‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 2)Chapitre 24 sur 26 · X. !.\STR(TT!ON · texte numérisé non relu

X. !.\STR(TT!ON

» (liins tes groniers. Us sont les vètcmonls des pauvres qui M manquent d'habits, ces trésors que tu caches avec tant d(* 3) soin et de précautions » : Esurienlinni punis est, qucm tu delines : nudorum indunicnlnm csl , quod tu ?Y//(n/is\ « Cet ar- » genl que tu as enfoui dans hi terre est le prix de la rédenip- •» tion des captifs, et delà délivrance de tant de malhenrcux » qui ne peuvent acquitter leurs dettes. Sache donc que lu » ravis injustement tout ce que tu pourrais donner à ces pau- 3) vres, et que tu leur refuses » : Misevonim redempUo esi d ahaolutio , pecunia , quam lu in terrain defodis. Tu crfjù seins , invudcre bona , qoœ possis prœslare et nolis ( D. Ras. h. 6. var. arg. l). Ambr. Serm. 81. in iin. ).

XVII. Tels sont les sentiments des saints Pères par rapport aux riches qui désirent se sauver. Ils veulent qu'ils fassent aussi bien que les pauvres cette demande: donnez-nous aujourdliui notre pain de chaque jour , et qu'ils se rappellent qu'ils lie doivent pas posséder pour eux seuls les biens qu'ils ont reçus de Dieu , mais qu'ils doivent en faire part à ceux ((ui se trouvent dans le besoin. Quant aux pauvres, ils sont obligés de l'aire cette demande avec une ferveur toute spéciale, puisqu'ils se trouvent dans un plus grand besoin. Ils doivent se rappeler rependant qu'il est de leur devoir de gagner ce pain par leur travail , s'ils sont en état de le laire ; et s'ils ne le peuvent pas, il faut qu'ils invoquent la générosité publique avec humilité, cl (]u'ils se gardent bien de dérober. Mais notre soin princiï)al doit être de demander à Dieu le pain spirituel, la nourriture de notre àme, atin (pi'après nous être affermis dans la grâce i)ar le moyen de cette nourriture divine , et avoir servi Dieu avec fidélité pendant celte vie, ce pain surnaturel nous serve de viatique pour arriver au bonheur du ciel.

SUR LA TRIÈRE.

l'xplicnlion (lo In cinquième deniaiide iK' !"OiMis'in Doniinicalo : l'(ii,lfi~ inz-iwits ons rffeii\es covmie uons pdirloHUoiin a Ceux qui iicus oui '■fl'eusi's.

Nous entrons ici , dit le Catéchisme romain {de 5. pciii. 8), dans un nouvel ordre de prière. Jusqu'à présent nous avons «leninndé à Dieu, dans l'Oraison Dominicale , les biens éternels . et les biens temporels (jui regardent les besoins de la vie 4)i'é.>»enl('. M:ii!i!c;iaMt nous alîoiis !o nrier d'éloigner de nous

st T. LA rRii:RE. lOr

tous les maux de râine et du corps. Ces maux sont de iroîj sortes: Preinièieinent, le plus izrand de tous, qui est le pêclir , et dont nousprions Dieu de nous préserver dans cette cin- (juième demande ; secondement, les tentations, qui nous conduisent au péché, et dont nous demandons la délivrance en ilisant: .Ve nous laissez pas snccoviher à la (eiUaiiou; troisièmement enfm , les maux temporels, (jui sont la suite du péché, et dont nousprions Dieu de nous délivrer en disant: Mais délivrez-nous du mal. Dans cette cinquième demande, où nous prions Dieu de nous i)ardonner nos péchés, nous verrons en ])renUer lieu la nécessité de bien faire celte demande ; secondement, les conditions qui doivent raccompagner, et enfin les «oiu'lusions que nous en devons tirer.

I. Dans cette cinquième demande, nous prions Dieu de nous remettre nos dettes : dimilte nobis débita uosiro. >ous sommes donc débiteurs envers Dieu, à raison de nos péchés, et, ce qui est bien plus dé[)lorable, c'est que nous sommes dans l'impossibilité de pouvoir satisfaire par nous-mêmes. Nous nous trouvons dans une position semblable à celle de ce serviteur dont il est parlé dans l'Evangile (Muiili. 18), qui devait à son maître dix mille talents, somme énorme dont il se reconnaissait incapable d'acquitter le payement. Puisque nous sommes dans une situation pareille, que devons-nous faire ? Nous devons imiter la conduite de ce malheureux qui se jeta aux pieds de son maître, pour implorer sa clémence. 11 faut que nous ayons soin de recourir à la miséricorde paternelle de notre Dieu, et aux mérites inlinis de la passion delésus-Chrisl son divin Fils, où nous trouverons un trésor inépuisable et plus que suffisant pour satisfaire à toutes nos dettes. Quand nous disons à Dieu: rcmetlcz-nous nos dettes, nous le prions de nous appliquer ce trésor de mérites que Jésus-Christ a mis à notre disposition. Nous recourons à Dieu comme à notre Père, et non comme à notre Juge, afin qu'il agisse envers nous selon les mouvements de sa miséricorde, et non pas selon les lois de sa justice. Nous le supplions de ne pas entrer en jugement avec nous,mais d'user de clémence à notre égard, de nous pardonner nos péchés, et de détourner de dessus nous les peines et les chàtin\ents que ces péchés nous ont mérités.

\\. Dimitte nobis débita nosir(t : Remettez-nous nos dettes, l'n homme est débiteur envers un autre, lorsqu'il lui a enlevé quelque chose, ou qu'il refuse de lui rendre ce qui lui appartient, ce qu'il a droit d'exiger. Or, Dieu étant noire Père et 1 ;)!re souverain Maiire, a droit d'exiger qu'en qualité de ses

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serviteurs et de ses enfants, nous açiissions en toutes choses d'une manière conforme à sa sainte volonté, et nous nous rendons débiteurs envers lui, toutes les fois que nous refusons d'accomplir sa volonté, en transgressant sa loi sainte. Nous sommes encore débiteurs envers Dieu eu ce sens que nous devons l'adorer, le servir, l'aimer de toute notre âme, de tout notre cœur et de toutes nos forces. Mais ce ne sont pas ces dettes que nous le prions de nous remettre, puisqu'au contraire nous devons nous estimer heureux de pouvoir les acquitter fidèlement, d'autant plus que l'accomplissement de ces devoirs contribue au salut de notre âme. Les dettes que nous le supplions de nous remettre sont donc nos péchés.

m. Les saints Pères apportent plusieurs raisons pour démontrer que le péché est une dette que nous contractons envers Dieu. Nous pouvons réduire ces raisons à trois principales. Premièrement, celui qui pèche, selon le langage de la sainte Ecriture, offense iJieu en lui refusant l'obéissance et la soumission qu'il lui doit; il contracte donc l'obligation de réparer celte injure. Kn second lieu, il transgresse la loi de Dieu, et comme Dieu, en nous imposant sa loi, a décerné une récompense à celui qui l'observerait, et un châtiment à celui qui aurait l'audace de la violer, celui qui agit contre cette loi contracte donc l'obligation de subir la peine qu'il a encourue, et si le péché lui est remis, il faut qu'il subisse cette peine ou en cette vie,en maltraitant sa chair, en se livrant à des austérités, en s'inlligeant des jeûnes ou d'autres pénitences, ou bien, en l'autre vie, dans le purgatoire ; et si le péché ne lui est pas pardonné, il souffrira celle peine dans les flammes élernclîcs. Troisièmement enlin, nous sommes tous des ouvriers du divin Père de famille ; il nous envoie tous cultiver sa vigne, avec ordre de lui rapporter le fruit de nos bonnes œuvres ; celui qui refuse de travailler, qui agit contre le commandement <!r ce divin Maître, lui sera débiteur à raison de tout le bien qu'il aura omis, et de tout le mal quil aura fai!.

IV. C'est par ces trois raisons que les saints Pères nous font comprendre que nos péchés sont de véritables dettes que nous contractons envers Dieu, et des dettes si énormes, qu'il nous est impossible de les acquitter, s'il ne daigne nous les remeltie parun elTetdesou inliaie miséricorde; et c'est pour cela que Jésus-Christ nous enseigne à recourir à celte miséricorde, et à lui demander en grâce qu'elle nous remette ces dettes : rf/^aV/'' nobis dehiiu nnsira. il s'est proposé deux tins en nous appre nantù faire celle demamlc : il a voulu par-là nous préserver

SLR LA PRIÈRE. 103

en même temps de la présomption et du désespoir-, qai sont les deux écuoils contre lesquels les hommes viennent échouer, les justes présumant trop laciioaient d'eux-mêmes, et les pécheurs selivrant au désespoir. On a vu de préîenùus justes qui, se confiant en quelques bonnes œuvres qu'ils nvîijent failos, étaient arrivés à un tel degré de présomption, qu'ils se croyaient déjà saints et parlaits, et qu'ils s'imaginaient n'avoir plus besoin de demander à Dieu le pardon de leurs péchés. Tandis qu'au contraire, U s'est trouvé de grands pécheurs, comme Caïn, Judas et bien d'autres, qui, épouvantés à la vue de leurs crimes, se sont abandonnés au désespoir, en pensant qu'ils n'obtiendraient jamais le p;»rdon de leurs péchés. Parcelle demande, Jésus-Cllirisl a donc voulu remédier à ces deux grands maux. Il nous fait comprendre par-là que nous ne devons jamais présumer de nous-mêmes et de nos vertus, puisque, quelque saints que nous puissions être, nous sommes obligés de faire cette prière : 0 mon Dieu , remettez-nous nos délies : di- ■iitiue iiobis de! ita nosiro. Que s'il n'en est aucun qui doive avoir une bonne opinion de lui-même, il n'est aussi personne qui ait lieu de se livrer au désespoir, puisqu'il n'y a point de péché, quelque grave et énorme qu'il soit, dont on ne puisse, moyennant une vraie douleur, obtenir de Dieu la rémission.

V. Il est donc certain, et c'est même une vérité de foi, que, si nous en exceptons , comme nous devons le faire, Jésus- Christ et sa très sainte Mère, il n'y a jamais eu, et il n'y aura jamais en cette vie , qui est une tentation continuelle , personne , si juste et si parfait qu'il soit , qui puisse dire qu'il est sans péché , et qui , par conséquent , ne doive prier Dieu de lui remettre ses dettes. « Y a-t-il un homme qui ne pèche » pas , disait à Dieu le grand roi Salomon en faisant la dédi- » cace de son temple (3. Rej. 8)? H n'y a pas dhomme juste, )) dit le même Salomon dans l'Ecclésiaste (7. 21), qui fasse » toujours le bien et qui ne pèche pas. Quel est celui, ajoute-t-il » dans le livre des Proverbes (c-. 20; , qui i)cut dire : .Mon » cœur est pur , je suis exempt de péché.'' Mais, dit le Caté- » chisme romain , cette parole de saint Jean devrait seule ef- M frayer tous les présomptueux : Si nous disons que nous M sommes sans péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et M la vérité n'est point en nous(l. Jonn.c. 1). » Pour achever de nous convaincre, écoulons ce reproche que Dieu lui-même fait au présomptueux p,ar la bouche du prophète Jérémie (c. 2): « Tu as dit : Je suis innocetitet sniis péché ; éloignez donc de fi moi votre fureur. Voilà que je vais entrer en jugement

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» avec foi, parce que lu asdil : Je u'ai pas pOcIié. » Cesl cette même vérilé qu'ont soutenue contre les Pélagiens tous les saints Pères et entr'autres, saint Jérôme, mais principalement saint Augustin (Lib. denai. et grai. c. 36), dont voici les expressions: « A part la très sainte Vierge , dont je veux que , lorsqu'il esl ^lueslion du péché, on ne parle en aucune manière , à cause <Ie l'honneur qu'on doit à son divin Fils, s'il nous était possible de réunir ensemble tous les Saints , et de leur deman- <{er s'ils ont toujours été sans péché , quelle réponse pensezvous qu'ils donneraient? Ah ! ils s'écrieraient tous d'une voix : 4Si nous disions que nous n'avons pas péché, nous nous sédui- J'ions nous-mêmes : S/ dixenmus , (luoniain peccalinn non haùemus, ipsi vos seducimiis. »

VI. Mais peut-être, continue saint Augustin, parleraient-ils îiinsi par humilité? INon, mes Frères, répond-il aussitôt; mais ils le diraient avec vérité ; et s'ils le faisaient par tout autre sentiment, la vérité ne serait pas en eux. C'est ce qui a été dérrélè par le concile de Milève contre Terreur des Pélagiens , dans le canon huitième. Que ceux qui veulent que ces paroles de l'Oraison Dominicale : « Remettez-nous nos dettes : diviitle nobis debiia voalra^ lorsqu'elles sont proférées par des saints, soient dites par humilité et non avec vérité ; que ceuxlà soient excommuniés. « Car , dit le Catéchisme romain , Thonîme qui prierait de la sorte mentirait non pas à un autre Jiomme, mais à Dieu lui-même, puisqu'ille prierait de bouche de lui pardonner, tandis qu'il croirait n'avoir aucun besoin de <!e pardon. Le concile de Trente aconlirmé cette même vérité dans la session sixième (Co». 23), où il fulmine l'excommunication contre quiconque dira que l'homme une fois juslilié ne peut plus pécher , ni perdre la grâce , et qu'il peut pendan: toute sa vie éviter les péchés même véniels, sans un privilég!particulier , comme celui qui a été accordé à la bienheureuse vierge Marie. Quand nous disons à Dieu dans cette demande: Remettez-nous nos dettes, c'est-à-dire, nos péchés,reconuaissons donc que nous sommes pécheurs, et en toute réahté , sans nouscontenter dele dire seulement par un sentiment d'humilité. Si les plus grands Saints qui ont paru sur la terre, comme un saint Jean , un saint Paul, un saint Dominique, un saini François , un saint Philippe et tant d'autres ont reconnu cl avouéqu'ils étaient pécheurs, combien n'avons-nous pas plus de raisons de le reconnaître et de faire le même aveu, nous qui nous rendons cou|)abIesc!):!i|ue jour de tant de fautes ?

