I!I. INSTRUCTION. I. ARTICLE
grand jour tout ce qu'il y a de plus caché; ils sont assez téméraires pour raisonner sur les mystères les plus impénétrables, pour chercher la raison des choses qui n'ont d'autre raison, d'autre cause, que la volonté de celui qui les a ordonnées. Ils décident hardiment ; i!s discourent librement, sans avoir égard ni au temps, ni au lieu, ni aux circonstances, et cela jusque dans les conversations les plus familières, et en la présence des personnes les plus simples et les plus dépourvues d'expérience. 0 sagesse humaine, comme tu te trompes ! toi qui ne peux pas moine pénétrer les secrets de la nature, comment oses-tu prétendre arrivera la connaissance des secrets profonds de la foi ? oui, tu te trompes, et plus tu crois approcher de la vérité, plus tu t'en éloignes. 11 n'en est pas de la parole de Dieu, comme de celle de l'homme. Quand les hommes parlent, dit saint Augustin, il faut comprendre ce qu'ils nous disent, avant de pouvoir le croire; mais quand Dieu nous fait entendre sa voix, nous devons commencer à croire humblement ce qu'il nous dit, si nous voulons avoir un jour le bonheur de le comprendre : Jn'ellige verbum meum, ni credas ; crede verlmtn De>, ut intelligas (Serai. 4 de verb. Eccl. ) Celui qui marche par une autre voie, dit saint Jean Chrysostôme, s'expose au plus grand danger ou de chanceler dans la foi, ou de la perdre : Periculosam rem facis , mysteria Dei curiose examinons ( Hom. 27, in Epist. ad rom. ) ; et c'est ce dont nous a menacé le Saint-Esprit lui-même : Qui scrntaior est majestalis, opprimelur a gior'.a ( Prov. 25, 27. ) 14. Il vint autrefois en pensée aux enfants dAdam d'élever nue tour d'une hauteur démesurée, dont le sommet, disaient-ils , devait toucher le ciel. Déjà pleins du désir ambitieux de rendre leur nom célèbre, et d'éterniser leur gloire sur la terre, ils avaient jeté les fondements, et commencé à élever les murs de ce grand édifice, lorsque Dieu qui résiste aux superbes, descendit du ciel, dit l'Ecriture, pour s'opposer à cette orgueilleuse entreprise : Venile, descenclamus, et confundamus ihi linyuas connu (Gen. 11, 7. ) Eu effet il confondit tellement leur langage, que ne pouvant plus s'entendre les uns les autres, ils furent obligés, à leur honte, de laisser imparfait ce grand ouvrage qu'ils avaient commencé d'abord avec tant d'ardeur. C'est ainsi que Dieu punit l'orgueil de ceux qui veulent pénétrer les secrets les plus cachés de la foi. Emportés parle désir de s'acquérir une vaine gloire, ils voudraient, s'il leur était possible, monter jusqu'au ciel parleurs pensées. Maisque fait Dieu? il confond leur langage, il confond leurs projets il confond leurs raisonnements, tellement que i étant plus d'accord entre eux, comme ceux qui bâtissaient cette tour, se divisèrent en plusieurs nations, ainsi ils se divisent eu
plusieurs sectes. C'est ce qui est arrivé aux hérétiques des temps passés, c'est ce que nous voyous arriver parmi les hérétiques de nos jours, et c'est ce qui arrivera certainement à quiconque prétendra sonder avec sa raison les mystères de la foi. Ils se perdent en se livrant à leur curiosité et au désir de trop savoir ; ils tombent dans les erreurs les plus manifestes et les plus déplorables, vérifiant dans leur personne cette parole de saint Paul : ils disent qu'ils sont sages, et ils deviennent ins.Misés- Dicentes se esse sapientes, stulti facli sunt ( Rom. 1, 22. )
15. Loin de nous donc, Chrétiens, cet esprit d'orgueil et de curiosité si contraire à la foi. Si nous ne pouvons comprendre comment il peut se faire qu'il n'y ait en Dieu qu'une seule nature, une seule substance, en même temps qu'il y a trois personnes; comment dans le mystère de l'incarnation la nature divine s'est unie à la nature humaine; comment dans le baptême, un peu d'eau et quelques paroles ont la vertu de sanctifier l'homme, et de lui conférer la grâce; comment dans l'eucharistie on voit du pain là où il n'y en a point, tandis qu'on ne voit pas le corps de Jésus-Christ là où il est réellement ; si ces mystères nous sont cachés, ainsi que tarit d'autres que nous ne comprendrons jamais en cette vie, éloignons néanmoins loin de nous tout esprit de curiosité à leur égard. Humilions-nous devant Dieu, et en confessant sincèrement la profondeur des secrets divins, ainsi que la faiblesse dé notre raison, soumettons notre intelligence à cette vérité incréée qui ne peut pas nous tromper , prenant pour règle inviolable de noire croyance, non pas notre manière de voir, mais l'autorité de la parole de Dieu. En éloignant toute espèce de curiosité , nous éloignerons aussi tous les doutes • notre foi sera humble et en même temps terme et solide. En uu mot, elle sera cette foi véritable et sincère que nous devons avoir dans l'esprit et dans le cœur , lorsque nous prononçons cette première parole de notre symbole : Credo ,ja crois.
QUATRIÈME INST'ÙLCTION.
Comment doit-on entendre ces premières paroles du Symbole: Credo i" Deuni : Je crois Cil Dieu.
En expliquant dans l'instruction précédente la première pa rôle du Symbole , il a été démontré que notre foi doit être ferme et solide , c'est-à-dire, exclure toute espèce de doute; qu'elle doit être humble, c'est-à-dire , éloignée de tout esprit de curiosité. Aujourd'hui nous verrons comment nous devons
entendre ces autres paroles : Credo in Deum , Je crois en Dieu. Une parole seule de la sainte Écriture est quelquefois une source abondante de réflexions 1res utiles ; c'est ainsi que celle que vous venez d'entendre, étant dictée par l'Esprit-Sainl, nous présente un grand nombre de choses à considérer. Quoi de plus simple, en effet, que ce peu de mois: Je crois en Dieu? et néanmoins combien de grands sentiments ils sont capables de réveiller dans nos cœurs, et combien d'instructions salutaires ils peuvent nous fournir ! Selon la doctrine des saints Pères, et en particulier de saint Augustin, ces paroles ont trois significations différentes. Je crois en Dieu signifie d'abord : Je crois qu'il existe un Dieu ; secondement : Je crois toutes les vérités que ce Dieu a daigné me révéler par le moyen de la sainte Ecriture et de son Eglise; en troisième lieu : J'aime ce Dieu; il est l'objet de mon espérance et de mon amour. La profession de notre foi ne doit pas être sècbe et stérile, c'est-à-dire qu'elle ne doit pas être seulement l'ouvrage de l'esprit et de la langue, mais encore principalement du cœur, afin qu'elle soit digne et du chrétien qui la fait, et de Dieu devant qui on la fait; et pour cela, il faut qu'elle soit accompagnée de sentiments de confiance et d'amour. 11 faut doue mettre une différence , ajoute saint Augustin (Tract. 29. in Joan. Hom. 6.), entre croire un Dieu, croire à. Dieu et croire en Dieu. Croire un Dieu, c'est croire qu'il existe un Être souverain, indépendant, qui régit l'univers, et duquel dépendent toutes les créatures; croire à Dieu, c'est tenir tout ce qn' il a dit pour très véritable; mais croire en Dieu n'est autre chose que l'aimer. Ainsi, par ces paroles : Je crois en Dieu, nous le reconnaissons sous trois qualités: comme Etre nécessaire et éternel , comme vérité souveraine , comme bonté infinie. La première nous fait connaître l'existence de Dieu ; la seconde, la certitude de notre foi, et la troisième , l'obligation où nous sommes d'honorer Dieu et de l'aimer.
t. Je crois qu'il existe un Dieu. C'est la première vérité que nous faisons profession de croire en récitant le Symbole; vérité qui est le fondement et la base de toutes les autres; vérité qui nous est enseignée par la nature elle-même, qui est née avec nous, et que l'impie même, malgré tous ses efforts , ne pourra jamais effacer entièrement de son esprit, vérité, en un mot, appuyée non sur le témoignage de quelques particuliers qui auraient pu se tromper, ni SUT quelque passion, mais sur le consentement unanime de toutes les nations de
Sl'R I.E PREMIER ARTICLE DC SYMBOLE. £>
l'univers, lesquelles, malgré la diversité des mœurs, desusages,
des religions, s'accordent toutes à reconnaître un Dieu. Tous les peuples, quoique divisés de sentiments sur des points même essentiels de la religion , s'unissent lous , lorsqu'il s'agit d'admettre l'existence d'un Dieu. Les hérétiques disputent
avec les Catholiques sur les vérités révélées ; les chrétiens ne sont pas d'accord avec les Hébreux sur la manière d'entendre et d'interpréter la sainte Ecriture; les idolâtres ont pris les créatures pour le Créateur, et pour Dieu les ouvrages mêmes de leurs mains ; il y a eu des nations sauvages et barbares qui, sans connaissance de la sainteté , de la puisance et de la justice de Dieu, se sont trompées grossièrement sur sa nature et sur ses perfections. Mais nonobstant celte diversité de sentiments sur les autres points, lous les peuples, dans lous les siècles, se sont réunis sur celui si essentiel et si important de l'existence de Dieu.
'2. Mais d'où est venue à toutes les nations de l'univers cett ï persuasion générale de l'existence d'un Dieu, sinon delà nature elle-même , qui l'a gravée dans lous les cœurs? Oui, la nature elle-même publie son auteur, et d'une voix intérieure ctsecrète, mais qui se fait suffisamment entendre à tous les hommes, elle nous dit que c'est cet Être souverain qui nous a faits, et que nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes (Ps. 9'J. 3). lit pour remonter à la vraie source, disons plutôt que c'est Dieu lui-même qui nous a donné cette lumière , et qui a imprimé cette connaissance dans notre âme. De là, cette tradition successive et non interrompue , qui des pères a passé aux enfants , marque certaine qu'ils étaient convaincus de eette vérité fondamentale; car, qui pourrai! croire que tous se fussent accordés pour transmettre à leurs descendants l'erreur au lieu de la vérilé sur une chose aussi importante ? 11 existe donc, oui, il existe un Dieu éternel, immuable, infini dans toutes ses perfections , qu'aucun temps ne peut détruire, qu'aucun changement ne peut altérer. Qui serait assez téméraire pour aller contre le sentiment universel de tous les peuples, et pour oser nier une vérilé reconnue et admise unanimement par toutes les nations qui sont dm\> le monde? \ cela que peuvent répondre et opposer ces impies, qui se vaillent d'être des esprits forts, et qui prétendent avoir une intelligence plus éclairée, et des connaissances plus sublimes que les autres, mais qui dans la réalité, sont les plus stupides et les plus insensés de tous les hommes? 3. Ou ne voit pas Dieu, disent-ils, et il ne faut pas croire si
facilement. Ah! insensés! combien de choses vous croyez sang les voir ! Quoi, disait un ancien apologiste de la religion chrétienne, vous vous étonnez de ce que vous ne voyez pas ! Voyezvous le vent qui agile la mer, qui submerge les navires, qui déracine les arbres, qui abat les maisons , et dont chacun ressent les effets ? Pouvcz-vous fixer les regards sur le soleil qui forme le jour, et qui vous éclaire de ses rayons? Vos yeux sont donc si faibles, que sans vous exposer au danger dedeve nir aveugles, vous ne pouvez les arrêter sur le soleil; et puis vous prétendrez fixer Dieu qui a créé le soleil et la lumière , et qui est lui-même la lumière incréée? Voyez-vous votre àme, qui est le principe de votre vie? Et vous prétendez avoir le privilège de contempler Dieu avec les yeux du corps? Combien d'autres choses que vous devez croire, que vous croyez en effet, et que vous ne pouvez connaître que par le témoignage d'autrui? Vous ne douiez point qu'Athènes, Sparte, elles autres villes et républiques de la Grèce n'aient existé , non plus que Home et Cartilage, parce que la tradition et le témoignage des hommes en font foi ; et vous voudrez douter de l'existence de Dieu à laquelle rendent témoignage tous les peuples de l'univers ? Quoique Dieu soit invisible à nos yeux matériels, ce n'est donc pas une raison qui dispense de croire son existence, puisque cent autres preuves établissent celte vérité. Et puisque vous croyez sans difficulté et sans repu gnance tant d'autres choses que vous ne voyez pas, condamnez-vous vous-mêmes, et reconnaissez combien vous êtes coupables en vous appuyant sur un prétexte aussi frivole poui excuser votre obstination et votre incrédulité , lorsqu'il est question du Dieu tout-puissant.
4. Et ne me dites pas que si on ne voit pas lèvent , l'àme et plusieurs autres choses en elles-mêmes, on les voit dans leurs effets qui nous démontrent évidemment leur existence ; car c'est de cette raison que je veux tirer une preuve irréfragable de l'existence de Dieu. Toutes les créatures de l'univers , toutes CCS œuvres admirables ne nous disent-elles pas qu'il y a un Dieu , quec'estee Dieu qui les a faites, et qu'elles n'ont pas pu se créer elles-mêmes ? Ce monde visible n'cst-il pas un grand livre où nous apprenons à connaître Dieu? Ne devons-nous pas reconnaître sa puissance dans la grandeur ella multitude de ses ouvrages , sa sagesse dans l'ordre qui y règne , sa providence dans leur conservation? Et qui n'admirerait pas votre magnificence , ô grand Dieu , en voyant le ciel semblable à un pavillon semé d'un nombre si prodigieux d'étoiles resplendissantes
comme des pierres précieuses? Quia pu, sinon vous, créer ces corps immenses qui rendentle firmament si lumineux ? Qui a pu, sinon vous , former un soleil , source intarissable de lumière et de chaleur , qui fait les richesses et la joie de la terre ? Qui a pu , sinon vous , prescrire à tous ces corps célestes des lois inviolables dont ils ne se sont jamais écartés ? Qui a pu fixer la terre au milieu de l'espace , et l'enrichir d'une multitude infinie de plantes , de fleurs, d'arbres , de fruits, d'animaux destinés à l'usage de l'homme ? Oui a pu environner cette terre d'un vaste océan , et désigner à Fa mer les limites dans lesquelles elle doit se tenir renfermée? Oui, Seigneur, la grandeur, la beauté, les perfections des créatures, l'univers et toutes ses parties , sa disposition , sa conservation sont votre ouvrage , Seigneur, et une preuve évidente de votre existence et de vos dft ins attributs, qui nous oblige de nous écrier avec le Roi-Prophète: Que vos œuvres sont grandes ! oui , vous avez tout fait avec une sagesse infinie : Omniain sapientia fecisli (Ps. 103. Y. 14).
5. Néanmoins l'impie fermant l'oreille à la voix des créatures et de toutes les merveilles dont l'univers est rempli, pour ne pas reconnaître Dieu auteur de toutes ces choses , a recours au hasard , comme on l'a dit ailleurs , et n'a pas honte de dire que c'est ce même hasard qui a tout produit. A quel excès de folie et de délirel'orgueilpeut conduire l'homme! qui pourrait être assez insensé, que d'attribuer au hasard un palais superbement bâti , ou un tableau parfait ? En voyant une ville bien réglée, un état sagement gouverné, une famille dirigée avec prudence , nous vient-il dans la pensée d'attribuer tous ces effets au hasard? Ne disons-nous pas,aucontraire,qu'ilsne peuvent étrv produits que par une intelligence rare et supérieure ?Et l'on trouvera des hommes qui attribueront au hasard , plutôt qu'à la providence et à la sagesse infinie de Dieu, le bel ordre qui l'on admire dans l'univers et dans ses parties ? Si l'on voit un vaisseau préservé du naufrage , n'éprouver même aucune avarie au milieu des plus affreuses tempêtes, on vante, dit sain Jean Chrysostôme, l'habileté du pilote qui le dirige. Si un édifice résiste aux plus fortes secousses des vents, on loue, dit le même saint, le génie de l'architecte qui a présidé à sa construction. Si un état se conserve au milieu des troubles et (Un guerres , nous reconnaissons la sagesse et la rare prudence de celui qui gouverne. Que tous les hommes donc, conclut ce saint Père, admirent, louent et reconnaissent, la sagess< infinie de Dieu qui conserve cet immense univers au milieudç tant de révolutions diverses.
23 IV. [K5TBUCTI0N
(). Tertullien avait'donc bien raison de dire (in Apol. cap. 47) qu'il faut être arrivé au dernier excès de l'impiété pour ne vouloir pas reconnaître ce Dieu que nous ne pouvons pas ignorer. El le Psalmiste avait Lien raison pareillement d'appeler insensé celui qui a la témérité de dire qu'il n'y a point de Dieu; taisant remarquer que ce n'est que dans son cœur que l'impie ose prononcer ce blasphème: Dixil imipiens in corde suo : Non est Deus([ys. 13. 1). 11 le dit dans son cœur , parce que sa corruption lui fait désirer qu'il n'y en ait point, afin de pouvoir s'abandonner avec plus de liberté aux désordres de ses passions. 11 le dit dans ce cœur abominable où il n'y a plus aucun amour de la vérité et delà justice, dans ce cœur qui, étouffant tous les sentiments et toutes les lumières non-seulemenlde la raison , mais même de la nature devenu la proie des passions les plus viles et les plus i minieuses. Il l'a dit enfin dans son cœur, parce que s'il avait osé le dire ouvertement, le ciel, la terre et tout ce qu'Us contiennent, toutes les créatures du plus haut des cicux, jusqu'au plus profond des abîmes, auraient élevé leurs voix pour le confondre. Du reste ne croyez pas qu'il soit persuadé, cet impie, qu'il n'y a point de Dieu. Il est impossible que cette connaissance puisse s'effacer entièrement de son âme en qui elle a été imprimée dès le premier moment de sa création , et qui , selon l'expression de Tertullien , est naturellement chrétienne; delà, comme l'observe ce môme père, celle habitude d'élever nos regards vers le ciel dans les moments de détresse, comme pour dire que c'est du ciel que nous alk;,dons notre secours; de là ces expressions: Mon Dieu, grand Dieu, qui, même sans réflexion, sortent de notre bouche, lorsqu'il se présente cpiel que danger, ou qu'il nous arrive quelque accident; exclamations qui ne sont autre chose , qu'un instinct de la nature, et un témoignage que. au mépris et à la confusion de l'impiété , rend à Dieu l'àme naturellement chrétienne : Teslimonium animée naluraliler christiance. 11 est donc un grand monstre d'iniquité, l'impie qui se rend sourd et insensible à tant de voix qui lui parlent de Dieu . qui s'efforce d'étouffer en lui cet instinct naturel qui le porte àleconnaiire, et qui ose nier dans son cœur l'existence de ce Dieu dequi il a reçu l'existence.
7. Mais si ce monde visible suffit pour nous faire connaître l'existence de Dieu ; si la nature elle-même nous force à confesser ce dogme, si toutes les nations de l'univers sont d'aceordsur ce point, si la seule raison naturelle nous déi.
SUR LE PREMIER ARTICLE DO SYMBOlX. 39
celle vérité , pourquoi est-elle encore proposée à noire croyance dans le Symbole, et pourquoi les Apôtres en ont-ils fait an article de foi? C'est, répond l'angélique docteur saintThomas (2. 2. q. 3. art. 4) , parce qu'il était nécessaire pour trois raisons que les lumières delà foi manifestassent à l'homme les choses mêmes qu'il peut parvenir à connaître par le moyen de la seule raison naturelle. C'est, en premier lieu, afin qu'il soil plus facile à l'homme d'arriver à la connaissance de Dieu, que , peut-être , il ne pourrait acquérir, vu ses ténèbres ctson ignorance , qu'après bien des années ; car autre* mont ceux qui ne peuvent pas s'appliquer à celte étude, ou pane qu'ils sont dépourvus de capacité et de talents, ou par ce qu'ils sont distraits par les occupations terrestres et parles besoins de la vie corporelle , ou parce qu'ils se laissent dominer parla paresse qui leur inspire de l'éloignemenlpour l'application et le travail, resteraient par-là même privés de la connaissance claire de Inexistence de Dieu. De sorte que la seconde raison pour laquelle il était nécessaire que la foi vint nous éclairer, estcelîe-ci : que l'homme privé de talents et de lumières pût connaître l'existence de Dieu , aussi bien que le plus instruit et le plus éclairé. Enfin la raison humaine est bien faible et bien impuissante, lorsqu'il s'agit de considérerles choses divines ; d'où il est arrivé que les Philosophes eux-mêmes, qui ont voulu chercher à les connaître à l'aide du raisonnement naturel, sont tombés dans une infinité d'erreurs, en attribuant à Dieu ce qui était loin de lui convenir. Afin donc que nous eussions de la Divinité une connaissance certaine , une idée juste et éloignée de toulc erreur, il était nécessaire que nous fussions éclairés par la foi, laquelle, nous proposant la croyance en Dieu , nous le représente comme un esprit très simple et très pur, comme un Être immuable, éternel, immortel , immense ; comme un Être, en un mot, qui est le souverain bien, et qui est infini dans tous les genres de perfections. De quelle reconnaissance affectueuse ne devons-nous donc pas être remplis envers ce Dieu qui a bien voulu suppléer à la faiblesse de noire esprit par les lumières delà foi, afin que nous pussions acquérir plus facilement une connaissance pure et certaine de sa divinité.
8. 11 ne suffit pas cependant , mes Frère-; , de croire un Dieu. eredere Deum ; il faut encore croire à Dieu, credere Deo. Croire un Dieu signifie, comme je viens de vous l'expliquer, croire que Dieu existe ; mais croire ù Dieu, veut dire croire à s ■
40 IV. INSTRCCTfON
parole, et soumette notre intelligence à tout ce qu'il a révélé; cela veut dire, tenir pour très certain que ce Dieu est véridique , que toute vérité tire de lui son origine , qu'il est fidèle dans ses promesses, qu'étant infiniment sage , il ne peut pas se tromper, et qu'étant infiniment bon, il ne peut pas nous tromper; cela signifie, en un mot, que pour croire tout ce qu'il a dit, nous ne cherchons d'autres preuves que sa parole, laquelle nous prenons pour le fondement et la règle de notre foi. C'est là ce qui distingue la croyance du chrétien de celle du philosophe , qui peut croire plusieurs vérités divines , mais qui ne les croit que parce que sa raison naturelle les lui démontre. Le chrétien les croit aussi ; mais le motif de sa croyance est la seule véracité de Dieu qui les a révélées. C'est ce qui fait que le philosophe ne croit que les vérités que sa raison peut atteindre ; et si vous lui dites quïl n'y a en Dieu qu'une nature et une substance simple, mais qu'il y a en même temps dans lui trois personnes distinctes; que le Fils de Dieu procède, à la vérité, du Père, mais qu'il ne lui est pas inférieur; que Dieu véritablement fait homme, qu'il a souffert , qu'il est mort sur une croix; parce que son intelligence ne peut pas pénétrer jusque dans ces mystères qui lui semblent impossibles, il s'en moque, elles regarde comme des folies; mais le cinétien croit avec une égale fermeté les vérités qui s'accordent avec sa raison, et celles qui sont au-dessus de son intelligence; il croit la Trinité des personnes , aussi bien que l'unité de l'essence divine; la divinité de Jésus-Christ, aussi bien que son humanité; les mystères les plus cachés, au<>i bien que l'existence même de Dieu , parce que le motif et le fondement de sa foi n'est pas sa raison , mais l'infaillibilité de la parole de son Dieu qui a également révélé les unes comme les autres de ces vérités. Dieu l'a dit; ceia lui' suffit pour ne plus douter. Dieu a parlé ; il est toujours véridique, ou plutôt il est la vérité même. Le chrétien ne cherche pas d'autres preuves, pour croire tout ce que Dieu a révélé à Adam, à >.oë, à Abraham et aux autres Patriarches, a Moïse et à tous les Prophètes, tout ce qu'il a révélé par .lésus-Christ aux Apôtres , à l'Eglise , et par le mo\ en de l'Eglise aux fidèles dans le cours de tous les siècles.
9. Le chrétien croit en outre que la sainte Ecriture es» la source de la vérité, la règle infaillible de cette même vérité, parce qu'elle est la parole de Dieu; il croit que tout ce qui est contenu dans l'ancien Testament et dans le nou
SUR LV. PRESSER ARTICLE DU SYJIB ! r:. 41
rcau , est infailliblement vrai, -qu'il n'est pas permis d'y ajouter, ni d'en rienôler, parce que c'est encore la parole de Dieu. 11 croit que la tradition est une autre règle de la foi , et un canal par lequel la vérité est venue de Jésus-Christ jusqu'à nous , parce qu'elle est la même parole de Dieu non écrite. Il croit enfin que tout ce que l'Eglise a enseigné, et que tout ce qu'elle enseigne, est très véritable, que jamais elle n'enseignera l'erreur, que jamais elle ne changera de doctrine , parce qu'elle croit à Dieu et à la vérité de sa parole qui l'a promis. C'est sur le fondement de celte divine parole qu'est établie la certitude de sa croyance, c'est elle qui en est le motif et le principe. Elle rend sa foi assurée, surnaturelle et divine; tandis que tout autre motif ne. pourrait faire qu'une opinion douteuse, ou une croyance purement naturelle et humaine. Voilà , mes Frères , ce que veulent dire CCS mots croire à Dieu.
10. Voila aussi pourquoi, prélérabïementà toute autre vérité, m propose à notre croyance l'existence d'un Dieu souverainement véridique, cl pourquoi , en récitant le Symbole, avant de dire , Je crois en .lésus-Chrisl , je crois au Saint-Esprit , je crois la sainte Eglise catholique , la communion des Saints, la rémission des péchés ,1a résurrection de la chair, la vie éternelle, nousdisons : Je crois en Dieu. La croyance de cette divine vérité es! le fondement delà croyance de toutes les autres , et nous ne croirons les autres articles qu'à proportion que nouscroirons plus ou moins fermement ce premier. Si , en effet, nous De croyons pas un Dieu, si nous ne croyons pas à Dieu, comment pourrons-nous croire toutes les autres vérités . qui ne tirent leur certitude que de l'infaillibilité de la parole de ce mémo Dieu qui les a révélées? 11 est vrai que nous n'avons pas reçu immédiatement de Dieu une révélation particulière des vérités qui sont contenues dans le Symbole ; niais nous ''avons apprisde nos pasteurs, de nos parents, de nos maîtres. Leur enseignement , leur voix , leurs paroles ne sont cependant pas le motif de notre croyance; autrement elle serait une croyance purement naturelle et humaine; et d'ailleurs comment nos pasteurs , nos parents et nos maîtres auraient-ils pu découvrir par eux-mêmes ce qu'aucun homme ne peut parvenir à connaître , et ce qui est au-dessus de l'intelligence? Leur témoignage nous apprend, à la vérité, que ces mystères ont été révélés de Dieu; mais c'est celte révélation que Dieu a faite aux Patriarches, aux Prophètes, aux Apô- Ires ci à l'Eglise, oui est le seul molli pour lequel ûoiq i. 13
croyons. C'est celle révélation qui fait que notre foi es'. surnaturelle cl divine; c'est elle qui la rend ferme et stable. 11. Dominas loeulus est: Le Seigneur a parlé. // ri est point comme l'homme , pour être capable de mentir } ni comme les enfants des hommes , pour être sujet au changement ( iNum.23. 19). C'est pour cela que je crois à ce Dieu, à tout ce qu'il a dit , et à toutes les vérités qu'il a révélées ; et je les crois plus fermement que je ne crois les choses que me découvrent les sens ou que la raison me démontre. Tel est l'effet que doit produire en nous la croyance du premier article; car de la fermeté avec laquelle nous croyons à Dieu, dérive nécessairement la fermeté avec laquelle nous croyons à tous les articles révélés de Dieu. Nous en trouvons, comme on l'a déjà dit ailleurs, un exemple remarquable dans la conduite de saint Louis, roi de France. Jésus-Christ ayau bien voulu un jour se faire voir dans la sainte hostie sous la forme d'un bel enfant, on invitale roi à venir jouir de ce ravissant spectacle. Que celui-là , dit-il , aille le voir qui doute de la présence réelle de Jésus-Christ au saint Sacrement; pour moi, je crois celte vérité, et j'en suis plus assuré parce que Dieu l'a révélée, que je ne léserai pour avoir vu ce divin Sauveur; mes yeux peuvent me tromper, et Dieu qui est la vérité même ne peut pas m'induire en erreur. Je crois que les vérités qui me sont proposées ne peuvent être altérées ni changées, Jésus-Christ est aujourd'hui ce qu'il était hier, et il sera le même dans tous les siècles (Hcl). 13. 8). Parce que je crois en Dieu qui a révélé ces divins mystères, je tiens pour certain que l'on doit rejeter toute nouveauté qui leur serait contraire, et je dis, plein de confiance avec saint Paul: Quiconque annoncera an autre Evangile, quand ce serait un ange, qu'il soit anaihéme(G<i\.\.t\ Voilà, mes Frères, comment les vérités de la religion tirent leur force de l'infaillible vérité de Dieu; voilà combien il est nécessaire de croire premièrement à Dieu, pour croire ensuite avec une constance invincible toutes les autres choses qui nous sont proposées par la foi. Mais suffit-il de croire un Dieu , et de le reconnaître comme être nécessaire ; de croire à Dieu, et de le reconnaître comme vérité suprême- .Non . il faut en outre croire en Dieu, et le reconnaître comme bonté infinie; c'est le troisième sens de ces paroles : Credo in Deum , qu'il me reste maintenant à tous développer.
12. Croire en Dieu, veut dire, aimer Dieu en croyant ; ou autrement, tendre à lui, se porter vers lui par l'amour?
c;i croyant qu'il est le souverain bien. On peut croire à Dieu; dit sainl Augustin (Tract. 29. iu Joan.), sans croire en Dieu ; car les dénions eux-mêmes croient à lui, et cependant ils ::>; croient pas en lui; et l'on peut bien dire , en parlant dis Apôtres : nous croyons à Paul; mais on ne dit pas: nous croyons en Paul. On peut dire : nous croyons à Pierre, mais non pas, nous croyons en Pierre. Celui-là seulement peut donc dire qu'il croit en Dieu, que la foi porte à aimer ce Dieu , à faire sa volonté, à observer ses commandements. C'est de cette foi qne parle l'Apôtre dans son épilrc aux Romains (10. 10), en disant qu'il faut croire avec le cœur pour cire sauvé. En écrivant aux Hébrcux(lO. 38), il ajoute que celte foi est la vie du juste ; et ailleurs (Gai. 5. 6) il dit encore devant Dieu il importe peu d'être circoncis, ou non; mais que pour lui plaire, il faut avoir une foi qui nous porte à l'aimer, et à travailler constamment pour sa gloire et à l'accomplissement desa sainte volonté. C'est celle loi qui a justifié les Abel, les Hénoch,les Noë,lesMoïse; c'est elle qui a justifié Abral le chaste Joseph, et j'innocente Suzanne; c'est elle qui a rendus constants et victorieux au milieu des persécutions, dos tentations et des dangers, les Apôtres, les Martyrs, les Confesseurs et les Vierges. C'est cette foi, dit saint Augustin, que Dieu exige de nous; une foi animée par la charité, et accompagnée des œuvres; une foi qui nous fasse croire et aimer, dire et faire tout ce quelle nous enseigne.
13. Je ne veux pas dire, remarquez bien , que la foi n& puisse pas subsister sans la charité, et qu'en perdant la lilé, on perde par-là même la foi; ce serait reproduire l'erreur des novateurs condamnée par le saint concile de Trente (Sess. 6. Cap. 28). l]n chrétien qui pèche, ne laisse pas pour cela d'être chrétien ; et pour être privé de la grâce, i] n'est point par-là même exclu de l'Eglise. 11 est figuré, ainsi que le fait observer saint Augustin (Serm. 93. de Verb. Domini) , et saint Grégoire (Hom. 12. in Evang.) , dans ces cinq vierges folles, lesquelles étaient dépourvues d'huile, symbole de la charité, et qui avaient cependant leurs lampes qui représentent la foi. Mais comme ces vierges furent exclues du festin nuptial, parce que leurs lampes manquaient d'huile, ainsi le chrétien vide de charité sera exclu des noces de l'époux
v, parce qu ! sa foi n ! sera point suffisante pour l'introduire dans la salle du festin. La foi peut donc exister sans la charité; mais alors ce n'est qu'une foi morte et inutile pour
lut. Ce qui faisait dire à l'Apôtre : quelque grande que
i. \ IV. iriSTBCCTION
ma foi puisse cire, je ne suis rien, si mon cœur est vide de charité (I. Cor. 13. 2). Jésus-Christ n'estime et ne récompense que la foi qui est rendue vivante et agissante par la charité (Gai. 5. G). A quoi sert la foi, dit saint Jacques (2), sans les œuvres? Pourra-t-elle sauver l'homme? Vous croyez qu'il existe un Dieu, c'est bien; les démons le croient aussi , et ils tremblent; mais tant que votre foi ne sera pas accompagnée des œuvres, elle sera morte , et aussi réellement morte qu'un corps est mort quand l'âme en est séparée. Or, l'œuvre de la foi, dit saint Augustin, est l'amour : Opus ftilei ip$a dilcetio csi (Tract. 10. in Ep. S. Joan.). Donc la foi, lorsque la charité lui est unie , est la foi de l'homme chrétien ; mais ôtez cette charité, elle devient semblable à la foi des démons.
14. A quoi nous sert-il, en effet, de croire qu'il existe U5. Dieu, et que tout ce qu'il a dit est infaillible, si nous ne l'honorons pas, si nous ne le servons pas? A quoi nous sert-il de le reconnaître, pour notre Dieu, si nous ne l'aimons pas; pour notre Père, si nous ne lui sommes pas soumis, si nous ne le respectons pas ; pour notre bienfaiteur, si nous le payons d'ingratitude ; pour notre premier principe, si nous ne voulons pas dépendre de lui en toutes choses ; pour notre fin dernière, si nous ne travaillons pas uniquement dans la vue de lui plaire ; pour l'auteur de toutes les grâces, si nous ne le prions pas; pour notre souveraine félicité , en un mot, si no.us ne désirons pas de le posséder? Nous aurait-il donné les lumières de la foi, pour régler nos connaissances sur ses vérités, et non pour y conformer noire conduite? Nous aurait-il révélé ses mystères seulement pour éclairer notre esprit, et non pour enflammer nos cœurs ? Non, comme il est la source de la sainteté , il nous a prédestinés, dit saint Paul (Eph. 1. 4), et appelés à la connaissance des vérités sublimes de la foi , avant la création du inonde, afin que. nous fussions saints et sans tache. 11 veut que nous travaillions à notre sanctification (1. ïhessal. 4. 3) , en vivant non selon la chair,comme font les gentils, mais selon l'esprit, comme il convient à des chrétiens. 11 nous fait participer aux lumières de la foi, afin qu'elle nous sanctifie, non pas en nous rendant justes par elle-même sans la grâce, mais en nous excitant et en nous aidant à chercher, à acquérir et à conserver la grâce de laquelle dépend noire salut. Ce qui a fait dire à saint Ambroise(in Psal. 20. Lib. de vocat. Cent. cap. 8.) Que la est le principe des actions du chrétien, la mère de toute
SUR LE PREMIER ARTICLE DU SYMBOLE. î.>
^onne volonté et de toutes les bonnes œuvres; et à saint Paul (Rom. 1. 17.), que le juste tire sa vie spirituelle de la foi : 'us/us ex fuie vivit, parce qu'elle lui apprend à aimer pardessus toutes choses ce Dieu qui renferme en lui-même toutes les perfections.
15. Mais, o Dieu î qu'elle est rare de nos jours cette foi ! Beaucoup de chrétiens croient un Dieu, et croient même à Dieu ; mais qu'il s'en trouve peu qui croient en Dieu , qui aient le cœur rempli de charité pour lui , et que la foi porte à aimer ce Dieu et à le préférer à toutes choses ! Peut-on dire qu'ils croient en Dieu de celte manière sainte et parfaite ces hommes avares qui sacrifient tout à leur propre intérêt, qui ne craignent pas d'entasser trésors sur trésors par toutes sortes de moyens même les plus iniques, qui se font une idole de l'argent, et mettent toute leur espérance dans les richesses? Peut-on dire qu'ils croient en Dieu ces impudiques, qui ne pensent qu'à contenter leurs passions brutales qui souillent l'âme et le corps, et qui étouffent tous les remords de leur conscience, pour pouvoir pécher avec plus de liberté et sans retenue? Et ces vindicatifs dont le coeur est sans cesse dévoré par la haine, et qui cherchent toujours à se venger de la moindre injure; et ces médisants toujours occupés à déchirer la réputation de leurs frères; et ces femmes qui ne pensent qu'à la vanité , qui n'aiment qu'à paraître et qui ne s'étudient qu'à plaire, peut-on dire que tous ces chrétiens croient véritablement en Dieu? Hélas! autant leur cœur est plein d'euxmêmes et de l'amour des créatures et du monde, autant il est vide de l'amour de Dieu, parce que ce saint amour ne peut pas régner dans un cœur qui est possédé par l'amour profane. Or, si croire en Dieu veut dire aimer Dieu en croyant, tendre à Dieu par le moyen de la charité, s'approcher de lui; comment peut-on dire qu'ils croient en Dieu, puisqu'ils agissent contre sa divine volonté, et qu'ils s'éloignent toujours de plus en plus de lui par leurs péchés? Celui qui se vante de connaître Dieu, dit l'apôtre saint Jean (Ep.1.24), et qui ne garde pas ses commandements, celui-là est un menteur. Que tous ceux dont je viens de parler protestent donc tant qu'ils voudront qu'ils croient un Dieu, qu'ils croient à Dieu ; ils ne pourront jamais dire avec vérité qu'ils croient en Dieu.
10. Examinons donc sérieusement quelle est notre foi. Si nous n'éprouvons en nous-mêmes aucun sentiment, aucune inclination, aucune affection pour les choses divines ; si nous
trouvons au contraire en nous un grand attachement pour les choses de la terre; si nous avons un plus grand désir de plaire aux hommes que de plaire à Dieu ; si nous avons plus à cœur de suivre les lois et les usages du monde que la doctrine el les préceptes de Jésus-Christ , notre foi est morte, infructueuse, inutile pour le salut. Chassons donc de notre cœur toute attache déréglée , pour y faire entrer la vraie charité. Eloignons de nous tout amour désordonné de nousmêmes, pour y faire régner uniquement l'amour de Dieu. Y tre foi étant ainsi ranimée , nous pourrons dire avec vérité , et dans les trois sens que je viens de développer, ces paroles du symbole : Credo in Deum : Je crois en Dieu. Nottscroirons en Dieu, et cette foi nous fera mériter le bonheur éternel. Ainsi soit-il.
Sur \c> paroles Credo ai Deum... Unité de D'eu.
Si toutes les histoires sacrées , ainsi que les histoires profanes ne nous attestaient que pendant plusieurs siècles les ténèbres de l'idolâtrie ont été répandues sur presque toutes les nations de l'univers, il nous paraîtrait incroyable que de peuples aient pu s'accorder à. embrasser et à défendre une erreur aussi grossière, que celle de croire et d'adorer plusieurs dieux. Si les lumières seules de la raison pouvaient les porter à croire et à confesser qu'il y a un Dieu , comment avec ces mêmes lumières ne parvinrent-ils pas à reconnaître qu'il ne peut y en avoir qu'un seul, d'autant plus que celle raison naturelle qui combat l'athéisme, est également opposée au paganisme ? Mais, hélas ! qu'est-ce que l'entendement humain abandonné à lui-même , sinon ténèbres el ignorance ? Au lieu de rendre à ce Dieu qu'ils avaient d'abord connu , les adorations etla reconnaissance qu'ils lui devaient, les hommes se laissèrent conduire par leurs pensées frivoles et par leur vaine science; c'est pourquoi, dit saint Paul (Rom. 1. v. 21), Dieu, pour punir leur orgueil , permitqu'ils demeurassent ensevelis dans les ténèbres où ils s'étaient volontairement jetés. \ la place d'un Dieu éternel, tout-puissant, infiniment sage, infiniment bon, ils adorèrent des hommes leurs semblables, des oiseaux , des quadrupèdes et des reptiles; ils donnèrent au mensonge les couleurs de la vérité. et rendirent à la créature le service et le culte qui n'est dû
qu'au créateur. Que serait devenu le genre humain, si Dieu plein de miséricorde n'eût dans la suite des temps envoyé son Fils unique, pour dissiper avec les lumières de la foi les ténèbres si épaisses qui couvraient la face de la terre ? Qui aurait jamais entrepris , qui aurait eu seulement la pensée de faire disparaître une erreur si accréditée, défendue et soutenue parles sages et les savants, par les philosophes et les monarques? Ce glorieux triomphe ne pouvait s'attendre que Je la miséricorde el de la toute-puissance de Dieu. Jésus- Christ, qui était la lumière du monde, éclaira du flambeau de la foi l'esprit des hommes (Joan. 8. 12), en leur faisant reconnaître les illusions grossières dans lesquelles il> avaient malheureusement vécu pendant tant de siècles; il décrédita toutes les divinités mensongères, et rappela les nations nu culte du seul vrai Dieu. Quel bonheur pour nous , mes Frères,qui, nés dans le sein de la véritable Eglise, rendus participants des lumières de la foi , avons apprisdès nos plus tendres ans à détester les fausses divinités, et à connaître le vrai Dieu; car en récitant les premières paroles du symbole, Credo in Denni, je crois en Dieu, nous faisons profession de croire non-seulement qu'il existe, mais encore qu'il est le seul vrai Dieu, et qu'il ne peut pas y en avoir d'autre hors de lui. Devant vous parler aujourd'hui de cette unité de Dieu, je vous ferai voir premièrement combien l'erreur contraire est opposée à la raison; je vous montrerai ensuite les conséquences importantes et pratiques que nous devons tirer pour notre avantage spirituel, de cette vérité fondamentale.
1 . Pour comprendre qu'il ne peut y avoir qu'un Dieu, il suffit de se faire une idée juste de son Être et de ses perfections. Si vous voulez vous assurer qu'il n'y a qu'un Dieu , disait Tertullien écrivant contre Marcion (Lib. 1. contr. Marcion. c. 4.), cherchez d'abord à connaître ce que c'est que Dieu : Deum ut scius union esse debere , quœre quùd sit Dcus. Je ne veux pas dire qu'il soit nécessaire d'avoir de son essence divine une connaissance parfaite; je sais que l'homme en est incapable, et que les Chérubins et les S 'raphins eux-mêmes qui le voient face à face, et qui le contemplent sans cesse, ne pourraient pas nous expliquer exactement ce qu'il est. Il habite une lumière si inaccessible , que nul esprit créé ne peut le comprendre , et il est un Être si supérieur à la créature , que ni l'homme sur la terre , ni les bienheureux dans le ciel ne peuvent le connaître parfaitement. Il suffit donc de uous former de Dieu une idée, laquelle ne renferme rien qui
\9 V. RSTRUCTtOK
soif indigne de Ini , et cette idée seule , quoique imparfaite et confuse, nous fera concevoir qu'il ne peut exister qu'un seul Dieu , el qu'en admettre plusieurs est une extravagance et un délire de la raison humaine.
