‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 2)Chapitre 25 sur 26 · XI. SaiiU Augustin trouve encore plusieurs autres raisons · texte numérisé non relu

XI. SaiiU Augustin trouve encore plusieurs autres raisons

siT. i.A rr.irRK. ! îî

pnnr lesquelles l'Ange et sainte Elisabeth purent dire à )1arie (ju'clle était bénie par-dessus toutes les femmes. « Oui, ô di- » vine Marie , dit ce saint l*ére (Scrm. 81) , vous êtes bénie » }>.ir-dessus toutes les femmes, parce qu'en mettant aumonde » votre divin Fils, vous avez donné la vie aux hommes et aux » femmes. Hàtez-vous donc d'enfanter cet adorable Sauveur , » et vous aurez part à notre rédemption et à notre salut. Eve , )> la première mère du genre humain, a introduit dans le w monde le péché et les peines dues au péché , et vous , la M Mère de notre Dieu , vous avez apporté le salut à tous les » hommes. El comme Eve fut maudite pour avoir été la cause » du péché, ainsi vous êtes bénie parce que vous nous avez » donné celui quia détruit le péché, et qui est pour nous la » source de la grâce. Permettez-nous donc de vous dire : 0 » Vierge sainte, vous êtes bénie entre toutes les femmes ! ou M bien, avec le même saint Augustin {Scnn. 18. '/e Smict.): 0 >j fcmina, super fcminas bcucdicta ! 0 \ ierge bénie sur toutes j> les femmes, qui sans connaître d'homme, avez mérité de dejj venir féconde ! En ajoutant foi aux paroles de l'Ange , vou:," » avez conçu celui qui devait réparer les pertes déplorables » qu'Eve nous avait causées en prêtant l'oreille aux sugges- » lions du serpent infernal. Quel est celui d'entre nous, ô » Vierge sainte, qui i)ourra dignement vous rendre grâces et » vous offrir le juste tribut de louanges que vous avez si bicij » mérité pour avoir anéanti par votre seul consentement tous M les maux qui pesaient sur le monde entier? Daignez recevoir n avec votre bonté ordinaire, sinon toutes les actions de grà- » ces qu'il serait de notre devoir de vous offrir , au moins » celles que notre faiblesse et notre indigence nous permettent M de vous présenter ; agréez nos vœux , diminuez et excusez » la grièvelé de nos fautes ; admettez nos prières dans la par- » tie la plus intérieure de votre cœur , alin qu'elles soient » exaucées, et obtenez, par votre intercession puissante, que nos » péchés nous soient remis. Vous êtes l'unique espérance des » hommes coupables ; c'est par vous que nous espérons obte- » nir le pardon de nos crimes et la gloire éternelle. Secourez » les misérables , fortifiez les faibles , essuyez les larmes de » ceux qui pleurent et qui vivent dans l'afifliction ; priez pour » le peuple, pour le clergé; intercédez pour les personnes de » votre sexe; en un mot , faites éprouver à tous les hommes » les effets de votre bonté, et spécialement à ceux qui se font » undevoirde célébrer votre mémoire glorieuse : Sentiani omj> UPS UnnitjindVicv. qnicumquc célébrant luam sanctam com- M iiiciliDraliolieiii . »

Xlî. El bcnedicliis fruclus veniris lui : et le fruit de vos eutraillesest béni. Ces paroles sont toutes de sainte Elisabeth , <;t c'est ici la quatrième louange donnée à la très sainte Vierge. €e n'estpas seulement par elle-même et à cause de ses vertus et de ses mérites qu elle est digne de louanges, d'honneur et de bénédiclions ; elle en est encore digne, parce que Jésus-Christ, le Fils de Dieu et le fruit béni de ses entrailles, a été en elle et pour elle la source de toutes les grâces et de toutes i>orlcs de bénédictions. Jésus-Christ a pris chair dans le sein de Marie ; la chair de Jésus est la chair de Marie, puisqu'elle a été formée dans son sein par l'opération du Saint-Esprit. Ainsi donc, comme les belles qualités et les glorieuses prérogatives d'un fils rejaillissent sur la mère qui l'a engendré , comme la bonté d'un fruit fait la gloire de la plante qui l'a produit , de inémc les prérogatives et les perfections de ce divin Fils rendent béni et digne de mille louanges et de mille bénédictions le sein très pur de Marie , qui l'a conçu , qui l'a porté pendant neuf mois, et qui l'a enfanté d'une manière si glorieuse.

Xlll. 0 fruit béni ! béni pour Marie et béni pour nous, àqui il a apporté toutes sortes de grâces et de bénédictions ! 0 fruil admirable et précieux ! H suftit de dire que ce fruit est Jésus: et benedictiis fruclus venlris lui Jésus. C'est l'Eglise qui a placé ici le nom de Jésus, comme elle a mis le nom de .Marie aprè.< ces paroles : Je vous snluc. L'Ange ne prononça ce nom adora- Lie que lorsqu'il dit à cette Vierge sainte : Vous l'appellerez Je' sus. Ce fut aussi un Ange qui dit à saint Joseph : Vous lui don' nerez le nom de Jésus , et il délivrera son peuple de ses péchés. Le nom de Jésus signifie Sauveur, et notre divin Maitre recul ce nom, parceque c'était en Inique toutes les nations de l'univers devaient être bénies, et parce qu'il n'y a point, comme dil l'apôtre saint Pierre, d'autre nom donné aux hommes,par Ic- <iuel nous puissions obtenir le salut, que le nom de Jésus. A ce nom tout genou doit lléchirsur la terre, dans le ciel et dans les enfers. C'est un nom de gloire, de grandeur et de majesté; nom qui remplit les pécheurs de confiance, les justes d'allégresse, et qui fait le bonheur des Saints dans le ciel. C'est un nom qui porte le miel dans la bouche et la joie dans le cœur. Mais comme nous n'avons pas de termes pour exprimer d'une iDanière suffisante les qualités de ce nom divin et de ce fruir béni qui est Jésus, allons à l'arbre qui l'a produit , adressonsnous à Marie, et demandons-lui qu elle nous fasse connaître la i^randeur de ce nom et les avantages qu'il peut nous procurer, el disons-lui avec sainte F.llsnbe!!'. : Héulsoit, à Vierge suinlc.le