VII. Mais s'il est vrai i\uv Jc.>us-Chrisl ait voulu , en noii?

SI R LA PRIÈltE. 105

obligeant à faire celle ilemaïuie, éloigner de nous. lonl motif de présomption, puisque nous devons tous, même les plus justes, supplier Dieu de nous pardonner nos olTenses, il n'est j)as moins vrai que son intention a élé de nous prései'ver du ilésespoir, en nous donnant i)ar-là à entendre qu'il n'y a j)oint de péchés si graves , ni de crimes si énormes dont nous ne puissions obtenir le pardon, ^ous ne i)ouvons pas nier que comme Dieu est le souverain bien, de même, le péché qui lui estop|)osé ne soit le souverain mal. Puisque la grandeur de l'oflense doit se mesurer sur la dignité et l'excellence de la personne olTensée, le péché qui outrage un Dieuinlini en lui-même et dans chacune de ses perfections, renferme une malice eu quelque sorte hilinie. Le péchéest un malsi grand, que toutes les créatures , tous les Saints qui sont dans le ciel ne pourraient pas, avec tous leurs mérites, satisfaire pour la moindre oiïense faite à la suprême majesté de Dieu. Cependant.puisquc Jésus-Clhi'ist nous apprend à adressera son Père cette demande par laquelle nous le prions de nous pardonner nos péchés, MOUS devons être assurés qu'en la lui adressant avec les dispositions qu'il exige , nous obtiendrons de la bonté de notre JPère céleste la rémission de nos fautes. Notre divin Maître ne nous enseignerait pas à lui demander cette faveur, s'il ne vou- Jait pas nous l'accorder.

VIII. Ah ! il n'y a pas une chose à laquelle Dieu ait plus de propension qu'à pardonner leurs fautes aux pécheurs qui reviennent à lui avec de vrais sentiments de pénitence et de contrition ; il nous le dit lui-même dans plusieurs endroits des .saintes licritures. Dans le proi)hète Ezéchiel (c 18), il [)roteste que si le pécheur abandonne son péché, s'il en fait pénilencc et qu'il revienne à lui avec sincérité, il oubliera pour toujours ses désordres: Omnium inùiuilalmyt ejus, finasopcratua esi,uoir recoj-rfa'îor. Ailleurs {Id.c. ,33), il irons dit qu'il ne veut pas lu mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie : yolo mm-ti-ut impii^ sed ut convcrlalur impius à via stin^el f«ca/.,Iésus-Chris!^ nous dit saint Paul (/. Tim. I), est vejiu au monde i)our sauver les pécheurs : Jésus Chrislus vmil ni Imnc nuindimi pcccntorcs sahos facere. Et en plusieurs endroits de son Evangile , notre divin Maître nous avertit qu'd n'est pas venua|)peler les justes, mais les pécheurs : 3'o/j ce/u vocare justos, scdpcccatores (Matth. 9. Marc. 2).

IX. Et combien d'exemples les livres saints ne nous fournissent-ils |)as de cette disposition de Dieu à pardonner aux pécheurs pénitents V David s'était rendu coupable de deux

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grands crimes; et à peine a-t-il conçu quelques senliments de repentir, à peine a-l-il fait l'aveu de ses fautes, que Dieu lui eu accorde le pardon. L'Enfant prodigue , qui est la figure do tous les pécheurs , s'était abandonné à tous les désordres ; il avait mené la conduite la j)lus déréglée, la vie la plus dissolue, jusqu'à dissiper sa légitime avec des personnes aussi coup;;bles que lui; et cependant, à peine touché d'une douleur sincère à la vue de ses égarements , retourne-t-il à son tendie père, que ce père miséricordieux vole à sa rencontre, le presse dans ses bras paternels , lui pardonne tout , le fait rentrer clans ses droits, et lui prépare un festin splendide, au lieu de le couvrir des justes reproches qu il avait mérités. Les Tharisiens présentent à Jésus-Christ une pécheresse surprise dans un crime qui doit être puni de mort ; ils veulent qu'elle soit condamnée selon toute la rigueur de la loi. Jésus-Christ lui pardonne, et se contente de lui dire : Allez, et ne péchez pins. Magdcleine avait été longtemps le scandale de la ville où elle était née ; elle vient se jeter aux pieds du divin Sauveur. La repousse-t-il? lui reproehe-t-il ses égareuienls? Atonal raccuciilt^ avec une douceur ineffable, il lui pardonne tous ses désordres, il se constitue son défenseur contre le Pharisien superbe. Uu voleur avait été crucifié à ses côtés, ce malheureux le reconnaît pour son Maître etson Sauveur, il le conjure de ne pas l'oublier, il se repent de ses crimes, et aussitôt Jésus-Christ lui promet de le faire entrer en participation de sa gloire. C'est ainsi qu'il se conduira envers nous et envers tous ceux qui reviendront à lui sincèrement, et lui demauderont le pardon de leurs péchés.

X. Concluons de là, premièrement, combien il nous importe défaire à Dieu cette demande : ncnieiiez-nnu^ iws deius ; et , en second lieu, rappelons-nous que .lésus-Chi'ist nous a aj)pi'is à lafaire pour que nous ne perdions pas de vue notre misère et uos fautes, afin de nous empêcher de nous livrer à la présomption, et en même temps afin de ranimer noire confiance en. sa miséricorde, et de nous montrer que nous ne devons janmis désespérer d'obteiiirle ])ardon de nos pérhi'-s, quelque graves etquclcjue nombreux (]u'ils puissent être. Mais avec quels senliments, avec (luellcs dispositions devons-nous uiire cette demande, et de quelles conditions doit-elle être accompagnée , j)Our que nous puis.Muns obtenir par son moyen le pardon de lios fautes ? Ces! la seconde chose que nous avons à examiner. Et afin que vous cuiiipreniez |)l;js iacilcment ce que j'ai à vous dire sur cej)uii:l,je vo:is]!r:ede remar(;uL'r,avcc sai^;! Augustin,

SIT. L\ PRlÈnE. 107

que ceux qui font celle prière sontou jusles ou pécheurs. S'ils sontjusles, c'est-à-dire exempts de p'éclié morte], parcelle demande ils obtiennent le pardon des fautes légères et journalières dans lesquelles les plus justes tombent jusqu'à sept f-):s par jour. Celle prière, dit le même saint Augustin {in Eudi. c. II), elïaceentièremenl les péchés véniels et journaliers : Dcict ovtninù hœcoiaiio minimatt (juolidiana peccala. Lt c'est pour cela qu'il l'appelle une eau dont nous devons nous servir chaque jour, alin de nous purilier des taches que nous contractons à chacun des instants de noire vie. Il faut savoir cependant que, pour obtenir la rémission de ces fautes légères, il ne suffit pas de la demander à IJieu ; mais il est nécessaire !|;ie uous en concevions une douleur sincère, et que nous nous proposions de faire nos efforts pour ue pas y retomber à l'avenir; car ce serait une témérité, et même une impiété que de deniiinder à Dieu le pardon d'un péché dont nous n'avons aucun repentir, et que nous nesonunes pas résolus d'éviter par la suite.

XI. Quant à ceux qui sont coupables de péchés morli'ls,ceî t3 prière ne leur en obtient pas la rémission par elle-même, parce qu'ils ue sont remis que par le moyen du sacrement de pénitence, comme nous le verrons en traitant de ce sacrement, ou bien par un acte de contrition parfaite, jointe à TiiilLMiùon ou au désir de se confesser au plus tôt. Mais s'il en est aip.si, direz-vous, celui qui se trouve dans l'état du péché morti'I ne pourra donc pas réciter celte prière , ni faire celte demande, ou s'il la fait, ce sera inutilement. Je réponds que même ci-.s pécheurs doivent la réciter avec humilité, parce qu'elle leur servira pour obtenir de Dieu les grâces et les secours qui h nr sont nécessaires pour se disposer à bien recevoir le sacrement de pénitence, et de plus pour satisfaire à la justice (ilvine pour les péchés qu'ils ont commis.

XII. Mais la condition principale et nécessaire que Jés-is- Christ exige pour nous accorder le pardon de nos fautes s it vénielles, soit mortelles, est (jue nous pardonnions nous-mèii» •-; à ceux qui nous ont offensés. Pardonnez-nous nos olTeiis s, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont olfenscs : ilhnrie nobis débita nosir(i,sicnl et )ios diinitlinins debitoribus nosrris. C'est comme si nous disions à Dieu : Seigneur, nous v^us prions de nous pardonner nos pécliés de la uiême manière (jun nous remettons à ceux (jui nous ont outragés les olîen-'S qu'ils nous ont faites. (U'Uc dor.lrine est jiîirfailî'înent confoniie à ce que lésiis-r.jiri^t nous enseigne dans l'Llvaji^ile selon sai.-t Matthieu v^-. 0. 1 i) : « ::5i vous receliez aux autres, dit-il , Ls

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w oITeiises que vous en avez reçues , voire Père céleste vous w remettra aussi vos péchés ; mais si vous ne pardonnez pas 3) à vos ennemis, votre Père céleste ne vous pardonnera pas » à vous-mêmes. » Si nous ne pardonnons pas à ceux qui nous ont offensés, il n'y a donc plus pour nous d'espérance <lc salut, et nous ne devons plus attendre de Dieu le pardon <le nos péchés ; au lieu que si nous pardonnons, par une conséquence nécessaire , nous pouvons élre assurés que Dieu agira de la même manière à notre égard. Sa parole est infaillible et immuable; il tiendra sa promesse, pourvu que nous fassions le sacrifice qu'il exige de notre part. Dieu a donc voulu mettre pour ainsi dire en notre pouvoir le pardon de nos péchés; il a voulu que la rémission de nos fautes dépendit de nous, que nous fussions nous-mêmes nos propres juges, puisqu'il nous a promis de nous pardonner de la même manière que nous pardonnerons nous-mêmes : DimitiUe et dimiiictuini { Luc. 6. 37). Ayons donc soin de pardonner sincèrement à nos frères, et nous obtiendons assurément de noire Père céleste la rémission de tous nos péchés. Mais il en sera tout autrement de celui qui nourrit dans son cœur des sentiments de liaine et des désirs de vengeance , car celui-là n'obtiendra jamais le pardon de ses fautes. Et ce qu'il y a de bien plus terrible, c'est qu'en faisant cette demande , il prie Dieu de ne jamais lui pardonner ; elle devient pour lui une lance qu'il enfonce dans son propre sein ; c'est une épée , dit saint Jean Chrysostôme, dont il se sert pour se percer lui-même, etpoup se donner la mort. Seigneur, dit-il, pardonnez-moi comme je pardonne à celui qui m'a offensé. Je ne veux pas lui pardonner, je veux au contraire me venger; ainsi ne me pardonnez pas vous-même, vengez-vous contre moi. Puisque l'oubli des injures est une condition nécessaire pour obtenir de Dieu la rémission de nos péchés, quel est le chrétien qui voudrait encore nourrir dans son cœur des sentiments de haine et d'inimilié contre ceux dont il a reçu quelque offense ?

XIII. Nous sommes persuadés, direz-vous peut-être, delà nécessité d'oublier les olTenses qui nous ont été faites, si nous \oulons que Dieu nous remette à nous-mêmes nos péchés ; mais cette condition est bien difficile, et pour la remplir, il en coûte bien des violences et des elTorts. Je conviens qu'elle est difficile, et qu'il en coûte à notre faible nature pour l'exécuter ; mais n'en a-t-il pas infiniment plus coûté à Jésus-Christ pour nous mériter la faveur de pouvoir oblenir le pardon de «os fautes à celte condition, puisqu'il a fallu j>our cela qu'il ail

M p. u rtn".!!!:. 109

iM'paiidu lotît Sîirj sa;)g |)rccieii\, cl (ju'i! ail subi la .inoii l;i plus cruelle cl la plus inlame ? Et ccl immense bienlait, plus îzraud que celui de la créaliou, il nous le met pour ainsi dire <lans les mains ; il fait dépendre de nous-mêmes la rémission de nos péchés, puisqu'il suflil, pour l'obtenir, de pardonner à ceux qui nous ont oiïensés ; et celle condition nous semblera trop dure et trop dinirile à remplir ?

XIV. Mais une parabole que nous trouvons dans l'Evangile nous rendra la chose plus sensible : « Un roi, dil.lésus-(^hrist » (Maitlt. 18), voulut se l'aire rendre compte par ses servi- » lt!urs. Quand il eut commencé, on lui en présenta un qui » lui devait dix mille talents. Comme il n'avait pas de ([uoi » payer, son maître ordonna qu'il fût vendu avec sa lennne, » ses enfants, et tout ce qu'il avait, pour l'actiuil de celle dette, w Le serviteur se jetant à ses pieds, le suppliait, en disant: » Accordez-moi quelque délai, et je vous payerai tout. Le mal- » Ire de ce serviteur ayant pitié de lui, le laissa aller, et lui M remit sa dette. Mais ce serviteur ne fut pas plus tôt sorti, que M trouvant un de ses compagnons qui lui devait cent deniers, « il le prit à la gorge, et l'étranglait, en disant: Paye-moi ce » ([ue tu me dois. Son compagnon se prosternant à ses ge- » noux, le conjurait, en disant: Accordez-moi quelque délai, » et je vous payerai tout. Mais il ne le voulut point, et il le fit » mettre en prison, jusiju'à ce qu'il satisfit à sa dette. Les au- » très serviteurs voyant ce qui se passait, en furent fort af- » lligés, et avertirent leur maître de tout ce qui venait d'ar- » river. Alors celui-ci le fit venir, et lui dit : Méchant servi- )) leur, je t'avais remis toute ta dette, parce que tu m'en avais 5> prié ; ne devais-tu donc pas aussi avoir pitié de ton compa- » gnon, comme j'avais eu pitié de toi? Et transporté de co- » 1ère, il le livra aussitùlaux exécuteurs de la justice, jusqu'à i> ce qu'il payât toute celle dette. » Venons maintenant à l'explication de cette parabole. Le roi qui demande comptée ses serviteurs, c'est Dieu lui-même. Nous sommes tous représentés parce serviteur (jui devait dix mille talents à son maiirc, et le compagnon qui ne devait que cent deniers est la figiirede notre prochain (jui nous a offensés; car les dettes que nous avons contractées envers Dieu sont énormes , comme l'était la somme des dix mille talents pour le serviteur dont il t'slparlé dans cette parabole ; et si nous comparons ces dettes avec les injures que nous avons reçues de notre prochain, celles-ci seront à peine les cent <leiiiers dont il est fait mention dans l'Evangile. El tandis une l;ieu veut bien, par un effet de

110 X. INSTP.CCTION

sa miséricorde, nous remettre nos péeliés, qui sont des dettes si considérables, nous refuserons de pardonnera notre prochain les injures qu'il nous a faites, et qui équivalent à peisïe à la valeur de cent deniers, en comparaison de dix mille talents que nous devons à Dieu ? Notre Père céleste nous promet de nous pardonner tous les outrages que nous avons faits à sa divine Majesté, à celte seule condition que nous oublierons nous-mêmes les nijures que nous pouvons avoir reçues de la part de nos frères, et nous regarderons cette condition comme trop dure et trop pénible? N'est-ce pas là mériter que Dieu nous relire ses grâces, et refuse de nous pardonner, comme ce roi, à son méchant serviteur? C'est la conclusion queJésus- Chrisllire de cette parabole. C'est ainsi, dit-il, que mon Père céleste agira envers vous, si vous ne voulez pas pardonner à votre prochain une injure qui,quoiqu'elle vous paraisse grave, n'est en réalité que bien légère, tandis que vous avez besoin que Dieu vous remette les dettes immenses que vous avez contractées envers lui par vos péchés.

