‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 3)Chapitre 17 sur 45 · INSTRUCTION PREMIERE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION PREMIERE

Du Symbole des Apôtres, et de l'usage que nous en devons faire.

Après vous avoir parlé en général des trois vertus théologales, qui sont la foi, l'espérance et la charité, par le moyen desquelles, dit saint Augustin, Dieu veut être honoré de ses créatures raisonnables, et dont les actes sont absolument nécessaires au chrétien pour être sauvé ; après vous avoir fait connaître les vices qui leur sont opposés, afin de vous en inspirer de l'horreur, et de vous en gagera vous en tenir sans cesse éloignés, il convient maintenant de vous exposer en particulier quelles sont les choses que nous devons croire, celles que nous devons espérer, et celles que la charité nous oblige à faire, soit par rapport à Dieu, soit par rapport à notre prochain. Mais comme la foi est le fondement et la base de toutes les vertus, et que les vérités qu'elle nous propose à croire sont principalement renfermées dans le symbole des apôtres, il sera d'abord îe sujet de nos réflexions. Dieu, toujours plein de bonté envers les hommes, après avoir parlé en plusieurs manières à nos pères par la bouche de ses prophètes, comme dit saint Paul(Heb., c. 1.), a bien voulu, dansla plénitude des temps, envoyer son propre Fils sur la terre, et ses ministres dans tout l'univers, pour y établir son Eglise. Ensuite, pour nous faciliter à tous la connaissance des vérités que nous devons croire, el les mettre à la portée des esprits les plus simples et les plus ignorants comme un maître plein de sagesse qui, dans le but de faire mieux comprendre à ses disciples les leçons qu'il leur a données, résume en peu de mots ce qu'il leur a expliqué d'une manière plus étendue, il a inspiré à ses apôtres le dessein de former un court abrégé de cette doctrine céleste qu'il leur avait enseignée, et qu'ils devaient eux-mêmes publier par toute la terre. C'est ce divin abrégé que nous appelons le Symbole des apôtres, et dont la connaissanceestd'un côtéde lapins hauteimportanceparla, grandeur des mystères qui y sout contenus, el de l'autre, si facile par

sa clarté et par sa brièveté, que l'homme le moins intelligent se rait inexcusable, s'il l'ignorait. Mais il ne suffit pas d'en savoir les mots; il faut, autant que possible, comprendre lis choses qui y sont proposées à notre croyance, et c'est pour cela que j'entre prends de vous l'expliquer. Dans cette première instruction nous verrons ce que c'est que lesvmbole, quelle en est l'excellence, et quel usage nous en devons faire.

1. Ou'est-ce donc que le symbole? Le mot symbole est tiré du grec, et signifie tantôt un extrait, un épilogue, un abrégé ou un résumé de plusieurs choses, tantôt un signe distinctif auquel on L Donnait les soldats d'une armée, le corps auquel ils appartiennent, et le rang qu'ils y occupent. Ces deux significations convien nent parfait -ment au symbole dont nous parlons. D'abord il est un abrégé de notre foi , de la doctrine qu'un chrétien doit apprendreet doit croire, un abrégé des choses que Dieu nous a révélées dans les divines Ecritures, qui renferme les points les plus essentiels de la religion catholique. Il se compose de peu de ts, dit saint Isidore (lib. i., divin, office. 22); mais dansée peu de mots il contient tous les mystères; dans ce peu de mots, il nous met comme devant les yeux l'existence de Dieu, sa toute puissance, sa bonté incompréhensible ; dans ce peu de mots, il nous apprend ce qu'est Dieu en Lui-même, et ce qu'il a fait, tant dans l'ordre delà nature que dans celui de la grâce. Il nous montre î mité de l'essence divine , la Trinité des persounes, la création de l'univers, l'incarnation du fils de Dieu , sa passion douloureuse, sa mort ignominieuse, sa glorieuse résurrection et les fruits qu'elle a produits, tels que sont principalement l'établissement de l'Eglise catholiqne, la rémission des péchés, notre résurrection future et la vie éternelle. Toutes ces choses nous y sout présentées de la manière la plus simple, la plus claire et la plus facile. Mais, outre qu'il est un abrégé des principaux mystères de notre foi , il est encore une marque qui sert à faire distinguer les vrais disciples de Jésus-Christ de ceux qui ne le sont pas.

2. Le symbole, dont nous parlons, est une profession publique &c notre foi, par laquelle nous prolestons à la face de l'univers entier que nous croyons fermement tous les mystères et toutes les v ;rités que Jésus Christ nousa révélées. Celui qui professe ainsi sa foi, qui proteste de croire toutes ces vérités et tous ces mystères, prête par là même une entière croyance à la parole de Jésus-Christ, et soumet sans réserve sou propre jugement à celui de son divin maître; par conséquent il montre qu'il est son fidèle serviteur, et il se distingue de tous ceux qui ue veulent pas J*> reconnaître, et

qui refusent de combattre sous ses enseignes , ou qui, s'ils le re • connaissent, ne veulent pas croire à sa parole, et sont comme des déserteurs et des rebelles. Ainsi le vrai chrétien, par le moyen de celte profession publique de sa foi, se distingue de l'impie qui ne croit à rien, de l'hypocrite qui teint de croire, sans avoir la foi, de l'athée qui ne croit point à l'existence de Dieu, du païen qi;i admet plusieurs dieux, de l'idolâtre qui rend à la créature le culte qui n'est dû qu'à Dieu. Il se distingue du Manichéen qui reconnaît deux principes des choses créées, du Juif qui refuse obstinément à Jésus-Christ le caractère de Messie, du Mahornétan qui ne le regarde que comme un grand prophète, de l'Arien qui ne vont pas confesser sa divinité, du Sabellien qui n'établit point de distiuction entre sa personne et celle du Père, du Nestorien qui admet en lui deux personnes, de l'Eutichéen qui confond dans le même Jésus-Christ, les deux natures, la nature divine et la nature humaine, du Mac klon'ien qui ne croit pas à la divinité du Saint- Esprit, du schématique qui combat l'unité de l'Eglise et la dé* trait aillant qu'il est en lui; il sedistingue enfin du Luthérien, du Calviniste et dotons les autres hérétiques qui veulent introduire des nouveautés dans la doctrine et des variations dans la foi, et ne veulent pas reconnaître l'autorité de l'Eglise qui les condamne. Enfin celte profession de foi est comme une pierre de touche, dit saint Maxime ( Serin, desymbolo), qui sert admirablement à discerner les vrais chrétiens, des ennemis de Jésus-Christ, qui se cachent sous le nom de chrétiens.

3. llesl vrai que les hérétiques eux-mêmes admettent le symbole des apôtres, et qu'ils se font gloire de le réciter. Ils n'osent pas rejeter celte règle de foi aussi ancienne que la foi même. Néanmoins on peut facilement les reconnaître pour ce qu'ils sont, à Sur langage, aux fausses interprétations qu'ils lui donnent, et à leur rébellion contre la véritable Eglise qui en conserve le dépôt; il leur arrive ce qui arriva aux soldats de la tribu d'Ephraïm, (Judic. 12). Ils disaientqu'ils n'appartenaient point à cette tribu, afin d'obtenir de l'armée de Jephté le passage libre du Jourdain. Mais ayant été obligés à prononcer le mot xibolet, qui signifiait épi; ils le prononcèrent si mal, qu'il ne rendait plus le même sens; ils furent tous reconnus à ce signe, et mis à mort au moment où ils se disposaient à traverser le fleuve. C'est ainsi que les hérétiques ne veulent pas se déclarer les ennemis de Jésus-Christ; ils feignent d'être ses disciples; ils récitent le symbole ; mais ne le recitant pas selon le vrai sens de l'Kglise, ils se font connaître pour ce quf ils sont dans la réalité, et restent sous le poids de L'analhème. La raison donc pour laquelle notre pro-

iession de foi s'appelle symbole , c'est parce que les deux sens de ce mot lui conviennent. Si on l'emploie pour exprimer un extrait, un épilogue, un abrégé, notre profession de foi est un épilogue des principaux mystères que Dieu nous a révélés , un abrégé des choses les plus essentielles que doit croire un chrétien. Si l'on veut qu'il signifie la marque distinctive à laquelle on peut reconnaître les vrais soldats dune année, cette profession de foi est le signe caractéristique qui fait discerner le chrétien d'avec l'infidèle, le vrai soldat de Jésus-Christ d'avec le déserteur et le rebelle.