2. Dieu donc c-u un Être sans commencement et sans fm,sans limites et sans défauts; qui n'a point été produit, mais qui a produit toutes choses ; qui n'a point de successeur , parce qu'il est éternel , qui est au-dedans, au-dehors et au-dessus de toutes choses , parce qu'il est immense ; qui ne change point, parce qu'il est immuable ; qui est toujours ancien et toujours nouveau , comme dit saint Augustin (lib. 1. Conf.c. 4.}; sans cesse en action et toujours tranquille ; qui change les êtres à sa volonté , sans jamais changer lui-même ; qui soutient l'univers, sans autre appui que sa toute-puissance; qui nourrit toutes les créatures animées, sans épuiser les trésors de sa providence. 11 est un bien supérieur à tous les biens , une beauté , une amabilité infiniment au-dessus de tout ce qu'il peut y avoir de plus beau et de plus aimable , une perfection supérieure à toutes les perfections, ui se infinie, une douceur ineffable , une vie qui est la source, l'origine de toute autre vie. Mais pourquoi tant de peine pour concevoir en quelque sorte , et pour exprimer ce inie c'est que Dieu ? Tout ce que nous en pourrons dire ou penser n'égalera jamais ce que Dieu même nous dit de lui en deux mots. Ëgoitiimquisum (Ex. 3. 14):. Je suis celui qui est. Telle est l'idée qu'il nous a donnée de lui-même en parlant à Moïse , idée qui , toute restreinte qu'elle paraisse , est cependant très vaste, parce qu'elle renferme en elle-même toute la grandeur et toutes les perfections de Dieu. Car que veulent dire ces paroles : Dieu est celui qui est ? Elles veulent dire que Dieu a l'être par nature , que l'existence ne lui est pas accidentelle, mais nécessaire, et qu'il a de lui-même toutes ses perfections. Que si Dieu est nécessairement tout ce qu'il peut être et tout ce qu'il est ; si tout ce qu'il possède , il le possède de lui-même, il s'ensuit qu'il est l'Être premier , on être indépendant, infiui; par conséquent il ne peu! être limité ; il est nécessairement la plénitude de toutes les perfections ; on ne peut rien concevoir de plus excellent , et toute perfection qui peut lui convenir, lui convient nécessairement. Tout cela est contenu dans ces paroles sorties de la bouche de Dieu même : Je suis celui qui est. Paroles par lesquelles toute ombre de défaut est exclue de Dieu ; paroles qui attribuent à Vieil toute perfection possible dans un suprême degré; paru-
SUa LE rREHIER ARTICLE DO SYMBOLE. 19
les, en un mot, qui signifient que Dieu est un Etre si parfait, qu'on ne peut rien trouver, ni concevoir de plus parlait, de plus grand, de plus sublime. Telle est, ditTerlulIien (Lib.2. contra Marcion. c. 3.), l'idée qne nous suggère de Dieu la raison et la conscience même. L'une et l'autre nous disent qu'il tient le premier rang parmi tout ce qu'il peut y avoir de grand , d'éternel, d'incréé , d'indépendant , parmi tout ce qui peut être sans principe et sans (in. D'où il arrive que si nous apercevons un objet dans lequel on découvre ou sujétion , ou faiblesse , ou ignorance , nous disons naturellement que cet objet n'est pas Dieu , parce que nous connaissons naturellement que Dieu est celui qui fait tout , celui qui peut tout, celui qui pourvoit à tout, et qui n'a besoin de personne, celui qui ne dépend de rien, et duquel dépendent toutes choses.
3. Or, supposé cette idée que nous devons avoir de la Divinité, qui ne comprend pas qu'il ne doit nécessairement y avoir qu'un Dieu? 11 lui est aussi essentiel d'être seul, qu'il lui est essentiel d'être souverain, éternel, indépendant, infini. Enlever à Dieu l'unité, c'est lui enlever l'existence ; et admettre plusieurs dieux, est la même chose que n'en reconnaître aucun. S'il y en avait plusieurs , ils devraient être tous égaux, autrement celui qui serait inférieur à l'autre ne serait plus dieu ; mais s'ils étaient tous égaux , on ne pourrait dire d'aucun qu'A est le plus parfait , qu'il est immense, infini et souverain, conséquemment aucun ne serait Dieu. Dieu est nécessairement un être suprême, c'est-à-dire, audessus de tout; donc il ne peut y en avoir plusieurs, parce qu'il cesserait d'être suprême, si un autre lui était égal. Dieu est un être infiniment parfait; or il ne serait pas parfait, s'il y en avait plusieurs, puisqu'il lui manquerait les perfections des autres. Dieu est 1 1 fin dernière de toutes les créatures; or s'il yen avait deux, un seul ne serait pas l'objet de nos désirs , puisque nous pourrions encore aspirer à jouir de l'autre, ('/est Dieu qui règle , qui gouverne el soutient cet univers; la raison naturelle nous l'enseigne, el c'est pour cela que nous attendons de lui tous les biens, que nous lui demandons la délivrance de tous les maux, que nous l'invoquons dans nos besoins et dans nos dangers ; or s'il y en avait plusieurs, dit saint Athanasc (lib. cont. Gent. ) , comment verrait-on dans le monde le bel ordre qui y règne? Comment tant de créatures si différentes et si opposées les unes aux autres tendraient-elles toutes d'une manière si admira-
ble à la même fin, si elles n'étaient pas dirigées par ane
même volonté , par une même sagesse et par une- même puissauce? Si la construction d'un édifice ne peut réussir qu'autant qu'elle est conduite par un seul architecte ; si pour conserver l'union , la paix , le bon ordre non-seulement dans un royaume, mais même dans une famille, il faut qu'il n'y en ait qu'un qui préside, nous sommes forcés d'avouer qu'il n'y a qu'un maitre suprême qui régit cet univers , puisque tout y est ordonné avec une sagesse si admirable et si é ionisante.
4. Et cependant, qui le croirait? La folie et l'aveuglement des hommes arrivèrent à un tel point, qu'ils multiplièrent la divinité, et que pendant plusieurs siècles ils adorèrent \m grand nombre de dieux. L'entendement humain ayant été obscurci parles passions , les lumières de la raison se trouvant étouffées et presque éteintes , les hommes ayant perdu la connaissance qu'ils devaient conserver de la Divinité , ils attribuèrent à plusieurs dieux le gouvernement du monde, qui ne peut convenir qu'à un seul, et admirent un dieu comme étant le dieu de la paix, et un autre comme étant le dieu de la guerre ; celui-ci comme exerçant son empire sur le feu , cl celui-là comme étant le maitre des eaux; puis se précipitant d'abîme en abîme et d'erreur en erreur, ils se formèrent des dieux selon leurs caprices , et au gré de leurs passions , leur attribuant des faiblesses et des vices qui font rougir. Us n'eurent pas honte d'adorer comme dieu un Jupiter adultère, un Mercure séducteur, un Mars vindicatif , un Bacchus intempérant , une Vénus impudique ; et non contents de cela , ils allèrent jusqu'à reconnaître pour dieu le marbre , le bois, les loups, les chiens, les dragons, les serpents et jusqu'aux plantes qui croissaient dans leurs jardins. Impiétés et folies ignominieuses pour l'homme , qui s'avilissait lui-même jusqu'à s'abaisser au-dessous de ces créatures ignobles et privées de sens et de raison , autant qu'elles étaient injurieuses au vrai Dieu, à qui elles dérobaient l'hommage qui lui était dû à si juste titre, pour le rendre aux êtres les plus a ils et les plus méprisables.
5. De là vient que dans la sainte Ecriture il ne déteste rien avec plus «l'horreur que l'idolâtrie; qu'il ne défend rien avec plus de force que de reconnaître et d'adorer d'autres divinités, rappelant à chaque instant qu'il esl le seul vrai Dieu. Pour graver eetie vérité dans l'esprit et dans le cœur des Hébreux qu'il avait choisis pour être son peuole chéri , et
pour les préserver de ces extravagances impies dans lesquelles par oo juste châtiment il avait laissé tomber misérablement les autres nations, combien de fois ne leur til-il pas dire par ses prophètes qu'il était le seul vrai Dieu, et qu'il n'en voulait point souffrir d'antre? Combien de fois ne leur fit-il pas entendre que c'était lui qui avait fait toutes choses, qui avait formé les deux, et qui avait fait la terre, sans qu'aucun autre l'eût aidé dans ses ouvrages, et que par conséquent lui seul méritait leur culte cl leurs adorations (Isaï. 44. 24) ! Je suis le Seigneur votre Dieu; voilà les premières paroles qu'il adressa à son peuple du haut du mont Sinaï. C'est pourquoi vous n'aurez point d'autre Dieu en ma présence (Exod. 20.2). Gardez-vous bien de fermer aucune statue, aucune image, aucun simulacre, et de leur rendre votre culte et vos adorations. Ecoutez, ù Israël, dit [Moïse dans le Dcnléronomc ( Cap. C. v. 4 ) , le Seigneur noire Dieu est le seul Seigneur elle seul maître auquel nous devons obéir. C'est lui seul que vous devez craindre , e! lui seul que vous devez servir. Sachez, dit encore Dieu par la bourbe du même Moïse (Douter. 32.39), sacbez que je suis le seul Dieu, et qu'il n'y en a point d'autre que moi. Je suis le premier et le dernier, ajoule-t-il par la bouche du prophète lsaïe (44. 6), et il n'y a aucun Dieu, exeepié moi. Et pour faire connaître aux Hébreux celte vérité d'une manière sensible, il ne leur permit d'avoir qu'un seul temple où ils pussent l'adorer, qu'un seul autel où ils pussent lui offrir des sacrifices; il voulut qu'il n'y eùi qu'une seule ville où ils dussent se réunir pour lui présenter leurs vœux. Apres cela n'cut-il pas raison, en voyant ce peuple l'abandonner pour rendre un culte impie aux idoles, malgré les défenses réitérées qu'il lui en avait faites, de s'irriter, de l'abandonner à son tour, et de lui faire sentir les effets terribles de ses vengeances ?
6. C'est celle vérité fondamentale qui nous est enseignée par la nature , et que Dieu même a gravée dans noire âme, (jue nous faisons profession de croire en récitant ces paroles du Symbole, Credo in Deum , je crois en Dieu. Celte loi qui, détestant la doctrine impie des alliées, nous enseigne qu'A y a un Dieu, celte même foi condamnant les superstitions insensées des payens, nous dit en même temps qu'il n'y a qu'un Dieu. La religion chrétienne ne reconnaît et n'a jamais reconnu que le seul vrai Dieu. Dès son berceau elle se déclara ouvertement l'ennemie implacable de l'idolâtrie.
il V. INSTRUCTION
Malgré les persécutions les plus cruelles des Gentils, à h vue des tourments, des supplices , du sang et de la mort, elle fit aux idoles une guerre si constante , qu'étant enfin restée victorieuse, elle parvint à les détruire, à les anéantir et à rétablir le culte du vraiDieu, que depuis tant de siècles on avait aveuglément offert au démon. Les fausses divinités furent bientôt tellement décréditées, que ces mêmes peuples qui s'étaient montrés les plus ardents pour leur élever des temples et des autels , ayant reconnu l'erreur par le moyen des lumières delà foi , se réunirent tous pour les détruire et les exterminer , et là où elles étaient auparavant en plus grande vénération, elles sont aujourd'hui le plus méprisées, \insi l'on vit se vérifier ce qu'avait prédit Jésus-Christ, que le prince de ce monde serait chassé , c'est-à-dire que le démon, qui. depuis si long-temps tenait les hommes abusés sous son joug, perdrait enfin son empire. Ainsi pareillement l'on vit s'accomplir la prophétie de saint Jean (Apoc. 20. 2), que le Dragon, ou Satan serait enchainé pendant mille ans, c'està-dire, comme l'expliquent les interprètes sacrés, jusqu'à la fin des siècles. Oui, il a cessé de recevoir le culte qu'il avait usurpé depuis un si grand nombre d'années. Les idoles sont renversées, les autels sacrilèges sont détruits; on ne parle plus des divinités mensongères que pour les déprécier et s'en moquer ; le nom du vrai Dieu retentit de l'Orient à l'Occident (Psal. 112. 3); partout où la foi a pénétré, on croit fermement qu'il n'y a qu'un seul Dieu. Je ne m'étends pas davantage sur une vérité que la raison , et plus encore la foi ont gravée dans nos cœurs; passons aux conséquence > importantes que nous devons en tirer pour notre bien spirituel.
7. S'il n'y a qu'un Dieu, il mérite donc seul nos adoralions et nos hommages. C'est la conséquence que Dieu luimême en tira en parlant aux Hébreux. Je suis, dit-il, le Seigneur votre Dieu; vous n'adorerez point de dieux étrangers en ma présence. Rendre à d'autres nos adorations serait donc faire au vrai Dieu la plus grande injure, et lui ravir une gloire qui n'est due qu'à lui, et qu'il proteste par la bouche du prophète Isaïe (12. 8) ne vouloir céder à personne. Remarquez cependant que quand je dis que Dieu seul mérite nos adorations , je n'entends point condamner le culte relii'ieux ((lie les fidèles rendent aux Saints et à leurs images. Ce culte qu'on appelle culte de dulie, esl bien loin de déplaire à Dieu. En effet, comme il est très agréable à un prince de
SDR LE PREMIER ARTICLE DU SYMBOî.E. •- *
voir qu'on respecte et qu'on honore ses courtisans ; comme l'honneur qu'on leur rend est une preuve du grand respect que Ton a pour le monarque ; de même nous faisons une chose très agréable à Dieu en honorant les Saints, et le culte (pie nous leur rendons tend encore à la gloire de ce Dieu qui les a enrichis de sa grâce sur la terre, et qui les fait participants de sa gloire dans le ciel. Mais il faut renfermer ce culte dans ses justes limites, parce que si nous venions à attribuer aux Saints plus qu'il ne leur convient , il pourrai; facilement devenir superstitieux. Nous devons donc ici nous conduire, non point selon les impulsions d'une dévotion fausse et indiscrète, mais selon la doctrine et l'esprit de l'Eglise, laquelle approuve, à la vérité, que l'on honore les Saints et qu'on leur adresse d'humbles supplications, mais qui en même temps ne veut pas qu'on les invoque ou qu'on les honore d'un culte qui approche de la superstition. Vussi nous enseigne-t-elle à recourir à eux d'une manière bien différente de celle dont elle veut (pie nous ayons recours à Dieu (Catechis. Rom. part. 4. cap. 6. uum. 3). Elle nous apprend à lui demander qu'il nous donne le bien et nous délivre du mal; mais elle veut que nous nous adressions aux Saints seulement afin qu'ils emploient pour nous leur crédit auprès de lui, et qu'ils nous obtiennent de sa bonté, par leur intercession, les choses dont nous avons besoin. En parlant à Dieu , elle dit : Seigneur, ayez pitié de nous, écoutez-nons ; mais lorsqu'elle parle aux Saints, elle dit : priez pour nous; et bien qu'elle célèbre quelquefois le saint sacrifice de la messe à l'honneur et à la mémoire des Saints, elle déclare néanmoins que ce n'est pas à eux qu'elle l'offre , mais à Dieu seul qui les a couronnés (Conciï. Trid. Sess. 22. cap. 3. de sacrif. Miss.). Aussi le prêtre ne dit point: J'offre le saint sacrifice à vous, ô saint Pierre, à vous, o saint Paul ; mais rendant grâce à Dieu de leurs victoires, il implore leur protection , afin qu'ils daignent intercéder pour nous dans le ciel, tandis que nous honorons leur mémoire sur la terre. De même elle permet que l'on expose publiquement dans les temples à la vénération des fidèles les images de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et des Saints (Concil. Trid. Sess. 25. de inv. Sanct. . non pour nous donner à croire qu'il y ait en elles quelque rhose de divin, ou quelque vertu qui les rende digues de notre culte, ou qui doive nous porter à mettre en elles notre confiance ; mais c'est parce que l'honneur qu'on leur tend se rapport- aux prototypes qu'elles représentent. In-
voquer les Saints, les honorer, se découvrir la tète, fléchir nou devant leurs images selon les sentiments et l'esprit de l'Eglise, il n'y a là rien de contraire à l'obligation où nous sommes d'adorer un seul Dieu ; et c'est une imposture manifeste de la part des hérétiques, de dire que l'Eglise, en approuvant l'invocation des saints et la vénération de leurs images, autorise par-là même la superstition et l'idolâtrie. Si nous mettions notre espérance dans ces images insensibles , si nous regardions les Saints comme étant les auteurs (W<, grâces que nous demandons, si nous leur offrions le saint sacrifice, ce qui serait un culte suprême de latrie qui n'est dû qu'à Dieu, ils auraient raison de nous condamner. Mais croyant fermement que Dieu seul est le souverain Maitre de cet univers, c'est à lui seul que nous offrons nos sacrifices ; et persuadés qu'il n'y a que lui qui puisse faire des miracles , comme étant seul l'auteur de la nature, et qu'il n'y a que lui qui puisse nous accorder les grâces que nous sollicitons, parce qu'il est seul la source et l'origine de tout bien, nous recourons aux Saints seulement comme à ses amis, afin qu'ils lui adressent leurs supplications en notre faveur. Si quelque idiot pensait autrement par ignorance, et attribuait aux Saints ce. qui ne leur convient pas, nous avouons qu'il serait dans Terreur et qu'il aurait besoin d'être éclairé. Ceci confirme de plus en plus ce que nous avons dit en parlant de l'unité de. Dieu; que c'est à lui seul que nous devons présenter l'hommage de nos adorations ; car s'il n'est, pas permis de rendre aux Saints eux-mêmes ce culte qui n'est établi que pour exprimer notre soumission à Dieu, comme au souverain Maitre de toutes choses, et notre dépendance de lui, comme étant l'auteur de toute grâce , combien moins sera-t-il permis de le rendre à toute autre créature ? S en honorant les Saints nous devons bien nous garder de croire ou de penser qu'ils aient quelque pouvoir d'opérer des miracles, et de nous accorder des grâces et des bienfaits , ce qui n'appartient qu'à Dieu, à combien plus forte raison devons-nous nous garder de croire ou de penser que ce pouvoir et celle vertu puissent se trouver dans des choses matérielles privée; de sens et de raison. Puisque nous confessons qu'il n'y a qu'un seul Dieu, il est donc juste et raisonnable de n'offrir qu'à lui nos adorations, et de les refuser à tout autre.
8. La seconde conséquence que nous devons tirer de l'unité de Dieu, est que nous devons l'aimer lui seul d'un amour que les Théologiens appellent amour de préférence. S'il n'y
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v, qu'un Dieu, rien ne mérite donc d'être aimé plus que lui, ni autant que lui, parce que rien ne peut lui être égal, ni supérieur en perfections. S'il n'y a qu'un Dieu, c'est donc vers lui que doivent tendre toutes nos affections, et à lui seul que nous devons consacrer notre cœur, parce qu'étant lui seul le vrai bien par essence, le bien souverain, le bien infini, lui seul est capable de satisfaire nos désirs, et de nous rendre pleinement heureux. Aimer quelque chose plus que Dieu, c'est mettre la créature au-dessus de lui ; aimer quelque chose autant que Dieu , c'est égaler la créature au Créateur; et comme celui-là est idolâtre qui offre, à la créature les adorations qui n'appartiennent qu'à Dieu . celui-là l'est aussi, dit l'Apôtre, qui consacre à la créature l'amour qui n'est dû qu'à Dieu.
9. Aussi voyons-nous dans les divines Ecritures que le Seigneur est aussi jaloux de notre amour que de nos adorations, et qu'il nous défend aussi rigoureusement de partager entre lui et la créature notre cœur que nos hommages. Etant seul le souverain maître de toutes choses, il a raison d'exiger que par notre culte nous îe reconnaissions lui seul sous celle qualité , et étant seul notre bien suprême, il est juste pareillement que nous le reconnaissions pour tel par notre amour. C'est pour cela qu'il veut bien se dire le Dieu de notre cœur (Psal. 72. 2G) ; et ce cœur qui lui appartient tout entier, parce qu'il l'a fait lui seul et pour lui seul, il le veut aussi tout entier et sans partage. Ecoule, Israël, dit-il par la bouche de Moïse dans le Dcutéronome (6. 4) , et c'est ee que dit aussi Jésus-Christ dans l'Evangile selon saint Marc (12. 30) ; écoule , Israël , le Seigneur ton Dieu esl le seul que tu dois reconnaître; lu l'aimeras donc de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes les facultés de ton esprit et de toutes tes forces. Aimer Dieu de tout notre cœur, c'est lui consacrer toutes nos affections ; l'aimer de tout notre esprit, de toute notre àmc, c'est lui rapporter toutes nos pensées comme à noire fin dernière, toutes les opérations de nos facultés intérieures et extérieures ; l'aimer de toutes nos forces, c'est employer toute noire vie pour sa gloire, parce que l'ayant reçue de lui, nous sommes obligés de la lui cou sacrer sans réserve. Maintenant celui qui aime quelque chose plus que Dieu, ou autant que lui, peut-il dire qu'il l'aime de tout son Cœur, de toute son âme, de toutes ses forces ? Non : pour pouvoir dire qu'on l'aime ainsi , il faut le préférer à toutes les choses du monde. Parents, amis, plaisirs ,
£G V. INSTP.rCTlO.V
richesses, tout doit céder quand il s'agit déplaire à Dieu, et de lui obéir. Nous devons tout sacrifier, plutôt que de nous séparer de lui, et dire courageusement avec saint Paul (Rom. 8. 35): Qui nous séparera jamais de la charité de Jésus- Christ ? seraient-ce les tribulations , les ennuis, les persécutions, i'épée, la nudité, la faim, la vie ou la mort? Non, lien ne pourra nous séparer de l'amour de notre Dieu. Telle est la disposition où nous devons être, telle est la fidélité que nous devons à notre Dieu.
10. Mais que ces dispositions et cette fidélité sont devenues rares parmi les chrétiens eux-mêmes ! On ne les voit pas. il est vrai, prosternés comme les païens devant des statues et des idoles; mais combien n'en trouve-t-on pas qui préfèrent injustement la créature au Créateur en consacrant à cette créature un amour que Dieu seul mérite de leur part à tant de titres? Combien qui lui préfèrent les richesses, commettant, pour les acquérir, les injustices les plus manifestes? Combien qui lui préfèrent un honneur frivole, marchant par toutes sortes de voies pour y parvenir? Combien qui lui préfèrent leur propre ventre , ne pensant qu'à le satisfaire? Ce sont là tout autant d'idolâtres de cœur ; et les objets après lesquels ils courent en aveugles , sont des idoles devant lesquelles Os brûlent non pas un encens matériel , mais l'encens de leur amour. Qu'importe que les chrétiens n'adorent pas les Vénus et les Adonis de pierre et de bois, s'ils adorent des Vénus et des Adonis de chair ? Qu'importe qu'ils n'offrent pas des sacrifices devant les statues de Jupiter, de Mars , de Mercure , de Bacchus , s'ils sacrifient leur cœur à l'injustice , à Fimpudicité , à la vengeance , à l'ivrognerie ?
11. Que si quelques-uns sont moins téméraires, n'osant pas chasser ouvertement Dieu dutemplede leur cœuiynais cherchant néanmoinsà y introduire aussi les idoles de leurs passions, s'étudiantàunir ensemble les lois, les maximes du monde avec les maximes de l'Evangile etaveclaloide Jésus-Christ, partageant ;iinsi leurs affections entre Dieu et lacréature,se rendent-ils coupables d'une moindre injure envers la majesté divine? C'est là avoir ce double cœur que Dieu déteste, qu'A a en horreur; c'est là marcher par cette double voie que Dieu condamne si follement: Vœduplicieorde, etpeccatori terrain ingredienli duabut piï* (Ecoles. 2. 14). N'est-ce pas en effet do bien grand mépris de la Divinité, que de placer sur le même autel Dieu et la créature, Dieu et l'intérêt, Dieu et la vanité, Dieu et la chair, Dieu et le monde, Dieu et le péché, et de partage;*
l'encens de ses affections entre Dieu ci les passions ? Réserver une partie de son cœur pour les créatures, n'est-ce pas la même chose que de le ravir entièrement à Dieu ? Il est souverainement jaloux ; il ne peut souffrir que nous soyons attachés à d'autres maîtres qu'à lui. Et c'est avec raison qu'il De pi'iit le souffrir ? car en donnant une partie de notre cœur à la créature* nous disons par le l'ail qu'il n'est pas notre bien suprême, notre bien unique et véritable. C'est pourquoi Jésus-Christ nous dit (Matth.6. 24) que quiconque veut en même temps servir deux maîtres opposés, comme le sont Dieu et l'argent, méprisera nécessairement l'un OU l'autre. C'est pourquoi encore saint Paul nous apprend (2. Cor. G. 14) qu'il est aussi impossible d'aimer Dieu et le monde , qu'il l'est d'unir ensemble la justice et l'iniquité, la lumière et les ténèbres, Jésus-Christ et Déliai; et de son côté l'apôtre saint .Jean (1. Joan. 2. 15) nous exhorte aussi à ne pas aimer le monde , ni les choses qui sont dans le monde , parce que l'amour de Dieu ne peut régner dans un cœur qui et possédé par l'amour du monde. Si donc nous croyons que comme il n'y a qu'un seul Dieu, de mémo il n'y a qu'un seul bien suprême et infini, qui est Dieu lui-même, la raison veut que nous consacrions notre cœur à lui seul et sans partage , n'aimant rien plus que lui , ni autant que lui.
12. J'ai dit , n'aimant rien plus que lui , ni autant que lui , pour vous faire comprendre que l'amour des créatures n'est pas détendu, lorsque nous les aimons relativement à Dieu; car en les aimant de la sorte, bien loin de les lui préférer,ou de les égaler à lui , nous les taisons au contraire servira sa gloire, les rapportant toutes à lui comme au premier principe et à la fin dernière de toutes choses. Dieu lui-même, qui est si jaloux de notre cœur, nous ordonne d'aimer notre prochain , mais toujours relativement à lui et à sa gloire, en l'aimant luimême dans la personne de nos frères; et il nous permet de nous servir des choses qu'il a créées pour notre usage. pourvu que nous n'y attachions point notre cœur, et que nous ne mettions point en elles notre fin dernière. Alors seulement nous devons les délester et les fuir, quand elles cherchent à nous séparer de Dieu, et qu'elles voudraient nous empêcher de le servir et de l'aimer.
13. Si donc nous déviais adorer Dieu seul et l'aimer plus que toutes choses, comme je viens de vous le démontrer, parla raison qu'il est le seul vrai Dieu, nous devons encore pour la même raison ne craindre que lui , et c'est la troisième
58 V. INSTRI CTION.
conséquence à déduire de l'unité de Dieu , conséquence qu'il me reste à vous exposer , mais en peu de mots. Rappelez ici à votre mémoire tout ce que je vous ai dit sur l'obligation où nous sommes de n'aimer que lui ; car tout ce que vous avez entendu sur ce qui regarde cette obligation , doit s'appliquer à celle que nous avons de le craindre. Comme nous pouvons aimer saintement les créatures par rapport à Dieu, de même nous pouvons les craindre saintement par rapport à lui ; aussi l'Apôtre recommande-l-il (Rom. 13. 1) à tous les hommes d'être soumis aux puissances temporelles , et de les craindre comme étant les ministres de Dieu. Mais comme ce serait faire à Dieu un outrage bien sensible , que d'aimer quelque chose plus que lui, ou autant que lui, parce qu'étant Dieu lui seul , il n'y a rien qui puisse lui être comparé en fait de bonté; ce serait pareillement lui faire une injure bien grande que de craindre quelque chose plus que lui, où autant que lui, parce quêtant Dieu lui seul , il n'y a rien qui puisse lui être comparé en fait de puissance. Croire un Dieu, et ne pas le craindre , c'est croire un Dieu impuissant ; croire un Dieu , et le craindre moins que la créature, c'est dans la pratique, le croire moins puissant que la créature. Ainsi donc, comme nous ne devons pas nous laisser vaincre par les séductions des créatures lorsqu'elles sont pour nous une occasion d'offenser Dieu, de même nous devons ne point craindre leur colère et leurs menaces , lorsqu'elles veulent nous faire transgresser sa loi sainte. >e craignez point , nous dit Jésus-Christ (Matth. 10 28) , ceux qui peuvent faire périr le corps, et qui n'ont aucune puissance sur l'âme. Craignez celui qui peut perdre éternellement et votre âme et votre corps.
14. Voilà des vérités évidentes et incontestables. Nous les croyons d'une manière spéculative, nous en reconnaiss<>n> l'importance ; mais avons-nous soin d'y conformer notre conduite? Ah! il n'est que trop vrai que dans la pratique la crainte des créatures prévaut sur celle du Créateur. Nous savons que Dieu nous défend, sous peine d'encourir sa disgrâce , de suivre les maximes et les usages du monde . et cependant combien de fois ne consentons-nous pas à encourir cette disgrâce, dans la crainte de perdre l'amitié du monde? Nous savons que Dieu nous avertit qu'il ne nous pardonnera nos péchés, qu'autant que nous pardonnerons nous-mêmes à nos ennemis ; et cependant combien de fois ne cberchons-nous pas à nous venger par la seule crainte de passer pour des hommes lâches et sans cœur? Nous sa-
SUB LE PBEJHIEfl ARTICLE DU SYMBOLE. 09
vous enfin que Dieu exige de nous , sous peine de mort, et de mort éternelle , une observance exacte de tous ses commandements; et cependant combien de fois un \il respect humain ne vous fait-il pas transgresser sa loi sainte? Que ferions-nous, si on nous menaçait, comme les premiers chrétiens , des persécutions, de l'exil, des prisons, des supplices et de la mort? Si la crainte des choses qui ont si pende valeur par elles-mêmes l'emporte en nous sur celle de Dieu, que ne ferait pas la crainte des choses plus redoutables? Gémissons à la vue de notre lâcheté, et demandons à Dieu pardon de l'injure que nous lui avons faite , en craignant moins les maux terribles et éternels dont il nous menace que les légers et temporels que peuvent nous faire les créatures. Que noire foi soit désormais la règle de notre conduite ; et puisqu'elle nous enseigne qu'il n'y a qu'un Dieu, ne connaissons que lui seul par nos pensées , par nos affections cl par nos œuvres, en l'adorant, en l'aimant, en le craifjnanl pardessus toutes choses.
Credo in Dcum Patron.
Mystère vie la lies sainte Trinilé.
nom de père, qui est la première qualité sous laquelle nous honorons Dieu dans le Symbole <W^ Apôtres, nous invite aujourd'hui à la contemplation de la vérité la plus sublime et eu même temps la plus difficile à expliquer. Avec ce nom de père , dit le Catéchisme Romain (Part. I. Cap. 2. Num. 10), les oracles divins commencent à nous faire connaître ce qu'il y a de plus caché dans cette lumière inaccessible que Dieu habite, je veux parler du mystère ineffable de la très sainte Trinité. Qu'il existe un Dieu, et qu'il ne puisse y en avoir qu'un seul , ce sont des vérités auxquelles nonseulement la foi , mais encore la raison naturelle et tout ce monde visible rendent témoignage; ce sont des vérités à la connaissance desquelles peuvent parvenir les forces seules de l'entendement humain; mais qu'en ce Dieu seul et unique il v ail trois personnes distinctes . c'est un mystère au-dessus de la subtilité la plus pénétrante de tout esprit créé , mystère dont il n'appartient qu'à Dieu de pénétrer la profondeur; mystère dont nous ne pouvons avoir d'autre connaissance
que celle qu'il a plu à ce même Dieu de nous communiquer par le moyen dm lumières de la foi ; mystère enfin qu'il n'a pas même voulu révéler aux .Juifs par ses prophètes, mais qu'il s'est réservé de manifester à son Eglise dans la plénitude des temps par la bouche de son propre Fils. Personne, dit Jésus-Christ, ne connaît le Fils que le Père, et personne ne connaît le Père, que le Fils, et ceux à qui le Fils daigne le faire connaître (Matlh. 11. 27). En vous parlant de ce mysl 'Te , n'attendez pas que je l'explique de manière à ce que vous puissiez parvenir à le comprendre. Quand il plaira à Dieu de se montrera nous face à face, quand il nous permettra de le contempler dans le séjour ûm Saints, alors éclairés des lumières de la gloire , nous connaîtrons l'adorable Trinité des personnes divines ; mais tandis que nous vivons ici-bas, elle sera toujours pour nous un mystère impénétrable caché sous un voile épais de ténèbres et d'obscurité, non moins certain cependant, puisque Dieu lui-même qui ne peut nous tromper , a bien voulu nous en faire connaître l'existence. Je ne ferai donc que vous exposer ce que la foi nous propose à croire sur ce mystère , et ce que celte croyance doit opérer en nous.
1. Que nous enseigne donc la foi, en proposant à notre croyance le grand mystère de la très sainte Trinité? Elle nous apprend qu'en Dieu il y a une seule nature , une seule substance et trois personnes distinctes qui s'appellent Père, Fils et Saint-Esprit. Nous ne devons pas séparer l'essence divine, mais nous ne devons pas non plus confondre les personnes. Le Père n'est pas le Fils, ni le Saint-Esprit; leFils n'est ni le Père, ni le Saint-Esprit; le Saint-Esprit n'est ni le Père, ni le Fils. Le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint- Esprit est Dieu; ils ne sont pas cependant trois Dieux; car bien qu'ils soient distincts par leurs propriétés personnelles, ils ne le sont pas par leur nature et par leurs perfections essentielles. La divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, est une seule et même divinité; leur gloire est la même, leur majesté est éternelle ( Sym. S. Allumas.). Le Fils est autant que le Père ; le Saint-Esprit est autant que le Fils. Le Père est inerte, le Fils est incréé, le Sainl-Espril esl incréé. Le Père est immense, le Fils esl immense, Le Saint-Esprit est immense ; le l'ère est éternel, le Fils est éternel, le Saintt.spril est éternel; il n'y a pas néanmoins trois éternels, mais ;iii seul Eternel, comme il n'y a pas trois incréés, ni trois immenses, mais un seul incréé, un seul immense. De même
Pfjr. LE PREMIER ARTICLE DU SYMBOLE. Cl
le Père est tout-puissant, le Fils est tout-puissant , le Saints Esprit est tout-puissant, et cependant]] D'y a pas trois toutpuissants-, mais un seul tout-puissant. Le Père est le souverain maître de touteschoses, le Fils est le souverain mailre de toutes choses , le Saint-Esprit est le souverain maître de touteschoses, et cependant il n'y a qu'un seul maître souverain et un seul Seigneur. Enfin le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, et il n'y a pas trois Dieux , mais un seul Dieu. Voilà ce que nous dit la foi. Elle nous apprend que chacune des personnes divines est vraiment Dieu , et elle nous défend de croire et de penser qu'il y ail trois Dieux. ' 2. Pour nous donner quelque idée de la manière dont se trouvent en Dieu trois personnes adorables, les saints Pères et les théologiens , aidés des lumières de la foi , nous l'expliquent ainsi: Dieu étant infiniment parfait, comme il est nécessairement soûl et unique dans sa nature et dans son essence, il doit se connaître et s'aimer lui-même. Or, entant qu'il est un être souverainement parfait, et qu'il se connaît luimême, il est, et il s'appelle le Père, qui ne procède d'aucun autre, et qui est le principe des autres personnes divînes. Par celle idée, par cette connaissance de ses perfections, il forme une ressemblance parfaite, une image suhsistante de lui-même, et celle image est le Verbe qui est en tout semblable au Père, qui lui est égal et consuhslanliel, et ce Verbe s'appelle le Fils, qui, comme dit saint Paul, est la splendeur de la gloire du Père, et la ligure de sa substance : Splendor gloriœ , et figura substaniiœ cjus (Heb. 1. 3). Le Père aime ce divin Fils, et le Fils aime le Père, cl en s'aimanl de cet amour mutuel et réciproque , ils produisent la troisième personne, qui est le Saint-Esprit. Le Père, comme nous l'avons dit, ne procède d'aucun autre, le Fils procède du Père par voie d'entendement , ce qui s'appelle génération; le Saint-Esprit est produit par le Père et par le Fils par voie de volonté comme d'un seul et même principe, ou autrement il procède du Père et du Fils. Les saint Pères et les théologiens ont coutume de se servir d'une comparaison très imparfaite, à la vérité, pour donner aux ignorants quelque idée de ces processions divines. Si une personne douée d'une rare beauté vient à se contempler dans un miroir, elle y produit une image qui lui est parfaitement semblable, et en se voyant si belle , elle se seul en même temps portée à s'aimer elle-même. Ainsi le l'ère éternel se con- Lcmplant dans le miroir très pur de sa divinité, produit
une image en tout semblable à lui-même , et celle image est son divin Fils. Le Père et le Fils en se voyant illuminent beaux, s'aiment nécessairement, et cet amour qui en résulte est le Saint-Esprit. Je vous ai déjà dit que cette comparaison est 1res imparfaite; car l'image produite par la personne qui se contemple dans un miroir, et l'amour qu'elle conçoit pour elle-même, sont des choses accidentelles; tandis que l'image qui naît de Dieu le Père, en se contemplant lui-même, et l'amour du Père et du Fils, qui en résulte , ne sont autre chose que la substance même de Dieu. En outre, la personne qui se considère dans un miroir , ne communique pas sa nature à l'image qu'elle produit, ni à l'amour qu'elle éprouve pour elle-même, au lieu que le Père éternel communique sans division sa nature même à son Fils qu'il engendre en se contemplant ; et le Père et le Fils communiquent leur nature et leur substance au Saint-Esprit qui résulte de leur amour mutuel, ce qui fait qu'ils sont trois personnes distinctes , mais .que ces trois personnes ne font qu'un seul et même Dieu.
3. Et ne vous imaginez pas que le Fils, par la raison qu'il procède du Père, lui soit postérieur ou inférieur , et que le Saint-Esprit, parce qu'il procède du Père et du Fils, soit postérieur ou inférieur au Père et au Fils. Non; le Fil-, est égal au Père, parce qu'il a avec lui une même essence; et le Saint-Esprit est égal au Père et au Fils , parce qu'il a pareillement une même essence avec le Père et 1e Fils. Ainsi le Fils est éternel comme le Père, et le Saint-Esprit est éternel comme le Père et le Fils. Dans celte très auguste Trinité, à part la priorité d'origine, comme l'appellent les théologiens, il n'y a ni avant, ni après; aucune des personnes n'est plus ancienne que l'autre; aucune n'est supérieure, ni inférieure: elles sont toutes égales et éternelles. Et la raison fondée sur la foi en estTjue la connaissance par laquelle le Fils procède du Père, et l'amour par lequel le Saint-Espril procède du Père et du Fils, sont si nécessaires en Dieu, que sans celte connaissance et cei amour, il ne serait pas Dieu. Or. Dieu étant éternel, et cette connaissance et cet amour ayant toujours été en lui, il s'ensuit que le Fils et le Saint-Espril sont éternels comme le Père. Si le soleil avait existé de toute éternité, dit saint Augustin, sa lumière serait éternelle. Que si on attribue certaines opérations au Père, d'autres au Fils ci d'autres au Saint-Esprit, on n'entend point marquer par-là la moindre inégalité entre les personnes divines. Les œuvr<
térieurcs delà 1res suinte Trinité qui regardent les créatures, sont communes aux trois personnes divines , et la toute-puissance, la sagesse , la charité conviennent au Père, comme au Fils et au Saint-Esprit. Ce n'est pas sans raison cependant que la création et les œuvres de la toute-puissance sont attribuées au Père, parce qu'il est la source et l'origine de tout être ; que la rédemption et les œuvres de la sagesse sont attribuées au Fils, parce que lui seul s'est incarné , et que le Verbe est la sagesse du Père ; et que la sanctification des âmes et toutes les œuvres de la charité sont attribuées au Saint- Esprit, parce qu'il est l'amour du Père et du Fils-; cependant toutes ces opérations divines procèdent d'une seule puissance, d'une seule sagesse et d'une seule charité qui sont communes à toutes les personnes divines.
4. Maintenant, afin que vous puissiez plus facilement saisir et retenir ce que la foi nous enseigne sur le mystère ineffable delà très sainte Trinité, je veux résumer en peu de mots ce que je viens de vous expliquer d'une manière diffuse. 11 y a donc trois personnes en Dieu , le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et ces personnes sont distinctes, parce qu'éliront des propriétés personnelles distinctes. Le Père est distingué du Fils, parce que le Père n'a été ni fait , ni créé, ni engendré d'aucun autre, tandis que le Fils , quoiqu'il n'ait été ni fait, ni créé, est cependant engendré du Père. Le Père et le Fils se distinguent du Saint-Esprit , parce que le Père ne procède d'aucune autre personne et que le Fils procède par voie de génération seulement du Père, tandis que le Saint-Esprit , lequel n'a été ni fait, ni née , ni engendré , procède non par voie de génération, mais de spiration, du Père et du Fils. Ces trois personnes cependant, quoique distinctes, ne sont qu'un seul Dieu, parce qu'elles n'ont toutes trois qu'une seule et même nature, une seule et même essence, une seule et même divinité. Voilà en abrégé ce que la foi nous enseigne sur ce mystère. Vous me direz que vous ne pouvez pas concevoir cechoses, ni comprendre comment il peut se faire qu'il y ait trois personnes distinctes, et qu'il n'y ait cependant qu'un seul Dieu. Mais je vous demanderai à mon tour : Ces vérités , pour être au-dessus de notre intelligence, en sont-elles moins certaines? Leur certitude n'est pas fondée sur notre faible raison, mais sur la parole infaillible de Dieu. Quelque sublime et obscui que soit ce mystère , Une nous est pas permis pour autant d'en douter, après tous les témoignages qui prouvent que Dieu l'a révélé.
