, en lui représentant qu'il aggravait son mal , et tju'il était à craindre qu'il ne rendit par-là son rétablissement plus difficile; mais le Saint leur répondit que cette récitation ûiiPaii-r, A souvent réitérée , bien loin d'augmenter son indisposition , lui procurait au conlraire un soulagement réel et merveilleux. Apprenons par ces exemples combien est condamnable la négligence de ces chrétiens lâches et lièdes qui récitent si rarçiUQOt cette belle prière. El n'eu voit-on pus un grand uoni-

])re qui n'ont pas môiiic soin de la réciter avec dévotion le malin, ni le soir lorsqirils vont prendre leur repos? C'est ce qui prouve qu'ils n'en connaissent point la beauté ni refficacité, et qu'ils oublient raffuirc importante de leur salut.

VII. La troisième raison qui nous démontre l'excellence de rOioison Dominicale se tire de ce que nous avons dit avec, saint Cypricn et avec saint Augustin, qu'elle est la prière la plus cfIJcace, ayant été composée et nous ayant été enseignée par Jésus-Christ, le Fils de Dieu, qui connaît mieux que tout autre la vraie manière d'invoquer son Père, et qui sait plus clairement que personne les choses qui nous sont nécessaires, et que nous devons lui demander. Et en effet, si nous voulions présenter une supplique à un roi de la terre, pour en obtenir quelque grâce , cl que cette supplique eût été dressée par un (les avocats les plus célèbres du royaume , nous aurions tout lieu d'espérer et d'aKendre un heureux résultat de notre demande. ^otrc espoir serait encore plus grand, si celte supplique avail clé écrite par le plus intime favori du souverain, qui Connaît parfaitement tout ce quil faut mettre en oeuvre pour pouvoir gagner sa bienveillance et l'engager à se rendre favorable aux pi'ièi'cs de ses sujets. Mais ne regarderions-nous pas la faveur que nous attendons comme étant déjà obtenue, si c'était le lil^lu souverain lui-même qui nous eût dicté, de la part de son |)èi'e, celle supi)liqiic ou ce mémoire que nous voulons lui pn scnler? Or , tel est notre bonheur quand nous récitons l'Oraison Dominicale. Nous adressons alors à Dieu le Père une slip})li(iue qui nous a été dictée par la bouche même de Jésus-f^hrist qui. non-seulemenl est son Fils unique,' auquel il a (onné lout pouvoir sur la terre et dans le ciel, mais qui renqiiil encore en notre faveur les fondions d'avocat auprès de son Père , comme nous le dit l'apotre saint Jean : Advocalum habemus apud Palrein Jesiiin Christian (1. Ep. 2. 1). Et c'est un avocat qui nous aime d'un amour infini, et qui ne désire que notre bien et notre véritable bonheur. Pouvonsnous douter qu'il ne nous ait enseigné la vraie manière de prier son Père, pour être inr:iillihlernpnt "vtn^'' '^

VIII. Une autre raison qui nous fait connaître refficacitéde relu ]MMère, c'est ,' comme je vous l'ai déjà fait apercevoir, ([u'ellc leiiferme, selon que nous le dit saint Augustin, toutes les choses que nous devons désirer et (\\\e nous pouvons demander à Dieu. Après l'avoir appelé noire Père, comme des enfants bien nés, non.; lui demandons que son saint nom soii connu, I\ono:'<''. Liloriiié de tous les hommes. C'eslcc(|ue non;

!;iisO!i>i tliiiis hi prenii('io (iomaïuie : Sancllpcelnr twwen tiium-. «jU(3 voire iioiii soil sanclifiô. Nous le prions ensuile de nous ;!Ctorder trois sortes de biens , et de nous préserver de trois sortes de maux. Le premier bien que nous lui demandons est le ciel, ou ce royaume éternel qu'il nous a promis. C'est l'objet de la seconde demande : Adveniai regnum tuum : que votre règne arrive. Le second bien est la vertu, la i:ràcc et la loi'ce dont nous a\ons besoin j)our observer sa loi, pour accomplir en toutes cboses sa sainte voJonlé, et mériter par-là d'entrer en possession du pi-eniier bien, qui est !e paradis. C'est l'objet de la troisième demande : Fiai çolunias iita : ([Ue votre volonté soit faite. Dans la (jualrième demande, nous le prions de nous accorder les biens inférieui-s, c'est-àdire tout ce qui nous est nécessaire pour la nourriture, la conservation , la santé et l'entretien du corps : Panem iiDsiruin. (iHulidiuiuDii (lu iiohis liocliè : donnez-nous aujourd'bui notre pain de cbaque jour. Enlin, dans les trois dernières demandes, nous prions Dieu de nous délivrer de trois sortes de maux. Dans la cinquième, nous lui demandons la délivrance du plus grand de tous les maux, qui est le pécbé :Diiniiie nobisik'bita iiostra : pardonnez-nous nos oITenses. Danslasi\ième, nous le prions de nous délivrer i/e tout ce qui peut conduire au pécbé, de toute espèce de tentation : El ne nos iudncas in icniaiiuneni : ne nous laissez pas succomber à la tentation. Dans la septième, nous le supplions de nous préserver des maux inférieurs, comme des maladies, des afflictions, des disgrâces, de la perte de nos biens, de notre bonneur et delà vie : Scd libéra nos à malo : mais délivrez-nous du mal. De quelle dévotion, de quelle ferveur ne devons-nous pas être animés lorsque nous récitons une prière qui renferme toutes les clioses que nous pouvons demander, et qui nous sont nécessaires pour lîotrc âme et pour notre corps.

IX. Ce qui doit enlin nous donner une baute idée de l'Oraison Dominicale et nous en montrer l'excellence, c'est la m> nière dont.Iésus-Cbrist a voulu nous la faire commencer. Avant d'adresser à Dieu nos demandes, il veut que nous rappelions notre Père : Pater nosler. Dans toutes les suppbques , dit saint Augustin ( L. de fer. Domin. in mort., c. 4 ), que l'on présente à un personnage distingué , il faut d'abord chercher à se concilier sa bienveillance , et ensuite on lui expose ce que l'on désire obtenir de sa bonté. El l'on s'attire cette bienveillance ea lui adressant quelques paroles à sa louange. Mais .lésiis-Clirist, lUms la prière qu'il nous a enseignée , n'a pas voulu nous fairo

-50 V. I.NSTi'.UfTiON

(lire autre chose, pour nousalliror 1;î bienveillance deDici, sinon CCS paroles : i>[olre Père, qui è(es aux cieux. I\iai.s, demandent les saints Pères, .lésus-lliirisl n'aurait-il pas pucoiuiiienccr celte prière par quelques termes plus majestueux , et qui auraient été plus convenables à la grandeur de Dieu , comme, par exemple , en employant les titres de créateur, de roi, de souverain maitre, de tout-puissant , ou tout autre semblable ? Oui , disent-ils ; mais ces termes ou ces titres n'auraient été capables de produire en nous que des senlimciUs (la crainte et de frayeur, au lieu «jue le nom de P(?/(' n'inspire que la conliance et l'amour. Oh ! que cette prière doit donc nous être chère, puisque Jésus-Christ nous y apprend à appeler Dieu noire Père. Quelle gloire, quel honneur pour de misérables vers déterre! Et quelle bonté en même temps, de la part de Dieu, de vouloir bien nous permettre de l'appeler d'un nom si doux ! Quel est celui d'entre nous , dit saint Augustin {Serm. 125), qui aurait jamais osé lever les yeux vers le ciel et donner .\ Dieu le nom de Père, si son Fils unicjue ne nous en eût fourni l'idée? Que ce doux nom soit pour nous un motif qui nous engage à servir Dieu, non par crainte, mais par amour et avec une confiance toute filiale.

X. Si Diesi nous permet de 1 appeler noire Père, ce n'est que pour rnninier notre espérance, nousfaire comprendre que, par le moyen de cette prière, nous pourrons obtenir tout ce que nous lui demanderons, et nous montrer le désir qu'il a de nous exaU'Cer et de nous combler de ses grâces et de ses bienfaits, pourvu que nous les lui demandions avec toutes ie.i dispositions qu'il exige. Car, quel est le père sur la terre qui n'aime à satisfaire ses enfants dans tout ce cpi'ils lui demaiîdent de juste et de raisoimable? Or, .si les pères selon la chai:' ne savent rien refuser à leurs enfants de ce qu'ils peuvent leur accorder , et qui peut contribuer à leur bonheur , que pourrait nous refuser notre l*ère céleste , dont l'amour pour nous surpasse infiniment l'amour que ceux de la terre peuvent avni;pour leurs enfants, aupointquc Jésus-tVnristnous dit dans son Evangile (Maiih. 23. 9 ) : iN'appolez })orsonnc sur la terre votre père, car vous n'en avez qu'un qui est dans le ciel : Elpaircm nolile vocarc super Icrrain : unus csl enim Palcr çesler qui in cœlis est. Il veut nous faire entendre par ces paroles que nous n'avons tous qu'un môme l'ère , et qu'un véri(:;')le Père, qui est Dieu. Et c'est pour nous engager à recourir à ;^,a bonté avec confiance, qu'il a voulu nous faire commencer cette prière en nous o;dounantde l'appeler de ce doux no:n,elen manifeslani Talîiour qu'il nous porte comme à sps «Miinnfc

srn LA rriiir.t:. &f

XI. Quand vous récilez l'Oraison Dominicale, ndreçscz-voiis tloiSi: :i rieiiavcc ki plus entière confiance, n'oubliant pas <]n"i! csl votre Père, et cette pensée vous consolera dans vos aflliclions, dans votre pauvreté et dans votre nviscre. 1 Heu est votre l'ère, et il a bien plus soin de vous, que ceux d'lci-i)as ne peuvent avoir soin de leiu's enfants. C'est ce qu'il nous apprend lui-même, par la bouche du prophète ïsaïe (c. 49): Une mère, dit-il, peut-elle oublier son enfant,et si elle le voit dans quelque besoin, ou dans quelque danger, ne s"einpresse-t-eîle pas de le secourir ? Mais supposé que l'on pût en trouver une qui vint à oublier son fils, pour moi, je ne vous oublierai jamais, je ne vous abandonnerai jamais: Xivnqind ohlivisci po' test mulier iiifcinldn smtm^iit non misercalnr fdio uleri s ni 2 el si illa obUta ftieril, ego tamen non obliviscar lut. Si donc, tous les enfants dans leurs nécessités recourent à leur père, recourons aussi nous-mêmes à celui que nous avons dans le ciel, en lui adressant la prière que son divin Fils nous a enseignée de sa part. Quel est le père, dit Jésus-Christ, qui donne une pierre à son enfant, lorsque cet enfant lui demande du pain, ou qui lui donne un serpent, ou un scorpion, lorsqu'il lui demande un œnf,on quelque autre nouri'ilure (Z(/r, 11). Puisque Dieu est le meilleur des pères, nous devons donc croire qu'il ne manquera jamais de nous exaucer quand nous aurons soia de recourir à lui par cette prière, qui nous apprend à l'appeler/loo-e Père ; il nous consolera dans nos afflictions, il nous soulagera dans nos misères, il aura pitié de nous, il usera de miséricorde à notre égard, comme fait un bon père envers ses enfants : Qaomodo niiseretur paler filioriun, mi.'iertas est Dominus tinientibus .se(PsaI. 102).

XII. Nous ne devrions plus, il est vi ai, oser l'appeler de «•e nom, après l'avoir si souvent et si grièvement offensé. Mais rappelons-nous l'exemple de l'enfant prodigue, et cherchons àrimiter. Chacun sait de quelle manière indigne il avait demandé cà son pèi'c la portion qui lui revenait de son héritage, quel déplaisir et quel chagrin il causa à Fauteur de ses jours, en sortant de sa maison, pour aller mener loin de ses regards paternels la vie la plus déréglée et la pkis scandaleuse. Mais se trouvant bientôt réduit cà la dernière misère, par une suite de ses désordres, et pressé par la faim, il résolut d'abandonner le pays infortuné, témoin de ses égarements et de sa détresse, et de retourner à son père: Surçiam, et ibo ad petit cm (Luc. 15). Je meurs ici de faim, se dit-il à lui-même. Eh bien l j'irai retrouver mon père, je me jetterai à ses pieds, et je lui

52 V. iNSTfucTir»:^

dirai: Mon {ù^ro. i'n'i pêchô contre le ciel el cojilrc voUj : je; ne suis plus digue d'clre appelé voire (ils, mais je vous en prie, Iraitez-moi du moins comme le dernier de vos serviteurs, et je suis content. Ayant pris cette résolution, comme iî €st sur le point de rexéculer, saint Pierre ("Jirysoloi^ue (Scnn. 2) qui explique le sujet de celle parabole d'une manière admirable, et avec son éloquenec ordinaire, l'arrête et lui parle iunsi: « Dis-moi, jeune téméraire, as-tu oublié de quelle manière cruelle tu as abandonné ton tendre père ? Avec quelle iïrrogance tu lui as demandé la portion qui te revenait de son Lien? As-tu oublié combien tu l'as déshonoré parla conduile infâme et scandaleuse? De quel front oseras-tu le présenior devant lui? Avec quelle espérance, quelle confiance, quelle iissurance ? Qua spe'} Qua fidacia'i Qua confident in"} »

Xlîî. Avec quelle espérance? fait-il répondre à cet enfant prodigue: Qua s/je? illa, qua pu ter est. Ego perdidi qxiod erat filii^ ilic quod palris est non omisit. Vous me demandez avec tjuellc espérance, quelle confiance et quelle assurance je pourrai retourner à mon père ? Je me présenterai devant lui avec celte seule pensée qu'il est mon père. Il est vrai que,par mes désordres et par mes égarements, j'ai perdu le droit de porter le nom de fds ; je ne mérite plus qu'il me regarde comme son enfant ; mais lui n'a pas perdu son litre de père, il en a conservé l'amour et la compassion. Voilà ce qui ranime ma confiance, voilà ce qui m'encourage à retourner à lui. îl n'est pas nécessaire que j'emploie d'autres moyens ; je n'ai pas besoin d'autre protecteur, ni d'un intercesseur étranv;qv ; dans le cœur d'un père il y en a un tout-puissant qui le détermine à pardonner. Et quel est cet intercesseur ? C'est l'amour qu'il porle à ses enfants. Cet amour dispose ses en- Irallles paternelles à engendrer de nouveau ses enfants, à leur donner une seconde vie, en leur pardonnant : Urgeniur patris ■visccra, iterùni fUiuin geniUua per K'euimn. Voilà l'espérance *}[ la confiance que peut inspirer le doux nom de père. Oueli;ue pécheurs que nous soyons, pourvu que nous détestions iios fautes, et (|ue,parle secours de sa grâce, nous ayons une Aolonté efficace de revenir à lui, au lieu de désespérer d'obtenir notre pardon, nous devons donc recourir à sa bonté en toute confiance, et dire, comme l'Enfant prodigue : Je me lèverai, j'irai à mon père: Sargavi, elibo ad patram.

XIV. En second lieu, au nom de père, nous ajoutons le mot motre : Patcv nostcr ; et cela pour plusieurs raisons. Premiè- ^emcnt,parce que Dieu a tellement soin de nous, et nous aime

t?ni LA PRIÈRE. o.?

si lenareincnl- qu'on serait tenté de croire que son bonliciu* dépend de nous, comme l'observe sainte Catherine de Gènes dîiiisson ()ialoi,nic spirituel. C'est pour cela qu'il veut nous rendre participants de tout ce qu'il possède, de sa gloire, de son :nnour, de sa lélicilé, de tous ses biens et de kii-mème. Secondement, en l'appelant *(o//c'/V7-t', nous comprenons l'obligation où nous sommes de le prier non-seidement pour nous, mais fincure pour tous nos frères, que nous devons aimer comme nous-mêmes, par amour pour Dieu. Nous vo\ons par-là que nous sommes tous frères, puisque nous avons tous le même l^ère, comme nous le dit .lésus-Cbrist (Matih. 23) ; et que si nous sommes tous frères, nous devons nous aider mutuellement par le secours de nos prières. La nécessité et la nalure même nous portent à prier pour nous ; mais la charité et Kl grâce nous enseignent à prier pour noire prochain, et la prière qui procède de la cliarilé est la meilleure de toutes. Dieu, dit saint Jean Chrysostùme, exauce volontiers les chrétiens, nonscidement lorsqu'ils rin\o(iuenlpour eux-mêmes, mais encore lorsqu'ils le font pour les autres (i^o»j. iA. in 3[ailh.): c'est pour cela que les saints Fères appellent l'Oraison Dominicale une prière fraternelle, une prière |)ul)lique, une prière commune, i)arce que, sans en exclure un seul, elle embrasse tous ceux qui sont reconnus pour être les frères de Jésus-Christ.

\V. SainI Augustin fait une autre réflexion sur le motif que Jésus-ChriGl a pu avoir, et sur le but qu'il s'est proposé , en nous faisant joindre le mol noire à celui de Père : notre divin Maître a voulu par-là , dit le Saint, enlever tout prétexte îuix grands et aux riches de s'élever injustement au-dessus des petits et des pauvres , et de les mépriser. Us doivent «onsidérer que les grands et les petits, les riches et les pauvres, dès le moment qu'ils ont eu le bonheur de devenir chréliens, sont tous devenus les enfants de Dieu par la foi, et reconnaissent tous aussi le même Dieu pour père : ils sont tous membres du corps mystique de Jésus-Christ, et par conséquent ils sonttous frères dans le même Jésus-Clirist, ils sont fous les cohéritiers de la même {iloire éternelle. Un membre d'un corps , quoique remplissaiU des fondions plus viles que les autres, ne laisse pas d'être membre de ce corps, dit le Catéchisme romain (//* Prœm. Or. Dom.), de même un chrélien ne laisse pas d'être enfant de Dieu et notre frère, quoique dans une condition plus vile et plus abjecte, et placé bien au-dessous des hommes distingués par leiu's richesses et leur^i di'inilés.