4. On appelle cette profession de foi, le symbole des apôtres, pour le distinguer des autres symboles. Outre celui des apôtres, l'Eglise se sert encore de deux autres : celui de Constantinople, qu'on appelle aussi symbole de ÏNicée, et celui qu'on attribue à saint Athanase. Le symbole de Constantinople fut publié dans le premier concile général célébré dans cette ville, et on le nomme aussi symbole de ÏNicée, parce qu'il est une extension de celui qui avait été composé quelques années auparavant clans le concile tenu dans cette dernière ville. On le chante solennellement, ou on le récite à la sainte messe. Le symbole, dit de saint Athanase, est une exposition de la foi que ce saint professa et défendit avec un courage et une constance invincible. On y trouve exposés plus distinctement et d'une manière plus étendue, les deux grands mystères de la très-sainte Trinité et de llnca rnation ; on le récite le dimanche à l'office de prime. La doctrine de ces deux symboles n'est pas différente de celle du symbole des apôtres , c'est la même que l'Eglise a expliquée plus amplement , afin de préserver ses enfants des fausses interprétations des hérétiques. On peut donc dire que ces deux symboles , quoique différents dans les paroles, ne sont autre chose dans la substance , que le symbole des apôtres plus clairement développé, afin de conserver pure et sans tache, contre les nouveautés introduites par les hérésies, cette foi que les apôtres eux-mêmes avaient enseignée et transmise à leurs successeurs.

5. Les apôtres furent donc les auteurs du symbole qui porte leur nom , ayant reçu de Jésus-Christ l'ordre de fonder son Eglise sur la terre, et de porter les lumières de l'Evangile à toutes les nations. Avant de se séparer les uns des autres, après la venue du Saint-Esprit, ils composèrent d'un commun accord cette formule de la foi catholique, afin d'établir entr'eux un accord par fait, et de proposer tous la môme doctrine à ceux qu'ils devaient convertir et amener à l'unité de la foi. Cette formule est donc le résultai de la conférence qu'eurent ensemble ces premiers disci-

DU SYMBOLK b* UfcULKAL. O

pies de notre divin rédempteur, ces premiers pères de l'Eglise ca tliolique. Le nom de symbole des apôtres qu'il a toujours porté, la tradition constante de toutes les Eglises, sont des preuves évidentes qu'il est l'ouvrage des apôtres. Ecoutons à ce sujet le pape saint Clément qui fut leur disciple. Ces divins prédicateurs de la foi, dit-il (Epist. I, ad Jacob), avant de se partager le monde, pour y annoncer partout l'Evangile , composèrent le symbole, afin de former entr'eux et parmi Leurs disciples une parfaite uniformité de doctrine et d'expressions, et qu'ainsi tout le inonde n'eut qu'un même langage, comme il ne devait avoir qu'une même foi. Saint Irénée qui vivait dans un temps très-rapproebé de celui des apôtres , et qui avait eu des entretiens avec leurs premiers disciples, atteste (Lib. I, c. lier., cap. 2.) que le symbole fut l'ouvrage des apôtres mêmes. Cet œuvre divin, qui est leur œuvre propre, dit Tertullien (Lib. de praescr., cap .37.), a précédé toutes les hérésies, et fut le bon grain semé dans la vigne du Seigneur, avant que l'ennemi vint y semer l'ivraie. Saint Ambroise dit (Epist. ad Syr.), que ces ouvriers divins travaillèrent de concert pour former cette clé du ciel. Cet abrégé de notre foi et de notre espérance, dit saint Jérôme (Epist. ad Pammacb.), fut fait par les apôtres, non pour être écrit avec l'encre et sur le papier, mais pour être gravé sur la table de notre cœur.Saint Augustin (Serin. 181, detemp.) regarde comme une chose certainement établie par la tradition et qu'il n'est pas permis de révoquer en doute, savoir, que les apôtres réunis dans un même lieu, et remplis de l'Esprit-Saint, ont formé cet excellent abrégé de la doctrine qu'ils devaient enseigner, et qui devait être ia règle de notre foi. Enfin, le pape saint Léon écrivant à Pulchérie, dit que dans les douze articles du symbole, les apôtres renfermèrent tous les moyens nécessaires pour combattre l'erreur, et en firent comme un arsenal sacré, où les fidèles pussent prendre des armes pour se défendre contre les hérétiques. En un mot, tous les auteurs ecclésiastiques sont du même sentiment et tiennent le même langage sur ce sujet. Appuyés sur tant de témoignages, nous devons tenir pour certain que le symbole est l'ouvrage des apôtres, et qu'il nous a été transmis dans toute son intégrité par le moyen d'une tradition continuelle et non interrompue.

G. On distingue dans le symbole douze articles, selon le nombre des apôtres qui l'ont composé; et comme les petites parties dont sont formés les membres du corps humain s'appellent arti clés, on donne ce nom aux petites parties et aux courtes sentences qui forment le symbole. Quelques-uns pensent que chaque apôtre lit sou article en particulier, mais cela n'est uas certain ; il Darait

même plus vraisemblable qu'ils ont tous travail!;' do concert à la confection du symbole. Quoi qu'il en soit, il nous suffit de savoir qu'il est l'ouvrage des apôtres, ou pour mieux dire, du Saint-Esprit, dont leurs langues étaient les organes et les instruments. Le docteur angHique saint Thomas (2. 2.q. l.a. 8.) nous explique comment Li doctrine chrétienne est en substance renfermée dans les douze articles du symbole. On entend, dit-il, par les choses qui appartiennent à la foi, celles dont la possession fera notre bonheur dans l'éternité, et celles par le moyen desquelles nous sommes conduits à celte félicité. Ces choses sont au nombre de deux : le grand mystère de la divinité de Jésus-Christ, dont la vision intuitive fera notre bonheur, et celui de son humanité, par hquel nous pourrons participera la gloire des enfants de Dieu. Les vérités contenues dans le symbole, regardent donc, les unes la majesté divine, et ies autres l'humanité de Jésus-Christ. Relativement à la majesté divine, trois choses sont proposées à notre croyance : l'unité de Dieu, la Trinité des personnes, et les œuvres de la divinité, tant dans l'ordre de la nature, que dans l'ordre delà grâce et dans celui de la gloire, ou de notre bonheur éternel. L'unité de Dieu est renfermée dans le premier article. Le mystère de la sainte Trinité est contenu dans le premier article où il est fait mention de la personne du Père , et dans le second qui regarde la personne du Fils , et dans le huitième où il est parlé de la personne du Saint-Esprit. Pour ce qui est des œuvres de la divinité, il est parlé de la création dans le premier article; de la sanctification dans le neuvième, par lequel nous faisons profession de croire la sainte Eglise catholique et la communion des saints, et dans le dixième, de la rémission des péchés. Notre bonheur éternel nous est proposé dans le onzième et dans le douzième, par lesquels nous faisons profession de croire la résurrection de ja chair et la vie éternelle. Six articles regardent donc Dieu en lui-même, et les œuvres de la divinité; les six autres renferment ce que nous devons croire relativement à l'humanité de Jésus- Christ, et au grand mystère de l'Incarnation. Le second parle de ïa personne du Fils ; le troisième fait connaître sa conception miraculeuse; le quatrième, sa passion, sa mort, sa sépulture; ie cinquième, sa descente dans les limbes et sa glorieuse résurrection; le sixième, son admirable ascension: le septième enfin, sa seconde venue sur la terre pour juger les vivants et les morts. 7. De tout ce quejevien>dedirepourvous expliquer ce quec'est que le symbole des apôtres, il est aisé de conclure quelle estime nous devons eu avoir. La seule pensée que les apôtres en furent les auteurs ne doit-elle pas nous porter à avoir pour lui le respect