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fruit de vos enlraillcs, qui est Jésus. El après avoir loué et remercié Jésus de ce qu'il a Ijien voulu se revêtir de notre nature j)Our notre amour , bénissons-le , remercions-le de ce qu'il a tlaigué combler de tant de grâces et de bénédictions cette Vierge auguste qui Ta conçu et porté dans son chaste sein.

\IV^ Après avoir considéré les deux premières parties qui composent la Salutation Angélique, c'est-à-dire les paroles de l'Auge et celles de sainte Elisabeth, dans lesquelles se trouvent rcnlérmés les principaux privilèges de Marie , et qui doivent nous faire comprendre combien sa protection est efficace , il nous reste à parcourir la troisième partie de cette belle prière, dans laquelle l'Eglise nous invite à nous adresser avecconfianco à celte grande Reine, en lui disant : Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous , pauvres pécheurs , maintenant et à l'heure de notre mort. Ainsi soit-il. Sancta Maria, Muter Dci, ara fro nolispeccatcribus , nunc et in iiora mortis noslrœ. ^men. Sainte SMarie... l'Eglise appelle d'abord Marie sr/m/e ; et l'on ne finirail jamais, si on voulait exposer toutes les raisons pour lesquelles ce beau titre lui convient, .le toucherai quelques-unes de ces raisons, laissaiit à votre piété le soin d'examiner les auli-es. Marie est sainte, non-seulement parce qu'elle fut exempte du péché originel et de tout péché actuel , mais, comme je vous Tai déjà dit, parce que dès le premier instant de sa conception, elle lut l'objet des complaisances de Dieu, et ornée de la plénitude de la grâce. Elle est sainte, parce qu'elle fut comblée de toutes les grâces qui convenaient à son état et à sa dignité de 31ère de Dieu : et comme celle dignité est infinie, celles qu'elle reçut y furent proportionnées, hlle est sainte, parce qu'elle eut en partage toutes les vertus et tous les dons du Saint-Esprit, au plus haut degré. Elle est sainte, parce qu'à chaque insta:-:t elle a augmenté le trésor de ses mérites, et qu'elle est parvenue à une si haute perfection , que , pour la récompenser dignement. Dieu a cru devoirl'élever dans le ciel au-dessus de tons les chœurs des Anges. Enfin elle est sainte, parce qu'elle est la fille bien-aimée de DieulePère, parce qu'elle estle sanctuaire de l'Espril-Saint , cl qu'elle a porté dans ses chastes entrailles l'auteur même de la sainteté. Jésus-Christ, le Saint des Saints.

XV. Sancta Maria, Mater Dei: Sainte Marie, Mère de Dieu. Voici ce qui met le comble à la gloire et aux privilèges de Marie ; elle est Mère de Dieu. Pour exalter celle dignité, les saints Pères ne savent plus trouver des expressions suffisantes; car dire qu'elle est Mère de Dieu, c'est dire tout en un mot. Ce litre et celle quahlé, disent saint Anselme et le dévot saini

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Thomas de Villeneuse {<lc Nat. Virçi.), surpassent tout cj qu'il y a de plus i^T and et (le plus sublime après Dieu. Car plus le Fils est élevé, plus li Mère doit l'être ; or, la dignité do Jésus-Christ, qui est le lils de Marie, est mlinie, et par conséquent la grandeur de Marie, qui est sa mère, est en quelque sorte infinie. Dieu pouvait faire un monde plus grand, un ciel plus étendu, dit saint Bonaventure (/a Spec. Virg. c. 8) ; mais il ne pouvait élever une créature à une dignité plus haute que celle delà mère de son divin Fils: Miijorem mnndum et vïujas cœliaiipotest faccre Deus, sed mojorcm malrem, quùm molrcni Dei non polcst facerc Dcus. El en etïet, peut-il y avoir un lils plus grand et plus élevé que le Fils de Dieu? Si donc ce même Fils de Dieu s'est fait le fds de Marie, Marie, en tant que mère, ne pouvait être élevée à un plus haut degré de gloire qu'à celui de Mère de Dieu. C'est ce que prouve aussi, dans sa Somme, le docteur angélique saint Thomas (I./j. c. 25.0. fi).