XV. Non, mes Frères, celui qui ne pardonne pas n'a point de pardon à espérer ; il reste dans l'état du péché, et s'il meurt sans s'être réconcilié, U n'a d'autre sort à attendre qu'un enfer éternel. Ecoutez, à propos de ce que je vous dis, un lV.il terrible que Surius rapporte dans la vie de saint Nicéphore, martyr. Celui-ci avait un ami intime nommé Saprice; mais à la suite d'une contestation, ils cessèrent de se voir, et eu vinrent même à une haine déclarée. Nicéphore revint bientôt à de meilleurs sentiments, et (il tous ses efforts pour se rapprocher de Saprice. Mais celui-ci, toujours plus obstiné, voulut persévérer dans son animosité. Vers le même temps il s'éleva une grande persécution contre les chrétiens. Saprice fut pris, tourmenté cruellement, et ensuite condamné à morl. pour n'avoir pas voulu sacritler aux idoles. Nicéphore en ayasu eu connaissance, court se jeter à ses pieds, tandis qu'on le conduit au supplice ; et au nom de Jésus-Christ il le supplii? de lui pardonner. Saprice ne peut se résoudre à chasser de son cœur le venin de la haine. Il refuse encore de pardonner, et au mèine instant il renie Jésus-Christ, et consent eiiliu à adorer les idoles. Nicéphore, aniiné d'un saint zèle, se préiipite au milieu de la foule, et s'écrie : Je suis chrétien, je cmii en ce vième Jésvs-Chrisl auquel cet (ipiif,t(il vient de renoncer ', que l'on vie fut^sc mourir à sa pince. F.n e!Te(, il est condani;;é à avoir la îiMe Irancliée; son àn^' s'oiiv!)!e <lnns !o ciel, emportant la p;iline du mai lyre, et Saj)rice nu".irl ensuite en rénro'ivé.

SlTv LA rRIF.r.E tll;

XVI. Voici un exemple bien dilTérenl tiré de la vie de saint Jean Gualbert. Tandis qu'il était encore dans le monde, ii avait un frère qui fut tué par un de ses ennemis ; il ne cessj de prendre des informations pour reconnailre le coupable, afin de venger la mort de son frère. Un jour (c'était le vendredisaint) qu'il se trouvait bien armé , il aperçut l'homicide dans un lieu où il lui était impossible de s'échapper. Ce malheureux étend ses bras en forme de croix, et le supplie de lui conserver la vie au nom de Jésus-Christ qui, en ce jour, avait répandu son sang pour le salut des hommes. Jean, touché de compassion, lui pardonne, descend de son cheval, embrasse le criminel, et lui promet de le regarder dès ce moment comme son frère. Après un acte aussi héroïque de charité, il entre dans une église voisine, et tandis qu'il est en prière devant uncruciûx, il l'aperçoit qui remue la tète et qui l'incline, pour lui marquer que Dieu avait pour agréable l'action qu'il venait de faire pour son amour. Ayant été frappé dece miracle, il abandonna le monde, se fit religieux et devint ensuite un grand saint.

XVII. Ces exemples nous montrent combien Dieu déteste ceux qui nourrissent dans leur cœur des sentiments de haine et d'aversion contre les personnes qui les ont olTensés, el combien au contraire il se montre miséricordieux envers ceu:i qui pardonnent volontiers les injures qu'ils ont reçues de leur prochain. Et voilà le fruit que vous devez retirer de l'cxplicalioa de cette demande. Vous pouvez être assurés que Dieu vouspardonnera vos péchés, mais avec cette condition indispensable que vous pardonnerez vous-mêmes à ceux qui sont vos frères en Jésus-Christ. Priez autant que les anciens solitaires, jeûnez, faites des pénitences aussi austères que les anachorètes des déserts, toutes ces prières et toutes ces péiiitences ne vous serviront derien,sans l'oubUdes injures. Sivousvoulezque Dieu use de miséricorde envers vous, qu'il vous pardonne vos péchés, chassez de votre cœur tout sentiment d'inimitié, aimez vos ennemis, priez pour eux, chorchez à leur faire tout le bien possible. En récompense de vos légers sacrifices, Dieu vous comblera de ses dons et de ses grâces en celte vie, et vous reudra participants de sa gloire pendant réternilé.

SUR LA PRIÈRE

explication de la -sixième demande de l'Oraison Dominicale : Se tjom laissez pas succomber à la tcniaiiov.

Dans la cinquième demande de TOraison Dominicale, nous prions Dieu de nous remellre nos péchés, que nous avons appelés à si juste lilre les plus grands de tous les maux, en nous engageant nous-mêmes à pardonner à notre prochain les in;ures que nous avons reçues de lui. Mais il ne suffit pas de demander à Dieu le pardon des fautes que nous avons eu le malheur de commettre ; car si nous étions abandonnés à nos propres forces, livrés à la fureur de nos ennemis, bientôt nous serions de nouveau leurs esclaves, el nous nous séparerions encore de notre Père célesîe, pour retourner au service de maîtres aussi perîides. 11 étiiit donc de la sagesse de notre divin Sauveur, après nous avoir enseif^Mié à demander le pardon de nosolïenses, de nous apprendre à implorer pour l'avenir le secours divin, el à solliciter les grâces nécessaires, ïilin de ne pas succomber aux tentations qui, bien que nous les ayons appelées des maux médiocres, ou du second ordre, sont néanmoins très à craindre, par la raison que si nous «'avions pas soin de nous tenir sans cesse en garde contre elles, nous serions entraînés insensiblement dans le péché. Je vous démontrerai dans cette Instruction combien il nous importe de bien faire à Dieu cette demande ; ce que l'on entend ])ar tentations, et quelles en sont les causes; et enfin je vous exposerai les moyens que nous devons mettre en œuvre pour ne pas y succomber.

I. Il est hors de doute que l'ennemi de notre salut attaque d'une manière plus forte les âmes qui, après avoir obtenu de la divine miséricorde le pardon de leurs fautes, sont rentrées en grâce avec Dieu par le moyen d'une sincère pénitence, et qui, pour correspondre à ce bienlail, s'adonnent avec ardeur à toutes les œuvres de piété. C'est à ces âmes principalemenl. que le démon cherche à tendre des embûches ; c'est contre elles qu'il dirige tous ses efforts, et il n'y a pas d'artifices qu'il n'emploie pour les faire retomber. Tandis que les Israélites, qui étaient le peuple de Dieu, vivaient sous la dure servitude <lu roi Pharaon, ce monarque les laissa en paix, se contentant

SUR LA PBIF.nf!. 113

de les obliger à lui payer de forts iribuls, cl de les condiui:':c;' ù des travaux pénibles. Mais dès (juMls eurent maniii^^i''' k; dessein où ils étaient de sortir de l'Egypte, ce tyran cruel doi;bla leurs impôts et leurs travaux ; et au moment où il U>s \if, s'éloigner de lui et sortir de son royaume, il réunit l(iiiles si's troupes, etse mita les poursuivre pour les subjuguer do lionveau, eties réduire à leur premier esclavage. C'esi ai!i>i (;'U' le démon agit envers lésâmes qui ehei'clienl à secouer son joug, et à s'affranchir de son indigne ser\i(îKle. et plus spécialement encore à l'égard de celles qui ont rompu tout commerce avec lui, et se^sont données entièrement à Dieu. 11 n'ignore pas, cet ennemi acbarné à notre perte, qu'il est aisé de détruire un édifice tout récemment construit, et d'arracher une plante nouvelle et tendre qui commence à peine à jeter ses faibles racines dans la terre, et que le souffle le plus léger est capahle d'allumer de nouveau une lampe qui ne fait que de s'éteindre.

II. Mais qu'a fait notre aimable et divin Piédempteur ? Afin que nous pussions facilement résister à tous les elToi-ls de cet ennemi terrible, il a bien voulu nous munir de l'arme eéle^Wi de celle prière ; il nous a enseigné à recourir à notre Dieu, il nous a ordonné de nous adresser à notre Père et d'implorer chaque jour et même souvent dans le jour son secours divin, en lui disant: 0 mon Dieu, ne nous laissez pas succomber à la tentation : ei ne nos indacas in teiiladonevi. Elles sont innombrables les raisons qui nous montrent la nécessité de faire souvent à Dieu cette demande ; je me bornerai avons exposer le;? principales, dont la première se tire de notre propre misère et de notre faiblesse, laquelle ne peut que nous faire tomber à chaque instant, si Dieu ne nous aide par son secours et par .sa grâce à surmonter les tentations si nombreuses et si importunes dont nous sommes assaillis sans relâche. Et combien les saintes Ecritures ne nous fournissent-elles pas d'exemples déplorables de cette faiblesse humaine? Arrêtons-nous à celui »Iu'ellesnous donnent dans la conduite des Apùtres,au moment où leur divin Mailre fut pris au jardin des Oliviers (.l/a///(.2iî). Dans lecénacle, animés des sentiments les plus généreux, ils avaient protesté à.lésus-Christ qu'ils lui demeureraient fidèles, et qu'ils ne l'abandonneraient jamais, et à peine le voient-ils entre les mains de ses ennemis, que la crninte leur fait prendre la fuite. Pierre lui-même, qui avait montré le plus de courage et d'intrépidité, et qui avait dit à son Alaitre (lu'il aimerait mieux se laisser mettre en prison ave;' lui . que de l'aba/i-

lli XI. INSTRUCTION

donner, qu'il préférait mourir plutôt que de le renier; Pierre n'ose le suivre que de loin, et à la voix d'une servante, il jure trois fois qu'il ne l'a jamais connu. Or, conclut le Catéchisme romain (/i/(/.), si les piiis fortes colonnes de l'Eglise ont été ébranlées et sont tombées , pour n'avoir pas été soutenues par le bras toi!t-|xi!ssantde bien, comment résisterons-nous avec nos propres forces, nous qui ne sommes que de faibles roseaux?

îlî. La saconde raison qui doit nous engager à recourir à Dieu et à lui adresser cette prière , c'est que nous sommes assaillis de toutes parts et attaqués par toutes sortes de tentations; nous sommes tentés au-dedans et au-dehors , et dans notre àme et dans notre corps, et par le démon et par le monde , et par nous-mêmes , et cela non pendant un jour ou deux , mais pendant toute la vie , puisque la vie entière de l'homme est une guerre continuelle , selon l'expression du saint homme .lob ( c. 7 ). Et quel est celui d'entre nous qui n'ait à combattre sans cesse contre les assauts terribles de la colère et de lu concupiscence? Ah ! ils sont si multipliés et leurs coups si redoublés, qu'il est bien diflicile de n'en pas recevoir quelque atteinte. Outre ces ennemis qui habitent au-dedans de nousmêmes , nous avons encore contre nous ces ennemis cruels dont parle l'Apôtre, contre lesquels nous somnjcs obligés de combattre, et qui sont non-seulement la chair elle sang, mais encore les princes et les puissances, et les esprits qui gouvernent ce mojidc de ténèbres , c'est-à-dire ces ennemis remplis d'iniquités qui cherchent à nous priver des biens célestes {Eph. (>).

IV. Aux guerres intestines viennent donc se joindre les combats extérieurs que nous livrent les démons, qui tantôt nous attaquent ouvertement, et tantôt cherchent par des voies secrètes à s'insinuer dans notre âme. L'Apôtre, dit le Catéchisme romani (Nvm.o.. rtG), appelle princes ces esprits d"iniquilé, à raison de l'excellence de leur nature qui est supérieure à celle des hommes et à toutes les choses créées et sensibles. Il les nomme rois de ce monde de ténèbres, parce qu'ils régissent un monde ténébreux et obscur, c'est-à-dire des hommes qui, au lieu d'être éclairés des lumières de la grâce, sont aveuglés par les ténèbres deleurs passions; il dit (jue ce sont des esprits pleins d'iniquités, parce qu'ils les renferment toutes cî eux-mêmes, et qu'ils tentent les hommes en toutes manières, et |)ar la chair, et par l'esprit; par la chair, en les porlanl aux plaisirs criminels des sens ; par l'esprit, en les excitant à l\ ré!;e]!ion contre Dieu et àlatrans-

sur» LA Pi-.irr.E. 115

irression de sa loi sainte. Ces esprits de ténèbres nourrissent outre uoas uiioli.iinc implacable; ils ont juré de nous l'aire iiîie guerre coiiîiiii!elie,el de ne jamais nous accorder ni tiévc ri repos. Ils oiit porté la témérilé jusqu'à vouloir mouterati ,-ius haut des deux, pour dclrùncr l^ieu lui-même: In can.n comcaahnil ( {s. 1-4 ). Ils out allaqué nos premiers parents 'iaiis le paradis lern^slre ; ils ont assailli les Wrophèles et les 4JÔtres; bieii plus, ils ont eu Taudace de tenter .lésus-Chrisl iai-mème {Muiih. A), la c'est pour cela que l'apùlre saint i ierre nous exliorte à être toujouis sobres et vigilants, parce •juc, dit-il, noire ennemi, comme un lion rugissant, tourne sans cesse aulour de nous, afin de iious dévorer (/. Pei. 6]. i Comment, silaibles que nous sommes, pourrons-nous, sans .e secours divin, résister à des enneiiiis si puissants et si acbar- .é;> à notre [)erle ? ('es combals coniinuels que nous avons à ^•juienir , malgré noire laiblesse , soiit donc le second motif i'di doit nous porter à recourir à Dieu, alin d'obtenir de sa .>onlé la force surnaturelle dout nous avons besoin. , en lui dl- . «ni avec iérveur : ne nuim laissez pus succomber ù la tenluliuiu \ . La troisièiiiC et dei-nière raison qui nous montre combien il iious importe de bien faire cette demande, se tire de l'exemple que nous en a donné notre divin Sauveur, et des recommandations IVéquenles qu'il nous en a faites. Afin de IIOUS servir de modèle eu toutes cboses, comme dit saint Faul, excepté dans le péché, il avait permis au démou de le tenter; mais pour se préparer à la tentation , il se retire dans im désert, où il observe un jeûne de quarante jours, uniquement occupé àla priore. Or, si noire divin Modèle, qui ne pouvait être tenté qu'autant <]u"il voulait bien le permetti-e au démon, u voulu uéanmoiiîs se préparer à la tentation par la prière , k combien plus forte raisou ne devons-nous pas employei- ce grand moyen , nous qui sommes tentés malgré nous-mêmes? Aussi tous les Saints ont-ils suivi cet exemple admirable. L'apotre saint l'aul, lorsciu'il était si violemment tenté parTaiige de 5atan, se servait du remède puissant de la prière. C'est itr nioyen que Jésus-Christ nous aie pins fortement recommandé dans son Evangile. Veillez et priez , dit-il à ses discijîles {M"iih. -23) , si vous voulez ne pas succomber à la tenlatiiin : Vi;, •laie et uvale, ni non min- lis in teutationeni. Et pourquoi le*; Apôtres abandonnèrent-ils leur divin Mailre au jardin des L'iviers, birstju'ils le virent entre le^ mains de ses ennemis? M);î:(jiiuis;<inl lierre iui-méii!e le rcnia-t-il d'une manièresi indigne, à la voix d'une servante? C'est parce qu'ils avaient né-