le plus religieux? Si nous faisons à juste litre un si grand cas dos précieuses reliques de leurs corps, quel cas ne devons-nous pas faire du symbole qu'ils non ; ont laissé, et que Ton peut appeler avec raison une relique précieuse de leur esprit? Si nous considérons les vérités qu'il renferme, combien ne doit pas s'affermir et se fortifier notre croyance, par cette seule réflexion que ce sont ces mêmes vérités que les apôtres ont apprises de la Louche de sa sagesse incarnée, les mêmes vérités qu'ils ont eux-mêmes publiées dans tout l'univers et qu'ils ont scellées de leursang. Si enfin lions pensons à cette piété, à celte admirable clarté a\ec laquelle le symbole a été composé ; si nous remarquons que les douze articles de ce même symbole sont comme les douze pierres précieuses de l'apocalypse, sur lesquelles est bâtie la cité de Dieu, qu'ils sont comme douze sources figurées parles douze fontaines d Elim qui arrosent tout Israël; si nous faisons réflexion que tout ce qui a été figuré dans l'ancien Testament, tout ce qui a été accompli dans le nouveau, tout ce qui a été promis aux patriarches, prédit par les prophètes, annoncé par les apôtres, que tout cela, disjc, nous est présenté dans ce petit abrégé, quel juste motif n'avons-nous pas tous de nous consoler et de nous réjouir? Oui, que les ignorants se consolent, puisque, s'ils ne peuvent pas lire la Sainte- Ecriture, ils ont dans ce symbole, non seulement une règle de foi d'une autorité égale à celle des livres saints, et, connue eux, inspirés de Dieu, mais encore la substance de tout ce qui est contenu dans les divines Ecritures. Que les gens instruits se réjouissent, puisquedans ce diwn abrégé ils trouvent renfermés en peu de mots, tout ce qu'ils ont pu lire dans la Sainte-Ecriture, ou apprendre de la tradition. Que nous serions donc ingrats envers la bonté de notre Dieu qui nous a enrichis d'un trésor si inestimable, si nous n'en faisions par le bon usage qu'il attend que nous en fassions! quel usage devons-nous donc en lare? C'est la seconde chose qu'il me reste à vous expliquer brièvement.

8. De la fin que se proposerait les apôtres en composant le symbole, on peut facilement conclure quel usage nous en devons faire. Ils voulurent d'abord par son moyen nous instruire des granibs vérités de la religion chrétionne, nous devons donc l'apprendre et le retenir avec soin, lis voulurent en outre nous fournir une arme spirituelle pour nous défendre; nous devons donc le réciter fréquemment. En vain nous auraient-ils donné celle le -on divine , si nous négligions de la bien apprendre ; en vain nous auraient-ils procuré cette arme spirituelle, si nous n'avions pas soin de nous en servir. Nous sommes donc en premier lieu obligés d'apprendre le symbole cl de le retenir

avec soin. Dan* tous les siècles ce devoir fut recommande" par l'Eglise à ses enfants, et elle n'admettait point les catéchumènes au saint baptême, si auparavant, dans l'assemblée dos fidèles, et d'un lieu élevé, ils n'avaient récité le symbole de manière à montrer qu'ils lesavaient suffisamment, et à faire espérer qu'ils ne l'oublieraient jamais à l'avenir, ce que saint Augustin appelle rendre le symbole : reddere symbolum; expression dont il se servait pour signifier qu'ils devaient rendre compte à l'Eglise du symbole qui leur avait été enseigné. Nous voyons encore aujourd'hui un vestige de cet ancien usage dans le commandement que fait l'Eglise aux parrains ie le réciter au nom des enfants qu'ils tiennent sur les fonts sacrés, avant qu'on leur administre le baptême. Outre cela, dans tous les temps, l'Eglise a recommandé aux pasteurs de l'expliquer soigneusement aux fidèles ; elle a toujours exhorté les pères et mères à l'enseigner à leurs enfants, et les parrains à le rappeler à ceux qu'ils ont tenu sur les fonts du baptême. Les apôtres ne lui ont donné si peu d'étendue, dit saint Augustin (Serm. 119, de Temp. ), qu'afin qu'il pût éclairer l'esprit, sans charger la mémoire, et que tous, hommes et femmes, savans et ignorants , grands et petits , pussent facilement apprendre ce qu'ils devaient croire.

9. Tout chrétien est donc tenu de savoir le symbole, et il y est tenu d'une manière si étroite, que les saints pères mettent au nombre des ennemis de la foi les chrétiens qui l'ignorent. Et c'est avec raison; car c'est montrer évidemment que l'on méprise la foi, que de ne se mettre nullement en peine d'apprendre le symbole, où sont contenus les principaux mystères delà foi. Aussi l'angélique docteur saint Thomas ( 2. 2. qu. 2. art. 7. ) regarde-t-il comme coupables de péché mortel les chrétiens qui n'ont pas la connaissance qu'ils devraient avoir des articles du symbole des apôtres. Et saint Charles Borromée (concil Mediol. 5.) veutque l'on refuse absolument l'absolution aceluiquinelesauraitpas.dll moinsquant à la substance. Jugez maintenant de ce que l'on doit dire de ces personnes qui, outre qu'elles l'ignorent, de plus négligent totalement de l'apprendre, et dans quel état déplorable se trouvent non seulement les pères et mères qui ne l'enseignent pas à leurs enfants, et qui ne les envoient pointa l'église pour les faire instruire, mais encore les enfants eux-mêmes qui n'assistent pas aux catéchismes. Ils sont tous dans l'état du péché mortel, et leur ignorance qui n'est que trop inexcusable et trop coupable les rend indignes de l'absolution, et incapables de recevoir les sacrements.

Plût à Dieu que cette ignorance fut rare dans le christianisme. Mais je crains que dans le ceulre de la catholicité, et spécialement

DU SYMBOLE EN GÉNÉRAL. î/

flans les villes les plus peuplées, et qui semblent être les plus civilisées, il n'y ait un grand nombre de personnes lesquelles ayant, dans leur jeunesse, appris le symbole d'une manière superficielle, l'aient oubliéensuite au point de n'être plus à même de le réciter, ou qui, si elles en conservent encore le souvenir, n'en sachent que les paroles, sans en connaître le sens. Combien qui, le matin, s'étant à peine munis du signe de la croix, s'appliquent aussitôt , les jours ouvriers, à leurs intérêts temporels; et qui les jours de fêtes , au lieu d'assister aux instructions, au catéchisme, ne savent faire autre que de se promener sur les places publiques! Combien d'autres, qui, pouvant vivre commodément sans travailler, abusent de leur fortune, et ne s'en servent que pour se livrer à une vie nulle, oisive et licencieuse, et qui éloignant deux, comme ennuyeuse et dégoûtante, toute étude des choses divines, ne pensent qu'à s'instruire des maximes et des usages du monde, se souciant fort peu d'être ignorants en matière de religion, pourvu qu'ils connaissent toutes les règles du jeu, toutes les manières de se divertir, et toutes les bienséances affectées du siècle ! l'eut-on croire que toutes ces personnes aient du symbole la connaissance que doit en avoir un vrai chrétien ? Non , on a bien plutôt raison de penser qu'elles ne le savent pas, qu'elles ne le com prennent pas. S'il se trouvait parmi ceux qui m'entendent, quelques-uns de ces chrétiens instruits de toute autre chose que des vérités de la religion, qu'ils reconnaissent donc l'obligation indispensable où ils sont de les apprendre, et qu'ils se persuadent bien que sans la connaissance des mystères contenus dans le symbole, ils ne pourront point avoir de salut à espérer. Qu'ils ne rougissent donc pas de se faire instruire, qu'ils rougissent plutôt de leur ignorance, et qu'ils soient couverts de confusion en voyant qu'elle est si grande relativement à la foi, que les plus petits enfants, qui commencent seulement à faire usage de leur raison, peuvent en cela devenir leurs maitres.