X\ I. Marie est donc Mère do Dieu, puisqu'elle a conçu dans son sein \irginal, par la vei'lii du Saint-Esprit, le Verbe divin qui est Dieu. 11 est vrai qu'elle n'a pas produit la divinité, mais elle a donné le jour à la sainte humanité de Jésus-Christ qui, dès le premier instant, fut unie hypostatiquement à la personne du Verbe éternel, et ainsi elle a conçu et mis au monde un Homme-Dieu. C'est ici une vérité de foi qui a toujours été crue dans l'Eglise catholique, et tous les saints Pères ont donné à Marie le beau titre de Mère de Dieu. Dans le quatrième siècle,rim|)ie iNestoriusosalui contester cette qualité glorieuse; mais l'Eglise universelle, réunie au concile général d'Ephèse M;(. 341), le condamna; il fut déposé, envoyé en exil, où 'l mourut misérablement, après (pie les vers lui eurent entière ment rongé la langue, en punition du blasphème horrible qu'il avait prononcé (-outre l'auguste Mère de Dieu. Mais nous tous, en vrais catholiques, nous croyons, ô Vierge sainte, que vous êtes véritablement la Mère de Dieu, et en cette qualité, nou> vous supplions de prier pour nous,en vous disant: Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous : Suncia Maria, Mater De'i, vra pro nohis.

XVII. Mais pourquoi l'Eglise nous enseigne-t-elle à implorer la protection de Marie, et à lui demander qu'elle prie pour nous ? C'est afin de nous apprendre qu'elle peut tout non obtenir de Dieu. Saint Bernard, et en général tous les Saints et tous les pit'ux auteurs qui ont parlé de la protection de la ^;!inlo Viei'!-';' et deson pouvoir sans borne, s'accordent à diro

SIR LA nUKRF,. H5

que Dieu ne sait rien lui refuser, qu'il ne rejcUe aucune des suppliques présentées par ses malus, et qu'elle obtient tout ce qu'elle veut de son divin Fils. Si, pour obtenir des grâces d'un fils bien-né, il n'y a pas de moyeu plus efficace à employer que la médiation de sa mère, qu'il vénère et qu'il chéi-it, comment n'oblicndrions-nouspas de Jésus-Christ toutes les faveurs que nous solliciterons par l'intercession de Marie, qui est sa mère bien-aimée? Commentée divin Fils pourrait-il ne pas se rendre favorable à ses prières? Non, il ne lui refuse rien, il lui accorde tout ce qu'elle désire, tout ce qu'elle demande.

XVin. Mais nous sommes de grands pécheurs; nousTavouons, et c'est pour cette raison spécialeii;en[, ù Vierge sainte, que nous vous conjurons de prier pour nous, vous qui êtes la mère des pécheurs : orn pro nobis pcccotorihus. Vous èle.s. le refuge des pécheurs, comme le dit la sainte Eglise : refu- (jiuvi peccaiorimi. Soyez donc notre refuge, priez pour nous maintenant, pendant tout le temps de notre vie, le jour, la nuit, à chaque instant. Obtenez-nous le pardon de nos fautes, la grâce de les détestei- . de les pl(^urer, de les expier par une sincère pénitence. Mais surtout, priez pour nous au moujentde .».)lre mort, qui sera le temps où nous aurons le plus grand besoin de votre secours, parce que c'est le moment redoutable qui décidera notre sort éternel. ')éfendez-nous alors des tentations et des embûches du déniuii qui . voyant le peu de temps (jui lui reste, fera ses derniers efforts pour nous j)crdre. Oui, secourez-nous dans ce moment terrible, afin qu'aidés du secours de la grâce, nous puissions remporter la victoire sur nos ennemis , obtenir la couronne d'immortalité promise à ceux qui auront bien combattu jusqu'à la fin , et mériter le bonheur (levons aimer et de vous témoignernotre reconnaissance pentiant l'éternité.

QUATORZIÈME INSTRUCTION

SUR LA PRIÈRE

De la véritable dévotion à la très sainte Vierge.

II n'est rien au monde dont l'homme ne puisse abuser pai^ la suggestion de l'esprit infernal; et pins une chose est saink: et digne de resi»ecl, plus les abus que l'on en fait sont détes tables et criminels. C'est là ce qui est arrivé et ce qui arrive chaque jour par rapport à la dévotion que doit avoir loul boa

chrétien envers la très sainte Vierge Marie , Mère de Dieu. Un grand nombre s'en servent comme d'un prétexte pour mener une vie inutile, etméme pour persévérer avec une espèce d'assurance dans leurs désordres, se figurant que cette Vierge puissante les préservera de Tenfer par sa protection et par son pouvoir auprès de Dieu. Je me propose aujourd'hui de détruire celte erreur et cette illusion , en établissant quelle doit être la dévotion envers Marie , pour qu'elle soit véritable et solide. Celle dévotion doit être respectueuse, mais agissante; elle doit être pleine de confiance , mais sans présomption. Dévotion respectueuse et agissante, qui honore la sainte Vierge , et nous porle à imiter ses vertus. Dévotion pleine de confiance en la protection de cette Vierge puissante , mais qui exclut toiUe volonté et toute intention de persévérer dans le péché. Deux vérités de la plus haute importance, que je vous développerai dans celle Instruction .

