Avant fini sa prière, étant revenu de sa pénible ngonic
et s'étant rendu auprès de ses Apôtres qui s'étaient endormis, Sortons d'ici, leur dit-il (Matth. '26) , l'heure est enfin venue où le Fils de l'Homme doit être livré entre les mains des pécheurs. A peine a-t-il achevé de prononcer ces paroles, que Judas se présente à lui, le salue et l'embrasse. C'est à ce signal que les gens armés, envoyés par les princes des Prêtres, devaient le reconnaître, se saisir de sa personne et L'enchaîner. Une si infâme trahison met le comble à l'affliction de Jésus-Christ. Quel supplice , en effet, pour son cœur, de se voir trahi par un de ses Disciples, par un de ses amis les plus intimes, auquel il avait confié ses secrets , et qu'il avait établi le dispensateur de ses divins mystères! de se voir trahi par un baiser qui est le signe de la paix et de l'amitié ! de se voir trahi pour trente deniers qui étaient le prix ordinaire des plus vils esclaves ! Ou'es-tu donc venu faire ici, ô mon ami? lui dit Jésus; tu es venu me trahir et me trahir par un baiser? Ah! je le supporterais de la part d'un ennemi (Psal. 54) ; mais toi, ô Judas, mon ami, mon Apôtre ! oh ! que lu affliges mon cœur ! quel tourment tu me fais souffrir ! La prévarication de cet Apôtre, et la ruine éternelle qu'il se préparait dans le temps môme où Jésus-Christ faisait tout pour le sauver , voilà ce qui causait la douleur la plus vive et la plus sensible à ce divin Sauveur. 12. Telle fut la passion que Jésus-Christ endura dans son esprit au jardin des Olives. Voyons en deux mots les fruits que nous en devons tirer pour notre avantage spirituel. Trois choses principales, comme vous venez de l'entendre, furent la cause de ce martyre intérieur : les supplices affreux qu'il allait endurer, les péchés des hommes dont il était couvert, et la perte des âmes qui abuseraient de ses mérites. Il se soumit à tous ces tourments , afin de satisfaire par leur moyen à la justice divine. 11 eut une horreur extrême des péchés des hommes, parce qu'il comprenait toute l'énormité de l'injure qu'ils faisaient à son Père. 11 fut inconsolable de la perte de tant d'âmes , parce qu'il connaissait tout leur prix. Telles doivent être nos pensées, tels doivent être aussi nos sentiments. Nous devons regarder les tribulations et les disgrâces de cette vie comme des moyens de nous acquitter envers Dieu des dettes que nous avons contractées à son égard, et par conséquent les recevoir avec résignation , et les supporter en esprit de pénitence. Nous devons regarder le péché comme une injure atroce faite à la majesté divine, en concevoir une horreur extrême, et l'éviter avec le plus grand soin. Nous devons enfin avoir de notre àmc loule l'estime qu'elle mérite, pleurer amè-
remenlles perles que nous lui avons causées, et travailler soi* gneusement à son salut.
13. Mais hélas! que nos pensées et nos sentiments sont loin d'être conformes aux pensées et aux sentiments de Jésus-Christ ! Quelque nombreux, quelque grands que soient nos péchés, nous ne pensons jamais à les expier. De là vient que la moindre injustice nous irrite, que la plus légère infirmité nous inquiète, qne nous nous plaignonsde la plus petite adversité, et que nous ajoutons ainsi chaque jour de nouvelles dettes à celles que nous avions contractées, au lieu de les acquitter par notre patience et notre résignation. Quant à nos péchés, nous nous en formons une idée toute différente de celle qu'en eut notre divin Rédempteur. Ils nous paraissent peu de chose, parce que nous n'envisageons en eux que l'action matérielle, sans considérer l'offense qu'ils font à Dieu. Faut-il nous étonner, après cela, si, tandis que Jésus-Christ se trouble à la vue de nos fautes, nous sommes nous-mêmes tranquilles; si, tandisqu'il s'afflige, nous sommes dans la joie; si tandis que nos péchés lui causent une sueur de sang, ils ne peuvent pas mêmes nous arracher une larme ? Enfin, quel cas faisons-nous du prix de notre ame, puisque nous l'oublions, puisque nous sacrifions si facilement ses intérêts les plus chers, puisque nous sommes si peu courageux a prendre les moyens propres à procurer son bonheur éternel? Quel soin ont la plupart des hommes du salut de leur prochain, puisque au lieu de porter leurs frères à la pratique des vertus par leurs bons conseils, par leurs prières et parleurs bons exemples , ils emploient , au contraire, le plus souvent tous les moyens qui peuvent causer la perle du leur ame , les excitant au mal par leurs mauvais conseils , par leurs fausses maximes et par leurs mauvais exemples ? Réformons donc notre conduite sur le modèle que nous présente celle de Jésus- Christ , et apprenons de lui à offrir à Dieu , en esprit de pénitence, toutes les adversités de cette vie; à regarder avec horreur la plus légère offense faite à la Majesté divine ; à concevoir un zèle ardent pour le salut de notre âme. et pour le salut de l'àme de notre prochain. Par là nous aurons lieu d'attendre de Dieu , par les mérites de Jésus-Christ, le pardon de nos fautes, les secours nécessaires pour ne les plus commettre, et le bonheur éternel en recompense de notre fidélité.
Sur ce que Jésus-Christ eut à souffrir dans son honneur.
Comme Jésus-Christ, au jardin des Olives, opposa sa tristesse mortelle et toutes les souffrances de son esprit à la vanité des joies et des consolations humaines , ainsi, pour remédier à ï'or.wil humain , toujours avide d'honneur et de gloire , il a voulu souffrir toutes sortes d'opprobres et d'ignominies. Après vous avoir exposé, dans l'instruction précédente , tout ce qu'il eut à endurer dans son âme, je vous montrerai aujourd'hui ce qu'il eut à souffrir dans son honneur. Si nous pouvons difficilement comprendre la grandeur des peines de son esprit, parce qu'elles furent intérieures et cachées, il nous sera plus facile de nous faire une idée juste des affronts et des outrages faits à sa personne , parce qu'ils furent extérieurs, publics et manifestes. Je ne ferai qu'exposer à vos réflexions le récit des Evangélistes, et vous verrez ce divin Sauveur méprisé de telle manière, qu'il put dire avec raison, par la bouche du Roi- Prophète : Je mis devenu l'opprobre des hommes^ et l'abjection du peuple (Psaî. 21).
