‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 3)Chapitre 27 sur 45 · QUATORZIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME INSTRUCTION

Sur les paroles : Dominum noiirum : Noire-Seigneur.

Le titre de Seigneur et de Maître, qui doit faire aujourd'hui le sujet de nos réflexions, convient à Jésus-Christ, soit qu'on le considère comme Dieu, ou qu'un l'envisage comme homme. Nous devons le reconnaître pour notre Seigneur et pour notre Maître en tant qu'il est véritablement le Fils de Dieu par nature, puisque ayant les mêmes perfections et la même essence que son l'ère, étant vrai Dieu comme son l'ère, ne faisant avee lui qu'un seul et même Dieu, il est, aussi bien que sou Père, le maître absolu de toutes choses. Mais nous devons pareillement le reconnaître comme notre Seigneur et notre Maître entant qu'il est homme, soit parce qu'il a été établi Maître et Seigneur de toutes choses par l'union hypostatique de la nature humaine avec la nature divine, soit parce qu'il s'est acquis par sa mort ce droit de souveraineté sur les hommes. Considérons, en premier lieu, ces justes litres qui constituent Jésus- Christ notre Mailre, et nous envisagerons ensuite l'obligation que cette qualité nous impose de le respecter , de l'aimer et de lui obéir.

1 . 11 nous est impossible de croire que Jésus-Christ est le FUs unique et véritable de Dieu, sans croire en même temps qu'il est notre Maitre suprême et légitime. Comme Fils de Dieu, axant la même nature que son l'ère, et étant vrai Dieu comme lui, il peut dire avec vérité (Joan. 17) : Tout ce qui est à moi, csl à mon Père; et tout ce qui est à mon l'ère, est à moi. Et par conséquent, comme le titre de Seigneur et de Maitre convient à Dieu le Père, il convient pareillement à Jésus-Christ. Je dis qu'il lui convient comme au Père , pour montrer qu'il n'est pas Maitre et Seigneur delà même manière que le sont le> hommes que la divine Providence a élevés au-dessus des autres, et qui n'ont qu'une autorité limitée et dépendante do

la suprême autorité divine. Jésus-Christ, comme Fils de Dieu, a une domination qui n'est propre qu'à Dieu même, une domination illimitée qui s'étend sur tous les êtres, une domination indépendante et sans subordination, parée qu'elle est la source de toute domination et de tout pouvoir. En effet, si le Père est souverain Seigneur et Maitre de toutes choses, parce qu'il a tout créé, le Fils l'est pareillement et pour la même raison, puisque tout a été fait par lui, comme dit saint Jean (1 . 3) , et que rien de tout ce qui a été fait, n'a été fait sans lui. Y a-t-il une créature qui puisse dire qu'elle a eu son existence indépendamment de ce divin Fils? .Non , il n'en est aucune. Ces! parlai, dit saint Paul (Coloss. 1 . 16) , que tout a été créé dan. le ciel et sur la terre, les choses visibles comme les invisible-, les Trônes, les Dominations, les Principautés et les Puissances. Tout a été créé par lui et en lui, et c'est par lui et en lui que toutes choses subsistent. Et il conclut avec vérité, dans un autre endroit (1 . Cor. 8. 8), que, comme il n'y a qu'un seul Dieu le Père, duquel toutes choses tiennent leur être, de même il n'y a qu'un seul Seigneur Jésus-Christ . par qui toutes choses ont été faites.