1. Avant d'établir que notre dévotion envers Marie doit être respectueuse, il est à propos d'examiner ce que l'on entend par dévotion. Le mot dévotion , selon saint Thomas , signifie être dévoué à quelqu'un , lorsque l'on se consacre totalement à lui, que l'on est attentif à faire tout ce qui lui plaît, et que l'on cherche en toutes choses ce qui peut contribuer à ses intérêts et à son honneur. Ainsi, l'on appelle dévots ou dévoués les chrétiens qui sont exacts à assister aux offices divins, à fréquenter les sacrements , à remplir tous leurs devoirs de religion, à exercer toutes les œuvres de piété qui peuvent tendre au culte et à la gloire de Dieu. Selon cette doctrine, nous pouvons entendre par dévotion à Marie le désir , l'intention de faire toujours avec empressement tout ce qui peut contribuer au culle et à la gloire de cette grande Reine, qui est au-dessus de toute louange et de tout honneur ; car les prérogatives et la grandeur de la Mère de Dieu sont si sublimes , qu'avec tous les efforts de notre esprit, nous ne pourrons jamais que nous les représenter bien au-dessous de ce qu'elles sont en réalité. Pour nous en convaincre, il suffit de réfléchir à ce qu'elle nous dit elle-même dans son cantique : Le Seigneur a employé mule la force de son bras pour opérer en moi de grandes l'hoses : Fecil mihi magna qui polens est... Fecil polenliam in brachio suo ( Luc. 1 ). La première chose qu'il faut observer relalivement à la dévotion à la sainte Vierge est donc que nous devons être persuadés que tout ce que nous pourrons penser <iu dire de ses grandeurs sera toujours infiniment au-dessous 'îe ce qu'elles sont en effet.

SUR LA PRIÈRE. 147

II. C'est celle consldéralion qui , depuis roriginé du christianisme , a porté l'Eglise à rendre à celte Vierge-Mère un culte particulier et distingué de celui qu'elle rend aux aulres Saints. 11 y a des sentiments communs et universels qui semblent innés dans les honmies , et qui ne peuvent venir que de la nature elle-même. Us préviennent la raison, ils se trouveiil dans notre àme avant que nous en ayons connaissance , el à moins qu'ils ne soient elïacés par quelque passion , ils existent généralement dans tous les cœurs. Tels sont les senlimenls qui nous portent à honorer nos parents , à aimer la p;i- Irie , à être reconnaissants envers ceux qui nous l'ont du bien. Et nous sommes tellement persuadés de cette vérité , que nous avons coutume de dire que ceux qui n'agissent pas d'une manière conforme à ces sentiments ne sont pas des hommes. Or, l'on trouve quelque chose de pareil dans la religion. 11 y a aussi des sentiments de piété qui , lorsqu'ils n'ont pas été effacés par quelque passion criminelle, sont si universels danj tous les chrétiens, qu'ils ne peuvent venir que de rinspiratioii cl de l'efficacité de celte grâce qui fait le vrai chrétien , qni l'anime, et qui le porte à agir selon ces sentiments. Tel est,entre autres, le sentiment de respect et de vénération dont les lidèles ont toujours été animés envers la Mère de Dieu. Il a existé dans tous les siècles; et lorsqu'il n'a i)as été étouffé ou par l'esprit de l'erreur , comme il n'est arrivé que trop souvent dans un grand nombre d'béréti(iues , surtout des derniei's temps, ou qu'il n'a pas été combattu par l'amour de la nouveauté, il a été si universel parmi les chrétiens , que tout ce que les saints Pères et les Docteurs de l'Eglise ont dit de grand et d'iionorilique à la gloire de Marie a été reçu du peuple avec joie el avec empressement, soutenu avec force el défendu avec zèle par tous les vrais catholiques.

m. Et comme il s'agit ici de la vénération et du culte iUi Marie , si le temps mêle permettait, je vous apporterais les preuves les plus authentiques de ce que je viens de vous dire. Je voudrais, avec lesecoui-sde la tradition, remonter jusqu'aux premiers siècles de l'Eglise, el vous mettre sous les yeux tous les éloges sublimes que les Pères grecs et latins ont faits de Marie. Que n'ai-je le loisir de consulter les plus anciennes liturgies, et de vous montrer que le nom de la Mère de Dieu a toujours occupé une place distinguée dans chacune au redoutable sacrifice de la Messe qui n'est offert qu'à Dieu seul ! Que ne puis-je parcourir l'Histoire ecclésiastique, et vous faire h longue énuiHcraiion des lc:i,[)'c.s et des anlels dédiés à son

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culte! Que (le statues, que de tnbleaux faits pour nous rappeler la pensée et la présence de Marie! Combien d'ordres itUgieux établis en son honneur ! Quel soin , quel zôlc , quelle attention de la part de l'Eglise à défendre sa gloire contre ses ennemis, et à la maintenir en possession dutitre sublime de Mère de Dieu , qui lui était contesté par les hérétiques ! En un mot, quclaccord universel dans tous les lempsetde toutes les nations, à honorer ses grandeurs, à célébrer avec lapins tendre dévotion les fêtes instituées en son honneur ! De là , comme d'un principe reconnu de tout le monde, je puis déduire celte conséquence infaillible , que l'Eglise, dans ses cérémonies et dans ses observances religieuses, étant guidée par l'Esprit-Saiîit, on ne peut douter que le culte spécial qu'elle rend à Marie, et le respect profond dont elle veut que ses enfants soient pénétrés envers celte auguste Vierge , ne soient un effet de l'inspiration de ce même Esprit divin.