I.Les ministres de Satan, ayant connu leur proie au signal du traître qui l'avait livrée , se jettent sur Jésus-Christ; et, comme s'il eût été un grand criminel, ils le lient étroitement, afin qu'il ne puisse plus s'échopper de leurs mains ; ilsle traînent dans la ville en poussant des cris de joie, comme font les vainqueurs après la victoire (Tsaï. 9. 3) , et commencent à déchaîner contre lui leur rage etleur fureur. Arrêtons-nous ici un instant, et considérons quelles durent être, en cette rencontre, l'ignominie et la confusion de notre divin Sauveur. Lui qui, selon la nature humaine, descendait de la famille royale de David , et qui, selon la nature divine, était infiniment élevé en grandeur et en dignité au-dessus de tous les Anges et de tous les hommes, sevoirlivré à la dérision de la plus vile populace, abandonné;! la discrétion des soldais et des bourreaux! Les mains de celui qui fit les cieux, qui donna le mouvement à tous les astres, qui opéra tant de merveilles étonnantes, ces mains sont étroitement bées avec des cordes et chargées de chaînes ! Si l'outrage croit en proportion de la dignité de la personne qui le reçoit , quelle injure plus atroce pour Jésus- Christ, que celle de se voir traîné, garrotté par cette vile solda-
tcsque, lui qui était autant élevé au-dessus de tous les princes de la terre , que Dieu surpasse la créature en grandeur et en majesté! Néanmoins il supporte cet affront avec patience, II aurait pu appeler à sa défense plus de douze légions d'Anges (Matth. 26); il aurait pu, par une seule parole, réduire en cendres tous ses ennemis, comme par une seule parole il les avait tous fait tomber à terre (Joan. 18); mais il préfère souffrir une pareille ignominie par amour pour nous; il préfère, par amour pour nous, s'abandonner aux insultes des hommes les plus furieux et les plus perûdes.
2. Mais combien celle ignominie et cette confusion de Jésus- Christ durent s'accroitre, lorsqu'il se vit obligé de paraitreau milieu de Jérusalem dans un état si humiliant! Lui qui, peu de jours auparavant, avait fait son entrée triomphante dans cette ville, au milieu des cris de joie et des acclamations du peuple qui le reconnaissait pour le Messie, être obligé, sous les yeux de ce même peuple, de paraître chargé de chaînes , environné de bourreaux, gardé par des soldats comme un criminel ! INous lisons dans l'ancien Testament que David ayant envoyé des ambassadeurs à Hannon,roi des Ammonites, celuici les renvoya, après leur avoir fait couper la moitié de leur barbe et la moitié de leurs vêtements. Leur honte et leur confusion furent si grandes, que, n'osant pins reparaître en cet état à la cour, ils attendirent à Jéricho que leur barbe fût revenue, avant de se montrer en public : Eranl enim viri confusi torpiter vaklè (2. Reg. 10). Cependant ils savaient qu'ils auraient été accueillis avec empressement, et que chacun détestant la conduite d'Hannon, qui avait violé le droil des gens, aurai! pris part à leur disgrâce. Mais Jésus-Christ, conduit par les rues de Jérusalem dans un élat si humiliant, ne trouvait personne qui eût compassion de lui, cl il ne recevait du peuple, de toute part, que des insultes et les outrages les plus sanglants. Ceuxmèmesqui avaient entendu sa doctrine, et qui avaient été témoins de ses miracles, le voyant enchaîné et gardé avec tant de précautions, le regardaient comme un fourbe c! un imposteur ; et persuadés que les magistrats n'auraient pas procédé de celte manière contre lui, s'ils n'eussent découvert ses ruses, ils le regardaient comme coupable et digne des châtiments qu'on lui faisait subir. Voilà, s'écriaient-ils, voilà ce Jésus de Nazareth qui enseignait, de nouvelles doctrines , qui se disaille Messie, et après lequel courait un si grand nombre de gens crédules, le voilà conduit en prison. Je vous laisse à penser, mes Frères, quelle dut être sa honte, dans celle circons
tance, et s'il n'eut pas raison de dire par la bonche de son Prophète : Ma face est couverte de confusion (Ps. 68).