116 \'I. INSIIU;- TION

gligé de mettre en pralupie ce que Jésus-rinist leur avaU ordonné tant (le fais; c'est pane qu'au lieu de veiller et de prier, ils s'étaient lâchement livrés au sommeil. Voilà les principales raisons pour lesquelles nous sommes obligés d'implorer à ch:;- <]ue instant le secours divin, afin de ne pas succomber aux tentations de nos ennemis.

VI. Après avoir considéré la nécessité où nous sommes de recourir à Dieu, afin qu'il nous préserve du malheur de suc- <;omber aux tentations, il nous faut examiner ce que l'on entend par le mot tentation , et quelles en sont les causes. Par tent:ition en général, on entend une épreuve que l'on fait de la fidélité d'une personne; et,en ce sens, nous pouvons dire que Dieu tente ses élus en éprouvant leur vertu, afin de la montrer au monde, delà proposer pour modèle aux autres , et afin de la récompenser ensuite avec plus de magnificence et de libéralité. C'est ainsi qu'il éprouva la fidélité d'Abraham (Gen. 22), en lui ordonnant d'immoler Isaac son fils unique. C'est ainsi queToi)ie étant chéri de Dieu, il était nécessaire, comme lui dit l'ange Raphaël {Tob. 12), qu'il lut éprouvé par la tentation. Le Seigneur vous éprouve, dit Moïse aux IsraéHles(Deu/. 13), afin de voir si vous l'aimez ou non : Tentât vos Dominus Dcus nosici\ ut pulùin fini, ulrùin diliijatis, an non. On peut donc dire <\ini Dieu tente les hommes par des afflictions, par des maladies, parla pauvreté ou par d'autres disgrâces et d'autrescaîamilés, afin de mettre à l'épreuve leur vertu , leur fidélité et leur amour, parce qu'en ell'et, de même que le feu éprouve l'or et le purifie , ainsi ces espèces de tentations éprouvent la vertu et la fidélité de l'homme.

VU. Mais ce ne sont pas là les tentations que .lésus-ChrisI a <îues en \ue, lorsqu'il nous a appris à û\rc: ne nous luiss/z ]ias succomber à lu lenlaliun. {]elle dont il s'agit dans cette demande, comprend tout ce qui peut nous porter au mal, et, en ce sens, nous sommes tentés, lorsque par une chose quelcon- <ine, nous sommes sollicités à commettre un péché. La tentation envisagée sous ce rapport ne vient de Dieu en aucune manière , parce que Dieu étant infiniment bon, et ayant une ■horreur souveraine pour le péché, il ne peut engager j)ersonne à s'en souiller. C'est pourquoi l'apôtre saint .Jacques nous dit (Epist. 1. 13): Que celui qui est tenté ne dise pas que c'est Dieu qui ic tente, parce que Dieu est incapable de poricr au ma! : Deus cnivi iuteiitalor utnlorum est , ipse uittem ueniincm icniui.TovLl ce qu'Unous est permis dédire, c'est qu'absolnwieat parlant, Dieu pourrait empêcher l'homme de succomber

srn LA vi;!Lr.!:. 117

à îa tentation, et que,par un effet de ses redoutables, maisjiiste^^jugemenls, ilne le fait pas, parce (|ue Tlioninje ne mérite point les grâces privilégiées qui le préserveraient du péehô ilaîis [elle occasion , et que Dieu , après avoir été abandonné par le pécheur, l'abandonne à son tour aux désirs déréglés de son cœur, et cela, ou par un effet de sa justice ou de sa miséricorde, afin que le pécheur, s'il vient à se convertir, soit plus vigilant après sa conversion, et se tienne mieux sur ses gardes; pour ne pas retomber à l'avenir.

VllI.IHiis(itie Dieu estincapable de nous porter au mal,quelrt sont donc les auteurs de nos tentations ? Ce sont le démon , h? monde et nos propres passions. Le démon , ennemi juré de Dieu , qui l'a chassé du ciel et condamné à l'enfer , voudrait le voir déshonoré de tous les hommes ; et c'est pour cela qu'il ne cesse de les solliciter à l'offenser Transporté de dépit en voyant que nous sommes destinés à occuper dans le ciel la place qu'il a perdue par sa faute, il désire qu'aucun de nous ne puisse arriver à la possession de ce bonheur, et en conséquence, il cherche sans cesse à nous faire participer à sa rébellion, afin de se procurer la satisfaction cruelle de nous voir partager son châtiment dans l'enfer. JN'ayant pu se rendre égal à Dieu , ni dominer dans le ciel , il voudrait dominer sur la terre, se faire adorer des hommes et régner sur eux; et c'est, pouraccomplirses desseins pervers, qu'il cherche continuellemenl à nons faire tomber dans le péché. Il nous tend ses embûches, il diversifie ses suggestions selon la diversité des esprits et des lempéraments. Comme un général d'armée qui, voulant s'emparer d'une place forte, commence à faire le tour de sesnnu-s, pour examiner quelle est la partie la plus faible, afin de l'attaquer de ce côté, ainsi le démon cherche à connaître quelle est en nous la partie faible, c'est-à-dire quel est le vice auquel nous sommes le plus enclins, quelle est notre passion dominante, afin de diriger toutes ses forces de ce côté, pour se rendre plus facilement maître de notre âme.

I.\. S'il ne peut parvenir à nous vaincre par ses suggestions I)crvcrses , il se ligue avec le monde et avec la chair, et il lesarn-e contre nous. 11 arme contre nous le monde; et le monde alors nous tente en nous ofirant ses plaisirs et ses divertissements, en nous engageant dans des conversations obscènes ou trop libres, en nous inspirant l'amour du jeu, des spectacles , des représentations dangereuses qui , selon la doctrine de saint Augustin et de tous les autres saints Pères, sont les œuvres et les pompes du démon, auxquelles louf

l'hrétien a dû renoncer dans le baptême. Le monde nous tente par ses discours impurs, qui de nos jours sont devenus l'assaisonnement ordinaire de la conversation parmi les personnes qui vivent dans l'oisiveté. Il nous tente par ses exemples scandaleux, par ses maximes pernicieuses, et en tournant en dérision la vertu et la piété. Souvent, dit le Catéchisme romain (Ibid.) , il se sert des hommes corrompus et pervers , comme d'autant de suppôts, et surtout des hérétiques , lesquels étant assis dans la chaire de l'erreur, vont répandant de pari et d'autre le venin mortel des mauvaises doctrines, et entraînent ainsi dans le crime un grand nombre de chrétiens lâches et indifférents, déjà portés au mal par le penchant naturel. Enlin le démon se joint à nos passions , afin de nous tenter plus fortement, en allumant en nous les flammes iinpurcs de la concupiscence , en excitant dans notre cœur l'amour des plaisirs, des honneurs et des biens de la terre. Tels sont les ennemis divers que nous avons à combattre. Il n'y a pas d'état, d'âge, de sexe, de condition qui soit à l'abri des tentations. Mais pour l'ordinaire, selon que le remarquent les maîtres de la vie spirituelle, et que l'expérience le démontre, l'enfance est plus ijpécialement tentée de gourmandise; l'impureté est la passion dominante de la jeunesse ; l'ambition, celle de l'âge viril ; l'avarice , celle des vieillards qui , quoique plus rapprochés de la tombe , craignent toujours que la terre ne vienne à leur manquer.

X. Que demandons-nous donc à Dieu en lui disant : Ne nous laissez pas succomber à la tentation? et ne nos inducas in tentulioneiii^? Connaissant d'un côté notre fragilité et notre faiblesse, et de l'autre, les ruses et la puissance de nos ennemis , nous prions Dieu d'éloigner de nous les tentations, ou de ne pas permettre que nous soyons tentés au-dessus de nos forces. iSous le supplions de ne pas nous abandonner dans le moment du combat , de ne pas permettre Cjuc nous soyons surpris i)ar ies artifices du tentateur , de ne pas nous laisser tomber dans ses pièges , ni succomber sous ses coups. Nous lui demandons -enfin qu'il nous assiste par sa grâce toute-puissante, qu'il nous préserve du malheur de nous rendre à la sommation de l'ennemi , et de lui céder la palme, et qu'il nous aide à sortir victorieux de tous les combats que nous aurons à soutenir contre lui, tomme le dit saint Augustin : XedcserlicJHsadjutorio, alicui Icnialioni vel conseiiliaiuus dect'pli, vclcedamiisafflicti(Ep. 121).

XI. Mais, direz-vous , est-ce un mal et un péché que d'être tenté, et de ressentir niéiiie de violentes icntalious? Non, mes

sur, LA rRiÈnE. ÎI9

Frères : les tenlallons, au conlraire, nous sont très utiles, elles nous procurent de grands avantages. L'Ecriture Sainte (Jac. I. 12) appelle bienheureux et amis de Dieu ceux qui sont tentés, par la raison qu'après avoir été éprouvés , ils recevront en récompense une couronne de gloire : Beatus vir (juisufferl tenlationein , quoniam cùin prohatus fuerit , accipiet voronani viiœ. Les plus grands amis de Dieu sont ceux qui ressentent les tenlalions les plus tories et les plus multipliées ; mais si le combat est dur et pénible, la \ictoire n'en sera que plus glorieuse. Succomber à la tentation, c'est un péché; mais elle devient la source d'un mérite infini , lorsqu'on lui résiste el<(u"on la surmonte. C'est pour cela que les Saints et les serviteurs de Dieu, bien loin de s'allliger, étaient remplis de joie (Huuul ils se voyaient accablés par les tenlations. El c'est ce <!iie nous conseille l'apôtre sainl Jacques (1. 2) en disant : Réjouissez-vous , mes Frères , quand vous serez assaillis d'un i^rand nombre de tentations; soyez persuadés qu'elles sont pour ^ous la source d'un grand bonheur, et d'un moyen d'accumuler des mérites , parce que votre iidélité étant mise à l'épreuvi,; , ccile épreuve exercera votre patience, et la patience étant une chose sainte et parfaite, vous deviendrez par-là saints et parfaits : Omue (jaudium exislimale , fralres, cùin in loilatwiies varias incidcriiis. C'était aussi lesentiment de saint Paul. « Nous M nous glorifions , dit-il dans son Epitre aux Romains (c,5.4), w nous nous réjouissons au milieu des tribulations et des ten- » tations, sacliant que les tentations exercent notre patience » et mettent notre vertu à l'épreuve, et cette épreuve est le 3) fondement de notre espérance. »

Xll. C'était la raison pour laquelle les anciens moines elles solitaires des déserts étaient dans l'allégresse, lorsqu'ils se vo\ aient assaillis parles tentations, dont ils craignaient la privation. Saint Dorothée (Doc;. 13) rapporte d'un de ces Pères (juc, voyant un disciple qui était en proie à une tentation violente, il en fut touché de compassion, et lui dit qu'il prierait Dieu de vouloir bien l'en délivrer. Non, mon père, répondit le sainl religieux, car j'en relire un grand protit. C'est un motif pour moi d'élever plus souvent mon cœur vers Dieu, de recourir à lui plus fréquemment parla prière, et de me livrer avec plus d'ardeur à la pénitence elà la mortincation. Le supérieur lut transporté de joie en entendant la réponse de son disciple, et il lui dil : Je reconnais, ù mon (ils, que vous faites de grands progrès dans la perfection. Le même saint Dorolhée raconte (l'un autre religieux, ([u'ayanl clé délivre d'une tentation très

120 XI. INSTRl'OTION

importune, il s'en aflligon, cl s'en plaignit à son Dieu, en versant des larmes, et en lui demandant s'il ne le jugeait plus digne d'être tenté et adligé pour son amour. Saint .lean Climaque nous dit aussi, en [)arlant de saint Ephrem, cjue, se trouvant dans un état de paix et de calme, il suppliait Dieu ave<; instance de faire revivre ses anciens combats, afin de pouvoir ajouter de nouvelles perles à la couronne qui lui était préparée dans le ciel. Bien loin d'être un mal, les tentations nous sontdonc,ainsi que vous venez de le voir, d'une très grande utilité.