ÎV. Mais passons plus avant, pénétrons les intentions de celte Epouse de Jésus-Chrisl; entrons dans le sanclULiire de Dieu , cherchons à connaître les véritables raisons qui ont déterminé l'Eglise à nous inspirer une vénération si profonde envers Marie, et nous verrons que tous ces motifs sont renfermés dans la graiideur du nom auguste de Mère de Dieu. Découvrant toute la gloire que lui procure cette qualité , et voulant rendre à Marie des hommages proportionnés à la sublimité de son rang , après avoir employé les expressions les plus magnifiques , pojir lui oITrir et lui manifester ses sentiîuents respectueux, l'Eglise n'est pas encore satisfaite ; elle li'ouve que ces louanges sont au-dessous de ce qu'elle mérite, et vojant c;u'elle ne peut avoir des termes convenables pou" relever sa grandeur, elle s'écrie avec saint Augustin: Quilnn te latidibus ell'erain nescio: pardonnez. Vierge sainte, l'in — puissance de mes paroles; je ne puis vous exprimer toute \ i vénération que j'ai pour vous; le nombre et l'excellence dvos perieclions m'arrêtent et m'éblouissent; je ne sais pi;' trouver de termes assez respectueux, des éloges assez mag -^ licjucs pour célébrer vos grandeurs; je ne sais plus quel'/ louanges vous donner, et cela parce que vous êtes la Mère (i-^ Dieu: Quia quem cœlicapere non poteranf, (uo cjremio conlulis'i: parce que vous avez renfermé dans votre sein celui que le ciel et la terre ne peuvent contenir. Voilà ce qui me met daîs rinîpossiliiliié de pouvoir vous honorer autant que vous le w riiez; c'est, pour le dire encore une fois et en peu de molque vous é-"; I< >lère de Pieu : ('"?■' liiicin vœli , de.

SUR LA PRirr.r. 14J

V. Autant les saints Pères, suivant les intenlio:;s de T Eglise, s'appliquent à nous inspirer une vénération profonde envers Marie, autant ils prennent soin de nous porter à Timitalion des vertus dont elle nous a donné de si beaux exemples. Ils souhaitent que notre dévotion soit resi)ectueuse,pour qu'elle puisse honorer la très sainte Vierge; mais ils désirent en même temps qu'elle soit agissante, pour nous faire imiter ses héroïques vertus. Saint Augustin {Serm. 47. de Sanct.), parlant des Martyrs et des honneurs que nous rendons à leur mémoire, nous donne cet avis salutaire, et nous dit qu'en célébrant leurs fêtes, il faut que nous ayons soin de les imiter dans leur patience au milieu des tourments, dans leur constance et dans leur fermeté. Voulez-vous savoir, continue ce même saint Père, qui sont ceux qui honorent véritablement les Saints? Ce sont ceux qui s'etTorcent de suivre leurs exemples ; et quiconque ne travaillera pas de tout son pouvoir à imiter les saints Martyrs ne parviendra jamais à partager leur gloire. Or, c'est ce que nous devons faire avec bien plus de raison envers la sainte Vierge, si nous voulons que notre dévotion ne soit pas infructueuse- Il faut que nous ayons soin de nous la proposer pour modèle dans toute notre conduite , non pas dans les grâces extraoriiiuaires (ju'clle a reçues du ciel, ni dans les glorieux privilèges qu'il a plu à Dieu de lui communiquer , ni dans la dignilé sublime à laquelle il a bien voulu l'élever. Dans tout cela nous devons l'admirer et bénir Dieu de ce qu'il a daigné opérer en elle de si grands prodiges. Mais il faut la prendre pour noUv modèle dans les vertus (ju'elle a pi'aliquées au ])lus haut degré de perfection. Selon le sentiment de saint Ambroise cl tL tous les saints Pères, la vie de Marie fut telle, qu'elle peut servir de modèle à tous les états , à toutes les conditions et à toutes sortes de personnes : Talis fuit Maria^ ut ejns unms viUi omnium sit disciplina. En conformant notre conduite à la sieime, nous apprendrons par conséquent à pratiquer toutes les vertus les plus sublimes .

VI. Cette Vierge sainte, quoique exempte de tout péciié, quoique étant l'objet des complaisances de son Dieu , et ornée de la grâce dès le premier instant de sa conception, vieui; néanmoins se présenter au temple dès sa plus tendre enfance; elle s'enferme dans cette retraite, éloignée du tumulte et de tout ce qu'il y a de séducteur dans le monde, afin de ne s'occuper que de Dieu , et de vivre plus étroilement unie à lui. Oh l'admirable leçon! spécialement pour la jeunesse, qui regarde com'.nc une chose permise, ;>;i (l'i nioi]i.i exjusiïbîe, de

l.*")0 XIV. I>STUUCTION

se livrer au désordre à cet âge, et de satisfaire ses passions. Marie nous apprend par cet exemple que comme Dieu, dans l'ancienne loi , voulait qu'on lui offrit les prémices des animaux et des fi'uits , il exige de même que nous lui consacrions les prémices de notre cœur. Elle nous fait comprendre par-là rond)ien est injurieuse à Dieu la conduite de ces chrétiens qui passent les premières années de leur vie sans penser à lui, qui veulent employer ce temps à jouir du monde et de ses faux plaisirs, ayant le dessein d'offrir ensuite à Dieu, dans un âge plus avancé , un canir gâté par le vice , corrompu par le péché. Apprenons de Marie à consacrer à Dieu notre âme, notre cœur et notre corps, dès l'enfance, et à nous accoutumer pendant la jeunesse à l'aimer et à porter le joug de sa loi sainte. Car, combien de fois n'arrive-t-il pas que ceux qui veulent attendre plus tard pour se donnera Dieu sonttrompés dans leurs espérances, qu'ils ne peuvent exécuter leurs vains projets de conversion, et que la justice divine tranche le fd de leur vie au moment où ils se promettent encore plusieurs années d'existence. Telle est la première leçon que nous donne la sainte Vierge, et que nous ne devons jamais perdre de vue.