11. 11 ne suffit pas néanmoins d'apprendre le symbole et de le bien savoir ; il faut en second lieu le réciter souvent, afin de l'imprimer dans la mémoire , de pouvoir ainsi nourrir la foi , d'avoir toujours ces divines vérités présentes à l'esprit, et de soutenir celte même foi contre toutes les tentations qui pourraient l'ébranler. L'Eglise nous enseigne cette sainte pratique par sou exemple, en le faisant réciter plusieurs fois ebaque jour à ses ministres dans l'ofiice divin. Ellele fait réciter pendant la nuit à matines, le matin à prime, et le soir à complies , pour montrer, dit saint Thomas (2. 2. qu. I, art. 9.), que la lumière de ce symbole fait disparaître toutes les erreurs passées, préseutes et à venir. 11 est

10 t. INSTRUCTION

donc juste et convenable de se conformer aux pratiques, et de se, Conder les intentions de cette sainte mère.

12. .Nous ne devons pas nous contenter de le réciter trois fois chaque jour. Les saints pères ne cessent de dous recommander de le réciter fréquemment et dans toutes les occasions. Saint Pierre Chrysologue veut que tout chrétien le récite souvent, afin de ne pas oublier le pacte qu'il a fait avec Dieu, de ne pas perdre de vue les promesses divines et la gloire céleste où la foi nous conduit. Saint Amliroise écrivant à sa sœur Marcefline, l'exhorte à leréciter chaque jour, le matin et le soir, et toutes les fois qu'elle se trouverait surprise par quelque Crainte, par quelque frayeur ; parce que, ditil, c'est là la clé qui ouvre la porte pourchasser du cœur les ténèbres de l'enfer, et pour y faire entrer la vraie lumière qui est Jésus- Christ. Dans un autre endroit, il lui conseille de se contempler dans ce symbole, comme dans un miroir, pour y reconnaître sa foi, et pour examiner si elle croit véritablement. Saint Augustin en l'expliquant aux catéchumènes, leur fait la même recommandation; il veut qu'ils l'impriment dans leur cœur, qu'ils le portent partout avec eux , pour qu'il leur serve de défense contre toute espèce de tentations et contre tous leurs ennemis ; que leur mémoire soit un livre toujours ouvert où ils puissent ie lire. Quoiqu'ils l'aient déjà récité plusieursMbis, et qu'ils le sachent parfaitement, il ne veut pas qu'ils laissent pour cela de le réciter. Il les exhorte à chercher leurs consolations dans cette règle de leur foi. Que ce symbole', dit-il ailleurs , soit votre richesse et votre trésor; qu'il soit comme un vêtement qui vous mette à couvert, et comme un bouclier qui vous défende; un vêtement qui couvre votre nudité, et vous délivre de la confusion ; un bouclier qui vous protège contre les assauts de vos ennemis, et qui vous rende invulnérables.

13. Et en vérité, que peut craindre un chrétien qui a pris l'heureuse habitude de réciter souvent le symbole, et de se servir de cette arme spirituelle, surtout dans le temps de la tentation ? Que le démon lui mette devant les yeux le nombre et la multitude de ses péchés, pour le faire tomber dans le désespoir : je crois, dira-t-il, que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est né delà vierge Marie, qu'il a souffert, qu'il a été crucifié, qu'il est mort pour mon salut; et parla il rend inutiles tous les artifices de l'ennemi, et se confirme dans l'espérance qu'il obtiendra le pardon de ses fautes. Que, pour l'attirer à lui, le monde lui propose ses grandeurs, sa gloire et ses plaisirs : je crois , dira-t-il , je crois la vie éternelle ; et cette croyance, en faisant soupirer son cœur après les biens sans terme, le détache des biens périssables de la terre. Qu'il en tende des propos qui décréditent la religion : Je crois, dira-t-il, la

DU SYMH0LE EN GÉNÉRAL. Il

sainte Eglise catholique; et par là, les maximes séductrices op] i séesaux maximes salutaires de l'Eglise, ne feront sur lui aucune impression. En un mot, il trouvera dans le symbole sou espérance, sa force et sa consolation ; et en s'habituant ainsi pendant sa vie à se défendre contre ses ennemis avec cette arme spirituelle, il saura s'en servir efficacement pour rester vainqueur au moment de la mort.

14. C'est ce qui arriva au glorieux saint Pierre, martyr, la gloire et L'ornement de l'ordre de saint Dominique. Il appartenait à une famille hérétique, et fréquentait cependant les écoles des catholiques, à l'âge de sept ans; il \ apprit le symbole, et l'imprima tellement dans son esprit et dans son cœur, qu'il apportait le zèle le plus grand à conserver soigneusement un si précieux trésor. Un jour, un de ses parents , qui était hérétique, le rencontra comme il revenait de l'école, et lui demanda ce qu'il avait appris : le symbole des apôtres t répondit aussitôt l'enfant ; et il se mit à le réciter : Je crois en Dieu le l'ère tout puissant, créateur du ciel et de la terre... L'hérétique entra en fureur, et lui ordonna, en le menaçant, d'abandonner cette doctrine si contraire à ses erreurs; mais ni ses ordres, ni ses menaces, ni celles du père de cet enfant, ne furent capables de l'empêcher de le réciter et de l'enseigner même aux autres. Etant plus tard entré dans Tordre de Saint-Dominique, il devint un prédicateur si zélé de la foi contenue dans le symbole , qu'il convertit un grand nombre d'hérétiques. Quelques-uns, cependant, des plus obstinés l'attaquèrent un jour, et le blessèrent à morl. Sur le point de rendre le dernier soupir, il se mil à réciter le symbole, et à l'écrire avec son doigt trempé' dans son sang, et il termina sa sainte vie en confessant ainsi sa foi. Apprenons de cet exemple à réciter souvent le symbole, et à nous en faire comme un bouclier pour nous défendre contre les suggestions et contre les assauts de ootre ennemi. Si nous en faisons un saint usage pendant notre vie, nous saurons nous en servir avantageusement au moment dangereux de notre mort.

Dispositions avec lesquelles on doit renier le Symbole.