54 V. rNsTP.rcTiOK

XVI. En troisièm(i lieu , dans le commencement de coUo prière , après avoir dil : Noire Pcre, nous ajoiUons : Qui cLes suxcieux: qincsin cœlis. Mais, dii'ez-vous d'abyrd: Dieuu'cslilpas présent en toul lieu? Pourquoi done Jésus-Christ veut-il nous faire dire : Qui êtes auxcieux? 11 est vrai , répond le même Catéchisme romain, d'après la doctrine des saintes Ecritures et des saints Pères, que Dieu est présent partout, puisqu'il remplit le ciel et la terre, qu'il voit tout, qu'il embrasse tout par son immensité. Et cette grande vérité de notre foi que Dieu nous voit, qu'U est toujours présent, devrait continuellement nous pénétrer de respect pour sa divine Majesté , et nous faire évlicr avec le })liis grand soin tout ce qui peut blesser ses regards et l'oiTeuser. îSous disons néanmoins: Qni vies aux deux , parce que c'est là , comme dans la partie la plus belle et la plus noble des ouvrages delà création, qu'il manifeste d'une manière plus spéciale sa grandeur et sa majesté, i'arcc que , dit saint Jean Chrysostùme , c'est dans le ciel qu'il se dévoile aux Anges et aux Saints , qu'il leur montre à découvert sa face divine, et qu'il les fait participer à sa gloire et à son hoîiheur (/J. Clinjs. inc.6. .llanii.). Jésus-Christ nous fait dire : Kolre Père qui cies otix deux , alin de nous portera détacher notre cœur des choses de la terre et à les mépriser ; aJin que nous considérant ici-bas comme des voyageurs cl des étraiigers, notre conversation soit toujours dans les cieux, comme dit l'Apôtre {Philip. 3); afin que nous tenions sans cesse notre, esj^ril et notre cœur élevés vers cet heureux séjour, où nous aurons le bonheur de voir et d'aimer notre l'ère; afin, en un mot, que tous nos désirs se portent vers cette gloire et cet héritage tjui nous attendent dans les cieux.

XVII. Voilà les raisons principales qui nous montrent la beauté, l'efficacité et l'excellence de l'Oraison Dominicale. Elle nous a été enseignée par Jésus-Christ, elle renferme tout cr que nous pouvons demander à Dieu de plus saint et de plu.> parfait; elle nous apprend cpie Dieu est notre Père et que nous sommes ses enfants. IN'oublions jamais quelle est notre dignité, et quel est celui dont nous sommes les enfants. Et si nous avons l'honneur d'appeler Dieu notre Père , conduisonsnous à son égard comme étant des enfants dignes de lui, avec i tout le respect, toute l'obéissance et tout l'amour qu'd mérite. |j Car peut-on appeler enfants de Dieu ces chrétiens qui ne fout ]■ que transgresser sa loi, qui vivent dans le péché, qui l'outra- 1; gent par leur conduite? Méritent-ils le litre d'enfants de Dieu '■. CCS hommes qui méprisent la gloire iuiinorleile du paradis^^

SI'R LA PRIÎ-Rr:. rX>

p-^TVi' ];iqnc]!e ils onl vlC' i-rôés , pour ne leciiorohcr que la value esd:no cl les honneurs de ce monde; qui , négligciinl d'acquérir les trésors cé!es'"es, qui dureront toujours, courent avec ardeur après les faux biens de la (erre, qui doivent durer si pca; qui, dédaignant la joie et les délices du ciel, se plongent dans les plaisirs de la chair et du sang? >ion, ils ne sont pas dignes d'être apj^elés enfants de Dieu ; mais on doit les appeler à juste titre les enfants du démon , les sectateurs du monde, les esclaves de la chair. Qu'il n'en soit pas ainsi de nous, mes Frères. Puisque nous avons la gloire et le bonheur d'appeler Dieu notre Père , conduisons-nous si i)ien sur la terre, comme étant ses vrais enfants, que dous méritions par-là d'être ses héritiers dans le ciel.

SIXIEME INSTRUCTfON

SUR LA inUÈRE.

Explication de la première demande de TOraisoii Dominicale : Q'.e votre nom soit satKiit-.é.

Jésus-Christ notre divin Maître nous a enseigné daiis l'Orr*!son Dominicale, dit le Catéchisme romain, quelles sont les choses que nous devons demander à Dieu son Père, et il nous apprit en même temps qiiel est l'ordre que nous devons suivr^^ dans nos demandes. Aussi a-t-il voulu mettre en premier lien, comme demande principale, celle par laquelle nous le prions d'étendre sur la terre la connaissance de son saint nom, pai" laquelle nous lui demandons que son nom soit sanclilié. Voyons donc premièrement quelles sont les raisons pour lesquelles nous devons ùire à Dieu celte demande : en second lieu, ce que signilient ces paroles: Que votre nom soit sanciifié; et enfin, ce que nous devons faire pour sanctifier ce nom divin.

1. Dieu est donc notre Père , et nous sommes ses enfants. Et combien de raisons n'avons-nous pas de le regarder comme tel, et de rappeler d'un nom si doux? 11 nous a tirés du néant, sans être mù par d'autres motifs que celui de sa bonté, ce c'est par elle qu'il nous conserve l'être et la vie. II nous a donné une intelligence et une volonté, afin que nous pussions le connaître et l'aimer. 11 nous a créés à son image et à sa ressemblance. Il nous a honorés de la compagnie d'un de se^J esprits célestes , et lui a confié le soin de nous garder et de nous défendre contre nos ennemis. Sa providence est telle-

56 VI. INSTP.LCTION

mciil yitoi.llve sur ndus, (lu'il ne lomhe pas wu cheveu de notre tète sans sa i)crmissioii. Comme chréliens, nous îivons vin litre toutpailicalier , qui nous donne droit de l'appeler notre r*ère; puisque, par les mérites de Jésus-Christ son (rnin Fils, il nous a adoptés pour ses enfants, et nous a établis héritiers de sa-gloire, au moment où nous avons reçu le saint baptême; en sorte que nous pouvons lui dire en toute vérité, comme nous l'enseigne saint Paul {Roiu. 8) : Àbba Paicr : 0 îuon Dieu, vous êtes mon l'ère. Quelle dignité que celle d'u'i chrétien! el quelle bonté delà part de Dieu, de vouloir bien nous permettre de l'appeler ainsi. Voyez, dit l'apôlre sain! •lean (I. Ep. ?,. 1), jiiscproù esl allée la charité de iJieu à noire égard, jusqu'à vouloir nous regarder comme ses enfants , et nous donner ce titre : Vidctc qunleinchdr'dalcm ded'd uobis Pater, ni fîlii Dci noiwnemiir etsimiis. Nous sommes doncles enfants de Dieu, et il est noU'cPèrc: Pu lemo^tcr. Abba Paier.

II. Mais si je suis votre Père, nous dit-il par la bouche du prophète Malachie (1. 6), où est l'honneur que vous me dc- \Qz'^^ Si err/o Piler ajo snin, nbi esl lionor meus'^ Ah! Seigneur, nous nous efforçons de vous le rendre cet honneur, en vous faisant celle demande : Que votre nom soit sanctifié : sancfiftcclar nomeii tuum. Par ces paroles nous demandons à Dieu que son saint nom, c'est-à-dire, que lui-même soit connu, servi, aimé et adoré de tous les hommes; que tous le reconnaissent pour le seul vrai Dieu ; que tous aiment sa bonté et craignent sa justice. Et, selon les lois de la charité qui nous oblige à aimer Dieu sur toutes choses, ce doit être là, en cITel , noti • première demande, et l'objet principal de nos désirs, qu/ Dieu soit connu de toutes les créatures, et que son saint notn soitglorilié sur toute la terre. Si nous sommes des enfants bu\", nés, ce que nous aurons le plus à cœur sera l'honneur ctl. gloire d'un Père si plein d'amour et de bonté pour nous. Est-'.i une autre nu pour laquelle il nous ait créés et mis en ce monde, sinon pour sa gloire? C'est pour elle (pi'il a fait toutes les créa- • ures, et à plus forte raison l'homme , qui a été si privilégiv-, et qui tient un rang si distingué parmi les autres êtres créés. 1! faut que toutes nos œuvres tendent àlahii rendre, et quenor.s travaillions à la lui procurer , en la préférant à nos propres intérêts , et en disant à Dieu , avec toute la ferveur dont nous serons capables : 0 notre Père, que votre nom soit sanctilié : sanclifhelur nomen tuum.

III. Mais vo3ons plus en détailles raisons qui établissent!* nécessité de faire à Dieu cette demande, et de désirer de tout

srn LA PRirRr. ôr

noire oœur que son nonisoii siii;clilit', c'est-à-dirô, qu'il soit lui-iiicme connu cl adoré do loiis les hommes. La prcini -lo de res raisons esl qu'en obtenant TelTet de celte demande, le péché disparaîtrait par là-méine de dessus la terre. l)"où vient; que ce déluge de crimes qui , au rapport du prophète Osée (4. 2), inondait autrefois la s\ nagogue , inonde encore aujourd'hui le chrislianistne? La seule cause en est que Dieu n'est pas connu , et que n'étant pas connu, il n'esl pas servi, il n'est pas craint, il n'est pas respecté comme il devrait létre. De là vient celte obstination à persévérer dans le mal. fJe là les injustices dans les tribunaux, les usures dans les contrats, les fraudes dans le commerce , les inlidélités dans les mariaiics. De là tant de haines, tant d'inimitiés et de vengeances. i)e là surtout ces jurements, ces blasphèmes horribles, ces abus sacrilèges du saint nom de Dieu, qui funl trembler, et qui sont «capables d'attirer sur nous les châtiments du ciel les plus terribles. Cui , tous ces maux viemient de ce que Dieu n'est pas connu, de ce que les hommes ne le craignent pas , de ce qu'ils ne le respectent pas , de ce qu'ils ne l'aiment pas.

IV. Oh ! si les chrétiens avaient seulciiicntla moindre connaissance delà grandeur et de la majesté inlinie de Dieu; s'ils pensaient liien que rien ne lui est caclié , qu'il |)énètre les secrelsdcs cieurs, qu'il voit tout, qu'il est prése!itj)ai'toul, comment pourraient-ils avoir l'audace de l'ollenser, de l'oulragcr en sa présence et sous ses yeux? S'ils rél'léchissaienl qu'il réserve un bonheur sans tin à ceux qui lui obéissent , qui l'aiment et qui l'honorent, et (pi'il destine à un enfer élernel ceux qui le déshonorent et qui rollensent, comment auraient-ils le courage de l'insulter d'une manière si indigne par leurs jurements, par leurs blasphèmes et [)ar la prolanalion de son nom sacré et redoutable? Comment entin oseraient-ils transgresser sa loi sainte avec tant de facilité et le mépriser lui-même, » ils étaient bien convaincus que non-seulement il ne leur a jamais fait aucun mal, mais qu'après les avoir tirés du néant, il les a comblés elles comble sans cesse de ses bienfaits; que c'est de lui qu'ils ont tout reçu , et de qui ils doivent tout attendre f C'est la raison que saint Polycarpe , évéque de Smyrne, el disciple de l'apôtre saint Jean, apporta au proconsul Stalius, qui le menaçait des plus alTreux tourments et de la mort même, pour l'engager à renoncer à son Dieu et à le maudire.etpour le déterminer à adorer les idoles. Comment, lui dit le Saiiit , voul«'/-vous que je maudisse celui qui m'a donné la vie et qui me hi conserve ? 11 est mon Créateur , mon Sauveur el juou

58 Vf. INSTRUCTION

Père. 11 est l'arbitre de mon sort éternc], et c'est lui qui doit jager tous les hommes. En un mot, il est mon Dieu , il moriio tout mon amour, tout mon respect cltouîe ma reconnaissance (/a i-jus viUi).

V. La seconde raison pour laquelle nous devons faire à Dieu cette demande, que son saint nom soit connu, adoré,respecté de tous les hommes, c'est qu'en obtenant l'effet de cette demande, non-seulement on aurait la consolation de voir disparaître le péché, mais on ne verrait plus régner sur la terre que la vertu et la sainteté. On apercevrait bientôt régner la tharité envers le prochain ; il n'y aurait plus de haines, plus d'inimitiés, plus d'envie , plus de vengeances ; chacun s'empresserait de faire du bien à ses frères, pour la gloire du saint nom de Dieu; on se réjouirait du bonheur des autres , on les verrait avec plaisir comblés de gloire et de richesses. La bouche des chrétiens ne proférerait plus le saint nom deDieu,que pourlelouer et le bénir ; on n'entendrait plus des impies blasphémer et vilipender ce nom si digne de nos respects et de notre vénération. En obtenant l'effet de cette demande , on obtiendrait celui de toutes les autres. Car si Dieu était connu, adoré , respecté , aimé de tous les hommes, il régnerait déjà dans notre cœur , par sa grâce, en cette vie, et nous aurions la certitude de régner éternellement avec lui dans le séjourde sa gloire ; nous agirions tous d'une manière conforme à sa sainte volonté qui nous est manifestée dans ses commandements. En le servant ainsi avec tldélité, il pourvoirait à tous DOS besoins spirituels et temporels ; il nous défendrait dans les tentations parles secours qu'il nous prodiguerait, et il nous délivi'erait de tous les maux.

VL L'on verrait surtout fleurir parmi les hommes la paix et la concorde, et nous aurions tout lieu d'espérer de la bonté de Dieu le pardon de nos fautes, parce que nous pardonnerions nous-mèn>es de grand cœur les injures que nous serions dans le cas de recevoir de la part de nos frères, et, à l'exemple de saint Jean Chrysostôme, nous serions insensibles aux offenses qui nous seraient faites ànouâ.-mémes ; tout notre regret serait de voir Dieu outragé , et nous n'aurions d'auti e crainte que celle du péché. Ce grand Saint, ennemi d'une vile complaisance, et incapable de toute adulation, mais dévoré du zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, avait déclaré la guerre à tous les vices. Un jour qu'il avait prêché avec son éloquence ordinaire contre un abus introduit dans la ville de Constantinople , et consistant dans des jeux accompagnés de

SLR LA PRIÈRr. 59

snpprslîtîons qui avaient lieu atUourcVtifie slnlno nérïiiiîXTairicL' Riuloxie, celle-ci en fut Icllemenl irritée,q,î'el!c résolu! de s'en vengera tout prix. Mais un de ses courtisans, qui était iiii homme craignant Dieu, l'en dissuada, en lui disant : Je puis vous assurer, ô grande princesse, que cet homme auquel vous voulez faire sentir les oiVols de voire vengeance, ne vous craint nullement, et qu'il est pour vous de toute impossibilité de lui l'aire aucun mal. Et ne pnis-je pas, répond Timpératrice. l'envoyer en exil, et même le condainncr à la mort? 11 est vrai, reprend le courtisan ; mais il ne s'elTraye ni de rSa ni de rauirc. U ne s'effraye pas de l'exil, parce qu'il ne connaît d'autre patrie que le ciel. 11 redoute encore moins la mort, parcp qu'il vit dans un entier détachement de la terrc,et qu'il ne soupire qu'après le moment où il lui sera donné d'aller jouir de la présence de son Dieu. 11 n'appréhende autre chose, sinon de déplaire à Dieu ; il n'a d'autre crainte que celle du péché {In ejns vifa.) Vil. Le troisième motif que nous avins de faire cette demande: Que voire nom soit snnciific, c'est que Dieu étant notre Maître et notre Fère, et un Père plein d'amour, et un Maître icmpli de honte à notre égard, il est jusle, de })lus, il est de notre devoir de désirer sa gloire, et de faire en sorîe qu'ilsoit ainîé et honoré de tous les hommes. Un bon serviteur qui se trouve ausersic' d'un maître dont il ne reçoit que des bienfaits, n'a-t-il pas «,'œur que personne ne dise du mal de lui, et (;u'il soit honoré et estimé de tous ceux qui le connaissent ? Va que dirai-je du désir qu'éprouve un enlant hien né d'enlendre diie à tous du bien de son père chéri? Quel n'est pas son chagrin, lorsqu'il le voit méprisé, outragé, ou seulement lorsqu'il s'aperçoit (|u'on ne l'estime pas , qu'on ne l'honore pas comme il le mérite. Au contraire, quelle joie pour cet enfant, lorsqu'il le voit loué, vénéré, comblé d'honneurs. Et pourquoi cela? parce qu'il est avantageux pour un serviteur que son maître soit considéré; parce qu'il est glorieux pour un fils d'avoir un père qui soit aimé,qui soit respecté. Quand nous récitons l'Oraison Dominicale, ayons donc soin de ranimer cha- (lue fois noire ferveur pour demander que le saint nom de notre Maître adorable et de notre Père céleste soit sanctifié, et qu'il s. il lui-même loué, ])éni, honoré, aimé de tous les hommes et, spéciîilement de tous les chrétiens. Si nous sommes exaucés dans celte demande, il en résultera pour nous-mêmes un graiidhoimeur et un précieux avantage, comme étant les serviteurs et les enfants de Dieu ; parce qu'alors nous serons aines et respectés de tous les honunes.

GO VI. IN.STRlCriO^

VIIT. En cffel, l'on i-cspecle un Iiouimic p;^roe qu'on lo r(T-' coiMuiil pour cire le serviteur d'un grand du monde., ei |::u'(»i' qu"on lui voit parler la livrée d'un puissant de la terre. Gii aurait encore plus d'égards pour lui s'il était le serviteur d'uu prince ou d'un roi. One serait-ce donc s'il était le favori de ce roi, ou plus encore, si c'était le lllsmémede ce prince ? Quel est celui quiserait assez téniéraii'e pour se permettre la moindre injure, la plus pelile offense contre un personnage si distingué? 11 en sera de même de nous. Dès que le nom de Dieu sera sanclifié, c'est-à-dire, dès l'instant que les hommes respecteront Dieu et qu'ils l'aimeront, ils nous aimeront et nou.s respecteront aussi, en nous considérant comme ses serviteurs, comme ses favoris, comme ses enfanis. Ajoutez que cet avantage ne sera pas seulement personnel et particulier pour nous ; il sera universel et s'étendra à tout l'univers catholique. Si le nom de Dieu est sanctifié, tous les hommes serontpar là-mèmo sanctifiés: on verra reparaître les premiers siècles de l'Eglise» pendant les(juels tous les fidèles étaient autant de saints. Ou verra reileurirla piété dans les villes et dans lescampagnes,le zèle et toutes les vertus dans le clergé , l'innocence parmi les hommes, la modestie et la pudeur parmi les femmes, la charité dans les riches, h\ patience chez les pauvres, les bonnes mœurs dansla société; nous verrons, en un mol , disparaître tous les vices et régner toutes les vertus sur la terre. Voilà quelles sont les raisons principales pour Icsquelies nous devons faire à Dieu celte demande : Qnc k-olre nom soil aanctipê.