VU. Le second exemple que nous trouvons dans la conduite de Marie est celui qu'elle nous donne de son amour incomparable pour le précieux trésor de sa virginité , au moment où elle fut déclarée Mère de Dieu. Elle eut une si haute estime pour la vertu de pureté, qu'elle la mit , pour ainsi dire, dans la balance avec la maternité divine, poiu' nous apprendre que c'est par le moyen de cette vertu que nous nous unissons à Dieu de la manière la plus parfaite, et que nous devenons agréables à ses yeux ; comme aussi c'est par le vice contraire que nous lui devenons un objet d'horreur. Car, en effet, que peut-il y avoir de plus monstrueux qu'un chrétien , qui est un membre du corps mystique de Jésus-ChrisI, plongé dans l'ordure de ce vice détestable, et qu'un cœur destiné à être le temple et le sanctuaire de la divinité , devenu un vase d'immondices? C'est la raison pour laquelle cette Vierge admira- Me se tint toujours si bien en garde contre tout ce qui aurait pu blesser cette vertu, que, quoiqu'elle ne fiit pas sujette aux tentations, elle se troubla à la vue d'un Ange qui lui apparut sous une forme humaine. Elle voulut par-là nous montrer, en second lieu, quelles précautions les personnes en qui n'est pas éteint le feu de la concupiscence doivent prendre pour détourner leur vue de tous les objets qui ne sont que trop pro- ]);\.'s à réveiller les passions.

SÎ'R LA rnii-RF. fol

VIII. Ayons iloiic soin d'imiter Marie dans son amoiu' et dans son estime pour la vertu de pureté , et spécialement.dans sa vigilance et dans son attention continuelle à la conserver dans toute son intégrité. Evitons soigneusement tout ce qui pourrait lui porter la moindre atteinte , et jusqu'au souffle le plus léger du serpent infernal qui bien souvent , au moyen d'une petite étincelle, excite les plus terribles incendies. Fuyons certains spectacles qui semblent n'avoir été inventés que pour tendre des ûlets et dresser des embûches à la chasteté ; certains discours, certaines conversations qui paraissent insipides, si elles ne sont assaisonnées de quelques paroles contraires à la pudeur. Evitons l'inlemiiérance dans le boire et dans le manger; gardons-nous de mener une vie molle, délicate et oiseu;5e. INe nous fions pas à nos propres forces , parce que rien ne nous rend plus faibles qu'une fausse confiance en nous-mêmes. Mettant en Dieu seul toute notre espérance , nous surmontons par le secours de sa grâce les tentations les plus fortes elles plus violentes, au lieu que nous succombons aux attaques les plus légères, lorsque nous présumons trop de nousmêmes et de nos propres forces. Néanmoins, tout en comptant sur la grâce, craignons toujours ; car la sainte Vierge ne laissa pas d'être troublée à l'instant où l'Ange lui dit qu'eUe était pleine de grâce, pour nous montrer que nous devons toujours trembler , même quand nous avons la grâce pour nous aider. Elle nous rend forts dans les occasions que nous n'avons pas recherchées ; mais elle s'oiTense de notre présomption, et elle nous abandonne dans les dangers où nous nous exposons témérairement.

IX. L'exemple d'humilité que la très sainte Vierge nous donne dans sa conduite n'est pas moins digne d'être imité. L'humilité est la vertu la plus nécessaire à un chrétien. C'est par cette vertu que Marie a mérité que Dieu fit en elle de grandes choses , comme elle nous le dit elle-même dans son cantique {Luc. I); et saint Bernard ne fait pas difficulté de dire que c'est par le mérite de son humilité qu'elle conçut dans son sein le Verbe éternel, et que , pour devenir Mère de Dieu, ce n'était pas assez qu'elle fût vierge, mais (ju'ii était encore nécessaire qu'elle fût humble, parce qu'il n'est rien dont le Sauveur eùl eu plus d'horreur que de naître d"uue mère orgueilleuse. Elle fut agréable à Dieu par sa virginité ; elle mérita de concevoir le Fils de Dieu par son humilité : Virijinitate placuit, huinililule conct'ijlt. Nous sunnnes obligés d'en conclure que quelques vertus que nous puissions avoir , elles nous seraient

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inutiles sans l'humilité. Rien de plus important pour nous que d'imiter Marie dans cette vertu , en nous jugeant dignes du mépris universel, et en reconnaissant notre néant. Ce que nous devons faire surtout au milieu des grandeurs, de la gloire et des louanges des hommes ; c'est là la marque d'une humilité parfaite ; et telle fut celle de Marie. Plus elle est «levée , plus elle s'abaisse ; plus elle se voit enrichie de dons et de grâces, plus elle s'avilit à ses propres yeux; et tandis que le Seigneur la regarde comme sa mère , elle ne se considère elle-même que comme la plus indigne de ses servantes. C'est ici , dit saint Bernard , une humilité bien rare et bien extraordinaire : Magna prorsùs, el rara virlus est InimUilas honorala. Hélas! que nous sommes éloignés de posséder cette vertu ! Fussions-nous élevés aux plus hautes dignités et entourés d'honneurs ; eussions-nous reçu en partage les talents les plus distingués , les qualités les plus rares, nous ne devrions pas nous en glorifier, parce que ce serait en ravir la gloire à Dieu qui nous les aurait données. Combien ne serionsnous donc pas plus coupables , si nous nous laissions dominer par l'orgueil , étant pauvres comme nous le sommes, privés de ces talents et de ces qualités , et surtout étant remplis de défauts, et après avoir commis tant de crimes?