Nous avons commence5 à nous entretenir dans l'instruction précédente, du symbole composé par les apôtres pour être la règle de notre foi. Nous avons vu que ces premiers pères, que ces fondateurs de la sainte Eglise, avant de se séparer les uns des autres,

pour répandre la lumière de l'Evangile dans les diverses parli.\? du monde, inspirés par l'Esprit-Saint dont ils étaient remplis, formèrent, d'un commun accord, ce divin abrégé contenant, à la vérité, peu de mots, pour qu'il ne surchargeât pas la mémoire, et qu'il fût adapté à la capacité des plus ignorants; mais grand et étendu par la multitude des vérités, et par la sublimité des mystères qui y sont renfermés. La sainte Eglise l'a reçu en héritage des apôtres, elle Fa conservé avec la plus grande sollicitude dans toute son intégrité; elle en a toujours recommandé la récitation aux fidèles, elle s'en est servi dans tous les siècles comme d'un puissant mo>en pour conserver l'unité de la foi, comme d'une arme puissante pour détruire toutes les erreurs, pour anéantir toutes les hérésies. Il est vrai que dans les premiers jours du christianisme, elle ne voulut pas qu'il fût écrit, de crainte que les infidèles ne tournassent en dérision les \érilés saintes qu'il contient; et elle suivait en cela le précepte de Jésus-Christ, qui défend de jeter les choses saintes aux animaux (Malth. vu , v. 6.). Mais autant elle prenait de précautions pour cacher ces divins mystères aux infidèles, autant elle avait soin que ses enfjnls en eussent une pleine connaissance, et qu'il fût profondément imprimé dans leurs cœurs. Elle voulait qu'ils se servissent souvent de ce bouclier contre les tentations et contre les assauts de leurs ennemis. Aussi n'y a-t-il point de conseil plus fréquemment inculqué dans les écrits des saints pères, que celui de réciter souvent le symbole. Il faut remarquer cependant que dans celle récitation, la bouche et la langue doivent être d'accord avec l'esprit et le cœur. II est nécessaire de le réciter souvent; ce saint exercice forme un des devoirs du chrétien; l'Eglise nous en donne l'exemple dans l'office divin , et presque tous, en effet, le récitent au moins le matin et le soir. Mais il n'est pas moins nécessaire de le savoir bien réciter, c'est-à-dire de le réciter avec les dispositions qu'exige de nous une chose aussi sainte et aussi respectable. Quelles sont donc ces dispositions ? Je vais vous les exposer dans cette instruction, et je les réduis à trois : l'attention , la foi et la dévotion. Nous devons le réciter avec une attention soutenue, avec une foi vive, avec une dévotion tendre et fervente. Oh! combien cette récitation du symbole vous sera salutaire et avantageuse, si elle est toujours accoin* pagnée d'aussi saintes dispositions

1. En premier lieu, on doit réciter le symbole avec une atten-. tion sérieuse, c'est-à-dire avec une attention qui, non-seulement nous fasse bien proférer chaque parole, mais qui nous fasse en-» core réfléchir au sens et aux grandes vérités qu'il renferme. Sans celte attention, de quoi nous servirait-il de le réciter? Nous de*

vous nous proposer deux fins dans celte récitation : la première, de rendre à Dieu un témoignage public de notre foi, c'est-à-dire, de l'honorer en lui protestant que nous soumettons notre faible intelligence à sa science infinie et à sa véracité ; la seconde, de nous instruire nous-mêmes, en gravant dans notre esprit et dans notre cœur cette céleste doctrine qu'il a daigné nous révéler, et en réfléchissant aux grands mystères qu'il a opérés pour notre salut. Or, peut-on dire qu'il honore Dieu et qu'il s'instruit celui qui récite le symbole, sans s'occuper des choses qui y sont contenus, qui le récite par coutume, par cérémonie, avec un esprit rempli de mille pensées étrangères, qui le récite enfin avec précipitation , ne prononçant que la moitié des syllabes ? ÎNon, c'est au contraire déshonorer Dieu par la profanation d'une chose si sainte ; c'est se priver soi-même de tous les avantages spirituels que l'on pourrait retirer de la récitation du symbole.

2. Premièrement, c'est déshonorer Dieu, et l'outrager en récitant ses divins oracles sans respect et sans attention. S'il voulait même, dans l'Ancien-Testament, que l'on traitât avec la plus profonde vénération les vases sacrés destinés pour les sacrifices ; s'il punit de mort un Israélite qui avait porté ses mains sur l'arche d'une manière peu respectueuse ; si , aujourd'hui encore, il exige que l'on ait le plus grand respect pour les calices, les patènes et pour toutes les choses saintes qui servent à son culte, et si le mépris qu'on en fait retombe sur la majesté divine, combien, à plus forte raison , ne devons-nous pas respecter le svmbole, qui est saint à tant de titres; saint , parce qu'il a été inspiré de Dieu , saint, parce qu'il a été fait et publié par les saints apOtres; saint, parce qu'il ne renferme que des choses saintes et divines? Celui qui le récite sans attention, avec précipitation, en même temps qu'il profane les paroles qui expriment tant de vérités divines, des mystères si redoutables, outrage donc grièvement Dieu qui en e>t l'auteur; il outrage l'Esprit-Saint qui l'a dicté, et la majesté divine devant laquelle il le récite.

3. Déplus, il se prive lui-même des avantages spirituels qu'il en pourrait retirer, et au lieu d'acquérir une connaissance suffisante des divins mystères, par sa pure négligence il demeure dans l'ignorance de ces mêmes mystères, ou bien, s'il en a quelque connaissance, ce n'est qu'une connaissance toute superficielle. Les aoôtres n'ont pas fait le symbole pour que les fidèles se bornassent à en réciter les mots , mais ils l'ont composé afin qu'en le récitant souvent, ils pussent s'instruire des grandes vérités qu'il renferme. Ils voulaient qu'il fut comme un miroir dans lequel nous pussions contempler notre foi; et Lis le composèrent d'ui.e

1 i II. INSTRUCTION.

manière simple et en peu de mots, afin que tous non-seulement pussent en retenir les paroles, mais encore en saisir le sens, en comprendre la signification. Mais celui qui le récite aveG un esprit toujours distrait, rend inutiles tous ces soins, et agit contre toutes les intentions des saints apôtres. Car comment peutil servir de miroir à celui qui n'y arrête pas même sa pensée? Comment peut-il instruire celui qui ne fait aucune réflexion au sens des paroles qu'il prononce? Comment peut-il éclairer celui dont l'esprit est bien loin de ce que dit sa langue? C'est là cependant un défaut bien commun parmi les chrétiens, et peut-être même parmi les ecclésiastiques, de réciter le symbole sans attention , de le réciter avec précipitation , de manière à ne pas même savoir, à ne pas même se rappeler ce qu'ils ont dit quand ils sont arrivés à la fin. Si nous parlons des personnes grossières et ignorantes, comme leurs pères et mères le leur ont mal appris dans leur enfance, et qu'ils le leur ont enseigné dans un langage qu'ils ne comprennent pas, ils continuent pendant le reste de leur vie à le réciter toujours aussi mal dans le même langage. Et qnel profit, quelle instruction , quelles lumières peuvent-ils retirer de ces mots qu'ils prononcent sans en comprendre le sens? Si j'ignore ce que signifient les paroles, dit saint Paul (I Cor., xiv , 11.), je serai barbare pour celui à qui je parle, et celui qui me parle sera barbare pour moi : Si nescicro viriuiem vocis , ero ei , cui loquur barbants, et qui îoquitur, milii barbants.