XII. Et en effet, les tentations nous apprennent à connaître notre faiblesse et notre indigence; et celte connaissance nous maintient dans l'humilité ; elle nous montre l'obligation où nous sommes de recourir à Dieu dans les dangers, et par ce moyen, il nous fait voir évidemment que c'est de lui seul qu/* nous vient tout notre secours et toute notre force. La tentation nous rend plus attentifs à nous éloigner des occasions, plus circonspects dans les périls ; elle nous exerceet nous donne un plus grand courage pour résister, et plus de vigilance pour ne pas nous laisser surprendre. Quand l'apôtre saint Paul (If. Cor. 12) se vil tenté avec tant de violence par l'aiguillon de la chair, il supplia trois fois le Seigneur d'éloigner de lui cette tentation; mais le Seigneur lui répondit que sa grâce lui était suffisante pour pouvoir résister, et que, par les tentations, la vertu croissait et se perfectionnait. Les tentations nous apprennent encore à découvrir les ruses et la malice du démon. Que sait-il, dit l'Ksprit-Saint, celui qui n'a jamais été tenté? Qi/t îjo/î est teiiiaiHs qnid scii (Ecclli. 39)? Un homme qui n'a jamais voyagé sur mer, ni assisté à aucun combat, quelle connaissance peutil avoir de la manière de conduire un vaisseau, ou de disposer une armée sur le champ de bataille? Les tentations nous sont donc très avantageuses, lorsque nous les combattons généreusement avec le secours delà grâce.

XIV. .Mais d'oïl vient que les personnes qui servent Dieu avec le plus d'ardeur et de fidélité, qui ont soin de se tenir éloignées des objets trompeurs et des occasions dangereuses, sont celles qui éprouvent les tentations les plus fortes et les plu> multipliées? tandis que ceux qui vivent dans le monde, qui ouivent ses maximes corrompues, qui se permettent toutes sortes de libertés et dans les paroles et dans les actions, qui sont toujours dans les fêles, dans les bals, dans les lhéàtres,qui porlenlles yeux sans aucune retenue sur les objets les plus enrhnnlours, oi (pii jjour plaire ont employé toutce que l'art a de f '•!< 1- < hrihé, veulent nous faire croire qu'au milieu de loules

Slft I.A PRILHG 12 f

cts occasions et de lùu.s ces appâts, ils ne ressentent pas lu moiiidre révolte, et qu'ils ne peuvent concevoir ce que sont ces lenliitions terribles, qui faisaient trembler les Saints, et que les prédicateurs exagèrent si fortement. Ces hommes du monde ne ressentent aucune révolte, aucune tentation ? C'est un mauvais augure, dit saint Chrysostôme : ils sont comme ces malades auxquels la gravité delà maladie fait perdre le sentiment de ce qu'ils soudVent. Ce sont des infortunés dévorés par les îlammesdes passions, et qui ne s'aperçoivent pas de l'incendie. Pourquoi Balaam frappant son ànessequi ne voulait pas avancer, et entendant cet animal lui parler et lui reprocher sa cruauté, pourquoi, dis-je, ne fut-il point surpris et étonné de ce prodige (iV»/>i. c. 22)? C'est, répond saint Augustin (//. 18 ni^Oin iVum.), que Balaam était un magicien, et par-là même accoutumé aux apparitions horribles et monstrueuses du démon..lss»erî«i- monslris erat. H en est ainsi des mondains qui ne se sentent nullement émus à la vue de certains objets qui épouvantent les personnes chastes, parce qu'ils sont familiarisés avec eux. (Vide Lyran. et Calmel in hune lociim).

XV. 11 n'y a personne qui ne soit tenté, et ceux qui ne croient pas l'être, dit saint Jérôme, le sont encore plus dangereusement que les autres. Un apôtre , saint Paul, dans le laborieux exercice de son ministère, occupé à porter l'Evangile à tout l'univers, est violemment tenté par une chair qu'il domptait sans cesse, et les mondains qui la tlallenl,quilui accordent tout ce qu'elle demande, n'en éprouveront point les alla- (|ues ? non, il n'en est pas ainsi, à moins que l'on ne dise qu'ils ont déjà satisfait cette chair et assouvi leurs désirs criminels. Ce même démon, qui a porté la témérité jusqu'à tenter les Benoit, les Bernard, les François et tant d'autres Saints retirés dans les grottes les plus obscures, dans les cloîtres les i)h}S étroits, laisserait en paix les mondains qui s'exposent volunlairemenlà tous les dangers ? Encore une fois, il n'en est pns ainsi, à moins (jue l'on n'avoue qu'ils ont déjà fait alliance avec ce mailre cruel, ou pour mieux dire, qu'il s'est déjà emparé de leur cœur, et que déjà il les a subjugués et vaincus.

XVI. Nous connaissons donc maintenant l'importance et la nécessité de faire toujours avec ferveur celte demande : ^'e nous laissez i)as succomber à la tentation : ci nn nos inducas in tenta tionem.^ous avons vu que Dieu nous tente i)0ur éprouver notre fidélité, mais non pour nous induire au péché; qu'il n'y a que le démon qui, ligué avec le monde et nos passions, .i')us tciile })()ur cherchoi" à iious faii'c tomber dans le crime.

122 XI. KNSTP.rCTION

r/cst contre ces enneiiiis paissants (jue nous aurons à conibat- Ire tonte notre vie, et c'est pour cela que nous devons prier Dieu de ne pas permettre que nous soyons tentés au-dessus de nos forces, et de nous soutenir tou ours avec le secours puissant de sa grâce. Ce secours ne nous manquera jamais, pourvu que nous ayons soin de le demander. Cependant cela ne suilit pas, il faut encore nous en rendre dignes, en employant (le notre côté lousles moyens qui sont en notre pouvoir, aliii de ne pas succomber à la tentation. Le premier et le princii)al de ces moyens est la fuite des occasions dangereuses et de tout ce qui peut être pour nous un sujet de tentation. Comment voulons-nous que Dieu nous aide à vaincre, si nous nous exposons volonlairementau danger, si nous allons nous mettre nousni'ômes entre les mains du démon ?

XVII. Or, c'est ce que font un grand nombre de cbrétiens, qui n'attendent pas la tentaliou, mais qui vont la cbercher dans les veillées, dans les bals, dans les cercles, dans les jeux, dans les Ibéàtres. Comment osent-ils faire cette demande : »e nous laissez pas siicconibtr ù ta Untaiion2 C'est, en quelque sorte, se moquer de Dieu que de lui dire : ne nous laissez pas succomber à la tentation, et en même temps d'aller au-devant d'elle. Le but de cette demande est d'obtenir de Dieu le secours dont nous avons besoin dans celles qui nous arrivent contre notre volonté, et où nous nous trouvons quelquefois par nécessité, pour remplir les devoirs de notre état, comme le cbasle .losepb lorsqu'il fut tenté par sa maitresse impudique ; ou pour exercer la cbarité, comme lit Juditb pour le salut de son peuj)le ; mais non pas dans celles où nous nous exposons par caî)rice, par curiosité, ou pour passer le temps. Dans ce cas , demander à Dieu qu'il nous préserve de faire des chutes, c'est lui demander un miracle sans nécessité, c'est tenter Dieu lui- )iiéme. Outre la fuite des occasions, il faut encore nous atlouner avec ardeur aux exercices de la piété, nous rappeler souvent la présence de Dieu, penser qu'il nous voit, qu'il est témoin de nos combats, et qu'il sera lui-même notre couronne et notre récompense. 11 faut recourir aux sacrements, voilier sans cesse sur notre cœur, sur nos sens, observer la retraite autant que possible, et ajouter à ces moyens la prière, et celle principalement que notre divin Maître nous a enseignée: •Ne nous laissez passuccomber à la tentation : Viriilate et orale, ut non intretis in teniationem. Et alors nous pourrons espérer d'éviter toutes les chutes, de surmonter toutes les tentations, de remporter sur tous nos ennemis une victoire corn-

SUR LA PRIÈRE. Ml

plèle, non que nous ayons lieu de nous en glorifier; comme Vayant remportée de nous-mc'mes ; nous devons toujours eu rapporter à Dieu toute la gloire, et lui témoigner notre reconnaissance de ce qu'il nous adonné la force de vaincre {)ar les mériles de Jésus-Christ, à qui est dû tout honneur et toute gloire, pendant les siècles des siècles : Deo auiemgraiidu, qui dédit nobis vicloriam per Dom'inumnoslrum Jesum ChrisUnji (J. Cor. 15).

JOUZIÈME INSTRLCTION

SUR LA PRIÈRE

Explication de la septième ilemande de l'Oraison Dominicale : il/fl/> ddliviez-iious du mal.

Nous sommes enfin arrivés à l'explication de la septième et dernière demande de l'Oraison Dominicale , par laquelle nous prions Dieu qu'il nous délivre du mal. Dans celte demande , comme le remarque le Catéchisme romain (de 7. peiii. «. 1), Jésus-Christ a renfermé en abrégé toutes les autres. Car , eu etïet, selon l'observation de saint Cyprien (Scnn. 6. de Oral. Dom.)^ quand nous aurons obtenu ce qui est renfermé dans ces paroles , il ne nous restera plus rien à demander. Nous examinerons donc ici trois choses. Premièrement, ce que nous demandons à Dieu en lui disant: mais délivrez-nous du })iah En second lieu , combien il nous importe de bien faire celle demande ; et enfin quels sont les fruits que nous devons retirci* des réflexions que nous ferons sur ce sujet.

I. JNoiis l'avons déjà dit , qu'en récitant l'Oraison Dominicale , nous sollicitons la délivrance de trois sortes de maux: du plus grand de ions , qui est le péché ; des maux du second ordre , qui sont les tentations, et qui nous portent au péché; cl des maux inférieurs qui sont les peines dues au péché. Dans cette septième demande, qui est comme la confirmaliondcs deux précédentes , en même temps qu'elle y ajoute cependant quelque chose de nouveau , nous prions Dieu de nous délivrer nou-seulemenl des deux premiers maux , mais encore de toutes les disgrâces temporelles, qui sont la suite elles efielsdu péché. En disant : mais délivrez-nous du mal , nous devoii.>i donc avoir l'intention de demander à Dieu qu'il nous déiivr-' de tous les maux passés, présents et avenir, de tous les revers, de toutes les afiliclions, de toutes les souffrances qui

1*24 xii. i>STrj'':Tio?;

sont les chàliiDiMils tUi péché, auxquels les plus justes nu'mc sont sujets. Que nous soyons environnés de toute part d'une infinité de maux temporels, il n'est pas nécessaire de le prouver, puisqu'une expérience journalière nous le fait connaître d'une manière sensible. De même il n'est pas besoin de dér.iontrer, principalement à des chréliens, la nécessité de recourir à Dieu pour qu'il éloigne d'eux ses châtiments ; la nature lious porte d'elle-même à faire cette prière , et lorsque nous sommes affligés de queUiues disgrâces , nous désirerions volontiers que Dieu fil aussitôt des miracles pour nous en délivrer. H. Mais ce que nous devons nous appliquer à bien connni- Ire, c'est l'ordre qu'il faut observer, lorsque nous avons recours à Dieu, afin qu'il nous préserve ou qu'il nous délivre de ces maux; car il y en a beaucoup qui ne le suivent pas. Nous devons donc savoir que si Dieu nous enjoint de nous adresser à sa bonté dans nos aftlictions et nos disgrâces, il nous a aussi prescrit l'ordre que nous sommes obligés d'observer dans nos dcioandes. 11 veut que nous commencions avant tout , dit le Catéchisme romain, à lui exprimer notre vœu que son nom soit sanctifié par tous les hommes, que son règne céleste arrive, que sa volonté s'accomplisse sur la terre de la même manière iju'elle s'accomplit dans le ciel ; qu'il nous donne avec le pain matériel nécessaire pour la vie du corps, le pain de sa divine parole, de la sainte Eucharistie, et toutes les grâces et tous les secours dont nous avons besoin pour conserver la vie de notre iime ; qu'il nous pardonne nos péchés passés, et nous préserve d'en commettre d'autres à l'avenir.

III. Ce n'est qu'après que nous l'aurons prié de nous accorder toutes ces choses, qu'il nous permet de lui demander la délivrance des maux temporels. Mais combien de fois ne renverse-t-on pas cet ordre ? Si l'on éprouve quelque infirmité, si l'on se trouve dans quelque danger, si l'on est menacé de la famine , de la guerre, d'une maladie contagieuse, ou de ijuclque autre désastre , aussitôt on recourt à Dieu pour en iîire préservé ou délivré, et on laisse de côtelés autres biens, qui, regardant la gloire de Dieu, cl le salut de l'âme, sont d'aulant plus nécessaires et d'autant plus précieux , que les choses spirituelles sont au-dessus des choses temporelles , et le bien de l'âme au-dessus de celui du corps : Cherchez avant tout le rinjuiDue de Dieu el sa justice, nous dit Jésus-Christ; c'est-àdire, occupez-vous à demander les choses spirituelles, et Ica 4:lioses temporelles vous seront ilonncex par surcroît.

IV. H ne nous esl p;;> défciubi , ii"[M'iulanf , comme nous Vit-

vous dit ailleurs, de deiiiiMidcp ce ([ui a rapport au corp> et hht délivrance des maux qui raecablenl; mais en tout cela nous, ne devons nous proposer que la gloire de Dieu, et en qualité de chrétiens, nos prières doivent être différentes de celles des infidèles. Ces infortunés, privés des lumières de la foi, demandent aussi la délivrance de leui's maladies et des calamités qui les menacent ; mais ils placent principalement leur espérance dans les moyens ou les remèdes naturels , ou dans k' secours des créatures. Mais il faut que la conduite des chrétiens soit tout autre. Lorsqu'ils se trouvent allligés d'une în- Drmité ou de quelque autre disgrâce, c'est en Dieu seul qu'ils doivent mettre leur confiance , c'est de lui seul qu'ils doivent allendre leur salut et leur guérison. Ils doivent reconnaître (}ue lui seul peut les soulager et les délivrer, parce qu'il est seul l'auteur de tout bien; que si les remèdes naturels ont quelque vertu pour leur rendre la santé , ils n'ignorent pas que c'est Dieu qui la leur a donnée , et que ces remèdes ne pourront les soulager qu'autant qu'il plaira à celui qui les a créés pour l'homme. C'est le Très-Haut, ditl'Esprit-Saint {Eccli. 38), ijui fait produire à la terre ces remèdes , et c'est pour cela que l'homme prudent ne fera pas difficulté de s'en servir : A!tissiinus creavit de terra meilicinam, et vir pnidcus non abhorreb'it illam. Les vrais chrétiens, lorsqu'ils sont éprouvés pai* la maladie , usent donc des remèdes naturels ; mais au lieu de se confier en eux, ils se confient en Dieu qui a attaché à ces remèdes une efficacité. Aussi la sainte Ecriture Llàruct-ellcle roi Âsa (//. Paralip. 16) de ce qu'au lieu de recourir à Dieu dans son infirmité, il avait placé toute son espérance dans l'industrie et la science des hommes. 11 faut donc mettre toute notre confiance en Dieu, et croire que puisqu'il nous a ordonné de lui demander la délivrance de nos maux, il nous accordera, cette faveur toutes les fois qu'elle ne préjudiciera point au salut de notre àme.