3. Après une entrée si ignominieuse dans Jérusalem, Jésus est conduit chez Anne,et de là chczCaïphe, qui étaitlc Grand- Prêtre. En présence des Prêtres, des Scribes et des anciens du peuple, le Pontife l'interroge sur ses Disciples et sur sa doctrine. Jésus-Christ répond modestement qu'il a toujours parlé en public, dans les assemblées et dans le temple où tous les Juifs se réunissent, qu'il n'a jamais rien dit en secret,et que, par conséquent, on doit interroger ceux qui l'ont entendu. A ces paroles, un serviteur du Grand-Prètie donne un soufflet à Jésus, lui reprochant d'avoir mal répondu au Pontife. 0 Dieu ! celte face qui se montra sur le Tliabor brillante comme le soleil (Matth. 1 7); cette face,le siège de la grâce et de la beauté (Psal. 44); cette face qui fait la joie des Anges, et qui remplit de terreur les démons; cette auguste face est meurtrie et défigurée par des soufflets ! Un vil esclave ose commettre cet attentat de son propre mouvement, sous les yeux des juges,contre tout ordre juridique, et pas un, dans cette assemblée n'ouvre la bouche pour lui reprocher, qu'au mépris du tribunal , il s'arroge une autorité qui ne lui appartient pas. INous qui sommes si sensibles au moindre tort qu'on nous fait , qui nous offensons d'un regard, d'un geste peu respectueux, de la moindre parole un peu outrageante , nous voudrions voir cet impie anéanti ; animés du même zèle dont les disciples de notre divin Sauveur étaient enflammés contre les Samaritains , qui n'avaient pas voulu le recevoir dans leur ville (Luc. 9), nous voudrions que la foudre eût écrasé sur le champ ce malheureux. Mais notre doux Rédempteur qui était venu, comme dit saint Augustin (Tract. 113 in Joan.),non pour montrer sa toute-puissance qui avait tiré l'univers du néant , mais pour nous enseigner la patience avec laquelle il devait vaincre le monde, quelque confus, quelque offensé qu'il fût d'un si énorme attentai, ne donne pas le moindre signe de ressentiment ; et si on ne l'avait pas accusé d'avoir manqué de respect auGrand- Prêtre, il n'aurait pas même ouvert la bouche. Mais afin de lever le scandale qui aurait pu en résulter pour les assistants, et pour montrer tout le respect qu'il portail à celle dignité; Si j'aimai parlé, dit-il (Joan. 18), faites-moi voirie mal que j'ai dit; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez- vous ? Réponse bien suffisante pour éclairer ces esprits et pour amollir ces cœurs , s'ils n'eussent pas voulu s'aveugler et s'endurcir eux-mêmes, et si leur perfidie ne les eût pas déjà rendus intk\ib!es.
Sl'R LE JUATRIÊME ARTICLE DU SYMBOLE. 221/
4. En effet, les Princes des Prêtres et tous ceux qui composaient celte assemblée , loin de punir ce téméraire de ce qu'en frappant sous leurs yeux cet innocent, il avail usurpé l'autorité des juges , pleins de fureur contre Jésus-Christ , brûlant du désir de le voir mourir , parce que sa doctrine était trop contraire à leurs œuvres (Sap. 2), cherchent enfin la manière dont ils pourront exécuter leur inique dessein. Us font paraître de faux témoins pour l'accuser de quelque crime qui mérite la mort aux yeux du peuple; mais leurs témoignages ne se trouvant pas uniformes , ils étaient insuffisants pour le faire condamner, et ainsi se vérifia celte prophétie du roi David : Beaucoup de faux témoins se sont élevés contre moi; mais l'iniquité a montré elle-même qu'elle n'est que mensonge (Psal. 26). Enfin se présentent deux faux témoins (Malth. 26), qui disent l'avoir entendu se vanter de pouvoir détruire le temple de Dieu et le rebâtir en trois jours. A cette accusalion, le Pontife s'adressanl à Jésus: Vous ne répondez rien , lui dit-il, à ce qu'on dépose contre vous? Jésus garde le si lence. Je vous en conjure, ajoute le Grand-Prêtre, au nom du Dieu vivant, dites-nous si vous êtes le Messie, le Fils de Dieu? Vous l'avez dit, répond Jésus, et je vous déclare que vousverrez un jour le Fils de l'homme assis à la droite de Dieu même, et venant sur les nuées du ciel. 11 a blasphémé, s'écrie alors le Grand-Prêtre, il a blasphémé: qu'avons-nous encore besoin de 'témoins? Vous avez entendu vous mêmes le blasphème, que vous en semble ? Tous répondent : 11 est digne de mort : Ùeus est morlist
5. Ce récit très simple, que nous fait saint Matthieu «nous montre clairement l'injustice qui fut faite à Jésus dans celle circonstance. Le tribunal qui le condamne n'est composé que déjuges passionnés qui depuis longtemps trament sa perte. On admet les dépositions de témoins prévenus contre lui, et qui ne s'accordent pas entre eux; et sans examen, sans discussion, on veut que le témoignage qu'il vient de rendre à la vérité soit un blasphème ! Oh ! combien dut être sensible au cœur de Jésus-Christ une telle imposture! Lui qui fut toujours si rempli de zèle pour la gloire de son Père ; qui protesta si souvent en public qu'il ne cherchait point sa propre gloire (Joan. 9); qui savait très bien que ce n'était pas une usurpation desa part, comme dit saint Paul (Phfl. 2), que de se dire égal à Dieu , puisqu'il était son véritable Fils, se voir traité notoirement de blasphémateur ! Mais si ces Juifs refusent de le croire sur sa parole , ne peuvent-Os pas, du moins.
230 xx. instruction
le croire d'après ses œuvres? La vérité qu'il vient de dire (.foan. 10) n'estclle pas confirmée par tant d'aveugles à qui il a rendu la vue, par tant de boiteux qu'il a redressés, par tant de muets à qui il a rendu l'usage de la parole, par tant d'infirmes à qui il a accordé la santé, et enfin par tant de morts qu'il a rappelés à la vie (Matth. 11)? Ces nombreux miracles n'ont pasélé opérés en secret, mais publiquement , sous les yeux de tout le peuple. Ct, avec le souvenir tout récent de tant de prodiges opérés pour prouver sa divinité, ils osent dire qu'il a blasphémé en se disant le Fils de Dieu? Quelle injustice manifeste, et en môme temps quelle confusion pour.lésus-Christ obligé de paraître en présence de cette assemblée comme un blasphémateur ! Si du moins il se fût présenlé en ce moment quelqu'un de ceux qui avaient entendu sa doctrine, qui avaient été témoins de ses miracles, qui avaient eu part à ses bienfaits, et qui, rappelant toutes ces merveilles, eût essayé de k3 défendre et de prouver son innocence ! Mais pour plus grande confusion, pas un ne s'intéresse à lui. pas un ne parle en sa faveur; ses Apôtres mêmes l'ont abandonné, et saint Pierre qui, loin du danger, s'était montré si fidèle et si courageux, jure par trois fois qu'il ne le connaît pas.