4. Mais s'il en est ainsi, direz-vous, pourquoi enseigne-t-on ordinairement le symbole en latin, même aux enfants et à d'autres personnes qui ne connaissent nullement cette langue? A cela je réponds que si l'on ne doit point reprendre ceux qui enseignent le symbole en latin, qui est une langue respectable par la raison qu'elle a été consacrée par l'Eglise qui l'emploie à la sainte messe, dans l'office divin et dans l'administration des sacrements; il faut avouer cependant qu'il est très important et mêmen icessaire, que les personnes simples et ignorantes l'apprennent et le récitent en langue vulgaire, comme on l'enseigne au catéchisme, afin qu'elles puissent plus facilement savoir ce qu'elles disent ou ce qu'elles entendent, lorsqu'elles le récitent, ou qu'elles l'entendent réciter en latin. Pères et mères, enseignez-le donc en langue vulgaire à vos enfants; e\pliquez-leur les mystères qui y sont contenus; faites que pendant qu'ils le récitent, ils s'habituent à réfl tenir au sens des paroles; et non contents qu'ils le sachent réciter, faites-leur de temps en temps rendre raison de ce qu'ils disent , afin de voir s'ils comprennent les paroles qu'ils prononcent. Oh! si lesparents prenaient toutes cw précautions, combien les eijûuts seraient

dieux instruits, et comme on verrait bien vite disparaître celle déplorable ignorance devenue si commune de nos jours! mais pour l'ordinaire, les pères ne veulent pas se donner cette peine, ils en laissent le soin aux mères; et celles-ci, supposé qu'elles soient d'une condition un peu élevée, cherchent souvent à se décharger de cet important devoir, en confirntlesoin d'enseigner le île à leurs enfants, à une servante ou à un domestique privés de connaissances, qui sont loin de le savoir eux-mêmes parfaitement, ou qui, en l'enseignant, disent plutôt des choses ridicules , qu'ils ne profèrent de paroles sensées. 0 paresse détestable ! 6 affreuse et coupable négligence! Est-ce ainsi, pères et mères, que vous remplissez vos devoirs? Est-ce une chose indigne de vous que d'apprendre à vos enfants ce qu'ils doivent savoir nécessairement pour être sauvés ? Rougissez-vous de leur enseigner ce symbole que Dieu lui-même a inspiré aux apôtres, et que les apôtres ont enseigné à l'Eglise?

5. C'est ici un artifice du démon , qui a soin de détourner les pères et les mères de l'accomplissement d'un devoir si rigourcuv, afin que les enfants, demeurant par là dans l'ignorance des divins mystères, puissent plus facilement apprendre et faire le mal. Hélas, celle ruse ne lui réussit que trop souvent II agit à l'égard des chrétiens, comme autrefois les Philistins envers les Hébreux (1. Reg. xiif, v. 19.), pour que ceux-ci leur demeurassent toujours soumis, ils leur enlevèrent tous les ouvriers qui auraient pu leur faire des armes, et ne leur laissèrent que les instruments propres à la culture des terres, et dont ils n'avaient rien à craindre. C'est ainsi que les puissances des ténèbres enlevèrent aux fidèles leurs armes, c'est-à-dire, la connaissance des divins mystères qui sont contenus dans le symbole, prenant des moyens afin que les pères et les mères, les chefs de famille, qui sont comme les ouvriers qui font ces armes divines, négligent d'enseigner à leurs enfants [es vérités du christianisme. Le démon laisse aux chrétiens l'usage des instruments propres à la culture dos terres, c'est-à-dire, l'usage des sciences profanes, des connaissances relatives aux gains temporels, parce qu'il n'a rien à craindredeces armes. Dieu plus, comme les Philistins laissèrent volontiers aux Israélites les instruments qui pouvaient leur servir à cultiver leurs champs, ainsi le démon excite les chrétiens à s'adonnerexclusivement à ces sciences profanes, afin de les détourner delà connaissance et de l'amour des choses divines.

6. Ceci peut encore s'expliquer par un autre trait de la Sainte- Ecriture. Holopherne voyant que la ville de Bcthnlie voulait lui résister , ei se mettait eu état de se défendre, (il le tour de ses murs

pour chercher le moyen delà prendre plus facilement. Il observa, entre autres choses, certains aqueducs qui conduisaient abondamment dans la ville les eaux d'une fontaine. Que fit alors ce général habile ? il fit couper ces aqueducs, afin que les Hébreux pressés par la soif, tombassent bientôt entre ses mains (Judith 7, G. . Nous savons, d'après les Ecritures-Saintes, que les eaux sont la figure de la doctrine céleste. La source vivante d'où elles découlent, est Dieu lui-même; les aqueducs qui les introduisent dans l'Eglise, qui est la cité de Dieu, et dans les âmes, sont les pasteurs, les maîtres, les chefs de famille, et spécialement les pères et les mères. Que fait donc le démon, qui est comme le général en chef de tous les ennemis de l'Eglise et des âmes? il emploie toutes sortes de ruses et d'artifices pour détourner ces eaux , c'est-àdire, pour éloigner les hommes de la connaissance des divins mystères, et pour faire couper les aqueducs qui introduisent ces eaux dans l'Église et dans les âmes, c'est-à-dire, pour empêcher que les pasteurs, les maîtres, les chefs de famille, et surtout les pères et les mères n'enseignent aux enfants les vérités divines renfermées dans le symbole, et exprimées dans ses articles. Et il n'obtient, hélas ! que trop facilement son but par ce moyen. Car, combien les enfants, vivant ainsi dans l'ignorance des choses célestes, n'apprenuent-ils pas aisément la malice ! Afin donc que le péché, la malice et le démon lui-même ne s'emparent pas de l'âme de vos enfants, apprenez-leur le symbole; mais ayez soin de le leur enseigner de telle manière, qu'ils s'accoutument à réfléchir sur ce qu'ils disent, et qu'ils comprennent le sens des paroles qu'ils prononcent.

7. Mais nous avons tant d'occupations ; il faut nous livrer au trafic, au négoce; il faut exercer notre état, cultiver nos champs; il est impossible que nous puissions trouver du temps pour apprendre le symbole à nos enfants, de sorte que nous en laissons le soin aux mères et aux servantes. Mais, je vous le demande , le trafic , le négoce, votre état, la culture de vos terres , tout cela vous empèche-t il de trouver du temps pour jouer, pour converser, pour vous promener? Combien d'heures ne passez-vous pas ou dans les théâtres, ou sur les places publiques, ou dans les auberge-;, en la compagnie de vos amis? Si donc, nonobstant vos nombreuses occupations, vous savez trouver du temps pour vous divertir, comment pouvez-vous dire que vous n'en avez point pour apprendre à vos enfants les choses nécessaires au salut. Qui peut vous croire, et penser que dans toute une journée vous ne pourrez pas trouver une demi-heure pour leur faire quelques in'errogations sur le symbole et sur les mystères de la religion ? Et d'ailleurs

rinstruction chrétienne de vos entants n'est-elle pas voire premier el principal intérêt, celui qu'un père doit avoir le plus à cœur? Mais aujourd'hui on lui donne la dernière place, on lemet après tous les intérêts temporels. Et voilà la raison pour laquelle les enfants ayant mal appris une première fois le symbole, le répètent chaque jour sans faire la moindre attention aux paroles, et sans en comprendre nullement le vrai sens ; ils le récitent d'une manière confuse et avec précipitation, ne pensant qu'à décharger leur mémoire. Voilà pourquoi, croissant en âge, ils croissent a dans la négligence de le bien apprendre; et ils le récitent aussi mal étant avancés en âge, qu'ils l'ont mal récité étant jeunes, parce qu'on ne leur a jamais apprisà le réciter distinctement et avec l'attention convenable. Ce n'est pas là, mes frères, la manière dont on doit réciter le symbole. Chaque mot qui le compose est un oracle divin ; chaque parole renferme un grand mystère. Il faut donc le réciter avec une mûre réflexion, avec une attention soutenue, et avec un profond respect. Telle est la première disposition requise pour que c Hie récitation soit utile et méritoire. La seconde non moins nécessaire que la première, est une foi vive et animée 8. Il ne suffit pas de prononcer des lèvres les vérités de la foi ; il faut de plus avoir intérieurement une croyance ferme et assurée. L*acte intérieur par lequel nous soumettons notre intelligence aux lumières de la foi, par lequel nous croyons fermement, par lequel nous embrassons la doctrine que Dieu nous a enseignée, cet acte intérieur est comme lame de notre profession de foi extérieure, et sans lui elle ne sérail pas une foi véritable. Je ne parle pas de celte foi habituelle par laquelle nous croyons en général tout ce que Dieu nous a révél ■, tout ce que l'Eglise nous propose de sa part, et sans laquelle notre profession ne serait qu'hypocrisie. Je suppose que cette foi habituelle règne dans chacun devons. Biais je dis qu'outre cette foi habituelle, vous devez encore, lorsque vous récitez le symbole, accompagner les paroles que vous prononcez, d'un acte intérieur et positif de votre esprit, par lequel vous croyez sincèrement tous les articles qui y sont conl Sans cet acte intérieur, votre profession extérieure est défectueuse et imparfaite. Car si, lorsque vous dites des lèvres : je crois, vous ne le dites pas en même temps du fond du cœur, si vous n'accom pagnez pas ces paroles d'un assentiment intérieur de votre esprit. vous ne faites qu'une profession de foi loute matérielle et sansmérite devant Dieu. II faut donc animer la récitation du symbole d'un acte intérieur d'une foi vive, pour qu'elle soit agréable ; Dieu, et avantageuse à vous-mêmes. Ainsi quand vous prononce ■