V. Cela supposé, voyons ce que l'on entend par ce mal dont nous prions Dieu de nous délivrer dans cette demande. Les Pères de l'Eglise, saint Basile, saint Jean Chrysostôme, saint Augustin et plusieurs autres , par ce terme de mal, entendent le démon lui-même, qui étant parvenu au dernier degré de malice, s'appelle à juste titre méchant ou mauvais par excellence. C'est lui qui porte les hommes au péché, et qiia l'oa doit par conséquent regarder comme la source et l'auteur dsi tous les maux. C'est lui qui nous tente el nous y sollicite à chaque instant; et quoique nous ne l'ayons aucunement ofl'enséi

il cherche néanmoins à nous l'aire loin le mal possible; il trfivaiile sans relâche à procurer notre ruine, nîèine par le moyen des désastres extérieurs, comme il lit à l'égard de Job. C'est pour cela que dans celte demande nous prions Dieu de nous délivrer non pas des maux, mais du mal : à vudo, pour ma iquer que lorsque nous recevons une injure de la part de noire prochain , elle est toujours provoquée par le démon. Aussi n'est-ce point contre le prochain que nous devons tourner notre indignation, mais contre cet ennemi mortel , parl'iosligalion duquel notre prochain nous a offensés. Quand il nous a outragés, il faut donc prier Dieu qu'il nous délivre , ainsi (jue celui qui nous a fait cet outrage, des filets et des embûches du démon , notre ennemi commun : libéra nos à malo.

VI. En second lieu, nous pouvons dire avec d'autres , que , par ces paroles, nous prions Dieu de nous délivrer du péché, qui est le seul mal véritable; de ne plus laisser dominer en nous l'injustice et l'iniquité, comme dit le Roi-Prophète {Ps. 1 1 8), et de nous préserver de la mort élernelle. Ou , comme dit saint Augustin (/. 1 . de peccat. mort. e. 4) , nous le supplions de détruire en nous celte conciipiscence qui nous porte au péché; ce qui aura lieu seulement lorsque cette chair mortelle aura été revêtue de l'immorlalilé , et que la mort, selon l'expression de saint Paul (/. Cor. 15), aura été anéantie parla victoire. Alors il n'y aura plus de combats, plus de dangers d'être vaincus; alors nous serons délivrés de tout mal. « Seiw gneur, disait sainte Thérèse dans ses doux transj)orts , dé- }) livrez-moi de celte ombre de la mort; délivrez-moi pour l'a- 3) venir de tout mal , cl conduisez moi, ô mon Dieu, là où se 3) trouvent tous les biens. Que peut attendre ou espérer en ce 3) monde une âme qui a reçu de vous la lumière pour cony> naître tout ce qu'il y a de vanité et d'illusion sur la terre, 5) et qui avec l'œil de la foi, découvre ces biens éternels qiio » votre Père prépare à ceux qui l'aiment d'un amour parfait. »

Vil. On ne peut nier cependant que lorsque nous demandons à Dieu d'être délivrés du mal, sous ce nom de mal on ne doive entendre les dangers , les incommodités et tout ce qui pourrait être préjudiciable à notre santé, à nos biens, à notre honneur. C'est en cela que celte demande diffère des deux précédentes, où nous prions Dieu de nous accorder la délivrance du mal moral, c'est-à-dire de nous pardonner nos péchés passés, et de nous faire la grâce de ne plus succomber aux tentations à l'avenir. Par ces paroles: délivrez-nous du mal , noire divin Maître veut donc nous obliger à demander à notre

SIR LA pr.i'.-r.E. 127

Père cc]oste(jue,pai' \\n elïel de sa boulé cl desa miséricorde, il nous préserve des inondations, des sécheresses, -des incendies, de la foudre, de la tempête, de la grêle et de tout ce cjui ■pourrait nuire aux biens de la terre; qu'il nous garantisse des mauvais traitements et des trahisons de nos cnnciiiis; qu'il éloigne de nous les maladies contagieuses, les guerres, la famine, et toute espèce de désastres et de revers. Non-seulement nous lui demandons qu'il nous délivre de ce que les hommes regardent communément comme des maux , mais nous le prions même de nous priver de ce qu'ils appellent des biens, comme sont les richesses , les honneurs , la santé, la vie même, si ces choses doivent être pour nous un sujet de damnation. Nous lui demandons enfin la grâce de ne pas provoquer sa colère et son indignation, de n'être pas surpris par une mort subite et imprévue, et la grâce d'être préservés de tous les fléaux dont il est fait mention dans les litanies que chante la sainte Eglise. Mais toutes ces choses sont renfermées dans celte prière que fait le prêtre à la sainte Messe après le Pater msiei\ lorsque le peuple a répondu : sed libéra nos à mcdo : mais délivrez-nous du mal. « Seigneur, ajoute le ministre sacré, nous vous sup- » pHojJs de nous délivrer de tous les maux passés, présents et M avenir, par l'intercession de la bienheureuse -^^t glorieuse » vierge Marie, de vos bienheureux apôtres Pierre, Paul, An- }) dré et de tous vos Saints. Nous vous prions de nous don- )) ner la paix, afin qu'assistés du secours de votre miséricorde, 3) nous soyons toujours exempts de tout péché et de toute tri 5) i)ulatiou. » Voilà quels sont les maux dont nous demandons à Dieu la délivrance, en disant : mais délivrez-nous du mal.

Vlll >lais, direz-vous peut-être, Dieu étant infiniment bon , comment permet-il que nous soyons accablés de ta-nt d'ennuis, de tant de peineset de tant de maux de toute espèce? ne pourrait-il pas nous exempter de toutes ces misères et de toutes ces calamités, et nous faire passer nos jours sur la terre dans la jouissance de la paix et du bonheur? Non, mes Frères, cela n'est pas possible dans l'état où nous nous trouvons ; la condition de notre nature ne le permet pas. Nous sommes ici-bas comme des voyageurs et des étrangers. A cause du péché originel et de tous ceux que nous avons commis , nous sommes exilés sur la terre comme dans une vallée de larmes, et par conséquent nous devons y être comme des pénitents qui expient leurs fautes. Or, un pénitent doit continuellement se punir et se mortifier; un étranger doit sans cesse faire des efforts afin de parvenir au terme où il veut arriver; un exilé ne

128 ■ Nil. I.WiMtTiC.N

peul que plcurof et goinir tant qu'il m; trouve éloigné de sa «'lièrc patrie. 11 est vrai que Dieu, étant iiilinimenl bon et infiniment puissant , pourrait empêcher tous ces maux ; cepen- <iant, paruiicfTct de sa sagesse infinie, il ne le fait pas ,et cela pour notre plus grand bien , et afin de remplir envers nous ses desseins d'amour et de miséricorde. 11 permet que nous soyons affligés en ce monde , pour nous épargner dans Fauîi'e, et nous préserver d'un malheur sans terme. Les calamités <ie cette vie sont comme des remèdes qu'il nous fait prendre pour nous guéiir de nos infirmités actuelles, et pour nous gai'antir de celles qui nous conduiraient à une mort éternelle. Dieu se conduit envers nous, dit saint Augustin, comme fait un médecinà l'égard d'un infirme qui a un membre gangrené. Si l'on ne le retranche, ce membre, le mal se communiquera peu à peu à tous les autres, et bientôt le malade cessera d'exister. Oue fait donc le médecin? Il emploie le fer elle feu. Le malade s'épouvante, il pleure, il se plaint qu'on veut le faire mourir avant le temps : Sub Diedicamcnlo posiius ureris,secaris, tiamas. Mais le médecin ne l'écoute pas; il aime mieux faire souffrir cet infortuné pendant quelques instants, que de le voir înourir: Non audiat medicus ad ^-otunlatcin, sed aiidial ad saliiiaiem (in Psal. 85).

IX. C'est ainsi que Dieu, le divin médecin de nos âmes , se comporte à notre égard, ^'ous sommes accablés d'infirmités spirituelles, tyrannisés par nos mauvaises inclinations, par nos habitudes criminelles; les maladies dont notre âme est affligée tendent à lui donner une mort éternelle. 11 emploie le fer et le feu; il envoie à l'un une infirmité corporelle, à l'autre une persécution, une calomnie, une trahison ; à celui-ci une perle de biens, à celui-là des revers plus grands encore. Alors nou; nous écrions : Seigneur , délivrez-uous de ce mal ; mais il ne nous écoute pas toujours, parce qu'il veut se servir de ces maux temporels pour nous guérir ou pour nous préserver de maux I)ien plus affreux et plus à craindre : Non audit advoluntaiem , iied audit ad .sa;ii7«/c'/».Deplus, comme ces peines temporelles sont les effets du péché , l'intention de Dieu, en les envoyant ou en les permettant, est qu'elles servent à nous faire connaître combien ce péché, qui en est la cause, est un grand ma). En troisième lieu , il veut que ces maux soient un motif qui nous excite à sortir delà voie de l'iniquité , quand nous avons eu le malheur de nous y engager, et qui en même temps nous rende plus vigilants cl nous f.îsse mieux tenir sur nos gardes , pour ne pas retomber àra\ei!ir dans le crime. Cène ïvd que

siu i.A rr,!i';ui:. 121)

lois(jue TEiifaiit piodigut; so \it presse par la faim, of sans aiif mie ressource, qu'il pi'it la résolution de relourner à son père <\'dï\ avait abandonné. Combien de chrétiens seraient restés 4lans l'état du péché jusqu'à la mort , si Dieu ne leur avait cnvo}é quelque malheur temporel pour leur faire ouvrir les \ eux et les déterminer à rentrer en grâce avec lui ? Combien qui vivraient dans un oubli complet de leur âme, de leur éternité, de leur Dieu , s'ils n'étaient réveillés de cet assoupissement profond par une infirmité ou par quelque auti'e disgiàce ?

X. Le quatrième but qiîo Dieu se propose en nous envoyant ces maux et ces tribulations , est de procurer aux justes des moyens d'accroître leurs mérites en cette vie et leur récompense en l'autre. C'est cette considération qui portait les Saints à demander à Dieu qu'il voulût bien les faire toujours souflrirdavantage ici-bas; parce qu'ils savaient que si les bienheureux, dans le ciel, pouvaient avoir quelque regret,ce serait celui ne n'avoir pas assez soulTert pendant qu'ils étaient sur la terre. Enfin Dieu a voulu semer d'épines tous les sentiers de celle vie, pour nous montrer que nous ne devons pas nous attacher à ce monde, mais soupirer sans cesse vers le ciel. C'est la belle pensée de saint Grégoire, pape (Ih. Mor. c. 24) : « Le î) Seigneur, dit-il, veut rendre dur et pénible à ses élus le séjour » qu'ils font sur cette terre, afin que n'y trouvant aucun plai- » sir réel, aucun repos durable, ils se délcrtninent à marcher I) avec courage vers la céleste patrie, où ils jouiront d'un re- » pos et d'un bonheur éternels. » Au lieu de regarderiespcines de cette vie comme des maux, nous devons donc croire au coniraire qu'elles sont de véritables biens , puisqu'elles nous procurent des avantages si précieux.

XI. Mais pourquoi Dieu veut-il que nous lui demandions la délivrance de ces afflictions et de ces peines temporelles , puistiu'elles nous sont si utiles et si avantageuses? C'est, premièrement, pour nous faire connaître l'amour et l'affeuUoa qu'il nous porte , et nous montrer qu'il veut nous soulager de nos maux , toutes les fois que nous aurons recours à sa bonté ])aternelle , et qu'il pourra les adoucir sans préjudicier au salut de notre àme. En second lieu, il veut que nous lui demandions la délivrance de ces maux, afin de nous apprende que «''est à lui que nous devons recourir avant de nous adresser aux hommes, lorsque nous sommes en proie à quelque affliction ou à quelque disgrâce. Dans nos infirmités , comme nous l'avons dit plus haut, auUeude mettre tguM.nSSJspér^nçer

daiisles médecins ou dans les remèdes, il faut nous coni'icr en Oieu, qui seul peut nons en délivrer, cl qui, pour nour guérir, donne aux médecins les lumières cl les connaissances, et aux remèdes leur vertu et leur efficacité. 11 le vent entin, parce qu'étant lui seul , comme l'Ecriture nous l'apprend (Amos. 3), Tauleur de tous ces maux qui sont la suite ellft châtiment du péché, en lui disant: délivrez-nous du mal, nous reconnaissions que nos peines, nos maladies , nos revers viennent de cette main divine qui nous châtie pour noire bien, et que Dieu seul peut nous délivrer ou nous guérir quand il lui plaît. Et voilà pourquoi .lob , dans ses disgrâces , n'accusait ni les Chaldéens ni les Sabéens qui lui avaient enlevé toutes ses richesses; il ne s'en prenait point au démon comme étant la cause première des plaies dont il était couvert; mais, prosterné la face contre terre, il s'humilie devant son Dieu , et avoue que c'est lui qui, dans sa sagesse, a permis tous ces revers pour son plus grand bien. « Le Seigneur, dit-il, m'avait tout )) donné , il lui a plu de me priver de tout ; que son saint » nom soit béni. » Si nous recevons les biens de la main de Dieu , pourquoi refuserions-nous de recevoir avec résignation les maux qu'il nous envoie , et qu'il sait si bien faire tourner à notre plus grand avantage ?