IX. Nous sommes persuadés , me direz-vous , de la vérité que vous avez bien \oulu nous exposer et nous dévelopi;er, et nous sommes résolus de faire souvent à Dieu celle demande; mais nous vous prions de nous expliquer plus clairement ce que l'on doit entendre par ces paroles : Que votre nom soit suncii fié, qui présentent plusieurs difficultés. D'abord, le but de toute prière étant d'obtenir une chose que l'on ne possède pas encore, comment peut-on demander à Dieu que son nom devienne saint, ou qu'il soit sanclifié? Dieu n'est-il pas un être infiniment parfait, et par conséquent n'a-t-il pas toutes les perfections à un tel degré qu'on ne peut rien y ajouter ? .^insi à quoi bon ce désir cl celle demande, nue son nom soit sanctifié? En second lieu, ce nom adorable est infiniment saint en luimême , comment peut-il donc se faire que les hommes le sanclifienrM.c Catéchisme romain, suivant la doctrine des sainls Pères, répond à ces deux difficultés (/*. A. de prima pœnit. n. 2). ^1 est vrai, dit-il, que Dieu n'est susceptible d'aucune pcrfec-

sf.'R LA PRir.nn. GI

lion iiouvrlU', i)uis(;u'ii Ie;i |)<):-v>cile toules , et dans niKlt^u:!'^ iuiiiii ; iiiai^ ii'»;!s iiésii-oMS pour lui une gloire exléiieure ; u.n\-i lui (leinandons ({ue, par le ino}eii de sa grâce, il fasse c.ojinaili'o .son saint uoîu à tous les honunes, que toutes les nations Tadorenl 5 que son règne s'étende sur toute la terre, que tous les peuples obéissent à sa loi sainte. Choses qui sont toutes , comme vous le vo\ ez , en dehors de son être divin et de ses perl'eclions essentielles.

\. 11 ^t bien vrai que le nom de Dieu n'a pas besoin d'un nouveau degré de sainteté. 11 est saint et terrible, comme dit le lloi-Prophèle : Sditcttiin cl Lnibilc nomcn ejus ( i's. 110); il est tellement saint, (ju'il n'y a aucune perfection qu'il n'ait possédée de toute éternité. Nous ne lui (aisoiis donc pas cette demande , comme si nous prétendions que son noiîi ne le fût pas : mais par ces paroles nous lui maniiestons le désir que nous avons que tous les honunes le reconnaissent |)our saint, qu'ils riionorent et qu'ils le craignent, comme rexpîicpic d'un-.' manière admirable saint Augustin {lib. '2. de Seim. Dom. in niDUl. ('. 5. ) : Qaod non sic pelHar , quasi uoii sil sanct/tin nomcn Dci , scdiil sanction Indjcalar ah hoininihus. Nous devons lui faire cette demande avec d'aulaiil pKis de ferveu!' (|iie son saint nom est aujourd"lmi moins connu et moins respecté dans le monde. Car combien d'inlidèlesqui n'ont encore aucuneconnaissance du vrai Dieu, et dont, par consé(iuent, i! ne peut pas recevoir les hommages , le culte et l'amour qui lui sonl dus! Combien de perlides athées qui cherchent par de vains ^ophismes à se persuader et à pei'suader au\ autres qu'il n'y a point de Oieu , afin de j)ouvoir s;ilisfaire toutes leurs passions satis remords'.' El parmi, les chrétiens même, combien qui oublient leur Dieu, qui ne s'occupent pas plus de lui que s'il n'exislai! pas, ou qui se servent de la connaissance qu'ils en ont pour l'outrager d'une manière plus sensible, en profanant sou :^a!nt nom par leurs jurements et par leurs blasphèmes , et en doimantaux inlidèles eux-mêmes, par leur conduite déréglée et scandaleuse des motifs de profaner el de blasphémer ce nom redoutable, selon que nous le dit clairement l'aixjtrc saint i'aul : Pcr prœvaricnlioneni Icrfis Deiim inho)ioranl , et }h)iiien Dei j)cr vos blosphcniatar inter Gcntes ( Rom. 2).

\l. Etc'est icila première chose que nous devons avoir en vue lorsque, par cette demande, nous prions Dieu défaire que son jiom soit sanctifié ; que l'on voie di.sparaitre tous les jurements, les inirjures , et surtout le crime affreux du blasphème qui , faisaiil à Dieu et à son saint nom une inini'e si grave, VolTcnse

02 vt. lN5TnUCTtO>-

])]us que tous les antres péchés , comme je vous le démon-^ irerai (mi vous expliquant le second commandement de Dieu, 11 faut donc, ajoute le Catéchisme romain (/6. j«. 4), qu'en adressant à Dieu cette demande, nous désirions ardemment que l'oii n'entende plus dans le monde ni jurements, ni blasphèmes, ni tonte antre profanation de son saint nom. Comme les Anges et les Saints, dans le ciel, ne s'occupent qu'à louer Dieu et à le bénir , prions-le de faire par sa grâce qu'il en soit do même sur la terre , que tous les peuples et toutes les nations le connaissent, l'adorent et règlent leur conduite sur les maximes de l'Evangile. Demandons-lui que tous les pécheurs se convertissent , que les hérétiques renoncent à leurs erreurs , que les infidèles n'ignorent plus l'existence du vrai Dieu, qu'il leur accorde les lumières de la foi, afin (]ue le péché étant déli'uil, toutes les hérésies, toutes les sectes des idolâtres, des mahométans, des juifs, des schismatiques étant anéanties , le seul vrai Dieu soit adoré de tous les hommes , qu'il n'y ait puisqu'une seule foi, une seule religion , que la seule véritable Eglise règne et domine dans tout Fimivcrs, et ipie, comme tous les membres de l'Eglise triomphante dans le ciel se réunissent pour louer Dieu et pour chanter ce cantique éternel: Saint, saînl^ saint, est le Dieu loiit-puissanl, IcDicndes nrmér^^ ainsi tous les membres de l'Eglise militante s'unissent pour le louer et le bénir ici-bas.

Xlî. Ce fat ce désir de voir toutes les nations converties à, la foi , honorer Dieu, le glorifier, sanctifier son nom adorable, <îue le Saint-Esprit alluma dans les Apôlres, et qui leur fit prendre la résolution de parcourir le monde entier, leur fit braver tant de fatigues, endurer tant de soulTrances et de persécutions pour aller porter l'Evangile à tous les peuples. C'est ceniéme désir qui a poussé tant d'hommes apostoliques à imiter les exemples de ces premiers iondateurs de l'Eglise. On ne j)eut aimer Dic<»;i sans être dévoré de ce zèle, sans être biùlé de ce désir. Tous les Saints l'ont ressenti : sainte Thérèse, entre autres , ne désirait rien tant , comme nous le lisons <}ans sa vie, que de voir son Dieu loué , aisné de tous les hommes, que de voir la sainte Eglise, qui est le royaume de Dieu, s'étendre dans tout l'univers. C'était !;i fin qu'elle se proposait dans tontes ses prières, c'était là l'objet de tous ses vœux. Elle protestait elle-même que,pour étendre le règne delà sainte Eglise et pour convertir une seule àme à son Dieu , elle ausait consenti à mourir mille fois et à ^ouilVir pendant très longtemps les peines du purgatoire, l'^t en général telles furent les (iisi)C'Silions de tous les Saints.

SUR i.A pr.!f:r.r:. fî'r

XIII. Plusieurs rèj)o!i(]eiil à te (jUL'je viens de dire, (lueUzèle de h gloire (le Dieu cl du salul des àines , le désir de voir la religion s'élcndrc dans l'univers, et le nom de tiicu sanctifié i>ap tous les hommes , ne regai'denl pas les séculiers; mais que c'est le devoir des évéques , des prêtres , des missionnaires , des prédicateurs. Vous vous trompez, (lirétienSy et voire erreur me fournit l'occasion de vous exposer la maliière dont vous devez dans la pi'alicpic sanctifier le nom ûv: Dieu. Jésus-Christ a enseigné à tous les hommes, grands cl petits, religieux et séculiers, prêtres et laïques à dire: Ou(* votre nom soit sanclitié: sa?ic///«tr/iir nomen laum . Sainte Thérèse n'était i)as un prêtre , elle était une femme, el ccpcndanr vous avez Ciilendu avec quelle ardeur elle travaillait à la sanctification et à la gloire du nom de Dieu. David était un roi, et par conséquent un séculier , et néanmoins il nous ai)j)rentî dans ses Psaumes qu'il se sentait dévoré du zèle de la maison de Dieu et de sa gloire, et que toutes les injiu-es faites à hi divine Majesté , il les ressentait plus vivement que si elles lui avaient été personnelles: Zelus domus inœ comedit me: elopprohria exprohranlium libi , cecidcrunl super me (PSi 6S), C'est donc un devoir (pii nous est commun à tous , de j)rocurcrla gloire de Dieu, premièrement en empêchant autant que possible qu'il ne soit offensé par ceux en la compagnie desquels nous vivons, en ne soulTrant jamais qu'on parle en notre présence d'une manière peu respeclueuse de lui ou de sa religion sainte, en éprouvant uu moins un véritable déplaisir et une peine intérieure des outrages qu'il reçoit de la part des hommes, lorsqu'il nous est impossihle de nous y opposer.

XIV. 11 ne suffit pas d'opposer une harrièrc au mal, nous devons encore faire tous nos elTorts pour procurer le hien, ci j>our engager les autres à servir Dieu et à l'aimer, et noii.*^ obtiendrons ce but en nous entretenant, dans nos coiiversations avec le prochain , de choses saintes et édifiantes, caj^ables de le porter à la dévotion et à la piété , en rej)renant ceux qui, par leurs mauvais discours, scandalisent les simples et le:ignorants, en leur faisant observer qu'ils agissent d'une niap.ière contradictoire à ce qu'ils demandent à Dieu dans l'Oraison Dominicale, en lui disant: Que k'oIvc nom snU sanciipc, puisqu'au lieu de le faire honorer, ils attirent sur lui le méj)îis. Et c'est ici un autre fruit que nous devons retirer de l'expJition de cette demande, que, s'il est juste que nous concevions de l'horreur pour tous les autres péchés, puisque tOit* tléshonorent |)ieu et !'o;Tcn>ent , il est bien plus juste fiue

64 VI. t^';TRl'CTIo^•

<;eUe lioneur soil plus giaiulo lorsqu'il s'agit des mauvais ili'j- <'oui's qui causent la perte de tant d'ànics, etdes jureuients ci des hiasphèmcs qui profanent imniédialement la sainteté du Koni de i>ieu. Pères cl mères, n'imitez pas ces mauvais chréfimis qui n'oni d'aulrcs désirs (}ue ceux de voir leurs enfants sîviMicer dans les sciences luUnaines , ou réussir dans les arts n'écani([ues auxquels ils se sonllivrés, et ([ui, du reste, sont îndiilcrcnts lorsqu'ils les entendent jurer ou tenir des discours libres et indécents. -Xulieu de leur apprendre par vos mauvais exemples à blasphémer le saint nom de Dieu, enq)lo^e/. 4UI contraire toute vulre autorité jwur leur faire respecter et craindre ce nom redoutable. Maîtres el maîtresses, il ne suffit pas que vous soyez satisfaits de l'exactitude de vos serviteurs i\ remplir leurs devoirs envers vous, usez encore de tout votre pouvoir pour empêcher qu'ils ne se permettent de parler <le choses honteuses, de jurer ou de blasphémer. Si vous ne pouvez obtenir que Dieu soil honoré, servi, aimé de tout le monde, faites au moins qu'il le soit dans vos familles , delà part de vos enfants , de vos serviîems et de tous ceux qui dé- ])endent de vous. Ayez soin de les instruire dans la piété, veillez à ce qu'ils assistent aux catéchismes, aux instructions el à tous les offices divins.

XV. Je vous propose une autre manière de sanctifier le 7iom de Dieu. Quand nous récitons ces iioroles de rOi'.!i>on iDominicale : Que votre nom soit sanctifié : sauclipcelur H'/idci tuuiu, pénélrons-nous des sentiments dont Jésus-Christ a \(:;iiu <iue nous fussions animés en les prononçant , el disons avec le rioi-Pioj)hètc {Ps. 148): Oui, que les rois de la leric et tous les peuples , les enfants et les vierges , les jeunes geii> et les vieillards louent le nom du Seigneur : Reges terrœetoiii,u>^ populi... Ji({'en:^s, et virfiines , senes cum jitniorihus loudeiit udmcn Douiini : parce que ce nom seul est saint , grand et sublime : <]iiia erallaluin est nomen ejus soliits; ou comme les trois jeunes Hébreux dans la fournaise {Dan. 3), invitons toutes les créatures à bénir leur Créateur; que les Anges et tous les habitants des cieux , que le firmament , le soleil , la lune , et les V'îoiles , que la terre , les montagnes et les collines, la mer. les jtoissons, les oiseaux, les saisons , que toute créature, en wn mot, bénisse le Seigneur : Ecncdiciie, omnia opéra Domini, Domino. Que loul esprit bénisse le Seigneur : Omnis spiritus laudei Dominum. Il est vrai qu'avec tout cela nous ne pourrons pas donner à Dieu une gloire . ni des louanges qui soient di- ;giies de lui. ruis(pril est infini , et qu'une gloire infinie lui est

Sl'R LA l'RIÈRE. G5

duc, ii i.'cst aucune créalure qui soit capable de le^lorilkr cl (le le louer aulant qu'il le mérile. Néanmoins cette imp;»ssibililé où nous sommes ne doit point nous adliger; nous devons nous réjouir au contraire de ce que notre Dieu est si grand, de ce que son nom est si saint, qu'il est au-dessus de toutes nos louanges , et lui rendre grâces de cette gloire immense qu'il possède en lui-même, en lui disant avec la sainte Eglise : Gratias agiiUKS tibi propter maynamgloviam luam.

XVI. Procurons enlln la gloire de Dieu , taisons en sorte que son nom soit sanctifié de tous les hommes par nos bons exemples. On ne saurait croire combien ce dernier moyen, qui esta la portée de tous, contribue puissamment à parvenir à cette fin. Donnez-moi deux ou trois jeunes gens qui soient respectueux etobéissants envers leurs parents, réservés dans leurs discours, modestes dans leurs habits et dans leurs dénias l'hes, assidus aux prédications et aux olfices divins : oh! combien qui , touchés de ces bons exemples , embrasseront le même genre de vie! Supposez qu'il y ait deux ou trois jeunes personnes dans une paroisse , qui ne paraissent jamais en public dans le dessein de se laire remarquer , qui se tiennent éloignées des fêtes mondaines et de toute occasion dangereuse, qui marchent avec modestie, détournant leurs regards de ceux qui les observent, oh ! combien de personnes de leur sexe qui , témoins de cette conduite édifiante, se sentiront portées à se convertir et à les imiter; que quelques femmes se mettent à mépriser les modes et les vains ornements, à ne plus fréquenter les théâtres et les sociétés mondaines, qu'elles s'apjtliquent à bien conduire leur ménage, à bien élever leurs enlanls, à vaquer aux exercices de piété: qui pourrait énumérer les fruits que produiront ces bons exeiiiples? Que dirai-je maintenant de ceux (jue leur rang et leur condition élèvent au-dessus du commun des hommes , et qui s'adonnent à une vie réglée et à la pratique des vertus chrétiennes ? Combien d'âmes ils portent au bien par leur conduite exemplaire? Voilà tout aulant de moyens que nous avons de sanctifier le nom de Dieu. Mais, hélas 1 il n'est que troj) vrai qu'au lieu de l'avoir sanctiiié de la sorte jusqu'à ce jour, nous l'avons déshonoré par nos mauvais exemples, et nous avons été la cause que les autres l'ont déshonoré et profané.

XVH- Oui, Seigneur, ce sont là les reproches que nous fait notre conscieiire. Mais nous voici prosternés devant votre divine Majesté, pour vous supplier humblemeiU de nous pardonnei' loul ce qui a pu , dans noire conduite, déshonorer votre saint

DD VU. !-\STr,rCTION

iioin , eî porter les autres à le mépriser. Tous nos crimes voii.<î sont {.'onaus : mais nous les déteslons sincèrement, nous njus proposojîs de réparer le passé , eii vous disant mille fois , p Jiuchacune des fautes par lesquelles nous avons profané votre nom udorcîhle : Que votre nom divin soit sanctifi' , qu'il soit loué, béni, -glorifié de tous les hommes pendant celte vie et durant toute l'éternité.

SEPTIÈME liXSTFxUCTlON

SUR LA PRIÉUE.

Explication de la secoiule 'Jcmantlc ilc l'Oraison Dominicale : Que votie rêyiie aune.

Si, en notre qualité d'enfants de notre Père céleste, nous devons avant toutes choses lui demander que son nom soit sanctifié, qu'il se fasse coimaitre, aimer et servir de tous les hommes ; si nous devons faire tous nos eftorts pour procurer sa gloire par nos prières, par notre conduite , par nos bous conseils, par nos bons exemples, il convient aussi de ne pas oublier nos propres intéi'èts, de no pas perdre de vue l'héritage qui nous est promis et qui nous attend dans le ciel. Si Dieu est notre Père et nous ses enfants, nous sommes par-là même ses héritiers, comme dit saint i\iul : Si fiHl, ethœredes. Or, c'est cet héritage que Jésus-Christ appelle le règne de Dieu, qui est Tobjet de la seconde demande de l'Oraison Dominicale. C'.'est cet héritage que nous demandons à Dieu quand nous lui disons : (Jue votre règne arrive : mheniul rccjnum lunm. ]& vous expliquerai donc premièrement ce qu'il faut entendre par ce règne de Dieu ; secondement, combien il nous importe de bien faire cette demande, et entin, quels sont les fruits que nous devons tirer des réflexions qui seront faites sur ce sujet.

i. Jésus-Christ et ses Apôtres, en annonçant l'Evangile, ne se sont proposé d'autre but, dit le Catéchisme romain {ilc± Pet. V. 1), sinon d'établir le règne de Dieu. Si saint Jeanl'.aptiste fait entendre sa voix dans le désert, c'est pour dire aux Juifs : Faites pénitence , car le royaume des cieux est proche : Pœnilentiam arjUe, approptnqmwit eniin l'egnum cœlurum (Matth. 3). C'est par ces mêmes poroles que notre divin Sauveur commence sa prédication. Le discours sublime qu'il tint à ses disciples sur la montagne roule principalement sur le royaume de Dieu : Bienhcireux les jyuuvres d'esprii, parce que U

SUR LA rPviÈP.r:. 6T

royaume des deux esl à eux. Quand les peuples lepi'ialoiU de ivslep plus longtemps au milieu d'eux, il répondait qu'illuifaî- Liitullci-annoiiccrk règne de Dieu à d'autres villes : El alikcii'ilal.'biisoporlel me evun'jciizare regnum DciÇLucA). llcav.oic; .SCS Apùti'cs devaiillui dans les lieux où il doit passer, afin qu'ils conimeuceiil à prêcher le royaume de Dieu. Un jeujie homme lui demande la permission d'aller ensevelir son i)ère. ^■son, lui dit-il, allez annoncer le règne de Dieu: r« vade, annuntiaregnnm Dci (Luc. 19). Pendant les quarante jours qu'il demeura sur la terre après sa résurrection , chaque lois qu'il apparut à ses Apôlres, ce fut pour leur parlci' du royaume de Dieu, Ef.lin , \\ nous ordonne de chercher avant toutes choses le royaume de Dieu.