ces paroles : je crois en Dieu le pire (ont puissant, votre l i. ,2

doit dire : je crois la puissance infinie de notre Dieu, qui peut taire toute chose, -et à qui rien ne résiste. Quand vous dites : je r.roi.; en Jésus-Christ son fils unique noire Seigneur, il faut que votre esprit dise avec sincérité : je crois que Jésus-Christ est le vrai fils du Père éternel, qu'il lui est eonsubstantiel, que par un trait de sa miséricorde infinie, il est descendu du ciel pour nous sauver, qu'il s'est incarné dans le chaste sein de la Vierge Marie, qui! a souffert, qu'il est mort, qu'il est ressuscité, qu'il est monté aux cieux, que là, il est assis à la droite de son père, et qu'un jour il reviendra sur la terre pour juger les vivants et les morts. Lorsque vous dites : je crois au Saint-Esprit; je crois la sainte Eglise catholique, la communion des saints ; je crois la résurrection de la chair, la vie éternelle, dites en même temps du fond du cœur: je crois, oui, je crois fermement toutes ces grandes vérités que Dieu a daigné me révéler , et je suis prêt à donner ma vie pour les défendre.

9. Que nous serions heureux, si, lorsque nous récitons le symbole, nous étions animés de cette même foi dont étaient remplis les patriarches, les prophètes, les apôtres qui le publièrent dans tout l'univers, les confesseurs qui consacrèrent leur vie à sa défense, et les martyrs qui le signèrent de leur sang! Que nous serions heureux, si nous le récitions avec cette foi de l'aveugle de l'Evangile, qui dit à Jésus-Christ : je crois, Seigneur, et qui se prosternant devant lui, l'adora! avec la foi de Marthe qui s'écria : je crois, Seigneur, que vous êtes le fils du Dieu vivant, qui êtes venu dans le monde; ou au moins avec la foi de ce père de famille, qui demandant à Jésus-Christ la guérison de son fils, lui dit : je crois, Seigneur, soutenez ma faiblesse et affermissez ma foi. Tels sont les sentiments dont nous devons être animés en récitant le symbole. Car l'Eglise, en nous imposant l'obligation de le réciter, ne veut pas que celte récitation soit une pure cérémonie, elle entend qu'elle soit un juste tribut de notre foi, et un témoignage authentique de notre croyance. C'est à cette fin qu'elle le faisait réciter publiquement par les catéchumènes avant de les admettre au baptême, et qu'elle le fait réciter aujourd'hui aux parrains, lorsqu'ils tiennent des enfants sur les fonts sacrés; c'est à cette fin pareillement qu'elle fait chanter solennellement le symbole de Nicée à la sainte messe.

10. Si nous avions soin d'accompagner la récitation du symbole de ces sentiments d'une foi vive, quels avantages spirituels n'en reviendrait-il pas à notre âme? Comme nous serions plus fermes, plus constants dans nos résolutions, plus attentifs à éviter le mal, cl plus ardents pour faire le bien ! En effet, comment oserait-il

DU SYMBOLE EN GtKÉRAL. 13

commettre le péché, celui qui croirait fermement qu'il existe un «Dieu tout puissant; immense, l, qui voit tout, qui peui

tout, sans que personne puisse résister à sa puissance? Celui qui croit sincèrement que le (ils de Dieu s'est abaissé jusqu'à se taire bomme, jusqu'à souffrir, jusqu'à mourir sur v\m croix pour notre salut, comment n'évitera-t-il pas avec le plus grand soin tout ce qui peut lui déplaire, afin de prouver sa reconnaissance à ce divin bienfaiteur? Celui qui croil la résurrection de la chair, Comment ne s'appliquera-t-il pas à dompter et à mortifier cette chair, afin qu'un jour elle puisse ressusciter glorieuse? Celui qui croit la vie éternel!.1 ; qui croit que les bons seron récompensés, et que les méchants souffriront pen lant une nilé tout entière les tourments les plus affreux, avec quel courage et quelle patience ne supportera-t-il pas tous les maux de la \i e présente? avec quelle constance ne méprisera-t-il pas tous biens? qu'il ait à soutenir les combats les plus terril les; que lé démon, comme un lion furieux, tourne autour de lui et vienne l'assaillir par le tionsles plus importunes, qu'un monde

trompeur le sollicite par ses charmes; qu'une chair rebelle cher* séduire, s'il a une foi vive, die lui servira,

oe dit s uni Paul, d'un bouclier impénétrable pour se défendre contre toutes les tentations, pour surmonter tous les assauts

■ ennemis : In omnibus sumentes scutum fidei, in q>io possitis omniatela nequissimiigtieaextinguere{ Ephes. VI, 16- )

11. Que si le symbole récité avec une foi vive est un moyen si sant pour résistera toute espèce de tentations, qu jlle ne sera

pas son i ffl :acité pouf vaincre en particulier celles qui sont contraires à la foi? Onpeul dire que c'est ici la fronde de David, qui superbe Goliath, c'est-à-dire le démon. Credo, devezvous dire, lorsqu'il vous tente en celte matière, credo, je crois; qu'il souffle tant qu'il lui plaira ; qu'il me suggère mille pensées contraires à ma religion et à ma foi ; credo, je crci > ; le symbole est le bouclier que j'oppose à tous ses traits : in omnibus sumentes tcutùm fidei, in quo )io*ait>s omnia tela nequissimi ignea caIihguere. Gomme l'acte «le foi sur les vérités que I)ieu nous a révélées, est directement opposé au doute et à l'incrédulité, de même en récitant le symbole avec une foi vive, vous donnez, pour ainsi dire, un coup mortel au démon, vous le déconcertez, vous l'obligez à se retirer vaincu, abattu et couvert de confusion.