XII. De tout ce que nous venons de dire, nous pouvons conclure combien il nous importe de faire cette demande avec les dispositions que Dieu exige de notre part. Mais quelles sont ces dispositions? c'est ce qui va nous occuper maintenant. Lorsque nous disons à Dieu : délivrez-nous du »ia/, c'est-à-dire quand nous le prions de nous délivrer des douleurs , des infirmités , des afflictions et de toutes les peines temporelles que nous avons méritées par nos péchés, nous ne devons pas avoir l'intention de lui demander la délivrance absolue de lous ces maux, parce qu'elle ne nous serait pas avantageuse, mais nous devons seulement le prier d'éloigner de nous les maux qui pourraient nuire au salut de notre âme, et être pour nous une occasion de péché. Nous ne lui demandons cette délivrance qu'autant que sa divine sagesse la jugera nous être convenable en cette vie , où par le moyen des souffrances nous méritons une gloire éternelle. Nous la lui demandons, en un mot, à celte condition qu'elle pourra conlril)uerà sa gloire et au vrai bien de notre âme. Noire ignorance est trop profonde et notre intelligence est trop faible, pour que nous puissions savoir d'une manière cerlaine ce qui est bien ou mal pour nous , et par conséquent , il ne faut pas lui demander

;«IT> LA TRIKRE. 131

qu'il nous délivre de lel ou tel mal , parce qu'il peut se faire que ce qui nous semble en être un ne le soit pas en effet.

XIII. Et c'est pour cette raison que Jésus-Christ nous a appris à demander à son Père , en général, et d'une manière indéfinie, qu'il nous délivre du mal: libéra nos à malo. Comme si nous disions: « Délivrez-nous, Seigneur, de tout ce que vous n jugez nous être nuisible et contraire, soit en fait de mal, soit en » fait de bien temporel. » Ainsi, comme nous l'avons dit avec le Catéchisme romain , nous prions Dieu de nous préserver nonseulement de ce que les hommes regardent généralement comme étant un mal, mais encore de ce qu'ils estiment être un bien, comme sont les richesses, les honneurs, la santé, la liberté et la vie même, si ces biens devaient être préjudiciables à notre àme. Quand nous faisons cette demande, il faut que nous soyons disposés à dire à Dieu: « 0 mon Dieu ! vous m'avez donné ces richesses ; je vous prie de me les enlever, si vous prévoyez qu'elles puissent m'être funestes , et que je doive m'en servir pour vous offenser. Envoyez-moi des disgrâces et des mépris , si vous prévoyez que la prospérité et les honneurs doivent m'enorgueillir. Si jamais la santé et la vie devaient être pour moi une occasion de péché , ôtez-moi l'une et l'autre ; envoyez-moi des infirmités et même la mort, si tel est votre bon plaisir. » C'est avec ces sentiments que nous devons faire cette demande ; c'est avec ces sentiments et dans cet esprit que la faisaient les Saints.

XIV. Samte Marie d'Ognone (1), vierge d'une grande sainteté et d'une haute perfection, se trouvant un jour tourmentée plus qu'à l'ordinaire par des douleurs très aiguës, s'aperçut qu'une personne de piété, émue de compassion , s'était retirée à l'écart pour demander à Dieu qu'il voulût bien lui procurer quelque adoucissement dans ses souffrances; et comme elle se sentait soulagée, elle dit à ceux qui l'assistaient : « Hâtez-vous d'aller défendre à cette personne de prier pour » moi, parce qu'en faisant diminuer mes peines, elle me f:ùt » perdre de grands mérites. Mon infirmité, bien loin d'être un M mal, est au contraire un grand bien pour moi , parce qu'elle » me fait exercer la vertu de patience {Div. Anton, p. ^, /. » 19, c. 12,g. 7). w

XV. Il nous reste à voir maintenant quels sont les fruits que nous pouvons tirer de ces réflexions. Lorsqu'après avoir demandé à Dieu la délivrance d'une infirmité, d'une persécu-

(i) Ogiiiaccnsc,

132 XH. L\STI«r(,TION

tiori, d'une disgrâce quelconque, nous ne sommes pns exaucés, il nous faut lout supporlcravec résignation, étant persuadés que, puisque Dieu le veut ainsi, ce ne peut être que notre plus grand bien. Soyons convaincus que Dieu nous exauce d'une manière très avantageuse pour nous, quand il nous donne la force de supporter avec résignation, et même avec joie, les aflliclions et tous les maux de cette vie. Soyons persuadés que Dieu a mille manières de nous délivrer du mal ; il le fai[ quelquefois en adoucissant ce mal par des consolations spirituelles. C'est ainsi (ju'il consola par ses promesses et par des révélalions le patriarche Jacob, lorsqu'il fuyait pour échapper au courroux de son frère Esaii (G^;/. 28). Il le fait en tirant le bien du mal, comme lorsqu'il periiiit que Daniel, captif à Babylone, gagnât les bonnes grâces du roi, et fût élevé à une des premières dignités du royaume (Dun. c. 2). 11 le fait d'autres foisen exallant ceux qui ont été maltraités ou calomniés. C'est ainsi que la cruauté des frères de Joseph, l'esclavage et la calomnie, servirent à l'élever à la haute dignité de vice-roi d'Egypte (Gc;;. 42).

XVI. Enlin nous devons être persuadés que les souffrances et les persécutions sont en celte vie le partage des saints el des élus. Tous ceux, dit saint Paul (//. 77»), 3), qui veulent vivre dans la piété, et se conformer à Jésus-Christ, souiïrironl persécution : Omnes, qui pic volunl vi^'ere inClirisloJesu. prrsecuiionein palicnlur. II faut, dil-i! ailleurs (/lc^ Ap. 14), (jue nous entrions dans le roy;ui:ne de Dieu parbeaucoup de tribulations : Pcr mullas tribnlaliones oporlel nos inlrarc in reçinum Dei. Bien plus, il a fallu que Jésus-Christ lui-même ait souffert pour entrer dans la gloire : Oporiuii paii Christnm, et Un inlrare ingloriam snam (Luc. 21). Si donc notre Maître el notre Modèle a cru que la voie des souffrances était la voie droite et sûre pour arriver au ciel, comment pourrons-nous prétendre y parvenir par la voie des délices, nous qui sommes 8esdiscii)les etses serviteurs?" Des membres déhcats con- » viennent très mal, disait saint Bernard, sous un chef cou- » ronné d'épines. » Et d'ailleurs, combien de fois Dieu se sertîl des maux et des infirmités du corps pour guérir les maux et les inliimités de l'âme?

XVII. Vous avez entendu, mes Frères, l'explication des sept demandes de l'Oraison Dominicale, qui est la plus belle et la plus efficace de toutes les prières, puisqu'elle nous a été enseignée par la sagesse incarnée, Jésus-Christ le Fils de Dieu. Ayons soin de la réciter avec de grands senliments de [liélé,

ftvoe «me dévotion tendre, avec un co'iir |ini'. cuiitrii ei liiiinilié. Car celui ijui, étaiii actuellcuieiit dans l'élal du pécllé iiiitrtel, ne désire pas sa conversion, ne la demande pas à Oicii avec sincérilé , cl fait celte prière du bout des lèvres, par coutume, ou avec l'intention criminelle de persévérer dans le péché , celui-là non-seulemenl n'obtient aucune grâce en le récitant, mais, comme le dit le vénérable Dellarmin, sa prière devient pour lui un nouveau péciié, parce qu'alors dans chaque demande, il prolère un mensonge. Comment, en cITet, peut-il appeler Dieu son Père, lui qui ne veut passe conduire comme son enfant ? Commentée avec quel désir peut-il lui demander que son nom soit sanctiOé, lui qui déshonore à chaque instant ce nom sacré et redoutable? Comment ose-t-i! demandera Dieu que son règne arrive, tandis qu'il ne désire et ne recherclie que les plaisirs elles biens de la terre? Comment |)eul-il lui demander que sa volonté soit faite, lui qui ne veut jamais suivre que la sienne propre? De quel front ose-t-il prier Dieu de lui pardonner ses fautes, comme il pardonne hu-mème à son prochain, tandis qu'il ne peut se résoudre à déraciner de son co'ur la haine qu'il porte à ses frères ? (>omment peutil dire à Dieu: 3'e me laissez jxis siiccomljcr à la trnluliou,\m qui s'expose sans cesse volontairement aux tentations et aux occasions du péché ? Comment eniin esl-il assez téméraire pour prier Dieu de le délivrer du mal, lui qui, par sa conduite, ne mérite que des châtiments, et qui contracte sans cesse de nouvelles dettes envers la justice divine ?

XVin. Si nous avons eu le malheur de réciter cette prière avec de si indignes sentiments et de si mauvaises dispositions, qu'il n'en soit plus ainsi à l'avenir ; mais prenons la résolution de ne plus la faire dès aujourd'hui qu'avec la plus sincère et hi plus solide piété, en considérant qu'elle a pour auteur le Fils de Dieu lui-même. Concluons par ces belles parolis> de saint Cjprien parlant du même sujet : La même bonté qui » a engage le Fils de Dieu à venir nous racheter et nous comn hier de bienfaits, l'a porté aussi à nous apprendre cette » prière sublime. El son intention, en nous l'enseignant, a été » de nous faire obtenir plus facilement tout ce que nous de- » manderons à son Père. Combien, en elTet, ne doit-elle pas » être eflicace et agréable à Dieu cette prière toute composée )) des paroles mêmes de son Fils unique? Dieu est en quelque » sorte obligé de nous exaucer, lorsqu'il entend les paroles de » ce divin Fils. Quand nous récitons l'Oraison Dominicale, )i c'est Jésus-Christ lui-même qui piieeunous, oaplulnl,nous

Î3Î Xi!l. 'NSTP.rr.T'ON

V nous servons de sa propre bouche, pour demander à Dieu » son Père les grâces dont nous avons besoin. Puisqu'il nous » assure, continue saint Ta prien, qu'il nous accordera tout ce » que nous lui demanderons en son nom, à combien plus » forte raison nous exaucera-t-il, lorsqu'on même temps que » nous le prierons ainsi, nous nous servirons encore de ses » propres paroles?» Employons donc toujours avec une entière confiance cette prière merveilleuse et divine, et nous obtiendrons infailliblement par son moyen toutes les clioses qui nous sont nécessaires en cette vie,et toutes les grâces dont nous avons besoin pour mériter la vie éternelle.

SUR LA PRIÈRE, explication de la Salutation Angélique.

Après la prière que nous a enseignée notre divin Sauveur , lapins belle et la plus excellente, sans contredit, est la Salutation Angélique , ou VAve Maria. Cette prière est composée de trois parties; et quoique toutes ces parties ne viennent pas immédiatement de Dieu, nous pouvons dire cependant que ce n'est pas moins l' Esprit-Saint qui en est l'auteur. La premièi'e partie contient les paroles que l'Ange adressa à Marie de la part de la sainte Trinité, lorsqu'il vint annoncer à celte Vierge sainte le grand mystère de l'Incarnation du Verbe éternel, qui devait s'opérer en elle (Luc. \): Ave, gralia plena , Doviinus teciim ; benedicta tu in mulieiibus : Je vous salue, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie par-dessus toutes les femmes. La seconde parlie renferme les paroles que proféra sainte Elisabeth , par l'inspiration du Saint-Esprit , au moment où elle reçut la visite de la sainte Vierge (Ibid.). Elle répéta les dernières paroles de l'Ange : benedicta tu iiUer mulieics : vous êtes bénie entre toutes les femmes ; et elle ajoula : et benediclus fructus veiUris tui : et le fruit de vos entrailles est béni. La troisième partie est composée des paroles querEi-'lisc a ajoutées, toujours par l'inspiration du Saint-Esprit : Sanria Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus , nunc et inhora moriis nostrœ. Amen : Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre moil. Ainsi soit-il. Nous commencerons par l'explication de la première partie, qui est la salutation de l'Ange.

T. Ave, gralla pleiia : Je vous s;iliio , ù pleine de jïràce , rs jouissez-vous, tressaillez tra]lép;resse. C'est ici , dit le docie Origène, et après lui le cardinal UjJîon [Com. in Luc. c 6), cV4 ici une salutation que jamais oreille n'avait entendue , et qui était réservée à l'auguste vierge Marie. C'est encore le senlinient de saint Ambroise ( in c. 1. Lvc. ) ; car l'Ange en venant annoncer au monde le salut du genre humain, se sert, pour bénir et pour saluer Marie, de termes toul nouveaux, et d une salutation qui n'était due qu'à cette Vierge sainte: Soli Mariœ hœc salukttio debebatiir. Par cette salutation, l'Ange l'invite à se réjouir. Et combien n'a-t-elle pas de motifs de se livrer à la joie la plus vive? Premièrement, parce que l'Ange lui dit et l'assure qu'elle est l'objet des complaisances de Dieu, qu'elle est à ses yeux pleine de grâce. Quelle ne serait pas notre joie, quel ne serait pas notre bonheur , dans l'incertitude où nous sommes sur l'état de notre âme , ne sachant pas si nous sommes dignes d'amour ou de haine , quel ne serait pas , dis-je , notre bonheur, si un Ange venait de la part de Dieu nous assiu"er que nous sommes en grâce avec lui , (jue nous somnie.sos auiis et l'objet de sa prédilection? En second lieu, Marie a raison de se réjouir, parce qu'elle apprend qu'elle est choisie pour être sur la terre la Mère de celui qui a Dieu pour Père dans le ciel, et que par-là elle se voit exaltée au-dessus de toutes les créatures, et élevée à la dignité de Reine et de Souveraine des Anges et des hommes. Enfin elle a lieu de se livrer à la joie, parce qu'elle reçoit la nouvelle de la prochaine rédemption des hommes , promise depuis tant de siècles aux Patriarches , prédite par les Prophètes , désirée de toutes le.> nations, et après laquelle elle soupirait elle-même de la manière la plus ardente.