"2. Que si Jésus-Chrisl, comme Dieu, est, par titre de créalion, le Seigneur et le Maitre de toutes les créatures, il est, comme Homme-Dieu, d'une manière spéciale, notre Seigneur et notre Maitre, en vertu du droit particulier qu'il a acquis sur nous par litre de rédemption. Nous étions tous les malheureux esclaves du démon, qui nous opprimait sous sa tyrannie, de telle sorte qu'il nous était impossible de secouer son joug et de briser nos chaînes. Quel pie injuste que fût l'empire qu'il avait usurpé sur nous , nous n'en étions cependant ni moins esclaves, ni moins infortunés. Ce fut Jésus-Christ qui, pour nous mettre en liberté , déclara la guerre à cet orgueilleux tyran, qui le combattit avec vigueur, et qui remporta sur lui un glorieux triomphe. 11 vainquit ce fort armé qui dominait paisiblement sur la terre, il lui ôta les armes dans lesquelles il mettait sa confiance, et il distribua ses dépouilles. H chassa hors de sou empire le prince de ce monde, et se rendit maitre de toutes choses. M dépouilla les puissances des ténèbres, el avant pris et enchainé le dragon . l'ancien serpent, le serpent infernal qui est Satan, il ferma sur lui les portes de l'abime, afin qu'il ne séduisit plus désormais les nations. Ainsi dît saint Paul (Hebr. 2. 14), celui qui avait l'empire de la moi/, riant détruit, les hommes, que la crainte de la mort tenait toute leur vie dans la servitude, furent mis en liberté; nous fûmes

SUR Li: SSCORD ARTICLE 1)1) SYJJR î.r ' «1

par-là même délivres de la puissance du démon, ot transférés

dans le royaume du Fils de Dieu.

3.Et que ne lui en a -l-il pas coûté pour nous obtenir noire délivrance? Celui, dit saint Bernard (de Dilig. Dco, c. 5) , qui par une seule parole, nous adonné l'être, a du, pour nous racheter, en proférer un grand nombre, opérer des prodiges, endurer bien des peines, et non-seulement des peines, mais encore des humiliations et des opprobres : Qui me lantùm, et semel âicendo feciL, inreficiendo proj'ectà et dixil mulla, et gessit mira, et pcrtulit dura, ner (untùm dura, sccl letindigna. S'il nous a arrachés des mains du démon, et mis en liberté , il l'a fait à force d'humiliations, de souffrances et de croix. S'il nous a rachetés, c'est au prix de son propre sang. S'il nous a donne le salut et la vie, c'est en sacrifiant la sienne propre. En un mot, ses triomphes, son règne et sa gloire sont le fruit de sa mort, et si nous sommes devenus son peuple et son héritage, il nous a acquis en mourant sur une croix (t. Petr. 2. 10). Il s'est abaisse, dit l'Apôtre (Philip. 2. 8) ,en se rendant obéis- F.anl jusqu'à la mort de la croix ; c'est pourquoi I Heu l'a élevé audessus de toutes choses, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tous les noms, afin qu'an nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus est dans la gloire do Dieu son Père. Or, si un vainqueur devient le maître de tout ce qu'une guerre juste fait tomber entre ses mains, quel titre de souveri h été pïos légitime que celui que Jésus-Christ a acquis sur nous par nue guerre qu'il a entreprise pour nous sauver, et par une victoire qui lui a coûte son sang et sa vie.' C'est pour cela que saint Pierre nous appelle un peuple eoitquis(l. m. 2) ; puisque nous avons été rachetés, non au prix de l'or et de l'argent* mais par le sang précieux de l'Agneau sans tache. k:>ir> Christ; ce qui a fait dire à saint Paul que n(tu » ne sommes plus à iious , mais à Jésus-Christ, qui nous a rachetés à un si grand prix (I. Cor. 5. 10).

4. Jésus-Christ, comme Dieu, et comme Homme-Dieu, et par le litre de création, et par celui de rédemption, est donc notre Seigneur et notre Maître, et nous, par une conséquence nécessaire, nous sommes ses sujets et ses serviteurs, puisque c'est de lui et par lui que nous avons reçu l'être, la liberté et le salut. Quiconque, dit saint Paul 1. Cor. 7.22 . est appelé au service de Jésus-Christ, devient, quoique étant ';'•■ • I viteur de Jésus-Christ. Servitude bien glorieuse, puisqu'elle nous établit les sujets du monarque le plus grand, le plus ri