6. On décrète donc , dans cette assemblée d'hommes pervers (Psalm. 21) , que .Jésus est digne de mort. Et dès ce moment, les soldats et les archers qui le gardent, le considérant déjà comme une victime destinée au supplice, vont toute la nuit en faire l'objet de leur risée et de leurs moqueries, cl le traiter de la manière la plus indigne et la plus cruelle. Voilà ce divin Sauveur environné comme d'autant de bêtes féroces prêtes à se jeter sur lui et aie déchirer. L'un lui donne des soufflets, l'autre le frappe avec les pieds; celui-ci lui bande les yeux, et lui dit en le maltraitai-t : Devine qui t'a frappé? celui-là couvre son auguste face d'infâmes crachats. Tel fut l'excès de l'humiliation où fut réduit le Fils de Dieu, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le Créateur du monde, le Maître de l'univers. Cracher au visage des Hébreux spécialement, fut toujours regardé comme un affront si grave, que si un père s'était permis de le faire sur sa fille, elle devait en porter la honte pendant sept jours (Num. 12). Pensez quelle dut être la confusion de Jésus-Christ, en voyant sa divine face couverte de crachais , meurtrie par les soufflets, es proie à l'insolence de la plus vile populace ! Elle fut si grande cette confusion qu'il endura pendant celle nuit , que, selon la prédiction du prophète Jérémie(Tbrcn. 3), H fut vérilablemcnl
rassasié d'opprobre. 0 bon Jésus, devant quiles puissances
du tic], de la terre et des enfers fléchissent le genou , et qui en ce moment êtes devenu l'objet des mépris el des railleries d'une race maudite , infâme el criminelle , combien vous avez raison de dire : Je suis un ver et non un homme ; je suis devenu l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple : Ego sum vermis et non homo : opprobrium kominum el abjectio plcbis (Psal. 21).
7. Enfin la nuit étant passée, les Princes dès Prêtres et les anciens du peuple se réunissent de nouveau (Matth. 27) pour déclarer que Jésus doit être définitivement condamné à mort, selon qu'il avait été statué la veille dans le palais de Caïphe. Mais ne pouvant exécuter la sentence sans l'autorité de l'ilale qui était gouverneur delà Judée, ils le font conduire chez lui , afin qu'A ratifie sa condamnation. Et voilà de nouvelles ignominies, une nouvelle confusion pour notre divin Rédempteur. Comme s'il était le plus grand criminel de l'univers, il est conduit par les rues de Jérusalem, les mains étroitement liées, la télé découverte, tout défiguré par les crachats et les soufflets, recevant à chaque pas de nouvelles injures, de nouveaux outrages de la part de la multitude que la curiosité attire sur son passage. Arrivés au palais du gouverneur, les Prêtres et les Scribes le livrent entre ses mains. Pilatc le voyant réduit à un état si digne de pitié, de quel crime, dit-il en s'adressant au peuple , de quel crime accusez-vous donc cet homme (Joan. 18)? S'il n'était pas un malfaiteur, répondent les Juifs, nous ne l'aurions pas amené à votre tribunal, (/est un séditieux (Luc. 23) qui cherche à soulever le peuple, qui défend de payer le tribut à César; e'e>t un ambitieux qui veut se faire Roi, et qui se dit partout le Fils de Dieu.
8. Les Juifs brûlent du désir de le voir aussitôt condamné; mais Pilatc , exempt des passions quiles animent, veut procéder avec ordre ; et toutes informations prises , ne voyant en Jésus-Christ que l'innocence même, et dans ses accusateurs qu'envie et méchanceté, il déclare ouvertement qu'il ne trouve aucune raison pour le condamner. Les Juifs inventent de nouvelles calomnies, et Pilate, pour se délivrer de rimportunité de ces furieux qui veulent le contraindre à luire périr un innocent, ayant appris que Jésus est de la Galilée, prend le parti de l'envoyer à Hérode, gouverneur de cette province, qui se trouvait alors à Jérusalem ; e*, à cette occasion , remarquent les Evungélistes (Luc. 23), cessèrent les inimitiés qui exis-
taient entre eux auparavant. Voilà donc notre divin Rédempteur obligé de l'aire un second voyage; le voilà de nouveau en proie à la risée, aux railleries , aux outrages et des archers qui le conduisent, et de la foule qui le suit. Nérode, instruit des prodiges qu'il avait opérés, est rempli de joie en le voyant, dans l'espérance qu'il fera quelque miracle devant lui; mais Jésus refusant de satisfaire sa curiosité , et ne daignant pas même répondre aux interrogations qui lui sont faites , Hérode avec toute sa cour le méprise, le tourne en dérision, le fait revêtir d'un babil blanc , comme s'il eût été un insensé , lui qui était la sagesse même, le renvoie dans cet état à Pilate, et il faut que Jésus, avec cet habit humiliant, parcoure de nouveau l'étendue de la grande ville de JéruoJ.jiu .