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S.Ilycnatrois, dit saint Jean dans sr. première ïïpitre (5. 7), qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Fils elle Saint- Esprit, et ces trois personnes oe sont qu'une même chose. L'évangéliste saint Matthieu racontant ce qui se passa au baptême de .Jésus-Christ, dit (Matth 3. I(») que Ton entendit la voix du Père , voilà la première personne : que le Père reconnut publiquement Jésus-Christ pour son FÙs bien-aimé , voilà la seconde personne ; que le Saint-Esprit descendit en forme de colombe sur Jésus-Christ, voilà la troisième personne. Combien de fois n'est-il pas fait mention dans l'Evangile de ces trois personnes divines ! Combien de fois Jésus-Christ n'a-t-il pas parlé de son Père céleste et de l'Esprit consolateur? Mais surtout lorsqu'il envoya ses Apôtres jusqu'aux extrémités de la terre, no leur donna-t-il pas une notion claire et distincte de ce mystère, en leur ordonnant de le faire connaître à toutes les nations (Matth. 28. 19)? Allez, leur dit-il. enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. 11 ne faut donc pas nous étonner, si cet auguste mystère est le sujet de presque tous les articles du Symbole, que ces mêmes Apôtres inspirés de Dieu- composèrent unanimement pour qu'il servit à tous les fidèles de règle de croyance. 11 ne faut pas nous étonner si, pour obvier aux erreurs des Manichéens, des Ariens, des Macédoniens et de tant d'autres hérétiques, l'Eglise a mis tant de soin à expliquer avec toute la clarté possible les vérités qui regardent les personnes divines : Je crois en un seul Dieu Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et de toutes les choses visibles et invisibles. Je crois en Jésus-Christ fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Dieu né de Dieu, lumière de la lumière, vrai Dieu du vrai Dieu : engendré et non fait, consubstantiel au Père , par qui toutes choses ont été faites. Je crois au Saint-Esprit , Seigneur et vivifiant , qui procède dû Père et du Fils, qui, en union avec le Père elle Fils, est adoré et glorifié, qui a parlé par la bouche des Prophètes.
6. La foi en ce mystère est donc un précieux héritage que Jésus-Christ nous a laissé, que les Apôtres nous ont transmis, cl que l'Eglise a toujours conservé avec le plus grand soin. Elle veut qu'il soit enseigné aux enfants, dès qu'ils ont l'âge
ri isou , que tous les fidèles eu soient instruits, et fassent —ion de le croire. C'est pour cela que toutes ses saintes pratiques, et toutes ses cérémonies sacrées concourent à maintenir, à fortifier, à étendre la connaissance de cet adorable ère. Si elle enseigne auxchréîieug à s'armer souvent du
signe (le la croix, elle veut qu'ils le fassent au nom du Pèro , et du Fils, et du Saint-Esprit. Si elle régénère les enfants par le baptême: jeté baptise, dit-elle par la bouche de ses ministres, au nom du Père, et du Fil* , et du Saint-Esprit : c'est au nom de ces divines personnes qu'elle remet les péchés dans le sacrement de pénitence, qu'elle consacre ses ministres par le sacrement de l'ordre. Si elle donne aux Evèques et aux Prêtres le pouvoir de bénir, elle veut qu'ils le fassent au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Enfin il n'est pas de prière, d'hymne, de louange , qu'elle fasse répéter plus souvent que ce versets Gloire soit au Père, et au Fils, et au Saint- Esprit. Quelles preuves pouvons-nous encore désirer de l'existence de ce mj stère, après que Jésus-Christ l'a révélé à ses Apôtres, que les Apôtres l'ont publié dans tout l'univers, que les martyrs l'ont défendu au prix de leur sang, que les saints Pères l'on! soutenu par leurs écrits, et que l'Eglise l'a conslammcnl cru et adoré dès le moment de son origine?
r. Captivons dune notre intelligence sous le joug de la foi , qui ne serait pour nous la source d'aucun mérite, si la raison pouvait connaître parfaitement ce qu'elle nous propose à croire. Et si cette raison voulait se révolter contre la foi, disons-nous alors à nous-mêmes, avec saint Paul (Rom. 9. *J0): 0 Homme , qui es-tu, pour oser raisonner et contester avec Dieu? Téméraire, tu ne peux pas te comprendre toi-même ; tu es obligé d'avouer ton ignorance sur une infinité de choses les plus simples, et tu prétends pénétrer les secrets de Dieu, et renfermer dans les limites étroites de ton intelligence la grandeur d'un mystère si sublime ! il ne sera pas hors de propos, à ce sujet, de vous citer ici ce qui arriva à saint Augustin, un des génies les plus rares qui aient paru dans le monde. Tandis qu'il composait ses livres admirables de laTrinité , conduit par une intention bien pure , celle de pouvoir instruire les lidèles, il cherchait à entrer plus avant dans la connaissance de ce mystère , lorsqu'un ange lui apparut sous la forme d'un enfant. Cet ange ayant lait sur le bord delà mer un petit creux , se mil aie remplir de l'eau delà mer. Saint Augustin, qui passait en ce moment, voyant l'enfant se fatiguer de la sorte , lui demanda ce qu'il prétendait faire. Je veux, répond sérieusement cet enfant, vider la mer, et faire entrer toute l'eau qu'elle contient dans ce creux. Le saint souriant à cette réponse lui dit, mais cela, n'est pas possible; ce creux est trop petit , et la mer est trop grande. 11 me serait plus facile, reprit l'enfant, de faire entrer toute la mer dans ce petit creux, qu'à vous de parvenir
à comprendre le mystère de la s;iinie Trinité. Et au même instant il disparut. Que ce fait soit pour nous une instruction salutaire qui nous apprenne à ne pas examiner avec tropde curiosité les divins mystères , et celui-ci surtout , qui est un des plus impénétrables. ContenUns-nous de savoir ce que nous en dit la foi, croyons-le avec une humble simplicité , adorons-le avec une profonde soumission , nous préservant de tout désir vain et désordonné de le comprendre.
S. 11 nesuffit pas cependant de savoir et de croire le mystère de la sainte Trinité ; il faut en outre agir d'une manière conforme à cette connaissance et à cette foi ; et c'est une erreur de penser que c'est ici un mystère purement spéculatif, et qui ne peut guère influer sur notre conduite. C'est pourquoi après vous avoir exposé ce que la foi nous en dit , il me reste à vous montrer ce que cette foi doit opérer en nous. Outre les actes d'adoration par lesquels nous devons honorer un mystère si auguste; outre les sentiments d'une profonde humilité dont nous devons être pénétrés à la vued'un mystère si sublime, outre l'amour et la reconnaissance dont nous sommes redevables à Dieu , pour nous avoir révélé un mystère qu'il a tenu caché î; l'univers pendant tant de siècles, celte foi doit encore excite:' en nous de vifs désirs d'imitation; car, dit saint Augustin , un des buts principaux de la religion , c'est de nous faire imiter ce que nous adorons : Iteligionis summaest im'Uar'i quem colis (Lib. 8. de Civit. cap. 17). C'est pour cela que celle imitation nous est si souvent inculquée dans les divines Ecritures. Soyez saints , parce que je suis saint, nous dit Dieu lui-même dans le Lévilique (II. 44). Soyez parfaits , ajoute Jésus-Christ dans son Evangile (\latth. o. 48) , comme votre Père céleste est parfait. Soyez les imitateurs de Dieu , dit saint Paul (Eph.5. t), comme étant ses enfants chéris.
9. Mais , me direz-vous , comment osez-vous proposera noire imitation un objet si élevé au-dessus de nous ? Ne vous effrayez pas, mes Frères. Voici ce que nous avons à faire pour l'imiter. Nous devons retracer en nous l'image de la sainte Trinité déjà imprimée dans noire àme, cl rendre celle âme semblable , aulanl quepossible , à ce divin modèle sur lequel elle a été formée. Dieu créa l'homme à son image el ;i sa ressemblance. Cette image, disent les saints Pères et les Théologiens, consiste dans la substance de l'âme, qui est simple el ornée de trois puissances ; car comme le Père , le Fils cl le Saint-Esprit ne sont pas trois Dieux , mais un seul Dieu en trois personnes ; de même l'intelligence, la mémoire et la volonté ne
sont pas trois âmes ; mais une seule âme enrichie de trois Piailles. La ressemblance , dit le docteur séraphique saint ttonaventure(in opusc. cui iil. Amatorium) , dérive des vertus qui embellissent l'âme ; en sorte que cette ressemblance sera plus ou moins parfaite, selon que ces vertus seront plus ou moins grandes. Maintenant, quoique celte image n'ait pas été totalement détruite parle péché, elle a été néanmoins tellement défigurée, ajoute saint Bernard (Serra, t. de Annunt. n. 7), qu'elle a perdu les traits de ressemblance qu'elle avait avec Dieu. Cette âme qui était belle, est devenue difforme ; cette âme qui était sainte, est devenue criminelle ; cette âme, qui était riche autrefois de justice et de grâce , a été privée de tous ces dons; cîîeest devenue vicieuse , misérable , disgraciée. Ayant perdu celle droiture, cette beauté que Dieu lui avait donnée en la créant , ses trois puissances s'en sont ressenties. La mémoire a été tellement détournée de Dieu , qu'il lui en coûte beaucoup de peines et de travaux, pour se rappeler sa divine présence; l'intelligence a été tellement affaiblie, qu'elle prend souvent le mal pour le bien , le mensonge pour la vérité ; jugeant utile et avantageux ce qui est nuisible, et nuisible ce (fui est bon et utile. La volonté enfin a été tellement viciée ci corrompue, qu'elle abandonne les biens éternels , pour rechercher des biens périssables; qu'elle s'éloigne du Créateur, pour s'attacher à la créature.
10. Tel estl'état malheureux où le péché nous a précipités. Oui de nous ne se sentira pas rempli d'un saint zèle pour recouvrer l'honneur sublime d'être semblable à Dieu? Oui n'emploiera pas tous ses soins, et ne fera pas tous ses efforts pour retracer en lui l'image de la sainte Trinité ? .le sais que nous ne pouvons pas le foire par nous-mêmes, et que réformer celle image , doit être l'ouvrage de cette Trinité toute-puissante qui l'a créée. Mais je sais pareillement ce que les personnes divines ont fait pour la réparer , et combien de secours elles nous ont prodigués pour que nous pussions réussir heureusement dans cette œuvre importante. Le Père éternel, dit saint Bernard (Serm. 45), nous a envoyé son l'ils unique ; ce divin Fils nous a communiqué les lumières de la foi , nous a enrichis de ses mérites, pour faire renaître en nous l'espérance de retourner à Dieu dont nous nous étions éloignés par notre prévarication ; l'Espril-Saint est venu nous faire part du feu divin de la charité. Par le moyen de ces trois belles vertus, les trois puissances de notre âme sont rétablies dans leur première intégrité; la foi éclaire l'intelligence, et lui fait
('ï VI. I.N^TRUCTION
connaître la vérité ; la mémoire soutenue par l'espérance , st porte à la contemplation des biens éternels; et la volonté purifiée <les vices et des passions par le feu de la charité, s'ui:i( étroitement à son Dieu. .Notre àme recouvre ainsi, autant qu'il est possible sur celte terre , la ressemblance divine qu'elle avait perdue , puisqu'en se conformant à Dieu avec tîntes ses puissances , elle devient, comme dit l'Apôtre, on même esprit avec lui (1. Cor. 6. *27). .Nous pouvons donc , mes Frères, oui, nous pouvons encore devenir semblables à Dieu. Nous pouvons encore réformer en nous cette image que la très sainte Trinité a imprimée dans noire àme. Dieu nous en a montré la manière , en même temps qu'il nous a pourvus des moyens nécessaires pour y réussir. Hais il faut que nous travaillions nous-mêmes à cet ouvrage de concert avec sa grâce , et que nous ne rendions pas inutiles ces moyens par notre lâcheté et notre indolence. 11 faut que nous jugions des choses selon leslumières de la foi , et non selon ce que nous suggèrent les passions ; il faut que nous élevions nos pensées au-dessus de la terre , et que nous ayons soin de les diriger vers le ciel; il faut enfin que nous détachions notre cœur des créatures pour le donner et le consacrer uniquement à Dieu. 11. Mais, hélas ! combien ne trouve-t-on pas de chrétiens, qui, sachant que leur âme est l'image de l'auguste Trinité, au lieu de rendre à celte image son ancienne beauté, en l'embellissant par la foi , l'espérance et la charité , la défigurent au contraire tous les jours de plus en plus, au mépris des personnes divines , se dirigeant non d'après les lumières de la loi , mais d'après les principes et les maximes du monde, regardant comme des biens ou comme des maux non les choses que la foi leur fait apercevoir comme étant de véritables biens ou de véritables maux, mais ce qui leur est présenté comme tel par un monde aveugle et insensé. D'où il arrive que prenant pour des maux réels la pauvreté, les souffrances et les mépris, et pour de vrais biens les richesses , les plaisirs et les honneurs, autant ils fuient ces prétendus maux , autant ils s'attachent à ces biens faux et trompeurs. Pour accroître leurs trésors, pour se procurer leurs aises et leurs plaisirs , pour arriver à ces postes distingués, que ne font-ils pas , que n'entreprennent-ilspas ? C'est vers ce but qu'ils dirigent toutes leurs pensées et tous leurs désirs : et tandis qu'ils courent avec ardeur après ces biens apparents, ils oublient cl négligent totalement les vrais biens , les biens célestes et éternels. Ainsi leur intelligence s'obscurcissant de
Sl'P, LE PftEMIEB ARTICLE DO SYMBOLE. .,'■)
de {dus en plus, leur mémoire s'éloignant toujours plus deDieu, leur volonté devenant toujours |)lus dépravée, la ressemblance qu'ils avaient autrefois avec Dieu disparait aussi de plus en plus chaque jour, et chaque jour ils se rendent de plus en plus semblables aux animaux. \h! Chrétiens, gardons-nous bien de nous avilir ainsi nous-mêmes. Le mystère de la sainte Trinité que je viens de vous expliquer, en même temps qu'il rappelle à notre souvenir notre condition primitive , doit exciter en nous des sentiments nobles et généreux. Puisque nousportons empreinte dans noire âme l'image des personnes divines, rougissons d'avoir si souvent et si indignement défiguré une si belle image ; et résolus dès ce moment d'imiter ce divin original , guidés par la foi, soutenus par l'espérance , animés parla charité, travaillons sans relâche à rendre à notre âme sa première beauté. Réformons notre entendement, afin qu'il ne juge plus selon les principes reçus dans le monde , mais selon la doctrine de Jésus-Christ ; réformons notre mémoire, afin qu'elle ne coure plus après la vanité , mais qu'elle ne s'occupe désormais que des choses surnaturelles et célestes. Réformons notre volonté, afin qu'elle ne se porte plus vers la créature , mais qu'elle se consacre tout entière au Créateur. Aimant ainsi ce que Dieu aime , haïssant ce qu'il hait lui-même, agissant selon son esprit, nous conformant en toutes choses à sa sainte volonté , nous parviendrons à imiter en quelque manière les personnes divines, lesquelles, quoique distinctes les unes des autres, n'ont cependant qu'une seule et même volonté , comme elles n'ont qu'une seule et même essence.
12. Nous avons encore une autre manière de les imiter ; c'est de faire régner parmi nous une union parfaite de charité, comme il y a entre ces divines personnes une unité parfaite de nature. C'est ce que nous apprit Jésus-Christ dans la prière qu'il fit à son Père la veille de sa mort. Que mes disciples , dit ce divin Sauveur , soient unis , comme vous, ù mon Père , êtes uni à moi, et comme je suis moi-même uni à vous (Joan. 17. 21). Ces personnes divines sont distinctes, mais elles ne sont pas divisées: là où est le Père est aussi le Fils, et là où sont le l'ère et le 1 :Hs , se trouve pareillement le Saii>!- Esprit. Imitons donc, autant qu'A nous est possible, celte unité admirable , nous tenant étroitement unis parles liens de la charité. Loin de nous ces discordes, ces divisions, tes rancunes, ces froideurs, ces indifférences ; que jamais elles ne dissent nos cœurs. Si nous ne sommes pas tousdu même rang,
de la même condition , si nous n'avons pas tous la même patrie , les mêmes talents, les mêmes inclinations , nous descendons tons du même principe, nous sommes tous formés surle même modèle, nous avons tous reçu uni même loi, un même baptême; et quoique nous soyons tous des membres diclincts, nous ne formons néanmoins qu'un seul eorps dont Jésus-Christ est le chef. Qu'un seul et même esprit anime donc ces membres, les unisse et leur donne le mouvement. Que l'Evangile soit notre seule règle, et Dieu notre unique fin. Ayons tous les mêmes intentions, travaillons tous dans les mêmes sentiments, nous aidant mutuellement, nous intéressant pour le bien de nos frères, n'ayantlous, en un mot,qu'un cœur et qu'une âme. 13. En nous conduisant de cette sorte, nous exprimerons audedans et au-dehors de nous-mêmes l'image de la sainte Trinité. Au-dedans de nous-mêmes nous portons empreinte cette image dans notre âme. Mais parce qu'elle a été défigurée par le péché, nous devons lui rendre sa beauté primitive par l'exercice de la foi , de l'espérance et de la charité , afin de la rendre de nouveau semblable àson divin et parfait modèle. Au dehors de nousmêmes, nous représenterons l'unité indissoluble des personnes divines , en conservant entre nous l'union la plus étroite par le moyen de la charité, laquelle nous liant ensemble par un nœud doux et fort en même temps , fera de nous tous une seule et même chose , un seul tout parfait. Voilà ce que doit opérer en nous la foi en ce mystère sublime. Commençons dès ce jour à travailler à cette réforme de nous-mêmes, afin qu'après avoir imité ces divines personnes sur la terre , nous puissions mériter de les contempler dans le ciel pendant l'éternité. Ainsi soit-il
Credo in Deum Patron vmnipotentem.
Hn quels sens on peut dire que le nom de Père convient à Dieu , et de sa
loule-|niissancc.
Le nom de Père attribué à Dieu dans les premières paroles du Symbole, nous a fourni matière à une instruction sur le mystère adorable dclasainle Trinité, où nous avons vu ce que nous devons croire relativement à ce mystère, et ce que la foi en ce mystère doit opérer en nous. Me proposant de vous expliquer aujourd'hui plus distinctement la signification du nom de Père, je joindrai;» ce nom le titre de tout-puissant. qui est aussi donné i) Lncu dans les premières paroles de cet article. Quoi de plus
SUR LE Pr.EMiEE ARTICLE DU SYMBOLE. 71
propre à réveiller dans nos coeurs les plus tendres affections de tendresse et d'amour envers Oicu , que de savoir qu'il est Père, et notre Père? Quel motif plus puissant pour exciter en nous des sentiments de crainte et de respect envers son adorable majesté , que de savoir et de croire qu'il est tout-puissant ? La qualité de Père anime notre espérance; le caractère de toutpuissant la relien! dans de justes bornes , et l'empêche de dégénérer en présomption. Nous verrons donc premièrement en combien de sens le nom et le litre de Père conviennent à Dieu, et en second lieu ce que signifie le nom cl le titre de tout-puissant.
1 . Le doux nom de Père convient plus à Dieu qu'à tout autre, puisqu'il est, comme dit l'Apôtre (Eph.3. 15),le principe et la source de toute paternité : Ex quo omnispaterrtitas in cœdset in terra nominal uv. Et c'est en plusieurs sens et par plusieurs titres que ce nom lui convient. Il esl appelé Père , parce qu'il a donné l'être à toutes choses, et qu'il conserve tout par sa providence. Il est le Père de tous les hommes qu'il a formés à son image; F.n tant que nous sommes chrétiens, il est notre Père d'une manière toute particulière, puisqu'il nous a rendus ses enfants adoptifs par sa grâce. Mais il est plus proprement et d'une manière plus ineffable le Père de son Fils unique qu'il àengendréde toute éternité. Développons ces divers sens, et commençons par le dernier selon lequel le nom de Père est principalement attribué à Dieu dans le Symbole des \pôtres.
'2. En premier lieu , Dieu est donc proprement le Père de son Fils éternel , parce qu'il l'engendre de toute éternité par un acte de sa féconde intelligence , lui communiquant sa nature même et toutes ses adorables perfections. Aussi lui a-t-il dit: Asseyez-vous à ma droite , car je vous ai engendré de mon sein avant la lumière (Psal. 109.1. 3). Cette paternité est le caractère qui dislingue la première~personne de la très sainte Trinité des deux autres, lesquelles, tout en ayant la même essence et la même divinité que la première, n'ont cependant pas la qualité de Père , qui convient seulement à la première personne: et quoique le Saint-Esprit procède aussi delaseconde personne , néanmoins comme il n'est p:is, et qu'il ne peut pas s'appeler le Fils de celle seconde personne, parce qu'il procède d'elle non par voie de génération , mais de spiration, ainsi cette seconde personne n'est pas, et ne peut pas s'appeler le Père du Saint-Esprit. 11 n'y a donc en Dieu qu'un seul Père, comme il n'y ;) qu'un seul Fils ; et comme le caractère de Fils ne convient qu'à la seconde personne , celui de Père ne convient pareillement qu'à la première.
3. Je voudrais pouvoir vous donner quelque idée de celle palernilé divine, ou vous la faire comprendre du moins par quelque image. Mais quelle idée puis-je vous en donner, ou de quelle ima^c puis-je me servir, si l'on ne trouve rien parmi les choses terrestres qui puisse lui ressembler? 11 est vrai que parmi les hommes on appelle et on regarde en effet comme pères ceux qui ont des enfants. Mais combien ces paternités humaines sont différentes de la paternité divine! Il faut que l'homme existe avant de devenir père, et après qu'il l'est devenu, il peutencore exister sans fils, comme le fils peut pareillement exister, et existe en effet sans père après la mort de celui-ci. Mais Dieu le Père n'est point avant son Fils. De toute éternité il lui communique sa nature divine, et il n'est jamais, ni ne peut être sans le Fils, comme le Fils n'est et ne peut être sans le Père. Ne cherchons donc pas à sonder ce que nous ne pouvons concevoir , persuadés que notre faible intelligence n'a pas de forces,ni des lumières suffisantes, pour découvrir et comprendre les secrets profonds de cette paternité divine, et de cette génération dont le prophète lsaïe a dit qu'elle est incompréhensible et ineffable. Contentons-nous de croire et d'adorer ce que la foi nous enseigne et nous manifeste à son égard. Contentons-nous de savoir que Dieu est père d'un fils égal à lui ; que comme le soleil n'a jamais été sans répandre sa lumière, ainsi Dieu n'a jamais été sans engendrer son Fils unique ; que ce Père divin a toujours été Père, et qu'il n'a jamais pu exister sans l'être; que tout ce qu'il a, il la donné à son Fils , à part la propriété de Père ; que quoique le Fils soit Fils, il n'est pas cependant inférieur au Père, et que l'origine qu'il tire de son Père ne porte avec elle ni sujétion ni dépendance.
4. Telles sont les vérités que la foi nous enseigne par rapport à la paternité divine, et que nous faisons profession de croire dans le premier article. Tel est le vrai sens de ces paroles , je crois en Dieu le Père, comme on le voit plus clairement par ce qui est contenu dans le reste du Symbole. Car comme dans les articles suivants, on fait profession de croire une seconde personne, qui est Jésus-Christ Fils unique de Dieu, et une troisième personne qui esl le Saint-Esprit ; de même dans ce premier article, nous croyons qu'il y a une première personne de laquelle procèdent les autres deux, et qui est le Père du Fils unique de Dieu. Ce sens dans lequel on prend ici proprement le nom de Père, n'exclut pas les autres sens que je vous ai indiqués, et dont la considération nous
animera à mettre en Dieu toutes nos espérances, et nous remplira à son égard des plus vifs sentiments d'amour et de reconnaissance.
6. Die:i est donc le Père de toutes ses créatures, et en ce sens, le nom de l'ère n'est pas seulement propre à la première personne de la sainte Trinité , mais il convient également aux trois personnes divines. VA c'est à bien juste litre que nous disons que Dieu est le père de toutes ses créature.-;; car si dans notre langage, nous appelons père celui qui propage la famille, qui la dirige et l'entretient , à qui le nom de l'ère peut-il convenir plus justement qu'à Dieu, qui non-seulement a donné l'être à tout ce qui existe dans le monde , et la vie à tout ce qui est animé; mais par une suite continuelle de bienfaits, conserve tout et pourvoit à tout avec une attention admirable? Les effets produits par les autres causes peuvent continuer d'exister indépendamment de ces causes; mais rien ne peut subsister sans Dieu. Tous les êtres retomberaient dans leur premier néant, s'il ne les conservait sans cesse par un acte positif de sa volonté toute-puissante; et ils ont besoin qu'il renouvelle à chaque instant pour eux le bienfait de la création et de la vie. Mais outre ce bienfait de la conservation, avec quelle bonté paternelle ne prend-il pas soin de ses moindres créatures? Voyez les lys des champs, dit Jésus-Christ (Mallh.6. 28), ils ne travaillent point, ils ne se mettent en peine de rien, et cependant le Père céleste les revêt d'une beauté supérieure à toute la magnificence de Salomon. Considérez les oiseaux du ciel ; ils ne sèment point , ils ne cueillent point, ils n'ont point de grenier, et néanmoins ce bon Père pourvoit abondamment à leur subsistance. C'est lui, dit le Roi-Prophète, qui dans les vallées fait jaillir les fontaines où les animaux viennent étaneber leur soif (Psal. 103.10): c'est lui qui fait croître les arbres, et qui a planté les cèdres du Liban, où les oiseaux font leurs nids : c'est lui qui a donné aux cerfs la sommité des montagnes pour refuge, et les creux des roebers aux bérissons pour retraite; c'est de lui, en un mot, que tout attend sa nourriture (Psal. 108. 9).
6. Ce soin paternel est donc un motif suffisant pour appeler Dieu Père de toutes ses créatures. Cependant n'ayant donné à celles qui sont dépourvues de raison et d'intelligence aucune ressemblance avec lui-même, ce n'est que très improprement qu'il s'appelle leur Père. Mais c'est l'homme qui a bien raison de donner à Dieu le litre de Père et de son Père, puisque c*est de la main de Dieu même qu'il <\ été créé et formé à son
74 VI. IKSTR0CT10H
image. C'est Dieu qui a tracé sur son front les marques de sa grandeur, et qui en lui donnant une tète droite et élevée vers le ciel, a voulu montrer qu'il ne l'avait créé que pour lui-même. C'est dans les facultés de son âme surtout, que sa ressemblance avec Dieu ressort d'une manière plus admirable. Dieu est esprit, notre âme est spirituelle ; Dieu est intelligent, et notre ùme est douée d'intelligence ; Dieu a une volonté , et notre âme a la faculté de vouloir ; Dieu est libre, et notre ùme a sa liberté; Dieu a le souverain domaine sur les créatures, et notre âme participe à ce domaine, à cet empire. Cette ressemblance avec la Divinité donne à l'homme un titre particulier pour reconnaître Dieu comme son père; et c'est pour celte raison que Dieu lui-même ne dédaigne point de s'appeler notre père. Ne suis-je pas,dit-il au peuple d'Israël par la bouche de Moïse (Deut.32.6), ne suis-je pas ton Père, moi qui t'ai fait, qui t'ai créé et qui te possède? Ne suis-je pas le Père de tous, dit-il par la bouche du prophète Malachie? is'est-ce pas votre Dieu seul qui voua créés (Malaeh. 2. 10)?
7. Pour nous cependant, outre le titre commun que noir avons avec tous les hommes de pouvoir appeler Dieu du nom de Père, pour avoir été créés à son image et à sa ressemblance, nous en avons un autre qui nous est propre de notre qualité de chrétiens ; titre le plus grand, le plus glorieux , le plus noble que nous puissions avoir; ce litre est celui d'enfants de Dieu par adoption. Oui, mes Frères, si en tant qu'hommes,Dieu nous a faits à son image, comme chrétiens, il nous a adoptés pour ses enfants. Raison de plus pour pouvoir dire que Dieu est notre Père. En effet, si Moïse eut un juste motif de rappeler aux Hébreux qu'ils devaient reconnaître Dieu pour leur Père, parce qu'il les avait choisis par préférence à tant de nations pour être son peuple, et qu'il les avait délivrés de la dure servitude d'Egypte par le moyen des plus grands prodiges, combien plus de raisons n'avons-nous pas de donner le nom de Père à notre Dieu, qui non-seulement nous a choisis pour être son peuple chéri, et nous a délivrés de la dure servitude du démon , mais encore qui nous a déclarés ses enfants, en nous donnant une vie nouvelle, une vie toute spirituelle, comme dit saint Jacques (1. 18). Nous ayant fait mourir au péché par le moyen de la foi, du baptême et de sa sainte grâce, il nous l'ail vivre de sa propre vie : il nous a élevés à la dignité de frères de Jésus-Cbrist, et nous rendant participants des mérites de son Fils, il nous a !;>ii entrer dans ses droits ; de sorte qu'en celte glorieuse qualité d'enfants de Dieu et de frères de Jésus-Clirist, nous deve-
SUR LE PREMIER ARTICLE DU SYMBOLE . 7o
nons encore les héritiers de Dieu , et les cohéritiers du même Jésus-Christ. Eu on mot, cette adoption nous élève jusqu'à être parla grâce, ce que Jésus-Christ est par nature , puisqu'elle nous élève à la dignité d'enfants de Dieu. Oui, Chrétiens, tous tant que nous sommes, grands et petits, riches et pauvres, dès que nous avons reçu dans le saint Baptême le privilège de cette adoption, nous devenons tous les enfants de Dieu , nous pouvons à juste titre l'appeler notre Père: Accepislis Spirilum adeptionis, in qtto clamamus, Abba, Pater (ï\om. 8. 14); Jésus-Christ nous reconnaît pour ses frères, et il veut que nous commencions nos prières par ces paroles pleines de douceur pour nous: Notre l'ère, qui êtes aux deux: Pater nosler,qui es in cœlis.
8. C'est ce glorieux privilège qui nous dislingue et nous élève au-dessus des autres hommes; privilège qui faisait dire à saint . Jean rempli d'étonnement et d'admiration (I .Joan.3.1) : Voyez jusqu'où est allée la charité de notre Dieu pour nous, jusqu'à vouloir que nous l'appelions notre l'ère, et que nous soyons véritablement ses enfants. Oui de nous maintenant ne mettra pas toute sa confiance en Dieu , et ne recourra pas à lui avec une espérance ferme et assurée d'obtenir ce qu'il lui demandera, puisqu'il est notre l'ère? S'il revêt les lis des champs d'un si bel éclat, s'il nourrit les oiseaux et tous les animaux privés de raison , comment pourrions-nous ne pas tout espérer de lui, nous qui sommes ses enfants? Se trouverait-il quelqu'un parmi vous, disait à ce sujet notre divin Sauveur (Matth. 7. 9), qui donnât une pierre à son enfant qui lui demanderait du pain, ou qui mil entre ses mains un serpent, lorsqu'il lui demanderait un poisson? Si donc, ajoute-t-il, tout méchants que vous êtes , vous faites du bien à vos enfants, à combien plus forte raison ne devez-vous pas croire que votre Père céleste est dispose à vous accorder tout ce que vous lui demanderez avec les dispositions requises? Mais si Dieu, qui est notre Père, agit à notre égard avec une bonté toute paternelle, nous devons de notre coté nous conduire envers lui comme étant ses enfants ; et ce beau caractère qui nous distingue, doit ranimer notre reconnaissance, et nous faire vivre de manière à ne pas déshonorer par nos actions un Père si plein d'amour pour nous.
9. Si un grand monarque delà terre, ayant un fi îs semblable à lui par ses qualités et ses perfections, faisait venir un simple berger dans son palais, cl que non content de l'introduire dans sa cour, et de le déclarer son favori, il
7(ï VI. INSTRUCTION
l'adoptât pour son enfant, et l'établit héritier de son royaume1 avec son propre fils, de quels sentiments de reconnaissance ne serait pas pénétré ce pauvre villageois qui se verrait subitement élevé à uu si haut degré de gloire ? Quelle ne serait pas son attention à suivre exactement tous les usages de la cour, à ne faire que des choses convenables à sa nouvelle dignité , et toutes différentes de celles qui l'occupaient dans sa première condition? Quel outrage ne ferait-il pas à son bienfaiteur, de quelle ingratitude ne se rendrait-il pas coupable à son égard, si, méprisant cette grandeur, il voulait vivre comme auparavant, suivre ses troupeaux , ou travailler la terre? Dieu, qui est le monarque du ciel et de la terre, nous a choisis, tout misérables que nous sommes, pour ses enfants adoptifs; il nous a établis les héritiers de son royaume avec son divin Fils ; quels ne doivent donc pas être notre reconnaissance et notre amour pour un Père si bienfaisant et si plein de tendresse envers nous? Quelle ne doit pas être notre attention à ne rien nous permettre dans notre conduite , qui soit indigne d'un Père si grand et si puissant , et qui soit capable de déshonorer la dignité sublime à laquelle il nous a élevés? Combien nos pensées doivent être pures, combien nos discours doivent être réservés . combien nos actions doivent être saintes! Oui, tout en nous doit correspondre à la grandeur de notre Père ; tout en nous doit être digne de Dieu.
10. Concluez de là combien est détestable à ses yeux la conduite de ces chrétiens qui mènent une vie indigne de ses enfants; de ces chrétiens qui, au lieu dépenser au ciel , ne pensent qu'à la terre, qu'à l'intérêt, qu'à la vengeance et aux moyens de satisfaire leurs passions; de ces chrétiens qui, au lieu de parler de choses spirituelles et divines , blasphèment le saint nom de Dieu, et ne savent s'entretenir que de ce qui est capable de faire rougir tout homme raisonnable; de ces chrétiens , en un mot , qui au lieu d'observer exactement la loi divine , et de faire des œuvres dignes de la vie éternelle, transgressent à chaque instant celte loi suinte, et s'abandonnent à la crapule , à l'ivrognerie, à l'injustice cl à l'impudicité. Oh ! qu'ils se rendent ingrats envers Dieu, cl quelle injure sensible ils font à un Père si plein d'amour pour eux, et qui les a comblés de tant de bienfaits ! Un enfant, nous dit-il lui-même par la bouche du prophète Malachie (1. 6) , un enfant honore son père, et un serviteur son maître ; si donc je suis votre Père , où est l'honneur que vous
Sl'ULE PREMIER ARTICLE DU SYMBOLE. 77
me devez: Si ergo Puler ego sum , ubi tst honar viens? Sont-ce là des pensées , des paroles , dos actions dignes des enfants de Dieu? Pour nous donc, mes Frères, ne perdons plus de vue la noblesse de notre condition. Rappelonsnous que nous sommes les enfants de Dieu, et qu'il est notre Père. En conséquence, pénétrons-nous d'un saint zèle pour sa gloire, soyons dociles à sa volonté et à ses ordres . ayons soin de l'honorer constamment parla sainteté de notre vie, pour maintenir en nous ces sentiments de reconnaissance, de respect et de soumission , pensons que ce Dieu qui est notre Père, est encore tout-puissant, qualité qu'il nous reste ii considérer en peu de mots.
11. C'est presque à chaque page que les saintes Ecritures donnent à Dieu le titre de tout-puissant. Je suis, ditil, lui-même à Abraham (Gcn. 17. I ) ,jc suis le Dieu toutpuissant. Son nom est le tout-puissant, dit Moïse dans son cantique sur le passage prodigieux de la mer Rouge (Exod. 15. 3 ). Le Seigneur m'a humiliée, disait Noëmi, elle Tout-Puissant m'a affligée (Ru th. 1. 20). J'ai entendu un ange qui s'écriait: Oui, Seigneur, Dieu tout-puissant, vos jugements sont justes et équitables. On pourrait citer une infinité d'autres passages tant de l'ancien que du nouveau Testament, qui attribuent à Dieu le même titre, et il semble que Dieu lui-même se montre plus jaloux de cet attribut que de tous les autres. Que signifie donc ce titre glorieux, et que veulent dire les Apôtres, lorsque dans le Symbole ils nous proposent à croire un Dieu tout-puissant? Us veulent dire que Dieu peut tout ce qu'il veut et tout ce qu'il peut vouloir; qu'il est le maître absolu de toutes choses ; que sa providence, son empire, son domaine s'étendent sur tout, de manière que rien ne peut se soustraire à sa puissance suprême. Y aurait-il par hasard quelque chose qui lut difficile à Dieu? dit le Seigneur à Abraham (Gen. 18. 11 ). Je sais que vous pouvez tout, disait à Dieu le saint homme Job (42. 2 ). Pour les hommes cela est impossible, disait Jésus-Christ à ses disciples (Matth. 19. 26 ) ; mais à Dieu tout est possible. Nonseulement Dieu peut faire tout ce que nous pouvons concevoir, même les choses les plus extraordinaires et qui excèdent toute puissance naturelle , comme défaire rentier dans le néant tout ce qui est créé, ou bien de donner subitement l'être à de nouveaux mondes ; mais il peut encore faire ce que notre intelligence ne peut ni comprendre, ni imaginer. Kt quoique Dieu puisse faire tout ce qu'il veut, Que veut pas
fA VI. INSTRUCTION
cependant toujours faire tout ce qu'il peut ; et il y a une infinité de choses possibles à Dieu, auxquelles néanmoins il n'a jamais donné l'existence, et auxquelles il ne la donnera jamais. La sainte Ecriture nous enseigne cette vérité, lorsqu'elle nous dit que Dieu peut , des pierres tirer des enfants d'Abraham , et faire qu'un chameau passe par le trou d'une aiguille. Elle nous apprend par-là que , quoique Dieu n'ait jamais fait ces prodiges , il a cependant le pouvoir de les opérer. Dieu est donc tout-puissant parce qu'il peut tout ce qu'il veut, et qu'il n'y a rien qui puisse résister à sa volonté (Rom. 9. 19). 11 se sert des créatures comme il lui plait ; étoiles servent toujours à l'accomplissement de ses ordres , soit quelles observent les lois ordinaires de la nature qu'il a établies , soit qu'elles s'en écartent quelquefois.
12. Je ne voudrais pas néanmoins qu'il vint en pensée à quelque ignorant de tirer de ce que je viens de dire une mauvaise conséquence , et qu'il se dit à lui-même : Puisque rien n'est impossible à Dieu, il pourra donc aussi mentir, il pourra tromper et être trompé, il pourra mourir, il pourra pécher. Cette conséquence serait aussi insensée qu'elle serait impie. Non , Dieu ne peut ni tromper , ni être trompé , ni mentir, ni mourir, ni pécher: il ne laisse pas pour cela d'être toutpuissant , et c'est même précisément parce qu'il est toutpuissant, qu'il ne peut rien faire de tout cela. Le mensonge. l'erreur, le péché , la mort étant des imperfections et des défauts, sont aussi des effets de la faiblesse , et par conséquent il est impossible que ces défauts soient en Dieu , dans lequel il ne peut y avoir aucune faiblesse , parce qu'il est tout-puissant. Etant tout-puissant, il est la vie même par essence, il :ne peut donc pas mourir; il est la science même, il ne peut donc rien ignorer; il est la vérité même, il ne peut donc pas mentir; il est la sainteté même, il ne peut donc pas pécher. L'impossibilité où il est de tomber dans ces défauts, bien loin de préjudiciel* à sa toute-puissance, est donc une preuve de celte même toute-puissance. Pour mieux comprendre ceci, écoutons saint Augustin (Serin. 1 \4. nouv. éd.): Dieu est tout-puissant, parce qu'il peut faire tout ce qu'il veut; or il veut être éternel , immuable , véridique et saint, et il ne peut pas vouloir différemment; (loue s'il pouvait y avoir en lui ou changement, ou mort, ou mensonge, ou péché, il ne serait plus tout-puissant, puisqu'il aurait ce qu'il ne veut pas avoir, cl qu'il cesserait d'être ce qu'il veut être. Si donc il est tout-puissant, il ne pourra jamais être ni mortel, ni
trompeur, nimenteur, puisqu'il ne veut pas l'être. Quand nuus disons qu'il est tout-puissant, nous ne voulons donc point dire qu'il neut même ce qu'il ne veut pas, ce qu'il ne voudra jamais, et ce qu'il ne peut vouloir; niais nous entendons qu'il peut toutee qu'il veut, et qu'il n'y a rien qui puisse s'opposer ou résister à sa volonté. Telle est l'idée que nous devons nous former de la toute-puissance de Dieu , qui est proposée à notre croyance dans cet article.
13. De là nous pouvons facilement comprendre comment Dieu, tout-puissant qu'il est, n'empêche pas tant de maux, tant de souffrances et tant de péchés dont le monde est rempli. Si ces maux existent, ce n'est pas que Dieu ne puisse les empêcher, mais c'est qu'il ne le veut pas. S'il le voulait, et qu'il ne le put pas, alors, dit saint Augustin (in Enchirid. cap. 94), il ne serait plus tout-puissant; et il ne serait plus vrai de dire, comme l'Eglise le chante dans le psaume cent-treize, que notre Dieu a lait tout ce qu'il a voulu au ciel et sur la terre. Mais que ces maux existent, et qu'il ne veuille pas les empêcher, c'est ce qui prouve encore que rien ne se fait, que rien n'arrive, sans qu'il le veuille, ou en permettant que d'autres le lassent, ou en le faisant lui-même. Si nous parlons des maux temporels, c'est lui qui les envoie ; et par leur moyen il fait paraître sa miséricorde en exerçant les hons , et il montre sa justice en châtiant les méchants. Quant au péché, ce n'est pas Dieu qui en est l'auteur, c'est la volonté de l'homme; mais celle volonté de l'homme ne le commettrait pas, si Dieu ne voulait pas le permettre; car, ajoute saint Augustin (loc. cit.), autant il est facile à Dieu de faire ce qu'il veut, autant il lui est facile d'empêcher ce qu'il ne veut pas. Et s'il permet le péché, il fait encore en cela ressortir davantage sa toute-puissance, en tirant le bien du mal, et faisant servir ces désordres mêmes à sa gloire, ou en convertissant le pécheur par sa grâce, ou eu le châtiant par sa justice. De quelque manière que l'on envisage la chose, il est donc toujours vrai que Dieu lait toul ce qu'il veut, et qu'aucune créature n'est capable de traverser ses desseins (Enchirid. cap. 102). Car que les Anges ou les hommes, les hons ou les méchants veuillent ce que Dieu veut, ou qu'ils veuillent le contraire, la volonté de Dieu restera toujours victorieuse, elle s'accomplira toujours. Voilà, c< ce saint l'ère, pourquoi Dieu s'appelle à juste litre toutpuissant
1 1. Après avoir expliqué de cette manière la toute-puissance de Dieu, il nous reste à voir pourquoi, au commencement du
Symbole, laissant de côté tant d'autres perfections qui appartiennent à Dieu, les Xpôlres ne lui donnent que le titre de Tout- Puissant. Il est aussi infiniment bon, infiniment saint, infiniment sage, infiniment juste, immense, éternel; pourquoi donc les Apôtres passant sous silence tous ces attributs admirables, ne font-ils mention expresse que de la seule toute-puissance? En voici la raison: C'est que la toute-puissance, outre qu'elle renferme en quelque sorte toutes les autres perfections d'une manière implicite , puisqu'on ne peut pas concevoir qu'il manque quelque ebose à celui qui est souverainement puissant, est l'attribut le plus propre à fortifier notre foi, à animer notre espérance , et à exciter dans nos cœurs une juste et sainte crainte.