ÏI.Mais, direz-vous, qu'est-ce donc que l'on entend parce îm;^ aume de Dieu, que Jésus-Christ nous l'ait demander dans la p-iière qu'il nous a enseignée? Je réponds que, selon la doctrine ùos s;\inles ixriluresetdcssainîs Pères, on distingue trois sortes de règnes de Dieu : le règne de îa nature, le règne de la grâce et le règne de la gloire, auxquels on peut ajouter l'Eglise militante, {[ui est appelée en plusieurs Ciidroits des livres salnl.^ îc royaume de Dieu. Quand nous faisons à Dieu celte demandenous pouvons avoir quatre intentions différentes : premièrement, nous pouvons lui deînander qu'il étende sur la terre le règni' de son Eglise ; secondemeni, (ju'il nous gouverne pai' sa saiist^^ providence; troisièmement, qu'd règne en nous par sa grâce; et enOn, qu'il nous admette à régner avec lui dans le séjour de sa gloire. Quant au règne de son Eglise, nous n'avon«t pas besoin de le léclamer pour nous , ni de le prier de nous faire entrer dans le sein de cette Eglise, puisque nous avons eu ce bonheur en recevant le saint baptême ; mais nous pouvons, par une courte aspiration , lui témoigner notre recunnaissance de cette faveur qu'il a bien voulu nous accorder, elle prier de nous rendre de dignes enfants de cette sainte Eglise. Nous devons ensuite lui demander qu'il étende le règne de celte Eglise dans tout l'univei s , que les juifs et les infidèles embrassent la vraie foi de Jésus-Christ, que les hérétiques et les schismaliques se réunissent de nouveau à celte Eglise dont ils se sont séparés , alin qu'il n'y ail plus qu'un seul bercail et un seul pasteur. Pour ceux qui en sont membres, mais qui, comme dit saint Paul (Tit. c. 1), confessent Dici» débouche, elle renient par leurs actions, qui n'ont qu'une foi morte, qui laissent régner en eux le démon, en persévérant dans l'état du péché , nous devons demander pour eux-

t)8 VI!. INSTlUfTlON

<\[ic Dieu leur accorde un grand désir de leur conversion , <iifil leur révèle Télal déplorable où ils se trouvent, qu'il les 43claire, qu'il les délivre de la servitude du démon , qu'il leur rende la li!)erlé des enfants de Dieu , et qu'il recommence à Téi?ner sur eux par la puissance de sa grâce. Telle est laprcmièi-e intention que nous devons avoir en prononçant ces paroles : que voire rrgne arrive,

\\\. Quant au règne de la nature , qui est celui par lequel ï)ieu gouverne et i-égit en maître absolu cet univers et toutes ^os créatures, nous n'avons pas besoin de le lui demander, ni de le prier qu'il exerce cet empire , puisqu'il l'a toujours exercé *l qu'il l'exercera toujours ,• étant le souverain Seigneur de toutes cboses, et son domaine s'étendant , comme dit le Roi- Trophèle, sur tous les siècles et sur toutes les générations : Regnuin luuin refjnum omnium sœculonim , et dominatio tua in fimiii generaliouc et ijeneraiionem (Ps. 144). Cependant, par ce 'â'ègne nous pouvons entendre aussi celte providence, celte bonté paternelle avec laquelle il a soin de ceux qui le servent *M qui Talment, et qui ont le bonheur d'être aimés de lui. C'est de ce régne que parle David en disant : Le Seigneur me gouverne, rien ne me mampiera : Dominus régit me, emiliUrnihi (icerii (Ps. 22). Et, SOUS ce rapport, nous devons nous réjouir <rétre gouvernés par un Mailre aussi bon et aussi aimable, à l'exemple des bienheureux dont parle saint Jean dans son Apocalypse {cap. 5). Us témoignent leur reconnaissance à Jésus- Chrisl de ce qu'il leur a acquis, au prix de son sang, cette iloire éternelle qu'ils possèdent, et ils se réjouissent de ce que Dieu règne sur eux plus encore que du bonheur qu'ils éprouvent de régner avec lui : Redemisii nos Deo in sanguine tuo, fecisti nos Deo nosiio regnum , et regnnbimus. Ainsi devons-nous éprouver des transports de joie en pensant que Dieu règne sur nous, lui témoigner notre reconnaissance de tous ses bienfaits, H le prier de continuer à nous diriger, à nous gouverner toujours avec celte même providence et cette même bonté. C'est le second but que nous devons nous proposer en lui disant : giie voire régne arrive,

IV. Il nous reste à parler du règne de la grâce et du règne de la gloire. Il est vrai qu'à proprement parler, nous ne pouvons i>as entendre par ce règne celui de la grâce , premièrenent, parce qu'elle esl l'objet des autres demandes, et en second lien, parce que ce règne est déjà venu en grande partie jour les chrétiens. Cependant comme, selon la remarque du Catéchisme romain (/(>«(/.), nous ne pouri'ons jamais régner

SUR r.A phièrf;. C9f

avec Dieu dans la gloire, si nuits ne le faisons régner en nous^ par sa grâce en celte vie, puisfiue celte grâce, selon les paroles rie .lésùs-Cliiisl {Joan. 4), est cette source d'eau vive qui rcjïiillil jusqu'à la vie éternelle : Fans ivjuœ salienlis i)i vilain œlev' /lain, il esl nécessaire d'en dire quehiue chose. Nous devons donc demander à Dieu par ces paroles : Que votre règne arrive : advcnUii regnum tnum, qu il domine paisil)lement et d'une manière absidue sur noire âme par sa sainte grâce, afin (ju'après cette vii' nous puissions aller régner avec lui dans le séjour de sa gloire. La grâce est ce régne dont parle Jésus-f.lirlst en disant : Le royaume de Dieu est au-dedansde\ous-méincs: liegnum Dei >ntra vos esl (Luc. 17). Or, Dieu règne en nous lorsque nous sommes exemi)ls de péché mortel, et il règne d'une manière plus ou moins parlaite, selon que notre âme est plus ou moins purifiée du péché véniel et de l'alTection au péciié véniel ; selon qu'elle est ornée plus ou moins de la foi, de l'espérance, de la charité, de l'huinililé et de toutes les^ vertus ; selon que nous sommes i)lus ou moins parfaitement consacrés à son service et à son amour. Loi-sque nous demandons à Dieu qu'il règne en nous par sa grâce, nous le prions donc d'être seul maitre de notre cœur, de toutes nos affections et de nous-mêmes tout entiers, et qu'il ne permette pas qu'aucun de ses ennemis partage avec lui cet empire; en sorte que toutes les pensées de notre esprit, tous les sentiments de notre c(eur, toutes nos paroles, toutes nos démarches , tous nos travaux, toutes nos peines soient rapportés à sa gloire et à notre salut , et qu'en toutes choses nous n'ayons d'autre but que de lui plaire. Ah ! (ju'il est heureux le cœur dont Dieu seut possède toutes les aile lions ! Quelle est heureuse l'âme en qui ï)ieu seul règne par sa sainte grâce! Elle observe sa loi avec la plus grande facilité ; toutes ses passions sont soumises à la raison ; elle ne trouve que douceur à servir un Mailre si plein de bonté, à obéir à un Père si plein d'amour.

V. Mais qu'il est déplorable au contraire l'état d'une âme où Dieu ne règne pas, où régnent à sa place les passions, le péché cl par conséquent le démon ! Quel plaisir, quel bonheur ' peut-elle éprouver en servant des maîtres si cruels, si injustes : et si perfides? Nous avons donc tous souverainement besoin ' de dire à Dieu : Que votre règne arrive : adveniai recjvum luum^ •; et de lui demander qu'il règne dans nos cœurs par sa sainte grâce. Les pécheurs doivent le demander avec ferveur, afin d'elle délivrés de la dure servitude du péché et du démon dvut \U ;?e §vut rendus volonlairement les esclaves. Ils ne peu-

\eiU pas, par leurs propres forces, sorlir de ce malhevirc ix èlAi. ils ont besoin pour cela du secours de !)ieiî, il fiuU âvic qu'ils le demandent. Les jusles n'ont pas moins besoin de p i--r 13ieu qu'il continue à régner dans leur cœur; car s'ils ne so;it plus dans les liens du péché et du démon, ils ne sont pas exempts de tout danger pour Tavenir , ils ne peuvent se croire en parl'aite sûreté; saint l'aul ne nous dit-il pas : Que celui qui est debout ne cesse jamais de prendre ses précautions pour ne pas tomber? Qui cxkiimal alurc, vidtai ne cadul (1. Cor. lO). 11 est vrai que leurs passions sont en quelque sorte mortifiées et domptées, mais elles ne sont pas entièrement éteintes. Ils portent toujours en eux-mêmes le poids de la concupiscence, et ressentent encore cette loi des membres dont parle TApôlre (Gai. ô), ce combat continuel des sens contre la raison, ce penchant terrible qui les pousse sans cesse au mal. Comment pourront-ils sortir victorieux de cette lutte, sans l'assistance de Dieu? Pour qu'ils puissent persévérer jusqu'àla mort dans le bien, dans la pratique des vertus chrétiennes, il faut donc T[u'i]s le prient de les soutenir de son bras tout-puissant, et de vouloir bien régner continuellement en eux par sa grâce divine. C'eslla troisième intention que nous devons avoir en disant: ^uc votre rèijnc arrirf.

VI. Mais la fin principale que nous devons avoir en vue, en adressant à Dieu celte demande, est le règne de la gloire, c'est-à-dire le bonheur de partager éternellement sa féliciîé dans le ciel, (l'est donc le royaume des cieux que nous lui demandons spécialement , lorsque nous lui disons : que voire rè- ^ne arrive. C'est là le but, la lin, le port, la patrie vers laquelle nous devons soupirer el diriger tous nos vœux et tous nos efforts. Notre intention doit être de lui demander par ces paroles qu'après le pèlerinage et les misères de celte vie mortelle, nous puissions entrer en possession de ce royaume forUuié où tous les Saints seront réunis après le jugement dernier, II est vrai que les jusles y entreront immédiatement après leui* îiiort, s'ils sont assez heureux pour être exempts de la moindre souillure ; mais ce bonheur n'aura son complément, quanr. à leur àme et quant à leur corps en même temps, qu'après la résurrection universelle, après qu'ils auront entendu ces paroles pleines de douceur delà bouche de .lésus-Christ : « \ cnez, les bénis de mon Père, venez posséder le royaume <i.\i vous est préparé depuis la création du monde. « C'est ce roj auiiïe célcsle qui était l'objet de tous les vœux et de toutes les j>rièrcs du saint roi David. !e ne demande à mon Dieu qu'une

SUR LA PRir.r.E. 7î

seule chose , dissit-il, el je la lui demaiulei ai sans cesse ; c'esJ (le pouvoir un jour èlrc reçu dans ses fabernacles élernels: rnuiii petii à Doniino, hanc requiiam, ut inhabiteni indoino Do'

VIL C'est là le véritable règne qu'il nous importe souverainement d'obleiiir de Dieu; car ce n'est que lorsque nous serons dans le séjour de la gloire, qu'il régnera sur nous d'une nïanière parfaite et absolue. Là, il n'y aura plus rien qui soit capable de s'opposer à Dieu et à son souverain domaine. Dieu sera seul le maître de notre àmc et de notre creur ; il dominera avec ses adorables perfections sur notre volonté, sur notre intelligence, sur notre mémoire et sur toutes nos facultés. Là, il n'y aura plus de concupiscence , plus d'amour-proi)re, plus de passions, plus de tentations. Ob, règne divin ! ob, règne bienheureux ! oh, félicité souveraine! alors nous pourrons dire avec tous les ^aints : Fechii nos Dca nnsiro regmiiv. Nous serons le royaume de Dieu , il régnera sur nous, il régnera élernellement, el éternellement nous régnerons avec lui : Fecimi nos Dco nosiro i-e!j)uim,el re(j7iabimus. Oh î beau paradis, que tu es désirable! ob, royaume céleste, quand pourrons-nous le posséder? Oh, noire Père, qui êtes aux cieux, nous sommes vos enfants! donnez-nous cet héritage céleste que vous nous avez promis. Que votre règne arrive, ce règne que votre bonté nous prépare dans les cieux : ach'eniat refjnnm litum.

VIL Mais n'est-ce point une témérité et une présomption que d'c-'^r demander à Dieu ce céleste héritage, ce royaume éternel ? Non, Chrétiens; c'est .lésus-Cbristson divin Fils qui nous a rppris lui-même à faire celle demande ; et d'ailleurs il n'en esipasde ce royaume éternel et de ce céleste héritage, comme d'un royaume ou d'un héritage de la terre. Ici-bas, un fils qui désirerait posséder sans délai celui qu'il attend de son père, s'en rendrait par-là mémo indigne, parce qu'il désirerait parlà même la mort de son père. Un prince qui oserait demander à son père la faveur de monter sur le trône qu'il occupe, mériterait d'en être exclu i)our toujours, parce qu'd indiquerait par sa conduite que son intention est de le [)récipiter (Uce trône pour s'en cmparerlui-méme. Mais il n'en est pas ain-i de l'héritage céleste que Dieu nous a promis, ni du royauni:; élernel qu'il nous a iiréj)aré dans le séjour de sa gloire. Ce royaume el cet héritage consistent à jouir de Dieu lui-même, à le voir face à face, à être unis à lui par l'amour, à vivre en lui et avec lui, cî quand nous luidcînanûonsce royaume, nous lie faisons autre chose siuou de le [)rier qu'il nous ad-

72 VII. i.NSTp.rmoN

iiR'tle à partager avec les Saiiils le hoiilieur de le voir, de raiiiK'i-, de le posséder peiidaiU réleriiilé. Quel est celui (jui ne sent pas son cœur eiillainiué du plus ardent désir d'aller voir son Dieu, d'aller, jouir de son Dieu , d'aller régner éternellement avec son Dieu? Disons donc de toute l'ardeur de notre âme : 0 bienheureux héritage ! ô royaume éternel, viens une l)onne fois nous délivrer de tant de misères,de tant de maux de toute espèce dont nous sommes accablés: adveniat regnum

tUU))).

IX. Voilà, mes Frères, les quatre intentions que nous devons avoir en adressant à Dieu celle seconde demande de l'Oraison Dominicale. Voyons maintenant les raisons qui nous engagent à la bien faire. La première et la principale est qu'elle renferme en elle-même tout ce qui peut contribuer à la plus grande gloire de Dieu et à nos véritables intérêts. En obtenant l'effet de celte demande, Dieu seul régnera sur nous; le règne du monde et du démon sera détruit. Ces maîtres injustes et cruels ne domineront plus sur la terre, et nous verrons disparaître le péché, qui est la cause funeste pour laquelle Dieu ne reçoit pas de ses créatures la gloire qui lui est due, et qu'il est si souvent déshonoré et outragé par elles. Celle prière lend à obtenir de lui tout ce qui est propre à contribuer à notre gloire, et à nous procurer tout ce qu'il peut y y avoir pour nous de plus avantageux. Car, est-il possible de désirer et de demander à Dieu (juelque chose qui ne se trouve dans le royaume des cieux? Désirez-vous la gloire et les richesses ? La gloire et les richesses sont en abondance dans la maison de Dieu, dit le Roi-Prophète {Ps. 111): Gloria et d'vitiœ in doino ejus. Aimez-vous la joie et les plaisirs ? Vous en serez rassasiés dans le ciel, puisque vous boirez à longs traits et pendant l'éternité au torrent des vraies délices : Torrente volnpUUis luœ polubis eos (Ps. 35). Soupirez-vous après le bonheur et la félicité ? Vous serez parfaitement heureuv dans la maison du Seigneur : Bead fini habitant in domo tua. Domine (Ps. 83). Désirez-vous une longue vie, afin de louer plus longtemps le Seigneur? Vous jouirez d'une vie sansfm dans ce royaume céleste, et vous louerez le Seigneur éternellement : In sœcida sœculorum laudahinii te. !Ne courons donc plus après les richesses, les honneurs et les plaisirs de la terre. Dirigeons toutes nos pensées, nos affections et'nos sollidludcsversle royaume des cieux. Demandons avec ferveur que ce règne arrive bientôt pour nous : ad^feniat regnum tuum. ^ X. La seconde raison qui doit uous engager à bien faire celle

SUR LA rr.iÈRF:. 73

ïlcmanile; c'q'>' qu'en i);)rlaiit loud's no? attentions nu côté du ruyannic de làeii, il nous accordera toutes les choses qui nous seront nécessaires pour la vie pi'ésenle. C'est une raison que j'ai touchée dès le principe, et nous avons pour caution do celte promesse la parole de Jésus-Chrlsl, écrite dans le saint Evanyi'e. « Cherchez avant tout, nous dit-il, le royaume de » l)iru et sa justice, et tout le reste vous si'ra donné par sur- )> croit. » Non. Dieu n'abandonne jamais ceux(|iii le cherchent, et qui meltentleur confiance en lui. On a vu des rich'S tomber dans une extrême misère, et souiïrir la faim; mais celui qui cherche Dieuetsa gloire, nous dit le saint roi David, ne manque jamais de rien : Diviles enucrant cl esm icrunl. inrinirentes vitlcuiDomiinimuin minucniiir omni bono (Ps. 33;. J'ai connu des personnes, et ceux qui vivent dans le monde en auront cou'iu plus que moi, qui manquaient de plusieurs choses, et même des plus nécessaires, tout en ayant de grands revenus, et en faisant des gains considérables ; et cela, parce que voulant suivre les modes, et vivre selon les usages du monde, le luxe, les repas, le jeu, les vices, les passions absorbaient tout lour avoir. Tandis qu'au contraire, j'en ai vu d'autres qui entretenaient leur famille d'une manière honnête avec des revenus et des gains très-modiques, parce que, libres de to'àtes passions, ne cherchant qu'à plaire à Dieu, obéissant à sa loi sainte, mettant leur confiance dans sa bonté, sa providence leur fournissait abondamment tout ce dont ils avaient besoin.