che, le plus sage, le plus puissant qui ait jamais été, d'un roi à qui tout pouvoir a été donné dans le ciel et sur la terre, à qui appartient toute bénédiction, tout honneur et toute gloire, dont le règne est de tous les siècles et s'étend sur toutes les générations, dont la puissance est une puissance éternelle qui ne lui sera jamais enlevée, dont l'empire ne sera jamais anéanti; servitude heureuse, puisque en elle se trouve la véritable liberté, puisqu'elle nous unit par les liens de la charité à un maitre si plein d'amour et de libéralité , qui répand à pleines mains les trésors de ses grâces sur ses serviteurs en celte vie, et qui les fait participera sa gloire en l'autre; servitude dont les Apôtres se faisaient le plus grand honneur, ne s'appetant pas autrement que les serviteurs de Jésus-Christ ; servitude enfin à laquelle nous nous sommes assujettis dans le baptême, alors que, renonçant au démon et à ses œuvres, au monde et à ses vanités, à la chair et à ses convoitises, nous avons promis solennellement à la face du ciel et de la terre que nous ne reconnaîtrions jamais d'autre maitre que .lésus-Christ.

5. S'il est notre Maitre et que nous soyons ses serviteurs, nous devons donc avoir pour lui le respect, l'amour et l'obéissance qu'un bon sujet est tenu d'avoir envers son maitre et son seigneur. Nous devons en premier lieu le respecter , et il faut que notre respect soit accompagné d'une sainte crainte et d'une humble soumission. 11 est un maitre puissant qui peut perdre éternellement l'âme et le corps; un maitre <;ui, ayant été établi de Dieu juge des vivants et des morts, doit un jour venir environné de toute la splendeur de sa majesté, pour juger les hommes. Quel motif plus juste et plus puissant pouvonsnous avoir de le craindre et de nous humilier devant ui? Aussi nous dit-il lui-même que son Père ne juge personne; mais qu'il adonné au Fils tout pouvoir de juger, afin <;ue tous honorent le Fils comme ils honorent le Père(Joan.5.22). Il est «m Maitre sous les pieds duquel Dieu a mis toutes •lioses, et dont la dignité surpasse infiniment non-seulemein celle de Moïse, mais encore celle des Anges; un Maitre qui reçoit dans le ciel les honneurs, les louanges, les bénédictions des esprits bienheureux qui l'appellent le Seigneur des puissances et le Fioi de la gloire. Comment donc ne respecterions-nous pas nous-mêmes non-seulement sa personne adorable, mais encore tout ce qui lui appartient? Comment ne le respecterions-nous pas et dans les églises où il fait sa demeure , et dans nos supérieurs qui sont ses images, et dans les Prêtres qui sont ses ministres, et dans les pauvres qui représentent sa personne,

SUR LE SECOND ARTICLE DU SYMBOLE. IGo

el dans tous les fidèles, qui sont les membres de son corps mystique?

G. Si la grandeur et la majesté de ce divin Maitre exige de nous un respect mêlé de crainte el d'humilité, sa bonté incompréhensible demande aussi de notre part l'amour le plus sincère el le plus constant. Tout ce qu'il a fait sur la terre , ce n'est point pour lui qu'il l'a fait, puisqu'il n'avait aucun besoin de nous, mais c'est uniquement pour notre bien. C'est pour notre bien qu'il est descendu du ciel, qu'il s'est abaissé jusqu'à se faire semblable à nous, jusqu'à paraître dans le monde sous les apparences d'un pécheur. C'est pour notre bien qu'il s'est revêtu de nos infirmités , et qu'il a payé les dettes immenses dont nous étions chargés envers la justice de sonPère. C'est pour noire bien qu'il a répandu tout son sang,e1 sacrifié sa vie sur une croix. 11 ne s'est pas borné à ce qu'il a fait pour nous sur la terre ; maintenant encore qu'il est dans la gloire , il tient sans cesse les yeux fixes sur nous ; étant assis à la droite deson Père , il a toujours à cœur notre salut, toujours il s'intéresse à notre félicité. Qui n'aimerait pas un maitre si plein de bonté et d'amour? Oui ne dirait pas avec l'Apôtre (Rom. 8): Quelle chose sera capable de me séparer de l'amour de Jésus-Christ? Seraient-celes tribulations, lu détresse, la faim, le dénùmen! de toutes chose-;, les dangers , les persécutions ? Non. je suis certain que ni la mort, ni la vie, ni les \nges, ni les Principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les choses à venir , ni aucune créature ne pourront jamais me séparer de l'amour de Jésus-Christ. Ce fiit l'amour ardent, dont ils brûlaient pour ce bon Maitre, qui porta les Martyrs à répandre leur sang pour sa gloire, les Confesseurs à défendre sa religion, les Vierges à lui consacrer leur cœur sans partage , tous les saints à ne vivre que pour lui. Ce fut ce même amour qui dicta à saint Polycarpe celle belle réponse qu'il fit à son juge qui le sollicitait derenoncer à sa foi et de renier Jésus-Christ : Comment pourrais-je le faire ? lui dit-il ; il va soixante et dix ans que je le sers, et il ne m'a jamais (ait aucun mal; il m'a comblé, au contraire, de toutes sortes de biens. Pourrais-je me résoudre à être jamais infidèle et ingrat envers un si bon Maitre ?