15. Et d'abord, quoi de plus efficace pour fortifier notre foi, que la croyance en la toute-puissance de Dieu? Quoi de plus propre à nous faire croire les secrets les plus cacbés , les mystères les plus étonnants , que de savoir que celui qui les a opérés est tout-puissant? Il ne serait pas tel, s'il ne pouvait faire que ce que nous pouvons comprendre. La toute-puissance de Dieu est donc la grande preuve qui établit la foi , et qui la fortifie dans celui qui croit, en même temps qu'elle confond l'aveugle obstination de celui qui refuse de croire. Or, les Apôtres ayant à nous proposer, dans les articles suivants, des choses extraordinaires et merveilleuses : par exemple , que Jésus-Christ est le Fils unique de Dieu, qu'il a été conçu du Saint-Esprit, qu'il est né d'une mère vierge , que cet homme Dieu a été crucifié, qu'il est mort , et tant d'autres vérités qui paraissent impossibles à la raison humaine, c'est avec sagesse qu'ils nous proposent à croire,dès le commencemenl du Symbole Ja toute-puissance de Dieu;parce que ce principe certain étant une fois bien établi, savoir : que Dieu peut faire toutes choses, tout nous devient par-là même facile à croire. C'est ce que Dieu même a fait plusieurs fois , apportant sa toute-puissance pour preuve de la vérité de ses promesses. Y a-t-il quelque chose qui soit difficile à Dieu, dit-il à Abraham, après lui avoir promis qu'il aurait un fils, quoiqu'il fût arrivé à l'âge de cent ans, et que Sara son épouseen eût quatre-Yingl-dix(Geu.1 S. 1 4)? Rien n'est impossible à Dieu, dit à Marie le messager céleste, lorsqu'il vint lui annoncer qu'elle deviendrait mère,sans cesser d'être vierge (Luc. 1. 27").
16. En second lieu la foi en la toute-puissance de Dieu ranime notre espérance. Deux motif nous engagent à mettre en lai toute notre confiance; c'est de savoir qu'il veut nous aider
et nous secourir, et qu'il peut le faire. Ce sont là les deux fondements sur lesquels est appuyée toute espérance, et sans lesquels elle ne peut exister ; car il ne servirailde rien à celui qui se trouverait dans le besoin d'avoir un ami qui eût la volonté de le soulager, s'il n'en avait le pouvoir , connue il lui serait inutile de trouver quelqu'un qui en aurait le pouvoir, sans en avoir la volonté. Or connue le nom de père donné à Dieu dans cet article, nous apprend qu'il a toute l'inclination, toute la volonté possible de nous secourir , de même le nom de Tout- Puissant nous assure qu'il en a le pouvoir; et sachant qu'il veut, et qu'il peut nous défendre , nous assister, pourvoir à nos besoins, comment ne recourrions-nous pas à lui avec confiance, et comment pourrions-nous ne pas mettre tous nos intérêts entre ses mains? Le Seigneur est mon salut , disait le Roi-Prophète (Psal.26. 1), il protège ma vie, que pourrais-je encore craindre? Que tous mes ennemis à la fois se déchaînent contre moi ; que des armées entières marchent pour me perdre, mon courage n'en sera point abattu , pas même ébranlé ; mon cœur conservera tout son calme et toute sa tranquillité. Vous êtes ma défense, ô Dieu tout-puissant; je marche à l'ombre de vos ailes. Que les hommes, les démons , les bêles féroces, que toutes les créatures, en un mot, s'arment contre moi, je ne crains rien, parce que vous êtes mon protecteur et mon soutien : iïtrn timebo mala, quoniam lu mecum e.s(Psal. 22. 7). C'est cette même confiance qui faisait dire au grand Apôtre : Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Si Deus pro nabis, qui» conira nos (Rom. 8. 32)? Saint Antoine abbé se trouvant un jour assailli par un grand nombre de démons, qui, sous la ligure de bêtes féroces, semblaient vouloir le mettre en pièces en un moment, ah ! l'on voit bien , leur dit-il en les insultant , Ton voit bien que vous êtes faibles , puisque vous venez en si grand nombre contre un seul homme. Si vous aviez quelque force , un seul d'entre vous suffirait. Eh bien, si Dieu vous en a donné le pouvoir, hàtez-vous de me déchirer; mais si ce pouvoir ne vous a pas été donné d'en haut, toutes vos tentations sont inutiles, et je ne vous crains point , non plus que tout l'enfer réuni, parce que j'ai pour moi un Dieu tout-puissant. Mais, hélas ! autant la confiance de ces saints était grande, autant la nôtre est faible. Le moindre accident nous trouble , le moindre danger nous abat, la plus petite difficulté nous fait perdre courage. Que de craintes, que d'apréhensions , que de plaintes, lorsque une légère infirmité vient nous assaillir, ou qu'on nous suscite un procès, ou une persécution ! Ah! rappelons-nous que Dieu est
82 V!l. INSTRUCTION
noire Père , ot qu'il est tout-puissant ; que comme notre Pure il a la volonté de nous faire tout le bien possible, et qu'il le peut comme étant tout-puissant. Hecourons donc à lui avec confiance, sans jamais nous défier de sa bonté infinie , ni de son pouvoir suprême.
17. Mais prenons garde en même temps que notre confiance ne dégénère en présomption. Tout en espérant en Dieu, nous ne devons pas laisser de le craindre. C'est le troisième effet que doit produire en nous la foi en sa toute-puissance. Parce qu'il peut tout, nous devons le craindre d'une crainte religieuse et salutaire. Quelle serait notre folie, de craindre un homme qui ne peut rien sans Dieu, et de ne pas redouter la puissance de ce Dieu à qui tout est soumis ! Quelle folie plus grande encore de consentira offenser Dieu, dans la crainte de déplaire à un ami! si un homme devient notre ennemi. Dieu peut nous mettre à couvert de sa fureur ; mais si Dieu lui-même est irrité contre nous, qui pourra nous soustraire à sa vengeance? Ne craignez point, dit Jésus-Christ (Matth. 10. 28), ceux qui peuvent faire périr le corps, et qui n'ont aucun pouvoir sur votre âme; mais craignez Dieu qui peut précipiter dans les abîmes et votre âme et votre corps. Humilions-nous donc sous la main toute-puissante de notre Dieu, comme dit l'apôtre saint Pierre (1. Petr. 5. 6), et ne craignons autre chose que de lui déplaire et de l'offenser. C'est là le fruit que nous devons retirer de ces deux vérités proposées à notre croyance dans ce premier article du Symbole: Dieu père, et Dieu tout-puissant. Parce qu'il est notre Père, nous devons l'aimer; parce qu'il est tout-puissant, nous devons le craindre. Comme Père, il veut nous faire toute sorte de biens, ce qui doit nous engager à mettre en lui toute notre confiance ; comme tout-puissant, s'il peut nous faire tout le bien possible, il peut aussi se venger de nos offenses. Nous devons donc, à la vérité, espérer en lui; mais il faut que notre confiance soit accompagnée d'une juste rrainte, puisque s'il est assez puissant pour combler de ses bienfaits les bons cl les humbles, il ne l'est pas moins pour châtier les téméraires et les superbes.
Sur les paroles Cnaionm cceli et terne. Crëaiion de l'univers.
Un Dieu Père et un Dieu tout-puissant sont les deux vérités qui ont fourni matière à Pinslriulion précédente. Dieu est le Père de son divin Fils qu'il a engendre de toute éternité,
SUH LE rREUiEB ARTICLE DU SYMBOLE. 83
ri c'est cette qualité qui constitue la première personne de la sainte Trinité. Dieu estencorc le l'ère de toutes les créatures, parce qu'elles sont son ouvrage , qu'il en prend soin par un effet de sa douce providence, et qu'il les conserve chaque jour. Il est spécialement le Père des hommes qu'il a créés à son image, et il est d'une manière plus particulière encore le Père des chrétiens qu'il a régénérés à la grâce , cl établis ses enfants adoplifs, ce qui doit être pour nous un motif bien pressant de l'aimer pardessus toutes choses. De plus, il est tout-puissant, parce qu'il peut faire tout ce qu'il veut , que rien ne lui est difficile , que rien ne peut s'opposer à sa force et à sa puissance, vérité qui doit fortifier notre foi , ranimer notre espérance , exciter en nous des sentiments de respect et de crainte. Aujourd'hui nous passerons à l'examen des dernières paroles du premier article, qui nous proposent à croire que noire Dieu tout-puissant est créateur du ciel et de la terre; paroles (pie les saints Apôtres ont ajoutées avec sagesse au tilre de tout-puissant, afin que la foi en la toute-puissance de Dieu nous disposât à croire les merveilles étonnantes de la création de l'univers, et que la création de l'univers fût une preuve invincible de celte toute-puissance. Considérons donc ce grand ouvrage qui nous remplira d'admiration envers la puissance et la sagesse de notre Dieu, lequel fait de rien toutes choses par un seul acte de sa volonté , et qui nous portera à louer, à rendre mille actions de grâce à son infinie bonté , laquelle a tout fait pour sa gloire, à la vérité, mais en même temps pour notre avantage et notre utilité.
l.Que Dieu soit l'auteur de cet univers , c'est non-seulement la foi, mais encore la raison naturelle qui nous l'enseigne, puisqu'elle nous dit qu'il n'a pu se former lui-même. Comment, en effet, aurait-il pu se produire lui-même , puisque avant d'être produit, il n'existait pas, et que le néant ne peut rien faire, n'ayant ni force, ni puissance? Dire qu'il existait avant de se produire serait une contradiction manifeste, puisque ce serait admettre qu'il existait et qu'il n'existait pas en même temps. Si donc cet univers n'a pas pu se former lui-même , nous devons nécessairement recourir à un autre principe duquel il ait lire son origine , et ce principe ne peut être que Dieu. Car on ne peut pas dire que ce qui a donné l'être au monde ait élé lui-même produit, soit parce que quand nous disons l'univers ou le monde, nous disons par-là même la réunion, l'ensemble de toutes les eLo-
Si VU. INSTRUCTION
ses produites , et par conséquent on ne peut pas supposer qu'aucune des choses produites ait existé avant le monde ; soit parce que la même raison par laquelle on démontre que ce monde n'a pas pu se créer lui-même , sert encore à démontrer qu'aucune chose produite n'a pu se donner à elle même l'existence , ce qui nous oblige à recourir à un principe qui ne reconnaît d'autre principe au-dessus de lui, à un principe qui existe par lui-même , à un principe nécessaire , indépendant et qui n'a jamais été produit. Or ce principe ne peut être que Dieu , parce qu'il n'y a que lui qui puisse être par lui-même. Dieu donc, oui, Dieu seul comme étant celui qui existe nécessairement, et qui ayant l'être par lui-même, est par essence la source vivante de tous les êtres , Dieu seul, dis-je, est le créateur de l'univers, et toutes les autres choses nous apprennent et nous disent qu'il est leur maitre, que c'est lui qui les a faites^ et qu'elles ne se sont pas faites elles-mêmes'. Scitoie quoniam Dominus ipse est Deus; ipse fecil nos , et non ipsi nos ( Psal. 89. 3 ).
SJ. Je sais qu'il y a eu des hommes impies , téméraires, 'insensés , lesquels, plutôt que de reconnaître Dieu pour l'auteur et le créateur de l'univers, n'ont pas eu honte d'en attribuer la formation au seul hasard. Mais si le hasard , disait Cicéron, quoique païen , n'a jamais pu former la plus vile chaumière , qui pourrait se persuader qu'il a pu faire tant de choses si grandes, si variées, si belles , si merveilleuses? Portez vos regards vers les deux, disait le prophète Isaïe (40 .2), et voyez qui a pu les orner de tant de planètes et d'étoiles. Serait-il possible que le hasard eût formé ces astres, qu'il les eût enrichis d'une lumière si brillante, qu'il leur eût imprimé un mouvement si constant et si régulier, que depuis un grand nombre d'années et de siècles on n'a jamais pu remarquer la moindre variation dans leur cours. Le soleil lui seul ne suffit-il pas pour confondre ceux qui voudraient attribuer au hasard la formation de cet univers? Qui pourrait dire, en effet, pour peu qu'il lui peste de raison, que c'est par un effet du hasard que le soleil o été placé à une distance si proportionnée de la terre , qu'il l'échauffé sans la consumer, que tantôt 0 s'approche de nous, et tantôt il s'en éloigne, pour former la diversité si nécessaire des saisons; que chaque jour il monte sur l'horizon, et disparaît ensuite pour faire naître la succession admirable des nuits et des jours, sans que jamais il se soit écarté d'an seul point? Lu reine deSabu (3. Reg. 10. 4. ) ayant \u de ses
SI 11 (.!. PREMIER àHXI€LE DD SYMBOLE. 85
>ropres yeux le lemple magnifique bâti par Salomon, la sompuosité de la table de ce grand roi, les maisons immenses le ses courlisans , les riches vêtements de ses serviteurs et "ordre qui régnait parmi eux, fut saisie d'élonnement, et li! à ce prince que tout ce qu'elle avait entendu dire de lui était véritable, et que sa sagesse surpassait encore sa renommée qui s'était étendue jusque dans les pays lointains d'où ,11e était venue. Et nous , mes Frères, nous voyons de nos propres yeux la marche régulière du soleil, le cours invariable des planètes, la multitude innombrable et prodigieuse des étoiles. Ces merveilles, infiniment plus grandes que celles que vit la reine de Saba dans la cour deSalomon, devraient sans doute nous remplir d'élonnement et d'admiration. Mais si elles n'ont rien pour nous de frappant et d'extraordinaire, parce que nous sommes habitués à les voir dès noire enfance, elles devraient du moins nous porter à avouer qu'il n'y a qu'une puissance sans bornes et une sagesse infinie qui ait pu former ces corps célestes, et leur prescrire des règles si exactes et si justes.
3. Celte puissance et cette sagesse qui se montrent si évidemment dans le soleil, qui est appelé dans l'Ecclésiaslique (43.2) un vase admirable, l'œuvre du Très-Haut, et dans les cieux qui, comme le dit le Roi-Prophète (Psal. 18. 1), publient eux-mêmes la gloire de leur Dieu, celte puissance, dis-je , et cette sagesse ne se manifestent pas d'une manière moins surprenante sur celle terre que nous habitons. Sa structure, sa situation, sa fécondité, le nombre presque infini de plantes, de fleurs, de fruits qu'elle produit, la multitude et l'étonnante variété d'oiseaux, de quadrupèdes, d'insectes invisibles à nos yeux, leur instinct, leurs propriétés diverses, leurs travaux, leur industrie, et tant d'autres merveilles qui se présentent à nos regards , toutes ces choses nous disent que ce n'est point du hasard qu'elles ont reçu l'être, mais d'une puissance et d'une sagesse infiniment supérieures à toute autre puissance cl à toute autre sagesse. Y trouverait-on rien qui lui inutile, ou qui ne tendît à une lin'.' Sont-elles inutiles ces montagnes qui renferment dans leur sein tant de métaux précieux, et qui contiennent la sourec des fontaines et des fleuves qui servent à arroser les vallées el les plaines? Sont-elles inutiles ces plantes qui fournissent à l'homme sa nourriture, sa boisson et les remèdes dont il a besoin pour conserver ou pour recouvrer sa santé'/ Sonl-ils inutiles ces animaux donl nous recevons le vêtement, el les se
cours nécessaires dans les divers besoins delà vie? El s'il en e. >', quelques-uns qui paraissent ne contribuer en rien à notre propre avantage , ne servent-ils pas <lu moins d'aliment, aux autres? Les choses qui semblent être les plus contraires, comme sont l'eau et le feu, sont celles qui concourent plus puissamment à la conservation de l'univers. î\on , rien n'a été fait par hasard , tout au contraire a éié fait avec dessein et avec une sagesse infinie. Et quelle autre sagesse qu'une sagesse infinie aurait pu concevoir l'idée de tant de créatures si variées, et les faire tendre toutes d'une manière inviolable à la fin pour laquelle elles ont été produites , sans que l'une fût pour l'autre un empêchement ou un obstacle? Que si de la terre nous portons nos considérations sur la mer, en voyant cet élément qui semble fait plutôt pour nous enlever la vie que pour nous la maintenir, en le voyant, dis-je, peuplé d'une multitude de poissons de toute espèce; en réfléchissant à l'avantage que procurent à la terre ces eaux qui paraissent devoir Finonderet la submerger; en considérant qu'un peu de sable sert de barrière à la force et à l'impétuosité des fleuves , qui ne sera pas obligé d'avouer que Dieu seul a pu faire des prodiges si multipliés et si étonnants? Oui, que les impies s'efforcent de fermer les oreilles à la voix de la nature et les yeux, aux lumières de la raison ; pour nous, nous croyons et nous confessons que Dieu seul a créé ce bel univers, que c'est lui qui a fait le ciel et la terre, et qui a donné l'être à tout ce qu'ils renferment.
4. Mais comment a-t-il fait le ciel et la terre? Que lui en al-il coûté pour produire toutes ces merveilles? Une seule parole Ipsedi.vi!,et facla stint;ipse mandavit9el créai a si/h/ (Psal.l 18.5 . Que la lumière soit faite , dit-il, et aussitôt la lumière lui faite (Gen. 1). Que le firmament soit fait au milieu des eaux, et aussitôt le firmament fut fait. Que les eaux répandues sur la surface de la terre se rassemblent en un seul lieu, cl cela se fit ainsi. Que la terre produise de l'herbe verdoyante qui porte sa graine, et des arbres qui portent du fruit chacun selon son espèce, elqui renferment leur semence en eux-mêmes pour se reproduire, clla terre sans plus tarderproduisit des arbres et des plantes. C'est de cette même manière que furent tonnés les corpslumineux qui brillent dans le firmament , les poissons qui nagent dans les eaux et es animaux qui vivent sur la terre. Dieu commanda, et au premier signe de sa volonté tout obéit et tout fut fait. Il n'eut besoin ni d'instruments, ni d'ouvriers, ni d'architectes. La seule efficacité de sa parole
a crée" tout ce qui existe dans la vaste étendue de l'univers. Ne vous imaginez pas cependant, mes Frères, que la parole de Dieu soit, comme la nôtre, un peu d'air agité qui frappe les oreilles. Non , la sainte Ecriture se sert de celte expression: Dieu a parle, pour s'accommoder à notre faiblesse et à notre manière de voir ; elle veut dire par là qu'aussitôt que Dieu cul voulu que le ciel et la terre , la lumière et le firmament fussent faits , ainsi que toutes les autres créatures , tout fut fait à l'instant même. La parole de Dieu n'est autre chose que sa volonté. Dieu a parlé , c'est-à-dire, Dieu a voulu. Et c'est en ceci que se montre d'une manière plus admirable la toute-puissance de Dieu, puisqu'il lui suffit de vouloir une chose pour qu'elle se fasse aussitôt, et qu'il se fait obéir de ce qui D'existé pas encore , appelant, comme dit l'Apôtre (Rom. 4. 27) , les choses nui ne sont pas , comme celles qui existent.
!.. Mais de quoi Dieu a-t-il fail le ciel et la terre? C'est ici un autre miracle de sa toute-puissance d'avoir , par la seule vertu de sa parole divine, tiré du néant toutes les merveilles dont 'nous sommes témoins. 11 y aune différence entre former une chose et la créer. Créer une chose, c'est la faire de rien , tandis que la former suppose une matière préexistante. L'homme peut bien former une chose, mais il ne peut pas la créer, parce que de rien il ne peut rien faire. V\\ ouvrier, par exemple, fait une maison; mais il ne la crée pas, parce qu'il a besoin , pour la construire, de pierres , de chaux , de sable et décent autres choses. De même un sculpteur ne crée pas la statue qu'il fait , parce qu'il a besoin de marbre pour la former. L'homme peut tout au plus donner à la matière diverses formes ; mais sans celte matière il ne peut rien faire. Dieu seul a cette vertu merveilleuse et ce souverain pouvoir de tirer du néant tout ce qu'il veut. Comme par sa parele toute-puissante il donne à la matière la forme qu'il lui plaît, et qu'il tire de celle matière ce qui n'existait pas en elle auparavant , ainsi par cette parole il donne l'être à la matière même ,et fait (pie telle matière qui n'existai! pas commence à exister, et que ce qui n'était rien devienne quelque chose. Considère le ciel , la terre et tout ce qu'ils renferment , disait l'invincible mère des Machabées à son Dis . cl sache que c'est Dieu qui a tiré tout cela du néant. Je sais, mes Frères, que nous ne pouvons que très difficilement comprendre celte vérité , que Dieu a fait de rien touteschoses.il nous semble (pie de rien on ne peut rien faire, instruits par notre expérience qui nous démontre que tous nos eû'orls se réduisent à donner à ce qui
88 vu. INSTRUCTION.
cxislc une nouvelle forme, une nouvelle disposition ; accoutumés à voir que dans le cours ordinaire de la nature une chose qui périt sert à la production d'un autre; ayant constamment
observé et vu les mêmes effets dès notre enfance , nous ne pouvons concevoir comment Dieu a pu faire de rien ce vaste univers. Mais élevons nos réflexions au-dessus de la tcrre,et guidés par la raison, et plus encore par la foi, nous jugerons de la production di Blonde différemment que de celles de l'art et de la nature, et nous avouerons que cette création fut un prodige de la toute-puissance de Dieu qui a tout fait sans dépendre d'aucune cause, et sans employer d'autres moyens que sa volonté suprême.
6. C'est ce que nous enseigne la sainte Ecriture par ces paroles : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. L'ordre même qu'il observa dans la création, si nous le considérons attentivement , nous fait connaître que lui seul est l'auteur de toutes choses, et que dans ses opérations il est indépendant de toute autre cause. Avant de créer le soleil , il voulut créer la lumière , pour nous enlever tout sujet de croire que le soleil est l'auteur de la lumière. Avant que ce même soleil parût dans le monde , il commanda à la terre de produire toutes sortes d'arbres et de plantes , pour nous montrer que le soleil n'est point la cause deces productions admirables. 11 voulut que dans le principe la terre fût informe et stérile, pour nous apprendre qu'elle ne reçut sa fécondité que de lui seul; il voulut enfin qu'elle produisit toutes sortes de fruits avant d'avoir été cultivée par la main de l'homme , ou arrosée parla pluie, comme pour nous dire qu'il est lui seul l'auteur de toute.', choses, que la terre n'est qu'un instrument de sa providence , qu'il peut lout sans la terre et sans l'hommc,ct que ni l'homme, ni la terre ne peuvent rien sans lui. Croyons donc et confessons celte vérité que Moïse nous apprend au commencement de son histoire de la création, et que les saints Apôtres nous ont proposée à croire dans le premier article de leur Symbole , que Dieu est le créateur du ciel et delà terre.
7. Mais pourquoi, me demanderez-vous peut-être, pourquoi Dieu a-t-il voulu distribuer en six jours cette grande œuvre de lacréation ?Ne pouvait-il pas l'exécuter tout entière en un seul instant? Gardez-vous bien de penser, mes Frères, que s'il a agi de la sorte, il l'ait fait par faiblesse ou par impuissance. La faiblesse ni L'impuissance ne peuvent se rencontrer dans celui qui est tout-puissant. 11 pouvait en un seul joui-, cl même en un moment faire lout ce qu'il a l'ail, et il aurait réellement tout
fait en un moment , s'il l'avait voulu. Mais pour des raisons dignes de lui , il lui a plu de distribuer ses œuvres eu plusieurs jours. Laissant de côté les mystères de la gràee, qui nous sont insinués dans ces opérations successives, disons avec lessaints Pères que Dieu en les divisant, a prétendu nous rendre plus attentifs à ces grands miracles de sa toute -puissance , et (pie pour multiplier en nous les sentiments d'admiration et d'amour, il a voulu nous montrer ses ouvrages successivement les uns après les autres. 11 ne sera donc pas hors de propos, après vous avoir parlé en général de l'œuvre admirable delà création , de vous indiquer en particulier les choses qu'il fit dans chacun de ces jours, en suivant l'ordre qu'il observa lui-même.
8. Quelle chose créa-t-il donc le premier jour? Il créa le ciel et la terre : mais la terre était nue et informe , et les ténèbres couvraienlla face de l'abîme; le même jour il fit donc la lumière qui éclaira cette première masse ténébreuse , il sépara la lumière des ténèbres , et forma ainsi le jour et la nuit. Au second jour il fit le firmament auquel il donna le nom dcciel,et il sépara les eaux qui étaient au-dessous du firmament de celles qui étaient au-dessus. Mais comme la terre était encore tout entière sous les eaux qui couvraient sa surface, voilà qu'au troisième jour, à la parole du Seigneur , les eaux se réunissent en un même lieu, et forment la mer ; alors la terre parait au-dessus des eaux, les montagnes s'élèvent, les vallées s'abaissent , les plaines s'étendent au loin , et tout-à-coup paraissent une multitude innombrable d'arbres, de plantes , de fleurs, de fruits différents les uns des autres parle goût, parla couleur , par l'odeur, par leurs propriétés et par leur forme. Le quatrième jour il fil le soleil, la lune, les étoiles, les planètes, et il les plaça dans le firmament.il donna à ces grands corps leur mouvement particulier, et leur prescrivit des règles si constantes, que jamais elles n'ont été inviolées, ni interrompues ; de là la distinction exacte des jours, des saisons et des années. 11 les enrichit d'une lumière éclatante et continuelle , et il les attacha àlavoùtedu ciel pour briller au-dessus de la terre ; et il destina le plus grand des corps lumineux qui est le soleil pour présider au jour, et l'autre moindre, qui est la lune, pour présider à la nuit, \yant ainsi orné les cieu\,et rendu la terre féconde, le cinquième jour il commanda aux eaux de produire des poissons et des oiseaux. Alors la mer se remplit d'une multitude innombrable de poissons de diverses espèces, dont quelques-uns nous étonnent par la masse énorme de leur corps; alors aussi de ces mêmes eaux sortirent pour aller, peupler
l'air un nombre presque infini d'oiseaux dont la beauté et la variété nous enchantent. Ce ne fut pas un moindre spectacle que celui du sixième jour, où Dieu commanda à la terre de produire des animaux vivants,des animaux domestiques, des reptiles, et des bêles sauvages selon leurs différentes espèces. Alors parurent des animaux de tout genre , admirables par leur instinct, de diverses formes, de diverses grandeurs. Mais le chef d'œuvre qu'il voulut faire en ce même jour, et qui fut comme le complément de ses ouvrages, ce fut l'homme, auquel il donna l'empire sur les poissons de la mer , sur les oiseaux du firmament et sur les animaux de la terre.
9. Celte courte et simple narration n'esl-ellepas suffisante pour nous faire connaître , autant que nous en sommes capables, la grandeur de la sagesse et de la puissance de notre Dieu? Avant qu'il parlât, rien n'existait de tout ce que nous voyons, ni de toutes les créatures invisibles à nos yeux, ni le ciel, ni la terre , ni l'air , ni le feu , ni la lumière , ni les étoiles, ni le soleil, ni la lune, ni les plantes, ni les fleurs, ni les poissons, ni les oiseaux, ni les animaux d'aucune espèce; tout était dans le néant. Dieu parle, et à sa parole les cicux et la terre paraissent ; il commande , et les astres commencent à briller et à suivre leur cours d'une manière invariable et sans interruption. Dieu ne fait que vouloir, ot la terre se couvre de verdure, et produit toute espèce de plantes; les poissons nagent clans la mer , les oiseaux volent dans les airs, les animaux peuplent les campagnes elles forêts. En un mot, là où rien n'était, se forme ce théâtre si beau et si magnifique qui enchante nos regards. 0 Dieu infini et souverain, devons-nous donc nous écrier, vous seul qui êtes infiniment puissant et infiniment sage, avez pu opérer des prodiges si grands et si merveilleux. Que toutes vos créatures vous louent et vous glorifient , vous dirai-jc avec le Roi-Prophète (Psal. 148); que du haut du firmament le soleil et la lune, la lumière et les étoiles publient vos grandeurs; que les cieux , que la terre , l'eau et le feu , les montagnes et les collines, que les cèdres du Liban et tous les arbres, que les oiseaux, les poissons et tous les animaux célèbrent à l'envi votre gloire. Ouvrages du Seigneur, j'unis ma voix à celles des trois jeunes Hébreux dans la fournaise, pour vous inviter à bénir, à exalter sur toutes choses le Dieu qui vous a créés. Mais il est inutile d'invite/ les créatures à bénir le Seigneur, jamais elles ne cessent de le faire. Quoique privées de raison, elles observent toujours exactement
les lois qu'il leur a prescrites , et dans leur langage elles nous enseignent à nous-mêmes comment nous (levons le reconnaître, et lui témoigner notre gratitude.
10. Nous sommes en effet plus étroitement obligés (pie toutes les antres créatures à rendre à Dieu nos hommages, puisque toutes elles ont été créées pour notre bien , pour notre utilité. Oui, tout ce que Dieu a fait, le ciel, la terre, l'eau, le feu, l'air, la lumière, les animaux, tout sert à satisfaire les besoins de l'homme. Dieu avait-il besoin de ces créatures? Se contemplant, s'aimant lui-même de tonte éternité, il a toujours été souverainement heureux. 11 est maintenant ce qu'il était avant nous, dit saint Cyrille. Nous ne lui sommes nous-mêmes d'aucune utilité , et il ne perdrait rien de son bonheur, si nous venions à retomber dans notre premier néant avec toutes les autres créatures. Si l'homme travaille, dit saint Augustin, c'est la nécessité qui l'y oblige. 11 bâtit des maisons pour se mettre à couvert des intempéries de l'air; il ensemence la terre, pour en tirer la nourriture nécessaire à sa conservation ; il se fait des habits pour se vêtir; mais ce n'est pas le besoin qui a obligé Dieu à faire ce qu'il a fait. , sa bonté seule a été le motif qui l'a fait agir. 11 est vrai que toutes ces créatures, leurs propriétés et leurs opérations tendent à la gloire - du Créateur qui les a formées; mais il est vrai pareillement qu'elles ont toutes été laites pour nous. Si la terre produit tant de plantes, de fleurs et de fruits; si la semence qu'elle reçoit dans son sein produit d'abondantes moissons, c'est pour l'homme. C'est pour lui encore que l'air est peuplé d'oiseaux, les fleuves et les mers de poissons; que le soleil, la lune et les étoiles brillent jour et nuit, et lancent sur la terre leurs rayons bienfaisants. Bien plus, les anges eux-mêmes, ces pures intelligences, ces princes de la cour céleste, qui environnent le trône de Dieu, ces anges mêmes veillent à notre garde, à notre conservation. Et nous ne serions pas obligés d'une manière particulière à louer, à bénir, à glorifier notre Créateur, et à correspondre à son infinie bonté qui nous a enrichis de si grands bienfaits , en faisant servir toutes ces créatures à sa gloire et à notre salut?
1 1 . Et cependant il y a des hommes si aveugles et si ingrats, qu'ils ne refléchissent jamais un seul instant à des bienfaits si grands et si nombreux. Ils jouissent du beau spectacle que leur présentent lescieux, ils se servent de toutes les productions delà terre; cha pie jour ils font usage du pouvoir que l)icu leur a donné sur les créatures; et comme s'ils étaient
des animaux slupides et privés d'intelligence , jamais ils n'élèvent leurs pensées vers l'auteur de tous ces biens ; jamais il ne leur arrive de rendre à leur Créateur l'amour et la reconnaissance qu'ils lui doivent. Si tant d'infidèles ensevelis dans les ténèbres de l'erreur vivent dans cet oubli et dans cette ingratitude, nous du moins qui sommes éclairés des lumières de la foi , gardons-nous bien de laisser passer , je ne dis pas les jours et les heures , mais même un seul instant , s'il est possible, sans nous rappeler les bienfaits infinis que nous avons reçus de notre Dieu , et sans exciter dans nos cœurs les sentiments de reconnaissance qu'il mérite de notre part à si juste litre. Que notre soin principal soit d'apprécier en toutes choses sabonté, sa miséricorde, son amour, sa libéralité. Si nous nous mettons à table , bénissons notre divin bienfaiteur qui pourvoit d'une manière si admirable à tous nos besoins ; si nous arrivons à la fin de la journée , ou si nous nous éveillons pendant la nuit, bénissons-le de nous avoir donné le jour pour travailler, et la nuit pour réparer nos forces. Enfin rappelions-nous toujours que c'est pour nous , à la vérité , qu'il a eréé le ciel et la terre , l'eau et le feu , les montagnes et les plaines, les animaux et les plantes, et qu'il a voulu que toutes res créatures travaillassent de concert a notre utilité ; mais qu'il nous a imposé en même temps l'obligation de lui rendre pour toutes ces choses le tribut de notre respect^ de uotre reconnaissance et de notre amour.
12. Telle était l'occupation des Saints. La vue, la considération de ces merveilles les portait à louer, à bénir, à glorifier la puissance , la grandeur et la bonté de Dieu. Toutes les créatures par leur beauté étaient comme autant de traits qui leur faisaient connaître les perfections , la bonté infinie du Créateur. Elles étaient comme autant de maîtres qui leur apprenaient à le bénir et à le remercier. Le monde était pour eux comme un grand livre , où ils s'étudiaient à connailrc Dieu et ses bienfaits. Comment , dit un jour un philosophe à saint Antoine, comment pouvez-vous passer votre vie dans cotte solitude sans livres, sans les agréments et les consolations que procure l'étude? Ah! reprit le saint , j'ai un livre infiniment plus grand que tous les vôtres. Mon livre est Pu. Divers et toutes les créatures que j'aperçois. Dans ce livre, mon divin maitres'est dépeint tellement au naturel, que je puis facilement le voir et le connaître. Toutes les créatures sont don:- comme autant de rayons du soleil divin , et il faut être Men au'udé pour oc pas recomrilre le l'ère des lumière»
SL'R LE PREMIER ARTICLE DU SYMBOLE. yi
m milieu de tant de clartés. Toutes les créatures sont autant de voix, qui nous invitent à bénir le Créateur, et il faut être bien sourd pour ne pas entendre ces voix , et bien muet pour ne pas exaller sa grandeur et sa bonté , malgré leurs invitations multipliées. Enfin toutes les créatures sont autant de preuves de la puissance et de la bonté infinie de notre Dieu, et il faut être bien insensé pour ne pas le reconnaître, et bien ingrat pour ne pas l'aimer. Si nous avions soin d'user convenablement de toutes les créatures , par leur moyen nous arriverions un jour à la possession du bien suprême et infini. Mais si nous venons à leur consacrer toutes nos pensées et toutes nos affections , si nous n'en faisons pas l'usage que Dieu en attend de nous, ces créatures, loin de nous conduire au bonheur, seront au contraire la cause de notre réprobation. Qu'elles soient donc pour nous un motif puissant qui nous porte à louer sans cesse leur auteur, à l'aimer, à nous attacher à lui. Tel est le fruit que nous devons retirer de cette croyance que Dieu est le Créateur du ciel et de la terre.
De ta création des Anges, et de l'emploi qu'ils ont reçu de veillera noire garde.
En expliquant dans l'instruction précédente les paroles du Symbole qui nous proposent à croire notre Dieu créateur du ciel et de la terre, nous avons parlé de la création de l'univers, et nous avons vu combien cette œuvre merveilleuse est capable de porter notre esprit à la contemplation de la grandeur, de la sagesse et de la puissance du Créateur, combien elle est propre à ranimer notre amour et notre reconnaissance envers lui, et à nous exciter à le bénir et à lui rendre mille actions de grâces pour tant de bienfaits. Ne croyez pas toutefois, mes Frères, que ce qui a été dit ne doive s'entendre que de ce monde matériel et visible, comme si Dieu n'avait fait autre chose que cette terre que nous foulons aux pieds, et ce ciel qui frappe nos regards. 11 est un autre monde spirituel et invisible , un monde d'esprits et d'intelligences, qui n'a rien de sensible et de corporel. Ces esprits sont les Anges que Dieu créa au commencement, comme toutes les autres choses , et qui sont la partie la plus noble et la plus excellente de ses grands et magnifiques ouvrages. Us sont invisibles aux yeux de notre corps, et la raison seule ne peut
nous démontrer leur existence. Mais la sainte Ecriture qui est la parole de Dieu même, la tradition , les conciles,la religion tout entière ne nous laissent aucun doute à cet égard. Nous nous occuperons aujourd'hui des choses qu'il nous est le plus nécessaire de savoir sur ce sujet , c'est-à-dire , de l'existence de ces esprits, de leur naturelle leur nomhre,de leurs perfections, du péché des mauvais anges, de la haine qu'ils ont conçue contre nous, de la manière dont ils s'acharnent à notre perte ; enfin, de l'amour , de l'affection que nous portent les bons Anges, et de la sollicitude avec laquelle ils travaillent à procurer notre bien et notre salut. Ce sont là tout autant de choses bien relevées pour nous; mais la foi nous aidera à les connaître. Ce sont tout autant de choses, qui au premier abord nous paraissent de peu d'importance , et dont la connaissance sera néanmoins pour nous d'un grand avantage , d'une grande utilité.
1. Il est assez étonnant que Moïse n'ait fait aucune mention des Anges dans la description, si exacte d'ailleurs, qu'il nous a laissée de la création du monde. 11 nous représente distinctement et avecïeplus grand soin, l'ordre et la manière dont furent formés leciel,la terre et toutes les choses matérielles et visibles, et il ne parle nullement de la création des substances spirituelles et invisibles. Mais il faut remarquer que Moïse, en écrivant son histoire, a dû s'accommoder à la capacité et au caractère de la nation pour laquelle il écrivait. 11 le faisait pour un peuple charnel et grossier, sur lequel les choses matérielles et sensibles étaient beaucoup plus propres à faire impression, que les choses spirituelles qui ne peuvent tombe ? sous les sens. Voulant donc faire concevoir ace peuple une idée grande et sublime de la puissance infinie de Dieu, pour le porter à le craindre et à le respecter, il se contente de dire que Dieu créa au commencement le ciel et la terre , comprenant sous le nom général de ciel toutes les créatures spirituelles et célestes qui l'habitent, et il s'occupe uniquement à décrire avec exactitude la formation des êtres corporels et sensibles. Du reste nous ne pouvons pas douter que Moïse n'ait connu l'existence des \ngcs ; car s'il ne décrit pas d'une manière expresse leur création, il parlesouvent de ces esprits célestes dans le cours de son histoire (Gen. 16. 7). 11 raconte qu'un Ange fut le conseiller et le consolateur d'Agar (ib. 19. 13): que ce fut par les mains des Anges que L'infâme Sodome fut détruite, et que Loth fut délivré des llummcs qui dévorèrent celle ville criminelle .'ib. 18.
2) ; que trois Anges apparurent à Abraham sous la forme de voyageurs, ctqu'undeux retint le bras de ce patriarche,comme ilétailsurle point d'immoler son (ils Isaac (ib. 22. llj.U nous Représente des Anges qui montent et qui descendent par l'échelle mystérieuse que vit Jacob dans un songe (ib.28.18) ; des Anges qui le fortifient et l'encouragent au moment où il doit se présenter devant Esaù; un Ange qui lutte avec lui (ib. 31. 1. et 24); il nous parle d'un ange (fui accompagne constamment le peuple de Dieu dans le désert (Exod. 13.23) ; d'un Ange qui change en bénédictions les malédictions dont Balaam voulait accabler le peuple de Dieu(Num. 22.22).
2. Celte vérité de l'existence des Ailles, de laquelle Moïse donne tant de témoignages, est encore confirmée par une infinité de passages tant de l'ancien que du nouveau Testament; C'est un Ange qui reproche son infidélité au peuple d'Israël (Jud. 3. 1): un Ange apparaît à Gédéon et l'exhorte à délivrer les Hébreux de l'oppression des Madianiles (ib. 6. 13); un Ange prédit à Manué et à son épouse, quoique stérile, la naissance de Samson (ib. 13. 3 ; un Ange fait périr dans une seule nuit cent quatre-vingt-cinq mille Assyriens , et tire Jérusalem de la détresse où l'avait plongée Sennachérib (4. Rcg. 49. 35); un Ange apparaît à Tobie, et le comble de bienfaits (Tobiœ per totum). Et dans les livres des Prophètes, combien de fois n'est-il pas fait mention des Anges? Les Hébreux étaient tellement persuadés de leur existence, que cette femme qui , par ordre de Joab, se rendit auprès du roi David pour lui parler en faveur d'Absalom, dit à ce prince : Vous êtes sage comme un ange de Dieu , et capable de comprendre toutes choses (2. Rcg.14. 20). Le nouveau Testament ne fournit pas des preuves moins convaincantes ni moins nombreuses de cette vérité. Nous y lisons qu'un Ange prédit à Zacharie que son épouse Elisabeth lui donnerait un fils dont la naissance serait la consolation des justes qui attendaient le Messie Luc. 1. 13). Un Ange annonce à Marie qu'elle deviendra mère sans cesser d'être vierge (ib. v. 2G). Un Ange apparail à saint Joseph pourle consoler et le rassurer sur l'état de son épouse. (Matlh.i. 20). Un ange vient fortifier Jésus dans son agonie au jardin des Oliviers (Luc. 22. 43). Un Ange parait sur son tombeau, enlève la pierre qui le couvre, remplit d'épouvante les soldats qui le gardent, et rassure les femmes pieuses,en leur disant que leur maître est ressuscité (Matth.28. 2). Un Ange brise les chaînes de saint Pierre ,et le délivre de la fureur d'Hérode (Act. 12. 7). Jésus-Christ lui-même nous a appris de
sa propre bouche cette vérité de l'existence des anges,el lorsqu'il dit qu'à la fin du monde les Anges, seront envoyés pour séparer les méchants du milieu des élus (Matlh. 13. 41) , et lorsqu'il lit entendre à ses disciples que les Anges gardiens des enfants qu'ils semblaient mépriser voyaient sans cesse la face de son Père céleste dans le ciel (ib. 18.10), et lorsqu'il répondit aux Saducéens qu'après la résurrection,les hommes seront semblables aux Anges du ciel (ib. 22. 30), et lorsqu'il protesta qu'il aurait pu obtenir de son Père plus de douze lésions d'anges pour sa défense (ib. 26. 53).
3. Ils existent donc, oui, ils existent ces esprits célestes, quoique nous ne puissions pas les voir ; et les divines Ecritures sont sur ce point si claires et si uniformes, qu'elles ne nous laissent aucun lieu d'en douter. Or ces mêmes Ecritures nous apprennent que ces substances spirituelles dépendent de Dieu , qu'il se sert de leur ministère pour manifester aux hommes ses secrets, qu'il les envoie tantôt pour combler les bous de ses bienfaits, et tantôt pour punir les méchants; qu'ils obéissent à sa voix avec la promptitude de l'éclair, et qu'ils sont toujours les exécuteurs fidèles de ses ordres divins. Ils sont donc soumis à Dieu, aussi bien que toutes les autres créatures, et par conséquent ils n'ont point reçu l'être d'eux-mêmes , ni d'un principe autre que ce Dieu qui a donné l'existence à tout ce qui est; et quand les livres saints nous disent que c'est lui qui a fait toutes choses , on doit l'entendre des créatures spirituelles comme des êtres matériels. Aussi dans le Symbole de Constantinople que l'on récite à la sainte messe, à ces paroles : Je crois en un seul Dieu le Père tout-puissayit créateur du ciel et delà terre, a-t-on ajouté: El de toutes les choses visibles et invisibles ; et SOUS le nom de choses invisibles l'Eglise a voulu désigner les Anges. Celle vérité a été plus clairement expliquée et établie par un concile de Latran , dans le chapitre Finniter, où il est dit que l'on doit croire fermement qu'il n'y a qu'un seul vrai Dieu, principe de tout, créateur des choses visibles et invisibles, spirituelles et corporelles, qui par sa vertu toute-puissante a tiré du néant l'une et l'autre créature, c'est-à-dire la créature angélique et la créature matérielle , et de plus la créature humaine, qui est composée d'un esprit et d'un corps.