XI. Le troisième motif que nous avons de faire souvent cette demande est que, s'il n'est rien de plus important pour nous que d'obtenir le royaume des cieux, il n'est rien en m}ir.a temps qui soit plus tacile par le moyen delà prière, avec le secours de la grâce , et une correspondance fidèle à cette grâce. Tour acquérir les biens de cette misérable terre, quoique de si peu de valeur, vous n'ignorez pas combien de dilficullés l'on rencontre, à combien de travaux et de fatigues il Tauts'assujétir , combien de sueurs il faut verser. Et nonobstant ces peines et ces sueurs , il arrive souvent que tous les moyens que l'on emploie restent sans effets. Mais il n'en est pas ainsi du royaume des cieux. Pour l'obtenir, il sutat de le demander avec ferveur, avec un grand désir, et de correspondre fidèlement à la grâce de Dieu. 11 est vrai que, par nos péchés , nous avons perdu nos droits sur cet héritage , et que nous nous en sommes rendus indignes; mais .lésus-Christ, par sa i):ii;sion douloureuse et par sa mort cruelle , nous a lait vm- Ircr dans ces droits, et nous a mérilé de nouveau la possession

74 vu. ÎNSTniT.TiON

tîc cet héritage, en nous doiuiant les moyens de faire des œuvres méritoires de la vie éternelle. Ces droits, il les a acqiii.^ l)Our tousj et tous peuvent aspirer à la jouissance de ce royaume heureux, les riches comme les pauvres , les grands comme les petits, les savants comme les ignorants. Hommes du peuple, pauvres , ignorants, vous tous, en un mot, qui que vous soyez, et quelle que puisse être votre condition, soyez animés d'une sainte confiance , sachez que le beau royaume dcscieuxvou; est préparé , et qu'il ne tient qu'à vous de U' ]':sséder un jour. Demandez donc à Dieu que ce régne arrive por.r vous , c'est-àtlire, comme l'explique saint Augustin {Scnn. Mn), qu'il voi:< rende dignes d'entrer dans ce roy aume : Ui tlirjiios cos facint regnn suo. Si vous le faites avec pins de ferveur et d'iuunililc que les autres, vous aurez une place distinguée, et l'entrée vous en sera plus facile. Ayons donc soin de demander instamment cet héritage céleste, puisque Dieu, dans son infinie î)onté , veut bien nous le promettre, et qu'il désire, comme étant notre Père, le bonheur de tous ses enfants.

Xll. Après vous avoir exposé les motifs qui doivent nous porter à adresser souvent et avec ardeur cette demande à Dieu , il nous reste à parler des fruits que nous avons à retirer des l'éllexions que nous venons de faire sur cet important sujet. Le premier fruit, ou la première conclusion que nous pouvons tirer, est que nous ne devons plus éprouver que du dégoût pour la terre et soupirer sans cesse vers le ciel. Nous devons la considérer, celle terre, comme un lieu d'exil, et le ciel comme notre véritable pairie. Mon royaume n'est pas de ce monde, dit Jésus-Christ à Pilate : Regmim meum non est de hoc nnunh (.loan. 18) ; et c'est ce que nous devons dire nousmêmes. Aspirons à la possession d'un royaume qui n'est pas terrestre , mais qui est dans les cieux. Puisque nous sommes destinés à régner avec Dieu , méprisons toutes les choses d'icibas. Quel est celui, dit saint Pierre Chrysologue (Scnn. 23. de ter. cnr. despic), qui étant appelé à régner, et devant un jour être brillant d'or et revêtu de pourpre dans les palais les })lus magnifiques, quitterait à regret sa chaumière elle petit champ qu'il j)OSSède?Qfiîs de victu, quis de vestilu, qiiis deplebeio censii, et vermdis cespitis vilitnte siispirat , de reçfno certns , de dominatiuneseciiTus? Puisque nous sommes destinés à régner, et à régner dans le ciel , méprisons donc les choses viles et périssa!)k'S de celte terre. Puisque nous devons jouir bientôt de ia compagnie des Anges, ne cherchons donc plus nos plaisirs cl nos, cliver lissemeuts parmi les hommes. Puisque nous es-

«:rR T. A pru'nn. 7 S

pèrons ù'èlreatiivi.s '.liîjourà la société des Saliil^ , n'ayons plus rien de commun avec les pécheurs. Puisqu'eiiiin nous sommes appelés à parlnger avec Dieu sa .qloire et sa lélicilé, ne courons pUis aj^rès les honneurs, les biens et les jouissances delà vi^ présente. N imitons pascet insensé et infortuné Esaû (Gen. i'o), (jui , pour quL'hiues lentilles, vendit ses droits d'aînesse. Ganlons-nous d'imiter ces chrétiens esclaves du démon, du r.îonde et de la chair , qui , pour un honneur frivole, ponr un gain sorilide, pour un plaisir indigne de l'homme, renoncent à trutf s 1 s rich 'sses, à tous les honneurs, à toute la félicité de ce royaume céleste. Méprisons tout ce qni tient à la (erre , et disons à Dieu, avec toute l'ardeur dont nous sommes capables : 0 mon Dieu! que votre règne arrive : adveniui rcgnum tnum. XUI. bu second lieu, les réilexions que nous avons faites doivent nous engager à supporter avec patience et avec une parfaite résignation toiUes les peines, les afflictions et les travaux de cette vie, pour acquérir ce royaume céleste. Que ne font paslespriîicesdela terre, quand il s'agit de racquisltion d'un royaume de ce monde? Et encore comptent-ils pour rien toutes leurs peines et toutes leurs dépenses, s'ils peuvent réussir dans leurs entreprises. Et nous qui conîbatlons et qui travaillons pour gagner le royaume des cieux, nous nous plaindrons de nos travaux, de nos peines et de nos souffrances ? Quelles que soient ces peines et ces souffrances, elles n'ont aucune proportion, nous dit le grand Apôtre (/low. 8. 18), avec 1;'S biens célestes, avec la gloire éternelle. Tout ce (iiie nous pouvons avoir à supporter n'est rien en comparaison de la félicité qui nous attend dans les cieux: Non suni cundiiincupassionesitujus lemporisad fuluram gloriam quœ revelabilur iiinobis. L'œil mortel n'a jamais vu , l'oreille n'a jamais entendu, l'esprit de riiomme n'a jamais pu concevoir ce que Dieu prépare à ses élus de grand, de beau et de délicieux (1 .Cor. 2). Ah! que ce beau règne arrive donc pour nous : advcnka rerjmim tuuin.

XIV. Mais c'est là une demande que nous ne pouvons faire (|u'à regret, puisque l'adresser à Dieu n'est autre chose, à proprement parler, (pie désirer notre mort; et la mcrt est un passage bien triste et bien affligeant: être obligés d'abandonner tout ce que l'on possède sur la terre , dire un éternel adieu aux divertissements, aux plaisirs de ce monde, peut-on y penser sans cflroi? Ah! U n'est que trop vrai que tel est le langage, et que tels sont les sentiments d'un grand nombre de chrétiens, qui ne le sont que de nom., et qui, sans jamais peu-

76 VIT. iNSTP.rcTroN

sci-au ciel, sont loiit occupés à jouir de la vie présente ; qui seraient disposés à renoncer à toute la lélicilé de ce roMuiine céleste, pourvu que Dieu les laissât vivi-e sur la terre, pour s'y livrer aux plaisirs, sans que la mort dût venir troublerleur repos. Mais ne demandant pas à Dieu que son règne arrive , parce qu'ils voudraient ne jamais mourir, échapperont-ils pour îHitantà la mort? Non, elle triomphera de leur résistance, el lorsqu'ils y penseront le moins ; et comme ils ne désirent point (le ])osséder le royaume de Dieu, et quiis n'aspirent pointa l'e qiîe Dieu règne sur eux par son amour , de la même manière qu'il règne sur les justes dans le ciel, il régnera sur eux par sa formidable justice dans les enfers.

\V. Ce qu'il y a néanmoins de plus étonnant et déplus déplorable, c'est que ceux-là même d'entre les chrétiens qui travaillent à observer la loi divine, et qui désirent sincèrement leur salul, fassent avec tant de h'oideur celte demande: Que le règne de Dieu arrive , parce qu'elle ne peut avoir son elïet sans qu'ils ne subissent l'ariél de la mort qui les épouvante. IVlais d'où vient que la mort vous eiïraye de la sorte, hommes faibles et timides, sinon de ce que vous êtes trop fortement attachés à la terre et à celle vie pussagère , de ce que vous avez trop peu d'amour pour Dieu , et de ce que vous vous aimez trop vous-mêmes ? Si vous n'aviez pas autant d'atYection pour vous et pour les choses terrestres , vous n'éprouveriez pas ime si grande peine aies quitter ; si vous aimiez Dieu de tout votre cœur, vous brûleriez du désir d'aller le voir, de vous unir il lui el de régner avec lui. Détachez-vous donc u;ie bonne fois de toutes les choses visibles et de la vie présente , pour ne plus aimer que Dieu, pour ne plus dé>irer que son règne. Excitez en vous ce désir ardent (]u'éprouva!l le grand Apôtre de voir se briser les liens de son corps pour aller jouir de la vue de son divin Maiîre (P//j7(>/).1). Disons tous avec le disciple bien-aimé (/l/)oc. c. 2:2): Veni , Domine Je^u ; Venez , Seigneur Jéâus, que votre règne ariive ; nous le désirons de tout noire cœur. En faisant à Dieu celle demande, prions-le donc d'éiendresur la terre le règne de son Eglise, de régner sur nous par sa providence el par sa grâce, atin qu'au sortir de celle vie, nous ayons le bonheur d'allei- vivre avec lui dans le séjour de sa gloire, et de le louer et de le bénir un ec tous le* An£,es et tous les Saints pendant l'élernité.

SLR LA PrtlÈRE. JT

SUR LA PRIÈRE

Explication de la troisième domaiule de l'Oraison Dominicale : Que votre volonlé soil fuiu suf lu leiie contine au ciel,

Nous connaissons maintenant la fin sublime à laquelle nous (levons tendre sans cesse. Jésus-Clirist nous Ta enseignée ea nous faisant dire dans TOraison Dominicale: 0 mo)i Dieu !que vorcrèyne arrUi'. Nous savons que nous sommes tous appelés à régner avec Dieu dans le séjour de sa gloire , ci nous avons dii prendre la résolution de faire souvent et avec la plus grande ferveur cette demande : que volve règne rtrnVe.Maisqui sont ceux qui obtiendront ce royaume ? Ce n'est pas, dit Jésus- Christ, celui qui {X\i : Seigneur , Seigneur^ qui entrera dans le ciel, mais celui-là seuletnent qui fait la volonté de mon Père céleste (Matlh. 7). 11 était donc de la sagesse de notre divin Maître, selon la remarque du Catécliisme i-omain(r/e 3. Peiit.\ de placer celte demande immédiatement après celle du royaume éternel, puisque le seul moyen d'y entrer est d'accomplir la volonté de Dieu sur la terre. Cette demande est d'une telle importance, que Dieu lui-même a révélé à sainte Calhcrine de Sienne (jue, de toutes les demandes renfermées dans l'Oraison Dominicale, celle-ci lui était la plus chère et la plus agréable. Voyons donc premièrement ce qu'il faut entendre par la volonté de Dieu. En second lieu, quels sont les motifs qui doivent nous engager à bien faire cette demande, et enfin je je vous enseignerai la manière de faire la volonté de Dieu.

I. i*our que vous n'ayez pas à dire dès le principe qu« demander à Dieu que sa divine volonté s'accomplisse semble une chose inutile et superflue, puisqu'il fait toujours tout ce qu'il veut,je vous déclarerai quela volonté de Dieu n'est qu'une» à la vérité, mais que néanmoins saint Thomas (Jn I.dAd.urt. 11), avec tous les théologiens,pour s'accommoder à notre manière de voir et à la faiblesse de notre intelligence , distingue cette volonté en volonté de bon plaisir et en volonté désigne. La première est celle par laquelle Dieu détermine d'une manière positive et absolue que telle chose arrivera. C'est par un acte de cette volonté qu'il a créé le monde et qu'il le conserve. 11 est de foi que cette volonté se fait toujours, et que personne ne peut lui résister : Non est qui possit tua- reslsiere.

volnnlalî (Esïher 13). Mes volontés s'accompliront toutes snnfï exceptloD, nous dit Dieu lui-mc'mc par la bouche du prophète Isaïe (c. 40) : Omnis volunias mea fîel. Et quel est celui, dit saint Paul (Rom. 9), qui a jamais résisté à sa divine volonté : Volunlalicnimejus quis resistit'f

II. La volonté de signe est celle par laquelle Dieu nous^ma® îilfeste ses intentions par ses commandements ,ses défenses , ses conseils, ou par d'autres moyensqni nous font connaître ce qu'il veut et ce qu'il désire de notre pari. C'est de cette volonté que parle le Roi -Prophète, lorsqu'il dit que Dieu a manifesté au peuple d'Israël ses volontés, c'est-à-dire, ses ordres, ses défenses ou ses conseils : Notas fecilfiliis Isnid voluntales suas (Ps. 102).Et c'est à celle volonté que les hommes ne résistent que trop souvent , en voulant faire ce que Dieu leur défend, et en refusant d'accomplir ce qu'il leur commande. Il est vrai cependant que la volonté divine se fait toujours malgré eux, car s'ils ne veulent pas s'y soumettre par amour , i[ faut qu'ils s'ysoumetlent par force. 11 est nécessaire, dit saint Augustin {Endiir.c. 100), qu'elle s'accomplisse ou par nous ou en nous : Aulànobis, anl innobis. Les mauvais Angesrésistèrcnt à la volonté de Dieu, en se révoltant contre lui , les pécheurs lui résistent tous les jours ; mais cette volonté ne s'est pas moins accom])lie dans les Anges rebelles , et elle ne s'accompht pas moins dans les pécheurs , parce que Dieu s'est iissujéli les mauvais Anges , et qu'il s'assujélit les pécheurs en les punissant.

III . Pour vous faciliter rinlelligcnce de ce que je viens de dire, il est bon deremaquer avecsaint Thomas(/oc. c(7,),que la divine Providence a établi deux manières, ou deux ordres différents pour conduire les hommes: l'un qui est réglé par la douceur et par l'amour, et l'autre, par la rigueur et par la justice. Dès l'insîantqu'anhommes'écartede celle volonté de Dieu, ou de cet ordre qui es! réglé par l'amour et la douceur, il se rencontre dansl'ordre opposé qui est; réglé par la ligueur et la justice , de la lîîéme manière qu'on ne peut s'écarter d'un point , sans s'approcher de celui cjui est opposé au premier. Le pécheur peut donc se mettre en opposition avec cette volonté de Dieu qui désirerait le conduire par l'amour et la douceur; mais alors il faudra que, malgré son obstination, elle s'accomplisse en lui, et s'U ne veut pas être traité avec bonté, en faisant de bon cœur ce que Dieu lui ordonne , il sera traité avec sévérité. Gardons-nous bien d'èîre du nombre de ces insensés ; soyons attentifs à faire la volonlé d^^ Dieu, de crahitc qu'elle ne s'aecomplisso

srr. LA PT^irr.r. 79

en Rcns pour notre mnlhcni' : fiui vohmias (ita. îjiipposant celle division de la volonté de Dieu en volonté de signe, et celle de bon plaisir par eette demande : que voire volonté soit faite , nous le prions que ces deux sortes de volontés s'accomplissent. Celle de signe s'accomplira quand nous ferons tout ce qu'il nous ordonne, et pareillement sa volonté absolue et de bon plnisir.'quand nous nous y conformerons et que imns nous soumettrons de grand cœur à ce qu'il lui plaira de faire de nous et de tout ce qui peut avoir rapport à nous. .

IV. Parlons d'abord de la volonté de signe. 11 nous l'a manifestée dans les divines Ecritures , dans sa loi sainte, et nous la fait connaître encore par le moyen des personnes qui tiennent sa place sur la terre. En premier lieu , elle nous est clairement proposée dans les divines Kcrilures , et pi-incipalement dans le saint Evangile (Maiih. c. 7. e/ 22), où il nous est prescrit d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et notre prochain comme nous-mêmes ; d'aimer jusqu'à nos ennemis , de faire du bien à ceux qui nous font du mal , et qui nous haïssent; de prier Dieu pour ceux qui nous calomnient et nous persécutent , de ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait à nous-mêmes , et de faire jiour les autres ce que nous serions bien aises que les autres fissent à notre égard ; deux préceptes que la nature a gravés dans le cœur de tous les hommes. Dans ce même Evangile ( Id. 18. 3), Jésus-Christ nous avertit que . pour entrer dans le royaume des cieux, il faut que nous devenions humbles comme des petits enfants; que le royaume de-^ cieux souffre violence, et que conséquemment , ceux-là seulement (pii mortifient sans cesse leurs passions, pourront y entrer; que celui qui veut être son disciple doit se renoncer lui-même, prendre sa croix et le suivre. C'est là ce qui s'appelle la volonté de Dieu. Si nous voulons l'accomplir, il faut que nous ayons soin d'exécuîer tout ce que Jésus-Christ nous prescrit dans son Evangile, et de lui demander la force qui nous est nécessaire poiu* cela , en lui disant avec ferveur , que votre volonté soit faite : fiât vohmias lua.

V. En second lieu. Dieu nous a manifesté sa sainte volonté dans sa divineloi, qui est renfermée dans les dix préceptes du Décalogue , où il nous déclare qu'il veut lui seul être adoré , respecté et aimé par-dessus toutes choses; ce qui se fait principalement, selon la doctrine de saint Augustin , par la foi, l'espérance et la charité. Dans ce même Décalogue , il nous défend de prendre en vain son saint nom , et de le déshonorer

80 VI :i. I.NSTlUt.TION

par (les j<ircmen!s ou dos biaspliôiiics. 1! nous orauiinc do! sancliiier le jour du diiuauclie, de jespecler nos j)aren!s et tous nos supérieurs , de ne faire aueuii mal à notre proeliain dans sa personne. II nous défend toute action qui jjourruit souiller la pureté de notre corps, toute alïeelion capable d'éloigner de lui notre cœur; il nous interdit toute injustice, toute espèce de mensonge. Ces ordres et ces défenses ne sont autre chose que la volonté de Dieu manifestée par ses commandements. En observant ces préceptes , nous agissons conformément à la volonté de Dieu, et en les transgressant, nous agissons contrairement à cette sainte volonté.