9. Pilate, toujours plus persuadé de l'innocence de Jésus- Christ, appelle les Princes des Prêtres , les magistrats et le peuple, et leur dit : Vous m'avez présenté cet homme comme étant un séducteur, et après l'avoir interrogé en votre présence, je n'ai découvert en lui aucun des crimes dont vous l'accusez. J'ai remis sa cause à Hérode , et il n'a trouvé en lui rien qui fut digne de mort; je vais donc le faire flageller pour vous satisfaire, et ensuite je lui rendrai la liberté. A celle proposition, les Juifs frémissant de rage, renouvellent les accusations, et demandent à grands cris sa mort. Le gouverneur désirant toujours plus ardemment lui sauver la vie , trouve un moyen qui lui parait facile et efficace. 11 se prévaut d'une coutume introduite chez les Juifs d'accorder, à la demande du peuple, la liberté et la vie à un coupable, à l'occasion de la fête de Pâques. 11 se trouvait en ce moment dans les prisons un fameux criminel nommé Barrabas, qui s'était rendu odieux au peuple par ûo^ séditions qu'il avait excitées dans la ville , et par tous les forfaits qu'il avait commis. Pilate le met en parallèle avec Jésus-Christ, et les propose tous deux à la nation, alin qu'elle déclare quel e^l celui dont elle préfère la délivrance, de Jésus ou de Barrabas. Vous êtes saisis d'horreur, en voyant le Saint des saints mis en parallèle avec un chef de brigands et d'assassins; mais vous verrez quelque chose de plus affreux encore. Si Pilate établit ce parallèle, c'est l'effet de sa bonne intention; mais les Juifs préfèrent Barrabas à Jésus-Christ vils demandent la délivrance de Barrabas, et la mort de Jésus-Christ; ils décident que cet infâme est moins méchant, moins coupable, moins digne de châtiment que Jésus-Christ. Non, nous ne voulons pas Jésus, s'écrient ces furieux, nous ne voulons pas Jésus, mais Barrabas. Vous voulez
Barrabas ? reprend Pilate ; mais Barrabas est un homicide , un factieux, un voleur public, et Jésus n'est convaincu d'aucun crime. — Quoi qu'il en soit, nous voulons Barrabas. — Et que faut-il donc faire de Jésus de Nazareth? —Qu'il soii crucifié, s'écrie ce peuple en fureur, qu'il soit crucifié ! Quelle injustice l Quel outrage ! Quelle confusion pour Jésus-Christ ! Le Fils unique de Dieu mis en parallèle avec le plus grand coupable, et, dans ce parallèle, on demande la délivrance du coupable et la condamnation du Fils de Dieu! Ce n'était pas assez pour vous, ô divin Jésus, qui avez été établi par votre l'ère juge souverain des vivants et des morts (Act. 10), ce n'était pas assez pour votre cœur, ce n'était pas assez, pour satisfaire votre amour pour nous , d'avoir été traîné devant les tribunaux en qualité de criminel, vous voulez encore souffrir la honte et la confusion d'être condamné par préférence au plus grand des criminels, par préférence à un scélérat, à un homicide !
10. Voilà, Chrétiens, dans quels excès peuvent tomber les hommes, lorsqu'ils se laissent dominer par une passion. L'envie qui entra dans le cœur des Prêtres et des Scribes , parce qu'ils voyaient que Jésus-Christ, par ses discours et par sa conduite , excitait l'admiration du peuple, ce qui diminuait l'estime que ce même peuple avait pour eux, et ce qui était contraire à leur intérêt , cette envie leur fit demander la mort de Jésus, préférablement à celle de Barrabas. De l'envie , ils passèrent à la calomnie , de la calomnie à la persécution ouverte , et à une persécution telle , que , fermant les yeux à la lumière de la vérité prouvée par tant de miracles, ils eurent la témérité de résister et de faire violence au juge qui le déclarait innocent, et qu'ils préférèrent qu'on mit en liberté un séditieux, pour avoir l'impie satisfaction de voir mourir Jésus-Christ. Vous frémissez , mes Frères, en voyant cette cruauté, cette barbarie. Ah! tournez toute votre indignation contre vous-mêmes , en pensant que , non pas une seule fois, mais mille fois peut-être , vous vous êtes rendus coupables d'un pareil attentat. Chaque fols que vous avez commis un péché mortel, qu'avez-vous fait, sinon mettre Jésus-Christ en parallèle avec une misérable créature , et de lui préférer cette créature et la satisfaction de vos passions? Oui, vous lui avez préféré un honneur chimérique, 6 vindicatifs , toutes les fois que vous avez voulu tirer vengeance d'une injure reçue. Vous lui avez préféré un gain temporel, ô hommes avares , toutes les fois que vous avez cherché à vous enrichir aux dér. -2l
23 i XX. INSTRUCTION
pens d" autrui, et que vous vous êtes montrés injustes et cruels envers les pauvres. Vous lui avez préféré une satisfaction brutale , ô sensuels , toutes les fois que, par vos intempérances, par vos voluptés, vous avez voulu contenter votre corps. Et vous , ù femmes, combien de foisn'avez-vous pas dit: Non, nous ne voulons pas Jésus-Christ , mais ces libertés criminelles , la vanité, nos caprices?
11. Telle est l'instruction que nous fournit la conduite des Juifs. Leur injuste préférence de Barrabas à Jésus-Christ doil nous faire rentrer en nous-mêmes , et nous porter à penser que bien souvent, bêlas! nous avons renouvelé par nos péchés celte injure dont les Juifs se rendirent une seule fois coupables envers le Fils de Dieu. Concevons donc de notre conduite la même horreur que celle que nous inspire la conduite des Juifs , et comprenons combien il est nécessaire de mettre un frein aux passions naissantes, puisque, si on n'a pas soin de les réprimer dès le principe , elles sont capables d'aveugler l'esprit et de pervertir le cœur jusqu'au point de faire préférer la créature à Dieu. Mais , tout en faisant ces réflexions si importantes sur L'horrible attentat des Juifs , ne perdons pas de vue la patience infinie avec laquelle Jésus-Christ supporta ces outrages. Nous devons penser à la conduite des Juifs , afin de la détester et de ne pas la suivre ; mais nous devons considérer la patience de Jésus-Christ, afin de l'imiter. 12. Et comment serait-il possible, en effet , qu'un chrétien put réfléchir sérieusement aux affronts et aux ignominies auxquels le Fils de Dieu voulut bien se soumettre par amour pour nous , sans rougir de sa vanité , de son orgueil , de son embition? Jésus-Christ qui fut sans péché, comme dit l'apôtre saint Pierre (1. Petr. 2 ), et dont la bouche ne s'ouvrit jamais que pour exprimer la vérité , est traité publiquement de criminel et d'imposteur; et une créature pleine d'inclinations vicieuses, à qui la conscience reproche mille fautes, et dont les iniquités surpassent en nombre les cheveux de sa léte (Ps. 39 ) , prétend que sa conduite soit regardée de tout le monde comme irrépréhensible? Jésus-Christ à qui, comme au Fils de Dieu , sont ducs toute vénération et toute gloire , est méprisé, tourné en dérision par une vile populace; et une créature qui, par elle-même , ne mérite que le mépris, s'offense de la moindre parole outrageante, de la plus petite injure et même de la plus juste correction? Jésus-Christ, enfin, à qui son Père a donné tout pouvoir sur la terre cl dans le ciel (Mallh. 28), cl auquel obéissent toutes choses, est mis en
SIR LE QUATRIÈME ARTICLE DU SYMBOLE. 23o
parallèle avec le plus infâme criminel qui lui est préféré; et une créature faible et misérable se croit au-dessus de tous , refuse d'obéir à ses semblables, et cherche même à se soustraire à l'autorité de ceux que la Providence a établis ses supérieurs? Ah! mes Frères, rougissons de notre conduite. Si un Dieu, à qui seul est dû tout honneur et toute gloire ( 1. Tim. 1), supporta avec patience tant d'injures et tant d'outrages, n'est-il pas bien injuste que de pauvres pécheurs, que de misérables créatures soient si délicates et si sensibles? Loin de nous donc cet esprit d'indépendance qui nous rend l'obéissance et la soumission si pénibles ! Loin de nous cet orgueil qui nous porte à nous venger de la plus légère offense. Humilions-nous devant Dieu, humilions-nous devant les hommes, humilionsnous au-dedans de nous-mêmes. C'est en suivant cette voie d'humiliations, qui est la voie que nous a tracée Jésus-Christ , que nous aurons un jour le bonheur de participer à sa gloire dans le ciel.