4. Pour ce qui est du jour ou du moment de leur création, nous ne le connaissons pas, et les saintes Ecritures ne nous en disent rien. Il en est qui pensent que Dieu les créa au premier instant , lorsqu'il tira du néant le ciel et la terre ,
sur ik rnEwnn article du symbole. 07
et ils opportent pour raison que le texte sacré ajoute que la terre était vuide et informe, mais qu'il ne dit pas de mémo du ciel, ce qui semble supposer que le ciel fut dés le principe, rempli et orné de ces substances spirituelles. L'opinion de saint Augustin était qu'ils furent créés lorsque Dieu dit : Que la lumière soit faite , et que la lumière matérielle était le Symbole des esprits angéliques qui brillent d'une manière si admirable dans le ciel. Quoi qu'il en soit, il nous suffit de savoir et de croire que les Anges furent créés de Dieu au commencement du monde, comme toutes les autres choses. Ne vous figurez pas néanmoins qu'il y ail en eux une matière et une forme sensible comme dans les êtres corporels, ou comme dans nous-mêmes qui sommes composés d'un corps et d'une âme. Les An;Tcs n'ont rien de corporel, rien de matériel; et si plusieurs fois ils ont apparu sous une forme humaine à Abraham, à Jacob, à Lotb, àTobie, aux Apôtres et à tant d'autres personnages, ce n'était là que des corps empruntés, pour ainsi dire , afin de se rendre sensibles aux yeux des hommes. Du reste ils n'ont point de corps; ce sont des substances spirituelles dégagées de toute matière ; ce sont de purs esprits, doués comme nous d'intelligence, de volonté et de liberté, mais d'une intelligence plus éclairée, d'une volonté plus puissante, d'une liberté plus parfaite. Ils sont par-là mémo exempts de toutes ces vicissitudes , de tous ces changement» auxquels sont sujettes les choses matérielles, et auxquels nous sommes sujets nous-mêmes à raison de notre corps. Ils ne connaissent point par leur propre expérience ce que c'est que la maladie ; ils n'éprouvent ni la chaleur ni le froid ; ils ne ressentent ni la faim ni la soif. Us ne croissent point, ils ne diminuent point, ils n'ont point à redouter la mort. Us n'ont pas besoin de sommeil pour se reposer, ni d'aliments pour vivre, parce qu'étant de purs esprits, ils ne sont point de leur nature sujets à tous ces besoins , ni à la mort.
5. Telle est la condition des Anges. Quant à leur nombre, nous ne le connaissons pas précisément , mais nous pouvons dire, sans crainte de nous tromper, qu'il est incalculable, ainsi que nous l'apprend le saint homme Job : Numquid est mtmcrvs militum ejus (cap. 25. 3)? Le prophète Daniel assure en avoir vu des millions de millions autour du trône de Dieu : MiUia viillium mmistrabant ei, et decies millics centena millia assis~ tebani ci (cap. 7. 10). Saint Jean nous dit la même chose dans son Apocalypse (cap. 5. 11). Saint Ambroisc et plusieurs autres Pères de l'Eglise expliquant la parabole du bon Pas-
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teur qui laissa les quatre-vingt-dix-neuf brebis qu'il avait clans le désert, pour courir après la seule qui s'était perdue, disent que cette brebis est le genre humain, et que les quatrevingt-dix-neuf sont les Anges du ciel; d'où quelques-uns confluent que le nombre des hommes n'est que la centième partie de celui des Anges, et que les Anges sont cent fois plus nombreux que tous les hommes qui ont existé jusqu'à ce jour, et qui existeront jusqu'à latin du monde. Saint Bernadin de Sienne pense avec beaucoup d'autres que chacun des neufs chœurs des Anges est dix fois supérieur en nombre au chœur qui lui est immédiatement inférieur, de sorte que pour un Ange qui existe il y a dix Archanges, et ainsi à proportion en remontant jusqu'au chœur le plus élevé. Or, si nous croyons ce que nous dit sainte Brigite, le nombre des Anges du dernier ordre est si grand , que Dieu pourrait en donner dix pour veiller à la garde de chacun des hommes qui ont existé et qui existeront jusqu'à la fin des siècles. Combien les autres chœurs ne seront-ils donc pas plus nombreux? Et qui pourra compter, ou même concevoir le nombre de tous ces esprits célestes? Ne soyons donc point surpris si le même saint Bernardin est allé jusqu'à dire que les Anges surpassent en nombre les étoiles du firmament, les grains de sable qui se trouvent sur les bords de la mer, les feuilles des arbres, les plantes delà terre, et toute autre chose créée. Mais quoiqu'il en soit de ces opinions, je vous dirai avec saint Bonaventure, que le nombre des Anges est pour nous incalculable, et qu'il n'y a que Dieu qui les a créés qui puisse le connaître : Numerus Angelorum est nobis innumerabilis , quamvis Dco sit numerabilis. Cela suffit pour nous faire concevoir une idée sublime de la puissance infinie de notre Dieu , lequel sans autre moyen qu'une parole, c'est-à-dire un acte simple de sa volonté, a créé un nombre si prodigieux d'esprits angéliques. 6. Ces innombrables esprits célestes sont divisés en plusieurs ordres, lesquels sont désignés sous divers noms, comme on le voit clairement d'après ce que nous enseigne ! les Prophètes, l'apôtre saint Paul et les saints Pères. La foi ne nous dit point quel est le nombre de ces ordres, et quelle esl la différence qui existe entre eux, et saint Augustin avoue qu'il l'ignore Lui-même. C'est néanmoins un sentiment généralement reçu qu'il y a parmi les Anges trois hiérarchies et neuf chœurs, et ce sentiment est appuyé sur l'autorité de saint Denis, de saint Crégoire-le-Grand, de saint Maxime, de saint Isidore, de saint Bernard et de saiut Thomas. Chaque hiérar-
SUR LE f RE MtER ARTICLE DU SYMBOLE. 00
chie est composée de trois chœurs. La première contient les chœurs des Anges, des Archanges et des Principautés ; la seconde, les Puissances , les Vertus, et les Dominations ; la troisième et la plus sublime , les Trônes, les Chérubins et les Séraphins. Les Séraphins sont ainsi appelés à cause de leur brûlante charité; les Chérubins, à cause de leur sublime science; les Trônes, à cause de leur élévation, et parce que le Très-Haut réside en eux d'une manière toute spéciale ; les Dominations, à cause de leur merveilleuse puissance, et parce que les ordres inférieurs leur sont soumis; les Yertus,à cause de leur force et de leur fermeté, et parce que c'est ordinairement par leur moyen que s'opèrent les miracles et les choses les plus étonnantes. Les Puissances sont ainsi nommées, parce que c'est à elles que les démons sont spécialement assujettis, et que par leur pouvoir ils sont tenus enchaînés, en sorte qu'ils ne peuvent pas faire aux hommes tout le mal qu'ils désireraient leur faire; les Principautés, parce qu'elles président aux ordres inférieurs. On appelle ensuite Archanges ceux qui, rendus participants des secrets divins, sont envoyés de Dieu pour annoncer les grandes choses, et Anges ceux qui annoncent les choses moins importantes. C'est en ces neufs chœors qu'est distribuée cette immense multitude d'esprits célestes.
7. Mais que dirai-je de ces qualités rares, et de ces perfections sublimes dont ils furent enrichis dans la création? Us furent doués d'une science éminente, par le moyen de laquelle ils pénètrent les secrets les plus cachés de la nature, quoique cependant ils ne puissent pas sonder le cœur des hommes, ni découvrir leurs pensées secrètes dont la connaissance est réservée à Dieu seul. Ils ont en outre une grande force et une merveilleuse puissance; aussi sont-ils souvent appelés dans les livres saints la force et les armées du Seigneur. De plus, ils sont si agiles et si prompts , qu'ils se transportent en un instant, cl d'une manière que nous ne pouvons concevoir, d'un lieu dans un autre, et qu'ils font en personne ce que nous (lisons par la pensée, ce qui a fait dire à Tertullien (in Apoe. cap. 22), que l'univers entier n'est pour eux qu'un seul et même lieu : Talus orb'is Mis locus mus. Ce n'est pas seulement par ces qualités naturelles que le Seigneur a voulu les distinguer de ses autres créatures , il les a encore comblés de sa grâce, de ses dons surnaturels. Us furent tous ornés de la grâce au même instant qu'ils furent créés, comme nous l'enseigne saint Augustin : Simul eis condens naturam* et claru>ens
100 Ali. INSTRUCTION
gratiam (3b. 12. de Civit. Dei, cap. 9). Dieu leur donna Ta bonne volonté, c'est-à-dire, un amour chaste , ajoute le même saint Père, par le moyen duquel ils pussent toujours lui rester unis ; et il les combla de tant de dons et de si rares prérogatives , que plusieurs Pères de l'Eglise et presque tous s'accordent à dire que c'est de Lucifer que l'on doit entendre ce passage d'Ézéchiel (cap. 28. 12), où il énumère et où il exalte les grandes qualités du roi de Tyr. En un mot, Dieu les créa très parfaits et dans l'ordre de la nature, et dans celui de la grâce.
8. Mais ils ne surent pas tous conserver ces dons précieux, et persévérer dans cette innocence qu'ils avaient reçue en partage au moment de leur création. Dieu, les ayant faits pour le bonheur, voulut qu'ils le méritassent par leurs bonnes œuvres. L'état dans lequel ils furent créés fut, comme le nôtre, un état passager où ils pouvaient mériter ou perdre l'éternelle félicité. Dieu leur fil connaître la fin pour laquelle il leur avait donné l'être, et l'obligation où ils étaient d'obéir à leur créateur, de le servir et de l'aimer. Mais Lucifer et ses adhérents pleins d'une vaine complaisance pour eux-mêmes , au lieu de témoigner leur reconnaissance à ce Dieu qui les avait enrichis de tant de grâces et de si beaux privilèges, cl de lui rendre les hommages qu'ils lui devaient, se laissèrent emporter à un fol orgueil , au point de vouloir s'élever jusqu'au trône du Très-Haut , et devenir semblables à lui. Ne pouvant souffrir aucune sujétion, désirant dominer sur tout, ils abusèrent de leur libre arbitre, en refusant d'obéir à Dieu , et ils eurent la témérité de se révolter contre lui. Ce fut alors, selon la pensée de saint Augustin, que Dieu fit la grande division entre la lumière et les ténèbres. Alors cutlieu dans le ciel ce grand combat que décrit saint Jean dans son Apocalypse (cap. 12. 7). Saint Michel, prince de la milice céleste, combattait avec les anges qui se conservèrent fidèles à Dieu, contre le Dragon et ceux de son parti , et ceux-ci combattaient contre les premiers. Mais qui peut prévaloir contre Dieu? Quis ui Deus'ï Telle fui l'arme puissante avec laquelle saint Michel, soutenu par la force du Tout-Puissant, remporta la victoire sur Lucifer, qui à ce moment tomba du ciel comme la foudre, et entraîna dans sa chute la troisième partie des Anges qu'il avait attirés avec lui dans sa rébellion. Alors de ce grand nombre d'esprits célestes que Dieu avait créés pour les rendre éternellement heureux, se formèrent deux partis opposés. Tua des bous Auges qui, en récompense de leur fidélité, furent
pour toujours élevés à la gloire ; l'autre des mauvais Ange:qui, en punition de leur apostasie, furent condamnés à l'eufei pour l'éternité.
9. Tel fut le sort des Anges. Autant celui des bons fut heureux, autant celui des mauvais fut déplorable. Comme la sainteté des premiers n'a jamais été ternie par la moindre tache, ainsi ils seront bienheureux sans interruption et sans fin. Mais les autres , qui ont manqué de fidélité , se sont perdus misérablement ; leur perte est irréparable , et leur chute n'a servi qu'à les confirmer dans leur malice. Une pensée d'orgueil les a soulevés contre Dieu , et Dieu a puni leur orgueil sans miséricorde; et comme leur cœur est resté endurci dans le mal, ainsi leur infortune est restée sans remède. Nous pouvons conclure de là en premier lieu combien l'orgueil est un grand mal, combien c'est un péché grave de tirer vanité de sa propre excellence, d'attribuer à ses propres forces ce qui est un don de Dieu, et de trop présumer de soimême. Et cependant combien qui se font un objet de vanité des dons mêmes qu'ils ont reçus de Dieu; combien qui présument de leurs talents et de leurs mérites, et qui prennent motifs de s'enorgueillir des qualités dont ils ont été enrichis graluitementpar la libéralité divine ! Ah ! qu'ils craignent que ce Dieu qui résiste aux présomptueux et aux superbes, ne fasse bientôt tomber sur eux ce châtiment terrible dont il punit les Anges rebelles. Nous pouvons conclure en second lieu combien Dieu est opposé au péché, et avec quel soin nous devons l'éviter. Pour un seul péché, Dieu foudroya la troisième partie des Anges, qui sont des créatures si excellentes et bien supérieures à l'homme, et il les foudroya sans leur donner ni le temps de se repentir, ni les moyens de réparer leur disgrâce. Que sera-ce de vous, cendre et poussière, qui buvez l'iniquité comme l'eau, et qui après avoir tant de fois offensé grièvement la majesté divine, ne voulez pas encore cesser de l'outrager? Comment ne craignez-vous pas que cette miséricorde dont vous abusez, ne vous abandonne, et que la justice divine ne vous foudroie, sans vous laisser le temps de vous repentir et de vous corriger? Mais revenons à notre sujet.
10. Autant le sort des mauvais Anges fut différent de celui des bons,autanlles occupations des uns et des autres diffèrent pareillement entre elles. Toute celle des bons Anges est de servir Dieu , et de travailler à procurer notre salut ; tandis qu'au contraire celle des démons est de continuer à faire la guerre à Dieu, et de chercher la ruiue du genre humain. Ils
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emploient tous les moyens possibles pour diminuer le nombre i]ç* adorateurs de Dieu, et pour lui ravir l'honneur etle culto qui lui sont dus. Et pendant combien de siècles n'ont-ils pas Éèduil le monde, au point de se faire adorer des hommes dans les idoles? Et aujourd'hui encore ne font-ils pas tous leurs efforts pour se maintenir dans ce poste usurpé, en trompant un grand nombre d'insensés, qui par leurs superstitions diaboliques et par leurs vaines observances les honorent et les consultent? Quant à ceux qu'ils ne peuvent faire tomber dans une si grande impiété, ils tentent au moins par leurs suggestions par leurs illusions et leurs enchantements de les faire participer à leur rébellion, en les rendant ennemis de Dieu et esclaves du péché. Us brûlent d'envie et de rage en voyant que les hommes, qui observent la loi de Dieu, sont destinés à occuper dans le ciel la place dont ils ont été chassés par suite de leur orgueil et de leur révolte. Aussi qui pourrait dire de combien de moyens ils se servent et combien de stratagèmes ils inventent pour venir à bout de nous séparer de Dieu et de nous entraîner dans l'enfer ? Pour nous nuire et pour nous tenter, ils emploient tantôt la fureur du lion, tantôt l'astuce et la malignité du serpent; tantôt ils essayent de nous atterrer par la crainte et par les menaces, tantôt ils cherchent à nous attirer par des promesses. Us attaquent ouvertement ceux qu'ils voient les plus lâches et les plus négligents ; et ceux qui sont plus vigilants et qui se tiennent mieux en garde contre leurs ruses, ils s'étudient à les séduire et à les tromper , en cachant leurs embûches sous les apparences du bien. En un mot , ils tournent sans cesse autour de nous, dit l'apôtre saint Pierre, comme des lions rugissants, pour nous dévorer.
11. Mais autant ces esprits rebelles s'acharnent à notre perte , afin de ravir à Dieu des adorateurs , autant les saints Anges s'intéressent à notre salut et à la gloire de ce même Dieu. Leur occupation continuelle est de l'aimer, de le louer, de le bénir, de le servir avec fidélité ! Ah ! s'il nous était donné de nous élever jusqu'au trône de la Divinité , et d'apercevoir le Dieu des armées dans sa gloire, nous y verrions aussi un nombre infini d'Anges prosternés devant son infinie majesté. Nous y verrions les Séraphins , comme les vil lsaïe, se voiler la face de deux de leurs ailes, en signe de respect et de vénération ; se couvrir les pieds de deux autres , pour exprimer leur soumission , et voler enfin avec deux autres pour marquer leur promptitude à exécuter les ordres divins; uous lec entendrions chanter sans cesse avec une joie hjefJa-
ble ce céleste cantique : Saint, Saint , Saint , est le Dieu toutpuissant. Quoique toujours occupés à contempler, à aimer, à glorifier Dieu, néanmoins ils ne perdent pas de vue notre bonheur. Comme la chose qu'ils ont le plus à creur,est de voir s'augmenter le nombre des serviteurs de Dieu, ils emploient tous les moyens qui sont à leur pouvoir pour procurer notre salut; ils mettent tout en œuvre pour nous faire observer fidèlement sur cette terre la loi divine , afin qu'an jour nous soyons leurs concitoyens dans le ciel, et que nous puissions avec eux chanter les louanges du Seigneur pendant l'éternité. Ils nous attendent tous dans celte pairie de bonheur; et pour nous faire arriver à ce port fortuné, ils nous assistent, nous consolent, nous fortifient dans notre exil, et intercèdent à chaque instant pour nous auprès de Dieu. Ceux-là surtout qui sont spécialement destinés à notre garde, avec quelle fidélité, avecquelle attention ne s'acquittent-ils pas de leur bienfaisant ministère ? Avec quel amour ils veillent sur nous, nous aident et nous proté genl ! Continuellement occupés à nous détourner du mal et à nous porter au bien, suggérant à notre esprit toutes sortes de bonnes pensées ,de saintes résolutions , inspirant à notre cœur une infinité de tendres affections, de pieux sentiments , ils nous défendent contre les tentations , nous assistent dans les dangers, nous consolent dans nos disgrâces, et sans jamais se rebuter, ils sont , pour ainsi dire, toujours en mouvement, tantôt montant vers le trùne de Dieu pour lui I résenter nos besoins et nos prières, et tantôt descendant sur la terre pour nous dispenser les faveurs qu'ils nous ont obtenues. Cette occupation des saints Anges nous est représentée par cette échelle mystérieuse que vit le patriarche Jacob (Gen. 28. 12). Elle était appuyée sur la terre , et allait jusqu'au ciel. Au haut de cette échelle était Dieu; et les Anges montaient et descendaient continuellement par les degrés qui, comme le dit un ancien Père de l'Eglise (Alcimusavitus.Frag. G. inEpist.ad Philipp.), sont la ligure des prières des hommes. Les Anges montent quand ils offrent nos vœux au Seigneur; ils descendent lorsqu'ils nous distribuent les grâces qu'ils nous ont obtenues.
12. Qui de nous maintenant ne serait pas rempli d'un saint courage, pénétré d'un profond respect, animé des sentiments d'une vive reconnaissance ? Oui , nous devons être pleins d'un saint courage pour combattre contre le démon, sachant que nous ne combattons pas seuls, mais qu'un Ange est toujours à nos côtés pour combattre avec nous cl pour nous. Si
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notre adversaire est fort et rusé , notre bon Ange qui nous défend , sera plus sage et plus fort que lui. Qu'avons-nous à craindre sous la protection d'un défenseur si fidèle et si puissant? Écoutons ses conseils, conformons y notre conduite, et nous sommes assurés de la victoire. Nous devons en second lieu respecter notre bon Ange. 11 est un de ces esprits bienheureux, un de ces princes de la cour céleste, qui envirounent le trône de Dieu. Nous savons qu'en tout temps et en tout lieu il est avec nous, et que jamais il ne nous abandonne. Comment aurions-nous la hardiesse et la témérité de faire, en présence d'un si noble personnage , ce que nous ne voudrions pas faire sous les yeux d'un homme? Comment n'éviterionsnous pas avec le plus grand soin tout ce qui serait capable de lui déplaire et de le contrister? Enfin nous (levons être animés des sentiments de la plus vive reconnaissance envers Dieu. Que sommes-nous, mes Frères, sinon cendre et poussière? Et cependant le Seigneur non content d'avoir créé le ciel et la terre et tous les êtres pour notre utilité , pour notre avantage , a voulu encore destiner à chacun de nous un Ange pour nous garder, pour nous protéger, le changeant de ^ veiller sans cesse à notre défense, de demeurer toujours avec nous, de n'avoir pour ainsi dire, d'autre soin, d'autre pensée, que celle de travailler à notre bonheur. O bonté infinie de notre Dieu ! Si un roi de la terre recommandait la personne d'un pauvre esclave à un des princes de sa cour , et lui ordonnait d'en avoir tout le soin possible , qui ne serait pas frappé d'étonnement à la vue de tant d'amour et d'une si grande sollicitude? La foi nous enseigne que c'est ainsi que Dieu agit à notre égard , nous donnant pour gardien un des princes de la cour céleste. Quelle ne doit donc pas être notre reconnaissance ? Et de quelle détestable et monstrueuse ingratitude ne nous rendrions-nous pas coupables, si nous De nous mettions nullement en peine de remercier , de bénir, d'aimer ce Dieu si bienfaisant et si plein de tendresse envers nous? Quelle injure, quel outrage ne ferions-nous pas à un. Père aussi plein de bonté , si , méprisant ce bienfait signalé nous venions à faire une ligue avec le démon? Ne soyons pas si ingrats envers notre Dieu. N'imitons pas la malice et la témérité des Anges rebelles , afin de ne pas partager un jour leur châtiment. Imitons plutôt la fidélité des saints Anges; écoutons les salutaires conseils de nos charitables gardiens, et nous serons un jour participants de leur récompense et de leur gloire dans le ciel.
Oc la création de l'homme et de sa fin,
Toute la science de la religion et de la foi , selon la pensée de saint Augustin (lib. 2 de Pecc. Orig. cap. 24.) , se réduit à connaître deux hommes : l'un par lequel nous sommes devenus esclaves du péché, qui est Adam; l'autre qui nous a délivrés de cette servitude, et qui est lésas-Christ. Après avoir donc expliqué ce qui concerne la création du ciel, de la terre et de tous les êtres qu'ils renferment ; après avoir exposé ce qu'un chrétien doit savoir sur la création des Anges , sur leur nature , leur nombre et leurs perfections, sur le péché des mauvais Anges et sur la haine furieuse qu'ils ont contre nous, sur l'état fortuné des bons Anges et sur la sollicitude avec laquelle ils veillent sur nous; il est juste que nous parlions maintenant de la création de l'homme en qui bril! :nt d'une manière si admirable la gloire, la sagesse et la bonté de Dieu , et qui a été formé après toutes les autres créatures , comme étant celle qui devait couronner l'œuvre de la création, et être la fin et le complément de toutes les merveilles étonnantes sorties des mains du Tout-Puissant. Quoi de plus important pour nous , en effet , que de connaître notre origine, notre nature et notre état, puisque cette connaissance est de toute nécessite pour pouvoir connaître aussi la tin pour laquelle nous avons été créés, et les moyens par lesquels nous pourrons arriver à cette fin? Quoi de plus nécessaire pour nous que la connaissance de la création du premier homme , de l'état bienheureux dans lequel il a été d'abord placé , et du malheur qu'il a eu d'en déchoir par sa faute? Si , en effet, nous ne connaissons pas notre mal , comment pourrons-nous nous persuader que nous avons besoin de médecin et de remèdes , c'est-à-dire de Jésus-Christ et de sa sainte grâce ? Telles sont les vérités dont je me propose maintenant de vous entretenir ; mais comme le sujet est très étendu, je me bornerai aujourd'hui à vous parler de l'excellence de l'homme , et de la fin sublime à laquelle il a été destiné , réservant pour l'instruction suivaute ce qui regarde son état d'innocence et sa chute fi: îeste.
1 . Si de l'habileté et de la noblesse de l'artiste , on peut, jusqu'à un certain point, juger de l'excellence et du prix de
l'ouvrage , il faut avouer que l'homme est quelque chose dd bien grand , puisqu'il a été immédiatement formé des mains de Dieu même. 11 est vrai que cette gloire d'avoir Dieu pour auteur est commune aussi à toutes les autres créatures; l'homme néanmoins peut se glorifier d'avoir été formé de Dieu d'une manière particulière et toute privilégiée; cardan» la création des autres êtres , le Tout-Puissant n'employa qu'une seule parole, une simple expression de sa volonté; un fiât suffit pour tirer du néant le ciel, les étoiles, le soleil, les planètes, la terre , les arbres , les plantes et les animaux. Mais s'agit-iî de créer l'homme, Dieu n'agit plus par voie d'autorité, mais par voie de délibération. La Trinité sainte met la main à l'œuvre, s'il est permis de s'exprimer ainsi, avec une application toute particulière. L'auguste sénat des personnes divines , dit saint Augustin, se réunit, délibère et conclut en disant: faisons l'homme. Pour le créer, le Père éternel emploie sa puissance , le Fils , sa sagesse , et le Saint- Esprit, son amour. Ces trois personnes adorables en prennent le modèle sur elles-mêmes, et l'homme va être formé à l'image de Dieu et à sa ressemblance: Faeiamus hominem ad imaginent et siinilitudinem nostram. En outre tant d'autres Choses si variées, si belles et si admirables que nous voyons sur cette terre , ne furent pas produites par Dieu d'une manière immédiate. Quand il voulut former les plantes et les arbres , il commanda à la terre de les produire , et aussitôt les arbres et les plantes sortirent de la terre. Quand il voulut donner l'existence aux oiseaux et aux poissons , il ordonna aux eaux de les produire , et à l'instant même l'eau les produisit (Gen. 1). Les animaux domestiques et les bètes sauvages selon leurs différentes espèces furent pareillement produites parla terre , en vertu de l'ordre qu'elle reçut du Tout- JTiissant. Mais lorsque Dieu en vint à la formation de l'homme, il ne donna pas l'ordre de le produire à l'air , à la terre ou à l'eau; mais il le forma de sa propre main du limon de la terre. Formavit Dominas Deus hominem de limo terrœ (Gen. 2. 7)* lui-même voulut l'animer d'un souffle de vie, en lui donnan one âme vivante et raisonnable: Et spiravit in eom spiracuhtm vilœ.
2. 11 était bien convenable, en effet, que l'homme fût distingué de tous les autres êtres, même dans sa création, lui qui seul devait être comme un petit monde à part , et renfermer en lui-même jusqu'à un certain point les perfections de toutes les créatures. 11 a l'être de commun avec les métaux*
dit le Pape saint Grégoire; la mc lui est commune avec les plantes et les animaux , et l'intelligence et la raison lui sont communes avec les Anges. Il existe comme toutes les autres choses ; il croit , il se nourrit , comme se nourrissent et croissent les arbres, les plantes et les fleurs: il se meut, il sent et reçoit les impressions des objets qui l'environnent , comme tous les êtres vivants se meuvent, ressentent et reçoivent des impressions. Si les Anges sont doués d'entendement , s'ils peuvent par la pensée s'élever au-dessus des choses matériel» les , l'homme pareillement a reça une intelligence, et il peut étendre ses connaissances jusqu'aux choses spirituelles. En un mot, l'homme peut s'appeler avec vérité l'abrégé des merveilles de la création. Tous ces grands ouvrages étaient divisés en deux classes différentes: ils étaient ou spirituels et invisibles, comme les anges, ou corporels et visibles, comme le ciel, la terre, les animaux et les plantes. Ces choses formaient comme deux mondes divers, dont l'un n'avait aucune ressemblance , aucun rapport avec l'autre. Les substances spirituelles n'avaient aucune relation avec les substances corporelles, et celles-ci n'en avaient aucune avec les premières, n'étant point susceptibles d'intelligence et de liberté. Dieu forma donc l'homme , et réunit en lui d'une manière admirable t'es deux substances si opposées. Ainsi de toutes les créatures, l'homme seul est spirituel et corporel. 11 est spirituel, puisqu'il a une âme qui est un pur esprit , doué d'intelligence et de liberté, prérogatives qui ne peuvent appartenir qu'aux esprits. 11 est corporel , puisqu'il a un corps semblable aux autres corps, et orné des mêmes qualités. Celte seule pensée que Dieu a voulu communiquer à l'homme les perfections de toutes ses autres créatures ne suflil-elle pas pour nous faire comprendre combien ce même homme est quelque chose de grand , et quelle est son excellence ?
3. Mais pour mieux connaître la grandeur de l'homme, considérons de plus près la manière dont le Tout-Puissant forma ces deux parties dont il est composé, et le nœud admirable qui les unit; et alors voyant briller en tout ceci la sagesse, la puissance et la bonté de Dieu, nous avouerons que l'homme est parmi les créatures, une des plus merveilleuses. Dieu prit du limon de la terre, et en lit un corps humain. Quelle puissance et quelle sagesse ne fallait-il pas pour donner tant de beauté et tant de variété aune matière si vile et si grossière, et pour en former des organes et des membres si divers , et eu même temps si Lien proportionnés? Quelle sagesse et
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quelle puissance pour tirer d'un menu limon et des os qui soient fermes et solides pour pouvoir soutenir une si belle machine, et des nerfs pour communiquer le mouvement à tous les membres, et des artères pour porter avec le sang la vie dans chaque partie ; et pour changer un peu de terre en un corps orné d'une langue qui parle , d'oreilles qui entendent, d'yeux qui voient, de mains qui agissent, et composé de mille autres parties si bien disposées , que malgré leurs fonctions différentes, elles sont subordonnées les unes aux autres, et se servent réciproquement de soutien et de défense ! Ah ! vous seul, 6 mon Dieu, avez pu opérer un si beau prodige. Mais ce corps embelli d'une si admirable symétrie , et formé avec une si grande perfection, n'est encore quelapar tie la moins noble de l'homme: ce n'est là que le palais où doil résider un hôte tout céleste. Après avoir donc formé une si belle demeure, Dieu, dit l'Ecriture, envoie son souffle divin, et un être tout spirituel vient y résider; cet être est l'âme de l'homme, qui constitue sa partie principale. Mais de quelles qualités précieuses cette àme, qui est la portion la plus noble et la plus excellente de nous-mêmes, n'a-t-elle pas été enrichie au moment de sa création? Sa substance est simple, semblable à celles des Anges. Elle est spirituelle, invisible, immortelle , ornée de raison , de liberté et de la faculté de manifester ses pensées. Elle est si agile, qu'en un clin-d'œil elle parcourt l"universj et monte même jusqu'aux cieux. Elle est tellement maitresse de ses actes, que nul être créé ne peut lui faire violence. Elle est capable de connaître Dieu lui-même, de l'aimer, de le posséder. Son auteur a voulu encore imprimer en elle son image, lui donnant, à cet effet, trois facultés, l'intelligence, la mémoire et la volonté, qui , bien que différentes, ne sont cependant qu'une seule àme, de même que les trois personnes divines, toutes distinctes qu'elles sont,ne font néanmoins qu'un seul Dieu.
4. C'est cette àme qui anime le corps , qui lui communique le mouvement, l'activité, la beauté et le sentiment, < l'est elle qui préside à ses opérations et qui les dirige. Dieu a tellement uni ces deux substances , l'àmc et le corps,il les a unies d'une manières! étroite, que quoiqu'elles soient opposées par leur nature , nous voyons néanmoins régner entre elles une harmonie admirable. Toutes les impressions de l'une secommuntquent aussitôt à l'autre , et comme l'âme ressent les souffrances du corps, de même le corps se ressent des passions de rame. Les organes du corps rapportent fidèlement à l'ùnio
SUR LE PREMIER ARTICLE Df SYMBOLE. 100
font ce qui se passe non-seulement en lui-même, mais encore hors de lui, et l'âme fait éprouver aux membres du corps l'empire de sa volonté et l'efficacité de ses déterminations. D'où il arrive que la main exécute promptement ses ordres,la langue exprime ses pensées, et le visage lui-même décèle ses sentiments et ses affections. Cette union et ce commerce réciproque entre l'âme et le corps, que chacun de nous aperçoit en lui, est un prodige qui, plus il est dillicileà concevoir.plus il manifeste la sagesse et la puissance de ce Dieu qui l'a opéré, et plus il montre l'excellence de l'homme et le rang distingué qu'il occupe parmi les ouvrages du Seigneur.
5. C'est ainsi que le premier homme fut formé des mains de Dieu, et c'est ainsi que nous avons été formés par ses propres mains dans le sein de nos mères. .Nous sommes composés d'un corps et d'une âme. iNolre corps est quelque chose de vraiinent admirable par sa structure, par la variété et l'harmonie de:? parties qui le composent. Néanmoins comme il ne dépasse point la sphère des êtres matériels, il est de beaucoup inférieur à noire âme qui est un pur esprit. C'est elle qui nous rend si nobles et si grands; puisque étant douée de raison et de liberté, par e/le nous nous élevons au-dessus des animaux, par elle nous devenons semblables aux Anges , par elle nous sommes les images vivantesde Dieu même. De quelle reconnaissance ne sommes-nous pas redevables à notre créateur qui nous a enrichis de dons si précieux? Quelle ne serait pas notre ingratitude, si, au Heu de conserver notre grandeur, et d'honorer par nos vertus celte noblesse dont Dieu a bien voulu nous favoriser, nous venions à nous dégrader par notre conduite, et à vivre comme les êtres privés de raison , nous qui avons une âme spirituelle et raisonnable ? Gardons-nous d'avilir ainsi notre condition et de faire à Dieu un tel outrage. Si nous sommes distingués des animaux par notre nature , nous devons nous en distinguer aussi par nos œuvres, ne perdant pas de vue la fin sublime pour laquelle Dieu nous a créés, et à laquelle il nous a destinés.
G. .Nous voici donc arrivés à l'explication de la seconde vérité que nous nous sommes proposé de considérer au.jourdhui. [Vous sommes en ce monde pour une lin. Dieu qui est lasagesse même, et qui ne peut rien faire d'inutile, a son but en nous créant , et ce but n'est pas autre que lui-même et sa propre* gloire. 11 pouvait ne pas nous donner l'être ; mais il ne pouvait pas nous ledonnerpour une autre fin. Il est vrai que e'e>i pour celle même iiu que furent créés le ciel cl la ierre,lc
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soleil et les étoiles , les plantes et les fleurs ,les animaux euxmêmes ain>i que tous les êtres inanimés; et la sainte Ecriture nous dit que Dieu a tout fait pour lui-même et pour sa gloire. Néanmoins il ne prétend pas que ces créatures le glorifient en apprenant à le connaître, en l'honorant et en l'aimant , puisque étant privées de raison , elles sont incapables de le connaître, de l'honorer et de l'aimer. Elles le glorifient à leur manière, manifestant à l'homme la sagesse de leur auteur, sa puissance , sa bonté et toutes ses perfections qui brillent en elles d'une manière admirable, et nous invitant dans leur langage à le remercier, à le bénir et à l'aimer. Mais c'est de l'homme qui est doué d'un esprit capable de le connailre,et d'un cœur capable de l'aimer, oui, c'est de l'homme qu'il veut être glorifié et par les pensées de son esprit, et par les affections de son cœur. Les créatures privées de raison ayant été destinées pour servir aux besoins de l'homme, rendent gloire à Dieu en accomplissant exactement ses desseins ; tandis que l'homme qui n'est point fait pour les autres créatures, mais uniquement et immédiatement pour Dieu , doit le servirlui seul, et consacrer à lui seul ses hommages et son amour.
7. C'est donc là, mes Frères, la fin pour laquelle sont en ce monde les rois et les peuples , les savants et les ignorants, les riches et les pauvres; tous ont été créés pour connaître Dieu , pour le servir et pour l'aimer. Si nous n'occupons pas tous le même rang, si nous ne sommes pas tous de la même condition; si les uns sont faits pour commander et les autres pour obéir, nous sommes tous néanmoins destinés à une seule et même fin. Il ne nous est pas libre d'en substituer une autre à celle pour laquelle le Très-Haut nous a créés. En nous donnant l'être , il y a, comme maître direct et absolu, attaché l'obligation inaliénable de retourner à lui, et de lui rendre une obéissance entière et perpétuelle. Et si notre fin avait été laissée à noire choix, eussions-nous pu en choisir une meilleure ? Il faut donc enfin nous désabuser et nous convaincre que nous ne sommes point placés sur la terre pour passer notre vie dans les divertissements et dans les plaisirs, pour goûter les consolations du monde, pour amasser des richesses, pour acquérir une vainc gloire et des honneurs frivoles; non, Dieu ne nous a point mis ici-bas pour cette fin. Ce serait nous avilir que de nous rendre esclaves de tout ce qui tient à la terre, que de consacrer à ces faux biens et les pensées de notre esprit et les affections de notre cœur. Dieu nous a faits pour le servir lui seul; lui seul eo a le droit, lui seul le mérite. Aussi nous a-t-il donné uu cœur
St'R LE PREMIER ARTICLE DU SYMBOLE. 1 1 1
si grand, que rien n'est capable de le remplir, sinon lui-même, et ce cœur ne pourra jamais trouver sa paix et son repos qu'en Dieu , comme nous le dit saint Augustin : fecisti nos,Domine, ad te, et inquielum est cor nostrum ,donec requiescat in te. Quel honneur pour nous , que Dieu nous ait mis en ce monde pour une fin aussi sublime, que celle de le servir et di l'aimer !
8. Mais que signifient ces mots : honorer Dieu et le servir? Ils signifient observer exactement sa loi sainte , ne chercher en tout que ce qui peut lui plaire, le prier avec ferveur, fréquenter les sacrements avec de saintes dispositions , faire souvent et avec une grande piété des actes de foi , de confiance et d'amour; exercer envers le prochain les œuvres de la charité chrétienne. Ces paroles signifient enfin , faire pour sa gloire toutes nos actions , chercher en toutes choses l'accomplissement de sa sainte volonté. Mais, hélas î pouvons-nous dire avec vérité que nous n'avons eu jusqu'à ce jour d'autre attention, d'autre sain que celui d'honorer Dieu, de le servir et de l'aimer? Si nous repassons dans notre mémoire les années de l'enfance, de la jeunesse et de l'âge mûr, quelles ont été nos pensées, nos paroles et nos œuvres durant tout cet espace de temps? Notre unique but a-t-il toujours été la plus grande gloire de Dieu? Avons-nous toujours obéi à ses divins préceptes? Avons-nous toujours cherché son bon plaisir? Ah! infortunés que nous sommes ! nous avons pensé à toute autre chose qu'à Dieu; nous avons parlé de toute autre chose que de Dieu; nous nous sommes occupés à toute autre chose qu'à servir Dieu cl à procurer sa gloire. Dion plus, nos pensées , nos paroles et nos actions ont clé pour la plupart autant d'oulrages fails à ce Dieu qui est Fauteur de tous les biens que nous possédons et que nous espérons , et qui nous a créés uniquement pour lui-même. Non-seulement nous ne l'avons pas honoré et servi, mais nous l'avons offensé et méprisé par mille désobéissances et par mille crimes. Comme si nous n'avions pas été faits pour lui, mais pour les créatures, nous les lui avons préférées, nous nous sommes fatigués pour elles ; nous avons refuse de le servir, pour nous rendre esclaves du monde aux maximes duquel nous nous sommes soumis plus volontiers qu'à la loi de douceur et d'amour de noire Dieu. Pouvions-nous correspondre plus mal à celte bonté infinie qui nous adonné un être si noble et si grand, et qui nous l'a donné pour une lin si sublime? 9. Mais peut-être ne tro1 ons-nous pas noire avantage à servir Dieu; peut-être n'avçns-nous ries à espérer à son service?
llD IX. INSTRUCTION
Ali! il en est tout autrement. 11 pouvait, a la vérité, comme maître souverain et absolu, nous obligera le servir; et nous, comme étant ses créatures , nous eussions été tenus de lui rendre nos hommages, et de nous appliquer à son service, lors même que dous n'eussions rien eu à attendre de lui. Néanmoins à toutes les autres obligations que nous avions de le servir, il a voulu ajouter encore le motif de notre intérêt, c'est-à-dire, la certitude d'une récompense inestimable et éternelle. Et non content de nous avoir créés pour une fin aussi noble que celle d'employer notre vie à le connaître , à le servir et à l'aimer, il a voulu qu'en le connaissant , en le servant et en l'aimant ainsi, nous pussions acquérir un bonheur sans fin , et mériter de partager avec lui sa propre gloire pendant l'éternité. Oui, telle est la fin sublime à laquelle il nous a destinés; cette fin consiste à vivre avec lui, à régner avec lui, à être bienheureux avec lui, et à posséder les biens célestes, non pendant quelque temps, non pendant quelques années , mais éternellement et pendant qu'il sera Dieu. Nous ne sommes donc point faits pour la terre, mais pour le ciel. Le ciel est notre patrie; la terre n'est que le lieu de notre exil. Nous sommes ici-bas comme des voyageurs; le paradis est le terme vers lequel nous marchons; mais pour y arriver, il faut servir notre Dieu avec fidélité et l'aimer avec constance ; c'est l'unique chemin qui peut nous y conduire.
10. Cette seule pensée ne devrait-elle pas nous animer à servir Dieu avec ferveur, à surmonter tous les obstacles, et à renoncer volontiers à tout ce qui peut nous détourner de son service ? Heureux, mes Frères, si nous employons toute notre vie à honorer, à servir et à aimer un Dieu si plein de bonté. Viendra un temps , et il arrivera bientôt, où nous deviendrons les héritiers de son royaume et de sa gloire , où nous serons admis au nombre des princes de la cour céleste, à la compagnie des Anges, où nous verrons la face de notre Dieu , où nous jouirons de sa présence, où nous l'aimerons sans crainte de nous séparer jamais de lui. C'est lui-même qui nous Ta promis; nous ne pouvons donc plus en douter. Mais que] malheur au contraire, si, au lieu de le servir, de conformer notre conduite à sa loi sainte, nous venons à suivre les maximes du monde, à nous attacher à ses biens et à ses plaisirs; nous serons privés pour toujours de la société des Anges, exclus pour toujours du ciel, destinés à brûler avec les démons pendant l'éternité. Car si Dieu, qui est la justice même, prépare une récompense éternelle à ceux qui ie servent fidèle-
srn le rnEMinr, article du sy.mh le. 113
ment, il réserve aussi un châtiment :ans fin à ceux qui transgressent sa sainte loi. Quelque soit le chemin par lequel nous marchons, nous devons un jour arriver à l'éternité, puisque c'est là que vont aboutir les deux voies opposées, c'est-à-dire la voie droite de l'observance des commandements, comme la voie gauche de leur transgression. Mais la première conduit à l'éternité bienheureuse, tandis que l'autre mène à l'éternité malheureuse. L'une ou l'autre de ces deux éternités nous attend Infailliblement; l'une ou l'autre doit être le terme de notre vie cl le fruit de nos œuvres. Et combien yarriveront avant la fin de l'année! Combien y arriveront avant la lin du mois! Nous pouvons y arriver même aujourd'hui.