VI. Troisièmement, nous connaissons la volonté de Dieu par le moyen des personnes qui tiennent sa place sur la lerio. Cette volonté nous est manifestée par l'enseignement de l'Eglise catholique, laquelle, en sa qualité d'épouse de Jésus-Chris.', a l'autorité de faire des lois (jui obligent tous ses enfants. Les chrétiens sans exception sont tenus d'obéir au souverain Pontife, vicaire de Jésus-Christ sur la terre, et chef visible de son Eglise. Viennent ensuite les évèques, auxquels Dieu a confié le soin de gouverner les fidèles , et qui ont autorité sur tous les sujets de leurs diocèses, ^ous pouvons ajouter les abbés et les autres supérieurs réguliers par rapport aux religieux de leurs ordres, les pasteurs dans leurs j)aroisses, les prédicateurs de la parole divine, les confesseurs, et tous ceux ;; qui api)arlient la conduite des âmes. C'est de tous ces supérieurs que Jésus-Christ a parlé en disant: Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise: Qui vos audit, me audit; et qui vos spcrnit, me spernil (Luc. 10). Après les supérieurs s|)irituels, viennent les supérieurs temporel.-; les pères elles mères et les autres chefs de famille par rapporta leurs enfaiils ou aux autres membres de la famille ; les jnailres envers leurs serviteurs; mais spécialement les rois cL les princi's de la teri'c dans leurs royaumes , dans leurs étais, dans leurs domaines , relativement à leurs sujets. Lorsque ces supérieurs, avec leur autorité absolue, commandent quelque chose, pourvu qu'elle ne soit pas contraire à la loi naturelle, les sujets sont tenus de leur obéir , et en obéissant à leiu's lois , ils font la volonté de Dieu , et ils agissent contre celte divine volonté, lorsqu'ils résistent et qu'ils refusent de se soumettre à leurs ordres. Toute cette doctrine est de l'apôtre saint Paul {Rom. 1.3): 11 n'y a pas de puissance sur la terre- dit-il , qui no vioiine de Dieu, et quiconque résiste à celte puissance lenijxirelie résislc aux ordres mêmes de Dieu;

^rp. LA PKiÈiin. St

yiiU est inliH pjtcstas nisi à Deo... cl qui polesLiti rc.^i'st'if. Deî ordiimtionires'istil. Telle était aussi la doctiine que .Mii\ aient et que mettaient en pratique les premiers fidèles. Quand les empereurs païens leur commandaient d'adorer les idoles, comme ces ordonnances étaient opposées à la loi divine, ils préféraient perdre la vie dans les tourments les plus alïreux, p.lutotque d'obéir; mais dans toutes les autres choses qui ne regardaient pas la religion , les empereurs n'avaient pas de sujets plu^ fidèles dans tout leur empire.

VU. 11 est bonde remarquer cependant que la volonté de l)ieu qui nous est manileslée, a rapport queiqiici'ois à des choses qui sont nécessaires, de nécessité de précepte, comme sont les devoirs de justice, et d'autres fois elle a rapport à descho- .ses qui sont seulement de conseil, ou d'une plus haute pcrfcclion , comme seraient, par exemple, faire l'aumône dans i'ertaincs occasions, vaquer à de longues prières, rester trèslongtemps à l'église , s'imposer des jeûnes, se livrer à d'autres exercices de piété. 11 est très-utile de faire la volonté de Dieu dansées choses. Mais il faut prendre garde que ces œuvres, qui ne sont que de conseil, ne soient pas un obstacle à l'accomplissement des devoirs de justice et des choses qui sont de nécessite de précepte. Par exemple , ce magistrat est obligé de veiller au bien public . ce jiige a des causes à entendre et à juger, ce père de famille doit s'occuper des intérêts de sa maison , et avoir l'œil toujours ouvert sur ses enfants et sur- .ses domestiques ; et au lieu de remplir ces devoirs rigoureux, ils restent enfermés dans leurs chambres, appliqués à de longues [nières, ou bien ils passent une grande partie du jour à l'église. Font-ils la volonté de Dieu? non sans doute. Mais la retraite, la prière, la visite des églises sont des choses saintes, des ccuvres excellentes. Cela est vrai, lorsqu'elles se font dans Jeur temps, mais non lorsciu'elles empêchent de remplir les obligations de sa charge et les devoirs de son état.

vin. Celte mère de famille a des fils et des filles à élever, des serviteurs et des servantes sur les([uels elle doit veiller; et tdle va passer des heures entières aux pieds d'un confesseur, ou à entendre des messes , ou à faire des stations, ou à visileries églises , abandonnant le soin de ses enfants et de ses dojnesliques. Kn agissant de la sorte, fera-l-elle la volonté de J)ieu? non, certainement. Mais après tout, dites-vous, elle ne l'ait pas comme tant d'autres , qiu au lieu d'être à la tête de leur famille , perdent leur temps aux bals, aux théâtres, aux fçlcs mondaines, dans les visites, ou dans des couversaiions

inulilcs. Te répoiuls ffuc ia conduite de ces personnes cs( gi\core jjlus ré|)i'éhensible , mais que celle de cette mère (iosi! je \iens (le parler ne Test pas moins, quoiqu'à un degré inférieur; parce que les pratiques de dévotions auxquelles elle se livre à contre-lemps lui font manquer l'accomplissement de ses devoirs indispensables, quisont de veiller sur les personnes que Dieu a confiées à ses soins. 11 faut faire d'abord ce qui est d'o- Lligalion, et ensuite, si on le peut, ce qui est purement de conseil. Voilà un homme qui a plusieurs dettes à acquitter , ou plusieurs restitutions à faire , et néanmoins il donnera volontiers Taumône aux pauvres. Je dis qu'il ne fait pas la volonté de Dieu. Mais l'aumône est cependant une œuvre très-sainte et très-méritoire. -J'en conviens; mais payer ses dettes, restituer le bien mal acquis est une obligation de justice , et par conséquent une chose nécessaire et la première que Dieu demande, et qu'il exige rigoureusement.

iX. Quand nous disons à Dieu : Que votre volonté soit faite, nous devons donc le prier de nous aider à remplir exactement tout ce qu'il nous prescrit dans sa loi sainte, dans l'Evangile, et par le moj en dos personnes qui tiennent sa place sur la terre ; et par-là nous accomplirons la première volonté que nous avons remarquée en Dieu et qui est la volonté désigne. H nous reste à parler maintenant de sa volonté absolue ou de bon plaisir, par laquelle il dispose en maitre souverain de tous les événements. Que demandons-nous donc à Dieu en lui disant : Que votre volonté soit faite? fiat volunlas lua. Nous lui demandons la grâce de nous soumettre sans résistance et avec plaisir à tout ce qu'il lui plait d'ordonner ou de pern'.eître dans le monde. Car, si nous exceptons le péché, tous les biens et tous les maux nous viennent delà main du Seigneur, et rien n'arrive que par son ordre ou par sa permission. Or, les événements peuvent être ou conformes à nos inclinations , comme seraient le gain d'un procès, le recouvrement de la santé ; ou bien ils leur sont contraires, comme seraient une infirmité, un revers de fortune, la mort d'un parent ou d'un ami. Si les événements sont conformes à nos inclinations , en faisant à Dieu cette demande : que votre volonlé soil faite , nous devons avoir l'intention de lui témoigner notre reconnaissance pour les biens qu'il a daigné nous accorder, de lui demander la grâce de savoir en user pour sa gloire, et de nous en priver niènie, s'ils devaient cire préjudiciables à notre sajut. Car le prier que sa volonté soit faite, c'est le prier de lever tous les obstacles qui pourr;-.K';;l s'opposer au salut de notre âme. C'est la demande qtic il! rm aveu-

sur. î.A rr.irRE. 83

gle flont parle Surins dans Ia vie derévéqnc saiiil Bctlasle. Il veaail de recouvrer la vue par les mériles de ce saint (lu'il îivail invoqué. Mais à peine eut-il obtenu celte faveur, qu'il deluanda à Dieu de vouloir bien de nouveau la lui enlever, si elle ne lui était pas avantageuse pour le bien de son âme. Sa prière iut en cffL't exaucée , et il devint aveugle une seconde fois.

X. *\lals ce qu'il y a de plus difficile, c'est de nous conformer à la volonté de l)ieu dans les choses qui sont contraires aux [)enchanls de notre nature corrompue. C'est ici néanmoins qu'il faut dire avec plus de ferveur : fiat volaulas fiia : que votre volonté soit faite, ù mon Dieu, et non la mienne. Ou bien comme Jésus -Christ (il/orrc. 14) : « Qu'il arrive, ô mon Tère, nonce » que je veux, mais ce que vous voulez vous-mènie : « Non » quod eijo volo, sed quod tu. Vous m'avez envoyé celle infirmité , Seigneur , vous avez permis qu'un revers de fortune, que celte inondation , que celle grêle m'aient privé des biens que j'espérais ; vous avez voulu m'éprouver par celle disgrâce , par celle mortification : que votre sainte volonté s'accomplisse; «50} ez à jamais béni et remercié de ce qu'en Père plein de bonté eld'ainour , vous avez daigné me chàlier pour mon plus grand bien. Celait là le langage et la conduite de tous les Saints, et si nous voulons nous sauver , nous devons marcher sur leurs traces. Le saint homme Job , comme vous l'avez entendu tant de fois, possédait de nombreux troupeaux, ce qui faisait toute la richesse des anciens; il jouissait d'une santé parfaite, il avait une belle et nombreuse famille. Mais qu'arriva-t-il ? Tous ses troupeaux avec les hommes qui les gardaient furent ou enlevés par les Ihaidéens, ou réduits en cendres par le feu du ciel ; un vent im|)étueux s'éleva subilement, renversa la maison où ses dix enfants se trouvaient réunis à l'occasion d'un festin , et ils reslèrenl tous ensevelis sous les ruines de cet édifice. Lui-même fut atteint d'une infirmité dégoûtante qui l'obligea à se retirer dans un lieu infect. Au milieu de toutes ses disgrâces se permit-il la moindre plainte, le plus léger murmure? Non, il se résigna de la manière la plus parfaite à la volonté divine, et dit : « Le Seigneur m'avait donné de grands biens, il m'avait '> donné ])eaucoup d'enlanls,il lui a plu de me priver de tout; 3) que son saint nom soit béni. Ma santé était entre ses main>;, » il me l'a ôtéc ; que sa sainte volonté soit faite : » Dominus dcdil , Dominus abslutil : s'icut Domino plaeuit ilà faclnm est. SU novini Domini bencdirtum ( .loh. c. 1 .) Telle fut la condnile de Job et telle doit élrc la nôtre dans toutes les calami-? îLs nni nous arrivent.

84 VIII. iNSTînmoN

\T. l'entends quelqu'un me dire : pour moi. je me résignerais snns peine à la volonté de Dieu, si je pensais qu'il lût l'auteur des revers que j'éprouve; mais je sais tju'ils n'ont d'autre cause que la mécliaiicetc et la malveillance de ce voisin, que l'envie et la jalousie que cet ennemi ressentait de mes avantages et de mes succès; et voilà ce cpii me fait échaj)|)er en plaintes et en murmures. Je ne ferais pas difficulté, (lira cet autre, de me conformer aux ordres de la Providence dans celte infumité , si je pouvais croire qu'elle est vcrilablemenl; l'effet de cette Providence; mais je m'impatiente, parce que je vois que celle infirmité m'cmpèclic de faire tout le bien que je ferais si j'étais en santé; et puis , étant ainsi malade, je ne sers qu'à détourner les autres de l'accomplissement de leurs devoirs. Ah! Chrétiens, ne vous laissez pas séduire par ces prétextes spécieux, faux et trompeurs. Considérez le saint homme Job, qui par son admirable résignalion à la volonté de Dieu, détruit toutes vos objeclions, résout toutes vos difficultés. Quand il fut privé de tous ses biens, il n'accusa pas les Chaldéens qui les lui avaient ravis; lorsqu'il apprit que tous 'ses enfants avaient été ensevelis sous les ruines d'une de ses maisons, il ne murmura point contre la tempête qui avait causé ce désastre; lorsqu'il se vit couvert de plaies, sans secours el 'sans consolation, il ne considéra pas le démon comme étant la cause première de tous ces maux; mais élevant ses regards vers liieu qui lui avait tout donné et qui lui avait tout enlevé, il se prosterne la face contre terre , il adore el bénit sa main ^laternclle et divine qui lui avait tout ravi.

XII. Oh! comme ce grand modèle de résignalion connaissait bien cette vérité, que tout ce qui arrive est un effet de la volonté ou delà permission de Dieu! C'est pour cette raison', comme l'observe saint Augustin {Conc. II. in Ps. 32), que lorsqu'il se vit dépouillé de toute chose, il ne dit pas : Le Seigneur m'a'. ait donné des biens, des enfants et la santé, et le démon m'a tout enlevé : Non clixit : Dominus dedil, el diabolus abslttUl; juais le Seigneur m'avait tout donné, le Seigneur m'a tout enlevé ; il est arrivé non comme il a plu au démon, mais comme il a plu à Dieu. (xMte main divine qui l'avait comblé de biens, il la reconnaît comme étant elle seule la cause de tous ses maux: Si Lona suscepi)m(s (le manu Dei .inala qnalènon suscipimut'. Que ce soit là pour vous le motif le plus efficace et le plus puissant qui vous porte à vous résigner à la volonté divine dans tous les maux, dans tous les revers, dans toutes les disgrâces cjui peuvent vous arriver. :>'accuscz pi/iut la I-nine, la mal-

s-rn i.A pnii';nr. 85

voillancc ae. vos ennemis, ni hi nuilice du dénion. Je ilkaii^, hoc milii ditibitius fccii ; mais, continue saint Au,nustin. dile.-î avec Job : Jlanus Domini tei'KjU me. Cette main divine toujours nttenlive à procurer votre bien , c'est elle-même (jui vous a f!ai)i)és. Gardez-vous i)ai'eillemcnt de perdre le mérite de ia résignation dans les nuiladies que Dieu nous envoie, ou lorsqu'on vous dépouille de vos biens, sous prétexte que cela vous empêche desoulaiicrles pauvres par vos largesses, ou de l'aire d'autres bonnes œuvres. Vous gagnerez inliniment plus devant Dieu, et vous lui serez bien plus agréables eu vous conformant à sa volonté, que si vous faisiez de grandes aumônes ou beaucoup d'autres bonnes a.'u\res. C'est ainsi, dit saiiU Jean Chrysostôme, que .lob se voyant réduit à la dernière indigence, mérita plus en se résignant à la volonté divine , qu'il n'eût mérité en faisant l'aumône ou d'autres œuvres aussi louables par le saint usage des richesses dont il aurait conservé la jouissance. Priez donc Dieu que sa volonté soit faite, et conformezvous en toute chose à celte divine volonté : Ikil vnlanids (iia.

XIII. Vous me direz peut-être ([uc celte demande n'est pas nécessaire, d'autant que nous pouvons par nous-mêmes faire la volonté de Dieu. Mais je répoiuls (pie sans la grài'e et le secours divin, nous sommes dans l'impuissance de l'accomplip d'une manière qui soit agréable à IJieu. Car dans l'état de liiiblesse où le péché nous a réduits, il ne nous est pas possible de vouloir ce que Dieu veut, ni de supporter les maux qui nous accablent, d'une manière mériloire, et avec joie, sans le secours puissant de sa grâce. Telle a toujours été la croyance de riiglise calholi{jue. Telle était la foi de saint Augustin. Seigneur, disait-il, vous voulez que je vous aime, vous me le commandez. Quoi déplus juste et déplus raisonnable! Mais inspirez-moi vous-même ce saint amour, allumez en moi cette divine llamme; et alors comm;mdez-moi tout ce que vous voudrez: Da, Djijiiiii.', qiiod jubcs , et jahe fjnoil i-li<. C'est ce (pie nous devons faii-e nous-mêmes, en demandaisl avec ferveur et avec humilité le secours et la i'oi'ce d'iul nous avons besoin piuu' faire la volonté de Dieu.

\IV. Vous devez comprendre maintenant ce que l'on doit entendre |)ar la volonté de Dieu, et ce que nous demandons en disant : que voire volonié soit faite. Mais (pielles sont les raisons (jui nous engagent à bien faire celte demande? La première est (jM'clle renferme tout ce (ju'il peut y avoii- pom- nous depliis avantageux. De l'elTel do celledcinandc dépend iioIsh; ^alut éieinel . puis(pio Jésus-Christ nous déclare , comme jû

V>5 w.u ^^sTRITT;o^f

vorsTni nit dèslepiincipe, que le tiioycn assuré, et en mèiîia tenip> le seul moyen d'e'Urer dans le royaume des cieux, est d"ae<'0!iip]ir la volonté de son Père. En vain feriez-vous autant de prièri'S qu'en ont fait tous les Saints ; en vain répandriez-vous autant de larmes qu'ils en ont répandu; en vain soufiriricz-yous autant quïls ont soulTcrt , tout serait inutile pou? votre saint, si vous n'aviez soin de vous conformer en foules choses à la volonté de Dieu, et, par conséquent , de lui demander la grâce d'y être toujours soumis.