VliNGT-UMÈ.ME INSTRUCTION.
Sur ce que Jésus-Christ eut à souffrir dans son corps.
Dans cette instruction, il nous reste à considérer ce que notre aimable Rédempteur a souffert dans son corps. Et, pour comprendre jusqu'à un certain point la violence eï la multitude de ses douleurs, nous porterons nos réflexions spécialement sur sa flagellation, sur son couronnement d'épines et sur son crucifiement. Quel est celui d'entre nous qui refusera de mener désormais une vie pénitente et mortifiée , en pensant que le Fils de Dieu s'est soumis aune passion si pénible cl si douloureuse pour expier nos fautes?
I.Pilate, ayant entendu les cris delà populace qui demandait la délivrance de Rarrabas et la mort de Jésus, ne pouvait encore se résoudre à condamner un innocent, parce qu'il connaissait très bien, quoique païen-, que cette condamnation eût été contraire aux lumières de la raison, aux lois de la justice, et ace que lui dictait sa propre conscience. Alors il cherche un autre moyen de le délivrer. Espérant de pouvoir apaiser ce peuple furieux en lui donnant quelque satisfaction, il ordonne que Jésus soit flagellé. Les Fvangéiistes passent sous silence les circonstances de cette flagellation . et ne nous apprennent pas autre chose , sinon qu'il fut flagellé. Néanmoins, il n'est pas difficile de comprendre avec quelle cruauté cette injuste sentence fut exécutée; car si un vil serviteur eut la témérité
de lui donner un soufflet sous les yeux du Grand-Prêlre qu l'interrogeait; si les gens qui le gardaient prirent la liberté de le maltraiter dans la maison de Caïphe et de lui faire souffrir tîntes sortes d'injures et d'aflronls , vous pouvez penser de quelle manière ils déchaînèrent leur rage contre lui,lorsqu'ili curent obtenu du gouverneur la permission de le flageller.
2. N'avez-vous jamais remarqué la contenance que tiennent les animaux destinés à la garde des maisons,lorsqueleur montrant une proie, on les laisse encore quelque temps enchaînés1; Ils font mille violents efforts , allant çà et là selon la longueur deleurchaine,altendant avec impatience le moment où ilsseroni mis en liberté. Alors ils s'élancent sur leur proie, ils l'épouvantent par leurs cris, ils la déchirent et la mettent en pièces. Jésus-Christ lui-même leur a compare ses ennemis , lorsqu'il a dit par son Prophète (PSal. 21) qu'il s'est vu environné d'une multitude de ces animaux furieux : Circumdederunt me canes mu! li. Tandis que Pilale les avait tenus enchaînés, nepouvani satisfaire autrement leur rage, ils lui avaient fait mille violences, ils avaient inventé contre Jésus-Christ mille calomnies,ils l'avaient couvert d'insultes et d'outrages. Mais aussitôt que le gouverneur l'eut condamné au supplice de la flagellation, aussitôt qu'il Peut livré entre leurs mains,jugcz avec quelle cruauté ils se comportèrent à son égard. Ils se jettent sur lui comme des furieux, lui enlèvent ses habits, rattachent étroitement à une colonne, et déchargentsur son corps innocent une grêle de coups horribles. Sa chair sacrée en est aussitôt meurtrie, les plaies s'ouvrent , et le sang coule de toute part en abondance, sans exciter dans ces cœurs barbares le moindre sentiment de compassion.
3. Si je voulais rapporter ici ce qu'ont écrit quelques contemplatifs ,je dirais que les bourreaux se divisèrent en trois bandes pour le frapper successivement ; que les premiers le frappèrent avec des verges garnies de nœuds , les autres à coups de fouets , et les derniers avec de pesantes ebaines de fer. Je dirais que le nombre des coups ne fut pas de quarante, selon que la loile prescrivait, mais qu'il en reçut plusieurs milliers. Mais pour nous faire une idée des douleurs atroces que Jésus-Christ eut à endurer dans cette flagellation , sans recourir à ces pieuses et dévotes méditations, il suffit de réfléchir à la cruauté naturelle des bourreaux, à la délicatesse de ce corps innocent, à la multitude et à la grièveté des fautes pour lesquelles il devait satisfaire. Les bourreaux avaient le cœur endurci par l'habitude qu'ils avaient de tourmenter les
criminels , et de répandre le sang des condamnés. Et quel courage diabolique ne déployèrent-ils pas dans cette circonstance,ayant pour but de plaire ainsi aux Prêtres et aux Scribes, qui probablement leur avaient promis une récompense pour le traiter avec la dernière barbarie ? Jésus était d'une complexion très délicate , son corps étant parfait, comme ayant été forint du sang très pur de Marie et par l'opération du Saint-Esprit. Combien dut lui être douloureux ce supplice, dans lequel les esclaves eux-mêmes perdaient quelquefois la vie ! Enfin . comme la peine devait correspondre à la grièveté des péchés des hommes , selon ce qui est écrit dans le DeutérononK (25) : Pro menxura peccuti eril et plagaram modus, il faut dire que la douleur de Jésus-Christ , en ce moment, fut excessive, parce que les fautes pour lesquelles il devait satisfaire ù la justice divine étaient énormes et innombrables. Aussi le prophète Isaïe lecompare-t-il à un lépreux. 11 nous le repré sente si défiguré par les plaies, qu'il ne lui reste plus la ressemblance d'un homme. II nous dit encore qu'il fut comme broyé, moulu pour nos péchés , et il l'appelle l'homme de? douleurs par excellence : Virum dolorum(c. 53).