11. Voyons donc où nous en sommes. Si nous devions mourir aujourd'hui, nos œuvres nous donnent-elles lieu d'espérer avec rondement que l'éternité bienheureuse serait notre partage ? Ah ! la plupart n'ont encore rien fait, ou presque rien pour la mériter. Ceux-mèmes qui paraissent les plus sages et les plus prudents, comment emploient-ils leur vie? Ils passent les journées entières, les semaines, les mois et les années dans l'oisiveté, ou dans une dissipation continuelle ; ceux à qui Dieu a donné des biens et des richesses, ne pensent qu'à passer leurs jours dans la joie et dans les délices. Après s'être levés du lit bien tard, ils méditent sur les plaisirs qu'ils pourront se procurer pendant la journée, et sur les divertissements auxquels ils pourront se livrer. Dans toute une matinée, quelque longue qu'elle soit, ils savent à peine trouver une demi-heure pour entendre une messe , et encore y assistent-ils sans aucun sentiment de piété, et seulement par coutume. Ils vont ensuite lire ou entendre raconter des histoires vraies ou fausses jusqu'à ce que l'heure du repas soit arrivée, et alors ils vont le prendre, non point dans le but louable et chrétien de conserver leurs forces corporelles, afin de pouvoir servir le Seigneur, mais uniquement pour satisfaire leur appétit , et pour contenter leur gourmandise par le moyen des mets les plus rares et les plus recherchés. Delà ils vont se livrer au jeu, rendre des visites , passer leur temps dans les soirées, dans les récréations, jusqu'à ce qu'une grande partie de la nuit soii écoulée ; ensuite ils vont prendre leur repos quand il leur plaît , et encore en prennent-ils bien au-delà de ce que le besoin demande. Et en vivant de la sorte, comment est-il possible qu'ils arrivent à la bienheureuse éternité, et qu'ils se sauvent? Sont-cc là des moyens propres à mériter la gloire éternelle? Non, certainement ; ce sont au contraire des moyens de se damner.
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Jlî IX. INSTRUCTION
12. Mais il nous parait que vous nous condamnez trop fa* cilement à l'enfer. Pour se damner il faut commettre des péchés, et nous , en vivant comme vous venez de le dire, nous n'offensons point Dieu , et nous ne causons aucun dommage au prochain. Je conviens que vous n'offensez pas Dieu par des péchés d'actions ; mais vous l'offensez par des péchés d'omissions; et par cela seul que vous passez votre vie dans l'oisiveté, et que vous ne faites aucun bien, par cela seul, dis-je, vous serez exclus du ciel et condamnés à l'enfer. Le père de famille dont il est parlé dans l'Evangile, donna l'or, dre que l'on coupât son figuier, non point parce qu'il produisait de mauvais fruits, mais parce qu'il était stérile et infructueux. Dieu vous a placés en ce monde , afin que vous travailliez à son service en portant les fruits des bonnes œuvres. Si vous ne faites autre chose que servir votre corps , que vous procurer des divertissements, que rechercher vos goûts et vos plaisirs au lieu de rechercher la gloire de Dieu , que pouvez-vous attendre , sinon d'être coupés comme des plantes stériles , et jetés au feu éternel ? Mais pour vous donner une image sensible de cette vérité , écoutez ceci : Vous avez pris un serviteur à gage, afin qu'il travaille dans votre maison, et qu'il vous serve; mais il reste tout le jour sans rien faire , comme s'il avait les mains liées, et lorsque vous avez besoin de son service , vous le trouvez assis , livré au repos , ou bien passant son temps dans les jeux et les divertissements. Si vous l'envoyez exécuter un ordre important , au lieu de vous obéir, il s'amuse dans un cercle de désœuvrés , ou il s'arrête sur les places publiques à écouter ceux qui vendent des fables et des mensonges, ou enfin il se divertit à la suite de ceux qui vont jouant et chantant dans les rues. Que direz-vous d'un tel serviteur? Vous direz: 11 ne peut pas rester à notre service, il faut le chasser promplement. Mais dérobe-t-il , commet-il quelques injustices dans la maison? Non, il est au contraire très fidèle. Vous répond-il avec insolence? Non, il n'ouvre jamais la bouche. Est-il sujet à quelque passion, à quelque mauvaise habitude? Non, il ne commet pas même l'ombre du mal. Pourquoi donc le chassez-vous? C'est que nous ne gardons que ceux qui nous servent: nous donnons le salaire à ceux qui travaillent pour nous , mais non pas aux paresseux, à ceux qui ne veulent rien faire. Voilà précisément le cas où vous vous trouvez vous-mêmes. Dieu vous a mis sur la terre afin que vous travailliez à son service, et en travaillant pour lui vous méritiez pour vous une récompense
éternelle. Si vous ne cherchez que vos commodités et vos
divertissements, si vous ne savez pas vous priver delà moindre satisfaction pour son amour; si vous ne faites rien pour lui, vous négligez ses intérêts, et vous ne méritez aucune récompense. Et comme des serviteurs inutiles, vous serez exclus du paradis et condamnés à Tenter.
13. Mais si tel est le sort infortuné des personnes riches, et de ceux qui vivent dans l'oisiveté, ce ne sera point le nuire, diront les habitants des campagnes, et ceux qui vivent du travail de leurs mains; car bien loin de passer nos jours flans le repos, nous sommes condamnés à soutenir le poids de la chaleur, et à gagner notre pain à la sueur de notre front. Nous sommes donc dans la bonne voie , et nous serons certainement sauvés. INe vous y trompez pas; avec toutes vos fatigues vous n'arriverez pas mieux à votre On dernière qui est le salut , si vous ne vous appliquez pas comme vous le devez, au service de Dieu. Mais nous ne pouvons pas faire de longues prières, nous ne pouvons pas jeûner, ni passer une partie de la journée dans les temples à visiter le saint Sacrement, puisque nous sommes obligés de travailler sans relâche pour nous procurer les choses nécessaires, et pour entretenir noire famille. Ah! ne croyez pas, mes frères, que le service de Dieu consiste à réciter un grand nombre de chapelets, ou à passer un temps considéra!)!'; dans Téglise ; non, il consiste à faire sa très sainte volonté. !1 veut que vous le serviez chacun dans l'état où il lui a plu de vous placer. En travaillant la terre, c.: vous livrant aux emplois de \otre profession, vous pouvez servir Dieu, et mériter la gloire éternelle. II suffit que vous ayez soin en premier lieu de vous conserver en état de grâce, et loin de tout péché: il suffit que vous fassiez toutes vos actions, et et que vous supportiez toutes vos fatigues pour la plus grande gloire de Dieu, et que vous ayez l'intention d'accomplir en tout sa très sainte volonté, cl alors tout en gagnant votre pain, vous gagnerez le bonheur du paradis. Pourquoi travaillez-vous, disait saint Philippe de Néri aux gens de la campagne? C'est pour gagner notre pain, répondaient-ils. Ah! mes enfants, ajoutait le saint, cela ne suffit pas; il faut travailler pourga gner votre pain et le ciel, votre pain et le paradis.
14. Quelle que soit donc notre condition, quel que soit notre emploi ; que nous soyons riches ou pauvres, savants ou ignorants , ou religieux ou séculiers, nous pouvons tous nous sauver. C'est pour celte fin quç Dieu nous a créés; c'es; vour
11G X. INSTRICTION
cette fin qu'il nous a donné une âme spirituelle et immortelle; c'est pour cette fin qu'il nous a doués de raison et de liberté; c'est afin que nous opérions notre salut, et que nous devenions éternellement heureux. Mais cette éternelle félicité il ne veut la donner qu*à titre de récompense. Ah! ne la perdons jamais de vue dans toutes nos actions cette récompense admirable , travaillons sans cesse à l'acquérir : si nous avons le bonheur de nous sauver , tout est gagné pour nous, et si nous venons malheureusement à nous damner , nous perdons tout, et cette perte sera irréparable.
De l'état de l'homme innocent, de sa chute, et du péché origiuel.
Pour vous donner quelque idée de la noblesse et de l'excellence de l'homme à l'époque de sa création, je me suis attaché, dans la dernière instruction, à examiner les parties essentielles dont il est composé, etla fin élevée pour laquelle il fut créé. Il est composé d'un corps et d'une âme. Quelque grande cependant que soit celte noblesse, soit du côté des parties qui le composent, soit du côté de la fin pour laquelle il fut créé , ne vous imaginez pas, mes Frères, que ce soit en cela que consistent toutes les perfections dont il fut enrichi par la bonté divine lors de sa création. L'excellence dont j'ai parlé est aussi notre partage, quoique nous soyons venus au monde après la faule dont il se rendit coupable, parce que nous avons comme lui un corps et une âme , et que nous avons été créés pour la même fin. Oh! quels autres grands privilèges Dieu n'accordat-il pas à l'homme en le créant? Privilèges dont il fut ensuite dépouillé ainsi que Ions ses descendants par l'effet du péché. Voilà ce qui va devenir le sujet de l'instruction d'aujourd'hui. Nous parlerons en premier lieu de l'homme innocent , ensuite de l'homme coupable. !Nous verrons dans l'homme innocent l'état heureux dans lequel il fut créé, et celte considération nous fournira un motif d'admirer la bonté divine. Dans l'homme coupable nous reconnaîtrons le malheur déplorable dans lequel nous avons été précipités et qui a sa source dans le péché originel dont les hommes se trouvent souillés à mesure qu'ils vnl formés dans le sein de leurs mères, et nous prendrons de là occasion de redouter la divine justice,
1. De même que les œuvres sorties des mains d'un Dieu infiniment sage et parfait, ne peuvent qu'être parfaites, de même aussi il faut croire que le premier homme, qu'on peut appeler avec raison la principale créature parmi toutes celles qui ont été produites parla main du Dieu tout-puissant, a été au moment de sa création , orné de toutes ces qualités qui pouvaient le rendre accompli, soit quant à l'âme , soit quant au corps. La divine Ecriture ne nous laisse aucun dontç là-dessus, puisqu'elle nous apprend que Dieu créa l'homme droit : Deus fecit hominem rectum (Eccl. 7. 30), c'est-à-dire sans imperfections, sans passion, sans défaut. Nulles ténèbres n'obscurcissaient son esprit ; il était doué du jugement le plus exquis, d'une science étendue et sans bornes. Son esprit était si éclairé, et connaissait si bien toutes choses, que quand Dieu fit venir tous les animaux devant Adam, celui-ci leur donna à chacun un nom qui en exprimait admirablement la nature elle caractère. Chez lui il n'y avait point de volonté dépravée qui le portât au mal, mais au contraire elle se portait à tout ce qui était bien , il s'ensuivait que tous ses désirs-, toutes ses affections étaient droites. Deus fecit hominem rectum. Combien son corps était beau, combien il était parfait! Combien tout était proportionné dans ses membres! Combien il était vigoureux et plein de forces ! Combien il était animé et vif dans ses sentiments!
2. Cependant ces perfections ne sont pas dignes d'entrer en comparaison avec les dons surnaturels dont le Seigneur daigna de plus le gratifier. Et comme il l'avait destiné à une lin surnaturelle, il l'enrichit de privilèges cl de grâces par le moyen desquels il pût parvenir à celle fin à laquelle les forces de la nature étaient incapables de le conduire. Quelles connaissances profondes ne lui donna-t-il pas de lui-même et de ses divines perfections! 11 l'avait créé pour en être adoré en esprit et en vérité ; c'est pour cela qu'il lui communiqua ces clartés intellectuelles qui sont nécessaires pour une fin si glorieuse et si sainte. 11 le remplit des lumières de l'intelligence, dit la sainte Ecriture, il forma en lui la science de l'esprit, il combla son cœur de sagesse, y déposa tous les sentiments généreux , lui découvrit le bien et le mal , et plaça son œil sur son cœur : Posuil oeulum suum super corda illorum (Eccles. 17. 6). Dieu même était sa lumière, il prenait plaisir à faire briller dans Adam sa sagesse, et à faire réfléchir comme dans un miroir ses rayons divins sur celte créature si parfaite. l\ lui parlait familièrement, et lui faisait part conlideinmenl de
tous ses secrets. Et si les connaissances du premier homm? dans l'étal d'innocence ne pouvaient et ne devaient égaler celles dont jouissent les bienheureux dans le ciel, elles surpassaient cependant toutes celles que l'homme peut posséder ici-bas. Que dirai-je ensuite de celte sainteté et de cette justice dont il élait orné? Dieu avait li\é dans son cœur sa demeure; après lui avoir accorde les avantages de l'innocence , il le sanctifia par sa grâce , et le munit de tous les secours avec lesquels il pût persévérer dans la justice. Le cœur du premier homme était donc droit, et sa volonté élait portée au bien, sans qu'il ressentit en lui-même aucun penchant pour le mal. La concupiscence n'influait en aucune manière sur ses actions, et nulle passion ne troublait la paix de son âme, ou la sérénité de son esprit.
3. Y a-t-il un bonheur plus grand que celui dont jouissait le premier homme qui pouvant tout ce qu'il voulait, ne voulai t que ce qui était droit et juste ? Y a-t-il un sort plus heureux que celui de ne pas ressentir ces terribles luttes que nous éprouvons si souvent au-dedans de nous-mêmes, puisque l'homme, dit saint Augustin (lib. 8. Confess. c. 9), commandant à lui-même, ne peut pas triompher de lui-même, cl ne pas éprouver cette loi de la chair et des sens contraire à la loi de l'esprit et de la raison, loi si pénible et si tyrannique, qui faisait désirer à saint Paid d'être délivré de ce corps de mort (Rom. 7. 24)? Dans l'homme innocent tout étant en paix, il n'y avait point de passion à combattre , point de penchant vicieux à comprimer. Rien n'était capable de troubler la pureté et la douceur de sa joie. La chair ne cherchait point à se rcvoller contre l'esprit , elle lui était parfaitement soumise. La charilé réglait ses désirs, et lui inspirait une sainte inclination pour le bien et une souveraine aversion pour le mal. Dieu versait abondamment sur lui toutes ses bénédictions, et de son côté cet homme si privilégié s'occupait, par l'offrande de loules ses actions et par toutes ses affections , à remercier son Dieu, à louer et à aimer son généreux et aimable créateur ; et assuré de son bonheur, tant qu'il serait resté fidèle à Dieu, il jouissait d'une paix parfaite.
4. Non-seulement l'esprit, mais encore le corps possédait dans cet élal d'innocence ses privilèges. Outre qu'il était vigoureux et sain en toute manière, Dieu l'avait exempté de ces vicissitudes attachées à la condition des choses matérielles et corporelles. 11 n'y avait point en lui de qualités contraires qui l'altérassent, point d'humeurs \ idées qui le rendissent
KJR L£ PREMIER ARTICLE DU SYllDOLL. i\0
Infirme et malade. Il ne souffrait ni le froid, ni la chaleur, ni la faim, ni la soif, ni les maladies, ni les langueurs; rien (l'était capable de causer à l'homme des ennuis, des souffrances et des déplaisirs. Non-seulement il était exempt de ces maux, mais il était même exempt de la mort, car Dieu lui avait accordé le privilège de ne pas mourir: Deus creavit hominem (nexterminabilem (Sap. 2. 23); et quoiqu'il fut mortel, vu la condition de sa nature, comme le dit saint Augustin (lib. Gde Gen. ad tit. c.25), il jouissait du privilège de l'immortalité par la grâce du Créateur. Et comme ce ne l'ut que par le péché que la mort entra dans le monde, le péché n'existant pas encore, par-lé même le corps n'était pas soumis à la dure nécessité delà mort; et si Adam avait persévéré dans l'innocence, il aurait été, après une vie la plus heureuse qu'il soit possible d'imaginer, transporté en corps et en àmedanslo ciel pour y jouir (l'un souverain bonheur.
5. Outre ces belles et rares prérogatives dont jouissait Adam soit du côté du corps, soit du cùlé de l'âme , le lieu même où il fut placé concourait à le rendre parfaitement content et heureux. Car son libéral Créateur, après l'avoir créé dans une glande justice et une grande perfection, après l'avoir enrichi des dons les plu-; précieux, le plaça dans le paradis terrestre. C'est celieu de délices que Dieu lui-même, comme le dit la saint* Ecriture (Gen. 2. 8), avait préparé et formé pour donnera l'homme une idée de sa magnificence et de sa bonté. Le nom même de paradis qu'il donna à cet endroit nous démontre clairement qu'il n'y manquait rien de tout ce qui était capable de faire naître le plaisir, et que tout ce qu'on pouvait désirer de charmant et d'agréable y abondait. Dieu avait réuni là tout ce qu'il avait créé de plus merveilleux et de plus beau. Toutes les saisons s'y succédaient avec tous leurs agréments et leurs avantages sans aucun des inconvénients qui leur sont attachés et qui sont quelquefois si onéreux; et la terre sans être cultivée produisait d'elle-même abondamment les fruits les plus délicieux et les plus agréables à la vue. Les animaux les plus féroces étaient soumis à Adam, tous vivaient dans une entière dépendance de lui, et lui obéissaient comme à leur seigneur et à leur maître. Ses jouis s'écoulaient dans le sein de la joie, du calme et delà tranquillité; aucun ennui , aucune crainte, aucun danger ne venaient l'assaillir. Son occupation était d'aimer Dieu de tout son cœur , de bénir sans cesse la main bienfaisante qui l'avait comblé de tant de biens, et (jui se préparait à lui en accorder c'élernels. Et cette oc-
cupation, que Dieu même lui avait imposée , était délicieuse et sainte en même temps, propre à nourrir en lui la piété envers Dieu, et à l'embraser d'un saint amour par la considération des œuvres merveilleuses que la divine bonté avait faites pour lui. Oh ! heureux étal, dans lequel l'homme jouissait d'une parfaite santé dans son corps , et d'une imperturbable tranquillité dans son esprit (S. Aug.lib. 14. deCi\ïlate,cap.26). 6. Pour assurer à lui-même, de plus à tous les hommes cet état fortuné , et pour transmettre encore à ses descendants tant et de si grands biens, il était nécessaire qu'Adam persévérât dans la justice et qu'il se conservât fidèle à Dieu. Mais peut-être ne le pouvait-il pas? Ah ! il le pouvait, mes chers Frères, et il avait toute facilité pour cela. Car pour rester en possession de tous ces avantages, et pour les faire passer de générationen génération à tous ses descendants, en quoi dutil être fidèle à Dieu? Le Seigneur exigeait-il peut-être de lui de grandes choses , ou Payait-il accablé de commandements pénibles et onéreux ? Non , il ne lui avait prescrit que de ne pas touchera un fruit. Ce fut le seul ordre qu'il lui donna , le seul tribut qu'il imposa, et la seule marque de dépendance qu'il lui demanda. Tu pourras manger de tous les fruits des arbres qui sont dansle paradis; mais garde-toi bien de manger du fruit de l'arbre de la science du bien el du mal. Et afin qu'A n'ignorât pas à quelles peines et à quels châtiments il s'exposait en cas de transgression, il ajouta que dans l'instant où il mangerait de ce fruit défendu, Userait condamné à toute espèce de misères et ensuite à la mort. Voilà quelle était la condition qu'Adam devait observer pour être toujours heureux, pour vivre immortel,pour assurer non -seulement sa propre félicité, mais encore celle de tous ses descendants. Quel précepte, dit saint Augustin (lib. 14. de Civil. c.l2),plus succinct que celui-hVct dont le souvenir pût mieux être gravé dans le cœur, quel précepte plus facile à accomplir ? 11 ne s'agissait que de se priver d'un seul fruit, et Adam était bien dédommagé de cette privation qui devenait si peu coûteuse par l'abondance et la multiplicité de ceux qu'il avait à sa disposition el qui étaient aussi délicieux et aussi doux que celui auquel il lui était défendu de toucher. 11 n'éprouvait aucun mouvement de concupiscence qui contrariât sa volonté. Si lui-même ne donnait pas entrée à la tentation , et s'il ne prêterait pas une funeste indépendance à la douce soumission aux ordres de son créateur, il n'y avait rien en lui, ni hors de lui dans cet état de justice, de sainteté et d'innocence qui le portât au
péché (1. 6. oper. imp. cont. Julian).llcst vrai qu'il ne pouvait pas persévérer avec les seules forces de son libre arbitre; mais Dieu lui prétait son secours avec lequel il pouvait se soutenir dans la lutte du bien contre le mal.
7. Or, qui n'aurait cru qu'Adam, comblé par Dieu de tant de bienfaits, muni de tant de grâces, avec autant de facilité qu'il en avait de bien faire , ne dût lui être toujours fidèle et toujours agréable? Le voyant si heureux et libre de se maintenir dans son bonheur, qui n'aurait pensé que jamais rien n'aurait été capable de le détourner de ses devoirs? 11 était en son pouvoir de se conserver dans cet étal le plus fortuné de tous. 11 savait que son sort dépendait de l'observance du commandement divin, que son malheur serait le fruit de sa transgression. Aidé par la grâce de Dieu , son libre arbitre pouvait l'observer; qui aurait jamais dit que, nonobstant cela, et avec tant de lumières et tant de secours,il viendrait aie transgresser ? Mais, hélas ! il ne tarda pas d'apprendre par une funeste expérience à connaître que l'homme n'est fort qu'autant qu'il est soumis et fidèle à Dieu. Qu'il lui fallut peu de temps pour manquer à ses engagements envers Dieu, mais aussi combien il connut par une malheureuse expérience que l'homme se précipite dans les plus grandes misères, si Dieu retire sa main de dessus lui et l'abandonne ! Adam s'éloigna de Dieu parla désobéissance, et Dieu s'en éloigna à son tour. Dès cet instant il tomba en un clin-d'œil de l'état heureux dans lequel il se trouvait dans l'état le plus déplorable, et par sa chute honteuse il apprit à tous les hommes à ne jamais présumer d'euxmêmes et à toujours vivre dans une sainte crainte. Considérons les circonstances de celle chule qui nous fournit beaucoup de lumières pour notre instruction et pour notre sûreté.
8. Lucifer étant déchu avec ses compagnons, à cause de son orgueil, des prérogatives avec lesquelles il avait été créé, se voyant chassé du paradis et condamné à l'enfer , était dévoré d'envie en considérant que l'homme était appelé à occuper sa place dans le céleste séjour. Dès-lors,pour se procurer une espècede consolation dans son épouvantable infortune, il chercha à entraîner le premier homme dans l'infidélité et le péché, afin que devenant son complice par sa rébellion, il partageât encore avec lui son supplice. Pour réussir dans son perfide dessein, il choisit pour instrument de sa malice le serpent qui, comme le dit l'Ecriture, était l'animal le plus lin et le plus rusé. Sous celle forme il forma le projet de s'adresser d'abord à la femme que Dieu avait donnée pour épouse à Adam,laquelle étant plus
curieuse, devait être plus disposée à se laisser tromper et à devenir dans ses mains un instrument puissant pour taire tomber l'homme dans les pièges qu'il lui dressait. Pourquoi, lui dit-il, Dieu ne vous a-t-il pas permis de manger de tous les fruits des arbres qui sont dans le paradis? Impie, devait lui répondre Eve» l'appartient-il ainsi qu'à toute autre créature de demander au Créateur raison de seslois?Dicu est notre maître et nous sommes ses serviteurs, il nous a fait ce commandement, cela suffit : ou au moins en entendant une apostrophe aussi audacieuse elle devait prendre la fuite; car prêter l'oreille un seul instant au discours du tentateur était pour Eve une occasion prochaine de péché, et pouvait causer sa perle. Mais cette femme imprudente, au lieu de fuir, ouvre son cœur à la suggestion, elle écoute le serpent, s'entretient avec lui, et lui répond qu'elle et son époux ont bien le droit démanger de tous les autres fruits du paradis, mais que Dieu leur avait défendu sous peine de mort de manger et même de toucher les fruits de Parure de la science du bien et du mal. •
9. Voilà Eve qui chancelle : Dieu leur avait dit en termes clairs et positifs qu'aussitôt qu'ils se permettraient demangerde ce fruit, ils seraient condamnés à la mort , et elle révoque en doute la vérité de ces paroles et de ces menaces de Dieu : Ne forte moriamur. Ah ! vous ne mourrez pas, ajoute aussitôt le serpent infernal. Sachez que Dieu ne vous a défendu de toucher à ce fruit que parce qu'il sait qu'en en mangeant vos yeux s'ouvriraient et que vous seriez comme des Dieux,connaissant le bien et le mal. D'ailleurs vous ne mourrez pas: Xcquaqitcun moriemini. Ah ! imposteur et ennemi de la vérilé. lu oses donner un démenti à Dieu, l'accuser de jalousie, et insinuer à cette imprudente femme qu'en désobéissant à Dieu elle deviendra semblable à lui ? Et loi, Eve, tu entends sans frémir des paroles aussi impies? Prêter seulement l'oreille à des discours semblables est une insulte faite à Dieu , et devient pour toi une occasion funesle de transgresser le divin commandement. C'est ce qui fut en effet le triste prélude de sa faute. Efle s'arrête sous cet arbre malheureux . se meta examiner avec trop de curiosité ce fruit . el eDe s'imagine qu'il doit être d'un goût délicieux. Elle va plus loin. Elle le détache de la branche, et le mange, pidil, tulil, comedit. Le croiriez-vous ? Mie porte l'insubordination envers Dieu, contre »|ui elle vient de se révolter , jusqu'à chercher à entraîner dans sa rébellion son époux . en lui offrant le fruit défendu , afin qu'il en mange à son tour. Garde-toi bien . Adam . de
commettre un si grand crime et d'offenser ce Dieu qui, dans son amour et sa tendresse pour toi, t'a comblé de faveurs signalées. Toi qui as été doué de plus de connaissances, sersl-en pour faire reconnaître à ton épouse sa faute, arme-toi de zèle pour la reprendre avec rigueur , et lui montrant la grandeur de son iniquité, exhorte-la à la détester dans les sentiments d'une vraie et profonde douleur et à rentrer en grâce avec Dieu.
10. Mais,ô aveugle et fatale complaisance ! Pour ne pas consister celle qui était l'objet de son affection , comme le fait observer saint Augustin , pour ne pas déplaire à sa femme , il cousent à offenser Dieu; il ne fait point difficulté d'éloigner de son souvenir la majesté infinie de Dieu qu'il outrage, et sans réfléchir aux immenses bienfaits qu'il avait reçus et aux engagements inviolables qu'il avait contractés de lui être fidèle à jamais , il s'empare de ce fruit défendu et en mange. Il n'oppose aucune résistance aux propositions de sa femme, il ne Iescombatpoint.il ne rappelle point à cette épouse prévaricatrice le commandement qui leur a été fait, et la peine de mort dont Dieu les a menacés ; mais il cède honteusement à la première invitation , et il viole à son tour le précepte du Seigneur. Ce seul exemple devrait une fois pour toutes détromper quiconque , au milieu des occasions dangereuses, présume avoir assez de forces pour résister aux tenlalions,el quiconque se flatte de pouvoir impunément fréquenter les personnes adonnées au libertinage sans être scandalisé et séduit par leurs actions , leurs discours et leurs maximes. Si un seul entretien qu'Eve eut avec le serpent,la fit prévariquer dans l'étal d'innocence, si Adam dont l'intelligence n'était pas obscurcie parles ténèbres de l'ignorance, ni le cœur dominé par des inclinations vicieuses, suivit l'exemple de sa femme désobéissante, qui pourra jamais se persuader que dans cet état de corruption et d'ignorance, dans cet état où nous sommes enclins au mal, on puisse conserver l'innocence même au milieu des plus dangereuses occasions ? Oui sera jamais assez téméraire pour présumer pouvoir lire impunément les livres dans lesquels on met en doute les principes les plus certains delà religion, sans danger d'en sucer le venin, de pouvoir fréquenter les sociétés où l'on discrédite la piété, sans craindre d'en embrasser les maximes ; de pouvoir vivre avec des compagnons qui font profession de libertinage, sans danger d'adopter leurs mœurs? Mais revenons;) Ulam, et voyons quelles furent les déplorables conséquences de son péché !
12i X. INSTRUCTION
II. 'A peine eut-il goûté du finit défendu, que tout-â-coup dépouille de la justice originelle, il le fut aussi dans son corps et dans son âme de tous ces dons et de tous ces privilèges qui lui avaient été accordés par Dieu. Quant à l'âme , en perdant l'innocence et la grâce, elle perdit en même temps la lumière de l'intelligence et la rectitude de la volonté. L'intellect ,qui était plein de sagesse, fut obscurci et aveuglé parles ténèbres de1'ignorance;etla volonté, qui dominait en maitresse sans contradiction et sans obstacle sur les mouvements de la partie inférieure, devint comme l'esclave des passions et des sens, ressentit de suite une grande inclination au mal et une grande répugnance pour le bien. De même qu'Adam se révolta contre Dieu, ainsi la chair se révolta contre l'esprit; et l'appétit, qui auparavant était entièrement soumis à la raison , commença à se soulever contre elle. L'homme dès-lors se vit en proie aux inquiétudes et aux craintes , et éprouva ces combats pénibles et intérieurs par lesquels la loi de l'esprit étant en opposition avec celle de la chair, et celle de la chair avec celle de l'esprit, cet infortuné lutte contre lui-même. Ces effets funestes que le péché produisit dans l'âme furent accompagnés de maux très graves quant au corps. Car , avant sa chute, l'homme jouissait d'une santé parfaite; il se nourrissait sans peines et sans travail des fruits que la terre féconde produisait, et il n'était point tributaire de la mort; mais en punition de sa transgression , il fut condamné à toutes les misères, à la faim et à la soif, au froid, et à la chaleur, aux maladies, aux souffrances et enfin à la mort. Je l'accablerai de maux et de douleurs dans le temps de ta grossesse, dit Dieu à la femme; tu enfanteras avec douleur, tu seras sous le pouvoir de l'homme , et il te dominera. 11 dit ensuite à Adam: Parce (pic lu as écouté la voix de ta femme, et mangé du fruit de l'arbre auquel je t'avais défendu de toucher, pour te châtier de ton indigne violation de ma loi, la terre sera maudite, elle ne le fournira qu'à force de travaux et de fatigues ce qui t'est nécessaire pour la subsistance ; elle ne produira que des ronces et des épines , lu seras forcé de manger ton pain à la sueur de ton front, jusqu'à ce que tu retournes dans le sein de la terre d'où tu es sorti, parce (pie tu es poussière et que tu retourneras en poussière. Il ne permit pas même qu'il continuât à demeurer dans ce lieu de délices où il l'avait placé. Comme il n'avait élé fait que pour l'homme innocent, il ne devait donc plus servir pour l'homme coupable. Ainsi après l'avoir chassé ignominieusement du paradis , il plaça à
Sm LE PREMIER ARTICLE DU SYMBOLE, f 2S
b poric un Chérubin armé d'une épée flamboyante, afin qu'ils connussent l'un et l'autre qu'ils étaient indignes d'y rentrer. Cependant, parmi tant de maux qu'Adam attira sur sa tête par son péché, le plus grand et le plus accablant de tous fut «l'avoir perdu la grâce et l'amitié de Dieu, et d'avoir non-seulement encouru la peine de la mort temporelle, mais encore une sentence de mort éternelle. Tandis que Dieu auparavant agissait familièrement et se plaisait à converser avec lui, après sa faute il le regarda comme an perfide et un rebelle, comme il l'était en effet; il le déclara indigne de participer avec lui à ses joies éternelles, mais digne de brûler à jamais dans l'enfer, et il montra par-là qu'autant il est magnifique et libéral à faire du bien à ses amis, autant il est juste et sévère dans les vengeances qu'il exerce sur ses ennemis.
12. Mais ces pertes si considérables, et ces châtiments si multipliés s'arrèteronl-ils au moins sur la tète d'Adam? Ah! non , car par son péché il s'est ruiné lui-même et il a causé la ruine de ses descendants. Tant de malheurs qui nous arrivent si fréquemment, tant d'afflictions qui nous accablent, tant de maladies qui nous tourmentent, cette mort à laquelle nous sommes condamnés cl que nous devons nécessairement subir, celle répugnance que nous éprouvons pour le bien, celle inclination que nous sentons pour le mal , le combat qui existe en nous entre la chair et l'esprit, celle ignorance de l'intellect, la dépravation de la volonté, sont des peines qui résultent du péché d'Adam qui, se communiquant à tous ses descendants, leur fait aussi éprouver à tous ses funestes conséquences. Oui, mes Frères , à mesure que nous venons au inonde, nous y venons tous privés de la grâce et de l'innocence, cl dépouillés de tous ces dons et de tous ces privilèges que Dieu avait accordés à la justice originelle. Nous sommes tous nés pécheurs et coupables de la désobéissance de notre premier père , par-là même rebelles à Dieu , et couséquemment enfants de colère et dignes de l'enfer. Et le péché, dont tout homme, dès sa conception dans le sein de sa mère, csl infecté, s'appelle le péché originel, parce que, quoique commis par Adam, avant que nul être raisonnable n'existât sur la terre, néanmoins il se transmet à tous ceux qui tirent leur origine de lui , et les empoisonne tous de son venin mortel. Pour expliquer en quelque manière comment le péché de notre premier père se communique à ses enfants, les sainls Pères el les théologiens disent que toute la nature humaine était renfermée dans Adam, comme dans son principe
et dans son chef, non-seulement sous le rapport naturel , mais encore sousle rapport moral. La volonté de ses descendants était contenue moralement en lui, et ils devaient partager le sort de leur premier père. Il aurait transmis à tous la justice originelle s'il avait été fidèle; mais parce qu'il fut désobéissant et infidèle , il leur transmit le péché, et nous naissons pécheurs, parce que nous naissons ses enfants. De même que les fruits produits par une racine mauvaise et pourrie sont mauvais et se ressentent de leur origine, de même que les eaux qui jaillissent d'une source corrompue sont aussi corrompues à leur tour; et de même qu'une nourrice malsaine communique avec son lait à son enfant qu'elle nourrit ses propres infirmités, ainsi tous les hommes, tirant leur origine d'Adam souillé et infecté par son péché,en seront eux-mêmes comme lui souillés et infectés.
13. C'est là une vérité , mes Frères, sur laquelle il n'est pas permis d'élever aucun doute ; et quoique nous ne puissions, malgré nos efforts , parvenir à comprendre comment le péché d'Adam commis depuis tant de siècles, nous est transmis même avant que nous venions au monde , nous devons cependent soumettre notre esprit à la foi qui nous enseigne qu"il nous est communiqué, et croire fermement à Dieu qui nous fait connaître dans les saintes Ecritures que tous les hommes sont pécheurs depuis le sein de leur mère. J'af été conçu dans l'iniquilé,dit David , et ma mère m'a conçu dans le péché (Psal. 50. 7 ). Le péché, dit saint Paul, est entré dans le monde par un seul homme, et par ce péché la mort, et ainsi tous les hommes sont devenus ses tributaires , puisque tous ont péché dans ce seul homme (Rom. 5. 12 ). Par le péché d'un seul, ajoute-t-il (v. 18 ), tous les hommes sont tombés dans la damnation, et par la désobéissance d'un seul ils sont devenus pécheurs. En outre dans la seconde épitre aux Corinthiens (cap. 5. 14,), il dit que tous sont morts: et dans celle aux Ephésiens (cap. 1.23), il déclare que nous sommes tons des enfants de colère par nature. Aussi l'Eglise a-t-elle toujours combattu la doctrine de ceux qui osèrent nier le péché originel, et elle a toujours considéré celle vérité comme un des fondements de sa foi, et comme la clef de la religion. En effet, quelle vérité plus nécessaire et en même temps plus efficace que celle-là pour nous obliger à confesser notre faiblesse et notre misère , et pour nous démontrer la nécessité de la grâce de Jésus-Christ?
H. Cette vérité nous détermine à faire l'aveu de nos misères,et
de notre faiblesse: car en réfléchissant que nous sommes nés ennemis de Dieu, esclaves du démon , dignes de l'enfer, et qu'à raison du péché notre intelligence s'est tant obscurcie cl notre volontétant dépravée, comment pourrons-nous présumer de nous-mêmes ? Comment ne nous humilierons-nous pas devant Dieu en confessant sincèrement que dans l'état misérable de la nature corrompue où nous sommes, nous n'avons de force et de puissance que pour le mal? Cette même vérité nous fait connaître en outre le besoin que nous avons de la gràee de Jésus-Christ. Car si nous ne pouvons rien faire de méritoire et d'agréable à Dieu, qui pourra nous délivrer de l'esclavage du péché ? Oui pourra anéantir la sentence de notre condamnation? Qui pourra nous réconcilier avec Dieu? Oui enfin pourra cicatriser nos plaies, et nous ramener dans la route du salut , sinon Jésus-Christ qui, étant vrai homme, ri m même temps vrai Dieu, peut seul offrir à la justice divine une satisfaction digne et convenable , et qui est toujours exaucé de Dieu à cause de sa personne? Infortunés et misérables que nous sommes , si nous n'avions pas un tel médiateur et un intercesseur aussi puissant, toutes ces pertes que nous avons éprouvées seraient irréparables, et il ne nous resterait plus aucune espérance de salut. Humilions-nous devant Dieu, avouons que nous sommes des pécheurs; détestons souverainement nos fautes ; recourons avec confiance à notre divin libérateur, et correspondons avec fidélité à cet amour excessif qu'il a montré pour nous: celte connaissance que nous avons par la foi, du péché originel et de l'état malheureux dans lequel il nous a réduits, doit réveiller en nous ces sentiments. .Malheur cependant à ces chrétiens qui ont encore l'audace de s'enorgueillir, qui aiment le péché au lieu de le haïr, et qui sont infidèles à la grâce de Jésus-Christ qu'ils semblent méconnaître. Ces connaissances et ces lumières, que Dieu dans sa miséricorde nous donne afin d'opérer notre salit, contribueront à attirer sur leur tète une condamnation lias terrible.
Sur les paroles: El in Jesum Christian. Combien la connaissance de Jésus-Christ est importante et nécessaire.
Après avoir terminé l'explication du premier article du Symbole, dans lequel nous faisons profession de croire enDieu,le
Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, nous nous occuperons maintenant du second article, dans lequel nous faisons profession de croire en Jésus-Christ , Fils unique de Dieu, et notre Seigneur. C'est ici le grand objet que les saints Apôtres veulent proposer à notre foi, et auquel ils consacrent six articles, pour nous faire connaître tous les mystères qui y sont renfermés. Jésus-Christ est Tunique fondement de nos espérances ; il est notre unique force dans notre faiblesse, notre unique soutien dans nos travaux, puisque, dans l'état déplorable où nous a précipités la chute d'Adam , c'est en lui seul que nous pouvons trouver les lumières qui dissipent nos ténèbres , les remèdes capables de guérir les plaies de notre âme , et le prix nécessaire pour acquitter nos dettes immenses. 11 est notre unique Sauveur, l'unique réparateur des pertes que nous avons faites , l'unique médiateur entre Dieu et nous. 11 est notre sagesse , dit saint Paul (1. Cor. 1. 30) , notre justice , notre sanctilication , notre rédemption. En lui sont renfermés tous les trésors de la sagesse, de la science de Dieu, et d'une manière plus spéciale encore, de sa miséricorde infinie (Col. 2.3). Ne nous étonnons donc plus d'entendre le grand Apôtre si profondément \ersé dans la connaissance des mystères les plus sublimes, protester ouvertement que toute sa science consiste à savoir Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié (1. Cor. 2.2). Ne nous étonnons plus en voyanttous les Apôtres n'avoir d'autre but dans leur zèle et dans leurs travaux, que celui de faire connaître Jésus-Christ à l'univers entier. Vous devez donc, mes Frères, employer vous-mêmes tous vos soins et toute votre attention à bien apprendre et à bien retenir ce que la foi nous enseigne de Jésus-Christ; et pour vous animer à y mettre toute votre application, je vous ferai voitdans cette instruction combien cette connaissance est importante et nécessaire.
1. Pour nous convaincre de l'importance et de la nécessité delà connaissance de Jésus-Christ, il suffit de penser que sans elle nous ne pouvons opérer notre salut. Quoi déplus important ctdeplus nécessaire, en effet, qu'une chose sans laquelle il nous est impossible d'être sauvés? Nous savons que le péché d'Adam a souillé tout le genre humain, qu'il a introduit dans le monde le désordre, toutes les misères dont l'homme est accablé et enfin la mort. Les effets de ce péché , effets (pie nous ressentons malheureusement au-dedans de nous-mêmes, les ténèbres de notre entendement , la dépravation de notre volonté, notre aversion pour la vertu, notre penchant au mal,
l'oubli dans lequel nous vivons des biens célestes, notre attachement aux biens sensibles, les souffrances, les disgrâces el ions les maux que nous endurons même dans notre enfance , alors que nous sommes encore incapables de mériter un châtiment par nos fautes personnelles, tout nous obligea confesser que nous sommes nés pécheurs et ennemis de Dieu. Le Seigneur néanmoins, qui par un trait de sa miséricorde infinie a voulu que la grâce surabondât là où avait abondé le péché, nous a envoyé un Sauveur capable d'effacer toutes nos laules et de guérir toutes nos plaies (Rom. 5. 20). Mais si nous ne connaissons pas ce Sauveur, comment pourrons-nous recourir à lui, et obtenir de sa bonté les remèdes, la force et les secours dont nous avons besoin ? 11 nous arrivera ce qui arrive à un malade qui ne connaît point de médecin qui puisse le guérir. Sans aide, sans appui, nous serons réduits à périr misérablement, et la connaissance de nos maux ne servira qu'à nous précipiter dans le désespoir.
2. Or, Jésus-Christ est le seul médecin que Dieu nous ait envoyé pour nous délivrer de nos infirmités, pour nous rendre la santé, et pour nous donner la véritable vie. 11 n'y a point de salut par aucun autre, dit saint Pierre (Act. 4. 12), car nul autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes en vertu duquel nous puissions être sauvés. Aucun même des esprits angéliques qui se sont conservés fidèles à Dieu , qui sont si parfaits, et qui brûlent sans cesse du feu de l'amour divin , n'était capable de réparer nos pertes. Comme il n'y a qu'un seul Dieu, dit saint Paul, de même il n'y a qu'un seul médiateur entre lui et les hommes, et ce médiateur est Jésus- Christ (I. Tim.2. 5). Sans lui il nous était impossible de sortir de nos ténèbres, d'être délivrés de nos langueurs, de briser nos chaînes, d'être réconciliés avec Dieu, de devenir ses enfants adoplifs, et d'être rétablis dans les droits que nous avions perdus sur le ciel; sans lui tous les hommes seraient restés esclaves du péché , sous la dure servitude du démon, ennemis de Dieu, condamnés à l'enfer. 11 n'y a pas, dit l'Apôtre, d'autre fondement de salut que Jésus-Christ (1. Cor. 3. 11). Lui seul est la voie, la vérité et la vie (Joan. 14. 16) : lui seul est la porte par laquelle doit entrer quiconque désire éire sauvé (Joan. 16. 9): il est lui seul le pasteur qui peut défendre les brebis contre les embûches du loup infernal, elles ramener dans la bergerie (ibid. 2. 14). Celui qui n'entre pas parcelle porte, qui ne marche pas par cette voie, et qui n'écoule pas la voix de ce pasteur, ne peut en aucune manière avoir accès
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auprès de Dieu; et privé delà grâce, sans lumière et sans force, abandonné à la violence de ses passions, et à la fureur de ses ennemis, il ne doit s'attendre qu'a un malheur éternel.