X. Ah ! rappelons-nous qu'il n'y a rien de si abominable aux yeux de Dieu qu'un pauvre superbe , et qu'un orgueilleux ne pourra jamais être un vrai dévot à Marie, qui fut toujours si humble, \otre dévotion envers elle doit étro respectueuse , pour l'honorer autant qu'il nous est possible de le faire ; mais il faut qu'elle soit agissante, et qu'elle nous porte à l'imiter , à nous consacrer à Oieu comme elle , sans réserve et sans partage, à aimer et à conserver avec le plus grand soin la pureté de notre âme et de notre corps , à reconnaître sans cesse notre néant, et à pratiquer l'humilité la plus parfaite. Alors notre dévotion pourra être accompagnée de la plus entière confiance, c'est-à-dire que nous aurons lieu d'espérer et de croire q'ic nous obtiendrons de Dieu tout ce que nous lui demanderons , lorsque cette prolectrice puissante et pleine de bonté et de miséricorde voudra bien s'interposer en notre faveur.

XI. C'est une vérité que l'on ne peut révoquer en doute sans détruire les fondements les plus solides de notre sainte religion. Si , comme l'a défini l'Eglise , nous pouvons invoquer les Saints qui régnent avec Dieu dans le ciel, afin qu'ils intercèdent pour nous, et nous obtiennent des grâces de sa miséricorde , à combien plus lurte raisun ne pouvons-noys

pas, et ne devons-nous pns recourir à la Reine .des Anges etdes Saints , et lui adresser nos prières, afin qu'elle nous rende propice son divin Fih, et qu'elle nous obtienne de sa bonté les grâces et les secours nécessaires pour sortir du péché , pour persévérer dans le bien et assurer notre salut éternel ! Pouvons-nous penser que Dieu , qui s'est engagé , comme dit un prophète, à faire la volonté de ceux qui le craignent; qui a , pour ainsi dire , soumis sa toute-puissance à l'autorité et à la voix d'un homme , jus<iu'à lui obéir , en faisant arrêter le cours du soleil , contre les lois de la nature : Obediente Domino voci hominis (Jos. 10), pouvons-nous penser , dis-je, que ce même Dieu refusera de faire la volonté d'une Mère aussi sainte et aussi chérie; qu'il refusera d'exau- <'er les prières qu'elle voudra bien lui adresser en notre faveur? ■Non certainement. Si Salomon disait à sa mère de lui demander tout ce qu'elle voudrait , et qu'il ne lui était pas permis <le rien lui refuser , à plus forte raison Jésus-Christ doit-il te nir le même langage à Marie , et lui dire : Demandez , 0 ma Mère , tout ce qu'il vous plaira, j'exaucerai toujours vos pviîires: Pete, mater mea, neque enim fas est , ut avertovi faciem tuam (IIl. Reg.2. 20).

XII. C'est la raison pour laquelle les saints Pères, suivant l'esprit de l'Eglise, adressent si souvent leurs prières à Marie, en l'appelant Mère de miséricorde , refuge des malheureux , consolation de affligés, porte du ciel , notre avocate , notre étoile, notre espérance , noms qui tous nous font connaître dans celte Vierge sainte un pouvoir particulier auprès de Dieu pour obtenir des grâces. 0 notre reine et notre souveraine! s'écriait saint Athanase , daignez intercéder pour nous. Je me prosterne à vos pieds , ô Vierge admirable! disait saint Ephrem, et je reconnais votre grand pouvoir auprès de Dieu. 0 Vierge puissante! suppliez Dieu de sauvernos âmes; c'était la prière de saint Jean Chrysostôme. Du haut des deux , jetez sur nous des regards favorables, ô notre sainte Mère ! (elle était celle de saint Basile. Sainte Marie, disait saint Augustin (et comme celte prière a été adoptée par l'Eglise, Une sera pas inutile de la répéter ici): Sainte Marie , venez au secours des malheureux, inspirez du, courage aux pusillanimes , aidez les faibles , consolez ceux qui pleurent , priez pour le peuple , interposez-vous en faveur du clergé , intercédez pour le sexe dévot , et faites ressentir les effets de votre bon' é maternelle à tous ceux qui vous invoquent ^ qui honorent et célèbrent la mémoire cte vos grandeurs.

XIII. Toi est le langage de l'Eglise cl des .^-aiîils Pères, lors-

1^4 XIV. IN'^TIU'CriO.N

<in'ils adressent leurs vœux el leurs prières à Marie. Telle es' la confiance qu'ils ont toujours eue en sa puissante proLeclion. Toutes les fois que nous l'appellerons à notre secours , nous ne l'invoquerons jamais en vain. « Elle est pour nous un » refuge assuré , dit saint Bouaventure , parce qu'en même n temps qu'elle est la Mère de Dieu, elle est aussi notre Mère. » Elle est cette divine Judith qui nous a délivrés de l'infer- » nal et cruel Holopherne. Elle est celte divine Esther qui n )) fait révoquer la terrible et funeste sentence portée contre » tous ceux de sa nation , et qui a découvert les trames du su- » perbe et perfide Aman. Combien de fois , comme une autre » Abigaïl (/. Reg. 25) , n'a-t-elle pas apaisé le courroux de » son divin Fils prêt à lancer sur nous sa foudre vengeresse ^ » Combien de fois , connue un second Moïse, ne s'est-elle pas^ « opposée à la colère et à la fureur de Dieu , et n'a-t-elle pas M élevé vers lui ses mains pleines de miséricorde, pour encliai- » ner celles de la justice divine? »