XV. Le second motif que nous avons de bien faire cette demande, est que plus nous agirons d'une manière conforme à la volonté de Dieu , plus nous serons aimés et chéris de ce tendre Père. El voulez-vous savoir jusqu'à (juel point d aime et cliéril ceux q'.ii font sa volonté? 11 les aime et les chérit de telle manière, que .!ésus-(.hrist nous dit lui-même {Maiili. 12) qu'il regarde comme sa mère, son frère ou sa sœur quiconque exécute les commandements de son Père , qui est dans le ciel : i^)iiicinmjiie fccerit çolunlalem Patris nici , qui in cœlis est, ipse meus fraler, et soror, et muter est. Peut il y avoir un honneur plus grand, que de participer à ce que la sainte \ierge possède de plus glorieux, c'est-à-dire , à sa dignité de Mère de Dieu? En outre, toute la sainteté, toute la pei-fection consiste à ne vouloir que ce que Dieu veut. Quel est l'homme le plus saint et le plus parfait? C'est celui qui fait toujours ce qu'il y a de plus agréable à Dieu. Or , rien ne plaît à Dieu davantage, que de voir Thonnne se conformer en tout et partout à sa sainte volonté. Celui donc qui par son obéissance , sa soumission, sa résignation s'y conformera d'une manière plus absolue, celuilà sera le plus saint et le plus parfait. El par où Jésus-Christ, pendant sa vie mortelle sur la terre, fut-il si agréable à Dieu son Père , et a-t-il mérité un nom au-dessus de tous les noms ; et pourquoi Dieu le Père l'a-t-il exalté jusqu'à vouloir que tout genou fléchit devant lui, au ciel, sur la terre et dans les enfers? Parce qu'il n'eutjamais d'autre but que de faire la volonté de son Père éternel; parce que faire cette divine volonté était sa nourriture, comme il le disait ini-même : Meus cibits esi, tii fnriam volmitotein ejiis qui viisil vie; parce qu'U se soumi! à la volonté de son Père jusqu'à la. mort et à la mort de la croix. Quel est donc celui qui serait assez endurci , pour ne vouloir pas se rendre à ces raisons si fortes et si puissantes que nous avons d'accomplir toujours la volonté de Dieu et de nous y conformer en tuiiles choses, aiii) d'attirer sur nous la prédilcction de Dieu, et de devenir par-là saints et parfaits?

fîTT. LA PP.ÎKRF. S7

XVI. Pour confirmer ia véiltc de mon nsserlion, écoiUez ce que rapporte Césoréus d'un religieux, qui élait arrivé à un si haut degré de perfection , que Dieu se servait de lui pour faire les |)kis grands miracles, au point que les malades qui touchaient ses vêtements se trouvaient guéris. Chacun en était surpris, sachant quil ne jeûnait et ne priait pas plus que les autres , et que son genre de vie était aussi simple et aussi ordiliaire que celui du reste des religieux du même monastère. Son abbé le prit un jour à part, et voulut savoir de lui la raison paur laquelle Dieu opérait tant de merveilles par son moyen, «j'en suis plus étonné que personne, lui dit le Saint; car je ne fais rien déplus que les autres. Cependant je m'elïorce de me distinguer en une seule chose, qui est de vouloir toujours tout ce que Dieu veut. Que les événements soient heureux ou malheureux, rien ne me trouble, rien ne m'inquiète; je suis toujours le même, toujours en paix, toujours content, toujours tranquille, parce que je pense que tout ce qui arrive est un cfîel lie la volonté de Dieu. Mais, reprit l'abbé, ne vous étes-vons point troublé l'autre jour .lorsque cet homme pervers mille ieu à notre maison, et nous causa de si grands dommages? ^'ullement, dit le Saint; j'en témoignai même à Dieu ma reconnaissance, eu pensant que, puisque telle était sa volonté, il ne pouvait) avoir pour nous rien de plus avantageux. Conliuuez,^ mon frère, lui dit l'abbé, vous avez pris la bonne voie; ayez la bonté de prier pour moi. » Voilà donc en quoi consistait la sainteté cachée de ce religieux, dans une parfaite conformité à la volonté de Dieu. C'est là le grand secret pour conserver la paix au milieu de toutes les disgrâces et de tous les maux, et et le grand moyen de travailler effieacement à notre salut, ^'e jamais vouloi.^ que ce que Dieu veut, et lui dire dans toutes les circonstances de la vie : 0 mon Dieu! que votre volonté soit faite : fiat voluntas tua.

XVII. Après avoir exambé cc que l'on doit entendre par la volonté de Dieu, elles moiils qui nous engagent à nous y conformer, il nous reste avoir de quelle manière nous devons taire cette volonlé. Jésus Christ nous l'apprend en nous faisant dire daiîs rOraison Dominicale : Que votre volonté soit faite sur la terre, comme au ciel : pai voluntas tua sicul in cœlo, el in terra. Nous devons donc demander à Dieu la grâce d'accomplir sa volonté surla terre, de la même manière, comme nous le di' saint Augustin, que les Anges elles Saints l'accomplissent clans le ciel : Ul sic fiât à nobis voluntas cjns^ quemadmodmn fil in cal s ub Anqclisrjus. Or, comment les Anges et les SaiiU*

î>8 VDl. I.N.iinLCTION

fonl-ilsla volonlc de Dieu dans le ciel Vils la font avec une entièi'c conformilc à la sienno, avoc une grande promptitude et avee amour. Ils l'accomplissenl, en iM^emier lieu, avec une tMilièrc eonCormilé : ainsi ils sont indilVcrenls pour tel autre que Dieu leur donne. Les Anges sont aussi contents d'être destinés à la gar.de du dernier des hommes, et même du plus iinp'O, qu'à celle d'un grand Saint, ou du premier monarque du nioiide. De même les bienheureux sont contents du degré de doiredont ils jouissent, ils n'en désirent pas davantage; ils n'éprouvent aucun déplaisir en en voyant d'autres qui sont plus élevés, parce qu'ils sont tellement transformés en iJieu, unis à Dieu et à sa divine volonté, que ce que Dieu veut, ils le veulent aussi, et que le bon plaisir de Dieu est le leur également. XVllI. En second licn.'es Anges et les Saints lont la volonté de Dieu avec promptitude, et sans cherchera examiner pourquoi il leur lait tel ou tel commandement. I! suffi! que Dieuleur manifeste ses intentions, ^l|)our qu'aussitôt il, soit obéi. C'est pour cela que le Roi-1'rophèle, invitant ces esprits bienheureux à louer le Seigneur, les appelle mir.istres de Dieu, faisant toujours sa volonté : .l/('iH'.s/}'/ cjus, qui [wilis i'olantarcm ejus. En troisième lieu enfin, ils accomplissent celle volonté avec amour, llr aiment ce (pie Dieuleur commande ; ils trouvent leur plaisir et leur bonheur à faire sa divine volonté. Est-ce ainsi. Chrétiens, que nous l'accomplissons? .le sais que nous ne sommes ni des Anges, ni des bienheureux. La faiblesse delà chair nous empêche de nous y soumettre avec celte parfaite conformité, avec la même prompiitude, avec autant d'amour; mais nousefforrons-nous (lu moins d'imiter en quelijue manière les Anges elles Saints qui sont dans le ciel? Ah ! il en est tout autrement. Au lieu d'être résignés à la volonté de Dieu, d'être indiflerenls par rapport àrétatoù il nous a placés, nous envions l'état, la condition, les emplois des autres qui sont plus relevés, et houn sommes mécontents des nôtres, parce qu'ils sont plus bas et et plus abjects. Au lieu de faire la volonté de Dieu avec promptitude, nous sommes froids, lents et paresseux à accomplir ce qu'il demande de nous; il nous parait étrange qu'il exige di' nous telle ou telle chose, et nous voudrions en quelque sorte !ui demander raison de sa conduite à notre égard. Ce n'est pas là être persuadés que tout notre bien consiste à faire la volonté du, Seigneur. iNous sommes encore plus éloignés de l'accomplir avec plaisir et avec amour. Si nous nous y soumettons, ce n'est qu'en nous plaignant et en miu'muranl ; nous n'avons du goùl, nous ne trouvons de satislactiou qu'à suivre

srn I.A iRii-cF. 8î>

nos (opiice!!. qu'à conlonlor les drsits dôrêglt'S.do nc'i-c cœur. Et ce que je dis n'esi que trop vérilnble.

.\1\. Oui, Seigneur, uous l'avouons ; telle a été noire cn!;duitejusqu'àcejour. Nous avons vécu sans aucune conioiiuilé, sans aucune résignation à votre sainte volonté. Nous n'uviins ïuivique notre volonté perverse. Mous vous en deiiiamhnis îiumblement pardon avec larmes et gémissements. Md\<. dés aujourd'hui, voici quelle sera notre prière chérie, notre prière la plus ordinaire : Fiat ^'oUmlas tua sicul in cœlo^ et m icim : ôDieu plein d'amour et de bonté, que votre très juste, Iréssainte, très-adorable volonté soit faite en nous, par nous, sur nous et sur tout ce qui nous appartient, mainlciiant et dans les siècles des siècles.

SUR LA PRIÈRE

Explication de la qualrième tlemandc de l'Oraison r>on)ii)icni.< ; Dowif;-

nor.s aujowd'Iîui uoire pain de chaque jnw.

Les trois premières demandes de l'Oraison Dominicale ont

pour objet des choses toutes divines et célestes. Nous les adressons à Dieu pour obtenir que son nom soit sanctifié, qu'il soit lui-même connu, aimé, respecté de tous les honimes: qu'il règne dans notre cœur par sa grâce en celîe vie, qu'il nous lasse régner avechùdanssa gloire pendant l'éternité , et qu'il nous aide, afin que nous puissions parvenir à ce bonheur, à agir toujours d'une maPiière conforme à sa sainte volonté. Maintenant, notre divin Maitre nous apprend à demander à son Père toutes les choses dont nous avons besoin pour la conservation de notre vie temporelle et ])our les besoins de notre corps, atin de nous donner à entendre que nous ne dépendons pas moins de Dieu pour ce qui regarde les biens de la terre , que pour ce qui a rapport aux biens de l'éternité, et afin de nous faire comprendre que, puisque nous sommes destinés à une iiii surnaturelle, nous devons nous servir des biens de cette vie , comme d'autant de moyens qui nous sont donnés pour arri\ or à celte fin. Mais comme notre âme n'a pas moins besoin de nourriture pour se maintenir en grâce avec Dieu et pour entretenir sa vie spirituelle, que notre corps pour conservei sm vie animale , l'intention de lésus-Christ , en nous faisaiit dire : donnez-nuusaiijourd'liut noire pain dccliarji'.ejuitr.yà été (ie iu.as

90 IX. jN5Tr.;cTio\

faire demander, soit la iiourrilnre qui nous est nécessaire poii? iiotre âme, soit celle dont nous avons besoin pour noire coros. Voyons donc plus en détail quel est le sens de ces paroles,' cl quelles instructions elles doivent nous fournir.

I. Avant d'en venir à rexplicatlon de ce que l'on doit entendre par tes paroles de cette demande , il est bon de vous faire observer, d'après la doctrine du Catéchisme romain (île \ . Pciit.), que si les hommes qui ont reçu l'être de Dieu doivent tendre vers lui, comme à lenr fin dernière , de même, les biens qui nous sont nécessaires pour la conservation de notre vie temporelle doivent être rapporîésà l'acquisition des biens célestes; et nous devons les désirer et les demander à Dieu,ou parce que telle est sa volonté, ou parce que nous en avons besoin pour arriver à la fin à k^iuclle nous avons été destinés , c'est-à-dire, pour servir Dieu en observant sa loi sainte, et acquérir le royaume qu'il nous réserve dans le ciel. D'où il suit clairement que tous les biens lemi)orels de celle vie doivent être subordonnés aux biens éternels, comme des moyens sont subordonnés <à leur fin, et que nous devons rapporter l'objet de celte demande à la plus grande gloire de Dieu.

II. 11 faut donc, continue le même Catéchisme romain, que les pasteurs et tous ceux dont le devoir esl d'instruire le peuple chrétien, mettent le plus grand zèle à bien lui faire comprendre qu'en demandant les choses temporelles, nous devons diriger notre intention vers Dieu, afin de ne jamais nous écarter de ce qu'il nous a prescrit. Il n'est que trop vrai, comme nous le dit l'apôtre saint Paul (lîom. 8), que nous ne savons pas demander ce qui nous convient , et comme il convient : Qnid oremus , sicut oportct , ncscimns ; cl pour Tordinaire, nous taisons bien des manquements dans la manière dont nous demandons les biens périssables de la Icrre. Quand nous prions Dieu de nous accorder les biens spirituels , c'est-à-dire, une foi plus vive, une espérance plus ferme, une chariléplus ardente, ou bien tout autre vertu chrétienne , nous pouvons les lui dcmanderd'une manière absolue etsans condition, étant assurés que ces vertus contribuent infailliblement à la gloire de Dicuet au salut de noire àme ; mais quand nous lui demandons les biens de celte vie , il faut toujours le faire avec cette condition, qu'ilspourront nous aider à acquérir les biens éternels , et à parvenir à la fin à laquelle nous sommes destinés. Si nous ne sommes pas dans celte disposition , nos prières ne seront point exaucées, et nous mériterons de recevoir de Jésus-t hrisl la même réponse que celle qu'il fit aux enfants de Zcbédée

SUR LA rr.IÈRE. 91

"{.]/rt//,V20), qui lui demaïuiaienl les premières places dans son royaiune, n'ayant cii vue que des avantages purement leinnorels : Vous ne savez ce que vous demandez, leur dit-il : Ncsciiisquid pciatis. 11 ne faut pas, dit saint Augustin (Z^i^. 2.. (/e Scnn.Doni. in muni. c. 16), demander les choses temporelles, comme étant pour nous de vrais biens, mais seulement comme des choses qui nous sont nécessaires : IVon tanquani Louanostra, sed tanquani necessaria iioslra. Et saint Paul, dans sa première Epitre aux Corinthiens (c. 10. 31), nous dit qu'il faut rapporter à Dieu et à sa gloire toutes les choses dont nous nous servons pour la conservation de noire vie : Soit que vous mangiez, dit-il, soil que vous buviez ou que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu : Omnia in gluriam Dei facile.

III. Les fidèles, selon le même Catéchisme romain , doiveDî encore être instruits d'une autre vérité relative à celle demande : c'est que nous avons besoin d'une infinité de chose.; pour conserver notre existence. Pour bien le comprendre, il snfiil de comparer ce qui nous est nécessaire aujourd'hui avec ce qui evil été nécessaire à notre premier père et à tous se:descendants , s'il eût conservé son innocence. Dans cet étal fortuné, il n'aurait eu besoin ni de maison pour se mettre à l'abri des intempéries de l'air, ni d'armes pour se défendre. ni de remèdes pour se maintenir en santé. La nourriture luicùt été nécessaire, car l'arbre de vie l'eût pourvu abondammentdc ce qu'il lui fallait pour la conservation de ses jours. Mais Adam étant décliu de cetheureuxétat par son péché, et ayant perdu la justice originelle pour lui et pour tous ses enfanls,la terre fut maudite, et l'homme fut condamné à la cultiver àla sueur de son front, pour en obtenir les choses indispensables à hi vie: Insudore çuUus lui, vesceris jjctne. Et ce qui est enorc plus iriste et plus déplorable, c'est que bien souvent, malgré tant de travaux, de sueurs et de fatigues, la terre lui refuse le nécessaire, parce que, ou des pluies excessives, ou des sécheresses, ou la tempête, ou d'an! res revers viennent enlever à l'homme le fruit de ses peines. Tel est l'état malheureux où nous a réduits le péché.

IV. Que nous resle-t-il donc à faire, sinon de lever nos mains vers le ciel, et de prier noire Père céleste qu'il daigne pourvoir à nos besoins? Nous devons imiter l'Enfant prodiguiî qui, après avoir dissipé loutson bien, manquant de tout, pressé par !n f;,iin, et se trouvant sans ressource.rcHtra en lui-miMiie , jésoiul de quiller le pays lémoin de sou infurume , et de re-

î^2 IX. I.NsTRrCTION

tourner à son porc (juil avail ab.mdoiiné, bien persuade q le c'était de lui seul quil poiuTail recevoir des secours dans son indigence, connue il l'oblinlen effet. C'est là, Chréliens,laG«i!duile que nous devons tenir à Tégard de noire Père céleste . en îiii di^anl eu Icule humilité : ^olre Père, cjuiétes auxcieiix, secourez-nous dans nos besoins; donnez-nous aujourd'hui noire pain de chaque jour. Et nous lui ferons cette demande avec d'autant plus decoutiance, que nous connaîtrons mieux sa bon':é et sou infinie miséricorde. Il est vrai qu'après l'avoir tant ulVensé, après avoir péché contre le ciel et contre lui . nou:^ ne sonuiiCs plus dignes d'être appelés ses enfants ; mai^ il n'a pas perdu pour autant l'amour et la bonté d'un père, e' maigre nos péchés, il veut encore que nous l'appelions de ce doux noin, et qu'eu celte qualité nous lui demandions notre pa:i: et tout ce qui nous est nécessaire en cette vie. C'est son propre Fils qui nous a ai)pris de sa part à lui faire cette den^ande , et par-là même il a engagé sa parole , et il a voulu nous faire concevoir une espérance certaine que nous obtiendrons de sa bonté tout ce que nous lui demanderons, pourvu (jue dans nos demandes nous ayons toujours des intentions (îroitos, et que nous nous proposions sa gloire et notre avantage spirituel.

V. Après avoir exposé cette vérité si consolante, venons-en à l'explication des paroles de celle demande, rsous y prions Dieu de nous donner notre pain. Par ces mots: donnez-nous notre pain, nous demandons deux choses : premièrement, la nourriture et tout ce qui esl nécessaire pour la conservation de la vie temporelle; secondement , nous demandons tout ce qui a rapport à la vie spirituelle de notre âme, et tout ce qui nous est nécessaire pour faire notre salut. Et d'abord, pour ce qui regarde le pain matériel , les biens de la terre et toutes les choses dont nous avons besoin pour l'entrelien du corps et la conservation de nos jours, ce serait une erreur de croire qu'il n'est pas permis à des chrétiens de les demander , puis- (juerEci'iture sainte nous enseigne le contraire. Nous voyons dans l'Ancien Testament (Ce». 28), que le patriarche Jacob, sur le point d'entreprendre un long voyage, prie Dieu d'être avec lui, de le protéger, de le préserver de tout accident, de lui donner la nourriture qui lui serait nécessaire, et lesvé' temenls dont il aurait besoin pour se couvrir. Le sage , dans les Proverbes (c 30), ne demande à Dieu ni la pauvreté, ni les richesses, mais seulement les choses nécessaires à sa sub- ,■^i^iance. ^ou3 trouvons eucoïc bien d'autres textes qui prou-

SUR f.A PRIKr.E. 93

vent la même vi'rité. La i-aisoii est que Dieu seul étant la source et ["auteur de luut bien, soil spirituel, soit temporel, nous reconnaissons, en lui adressant cette demande, (jue si sa bonté rt sa miséricorde ne nous fournissaient pas les choses qui nous sont indispensables , nous serions dans rimi)ossibilité de nous les procurer, malgré toute notre industrie et tous nos travaux. Ayons donc soin de lui demander les choses qui contribuent «'ssenliellemciil à la conservation de noli'e vie et à rcnlretien de notre corps, mais dans ce seul but , que notre corps étant nourri comme il doit Tétre, il puisse servir notre âme, et que notre âme ci notre corps puissent ensemble servir Dieu, travailler de concert à sa gloiie, et mériter ainsi le bonheur du ciel.