3. Si donc ce n'est que par le moyen de Jésus-Christ qu'on peut obtenir le ciel, celui qui désire se sauver doit nécessairement croire en lui. Celui qui croit en lui, ne sera pas condamné; mais celui qui ne croira pas,est déjà condamné, parce qu'il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu (Joan.3. 48). Celui qui croit au Fils, aura droit à la vie éternelle ; mais celui qui ne croit point au Fils, ne verra point la vie, et la colère de Dieu demeure sur lui (ibid. v. 36). Ce n'est pas seulement après la promulgation de l'Evangile , dit saint Augustin (Lib. de Pecc. orig. cap. 26) , que cette loi a été nécessaire ; elle l'a été dans tous les temps, et même avant que Jésus-Christ vint sur la terre, et jamais personne n'a pu être purifié de ses péchés, ni recevoir la grâce de la justification, sinon par le moyen de cette foi ; et comme il est nécessaire maintenant, pour être sauvé, de croire en Jésus-Christ qui est déjà venu, de même il était nécessaire alors de croire en ce même Jésus-Christ quidevaitarriver.il est lui seul le chef qui communique la vie à tousles membres. Pour participer à celte vie, il faut donc que les membres soient unis à ce chef; et jamais ils ne lui seront unis sans croire en lui. Mais comment croire en Jésus-Christ sans le connaître ? 11 est donc aussi nécessaire de le connaître que de croire en lui.
4. Aussi dèsle commencement du monde Dieu manifesla-t-il aux hommes le dessein miséricordieux qu'il avait conçu de réparer par le moyen du Messie les pertes occasionnées par le péché. 11 leur lit savoir qu'il enverrait un libérateur pour détruire l'empire tyrannique du démon , pour réconcilier le genre humain avec son Dieu, et pour rétablir la paix entre le ciel et la terre (Coloss.l. -20). 11 l'annonça à Adam , lorsqu'il lui promit la venue d'un Sauveur en disant au serpent que de la femmenaitrait un fils qui lui écraserait latèle(Gen.3.1o). Adam instruisit ses enfants de cette promesse , et ceux-ci la firent connaître à leurs descendants. Et pour que le souvenir ne s'en perdit jamais, et que les hommes eussent toujours présente à leur esprit la venue du Messie , combien de fois Dieu ne la renouvela-t-il pas dans la suite? 11 la renouvela à Abraham (Gen. 22. 19), il la renouvela à lsaae (ibid. cap. 26) , il la renouvela à Jacob (ibid. 28) ,il la renouvela à David (Parai. 17. 22), leur promettant que de leur race sortirait celui qui devait bénir toutes les nations, et dont le règne serait éler-
ncl.Et, non content de cela, il voulut que le précieux dépôt de celte promesse fût conservé clans les saintes Ecritures, que ses Prophètes s'appliquassent à dépeindre de la manière la plus claire le libérateur promis , en annonçant le temps de sa venue, sa naissance miraculeuse et les circonstances les puis minutieuses de sa vie. Toutes les merveilles que Dieu opéra en faveur des Hébreux; le sang de l'agneau qui les préserva du châtiment de l'ange exterminateur ; le passage de la mer Rouge; la colonne de feu qui leur servit de guide dans le désert; le rocher d'où sortirent des eaux en abondance ; la manne qui leur servit de nourriture ; toutes ces choses étaient autant de figures qui se rapportaient à Jésus-Christ, et qui représentaient admirablement ce qui devait un jour s'accomplir en lui. En un mot, comme dans tous les temps, il a été nécessaire de connaître Jésus-Christel de croire en lui, et que jamais personne n'a pu, sans ce moyen , obtenir la rémission de ses péchés, ni être sauvé; ainsi dans tous les temps, avant même qu'il renvoyât sur la lerrè,Dieul'a annoncé et l'a fait connaître aux hommes ; et sous la loi de nature, parle moyen des Patriarches , aussi bien que sous la loi écrite, par le moyen des Prophètes et des saintes Ecritures il leur donna les lumières suffisantes et ce qui était nécessaire pour parvenir à la connaissance de l'unique et véritable libérateur promis. Ceux qui profitèrent de ces lumières et de ces moyens le connurent en effet, crurent en lui, mirent en lui toutes leurs espérances, et furent sauvés. Mais tous ceux qui ne voulurent pas mettre à profit ces moyens, ne pouvant pas croire ni espérer en celui qu'ils ne connaissaient pas par leur faute , périrent misérablement.
5. S'il était si nécessaire de connaître Jésus-Christ et de croire en lui, avant même qu'il parût dans le monde, combien cette connaissance et cette foi ne seront-elles pas plus nécessaires maintenant qu'il est venu sur la terre, qu'il a conversé avec les hommes, et qu'il a accompli le grand ouvrage de la rédemption du genre humain? Si ceux-là étaient alors inexcusables, qui ne connaissaient pas, qui n'attendaient pas, qui uc désiraient pas le libérateur promis, combien ne seront-ils pas plus coupables ceux qui refusent de le reconnaître, et de croire en lui , après qu'il a paru visiblement dans le monde, après qu'il a donné tant de preuves de sa mission et par sa doctrine , et par ses œuvres , et par ses miracles; après qu'il a fait briller sa lumière et retentir sa voix jusqu'aux extrémités de la terre? Et cependant , combien de peuples et de nations entières qui aujourd'hui, encore, ne croient
132 il. INSTRUCTION
pas eu Jésus-Christ , ou qui , si elles en ont entendu parler, ne le reconnaissent pas pour ce qu'il est véritablement ? La lumière est venue dans le monde; mais les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière (loan. 3. 19) : aussi ne verront-ils point la vie, parce qu'ils ne croient pas au Fils de Dieu; mais la colère du Seigneur demeure sur eux (ihid. v.36). 6. Et en effet, le triste et déplorable aveuglement dans lequel vivent tant d'idolâtres, qui rendent à des créatures insensibles l'honneur et le culte qui n'appartiennent qu'au Créateur, et qui, comme si la lumière même de la raison était en eux entièrement éteinte, vont jusqu'à ignorer ce Dieu qui se manifeste si clairement dans les choses visibles qu'il a faites (Rom. 1 . 20); la honteuse dépravation de tant de milliers de Mahométans , lesquels, suivant les enseignements et les maximes d'un homme impie et débauché qu'ils honorent comme un grand prophète, se livrent à toute espèce de désordres, et regardent comme permises les actions les plus brutales; la dure obstination danslaquclle persistent un si grand nombre de Juifs, quoiqu'ils soient depuis tant de siècles sans royaume, sans temple, sans sacerdoce, sans sacrifice, et qu'ils puissent facilement comprendre que les oracles des Prophètes sont déjà accomplis; ne sont-ce pas là des marques certaines de la colère de Dieu, qui pèse sur ces peuples malheureux? Jésus-Christ, dit saint Jean (cap. I. 12.), a conféré sa grâce et la dignité d'enfants de Dieu à ceux qui l'ont reçu, et qui croient en son nom. Or, tant de Gentils, tant de Mahométans, tant de Juifs n'ayant jamais participé à cette grâce et à cette dignité, parce qu'ils ne reconnaissent pas Jésus-Christ pour le vrai Messie et pour l'unique médiateur entre Dieu et l'homme, demeurent par-là même sous le joug du péché, dans l'esclavage du démon, et dans l'inimitié de Dieu. Qu'y a-l-il donc d'étonnant si Dieu, par un juste châtiment, les abandonne dans leurs erreurs, et les laisse suivre, comme dit l'Apôtre, les désirs déréglés de leur cœur (Rom. I, 24.)? Qu'y a-t-il d'étonnant si leur esprit est tellement aveuglé, qu'ils ne comprennent pas les vérités mêmes les plus claires et les plus palpables, et si leur cœur est tellement dépravé, que, devenus semblables à des animaux, ils n'ont plus de pensées, de désirs et d'affections que pour les choses matérielles et sensibles? Ils sont hors de la véritable voie , et sans guide pour y être ramenés; ils sont au milieu des ténèbres, et sans lumière qui puisse les éclairer; ils sont chargés de blessures et couverts de plaies, et sans médecin pour les. guérir , puisque, par leur faute, ne connaissant pas Jésus-
Christ qui seul peut les conduire, les éclairer et remédier à leurs maux, ils demeurent dans leur aveuglement, dans leur égarement, et sous le poids de toutes leurs infirmités.
7. Jésus-Christ lui-même nous a expliqué cette vérité par une des figures les plus claires de l'ancien Testament. Voici ses propres paroles : Comme Moïse, dit-il, a élevé le serpent dans le désert, ainsi il faut que le Fils de l'homme soit élevé , afin que tous ceux qui croiront en lui ne périssent pas, mais qifils aient la vie éternelle (.loan. 3. 14). L'histoire du serpent d'airain est consignée dans le livre des Nombres (cap. 21). Les Hébreux, fatigués d'un long voyage, et n'aspirant qu'au repos, commencèrent à murmurer contre Dieu et contre leur saint conducteur. Pourquoi, disaient-ils, nous avez-vous tirés d;; l'Egypte, pour nous faire mourir dans cette solitude? Nous manquons de pain et d'eau , notre cœur se soulève de dégoût à la vue de celte chétive nourriture. Le Seigneur, irrité de l'opiniâtreté et de l'ingratitude de ce peuple, fit paraître tout-à-coup une multitude de serpents qui blessèrent et firent périr un grand nombre de ces infortunés. Epouvaivtés d'un si terrible châtiment, ils eurent recours à Moïse, afin qu'il suppliât le Seigneur de les délivrer de ce fléau. Dieu exauça, les prières de son serviteur, et lui ordonna d'élever un serpent d'airain , lui promettant d'accorder leur gnérison à tous ceux qui , après avoir été mordus , fixeraient leurs regards sur ce serpent. Moïse exécuta cet ordre ; il fit faire ce serpent, le plaça en un lieu assez élevé pour qu'il put être vu aisément de tout le peuple, et tous ceux qui le regardaien. après avoir été blessés , obtenaient leur guérison.
8. Tous les hommes qui ont existé, qui existent et qui existeront , ont été ou seront blessés mortellement par le péché originel. Us seraient sans espoir de salut, si la divine miséricorde ne leur avait donné un remède prompt et efficace. Ce remède c'est Jésus-Christ lui-même, qui a été élevé sur la croix pour le salut du genre humain. Et , comme la vue de ce serpent mystérieux, qui n'avait du serpent que la figure, sans en avoir le venin, guérissait les Hébreux de la morsure des serpents véritables, de même la vue, c'est-à-dire la foi enJcsus-Christ et la connaissance de ce divin Sauveur qui a pris la nature humaine et la ressemblance du pécheur, sans être lui-même coupable d'aucun péché, guérit les hommes des blessures mortelles que leur a faites le serpent infernal. Comme aussi les Israélites qui n'auraient pas fixé leurs regards sur le serpent d'airain, seraient morts misérablement; de mémo
»Ô4 XI. BKTRUCTIO!!
ceux qui ne veulent pas croire en Jésus-Christ, qui refusent de le reconnailre pour le Messie , ne doivent s'attendre qu'à une mort éternelle , puisque sa connaissance est le seul remède par lequel l'homme grièvement hlcssé par le péché puisse recouvrer la vie de son Ame. Quel n'eût pas été notre malheur, mes Frères, si nous eussions été élevés par des Juifs qui se scandalisent du mystère delà croix, ou si nous fussions nés parmi les gentils , qui le regardent comme une folie (1 .Cor. cap. 1. 23) ? Quel n'eût pas été notre malheur, si nos pères, au lieu de nons inspirer l'amour de Jésus-Christ, et de nous apprendre à le respecter, eussent au contraire cherché à exciter en nous la haine et le mépris de sa divine personne? Quel remède eussions-nous trouvé à nos plaies? .Nous serions encore, comme tant de Juifs et de Gentils , assis dans les ténèbres et les ombres de la mort ; et, après avoir passé la vie la plus malheureuse dans l'ignorance et au milieu du désordre des passions, nous serions allés aboutir à un enfer éternel. Quelle ne doit pas être notre reconnaissance envers Dieu le Père qui, parle moyen des lumières de son Evangile, nous fait participer au sort et à l'héritage des Saints (Coloss. 1.12); qui nous a soustraits à la puissance des ténèbres , pour nous transférer dans le royaume de son Fils bien-aimé, et qui a voulu nous faire connaître les richesses et la gloire de ce grand mystère, qui est Jésus-Christ (ib. v. 27.)? Oh! combien.sont ingrats envers Dieu ceux qui .après avoir fait dans le baptême une protestation solennelle de croire en Jésus-Christ , et de le suivre, au lieu de se laisser guider avec simplicité par les lumières de la foi , ne se conduisent ensuite que selon les maximes du monde ; ou qui, loin de croire sincèrement ce que la sainte Eglise, instruite parles Apôtres et éclairée par le Saint- Esprit, leur enseigne touchant Jésus-Christ, se laissent égarer par de vains sophismes, comme font les hérétiques! A. quoi leur sert-il de se vanter qu'ils connaissent Jésus-Christ, lorsqu'ils ne le connaissent pas réellement, puisque, aveuglés parleurs propres erreurs, ou ils lui attribuent ce qui ne lui convient pas, ou ils lui refusent ce qui lui appartient, détruisant ainsi autant qu'il est en eux le mystère et la vertu de la croix? Tenez-vous en garde, mesFrères,vous dirai-je en me servant des paroles de l'apôtre saint Jean, tenez-vous en garde contre ces esprits séducteurs qui ne sont que trop nombreux dans le monde, afin que vous ne perdiez pas les lionnes œuvres que vous avez faites (2. Joan. v. 8). Jésus-Christ . par sa mort, vous a réconciliés avec sou Père, et un jour il vous pré-
scntera à lui saints et sans taches, si cependant, comme dit saint Paul (Coloss. 1. 23) , vous persévérez jusqu'à la lin de.
vos jours dans sa connaissance et dans la vraie foi. Avancez donc chaque jour dans cette connaissance qui vient de la foi, veillez sans cesse, et soyez toujours en garde, de crainte que quelqu'un ne vienne à vous séduire: Videle ne quis vos decipial (ibid. 2. 8).
9. 11 ne faut pas croire néanmoins que , pour être sauvé, il suffise d'être exempt de toute erreur, d'être parfaitement soumis à l'Église, de reconnaître Jésus-Christ pour notre Dieu et pour notre Sauveur; il ne faut pas vous imaginer que, pour obtenir la vie éternelle, ce soit assez de ne pas ignorer les vérités, les mystères que la foi nous propose , et de les croire sans hésiter. Non , il ne suffit pas d'avoir une foi et une connaissance de Jésus-Christ purement spéculative ; il faut que cette foi et celle connaissance soient une foi et une connaissance pratiques. Devant Dieu, dit saint Paul (Gai. 5. 6), il importe peu d'être circoncis ou non; ce qui est nécessaire, c'est une foi animée par les œuvres et par la charité. Celui-là est dans l'erreur, dit saint Jean ( 1. Joan. '2.4), qui croit connaître Jésus-Christ, et qui n'observe passes commandements; et celui, ajoute-t-il, qui veut être uni à lui, et vivre de son esprit, doit marcher par la voie qu'il luiatracée, et par laquelle il a marché lui-même le premier. Il est la voie, la vérité et la vie. 11 est la voie, comme l'expliquent saint Léon et saint Cyrille, quant aux actions; la vérité, quant à la certitude de la foi ; et la vie, quant à la source de notre sanctification. 11 est la voie, parce qu'il a voulu nous précéder par ses exemples (Leo,Ser. 2. deResur. S.Cyril.1.9. c. 33). 11 esl la vérité, parce que sa doctrine est toute divine; il esl notre vie. parce que lui seul peut guérir nos plaies par sa grâce . el nous rendre dignes de la vie éternelle. Comme étant la vérité, il nous éclaire et nous empêche de nous égarer dans les ténèbres de l'erreur; comme étant notre vie, il nous donne la force et les secours nécessaires pour faire le bien ; comme étant notre voie, il nous aide par ses exemples, et nous anime à surmonter avec courage les difficultés que nous rencontrons sur nos pas dans le lieu de notre exil. Si donc nous devons croire en lui , parce qu'il est la vérité même ; si nous devons espérer en lui, parce qu'il est notre vie; nous devons pareillement le suivre et l'imiter, parce qu'il esi la voie par où nous devons marcher. Portez mon joug, nous dit-il luimême , et apprenez de moi que je suis doux et humble de
cœur, et vous trouverez la paix de vos âmes ( Malih. 11. 29). Jésus-Chiïsl vous a donné l'exemple, dit saint Pierre (1. Petr. 2.21), afin que vous marchiez sur ses traces. Et Dieu en effet , n'admettra dans sa gloire que ceux qu'il trouvera conformes à l'image de son divin Fils ( Rom. 8. 29). Si donc nous avons porté l'image du premier Adam qui est terrestre, nous devons maintenant retracer en nous l'image du second Adam qui est tout céleste, nous dépouillant du vieil homme, et nous revêtant du nouveau , c'est-à-dire , déracinas t de noire cœur toutes ses affections criminelles , renonçant, comme dit saint Paul , à toutes les mauvaises habitudes , à la colère, à l'envie, à l'injustice , aux blasphèmes, aux discours licencieux, et nous revêtant de la miséricorde, delà bénignité, de l'humilité , de la modestie , et surtout de la charité, qui est le sublime de la perfection.
10. Or , pour devenir les imitateurs de Jésus-Christ, il faut nécessairement savoir ce qu'il a fait; pour retracer en nous son image , nous devons avoir sans cesse devant les yeux ce divin modèle. C'est eu cela que consiste cette connaissance pratique de Jésus-Christ , qui est de toute nécessité pour être du nombre de ses disciples en celle vie, et pour avoir le bonheur de participer à sa gloire en l'autre. Comme il est néces. saire de savoir ce qu'il est , pour l'adorer , de même il faut connaître ce qu'il a fait pour l'imiter. -Nous devons faire une élude continuelle de sa sainte vie , et méditer les grandes vertus qu'il a pratiquées dans toutes les occasions et dans toute sa conduite, pour en faire ensuite la règle de nos mœurs. Dans cette étude.nous apprendrons à être humbles , parce que Jésus- Christ a été humble ; nous apprendrons à être pauvres et détachés du monde, parce qu'il l'a été lui-même; nous apprendrons à être doux, parce qu'il nous a donné l'exemple delà douceur la plus parfaite. Comment pourrons-nous tirer vanité de nos qualités prétendues , en considérant que Jésus-Christ a bien voulu paraître en ce monde sous les apparences d'un pécheur? Comment pourrons-nous nous élever au-dessus des autres, en réfléchissant que Jésus-Christ a été mis en parallèle avec un criminel, et que ce criminel lui a été préféré? Comment pourrons-nous entretenir dans nos cœurs des sentiments de haine, des désirs de vengeance, en pensant que Jésus- Christ a prié pour ceux qui l'attachaient à la croix?
1 1 .Oh ! si les chrétiens s'appliquaient à celte étude avec attention ; s'ils avaient soin d'imprimer dans leur esprit et dans leur cœur la \ie 'l les actions de celui qui doit être notre nio-
dèle , en môme temps qu'il est notre chef , combien leur conduite serait plus conforme à celle de ce divin Mailrc ! Alors on ne verrait plus parmi eux tant de divisions , tant de procès , tant de discordes ; on ne les entendrait pas , pour la plus petite disgrâce qui leur arrive, s'échapper en plaintes, en mur mures , et se livrer aux emportements de la colère ; et l'amour des commodités et des plaisirs n'aurait pas autant d'empire sur leurs cœurs. L'exemple de Jésus-Christ leur apprendrait à s'aimer mutuellement, à souffrir avec résignation les adversités, à embrasser généreusement les œuvres de pénitence. La vie et les exemples de Jésus-Christ , voilà quel était le grand livre où les Saints étudiaient sans cesse. Dans ce livre, ils apprenaient l'obéissance; et, à l'exemple de leur maître qui lut obéissant jusqu'à la mort, avec quelle soumission ne se résignaient-ils pas à tous les événements de la vie, persuadés qu'ils étaient tous ordonnés par la divine Providence? Dans ce livre, ils apprenaient la douceur; et, à l'exemple de Jésus-Christ qui, chargé de malédictions par ses bourreaux, ei semblable à un agneau, n'ouvrit jamais la bouche pour se plaindre , ils souffraient eux-mêmes tous les outrages dans le calme le plus parfait , sans jamais chercher à s'en venger ( 1. Pelr. 2. 23). Dans ce livre, ils apprenaient le détachement; et, à l'exemple de Jésus-Christ qui, étant le maitre de toutes choses , se fit pauvre par amour pour nous , avec quelle générosité ne renonçaient-ils pas à tous les faux biens de la terre? S'ils entreprenaient des travaux immenses pour procurer le salut des âmes, pour répandre au loin la gloire du saint nom de Dieu, c'était l'exemple de lésus-Christ qui enflammait leur zèle. S'ils allaient avec intrépidité au-devant de la mort; s'ils souffraient avec joie les tourments les plus cruels, c'était, dit saint Bernard (Serm. 62. in Cant. ), l'exemple de Jésus-Christ et la considération de ses peines , qui les rendaient si patients et si courageux. En un mot, comme ils ne perdaient jamais de vue ce divin modèle, devenus semblables à lui , ils vivaient de son esprit , et n'agissaient que par ce même esprit de Jésus-Christ.
12. Mais aujourd'hui combien ils sont rares ceux qui font leur élude et leur occupation continuelle de celle connaissance pratique de Jésus-Christ! N'est-ce pas là de nos jours l'étude la plus négligée, la plus méprisée? On croit, et peutêtre d'une foi bien faible, que Jésus-Christ est le Fils de Dieu et notre unique Rédempteur; on le reconnaît et on l'adore
comme tel ; mais,comme si celle connaissance et celle crwanco i. 17
suffisaient seules pour être sauvé, combien on trouve peu de chrétiens qui s'appliquent sérieusement à considérer savie et ses exemples , afin de les imiter! Pour apprendre les arts et les sciences humaines, on ne craint point la fatigue. On a recours aux maîtres les plus habiles, on écoule leurs leçons, on observe minutieusement la beauté de leurs ouvrages , afin de parvenir à en faire d'autres qui soient aussi parfaits. Mais où est l'empressement que, l'on met à apprendre, par les exemples de Jésus-Christ, l'esprit , la sainteté et la perfection du christianisme, qui est l'art le plus important et la science la plus nécessaire? Les pères et les mères proposent à leurs enfants les exemples de leurs ancêtres qui se sont distingués dans les armes et dans les emplois ou dans les lettres , afin d'exciter en eux des sentiments de grandeur , de courage, d'honneur et de gloire. Mais leur arrive-t-il bien souvent de leur proposer pour modèle les actions et la conduite de lésus- Christ, afin de leur inspirer des sentiments de piété envers Dieu, de charité pour le prochain, d'une sainte haine contre eux-mêmes , de résignation à la volonté divine, de mépris du monde , de mortification et de pénitence ? Faut-il s'étonner, après cela, si l'on trouve dans le sein même du Christianisme tant de partisans du monde , et si peu d'imitateurs de Jésus-Christ? Comme les brebis de Jacob mettaient au jour leurs agneaux blancs , noirs ou tachetés , selon la couleur des branches qu'elles avaient devant leurs yeux(Gen.30. 37) , de même les actions des hommes sont en rapport avec les modèles qu'ils ont présents devant les yeux de leur esprit. S'ils n'étudient autre chose crue les maximes des mondains, (pie leurs exemples et leur conduite, comment pourrait-il se faire qu'ils ne vécussent pas comme les mondains? Ouvrons donc les yeux aux lumières de la raison et de la foi! Pour obtenir la vie éternelle que Jésus-Christ nous a méritée , il ne suffit pas de croire et d'espérer en lui , il faut encore l'imiter. Et, pour l'imiter, il faut étudier savie, considérer ses actions , avoir sans cesse devant les yeux les exemples qu'il nous a laissés. Sans cette étude et sans celte imitation, l'espérance dégénère en présomption, et la foi, au lieu de sauver le chrétien, le rend mille fois plus coupable et plus inexcusable.
Sur les mêmes paroles du Symbole :Et in JesumChristum. Sur les saints noms de Jésus et de Jésus-Christ.
Après nous avoir fait connaître, dans le premier article du S\ mbole, Dieu le Père tout-puissant , Créateur du ciel et de la terre;dansle second artide,les saints Apôtres vont nous apprendre à connaître son divin Fils , son Fils unique ; connaissance aussi nécessaire que la première pour le salut, comme le dit le Sauveur lui-même, en parlant à son Père. Pour obtenir la vie éternelle , dit-il , il faut , ô mon Père , que les hommes vous connaissent, vous qui êtes le seul vrai Dieu, et qu'ils coin* lissent aussi Jésus-Christ que vous avez envoyé sur la terre (loan. 17.3 ). Si vous croyez en Dieu, dit-il ailleurs à ses disciples , croyez aussi en moi (.loan. M. 1 ). Celui qui croit au Fils de Dieu , dit l'Apôtre saint Jean (I.Joan. ô. 10 , a dans lui-même le témoignage de Dieu ; mais celui qui ne croit pointait Fils , regarde Dieu comme un menteur, parce qu'il ne croii pas au témoignage que Dieu a rendu de son Fils. C'est ce Fils de Dieu qui, pour nous sauver, a voulu unir notre nature humaine à sa divinité, qui s'est fait homme, et qui est venu habiter parmi nous. C'est cet Homme-Dieu qui avait été promis aux Patriarches, prédit parles Prophètes, désiré de (ouïes les nations, et que Dieu a enfin envoyé au temps marqué dans ses décrets éternels. C'est, dit saint Cyrille de Jérusalem (Catech. 10), celui à qui rendent témoignage et le Père éternel qui l'appelle son Fils bien-aimé, et l'Espril- Saint qui descend sur lui en forme de colombe, et l'Archange qui l'annonce à Marie, et le saint vieillard Siméon qui le reçoit dans ses bras, et les aveugles qui recouvrent la vue, et les boiteux qui marchent, et les lépreux qui sont guéris, et les morts qui ressuscitent , et les vents qui lui obéissent, ri les eaux sur lesquelles il marche , et les pains qu'il multiplie, et jusqu'aux démons qui le reconnaissent pour leur Dieu. C'est cet Homme-Dieu qui est venu dissiper nos ténèbres , guérir nos plaies, payer les dettes dont nous étions chargés, (/est ici, en un mot, le grand objet de notre foi, et l'unique fondement de nos espérances. Cet Homme-Dieu a deux noms qui ne conviennent qu'à lui seul: il s'appelle Jésus, cl il s'appelle Christ, noms qui expriment d'une manière ad
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mirablc et son excellence et l'importance de la mission qu'il est venu remplir. Et, comme ces deux noms sont les deux premières paroles de cet article , ils feront le sujet de cette instruction , dans laquelle nous essaierons de considérer les grands mystères qu'ils renferment, afin que chacun puisse bien comprendre ce qu'il dit , lorsqu'il prononce le nom adorable de Jésus-Christ.
1. Le premier nom, le nom principal qui distingue le Fils de Dieu fait homme, est donc celui de Jésus; nom qui lui fut imposé non point par un effet du hasard , mais par l'ordre exprès de Dieu même. Vous concevrez, dit l'archange Gabriel à Marie, vous concevrez, et vous donnerez le jour h un fils que vous appellerez Jésus (Luc. I.v. 31). Ce nom divin fut encore révélé à saint Joseph par un Ange qui lui apparut pour le délivrer delà crainte et de l'embarras que lui causait l'état de son épouse. Elle mettra un fils au monde, et vous lui donnerez le nom de Jésus ( Matin, 1. 21 ).
2. Un tel fils, en effet, ne devait pas recevoir son nom des hommes, mais de Dieu seul, parce que Dieu seul qui l'avait envoyé, et qui savait tout ce qu'il avait résolu d'opérer par son moyen, pouvait lui donner un nom digne de lui, et qui exprimât parfaitement son caractère et ses qualités. Et quel nom plus digne, plus propre et plus convenable pouvait-il lui imposer, que le nom de Jésus? Le dessein de Dieu, en envoyant son Fils sur la terre , était de sauver l'homme ; ce lut là le grand ouvrage dont fut chargé cet Homme-Dieu , et qu'il conduisit à sa perfection. Je suis venu, dit-il lui-même, pour donner la vie aux hommes (Joan. 10. 10 ). Dans un autre endroit, il déclare que Dieu ne l'a point envoyé dans le monde pour juger le monde , mais pour le sauver (Joan. 3. 17 ). Le Fils de l'homme , dit-il dans saint Matthieu , est venu sauver ce qui était perdu (cap. 18. 11 ). Le Fils de Thomme , dit-il encore dans saint Luc, n'est pas venu pour perdre les âmes , mais pour les sauver (c. 9.56). Sans lui, en effet, nous serions perdus sans ressource. La voie du ciel étant fermée, les hommes marchaient sans aucun rayon de lumière au milieu des plus épaisses ténèbres de rignoranee; et, sons un guide fidèle et assuré , il leur élait impossible de rentrer dans le droit sentier. Ayant perdu l'amitié de Dieu, le péché ayant rompu l'alliance qui existait entre lui ri l'homme innocent, nous gémissions sous la dure servitude du démon, sans avoir les forces nécessaires pour secouer son joug e briser nos chaînes. La justice divine avait déjà fulminé conli
nous la sentence de mort , et nous étions incapables de l'effacer et de nous soustraire à son exécution , parce qu'il nous était impossible de donner à Dieu une satisfaction digne de hii , et capable d'arrêter sa vengeance. Dans un état si déplorable, et auquel nulle créature ne pouvait remédier, Jésus- Christ fut celui qui vint nous sauver. 11 dissipa nos ténèbres, et nous remit sur le chemin du ciel ; il brisa nos chaines , et nous rendit notre première liberté; il satisfit pour nous et nous réconcilia avec son Père. 11 était venu sur la terre pour nous sauver; aussi notre salut fut-il l'unique but qu'il se proposa dans toute sa conduite, ainsi que le fruit de ses souffrances et de sa mort; de sorte qu'à la fin de sa vie, il put dire ù son Père avec vérité : J'ai exécuté et conduit à sa perfection l'œuvre que vous m'aviez confiée (Joan. 17. 4).
3. Or, si ce fut là la grande entreprise dont il était chargé , et qu'il conduisit si bien à sa fin , quel nom pouvait être plus digne de lui, quel nom pouvait lui être plus propre, plus convenable, que le nom de Jésus, qui signifie Sauveur? Ce nom exprime son vrai caractère, et en lui seul il renferme tout ce que lit cet Homme-Dieu pour la rédemption du genre humain , et les glorieux triomphes qu'il remporta sur l'enfer. Ce nom signifie qu'il fut la lumière du monde, l'ange de la paix , le libérateur de l'homme, le vainqueur du démon, le destructeur de la mort. Quand nous disons Jésus, nous nommons celui qui déchira la terrible sentence de mort portée contre nous; celui qui désarma les puissances des ténèbres qui nous tyrannisaient, et qui nous donna des armes pour nous détendre contre nos ennemis, pour les combattre et pour les vaincre; nous nommons celui qui nous tira des ombres de la mort , et nous rendit à la vie, en nous éclairant par sa doctrine, nous animant par ses exemples, nous sanctifiant par sa grâce (Col. 2. 14. et 15,); celui qui, pour nous délivrer de tant de maux et nous enrichir de tant de biens, eut à supporter tant de peines, de faligues et de persécutions, qui s'exposa à tant de ealomnies,soutint tant de travaux, et sacrifia jusqu'à son sang et sa vie sur la croix. 11 est donc bien vrai de dire que le nom seul de Jésus exprime clairement le grand ouvrage de la rédemption, et qu'il comprend tout ce que lit Jésus pour le salut des hommes. C'est pour celte raison que Dieu voulut qu'il s'appelât Jésus,c'est-àdire Sauveur , comme l'Ange le déclara à saint Joseph, puisqu'il devait sauver les hommes , en les purifiant de leurs péchés. Et en effet, son caractère propre et véritable ne pouvait pas être mieux exprimé que par le nom de Sauveur.
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4. Mais non-seulement ce nom adorable nous fait connaître l'importance de l'entreprise dont fut chargé le di\in Rédempteur, il nous découvre encore la noblesse et la grandeur de son être. Ce nom glorieux de Jésus nous apprend qu'il est un Homme-Dieu. En l'appelant du nom de Jésus, nous faisons profession de croire qu'il est véritablement homme, et en même temps véritablement Dieu , parce qu'il ne serait pas notre Sauveur, s'il était Dieu sans être homme, ou s'il était homme sans être Dieu. Pour sauver le genre humain, il fallait qu'il souffrit, et qu'il donnât à son Père toute la satisfaction qu'exigeait sa justice. S'il eût été Dieu sans être homme, il n'aurait pas pu souffrir ; s'il eût été homme sans être Dieu , il n'aurait pas pu satisfaire. Ainsi donc, comme le nom de Jésus qui lui fut apporté du ciel , signifie qu'il est notre Sauveur , il nous apprend par là-même qu'il est homme, puisqu'il a souffert pour nous ; et qu'il est Dieu , puisqu'il a entièrement satisfait pour nos dettes, en communiquant un prix infini à ses souffrances.
5. Il suit delà que cenomest tellement propre à Jésus-Christ, qu'il ne peut rigoureusement convenir à personne autre qu'p lui. Car peut-on appeler sauveurs du monde ces hommes remplis de zèle , qui ont répandu tant de sueurs, enduré tant de fatigues, qui se sont exposés à tant de dangers pour conduire les âmes à Dieu? Ou du moins ce titre glorieux pouvait-il convenir auxApôtres qui,parleurs prédications. par leurs exemples, par leurs miracles,et enfin par l'effusion de leur sang, on! éclairé le monde, renversé les idoles , extirpé les vices, et converti tant de peuples? Non , mes Frères , la conversion de l'univers fut bien moins l'effet de leurs travaux, que le fruit de la rédemption que Jésus-Christ avait déjà opérée sur la croix. Aussi les Apôtres avaient-ils bien soin de détromper les peuples qui voulaient leur rendre des honneurs qui ne leur étaient pas dus. Saint Pierre, ayant guéri miraculeusement un boiteux qui se tenait à la porte du temple, se tourne vers la multitude, et lui dit: Hommes d'lsraël,quel est le sujelde votre ètonnemenl? Sachez que ce n'est point jiotre puissance qui a rendu la santé à cet infirme , mais que c'est la vertu du nom de Jésus- Christ (Act. 3. 12). Ayant été ensuite interrogé par les Prêtres sur ce miracle , nous vous faisons savoir, leur dit-il, à vous et à tout lepcu|)le,qucc'cslaunom de Noire-Seigneur Jésus-Christ que vous avez crucifié et qui est ressuscité, que cet homme a reçu l'usage de ses membres. Il n'y a de salut à espérer par aucun autre; car nul autre nom, sous le ciel, n'a été donne aux hommes, par lequel nous devions être sauvés (Act.
4.10). Tel (Hait aussi le sentiment de saint Paul. Ecrivant aux Corinthiens , qui affectionnaient d'une manière trop humaine ceux qui les avaient instruits dans la foi, comme s'ils leur eussent été redevables de leur salut, il leur disait : l'aul aurait-il élé par hasard crucifié pour vous, ou bien est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés (I. Corinth. 1. 13)? Tous Us Apôtres confessaient eux-mêmes sincèrement qu'ils n'étaient que des pécheurs (1. Timolh. 1 . 15. l.Joan. 1.8); qu'ils avaient obtenu miséricorde par la grâce et les mérites de Jésus-Chris! : aussi ne voulaient-ils être considérés que comme ses serviteurs, ses ministres,et comme les dispensateurs de ses divins mystères (1. Cor. 4.1). Le nom de Jésus ou Sauveur ne peut donc convenir qu'à Jésus-Christ, puisque aucun autre n'a sauvé et n'a pu sauver le monde que Jésus-Christ , lequel étant sans péché, n'a pas eu besoin lui-même de rédempteur , etqui,étant Dieu et homme tout ensemble , a pu donner à la justice divine une satisfaction suffisante pour tous les péchés des hommes.
6. Que si, autrefois, il y en eut quelques-uns qui furent honorés de ce nom, comme le (ils de Nun , successeur de Moïse , qui introduisit le peuple Hébreu dans la Terre promise ;le (ils (le Sirach , qui conserva toujours dans son cœur l'amour de la sagesse (Eccles.46. 21.ibid.50.29); le fils deJosedech, grandprètre, qui,d'accordavecZorohabeI, rebâtit, après la captivité de Babylone, le temple qui avait été détruit (Aggœi 1.1); ces grands hommes ne furent que la ligure de Jésus-Christ, et il y a autant de différence entre le salut qu'ils procurèrent, et celui quo le Fils de Dieu apporta au monde, qu'il y en a entre l'ombre et la vérité. Josué fut la figure de Jésus-Christ, parce qu'en succédant à Moïse, il figurait la loi de grâce qui devait succéder à la loi écrite. En introduisant le peuple de Dieu dans la Terre promise, où il ne fut pas permis à Moïse d'entrer.il figurait la foi et la grâce de Jésus-Christ, laquelle a la vertu de justifier les hommes, vertu que n'eut jamais la loi mosaïque. En passant le Jourdain, et en rendant ensuite les Hébreux possesseurs et maîtres de la terre de Chanaan, il représentait Jésus- Christ , qui ,en nous purifiant parles eaux du baptême, nous établit héritiers du royaume céleste (2. Coloss. 2.3). Le fils de Sirach, par sa science et par sa sagesse, fut aussi la ligure de Jésus-Christ, lequel possédant en lui-même tous les trésors de la science et de la sagesse, devait éclairer ceux qui étaient dans les ténèbres et assis à l'ombre de la mort. Et le (ils de Josedech le figura pareillement , parée qu'en rétablissant le temple matériel de Jérusalem, qui avait été détruit, U reprê-
1 H su. iKSTarcTKm.
sentait Jésus-Christ, qui devait élever le temple spirituel et durable du Dieu vivant, qui est l'Eglise. Mais quelle différence entre ce que ces hommes courageux et zélés purent faire pour le bien de leur peuple, et la grande entreprise que Jésus-Clirisl conduisit si bien à sa fin pour le salut de tous les hommes ! Ils ne parvinrent qu'à sauver une seule nation, et Jésus-Christ procura le salut à tout le genre humain. Ils furent le secours et la consolation des Hébreux, qui avaient été réduits en servitude par des rois de la terre, et Jésus-Christ délivra les hommes de l'esclavage bien plus triste du péché et du démon. Us tirent entrer le peuple d'Israël en possession des biens terrestres et périssables , et Jésus-Christ nous a acquis la possession des biens célestes et éternels. Enfin s'ils opérèrent de si grandes merveilles, ce ne fut point par leur propre puissance , mais par celle qu'ils reçurent du ciel comme une grâce qui leur était communiquée pour un temps et avec mesure , tandis que Jésus-Christ étant vraiment Dieu, a en lui-même et par nature un pouvoir universel et absolu au ciel et sur la terre (Mallh. 28. 18.), ce qui fait, comme l'observe saint Cyrille de Jérusalem (Catech. 10), qu'il peut guérir les corps elles âmes, rendre aux yeux de l'homme la faculté de voir, lorsqu'ils l'ont perdue, et éclairer leur intelligence ; qu'il peut rendre le mouvement et la santé aux infirmes, et sanctifier les pécheurs en les attirant à la pénitence. Que les personnages illustres (pic j'ai cités se vantentdonc d'avoir été honorés du titre glorieux de sauveurs; il sera toujours vrai de dire qu'ils ont eu seulement l'ombre de ce nom, comme dit saint Bernard, mais que la vérité de ce même nom ne convient et n'appartient qu'à Jésus- Christ, à qui il est dû par excellence et selon toute l'étendue de sa signification.
7. Ne nous étonnons donc plus de ce que ce nom adorable de Jésus soit si glorieux au Fils de Dieu; ne soyons plus surpris >i' fait la joie des anges , s'il procure aux hommes tant de biens, et s'il est la terreur des démons. Nom glorieux au Fils de Dieu. 11 s'est humilié, dit saint Paul, en se rendant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix; et, pour prix de son obéissance, son Père l'a élevé, et lui a donné un nom an-dessus de tout nom (Philipp. 2. 8). Quel litre, en effet, pouvait être plus excellent et plus glorieux pour lui ? Ceux d'Admirable, de Conseiller , de Fort , de Père du siècle à venir , de Prince de la paix, que lui donne le prophète Isaïe (9. 6) ? Mais ces titres glorieux se rapportent tous au nom de Jésus,qui seul les renferme tous en lui-même, puisqu'ils n'expriment qu'une par-
SUR LE SECOND ARTICLE DU SYMCOLE. 1 fô
lie de ce que le Fils de Dieu a fait pour le salut des hommes, et que le nom seul de Jésus comprend dans sa plénitude les sueurs qu'il a répandues, les dangers auxquels il s'est exposé, les peines qu'il a soulTerles, les victoires qu'il a remportées, en un mot, tout ce qu'il a fait pour le salut du genre humain. Ce nom fait en second lieu la joie des Anges (S. Greg. Hom. 13. in Ev.), parce qu'il exprime celui qui, en élevant les hommes au ciel,et en les rendant citoyens du paradis,rend complet le nombre de ces esprits bienheureux, que la chute des Anges prévaricateurs avait considérablement diminué. Ce nom enrichit les hommes de biens immenses,puisqu'il a la vertu de remettre les péchés parle moyen des Sacrements, de nous conférer la grâce, d'opérer des miracles (Marc. 16. 17),et de nous obtenir de Dieu toutes choses (Matth. 21 . 22). Ce nom, dit saint Bernard (Serin. 15. in Cant.), est notre lumière , notre nourriture et le remède à nos maux. Il nous fortifie dans nos travaux, nous défend contre les tentations,et nous anime dans les dangers. Il excite notre foi, enflamme notre espérance, augmente notre reconnaissance et notre amour. Enfin, il est terrible aux démons , parce qu'il leur rappelle celui qui ruina leurs temples, qui rendit inutiles leurs ruses et leurs artifices , qui leur ôta leurs forces, leur empire, leurs adorateurs, et qui les ayant chassés de ce monde, les couvrit d'un opprobre éternel, et les enchaîna pour toujours. C'est donc avec raison que tout ce qui est au ciel, sur la terre et dans les enfers fléchit le genou par respect pour ce nom sacré et digne de toutelouange(Philipp.2. 10).