XIV. Que notre dévotion envers Marie soit donc accompagnée de la plus entière confiance. Mettons en elle, après Dieu, toutes nos espérances ; ayant soin toutefois de nous préserver d'une erreur qui n'est que trop commune , et d'éviter un écueil où un grand nombre viennent échouer misérablement. Je veux parler de celte dévolion présomptueuse que l'on trouve dans beaucoup de chrétiens, lesquels entendant dire que notre confiance en Marie doit être sans bornes , el qu'elle est toutepuissante auprès de Dieu , par une témérité impie et sacrilège , en tirent une conséquence alfreuse, et se figurent qu'en récitant chaque jour, ou du moins de le^nps à autre, son saint oflice, le rosaire ou le chapelet ; en se faisant inscrire dans quel- (ju'une de ses confréries, en portant le scapulaire, ou toute autre image de la sainte Vierge, ils peuvent vivre en sûreté, qu'ils sej-ont préservés de tout danger en cette vie , qu'ils ne seront point surpris par une mort imprévue , qu'ils n'ont rien à craindre de la justice divine, et qu'ils seront à couvert de tous ses châtiments. Dans cette pensée , ils croient pouvoir s'exposer à • toutes les occasions même les plus dangereuses , persévérer •dans leurs habitudes criminelles, vivre selon toutes les incli- ; nations perverses de leur cœur, en un mot, confinuerlibre- ' ment à commettre le péché; s'imaginant que Marie saura bien trouver le temps elles moyens pour obtenir leur pardon et pour les sauver, sinon autrement, du moins par quelqu'un de ces miracles et de ces prodiges que l'on trouve en si grand nora- 'nre dans les livres qui traitent de son pouvoir auprès de Dieu,

SUR LA PRIÈRE. 15

Si c'est là votre dévotion envers elle , c'est une dévotion téméraire et présomptueuse; dévotion injurieuse à Dieu, indigne de cette auguste Reine, et nuisible à vous-mêmes, parce que vous faisant illusion, si vous ne changez de conduite, vous vousperdrez infailliblement.

XV. Dévotion injurieuse à Dieu , parce qu'elle détruit Tordre de sa providence. 11 veut que la conversion du pécheur dépende , à la vérité, de sa grâce , mais il exige en même temps que l'homme coopère à cette grâce par le moyen de la pénitence. Dire que sans pénitence , et par la seule intercession de Marie, un pécheur peut se réconcilier avec Dieu, et se sauver, c'est une illusion et une erreur des plus graves , parce qu'il no sert de rien d'invoquer Marie à celui qui ne veut pas rompre ses chaînes et renoncer au péché. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'un pécheur qui n'est pas encore pénitent peut très bien, par son intercession , demander et obtenir la faveur de le devenir. Du fond de cet abîme où se sentent plongés tant d'infortunés pécheurs, ils peuvent élever leurs mains vers cette grande Reine, et implorer son secours afin de pouvoir sortir du précipice où ils sont tombés. Accablés du poids de leurs iniquités , il leur est permis de faire entendre leur voix à cetîe puissante médiatrice, afin qu'elle leur obtienne la force dont ils ont besoin pour se relever. Ceux-là ont droit de mettre leur confiance en sa protection ; mais non ceux qui aiment le péché, qui, endurcis et obstinés, veulent y persévérer , en se flattant d'être protégés par Marie, qu'ils honorent par quelque fausse pratique de piété.

XVi.Leur dévotion enfin est indigne de cette Vierge sainte qui en est gravementoffensée. A proprement parler, ils cherchent à rendre Marie complice et protectrice de leurs crimes et de leurs désordres, puisque se croyant en sûreté sous sa puissance, ils en prennent occasion de pécher plus librement, et sans aucune crainte des châtiments de Dieu. Quelle présom])tion , ou pour mieux dire, quelle impiété ! Ah ! chrétiens barbares et cruels ! tant de fois par vos crimes vous avez crucifié Jésus, le Fils bien-aimé de Marie, et au lieu de vous jeter aux pieds de cette sainte Mère, pour la supplier avec larmes de vous obtenir le pardon dé semblables excès, vous tirez complaisance du mal que vous avez fait, et vous avez le dessein, par de nouvelles fautes, de tremper encore vos mains dans !e sang innocent de ce Fils adorable, et en même temps vous avez la témérité de demander à sa divine Mère qu'elle vous protège,, et qu'elle vous mette à couvert des effets de la justice divine 'i^

i356 XIV. INSTRUCTION SUR LA PRIÈRE.

^Si nous voulons que notre dévotion soit agréable à Marie , il faut donc qu'elle soit respectueuse et agissante, nous portant à l'imitation de ses héroïques vertus ; il faut qu'elle soit pleine de confiance, mais sans présomption. Prions-la de nous obtenir de Dieu le pardon des péchés dont nous avons la ferme intention de nous corriger et de faire pénitence, et alors nous aurons lieu de nous confier en sa protection. Elle est la Mère de Dieu; elle est notre Mère , la plus tendre des mères ; elle désire ardemment notre salut; elle ne refusera jamais d'écoutor les prières de ses enfants ; elle les présentera à Dieu ; elle y joindra les siennes toutes-puissantes ; elle nous obtiendra les grâces nécessaires pour mériter la gloire éternelle. Ainsi soit-il.

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