H. Oui, cette parole, Jevoussalue, est une parole de joie et d'allégresse, non-seulement parce qu'elle remplit Marie de joie et de bonheur, mais encore parce qu'elle nous apprend que cette Vierge illustre va donner le jour a celui qui doit être le Sauveur du monde. C'est une parole qui réjouit le ciel et la terre , parce qu'elle annotice que Marie vi devenir Mère de Dieu, Reine des Anges, Reine et Mère des hommes. Nous devons conclure de là combien la sainte Vierge aime et chérit ceux qui lui adressent souvent celte salutation, et qui renouvellent en quelque sorledans son cœur celle Joie qu'elle éprouva lorsque l'Ange vint lui dire qu'elle était choisie pour être la Mère du Rédempteur. Oui, mes Frères, chaque fois que nous récitons la Salutation Angéruiue avec dévotion, nous rappe-

l.'>') >;iiî. jNvinr-.iîoN

JoMsàMaric celte heureuse iiuu\olle (jue TAnge vint lui apporter; nous lui procurons un nouveau sujet de contentement, osi même temps que nous maniuons notre reconnaissance envers Dieu pour le grand bienfait de Tincarnation. Et si nous ;ivonssoin, dit saint Thomas de Villeneuve {Serm.de Anminl.), d'aih'esser souvent et respectueusement à Marie cette salutaton: Ave, Maria, nous pouvons être assurés qu'elle nous saliîora chaque fois à son tour, et qu'en récompense de la joie <li:e nous lui causerons par le moyen de celte agréable salutation , elle répandra abondamment sur nous les grâces dont elle est la dépositaire et la dispensatrice: Libenicr nos salatcu Jlaria ciim (jratia , si nos eam salutamus cum Ave , Maria.

m. Je vous salue, Marie. L'Ange ne prononça pas son nom on lui disant: Je cous salue ; il ne le prononça que lorsque la sainte Vierge lui ayant fait part de son vœu et delà crainte qu'elle avait de perdre sa virginité en devenant Mère de Dieu, j! lui répondit : Ne craignez point, ô Marie! ne limeas. Maria. Mais c'est l'I-^glise qui a placé le nom de Marie immédiatement îiprcs ces mots : Je vous salue: Marie, selon l'inlerprétalion <Ie saint Pierre Chrysologue (Scrw. l'{2),et de saint Isidore (fJb. 7, 1:it/in. c. 12 ) , signilie maîtresse ou souveraine , et ce nom convient parfaitement à Marie, disent-ils, puisqu'elle a conçu dans son sein très pur , et qu'elle a enfanté le souverain Maitre de l'univers. Elle est, dit saint Bonaventure (S/^er. t'. 3), la souveraine du ciel, de la terre et des enfers, par le pouvoir que lui a communiqué son divin Fils. A ce nom de Marie , qui est au-dessus de tous les noms , après celui de Jésus , les Anges reconnaissent leur reine , les hommes leur iiNOcate et leur protectrice , et les démons celle qui les a vaincus. Le nom de Marie est un nom qui inspire aux Anges le l)lus profond respect, qui doitinspirer aux hommes l'amour le plus tendre , et qui remplit les démons de crainte et de terreur. Selon saint Jérôme , le nom de Marie signifie aussi illuminatrice, et il convient encore admirablement à la sainte Vierge , puisqu'elle a donné le jour à la vraie lumière , au vrai soleil de justice qui éclaire l'univers. Marie fut cette aurore fortunée qui non-seulement apporta au monde le vrai soleil de justice, mais qui, par son moyen, procura aux hommes la lumière delà grâce et tous les dons célestes que répand en nous le Père des lumières.

IV. En troisième lieu , Marie signifie étoile de la mer , et c'est pour cela que l'Eglise, dans ses hymnes, la salue en lui donnant le nom d'étoile delà mer:.^rc, maris slella. Ce

MP. LA l'UlIRE. 137

Viom (l'éluilc convient encore 1res bien à celle Vierge augusle: « Car , dit saint Bernard (//. 2. sup. Miss. ) , de même qu'une » étoile projette à travers l'espace ses rayons , sans épiouver » elle-même aucune corruption . ainsi Marie a conçu et mis » au monde son divin Fils , sans que sa virginité ait reçu la » moindre atteinîe. El comme le rayon de l'étoile augmente M sa clarté et sa beauté, au lieu de la ternir , ainsi la virginité » de Marie acquit un nouveau degré de perfection , lorsqu'elle » donna au monde son Sauveur Marie est donc cette étoile » prédite parles Proplièles, qui devait sortir de Jacob, et » dont les rayons brillent dans tout l'univers , s'étendent sur » toute la terre, pour éclairer notre esprit, faire disparaître » lesvicesdenotrecœur,ety fairegermerla vertu etlasainteté. ') Enfin , Marie est comme une belle étoile, qui resplendit sur » la vaste mer de ce monde, pour nous éclairer et nouscon- >' duire par ses exemples et par ses mérites. »

V. Mais pourquoi est-elle appelée spécialement TeVoïVe de la vicr.Qi non pas l'étoile du ciel , ou l'éloile de la terre? Les deux iiiands docteurs de l'Eglise , saint Thomas et saint Bonaven- Uue, nous disent que c'est à cause des rapports qu'il y a entrti Marie et l'étoile delà mer; comme ceux qui voyagent sur mer, lorsqu'ils craignent de se détourner du port où ils veulent arriver, portent leurs regards sur l'étoile polaire, afin de se diriger par ce moyen vers le but où ils tendent; ainsi les mortels in. tortunés , qui voyagent sur la mer orageuse de ce monde, «loivent fixer leurs regards sur Marie , pour ne pas s'écarter et pour arriver sûrement au port de la bienheureuse éternité. Marie est donc notre étoile et notre guide parmi les tempêtes de la vie présente. C'est elle que nous devons choisir pour modèle après Jésus-Christ son divin Fils; c'est en elle que nous devons mettre après Dieu toute notre confiance.

M. Mais avançons et écoutons l'Ange qui, après l'avoir saluée, l'appelle pleine de grâce : firaiia plena. Quelle langue l)ourrait exprimer l'abondance de grâce dont fut comblée «•ette Vierge sainte? Si la grâce est l'effet de l'ari-^ourque Dieu porte à une àme, et que cette âme a pour son Dieu, plus elle aime Dieu, et plus elle en est aimée, pins aussi elle recevra des faveurs. Or, y a-t-il jamais eu au monde une créature qui ait plus aimé Dieu, et qui en ail été plus aimée à son tour que Marie? Quelle pléiiilude de grâce ne dùt-elle donc pas recevoir de lui? Oui, elle en obtint plus que n'en ont jamais obtenu les Séraphins les plus embrasés d'amour, et que n'en onî reçu tous les Saillis ensemble, narce que, ùil le grand saim

iér6me(Serm. deAssumpi.). la grâce n'a élé donnée aux Anges et aux Saints qu'avec mesure, au heu que le Très-Haut l'a répandue dans toute sa plénitude en Marie : Beuè plena,quia cœtcrisper parles prœslalur, Mariœ verà Iota se infundil pleniludo graiiœ. Oui, s'écrie de même saint Pierre Chrysologue (Scrm. 143), Marie est véritablement pleine de grâce, puisqu'elle a reçu cette grâce sans aucune division, puisque la i)lénitude de cette grâce a été communiquée à son cœur incomparable : Sin^julis gralia estlargita perpc(rles,mariœ verà simul se tolam dédit graiiœ pleniludo.

VIL Nous lisons, il est vrai, dans les Actes des Apôtres, que saint Etienne, premier martyr, était plein de grâce et que les Apôtres eux-mêmes furent remplis du Saint-Esprit. Mais il faut avouer, dit saint Pierre Damien {H. in Nut. M. T.), qu'il y eut une grande différence entre la manière dont la grâce et les dons du Saint-Esprit furent communiqués à saint Etienne et aux Apôtres, et celle dont cette grâce et ces dons furent communiqués à Marie, parce que saint Etienne n'eut pas le bonheur de posséder corporellement en lui-même pendant neuf mois la plénitude de la divinité, comme Marie, et parce que le Saint- Esprit ne forma pas dans les Apôtres le Verbe incarné, comme illeût dans cette divine Vierge. Ainsi, conclut très bien saint Ambroise(ù» cap. 1. Luc), il n'y a que Marie qui puisse s'appeler avec vérité pleine de grâce, parce qu'elle seule a eu le privilège extraordinaire de la posséder avec une telle plénitude, qu'elle fut jugée digne de recevoir en elle-même l'auteur de la grâce : Quœ sola graliam, quam mdla alia consecuta est, ut (patiœ replerelur auclore. Si uons voulons porter plus loin nos réflexions, Marie est la fille de Dieu le Père, duquel découle tout don parfait et toute grâce, comme dit saint Paul ; elle est l'épouse du Saint-Esprit, qui est la source de la grâce , et enfin elle est destinée à porter dans son sein Jésus-Christ le Fils de Dieu qui, comme nous l'avons dit, est l'auteur de la grâce. 11 en faut donc conclure qu'elle fut enrichie d'une telle abondance de grâce, que nous pouvons dire qu'elle en a plus reçu, elle seule, que tous les Anges et tous les Saints réunis. Salut donc, ô pleine de grâce : Ave, gratta plena. Oh ! l'heureuse salutation ! Oh ! louange admirable donnée à Marie par le messager céleste! Il ne la loue pas à cause de sa naissance, ni à cause de quelque autre prérogative ; il ne parle pas eu particulier de sa virginité, de sa piété, ni de ses vertus ; il dit tout dans ces seules paroles : Sulut , ô pleine de grâce. Vous a#z élé si agréable à Dieu, que vous l'avez déterminé à

SUR LA PRIÈRE. 135

(fescendre du trône de sa gloiie, pour venir habiter en vous»

VIII. Après que l'Ange a dit à Marie qu'elle est pleine de grâce, il ajoute : Le Seigneur est avec vous : Doïninus iccunu Dieu est présent partout par son essence et par sa puissance, comme disent les théologiens. Il est dans le ciel avec tonte sa gloire, qu'il communique aux bienheureux; il est dans l'enfer l)ar sa justice qu'il exerce sur les malheureux réprouvés ; it est dans les âmes justes par sa grâce qui les rend agréables à ses yeux. Mais il est dans Marie d'une manière bien plus s|x^ciaje, plus merveilleuse, plus ineffable. 11 fut en elle dès les premiers instants de sa conception , pour la rendre pure et sans tache. 11 ne se contenta pas de l'orner de toutes les grâces , de tous les dons du Saint-Esprit ; il voulut encore être avec elle comme gardien d'un si précieux trésor. Dieu voulul, dit saint Augustin {Ser. 21) , habiter d'une manière spéciale dans le cœur de Marie et dans son âme, avant même que s(^n divin Fils quittât pour ainsi dire le sein de son Père , pouidescendre dans le sein de cette Vierge immaculée. Dieu était dans l'âme de Marie comme dans un jardin de délices, comme dans son temple, comme dans un lit nuptial. Oh ! le glorieux privilège que celui d'avoir Dieu avec soi, de l'avoir toujours^ eu , et d'être assuré de l'avoir toujours. Ah î si nous avons eu le malheur de perdre Dieu par le péché , et si Dieu s'est éloigné de nous , prions cette Vierge sainte d'engager ce Dieu de bonté à rentrer dans notre âme pour n'en plus sortir, et de faire i)ar son intercession que nous ne le perdions jamais plus à l'avenir.

IX. Le Seigneur est donc avec Marie : Dominus tecum. Mais pour comprendre combien l'Auge eut raison de dire à la sainte Vierge: le Seiyneur est avec vous , il faut faire réflexion avec saint Bernard (//. 3. in Evang. sup. missus esi)^ ({ue par ces paroles, l'Ange voulut dire à Marie : «. Ce n'est pas seulement » le Verbe éternel qui est avec vous, parce qu'il vient se re- M vêtir de la nature humaine dans votre sein ; mais vous avez » encore avec vous le Saint-Esprit qui doit le former en vous » et par la vertu duquel vous le concevrez dans vos chastes M entrailles. Vous avez encore en vous Dieu le Père, qui a » engendré de toute éternité ce divin Fils que vous allez oii- » gendrer vous-même dans le temps. Oui , Dieu, le Père du « Fils qui sera aussi votre fils , est avec vous. Dieu le Fils luij> même qui, pour accomplir l'ineffable mystère de l'incarna- » tion, vient prendre chair dans votre sein ti'ès pur, sans blés- » ser votre virginité , est avec vous. Enlin , le Saint-Esprit

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■)j qui, conjointement avec le Père et le Fil<. sanctifie votre se! i » virginal, est avec vous. » Oui n'avouera pas après cela qw' Marie est devenue plus grande que le ciel, plus vaste que 1:' inonde, puisqu'elle a mérité de porter renfermé en elle-mêm'.' celui que retendue de l'univers et limmensité des cieux ne peuvent contenir? Quia quem coHi capcre iton poleranl . tiii fjremio conlulisti.

X. Enfin Tarchange Gabriel termine son salut en disant à Marie : Vous êtes bénie entre toutes les femmes : beuedictn tu in mnlieribus. Sainte Elisabelb adressa ces mêmes paroles ;i la sainte Vierge. Et nous ne devons pas nous étonner de ce <iue l'Esprit-Saint, qui les avait mises dans la bouche de l'Ange, les inspira pareillement à sainte Elisabeth, car cet Esprit divin a toujours le même langage. Ou bien nous pouvons dire que l'Ange et sainte Elisabeth se servirent des mêmes expressions, afin de nous montrer combien nous sommes obligés criionorer cette Vierge^admirable qui, par l'ordre de Dieu, fut bénie des Anges et des hommes , parce qu'elle venait leur apporter la bénédiction et Tallégresse. Maison pourrait demander ici pourquoi Marie, que Dieu a élevée au-dessus de tous les ouvrages de ses mains, et qui par conséciuent doit être bénie pardessus toutes les créatures, est dite ici bénie seulement pardessus toutes les femmes. Je réponds à cela que c'est parce qu'elle a été exemple de toutes les m.alédiclions auxquelles les autres femmes étaient sujellcs. Dans l'ancienne lui , les vierî^es étaient regardées comme maudites, à raison de leur stérilité ; aussi étaient-elles un objet de mépris et d'horreur aux yeux des hommes. Et d'un autre côté, les mères étaient sous le poids de la malédiction que Dieu avait donnée à Eve, et qui consistait à n'enfanter que dans la douleur et à ne mettre au monde que des coupables. Mais notre auguste Vierge fut exempte de toutes ces malédictions. Elle seule , dit saint BeviiavdÇin Luc.cap. 11), fut féconde sans corruption; elle seule conçut sans connaître d'homme ; elle seule enfanta sans douleur, et elle seule enfanta le Saint des saints : Fuii sine corrupi.one fœcxinda , sine gravedine fjraviila,ct sine dolure pnerpera. Elle fut donc bénie par-dessus toutes les femme> , jviisque par un privilège inouï et par un prodige que l'on n'avait jamais vu et que l'on ne devait jamais voir jusquà la fin des siècles, elle unit la gloire de la virginité avec les joies de la matendlé, comme dit encore saint Bernard : Gaudia malris liabcns cum iurginilatis Iinnore (j^cvm. 4. de Assumpt.)

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