7. Enfin, outre le respect et l'amour , nous lui devons l'obéissance. S'il est infiniment bon, il est aussi infiniment sage. II ne nous commande rien qui ne soit juste et raisonnable. 11 ne nous impose aucun précepte dont l'accomplissement nous soit impossible. Ses commandements ne sont oi au-dessus de nous, ni loin de nous ; ils ne sont ni dans le ciel, ni au-delà des meri •

Us sont ennous ; la nature même tes a gravésdacs iiolre cœur. 11 nous a délivrés de cette multitude d'observances prescrites dans l'ancien Testament; et à la loi de Moïse, loi de crainteet de servitude, il a substitué la lui de son Evangile, qui est une loi de grà-'C et de liberté. Le joug qu'il nous a imposé est un joug doux et léger ( Matlh. il . 30.); et, pour l'adoucir encore , il a voulu le porter lui-même , et il a commencé par faire ce qu'il nous a commandé. Non-seulement ilnous anime par ses exemples, il nous aide encore à porter ce joug,en nous fortifiant par sa grâce, et en nous encourageant par mille consolations intérieures. Quel maître osa jamais de tant de bonté, de tant deprévenanecs envers ses serviteurs? Ne serait-ce donc pas se rendre coupable de la plus noire trahison, que d'abandonner un tel maître , sous le faux prétexte que son service est trop pénible, pour passer à celui de son ennemi ?

8. Etcependant,combien de chrétiens font cet outrage à Jésus-Christ notre Seigneur et notre bon Maître ! Combien qui, nprès lui avoir juré fidélité dans leur baptême et dans bien d'autres circonstances , l'abandonnent ensuite, refusent de le servir pour se rendre les esclaves volontaires du démon ! Cet ennemi déclaré de Jésus-Christ ne pouvant anéantir le règne de ce divin Sauveur établi sur les ruines du sien , cherche autant quïl est en lui à en diminuer au moins la gloire. en attirant de tout son pouvoir les hommes à sa suite. Pour y réussir, il se ligue avec le monde et avec la chair ; il emploie toutes sortes de moyens, de ruses et de stratagèmes pour faire croire aux hommes que le joug de Jésus-Christ est insupportable , et qu'il est impossible de mettre en pratique ses saintes maximes. 11 leur représente le christianisme sous un point de vue horrible , afinde nous en détourner, de nous décourager et de nous faire tomber dans le désespoir. Et combien qui, se laissant séduire par ses artifices, deviennent malheureusement des traîtres et des prévaricateurs! Jésus-Christ a beau leur dire: Apprenez de moi que je suis doux et humble de came, et vous trouverez le repos de votre âme , parce que mon jougest plein de douceur, et que le poids que je vous impose es! léger ; la plupart n'écoutent point ses paroles, restent sourds à sa voix divine, et, selaissant gagner par l'esprit séducteur qui leur persuade qu'il n'y a rien de plus doux que de suivre ses penchants déréglés , ils abandonnent le maître le plus aimable , pour se livrer au plus crue1 des tyrans. Min de détromper ceux qui auraient déjà été pervertis , et de fortifier ceux qui jusqu'à ce moment sont demeurés fidèles à Jésus-Christ, je