4. Mais que faisait, durant ce cruel supplice notre aimable Rédempteur? Il sa laissait frapper,flageller avec patience, avec résignation. Sa bouche gardait le silence; mais il disait dans son cœur: J'étais destiné aux coups: Ego in flagella pa ratas sain (Psal. 37). 11 languissait, il gémissait sous ces coups; mais en même temps il pensait à moi, il parlait à son Père pour moi , et c'est pour moi qu'il lui offrait un par un tous ces coups. C'est par amour pour vous, répétait-il à chaque instant dans son cœur, c'est par amour pour vous que mes mains sont liées, que tout mon corps est déchiré de coups et couvert de blessures. Je supporte volontiers tous ces tourments , afin que vous vous décidiez une bonne fois à correspondre à l'amour que je vous porte et que je vous manifeste par ma conduite à votre égard.
5. Oh ! de quelle reconnaissance ne sommes-nous pas redevables à notre divin Rédempteur? lia fait pénitence pour nos péchés, il s'est soumis au châtiment qui nous était dû. C'est nous qui sommes les coupables, c'est sur nous que devait tomber cette grêle de coups , et il a voulu qu'elle tombât sur son corps sacré, afin de nous exempter de subir la peine dontnous étions débiteurs envers la justice divine. Oui pourrait avoir t> cœur assez dur, pour ne pas répandre des larmes de compassion, pour ne pas s'abandonner aux plus tendres sentiments
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d'amour et de reconnaissance , en voyant cette auguste face défigurée , ce corps innocent tout déchiré de plaies , cet agneau ,qui est la douceur même, tout ensanglanté? Et néanmoins, combien ne s'en trouve-t-il pas parmi nous dont les cœurs sont encore ingrats et insensibles, et qui, voyant leur Dieu faire une si sévère pénitence pour leurs péchés,au lieu de concevoir pour lui des sentiments de tendresse et de compassion, auront encore le courage de retomber dans les mêmes fautes qui ont attiré sur lui un si terrible supplice ! Ah! pour nous , mes Frères , ne donnons pas un tel déplaisir à notre aimable Rédempteur; mais en le voyant tout languissant et comme mort sous les coups, disons avec les sentiments du Roi-Prophète (2. Reg. 23) : C'est moi qui ai péché par mes médisances, par mes injustices, par mes rancunes, par mes vengeances; c'est moi qui ai péché en vivant au gré de mes passions: Ego sum quipeccavi. C'est à moi qu'est dû le châtiment , puisque c'est moi qui suis coupable ; je vais donc, à l'exemple démon divin Maître, embrasser généreusement la pénitence et la mortification.
6. Mais poursuivons l'histoire de cette passion douloureuse, et nous trouverons encore de nouveaux et de plus pressants motifs de nous reprocher notre délicatesse et notre ingratitude. Les ministres de Satan, las de frapper iésus-Christ, le détachent enfin de la colonne, et quoique la longueur et l'atro cité du supplice l'aient laissé presque sans vie,il ne s'en trouve pas un qui daigne exercer à son égard le moindre acte d'humanité, comme on avait coutume de faire envers ceux qu'on avait flagellés; pas un qui panse charitablement ses plaies, qui lui procure le moindre secours , la moindre consolation. Je portais les yeux tout autour de moi, dit-il par la bouche du prophète Isaïc (63), pour trouver un seul sentiment de compassion, et il ne m'est pas arrivé de le rencontrer. Si du moins la fureur de ses ennemis eût été apaisée. Mais l'état déplorable où ils l'ont réduit, enflamme de plus en plus leur haine , au lieu de l'adoucir, selon que Pilale l'avait espéré, et la vue de ce sang innocent réveille dans ces bêtes féroces une nouvelle ardeur pour tourmenter leur victime.
7. Se figurant qu'il prétendait à la royauté, parce qu'il avait dit devant Pilate qu'il était roi des Juifs, remarquez quel moyen barbare ils inventent pour le couvrir de honte, et pour le faire souffrir. Il le font asseoir dans le prétoire; les soldats se réunissent autour de lui, le couvrent d'un manteau de pourpre, lui mettent un roseau à la main en forme de sceptre,
cl lui donnent une couronne d'épines pour diadème. Et non contents de l'avoir couronné d'une manière aussi humiliante* ajoutant la barbarie à la dérision, ils lui enfoncent cruellement cette couronne dans la tète. Ah! quelles douleurs aiguës dut souffrir Jésus-Christ dans ce moment, ayant la tète percée de tant d'épines, la tète, cette partie du corps qui est si délicate et si sensible ! Quelques-unes de ces épines percent les veines et font rejaillir le sang sur sa divine face, les autres attaquent les nerfs et leur causent les plus douloureuses convulsions. Si un simple mal de tète nous est quelquefois insupportable, quelles douleurs cuisantes ces épines ne durent-elles pas causer à Jésus-Christ? Néanmoins, ces cruels ont encore le courage de l'outrager. Salut, Roi des . Juifs , lui disent-ils en fléchissant le genou devant lui ; en même temps ils loi crachent au visage , et prenant le roseau qu'il tient à la main , ils lui en donnent de grands coups sur sa couronne d'épines, ce qui renouvelle à chaque instant ses douleurs et son supplice.