8. Vous avez entendu , mes Frères, quelle est la signification et en même temps quelle est l'excellence du nom.Jésus,qui veut dire Sauveur. Et vous pouvez facilement conclure de ce que je viens de vous dire,quc nous devons toujours le prononcer avec le plus profond respect, avec la plus tendre dévotion et avec la pluscntiereconfiance.il nous reste à voir maintenant pour quelle raison le Fils de Dieu fait homme s'appelle non-seulement Jésus, mais encore Christ : El in Jesum Christian. Ce mot Christ signifie la même chose que oint, et ancien» nement on appelait oints les Prophètes, les Prêtres et les Rois (3. Rcg. 19. 16), parce qu'ils étaient consacrés et destinés à ces ministères par le moyen d'une onction qui était faite sur eux. Les Prophètes recevaient celte onction pour montrer qu'ils étaient choisis pour être les interprètes du Dieu immortel, pour manifester ses inlenli >ns à son peuple, pour maintenir en lui une exacte observance de la loi par le moyen de leurs salutaires enseignements et par la prédiction des choses
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futures. Les Prêtres recevaient cette même onction , comme étant ceux qui devaient assidûment offrir à Dieu des prières et des sacrifices (Lev. 8. 12). Enfin les Rois la recevaient pareillement, comme étant ceux à qui était confié le pouvoir d'imposer des lois au peuple, et ceux auxquels était imposée l'obligation de pourvoir à ses bcsoins,et de le défendre contre les embûches et la force de leurs ennemis (1. Reg. 10. 1). Comme ces ministères et ces fonctions représentent d'une manière particulière la majesté divine, c'est pour cela que l'on consacrait par une onction sainte ceux qui y élnient destinés (Catech. Rom. part. 1. art. 2. n. 7). Et voilà la raison pour laquelle notre divin Sauveur s'appelle Christ, c'est-à-dire oint. 11 devait remplir sur la terre les fonctions de Prophète, de Prêtre et de Roi, et il fut oint pour cet effet, non point par un homme, mais par son Père céleste ; non avec une huile terrestre, mais avec une huile spirituelle, c'est-à-dire par la vertu du Saint-Esprit , qui remplit son âme sainte de toutes les grâces et de tous les dons en telle abondance, qu'aucune autre nature créée n'aurait pu les contenir. C'est ce qu'a voulu exprimer le Roi-Prophète, par ces paroles : Vous avez aimé la justice, et vous avez eu en horreur l'iniquité; c'est pour cela que votre Dieu vous a oint de l'huile de la joie (Psal.48. 8). Isaïe avait prédit la même chose, en disant (cap. 61. 1): L'esprit ''u Seigneur est sur moi, parce que j'ai été oint par le Seigneur. Il m'a envoyé sur la terre pour me communiquer à ceux qui pratiquent la douceur, pour guérir ceux qui ont un cœur contrit, et pour annoncer aux esclaves leur délivrance.
9. Jésus-Christ fut donc en premier lieu ce grand maître et ce grand Prophète prédit par Moïse au peuple d'Israël en ces termes: Le Seigneur m'a dit: Je leur susciterai un Prophète du milieu de leurs frères ; je lui mettrai mes paroles (Uns la bouche, et il publiera mes volontés (Deut. 18. 18). Aussi, Jésus-Christ lui-même disait-il aux Juifs: Si vous croyiez à- Moïse, vous croiriez aussi à moi, puisqu'il a parlé de moi dans seslivres (Joan. 5. 4(5). Tous les autres Prophètes furent ses disciples, et ils furent envoyés de Dieu principalement afin qu'ils annonçassent au monde ce grand Prophète qui devait venir pour sauver tous les hommes. Ce fut lui, en effet , qui fit connaitre aux hommes le seul vrai Dieu, qui leur apprit à lui rendre le culte qu'il mérite ; qui ouvrit les yeux à ceux qui étaient aveugles; qui enseigna aux adorateurs des fausses divinités qu'il n'y a qu'un Dieu , et que ce Dieu doit seul re-
revoir les hommages et les adorations de toutes les créatures intelligentes et douées de raison. Aussi, vers la fin de sa vie, disait-il à son Père céleste: Je vous ai glorifié sur la terre , et j'ai l'ait connaître votre nom (Joao. 17. 4). Ce fut lui qui proposa aux hommes la conquête du royaume des cicux,qui leur apprit où se trouve la véritable félicité, qui leur enseigna qu'ils devaient non point la chercher dans la vie présente , mais espérer de la posséder dans la vie future. Ce fut lui enfin qui suggéra la manière et les moyens de devenir éternellement heureux ; qui prêcha le mépris des honneurs , des plaisirs et des richesses; qui inculqua l'amour de la pauvreté , des humiliations et des souffrances , et qui, pour faciliter davantage la pratique de ces vertus sublimes , se proposa luimême pour modèle , se faisant pauvre pour désabuser ceux qui couraient avec tant d'avidité après l'or et l'argent, et qui plaçaient toutes leurs espérances dans les trésors périssables; refusant la dignité de roi qui lui était offerte par la multitude pour montrer à ceux qui aspiraient aux charges et aux honneurs combien tout cela est vain et frivole; souffrant toutes sortes d'ignominies pour détruire le préjugé de ceux qui regardaient les affronts comme insupportables; décréditant enfin par son propre exemple, dit saint Augustin, les choses qui, à raison de l'affection que les hommes leur portaient , les empêchaient de faire le bien , et mettant en crédit celles dont la crainte les détournait de l'élude de la vérité (Lib. de Ver. Rel. c. 1G).
10. Outre le caractère de Prophète, notre divin Sauveur eut encore celui de Prêtre, non point selon l'ordre d'Aaron , de qui descendaient, dans l'ancienne loi, les Prêtres de la tribu de Lévi; mais comme le dit le Pioi-Prophète , selon l'ordre de Melchisédech : Tu es sucerdos in œtenmm secundum ordirtein Melchisédech (Psal. 109. 4) ; et comme personne ne peu! s'ingérer dans les fonctions du sacerdoce, à moins qu'il ne soit appelé de Dieu, comme Aaron, à un ministère aussi sublime , ainsi, dit saint Paul (Heb. 5. 4), Jésus-Christ ne s'est point arrogé lui-même la dignité de Pontife , mais cet honneur lui a été conféré par son Père céleste qui lui a dit : Vous été-; mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui. Et, observez ici. avec le même Apôtre, combien le sacerdoce de Jésus-Christ est supérieur à celui des Prêtres de l'ancienne loi. I.e sacerdoce lévitique n'était point stable et perpétuel; il n'avait point été établi avec serinent; au lieu que le sacerdoce de Jésus- Christ est permanent et immuable, et il a été établi avec ser-
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ment, ainsi que le dit le Roi-Prophète : Le Seigneur l'a juré, et son serment ne sera jamais rétracté : Vous êtes Prêtre pour l'éternité (Heb. 7. 20). En outre, le nombre des Prêtres lévitiques devait nécessairement se multiplier , puisque le sacerdoce qui se terminait par la mort de l'un se transférait par succession à un autre. Mais puisque Jésus-Christ existe éternellement, son sacerdoce ne doitjamais finir (Heb. 7. 23). Les Prêtres de l'ancienne loi avaient besoin d'offrir des sacrifices pour leurs propres péchés , et ensuite pour ceux du peuple (ib. v. 27); mais cette nécessité n'existe point pour Jésus- Christ, qui est un Pontife saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, et élevé au plus haut des deux. Enfin, les premiers offraient des victimes qui étaient incapables de purifier les hommes, et de leur obtenir le pardon de leurs crimes, puisqu'il était impossible que le sang des boucs et des taureaux eût assez d'efficacité pour effacer les péchés; c'est pourquoi il était nécessaire qu'on immolât toujours de nouvelles victimes, et qu'on multipliât les sacrifices. Mais Jésus-Christ s'est offert lui-même une seule fois en sacrifice, en mourant sur la croix, et cette seule oblation a été suffisante pour satisfaire à la justice divine pour les péchés de tous les hommes (Heb. 9. 25. et cap. 10).
11. A ces deux caractères de Prophète et de Prêtre qui appartiennent à Jésus-Christ, il faut encore joindre la dignité de Roi; dignité qui lui convient non-seulement en tant qu'il est Dieu, mais encore entant qu'il est homme, et qu'il participe à notre nature (Catech. Rom. part. 1. art. 2. v. 7). C'est en sa personne que le Roi-Prophète disait (Psal. 2. 6) : Je suis établi Roi de Sion. C'est de lui que parla Zacharie, en disant (cap. 9. 9) : Réjouis-toi , ù fille de Sion , tressaille d'allégresse, ô fille de Jérusalem , car voici ton Roi qui vient te visiter. C'est en parlant de lui que l'Ange dit à Marie : 11 régnera éternellement sur la maison de Jacob , et son règne n'aura point de fin (Luc. 1. 33). Règne qui n'est pas temporel et terrestre , mais spirituel et éternel; règne qu'il n'a pas reçu des hommes, quoiqu'il descendit d'une famille royale, mais qu'il a obtenu de son Père céleste qui lui a donné loul le pouvoir, toute l'autorité dont la nature humaine peu! être susceptible. Ce règne est l'Eglise, qu'il gouverne parles lois les plus saintes elles plus douces, qu'il soutient par son secours tout-puissant, qu'il garde et qu'il protège dans les rencontres les plus périlleuses et les plus difficiles, et à laquelle il donne la certitude (pie les portes de l'enfer ne prévaudront jamais
contre elle. Tout attentif à procurer le bien de ses sujets, ce Roi plein de douceur et d'amabilité ne s'épargne point luimême pour travailler à leur bonheur , et pour détruire la puissance tyrannique de leurs ennemis; il est allé jusqu'à sacrifier sa propre vie. Puisqu'il est Roi , Prêtre et Prophète , c'est donc avec raison que l'Eglise l'appelle Christ, à cause de Fonction spirituelle et invisible par laquelle son père céleste l'a destiné à des fonctions si hautes et si sublimes; comme c'est avec raison qu'étant le Rédempteur du genre humain, il est appelé Jésus , pour avoir procuré le salut du monde entier.
12. Si donc ces deux noms, Jésus-Christ, conviennent à si juste titre au Fils de Dieu fait homme, s'ils renferment de si grands mystères, s'ils nous rappellent tant de choses opérées pour uotre bien , avec quels sentiments profonds de respect et de piété ne devons-nous pas les prononcer? Quels sentiments de confiance, de tendresse, d'amour et de reconnaissance ne doivent-ils pas exciter dans, le cœur de tout vrai chrétien? L'apôtre saint Paul nomme deux cent dix-neuf fois Jésus-Christ dans ses Epitrcs, et il ne cesse de prêcher la vertu et la force de ce nom divin. Saint François d'Assise goûtait une joie si douce en le prononçant, qu'il lui semblait avoir dans la bouche la liqueur la plus suave et la plus agréable. Saint Bernard et saint Bernardin de Sienne étaient pénétrés envers lui des sentiments de la dévotion la plus tendre, et ils recommandaient à toutes sortes de personnes de l'invoquer fréquemment. Mais aujourd'hui la plupart des chrétiens prononcent ce nom adorable par coutume, sans respect, et plusieurs le font même avec mépris, comme si ce nom, que les Anges vénèrent, et qui est si terrible aux démons, ne renfermait en lui-même rien qui fût digne de respect, d'honneur et de louanges. Si c'est commettre un sacrilégeque de traiter avec irrévérence les choses saintes, quel horrible sacrilège ne sera-ce pas d'abuser d'un nom, lequel, cl par l'autorité du Père céleste qui l'a imposé à son Fils, et par la dignité de ce divin Fils à qui il appartient, et par la grandeur des mystères qu'il renferme, est tout ce qu'il peut y avoir de pins saint et de plus sacré? Rappelons-nous , mes Frères, que chaque fois que nous prononçons le nom de Jésus-Christ, nous nommons un Homme Dieu, notre Sauveur, notre Maître, notre Pontife et notre Roi: et, apprenant ainsi à prononcer son nom avec respect, à l'invoquer fréquemment et avec confiance, nous mériterons qu'il nous accorde les grâces les plus abondantes en celle vie, et
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qu'il nous lasse participer à sa gloire dans le ciel pendant rélernité.
Sur les paroles du Symbole : Filiam ejus unicwn : Son Fils unique.
Si les paroles de ce second article : El in Jesum Christum, dont se servent les Apôtres pour nous faire connaître le nom propre de Jésus-Christ, et distinguer notre divin Rédempteur de tout autre, si,dis-je, ces paroles nous rappellent de grandes choses, dans celles qui suivent : FiHum ejus um'cuw, par lesquelles ils nous enseignent qu'il est le Fils unique de Dieu, nous sont révélés les plus profonds et les plus sublimes mystères-. Elles nousindiquent aussiles glorieux caractères quilui appartiennent, de Sauveur, de Prophète, de Prêtre, de Roi. Nous y trouvons le fondement des titres admirables dont il jouit, et la véritable source de toute grandeur. Elles nous font souvenir de tout ce que ce Sauveur a fait pour le genre humain ; mais elles nous divulguent, de plus, ce qui a donné à ses actions une valeur infinie. S'il est la lumière du monde, le salut des hommes, le vainqueur de la mort, le triomphateur de l'enfer , il est tel, parce qu'il est le Fils unique de Dieu. Si en lui sont tous les trésors delà sagesse, si son pouvoir est universel et immense dans le ciel et sur la terre, si les créatures l'honorent, si les Anges l'adorent, si les démons le craignent, tout cela lui convient en sa qualité de Fils unique de Dieu. Or. ayant à traiter de cette divine qualité de Fils de Dieu, nous nous garderons bien, mes frères, de raisonner. Les choses que j'ai à vous proposer sont trop sublimes , et notre esprit ne peut y atteindre. Si nous voulions les approfondir, appuyés des forces de la raison humaine, nous serions écrasés sous le poids de tant de gloire, et il nous arriverait aussi à nous ce qui arrive à tant d'hérétiques qui, voulant raisonner sur les mystères divins, selon leurs faibles lumières, et s'étant écartés de la vérité, se sont précipités dans des erreurs grossières , et ont eu de ce divin Fils des idées aussi fausses qu'injurieuses. Qu'il nous suffise donc de connaître ces choses qu'il a plu à Pieu de nous révéler par le moyen des saintes Ecritures el de l'Eglise, et ne prétendons pas pousser la curiosité de nos pensées au-delà des bornes qui sont posées. M'appuyant donc sur la sainte Ecriture et sur l'enseignement de l'Eglise, pénétré de mon insuffisance, je me détermine à vous expliquer
SUR LESICOND ARTICLE DU SYMBOLE, loi
le sens de ces paroles: Je crois en Jésus-Christ Fils unique de liieu, et à vous parler des mystères sublimes qui y sont renfermés.
1. Pour être bien pénétré de cette vérité que Jésus-Christ est Fils de Dieu, il suflit d'ouvrir les livres divins, surtout ceux du Nouveau Testament, où, dans mille endroits différents,cctie glorieuse dénomination lui est accordée. 11 est appelé Fils de Dieu par l'Ange qui annonça à la Vierge Marie qu'elle devait être sa mère (Luc. 1. 35). 11 est appelé Fils de Dieu par le Père éternel lui-même, quand il lut baptisé sur les rives du Jourdain par Jean-Baptiste (Matlh. 2. 17). Et quand, sur le Thabor, il lut merveilleusement transfiguré en présence de saint Pierre, de saint Jacques et de saint Jean (Matlh. 17.7): Maitre, dit Nalhanaël, vous êtes le Fils de Dieu et le roi d'Israël (Joan. 1.4-9). Je crois, Seigneur, dit Marthe, que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde (Joan. 21. 27). Comme tel le reconnut saint Pierre en face de tous le> Ipotres, lorsqu'il fut interrogé par le Rédempteur sur ce qu'on pensait de lui (Matlh. 16. 16). Quelle chose, en effet, dans les livres (les Evangélistes et dans les Epilres des Apôtres, est répétée et inculquée plus souvent que cette vérité que Jésus-Christ est Fils de Dieu (Joan. 5. 5). C'est ce que Jésus-Christ lui-même a si souvent prouvé et par ses paroles et par ses miracles. Aussi, disait-il aux Juifs : Si vous ne voulez pas ajouliM lui à ce que je dis, croyez au moins à mes œuvres (Joan. 10. 38). En effet, la foi chrétienne ne consiste qu'à croire et à confesser que Jésus-Christ est Fils de Dieu (Joan. o. o). Quel est celui qui est victorieux du monde, dit saint Jean, sinon celui qui croit que Jésus-Christ est Fils de Dieu? Celui qui croit à ce divin Fils, a en lui-même le témoignage de Dieu (ibid. v. 10).
2. Mais, en quoi consiste cette qualité de Fils de Dieu, et que prétendent nous l'aire entendre les divines Ecritures par ce I lorieux caractère de Fils de Dieu, dont nous l'honorons? Veulent-elles peut-être faire connaître l'amour spécial avec lequel Dieu le regarde, cette plénitude de grâces dont il l'a enrichi, la multiplicité des laveurs dont il l'a comblé, le considérant comme n'étant point supérieur aux autres hommes, mais seulement au-dessus d'eux par la multitude et la nature des dons qui lui furent accordés par la bonté divine? Je sais que saint Jean parle en ce sens dans son évangile, où il déclare que ceux-là sont enfants de Dieu qui ont reçu le Verbe divin venu en ce monde (Joan 1. 12). C'est ainsi qu'il s'explique
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dans sa première Epitre (c. 3. 1) , où il admire la charité immense du Père divin qui a bien voulu que nous chrétiens, nous soyons appelés et soyons en effet ses enfants ; c'est dans ce sens que parle saint Paul , quand il écrit aux Romains (cap. 8. 14) , que ceux-là sont enfants de Dieu, qui agissent selon l'esprit de Dieu. Dans ces endroits et dans d'autres, où le beau litre d'enfant de Dieu est donné aux hommes, et où Dieu s'appelle leur Père, il s'agit d'une filiation de pure adoption, et la sainte Ecriture, disant que nous étions tous enfants de colère,etquele souverain Auteur de toutes choses nous accorde le droit de pouvoir devenir ses enfants, démontre évidemment que nous ne sommes pas tels par nature, mais que nous ne le devenons que par la grâce (Ep. 2. 3. .loan. 1. 12). Au contraire, quand elle dit que Jésus-Christ est Fils de Dieu, elle nous fait savoir en même temps qu'il l'est d'une manière tout-àfait divine, et d'une filiation qui est seulement propre à lui, et à laquelle personne ne participe, d'une filiation qui n'est pas d'adoption , mais de nature et d'origine. C'est pour cela que le Père éternel l'appela son Fils bien-aimé (Luc. 9. 35), c'est-à-dire non-adoptif, mais son Fils propre, comme s'explique le pape saint Léon (Serai. 94), non créé, mais engendré de lui-même, non d'une autre nature, mais né égal à lui, de sa même essence. C'est pour cela, dit saint Paul (Rom. 8. 32), qu'il n'a pas épargné son propre Fils : et l'apùtre saint Jean, après avoir appelé Jésus-Christ le divin Fils du Père éternel, ajoute qu'il est vrai Dieu et la vie éternelle (1. Jo. 5. 20). 3. Quand donc nous prononçons ces paroles du Symbole : Je crois en Jésus-Christ Fils de Dieu, nous devons croire qu'il est son vrai et propre Fils, non par adoption, mais par nature. Nous devons croire qu'il est ce Fils appelé par saint Paul la splendeur de la gloire et la figure de la substance du Père (Heb. 1 . 3), l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature (Coloss. 1.5); celui qui, ayant la nature divine, peut dire avec raison qu'il était égal à Dieu (Philip. 2. 6), par qui avant toute chose il fut engendré dans les splendeurs des Saints (Psal. 109. 3). Nous devons croire que c'est par lui que fut créé tout ce qui existe sur la terre et dans le ciel, que, sans lui, rien n'existerait; qu'il esl celui dont saint Jean dit que, dans le commencement, c'est-à-dire avant tous les siècles,était le Verbe, que ce Verbe était en Dieu, et que, de plus, il était Dieu (Joan. 1. 1); celui enfin qui procède par voie de génération du Père ; qu'il a la même puissance , la même science , les mêmes perfections et la même essence que lo
Père, et qu'il est la seconde personne de la sainte Trinité. Oui, mes Frères, nous devons croire que Jésus-Christ est ce même Fils uni à la nature humaine , caché ,* selon l'expression de saint Paul, ou plutôt anéanti sous la forme d'esclave (Philip. 2. 7).
4. Pour confirmer cette vérité , les saints Apôtres, après avoir dit que Jésus-Christ est Fils de Dieu, ajoutèrent celte autre parole : Unicum , unique ; en l'appelant Fils unique, ils déclarèrent en quel sens cette filiation divine qui convient à Jésus-Christ doit s'entendre. 11 y a beaucoup d'enfants adoptifs de Dieu. Vous n'avez pas reçu l'esprit de servitude, disait saint Paul aux Romains (cap. 8. 5) , mais vous avez reçu celui de l'adoption d'enfants de Dieu, en vertu duquel voua avez le droit d'appeler Dieu votre Père. C'est pour cette raison que Dieu envoya sur la terre son Fils, dit-il en écrivant aux Galales (cap. 4.5), afin que nous devinssions ses enfants adoptifs. Tout autant d'hommes qui sont régénérés parles eaux saintes du baptême, tout autant sont adoptés pour enfants de Dieu, et comme tels , il les reçoit dans son amitié, il les sanctifie parsa grâce, il les comble de ses dons, et les déclare héritiers de son royaume éternel. Mais ayant une si grande multitude d'enfants adoptifs, il n'a qu'un seulFils naturel, qu'il a produit par une incompréhensible génération, à qui, en l'engendrant, ii communique ses divines perfections et sa nature même. Or, si Jésus-Christ eût été enfant de Dieu par adoption seulement et par grâce, on ne pourrait pas dire qu'il est son unique Fils. Les Apôtres donc , nous apprenant à croire en Jésus-Christ unique Fils de Dieu, nous apprennent à croire qu'il est son vrai Fils, son propre Fils, son Fils naturel.
5. Celle vérité fondamentale établie , il n'est pas difficile d'en faire découler d'autres, qui sont renfermées dans la même. Premièrement, si Jésus-Christ est le vrai et naturel Fils de Dieu, il est donc vrai Dieu, égal à son Père éternel , conséquence qui fut expressément déclarée dans le Symbole de .\icéepar ces paroles: Je crois en Noire-Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Dieu de Dieu , lumière de la lumière, vrai Dieu du vrai Dieu. Ainsi, outre la nature humaine, nous devons encore reconnaître en lui la nature divine; et si nous confessons qu'il est vraiment homme , et semblable à nous, nous devons, d'un autre côté, confesser qu'il est vrai Dieu,consubsianliel à son Père éternel. C'est là ce que ne pouvaient pas ou ne voulaient pas comprendre les Juifs ; ils voyaient qu'il était semblable aux autres
IVi XI!!. INSTRUCTION
hommes ; qu'il agissait comme eux ; qu'il sentait le besoin du repos et de la nourriture, et qu'il était plus dans l'indigence et dans L'abjection que d'autres; aussi ils jugèrent qu'il n'était qu'un homme ordinaire : et, quoiqu'il confirmât par des prodiges étonnants la doctrine qu'il leur prêchait , ils ne voulurent jamais être persuadés qu'il était Dieu, au point que , l'entendant dire que lui et son Père n'étaient qu'une seule et même chose, scandalisés comme s'il eût proféré un grand blasphème, ils prirent des pierres pour le lapider, parce que, disaientils, n'étant qu'un homme, il veut se faire l)ieu(Jo. 10. 33). Nonseulement les Juifs , mais encore beaucoup parmi les chrétiens, embrassant les erreurs impies de Cerinlhe, d'Ebion , d'Arius, deSocin, après avoir faussé le sens des divines Ecritures, eurent l'audace de nier la divinité de .lésus-Christ. Tous ceux-là, ou pour vouloir obstinément suivre leurs préjugés, et l'opinion erronée où ils étaient, que le Messie devait venir avec l'appareil des rois de la terre, ou pour vouloir juger des choses divines selon les pensées de l'esprit humain, et non selon les révélations de l'Ecriture et de la Tradition divine, après avoir perdu la lumière de la vérité, se sont précipités dans d'aussi détestables erreurs. Ils sont aussi inexcusables les uns que les autres: les Juifs sont inexcus^cs, parce qu'ils pouvaient comprendre par les œuvres mêmes de Jésus-Christ qui il était, et connaître que c'était de lui qu'il était question dans les divines Ecritures, et que c'était en lui que les prophéties s'accomplissaient. Si je n'étais pas venu , disait-il lui-même à ses Disciples (lo. 15. 22), et si je ne leur avais pas parlé, ils ne seraient pas coupables ; mais à présent ils sont inexcusables. Si je n'avais pas accompli sous leurs yeux les œuvres admirables de ma puissance , que jamais aucun homme n'a pu faire, ils ne seraient pas coupables de péché. Mais ils les ont vues , et néanmoins ils me haïssent ainsi que mon Père. Les hérétiques sont encore inexcusables, parce que, superbes et raisonneurs, ils ont abandonné la vérité pour suivre les voies du mensonge, et qu'ils ont préféré leurs propres opinions à une doctrine révélée par Jésus-Christ , préchéc par les Apôtres, et enseignée constamment par l'Eglise à tous ses enfants. 6. Or,lcs seules paroles de cet article, par lequel les Apôtres nous enseignent à croire en Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, sont suffisantes pour condamner tous les impies qui combattent audacieusement sa divinité; et nous en les prononçant avec une vive foi , efforçons-nous de délester une erreur qui voudrait ravir à Jésus-Christ sa gloire , et détruire ce qui est lo
SUR LF SECOND ARTICLE DU SYMBOLE. loô
fondement de la religion chrétienne. Car, en confessant qu'il est l'unique Fils de Dieu, nous confessons en même temps qu'il est, non le Fils adoptif de Dieu , mais son véritable Fils , étant constant, d'ailleurs, qu'il y a un grand nombre d'enfants adoptifs , mais qu'il n'appartient qu'au Fils d'être le seul par nature. Et, en croyant qu'il est le véritable Fils de Dieu , nous croyons par là-même qu'il est Dieu; car s'il est Fils naturel, donc Dieu l'a engendré; et s'il l'a engendré, il lui a donc communiqué sa même nature. C'est là l'aveu par lequel le prince des Apôtres (Mallh.16), élevant ses pensées bien au-dessus de celles des hommes de son temps, et découvrant en Jésus- Christ, avec les yeux de la foi, ce qui était dérobé aux yeux du corps, le reconnut pour vrai Dieu, et se mérita l'honneur d'être établi chef de toute l'Église. C'est là la vérité qu'attesta l'apôtre saint Thomas,en disant à Jésus-Christ (Jo. 20): Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu : c'est aussi ce que voulut signifier saint Paul (Col. 2. 9), quand il dit que toute la plénitude de la divinité habile corporellcmenlen Jésus-Christ. Cette déclaration nous fait comprendre facilement le sens de ces passages de la divine Ecriture qui se contredisent en apparence, et dont les hérétiques ont coutume de tant abuser. Sachons que Jésus-CUrist même a dit (Jo. 14.28) que son l'ère est plus grand que lui : mais sachons encore qu'il a dit que tout ce qui appartient à son Père est à lui ; que comme le l'ère ressuscite les morts, et leur rend la vie,de même aussi il rend la vie à qui il lui plait; que comme son Père a la vie en luimême, il participe aussi à cette même vie. Noos n'ignorons pas non plus qu'il a enseigné qu'il est dansle Père, et que son Père est en lui, et que quiconque le voit, voit le Père. Nous savons en- On qu'il se déclaré lui-même égal à Dieu; que, pour cette raison, comme l'atteste saint Jean (5. 18), les Juifs cherchèrent à le lapider. Cette manière de parler,qui semble si différente, ne nous étonne pas, nous qui croyons qu'il y a en Jésus-Christ deux natures: la nature humaine et la nature divine, et qui comprenons facilement que, comme du côté de la nature humaine il est inférieur au Père, de même du côté de la nature divine il lui est égal. Bien plus, cette diversité de langage confirme notre foi, et nous oblige à croire que si Jésus-Christ est vrai homme, parce qu'il avoue lui-même être inférieur à son Père, il est, d'un autre côté, vrai Dieu, parce qu'il se déclare égal au Père.
7. De là, nous dçvons reconnaître en lui deux naissances : l'une temporelle , l'autre éternelle. L'une, d'après laquelle il
s'appelle et est véritablement Fils de l'homme, et l'autre, d'après laquelle ils'appelle Fils de Dieu, l'étant réellement. Il naquit dans le temps, quand il sortit du chaste sein de la Vierge, etqu'il apparut au monde sous la ressemblance d'un pécheur ; mais,avant cette naissance, il était dans le soin de son divin Père, qui l'avait engendré de toute éternité. Le Prophète Miehée(5. 2) parla de ces deux naissances, quand il prédit qu'il devait naUreà Bethléhem; voilà la naissance temporelle; et qu'il prédit que sa génération ewstait dès le commencement, et de toute éternité; voilà l'éternelle. C'est ce que voulait indiquer le précurseur Jean-Baptiste (le. 1. 15), lorsqu'il prèchait,quc quoique Jésus-Christ soit venu au monde après lui , non-seulement ce divin Sauveur est plus que lui, mais qu'il a été avant lui. C'est ce que l'adorable Rédempteur fit connaître, quand il dit qu'il était avant qu'Abraham fût, et quand, en priant son Père, il lui demanda qu'il voulût bien le glorifier de cette gloire dont il jouissait avec lui avant que le monde fût créé. C'est ce qu'enseigne encore saint Jean, dans son Evangile; et si,en déclarant que le Verbe s'estfait chair et a demeuré parmi nous, il nous découvre sa naissance temporelle, en avertissant que, dans le commencement, était le Verbe, que le Verbe était en Dieu, et que le Verbe était Dieu, et que par lui toutes les choses ont été faites, il nous montre son éternelle génération. Loin donc l'impie erreur de ces hérétiques qui admettent, à la vérité, la génération temporelle de Jésus-Christ , mais qui ne veulent pas admettre l'éternelle. De même que la foi nous enseigne qu'il est non-seulement le Fils de l'homme , mais qu'il est encore le Fils de Dieu, ainsi devons-nous croire qu'il est né dansle temps, comme Fils de l'homme , de la race du roi David, et qu'avant les temps, comme Fils de Dieu de toute éternité, il a été engendré parle Père.
8. Et ici , mes Frères , qu'il ne vous vienne pas dans la pensée de me demander que je vous rende raison, ou au moins que je vous explique cette génération éternelle de Jésus-Christ. Elle est trop au-dessus de nos faibles lumières , et le prophète Isaïe (53. 8) dit qu'elle est ineffable. II n'y a rien, parmi les créalurcs,qui puisse nous en donner une idée ou nous en fournir un exemple. Nous aurons beau le chercher et sur la terre et dans le ciel, tous nos efforts seront inutiles. Qu'il ne nous paraisse pas étonnant, dit saint Cyrille de Jérusalem (Cath. 11.), que nous, mortels, ne puissions pas la comprendre, puisque les Anges mêmes les plus élevés ne le peuvent. 11 n'est persouue , dit saint Paul (1. Corinth. 2), qui soit cap*
ble de connaître la profondeur des choses divines, sinon l'esprit de Dieu: et grande serait la témérité de celui qui , ignorant encore beaucoup de ces choses que Dieu a révélées, voudrait scruter avec trop de curiosité ce que le Saint-Esprit n'a pas voulu manifester. Qu'il vous suffise donc de savoir que Jésus-Christ, qui s'est fait Fils de l'homme dans le temps, est vrai Fils de Dieu , engendré parle Père avant tous les siècles. Qu'il nous suffise de savoir que, dans cette admirable génération éternelle, il n'y a rien d'imparfait, que, bien différemment de ce qui a lieu dans les générations humaines si fugitives, le Père fut toujours Père, qu'il ne perdit rien en engendrant son Fils de sa propre substance ; que le Fils n'est pas postérieur au Père, mais éternel comme lui, que ce Fils est la Sagesse , le Verbe, la Parole du Père , mais parole non accidentelle comme la nôtre, mais substantielle ; qu'il est vrai Dieu ; qu'il tire son origine de Dieu, et que, bien qu'il soit une personne distincte du Père, il a cependant avec lui la même divinité ; qu'il nous suffise enfin de savoir que , dans celte adorable génération, il n'y a rien de terrestre, rien de transitoire. File est toute spirituelle , continue saint Cyrille, puisque Dieu est un pur esprit, elle n'a ni commencement, ni progrès , ni fin , parce que celui qui engendre, et celui qui est engendré ont toujours été et seront toujours ce qu'ils sont.
9. Je vous ferai remarquer que , s'il y a deux natures en Jésus-Christ : la nature divine, existant de toute éternité . et la nature humaine, engendrée dans le temps par sa sainte Mère, il n'y a pas deux personnes en lui. Ce fut là l'hérésie de l'impie Nestorius , condamnée par l'Eglise catholique , comme étant en contradiction avec ce qu'exprime la sainte Ecriture, et comme anéantissant le mystère de l'Incarnation. Loin donc de nous cette erreur ! Quoique nous croyions qu'il y ait deux natures et deux naissances dans Jésus-Christ , nous devons cependant être convaincus qu'il n'y a pas en lui doux personnes, mais une seule, qui est la personne divine ; qu'il n'y a pas deux Fils : l'un Dieu, et l'autre homme ; un engendré de toute éternité parle Père éternel, l'autre engendré par la Mère dans le temps, mais un seul Fils, et un seul Jésus- Christ égal au Père selon la divinité, inférieur au Père quant à l'humanité. Nous devons croire que celui qui est vraiment Fils de Dieu, est aussi vraiment Fils de l'homme ; qu'il est dans le sein de son Père immense, tout-puissant, impassible , qu'il s'est fait dans le sein de sa mère peliL faible et mor-
tel. Il n'y a qu'un seul Père, dit l'Apôtre (I. Cor. 8. 6), do qui procèdent toutes choses ; et il n'y a qu'un seul Fils, Jésus- Christ Notre-Seigncur, par qui toute chose a reçu son être. C'est ce qui a fait dire aux Pères du concile de Chalcédoine : « Nous déclarons qu'il n'y a qu'un seul et même Jésus-Chris!, » Fils, Seigneur, Fils unique, en deux maures , mais insé- » parablemenl, sans confusion, indrïsiblomont. et sans chan- » gemenl. »
10. Si vous désirez que j'appuie cette vérité de quelque exemple, je ne puis en trouver qui aille mieux à mon but que celui que je trouve dans le Symbole de saint Alhanasc. Deux choses bien différentes concourent à former l'homme : l'âme et le corps. L'âme qui est spirituelle, et le corps qui est matériel ; l'âme qui est intelligente, et le corps qui c.-t privé d'entendement ; l'âme qui se rapproche de la nature des Anges, et le corps qui se rapproche de celledes bêtes. Cependant ce corps et celte âme réunis ne sont pas deux hommes , mais un homme seul; l'homme qui pense n'est pas différent de l'homme qui mange ; l'homme qui converse et qui raisonne nel'est pas dei'hommc qui travaille, mais un seul et même homme accomplit ces diverses opération-, qui sont si étrangères les unes Pix autres. De même aussi, quoiqu'il y ait en Jésus-Christ ceux natures distinctes, et bien différe;ites L'une de l'autre, qui sont la nature divine et la nature humaine , cependant il n'y a pas deux Jésus-Christ, mais un seul Jésus- Christ, el celti qui souffre la faim, est le même qui multiplie les pains dans le désert; celui qui est épuisé de fatigue est aussi celui qui ressuscite les morts; celui qui meurt sur une croix n'est pas un autre que celui qui sort glorieux du tombeau, mais c'est le même Jésus-Christ qui opère ces diverses œuvres. C'est Jésus-Christ qui gémit, qui souffre comme homme, el qui, sur le Thabor , se transligure comme Dieu ; c'est Jésus-Christ qui est crucifié sur le Calvaire, qui s'y montre vrai homme, et qui, du haut du mont des Olives, relève dans les cieux, en donnant par-là des preuves irréfragables dosa divinité. Et si quelqu'un voulait trop approfondir comment il peut se faire que la divinité unie à l'humanité ne soit qu'une seule personne el un seul Jésus-Christ, je lui dirais avec saint Augustin (Episl.137. ad Volus. c. 3) qu'il veuille bien m'expliquer et me faire comprendre comment de l'âme unie au corps, il ne résulte qu'une seide personne et un seul homme. C'est ce qu'opèrent tous les jours, dit le même saint Docteur, la sagesse et la puissance de Dieu dan» r ta création
SUR LE SZCOISD ARTICLE DU SYMBOMt. lût)
des hommes, et c'est ce qui n'a été fait qu'une fois pour leur rédemption.
1 1 . De même donc que celui-là serait un insensé, qui aurait l'audace de nier ce qui arrive dans l'homme, parce qu'il est incapable dé le comprendre ; celui-là le serait pareillement qui oserait nier et révoquer en doute ce que la foi nous enseigne concernant Jésus-Christ, parce qu'on ne peut ni le connaître par les forces de l'esprit humain, ni l'expliquer. L'union des deux substances, spirituelle et corporelle, qui sont dans l'homme, est un mystère dans l'ordre naturel, et pareillement aussi l'union en Jésus-Christ de la nature divine et de la nature humaine en est un autre dans l'ordre surnaturel. Celle-là est si propre à l'homme, que, hors de lui, on ne peut en trouver une qui loi ressemble. Celle-ci est tellement propre à Jésus-Christ, que, hors de lui, il est impossible d'en trouver un exemple. Union non-seulement d'affection, telle qu'elle a coutume d'exister parmi des amis, non de. pure assistance , telle qu'est celle des Anges, quand ils prennent une forme corporelle , non morale et extrinsèque , non de présence seule, mais union personnelle, et, comme l'appellent les Théologiens, hyposlalique, en vertu de laquelle le Verbe divin restant ce qu'il était, et devenant ce qu'il n'était pas, s'unit réellement et intimement à l'humanité, sans confusion de substance, mais dans l'unité de personne, et se fit vraiment homme. Cette union est le fondement de ces grandes vérités que les Apôtres nous proposent dans cet article, et que j'ai expliquées dans celte instruction le mieux qu'il m'a été possible de faire. Car si, dans la seule personne du Verbe, sont unies en Jésus- Christ la nature divine et la nature humaine, nous devons conséquemment croire qu'il est un seul Christ, non deux Christ, qu'il est Fils de Dieu, non adoplif, mais naturel, et qu'il est engendré éternellement du Père , avant de naître d'une mère dans le temps.
12. Et ici , permettez-moi, qu'avant de finir, je vous fasse ohservcr en peu de mots la grande miséricorde de .Jésus- Christ et l'excès d'amour qu'il nous a témoigné. Lui qui, étant l'unique Fils de Dieu, ne peut avoir un autre frère qui lui soit égal, a voulu nous honorer du glorieux privilège de devenir ses frères. Il nous a obtenu de son l'ère éternel la faveur d'être adoptés pour ses enfants, et quant à lui, il veut bien nous donner le nom de frères , et il nous considère comme tels. 11 était seul Fils de Dieu, dit saint \ugustin (Tract. 2. in Joan.), et il n'a pas voulu l'être seul, afin que l'homme sa»
1G0 Xlll. INSTRUCTION
quilde Dieu par la grâce; il a voulu naître de l'homme, lia effacé nos fautes avec son sang , et, après avoir anéanti et écarté ce qui était un obstacle à cette divine adoption, il nous a procuré l'avantage de devenir enfants de Dieu, et ses frères; de plus il nous appelle à partager avec lui son royaume éternel. Soyons donc les frères de Jésus-Christ , autant que nous sommes par grâce les enfants de Dieu dont il est le Fils par nature ; c'est ce qui fait que l'Apôtre (Rom. 8, ) l'appelle le premier-né parmi tous ses frères. Cette grâce et cette grande prérogative qu'il nous a conférée d'être ses frères, n'appartient pas aux Anges, dont il n'a jamais pris la nature, tandis que nous, nous pouvons dire que Jésus-Christ est notre chair et notre frère; car, quant à la substance corporelle, lui et nous, nous descendons d'Adam. Tant celui qui sanctifie que ceux qui sont sanctifiés, dit saint Paul (Hebr. 2), tous tirent l'origine d'un seul; c'est pour celte raison que ce divin Sauveur ne rougit pas de les appeler ses frères.
13. Or, si nous avons reçu une faveur si inestimable que celle d'être les enfants adoplifsde Dieu elles frères de Jésus-Christ, avec quel soin ne devons-nous pas conserver cette grâce , et avec quelles précautions ne devons-nous pas nous garantir des œuvres qui peuvent déshonorer un si noble caractère ! Et cependant, combien n'en est-il pas, parmi nous , qui vivant selon l'esprit du monde, au lieu de vivre selon l'esprit de Jésus-Christ , préfèrent à l'amitié et à la qualité de Fils de Dieu l'amitié d? ce siècle! Ah! de grâce! ne suivons pas, mes Frères, ne suivons pas l'indigne conduite de ces faux chrétiens! Soyons les imitateurs de Dieu, puisque nous sommes ses enfants chéris , et efforçons-nous de ressembler à Jésus-Christ comme de bons frères. 11 est descendu sur la terre pour détruire les œuvres de la chair, et il nous a enseigné à vivre selon Pesprit. Marchons donc selon l'esprit, gardons-nous bien de condescendre aux désirs de la chair et de nous guider d'après nos passions. Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ, dit l'Apôtre (Gai. 5.), ont crucifié leur chair avec ses convoitises. Celui qui est né deDieu ne pèche pas, et c'est par l'une ou l'autre conduite qu'on se montre enfant de Pieu, ou enfant du démon. Celui qui n'est pas juste D'est pas de Dieu. Faisons donc des œuvres qui témoignent que nous sommes les enfants, elles frères de Jésus-Christ, afin que les hommes prennent delà occasion de glorifier noire Père qui est dans les cieux. Et quelles sont ces œuvres? Celles V-ie saint Paul appelle les fruits de l'esprit, et qui cousis-
SUR LE SECOND ARTICLE DU SYMBOLE. lui
tout dans la charité , la joie , la paix, la patience , la bénignité, la douceur, la foi, la modestie, la continence, la chasteté! Ces œuvres démontreront que nous sommes les enfants de Dieu, et en conséquence les héritiers et les cohéritiers de Jésus-Christ; et, nous faisant partager en ce monde les souffrances auxquelles il est condamné lui-même , elles nous feront entrer un jour en partage de sa gloire dans le paradis. Ainsi soit-il.