Veux vous exposer d'une manière distincte, d'un côté, les promesses que le démon l'ait à ses sectateurs, et les récompenses qu'il leur met devant les yeux , et, d'un autre côté , les promesses et les récompenses que Jésus-Christ présente à ceux qui le servent avec fidélité , afin qu'aucun ne se laisse désormais séduire parla vue d'une félicité fausse et apparente , au point d'abandonner son maître légitime ; et que ceux qui, pour leur malheur, se seraient déjà séparés de lui , retournent au plus tôt à son service.

9. Que promet donc le démon à ses partisans ?ll est le père du mensonge , et son occupation continuelle est de mentir et de tromper; il n'est le maître de rien, et, par conséquent, il ne peut rien donner. 11 promet, à la vérité, de grandes richesses, de grands honneurs, des plaisirs et dn^, divertissements à ceux qui, oubliant la loi de Dieu, se livreront à leurs passions , et suivront en toutes choses leur propre volonté. Mais que sont cc> biens? Des biens faux et apparents, des biens mêlés de tant d'amertumes, de tant d'inquiétudes , de tant de maux , que jamais on ne peut seulement parvenir à goûter la fausse douceur qui en couvre la surface. 11 promet des richesses ; mais combien n'en coùte-t-il pas de fatigues pour les acquérir? Combien de sollicitudes pour les conserver ? Combien de regrets lorsqu'il faut les quitter? Notre divin Sauveur eut bien raison de les comparer (Luc. 8. 4.) à des épines, qui ne font rien autre quenous piquer etnous arrêter dans notre route. Le démon promet des honneurs, des louanges et des applaudissements ; mais que sont les honneurs.les louanges et les applaudissements du monde, oùla vertuct le mérite sont inconnus, où l'on ne voit jégnerqucla passion et l'intérêt, où chacun juge selon son humeur et son caprice? 11 promet enfin des plaisirs ; mais il ne donne ensuite que des peines cl des afflictions. Et quels plaisirs peuvent goûter les pécheurs , qui ne soient pas accompagnés de repentir, de tristesse et de remords? Et., «vaut de parvenir à contenter leurs passions, que de dangers n'ont-ils pas à essuyer, que d'obstacles n'onl-ils pas à surmonter, et combien de peines n'ont-ils pas à endurer? Outre cela , combien qui abrègent leurs jours . et qui perdent même la vie , tandis qu'ils cherchent à se rendre heureux en assouvissant leurs passions !

10. .lésus-Christ, au contraire, ne nous promet ni cesfauxbiens, ni ces plaisirs criminels,ni ces vains honneurs. 11 nous promet et nous donne,si nous le servons avec fidélité , ses douces consolalions,la paix et la tranquillité de l'esprit,la joie du cœur, bonheur

iiiS XIV. INSTRUCTION

qui ne peutse comparer à tous les bonheurs Ou inonde, à tous les plaisirs des sens; félicité qui est un rayon de celle dont les bienheureux jouissent dans le séjour de la gloire. 11 est vrai que le service de Jésus-Christ exige quelques peines. 11 faut porter les petites croix dont il nous charge , surmonter la difficulté qu'il y a à se vaincre soi-même, à résister à ses inclinations , à mortifier ses passions ; il faut se priver de certaines satisfactions, de certains plaisirs ; il faut combattre les tentations , surmonter le respect humain , fuir la compagnie des méchaiÂs. Mais combien toutes ces peines sont adoucies parla présence de Jésus-Christ qui nous anime par ses exemples, et nous fortifie par sa grâce ! Oui pourrait exprimer la joie intérieure, les consolations, les douceurs qu'il lait éprouver à ceux qui savent se vaincre pour son amour ? Consolations et douceurs qui changent la douleur en plaisir, les peines en joie , cette vallée de larmes en un paradis de délices. Consolations qui rendent la pauvreté aimable , les mortifications agréables , les fatigues légères, les peines supportables. Consolations qui faisaient dire au Roi-Prophète (Psal. 72): Oh '.que le Dieu d'Israël est bon envers ceux qui ont le cœur droit! Et ailleurs (Psal. 18) : Les préceptes du Seigneur sont plus désirables que l'or et les pierres précieuses; ils sont plus doux que le lait et le miel: la récompense lapins magnifique est promise à celui qui sera fidèle à les observer. Ces consolations intérieures et ces faveurs spirituelles sont ce centuple que Jésus-Christ donne à ceux qui se détachent du monde pour le suivre ; car, placées vis-à-vis des biens extérieurs et sensibles , elles sont , dit saint Jérôme, comme le nombre cent comparé à l'unité (lib. 3. in Matin, c. 29).