12. Voilà combien il est utile et même nécessaireque la récitation du symbole soit accompagnée d'une foi vive. Vous êtes environnés d'une multitude d'ennemis cruels qui cherchent votre perte. Leurs forces sont redoutable*, leurs ruses sont cachées, les ton-

tations sont variées el fréquentes. Le symbole récité avec foi est l'arme puissante que Dieu vous a donnée pour que vous puissiez résister à ces forces, rendre inutiles toutes ces ruses, et vaincre toutes ces tentations. Il faut donc vous servir de cette arme. Récitez-le avec foi avant d'être tentés, pour vous prémunir contre la tentation, et au moment où vous l'éprouvez, afin de la vaincre et de la chasser. Ayez-y recours, comme à un asile fortifié; attachezvous y, comme à une ancre assurée; il vous affermira contre toutes les agitations et les tempèles que pourrait susciter l'esprit infernal, ou la malignité de ses ministres. Oh! que de tentations fera disparaître la seule récitation du symbole ! que de victoires glorieuses remportent sur leurs ennemis ces fervens chrétiens qui le récitent souvent ! Nos ennemis fussent-ils encore plus forts et plus nombreux, nous n'aurons rien à craindre, tant que nous nous défendrons avec cette arme puissante, c'est-à-dire, avec la profession de foi que nous faisons en récitant le symbole.

13. Nous ne devons pas nous contenter de le réciter avec une attention sérieuse , avec une foi vive et animée ; il faut encore y joindre une dévotion tendre et fervente; c'est-à-dire que nous devons accompagner la récitation du symbole des sentiments d'une solide piété, et exciter en nous, pendant que nous professons notre foi sur les mystères qui y sont contenus, des affections d'amour et de reconnaissance envers ce Dieu qui les a opérés pour notre bonheur. Il ne suffit pas de lui faire le sacrifice de notre intelligence, en la soumettant aux lumières de la foi ; il faut de plus lui consacrer notre volonté, en faisant, autant que possible, desactes fervents d'humilité, de reconnaissance, d'espérance et d'amour. Car si en protestant que nous croyons les vérités que Dieu nous a révélées, notre cœur demeure sec et froid, notre foi qui devrait être une source abondante de beaux sentiments et de saintes résolutions, demeure stérile et infructueuse.

14. En effet, tous les articles du symbole sont propres à exciter en nous les plus saintes affections; ils ont tous par eux-mêmes une efficacité merveilleuse pour ranimer notre piété, pourvu toutefois que nous ne mettions pas d'obstacle à cette efficacité, par notre tiédeur et par notre indifférence. L'article qui nous propose un Dieu tout puissant, créateur du ciel et delà terre, nous inspire des sentiments de soumission , de crainte, de respect envers cet être infini duquel dépendent toutes les créatures, comme de leur premier principe. Ceux qui nous présentent l'Incarnation du Fils unique de Dieu, sa vie, sa passion et sa mort, nous suggèrent des sentiments de reconnaissance pour tout ce qu'iladaign.' faire pour notre salut, des sentiments de douleur et de repeuli;

DU SYMBOLE EN GENERAL; 2t

d'avoir si peu correspondu à ses desseins si pleins d'amour, et des sentiments de confiance en ses mérites. Lorsque nous disons : Je crois au Saint-Esprit, nous devons être portés à le prier d'allumer en nous le feu divin de son amour, et de nous sanctifier par ses dons et par ses grâces. Quand nous disons : je crois la sainte Eglise catholique, la communion des saints, nous devons remercier Dieu de nous avoir fait naitre dans le sein de celte Eglise, et de ce qu'il veut bien nous faire participer à cette communion des gaints, c'est-à-dire à toutes les bonnes œuvres qui se font dans l'Eglise, En protestant que nous croyons la résurrection de la chair et la vie éternelle, nous devons sentir se réveiller dans noire cœur le désir de cette vie bienheureuse, et ce désir doit nous porter à demander à Dieu les grâces nécessaires pour l'obtenir. U faut donc avoir soin de seconder ces pieux mouvements, et ces affections que réveillent en nous ces articles du symbole, et de ne pas les étouffer par une coupable indifférence.

15. Si nous récitions le symbole avec cet esprit de piété et de dévotion, il serait une des plus belles prières que nous pussions faire. C'est pour cette raison quel'Eglise, dont l'intention est qu'on le récite avec cet esprit, l'a mis au nombre de ses prières publiques et privées ; c'est pour cette raison encore qu'elle commence et qu'elle finit ses heures canoniques par la récitation du symbole; c'est pour cette raison enfin qu'elle en fait une partie du saint sacrifice de la messe, et qu'elle exhorte ses enfants à le réciter au moins une fois le matin et le soir. En effet , si toute élévation de notre cœur vers Dieu, comme étant notre premier principe et la source de tout bien , est une véritable prière , nous prions donc toutes les fois que, récitant le symbole avec des sentiments d'amour, de piété et de confiance, nous prononçons cette profession solennelle de notre foi sur les vérités que Dieu nous a révélées, sur les bienfaits que nous avons reçus de lui, et sur ceux que nous espérons recevoir de sa bonté en cette vie et dans l'autre. II faut donc le réciter non-seulement avec une foi vive, mais encore avec des sentiments d'une tendre piété, pour en faire une prière agréable à Dieu, et utile à nous-mêmes. II faut le réciteravec une profonde humilité, dans un esprit de charité et d'union avec toute l'Eglise dont nous voulons être membres, avec une vive douleur et une sincère détestation de nos péchés dont nous espérons la rémission, avec un désir ardent des biens éternels qui nous y son! promis.

16. Mais sont-ce là, chrétiens, vos dispositions, lorsque vous récitez le symbole? Le réciiez-vous avec cette gravité, avec cette attention que méritent la sainteté et la grandeur des plus augus-

22 III. INSTRUCTION. I. àïïTIClE.

les mystères qui y sont contenus? le récitez-vous, étant pénétra de celte fui vive avec laquelle on doit professer une foi aussi authentique de notre croyance? Le récitez-vous enfin avec <îes sentiments d'une tendre et fervente piété, produisant des aci-s d'humilité et d'anéantissement devant Dieu, des actes d'amour et de remerciment? ou bien, ne le récitez-vous point plutôt étant distraits, tièdes, froids, sans aucun sentiment de piété, sans aucune affection, avec indifférence, comme si c'était une chose profane, avec une négligence volontaire, pour ne pas dire avec mépris et d'une manière outrageante pour Dieu ? Si votre conscience vous reproche d'avoir &é anssi insouciants jusqu'à ce jour, demandezen sincèrement pardon à Dieu, et soyez fortement résolus de réciter désormais le symbole avec ces saintes dispositions que je viens de vous exposer, c'est-à-dire , avec une attention sérieuse , avec une foi vive, et avec une tendre dévotion. Etant récité de cette manière, il sera un tribut d'hommage et de louanges que vous rendrez à Dieu, en même temps qu'il sera pour vous une source abondante de grâces et de bénédictions.

Sur le premier article dn symbole : Credo in Deum oie. On explique ic om [Credo : je crois, cl l'on démontre c j : i o ". ! .-î doil eue notre fui.

Après avoir expliqué ce que c'est que le symbole, quelle en est l'excellence, quel usage nous en devons faire ; après avoir exposé les dispositions avec lesquelles un vrai chrétien doit le réciter, et qui sont une attention sérieuse, une foi vive et animée, une dévotion tendre et pleine de ferveur, nous nous occuperons maintenant de l'examen des vérités contenues dans le premier article : Je crois en Dieu le père tout puissant. ÏNous en considérerons attentivement chacune des paroles, parce que toutes, elles renferment de grands mystères. Credo : je crois ; telle est la première parole du symbole, parole qui contient le premier hommage que nous devons rendre à Dieu, le premier pas que nous avons à faire pour nous approcher de lui, le premier sacrifice de notre esprit et de notre cœur, le fondement de notre salut, la source de tous les "biens, le principe de toute vertu ; en on mot elle contient la foi qui est le fondement et la racine de toute justice, ainsi que nous le dit le saint concile de Trente ( Sess. 6. c. 8. ) Cette foi est un sacrifice que nous faisons à Dieu, en l'adorant comme le souverain maître de toutes choses, en lui offrant notre esprit et notre raison, en soumettant à la véracité -!

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