M, Mais s'il en est ainsi, direz-vous , pourquoi ne demandons-nous à Dieu que le pain seul? Pour conserver celte misérable vie, nous avons besoin de tant d'autres choses, outre le pain. Saint Augustin répond que lorscpie nous prions Dieu de nous donner du pain , nous entendons par-là lui demander tout ce qui nous est nécessaire pour nourrir notre corps et pour conserver notre vie temporelle, comme les habits pour nous revêtir, et toute espèce d'aliments pour entretenir nos forces. îNous trouvons une preuve de ceci dans le quatrième livre des Rois (r. 6), où le prophète Elisée recommande au roi d'Israël de distribuer du pain aux soldats assyriens , et on leuidonna toutes sortes de vivres en abondance. De même, quand il est dit dans l'Evangile selon saint Luc (c. 14), que Jésus- Christ entra dans la maison d'un chef des Pharisiens pour y manger du pain , le mot pain doit s'entendre de toute espèce de nourritures. Déplus, selon la remarque du Catéchisme romain que je me plais à vous citer, .lésus-Christ a voulu nous apprendre à demanderles choses dont nous avons besoin en cette vie, sous le nom de pain, pour nous faire comprendre que nous devons nous contenter de ce qui nous est indispensablement nécessaire. El ce<t ce que nous recommande l'apôtre saint Paul lorsqu'il nous dit : Ayant la nourriture suffisante pour la conservation de notre corps, et des habits pour nous revêtir , chai'un selon notre condition , il faut que nous soyons contents de ces choses, et que nous ne portions pas plus loin nos désirs : Ilabciites alimenla, cl quihits (erjuiUKr , Itis conlenli siinus (l. l'imoth. c. 6).

Vil. ^ous devons de là conclure combien est condamnable un thrétien qui ne désire que les biens de ce monde, qui ne cherche qu'à augmenter et étendre ses possessions, qui met tout sou bonheur dans les richesses , qui n'est jamais conlenl

^i ÏX. I.NSTnUCTÎO.N

tic ce qu'il possède, qui est (lévoré sans cosse par le désir insatiable d'avoir toujours davantage. La cupidité, dit saint Paul (/. r//jK 6) , est la source de tous les vices et de tous les maux : liadix omnium malorum cupicUlas. C'est d'elle que naissent les fraudes , les injustices , les querelles, les homicides, les traiîi;;ons et tous les crimes les plus énormes. El il n"est <iue trop vrai- que ceux qui veulent devenir riches, tombent, 4 omnic dit le même Apôtre (/'>.), dans les tentations et dans les lilels du démon. Il faut donc qu'un chrétien soit pauvre, sinon toujours en effet et en réalité, au moins par affection, c'est-à-dire, qu'il soit pauvre d'esprit, et détaché de ce qu'il possède. Ce sont les pauvres d'esprit que Jésus-Christ appelle bienheureux, tandis qu'au contraire il menace et réprouve les mauvais riches, et ceux qui, sans souffrir jamais ni îa faim ni la soif, ont tous leurs plaisirs et toutes leurs consolations en ce monde. Gardons-nous donc bien d'attacher notre cœur aux choses temporelles et terrestres, et que ceux <iui les possèdent aient soin d'en user comme n'en usant pas : Diviliœ si affluant, noiile cor apponere (Ps. 61).

VIII. Mais selon la doctrine des saints Pères, le mot pain a encore un antre sens, et sous ce nom, Jésus-Christ veut que nous demandions à notre Père céleste quelque chose qui nous est bien plus nécessaire que le pain matériel. « L'homme, dity, il (Jlafih. 4), ne vit pas seulement de pain, mais de toute » parole qui soi'tdela bouche de Dieu. » Nous le prions donc, en nous servant de cette expression , de nous donner aussi le pain spirituel qui doit contribuer à la conservation et au salut de notre âme. Comme nous avons plusieurs sortes d'aliments pour noire corps, il y a aussi plusieurs sortes de nourritures spirituelles pour notre âme ; telles sont : la parole de Dieu, les saintes Ecritures, les instructions, les lectures de piété, les divines inspirations et la grâce de Dieu, voilà ce qui lui conserve la vie. Le corps de Jésus-Christ lui-même , ce pain vivant descendu des cieux, est son véritable aliment, et son sang précieux est sa véritable boisson : Caro niea verè est ('ibus, cl sanquis meus çe7'è est pclus (Joan. 6). Ce gage de sa diarilé ineffable et de son amour intini, qu'il nous a laissé dans le divin Sacrement de l'autel, est le pain qui fera vivi'e c'tcrnellcmeut ceux qui le mangent avec les dispositions requises: Qui manducul hune panent, iivet in œlernum (Ib.). Ce sont toutes ces sortes de nourritures spirituelles que nous devons avoir rin[e!îtion de demander à Dieu sous le nom de pain, en îuidisaîil: donnez-nous du pain de chaque jour.

SUR LA PRIÉRK. 95

IX. En second lieii,noiis lui demaiulons un pain qui est nôtre, qui csl à nous, ou pour nous : pmicm nnUrnm, et ce moi notre renferme de grands mystères. S'il es! question du pain delà divine Eucharistie, c'est ce pain principalement qui est nàlre^ ou qui est à nous : Nobis dalns,nobis nalas ex inincta Virgine, comme le chante la sainte Eglise. C'est le pain proj)re des vrais chrétiens, des entants de Dieu et non des infidèles, ni des pécheurs obstinés et endurcis. S'il s'agit do la parole de Dieu ol de la doctrine catholique enseignée et prèchée par les vrais ministres de Jésus-t'.hrist, c'est cette doctrine et non les doctrines empoisonnées des hérétiques, ni les maximes d'un monde corrompu; ni les suggestions perverses du démon, qui est le vrai pain dontvit notre ùme. Si sous le nom de pain nous entendons les inspirations, les lumières divines, la grâce de Dieu, (juieslla vie de ràmc, nous pouvons les appeler nôtres, parce que Dieu nous les ayant tant de fois promises, il nous les don- . liera assurément, si nous les demandons avec une foi vive et une humilité profonde. Si enfin nous parlons du pain matériel, nous l'appelons ?!ô<re, parce qu'il ne doit pas être acquis par les fraudes, les vols, les injustices ; alors ce ne serait plus »ofre pain, mais nous devons nous le procurer d'une manière légitime, par nos travaux, par nos fatigues et par notre industrie, sur laquelle nous prions Dieu de répandre sa sainte bénédiction. Le mot notre signifie encore que dans leurs besoins et dansleur indigence, nous sommes oi}ligcs d'en faire part aiLX pauvres qui sont nos frères.

X. En troisième lien, nous disons : quoildianum, notre pain de chaque jour, parce que nous devons le demander chaque jour, ayanlbesoin quela divine Providence nous aide chaque jour. De plus, en priant Dieu de nous donner notre pain quotidien, nous lui demandons, non pas une nourriture délicate et recherchée, mais une nourriture commune et frugale, t[ui suffise au besoin de la nature, sans contenter la gourmandise et la sensualité. D'où il suit que par celte parole, notre divin Maiire nous prescrit la tenipérance et la sobriété. En outre, nous devons apprendre, en demandant notre i)ain quotidien, à n'être pas trop inquiets pour l'avenir, selon que Jésus-Chrisl nous l'enseigne dans un autre endroit de l'Evangile: IVolilr aoUiciti c<;se in crasUnnni ÇSlMh. Q). Ce n'est pas qu'il nous défende d'aiigmenter par une économie convena])le notre forlune, afin de pourvoir à des besoins nombreux qui se feroiit sentir plus tard ; mais il ne veut pas (jue nous nous laissions aller à celte mquiétude, qui vient de la défiance; il veiil que

96 IX. INSTRICTION*

nous aUentîions tout (le sa divine l'nnidoneo. iN'oiis sommes des étrangers sur celle terre ; il faut donc nous contenter chaque jour de ce qui peut nous suffire pour le jour présent, parce que nous ne sommes pas assurés d'être en vie le lendemain. De là nous pouvons conclure combien sont réi)réhensil)les ces chrétiens que Dieu condamne parla bouche du prophète Isaïe (c. 8), qui, comme s'ils devaient seuls posséder toute la terre, travaillent sans cesse à accroître leurs possessions, et ne sont jamais rassasiés des biens périssables de cette vie.

XI. ^ous demandons aussi le pain quotidien de la divhic parole qui, comme je vous l'ai dit, est la nourrilure de notre âme. Nous prions Dieu de nous donner ce pain rliaf/ne juur^ parce que si notre corps a besoin tous les jours (raliments peur sa conservation, noue âme n"a pas moins besoin de cette nourriture spirituelle pour se maintenir en état de grâce cl dans l'amitié de son Dieu. Vous devez donc, en lui disant: donnez-nous noire pa'n de chaque jour, lui demander que sa divine parole soit aimoncée dans toute sa pureté, qu'elle soit préchée à toutes les nations, qu'il vous y rende vous-mêmes plus dociles, qu'il vous donne à tous un grand désir de venii* l'entendre, ({u'il vous accorde les lumières nécessaires pour la bien comprendre, la force cl le courage d'y conformer votre conduite, qu'il fasse connaître à ceux qui n'ont que du dégoût pour elle, qui ne daignent pas même écouter les instructions, ou qui les oublient aussitôt après les avoir entendues, qu'il leur fasse connaître, dis-je, l'état déplorable de leur âme qu'ils laissent mourir de faim, comme le dit Dieu-même par la bouche du prophète Amos (c.8):iVo» famem panis^ sed audiendi verhum Domini. Nous demandons aussi à Dieu ses saintes inspirations, son secours surnaturel dont nous avons besoin nonseulement chaque jour, mais à chaque heure et à chaque ins- (ant,pour pouvoir nous conserver dans sa grâce, et ne pas tomber dans le péché ; pour résister à tous nos ennemis et à persévérerdans la vertu jusqu'à la fin de notre vie, malgré tous les efforts du monde et du démon : Sine me nihil poleslis facere (Joan. lô).

XII. Ce pain qui, dans l'Evangile selon saint Luc, est a))- Yicléquoliilicn, est nommé dans saint Matthieu un pain au-dessus de toule substance : supersubslanticdon ; ce qui signifie, selon saint .lérùme (J/«///<. 6), un pain supérieur à toutes les substances créées. Et par ce pain, comme nous l'avons expliqué d'après la docirine des saints Pères, et spécialement dr siinl r,\j)rien ('/" 0/'. /)c,'/).;,et saint Augustin (Scrw», M, nous

Sia J,.\ PRIÈRE. 97

devons enleiulre principalement le pain cucharisliqne, qui par sa sainteté est en effet au-dessus de toutes les substances créées. IH en iWsc^nl: dorinez-noun notre pcvn (juotidien, nous devons demander à Dieu un ij;rand désir delà sainte connnunion, el le bonheur de participer souvent à ce pain céleste qui a parlui-niémela vertu de lortiiier notre âme, et de l'aider àtonlinuer avec ardeur le voyage pénible et dangereux de l'éternité. C'est de ces paroles que les saints Pères prennent occasion d'exciter tous les chrétiens à la sainte communion. Si l'Eucharistie est un pain de chaque jour, dit saint Anibroisc (m /..5, de Sacr.c. 4), pourquoi l'cslez-vous si longtemps sans le prendre? Recevez chaque jour ce qui peut vous être avantageux chaquejour; vivez de telle manière que vous puissiez vou.** rendre dignes de le recevoir tous les jours. Telle a été l'intenlion de Jésus-Christ, et tel est le désir de la sainte Kglise. Elle fait célébrer journellement le divin Sacrifice, afin que ceux qui se trouvent assez purs et assez saints pour communier touv les jours, puissent le faire aisément. Et il faut que ceux qui ne le sont pas travaillent à le devenir, et à imiter les premiers chrétiens, à qui l'état de leur conscience permettait de communier aussi Iréquemment.

Xlll. En quatrième lieu, nous disons : da nob'is , donneznous. Ces paroles : donnez-nous , nous rappellent qu'en tout et partout nous dépendons de la providence de notre Père céleste, el que c'est de sa seule libéralité que nous recevons et que nous devons attendre pour l'avenir les choses nécessaires à notre subsistance. Quand nous prions, dit saint Augustin, nous sommes des pauvres (jui nous tenons à la porte de notre Père céleste, et qui nous prosternons devant lui pour supplier sa bonté de pourvoir à tous nos besoins. Nous disons enfin : da vobis Iwdie : donnez-nous aujourd'hui. Par ce mot aiijourdliui ^ nous pouvons entendre tout le temps de la vie présente qui , à raison de son peu de durée, peut être considérée comme un seul jour. Et par cetie parole, nous demandons à Dieu que, durant tout le cours de celte vie, il daigne nous accorder la nourriture spirituelle et le pain matériel qui nous sont nécessaires pour arriver à la céleste patrie, où now n'aurons plus besoin d'alimenls. De plus, nous le prions de nous donner ce pain aujourd'hui ^ parce qu'ayant besoin de nourriture chaquejour, nous devons chaque jour recourir à Dieu pour l'obtenir de sa bonté. Enfin par ce mot atijourd'lm! , notre divin Maitro a voulu nous enlever toute inquiétude et 1«>uii* dérpiiice , piirce tju'iin eufaiil qui recevrait cluKjUf.'joiir

98 IX. l^•sTnucTION

régulièrement de son père louîcs les choses dont il peut avoir besoin pour le jour présent, offenserait ce bon père, s'il lui demandait sa nourriture pour le lendemain , il montrerait par-là qu'il ne se confie pas en son père pour le jour suivant. i*ar ce moi aujminl' liai , Jésus-Clirist a donc voulu nous apprendre à mettre notre confiance en notre Père céleste, et nous avertir que comme pendant quarante ans il ne manqua jamais de faire tomber la manne dans le désert pour nourrir les Juifs, ainsi sa bouté ne manquera jamais de pourvoir à nos besoins , si toutefois nous avons scinde lui adresser chaque jour nos humbles prières.

XIV. Je crois vous avoir suffisamment développé le sens de chacune des paroles de cette quatrième demande. Il reste maintenant à éclaircir quelques points qui pourraient répandre de l'obscurité sur le sujet que nous venons de traiter. Le premier doute est desavoir si, entendant sous le nom de pain les choses temporelles et spirituelles en même temps , l'on doit demander à Dieu les unes et les autres de la même manière. Le second , s'il suffira de demander notre pain , sans îravailler nous-mêmes à le gagner, puisque nous sommes assurés de l'obtenir de notre Père céleste. Et le troisième, si les riches sont eux-mêmes obligés de demander ce pain de chaque jour, d'autant qu'ils en ont en assez grande abondance et pour suffire à leurs besoins jusqu'à la fin de leur vie. J'ai répondu au premier doute dès le principe, en disant que les choses tenîporelles ne doivent pas être demandées de la même manière que les choses spirituelles, parce que celles-ci étant essentiellement bonnes, et contribuant de leur nature à la gloire de Dieu et au salut de notre àme , nous pouvons les demander d'une manière absolue ; tandis que nous ne devons solliel;er les biens temporels qu'autant qu'ils pourront se rapporter à la gloire de Dieu et à notre avantage spirituel ; autrement nous ferions comme les malades qui importunent souvent leur médecin ou ceux qui les soignent, pour qu'ils leur donnent des choses qui leur seraient très nuisibles, si on avait l'imprudence de les leur accorder.

XV. Quant au second doute , je réponds que ce serait une erreur de penser que Dieu nous ayant enseigné à lui demander le pain et les autres aliments, avec la promesse d'exaucer nos prières, l'on peut en conséquence se livrer à l'oisiveté, sans se mettre nullement en peine de travailler, comme si Dieu dût nous envoyer chaque jour du pain, ou par le moyen d'un corbeau, comme il faisait à l'égard de saint Paul, premier cr-

SUR LA PUIÈRF.. 99

mite, ou par le ministère d'uii ange, comme au prophète Elie. Ce serait tenter Dion , élant pécheurs comme nous sommes, que d'attendre des miracles de sa providence, comme elle en a fait en (iueur de <ine](incs Saints. Vous savez qu'un des principaux châtiments qui lurent infligés à notre premier père, en punition de sa désobéissance, fut qu'il serait obligé de se procurer son pain à la sueur de son front , et que la terre ne lui produirait sa nourriture qu'autant qu'il la cultiverait. Dieu veut donc que l'homme travailleet qu'il emploie tous les moyens honnêtes qui sont à sa disposition pour se procurer les choses qui lui sont nécessaires ; mais il exige en même temps que l'homme les lui demande, et qu'il reconnaisse qu'il ne les tient que de sa lil)éralité, parce que si Dieu ne bénissait pas ses travaux, ils resteraient infructueux, et son industrie et ses peines seraient frappées de stérilité. Il faut donc travailler et prier Dieu en même temps de bénir nos travaux et de les faire j)rospérer, mettant toute notre confiance danssahbéraHté, et lui disant avec ferveur : Noire Père, qui êtes aux deux , donnez-nous aujourdliui notre pain de chaque jour.

XV f. Pour répondre enfin au troisième doute, je disque les riches eux-mêmes sont obligés de faire cette demande aussi bien que les pauvres. 11 est vrai qu'ils ont déjà ce pain et <iu'ils l'ont en abondance; mais ils ont besoin de prier Dieu qu'il daigne leur conserver ces biens qu'ils ont reçus de sa <livine providence. Car si Dieu venait à retirer sa main un seul instant, ils seraient aussitôt réduits à la dernière misère. Job ôtait un des hommes les plus riches de sou temps, et, par une simple permission de Dieu , il se vit en un moment privé de tous ses biens, et tomba tout-à-coup dans la plus affreuse indigence. Aussirapôlre saint Paul( Tiiu. 6) enseigne-t-il aux j'iches à mettre leur confiance non dans l'instabilité de leurs richesses , mais en Dieu seul , qui est l'auteur de tout <lon. Ils doivent aussi se rappeler , en faisant à Dieu cette demande: donuez-itous aujourd'hui notre pain de chaque jnur, que s'ils ont reçu en abondance lesbiensde ce monde, ce n'est pas pour eux seulement que la divine Providence les leura accor- <lés , mais afin qu'ils en fassent fiart à leurs frères, afin qu'ils distribuent aux pauvres toutleur superflu : Quod supcresi , date fkemosynam (Luc. 11). Les pauvres, dit saint Bernard , élèvent leur voix et nous disent : « Sachez (pie vous nous dérobez » cruellement tout ce (pie vous (Ié|)eiisez dans les jeux, dans le )) luxe et la vanité. 0 hontme riche ! s'écrient saint Basile et saint » Ambi c'i^e , c'est îe pain des pauvres ([ue lu liens renfermé

Page 1