11. Mais si le démon ne peut donner aucun bien réel à ses partisans en cette vie , peut-être leur réserve-t-fl quelque grande récompense dans la vie future. Ah! celui qui sert le démon , et qui, pour lui obéir, vit selon les lois du inonde et selon les désirs de la chair, ne doil s*allendre qu'à être éternellement malheureux. Des supplices affreux, des tourments horribles, des flammes qui ne s'éteindront jamais, un ver rongeur qui dévorera sans cesse, voilà ce que le démon peut donner en l'autre vie à ses serviteurs. Un enfer de peines est la récompense qu'il réserve et qu'il donne à ceux qui le servent. Ce séjour de la confusion et de la mort éternelle est le prix de leurs services; et, s'il use de tant d'artifices, s'il emploie tant de ruses, s'il présente aux hommes tant de vains appas, pour les tenir attaches à son parti, il De cher-

che en tout cela qu'à précipiter ces infortunés dans le plus affreux des malheurs. Peut-on trouver un maître plus cruel, peut-on voir une plus noire trahison?

12. Notre divin Sauveur, au contraire, promet et donne à ceux qui le servent une félicité sans bornes, une éternité de joie et de bonheur. 11 proteste qu'il veut surabondamment nous dédommager de tous nos travaux, cl même de toutes les saintes pensées et de tous les bons désirs que nous aurons eus de bien suivre ses préceptes, ses conseils et ses exemples. 11 nous déclare qu'il tiendra un compte exact de toutes les actions que nous aurons faites pour sa gloire , et qu'un verre d'eau froide donné à un pauvre par amour pour lui aura sa récompense spéciale dans le ciel (Matlh. 10). 11 proteste ( Joan. 12. 26 ) que si nous sommes fidèles à le suivre , il nous élèvera à la gloire, et que son serviteur sera là où il est lui-même. 11 montre à nos regards ce beau paradis, ces trônes resplendissants qui nous sont préparés, et où nous occuperons un rang plus ou moins distingué, selon que nous nous serons signalés plus ou moins dans nos combats cl dan- les victoires que nous aurons remportées sur nos ennemis elles siens. Enfin la récompense qu'il nous préparc est si grande, que l'œil n'a jamais vu, dit saint Paul, que l'oreille n'a jamais entendu , que l'esprit humain ne peut concevoir ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment ; ce qui faisait dire encore au grand Apôtre (Rom. 8. 28 ) que toutes les peines, que nous pouvons endurer ici-bas, n'ont aucune proportion avec le poids immense de gloire qui nous attend dans la vie future. 13. Or, si le démon traite si mal ses partisans; si au contraire Jésus-Christ récompense déjà si abondamment ses serviteurs en ce monde, outre qu'il leur réserve une éternelle félicité au sortir de celle \ie , que nous faut-il de plus pour nous déterminer à suivre fidèlement ce divin Chef, à ne jamais abandonner le service d'un maître si plein de bonté et d'amour? Une vie éternelle, un bonheur sans fin, un état de félicite qui surpasse toutes nos pensées et tous nos désirs, voilà ce qui doit nous rendre infatigables dans la pratique des vertus, nous faire chérir les souffrances, les humiliations et les croix ; nous animer à fouler aux pieds les richesses et tous les faux biens de celle terre, à regarder comme un néant les honneurs et les applaudissements des hommes , à renoncer à toutes les vaines joies et à tous les plaisirs que peuvent nous offrir le démon , la chair et le monde; allumer enfin dans notre cœur un ardent désir de chercher en toutes cho- -

>es la plus grande gloire de Dieu, cl d'exécuter , quoi qu'il nous en coule , et dans toutes les occasions, sa divine volonté. 14. Mais gardez-vous bien de croire que l'on peut allier le service de Jésus-Christ avec l'esclavage du démon. C'est ici l'illusion d'un grand nombre de chrétiens , qui croient en Jésus-Christ, qui le reconnaissent pour leur maître souverain et légitime, qui se vantent même d'être ses serviteurs; mais qui en même temps se plient aux usages du monde, et en observent scrupuleusement les lois, comme s'il suffisait d"êtrc honnête homme selon le monde pour être bon chrétien. Ce sont ici deux maîtres opposés. Leurs commandements , leurs maximes et leurs inclinations sont tout-à-fait contraires ; d"où il suit qu'il est impossible d'être ami de l'un , sans devenir ennemi de l'autre. Nul ne peut servir deux maîtres , nous dit Jesus-Christ lui-même dans saint Matthieu (6. 24). L'amour de ce monde, dit saint Jacques (4. 4 ) , est une inimitié contre Dieu, et celui qui aime le siècle se déclare ennemi de Dieu. 11 ne faut donc plus être partagé entre Jésus-Christ et le démon ; il faut nécessairement se déclarer ou pour l'un ou pour l'autre. Que celui qui n'a pas le courage de rompre ouvertement avec le démon et avec le monde, en en méprisant les fausses maximes et les vains plaisirs qu'ils présentent, ■que celui-là reste à leur service; mais qu'il n'espère pas que Jésus-Christ le reconnaîtra pour son serviteur, et qu'il le récompensera comme tel. 11 pourra bien être chrétien de nom, mais il sera de fait le serviteur et l'esclave de Satan. Ah ! mes Frères, ne faisons pas à Jésus-Christ un outrage aussi sensible , et ne nous portons pas à nous-mêmes un si grand préjudice. Puisque nous le reconnaissons lui seul pour notre maître légitime, nous devons donc le suivre lui seul, le servir lui seul, et n'obéir qu'à lui: Si Dominas est Deus , sequiminieum (3. I\eg. 18). Heureux , si, mettant sous nos pieds tout respect humain, nous nous déclarons ouvertement, et par lespa* rôles et par les œuvres , du parti de Jésus-Christ , il nous reconnaîtra lui-même à son tour devant son Père ; tandis qu'au contraire, il refusera de reconnaître pour ses serviteurs ions ceux qui auront rougi de lui devant les hommes (Mare. 10. 32).

SIR LE TROISIÈME ARTICLE Ul SYMBOLE. i T 1

Sur le troisième article: Quiconccpius est de Spiritu Sancto. Concej t:on .ie Jésus-Christ.

C'est une chose également dangereuse et coupable, dit le pape Léon (Ser. 7. de Nativ. Doniini), de nier que Jésus-Christ partage avec son Père la divinité, comme de nier qu'il n'est pas véritablement homme. Sans la toi en sa divinité, celle en son humanité ne nous servirait de rîen,dit saint Cyrille de Jérusalem (Cat. 12); et enfin la croyance ou la foi en sa divinité serait nautile au salut,si nous ne confessions pas son humanité. S'il était homme et non Dieu, ses actions n'auraient pas le mérite suffisant pour acquitter nos dettes. S'il était seulement Dieu et non homme, il n'aurait pas pu se charger de nos iniquités, ni les expier par ses souffrances. Or,c'cst cette grande vérité que les saints Apôtres nous proposent dans cet article, et, après nous avoir enseigné dans celui qui précède que Jésus-Christ est vrai Dieu, ils nous apprennent en celui-ci qu'il est en même temps vrai homme. C'est ce qu'on est convenu d'appeler le mystère de l'lncarnation,mystère arrêté et déterminé, dit saint Pierre (Epist. I. cap. 1) , avant la création du monde , mais seulement accompli dans le temps pour notre salut. Mystère désiré par les Patriarches, annoncé par les Prophètes, attendu par toutes les nations de l'univers. Mystère enfin qui est le grand objet de notre adoration et le fondement de notre espérance. Entrons donc dans la considération de cet adorable mystère, ensuivant la lumière que la foi nous fournit, expliquons les grandes choses qui sont renfermées dans ces quelques mots, mais qui ont une signification si étendue : // fui conçu par l'opération du Suint-Esprit. Nous verrons en premier lieu la vérité incontestable de cette conception ; en second lieu, les miracles qui l'ont accompagnée.

l.Pour mieux connaître la vérité et la merveille de la conception de Jésus-Christ , il convient d'abord de vous raconter ce qu'en dit saint Luc (c. I). Dans le sixième mois de la grossesse d'Elisabeth, l'ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une petite ville de Galilée, appelée Nazareth , vers une vierge qui était l'épouse d'un homme nommé Joseph, de la maison de David, et le nom de la vierge était Marie. L'Ange étant entré dans son logis: Salut , lui dit-il, 6 vous quiètes pleine de

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grâces , le Seigneur est avec vous , vous êtes bénie parmi toutes les femmes. La Vierge ayant entendu ces paroles troubla, et cherchait à connaître ce que pouvait être celte salutation. L'Ange alors lui dit : >.e craignez pas, ô Marie,parce que vous avez trouve grâce devant le Seigneur. Vous concevrez et vous enfanterez un fils , et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et il sera appelé reniant du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, il régnera dans la maison de Jacob , et son règne n'aura point de fin. Mais comment se fera cela , répliqua Marie à l'esprit céleste, puisque je ne connais point d'homme ? L'Ange lui répondit : L'Esprit-Saint surviendra en vous,et la vertu du Très Haut vous rendra féconde ; le fruit qui naîtra de vous sera saint , et il sera appelé l'Enfant de Dieu, Et voilà que votre cousine Elisabeth a conçu un fils dans sa vieillesse, quoiqu'elle soit stérile, car rien n'est impossible à Dieu. Alors Marie s'écria : Voici la servante du Scigneur.qu'il me soit fait selon votre parole.

2. Voilà tout ce que raconte l'évangéliste saint Luc pour confirmer la vérité de la conception de Jésus-Christ, et pour convaincre chaque chrétien que le Verbe divin a pris, non en apparence, mais en toute réalité, notre chair. Car si l'Ange n'avait pas parlé d'une véritable conception , la Sainte-Vierge étonnée et surprise n'aurait pas répondu qu'elle ne connaissait pas d'homme , et qu'ayant consacré à Dieu, par un vceu,sa virginité, elle avait pris la résolution inviolable de n'en point connaître; et l'Ange n'aurait pas ajouté qu'elle deviendrait enceinte par l'opération du Saint-Esprit et par la vertu du Très- Haut. Il aurait dû plutôt lui dire que sa grossesse ne serait pas véritable et semblable à celle des autres femmes, et que, pour celte raison, elle n'avait rien à craindre,puisque sa virginité n'avait à redouter aucune atteinte , ni à courir aucun danger. Si donc Marie demanda comment elle pouvait concevoirun enfant, ayant pris la résolution de rester vierge , et si l'Ange l'assure qu'aucun préjudice ne sera porté à sa pureté , parce que cela n'arrivera en elle que par l'œuvre de Dieu , à qui toute chose est possible, il faut conclure que dans celle, conversation, qui eut lieu entre l'Archange et Marie, il s'agit d'une conception réelle et indubitable, et non d'une apparente et idéale. C'est pour cela que l'apôtre saint Paul (Gai. 4. \) dit que quand arriva la plénitude des temps, Dieu envoya sur la terre son Fils conçu dans le sein d'une femme, parce que «'est d'elle qu'il prit sa chair et son sang, et que cette chair fut formée de la sienne.

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