8. Après avoir satisfait en ce point leur fureur, ils présentent Jésus-Christ à Pilale. Celui-ci le voyant réduit à un état si déplorable , le conduit sur un lieu élevé de son palais , et le montre au peuple en disant : Voici l'homme : Ecce homo ; comme s'il eût voulu dire : Considérez combien cet homme est défiguré. Voyez son visage meurtri par les soufflets , sa tète percée d'épines, tout son corps ensanglanté. Qu'il vous suffise de le voir réduit à un état si digne de pitié, qu'il vous suffise de lui avoir fait souffrir tant de tourments, sans vouloir encore le faire mourir. Il espérait par-là sauver la vie à cet innocent; mais ce procédé ne sert qu'à irriter les Juifs. Qu'il soit crucifié, s'écrienl-ils à haute voix, qu'il soit crucifié. Crucifiezle vous-mêmes , dit alors Pilate, car pour moi , je ne trouve pas en lui la moindre faute. Nous avons notre loi, reprennent les Juifs, et, selon cette loi, il doit mourir, parce qu'il s'est dit le Fils de Dieu. A ces mots, Pilate commence à perdre courage et à craindre pour sa propre personne. Néanmoins, il prend encore Jésus à part, et lui fait de nouvelles interrogations, pour chercher encore un moyen de le délivrer. Mais les Juifs criant plus fortement que jamais, que s'il donnait la liberté à Jésus, il perdrait l'amitié do César, vaincu par le respect humain et par l'intérêt, il acquiesce enfin à leur injuste demande; et, dans la crainte d'encourir la disgrâce de son souverain temporel, il sacrifie la vie d'un Homme-Dien. C'est ainsi , mes Frères , que lorsqu'on se laisse dominer par quelque passion, elle porte à tous les excès. L'avarice deJu-
ÏMO XXI. INSTRUCTION
das le détermine à vendre son divin Maître; l'envie qui s'est
emparée du cœur des Pontifes et des Scribes les pousse à prendre tous les moyens défaire mourir Jésus-Christ; l'intérêt qui domine Pilale le porte à le condamner contre sa propre conscience et contre toutes les règles de la justice. Apprenons de là à mortifier les passions naissantes, de crainte qu'en les laissant se fortifier de jour en jour, elles ne nous précipitent malheureusement dans de semblables désordres.
9. Mais ne perdons pas de vue notre Rédempteur affligé. Si ses douleurs furent nombreuses et cruelles dans la flagellalion et dans le couronnement d'épines, on peut dire qu'elles furent excessives et au-dessus de toutes r. )s pensées dans son crucifiement. A peine la sentence sacrilège est-elle prononcée, que les ministres barbares, sans lui donner un instant pour respirer , le traînent hors de la ville et jusques sur le Calvaire. Et, pour rendre ce voyage plus pénible et plus douloureux, ils le forcent à porter sa croix sur ses épaules meurtries et ensanglantées. Alors s'accomplit ce qui, tant de siècles auparavant, avait été figuré dans la personne de l'innocent ïsaac (Gen.22), qui porta lui-même jusqu'au lieu du sacrifice le bois sur lequel il devait être immolé; et ce qui était pareillement figuré dans ce bouc émissaire que le Prêtre chassait loin de toute habitation (Levit. 16), après l'avoir chargé de toutes les iniquités et de tous les péchés du peuple. Oh ! quel spectacle digne de compassion, de voir le Fils de Dieu au milieu d'une troupe insolente de soldats et d'archers , accompagné des malédictions des Prêtres, des Scribes et de toute la populace! de le voir marcher en la compagnie de deux larrons, portant sur ses épaules l'instrument terrible de son supplice! Affaibli par les mauvais traitements qu'il a endurés, la tète couronnée d'épines, tout meurtri de coups et de blessures, il marche en gémissant sous son pesant fardeau. Accablé de douleurs, baigné de sueur et de sang, ne pouvant plus -se soutenir, il tombe à. chaque pas. Les saintes femmes qui le suivent versent des larmes de compassion (Luc. 23), et les soldats euxmêmes, craignant qu'il ne vienne à succomber entièrement sous le poids de la croix, obligent un étranger nommé Simon, qui passe au même moment, à la porter avec lui (Mallh. 15).
10. Arrivés au Calvaire , tout étant prêt pour le crucifiement, les bourreaux lui ôtent ses habits, et se disposent à l'étendre sur la croix; mais Jésus la regardant comme l'autel où doit s'offrir à son Père le sacrifice le plus parfait et le plus agréable qui lui ait jamais été offert, s'y étend lui-même vo-
lontairement. II élève les yeux vers le ciel, et, sans se troubler à la pensée des douleurs cruelles et excessives qu'il est sur le point d'endurer, il adore les ordres de son Père éternel, se rendant obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix (Pbilipp. 2), et lui disant : 0 mon Père, vous n'avez point agréé les victimes, les holocaustes et les sacrifices pour le péché; mais me voici, je viens, selon qu'il est écrit de moi dans le livre, pour faire votre volonté ; et au même instant il présente son corps adorable pour être immolé sur le bois du sacrifice. Aussitôt les bourreaux prennent de gros clous , et à grands coups de marteau ils percent ses pieds et ses mains, et rattachent ainsi à la croix. En ce moment, des convulsions violentes, des douleurs inexprimables se communiquent à toutes les parties de son corps , et enfin s'accomplit cette prédiction du Roi-Prophète, disant dans la personne du Rédempteur : Ils ont percé mes pieds et mes mains , ils ont compté tous mes os (Psal. 21).
1 1 . 11 est impossible d'exprimer les angoisses où se trouva notre divin Sauveur durant cet horrible supplice. Figuronsnous un homme étendu sur son lit, en proie à des douleurs si violentes et si aiguës , qu'elles lui font pousser des cris de désespoir. Sans doute son état nous parait insupportable. Cependant il est sur un lit, et ordinairement il est environné d'amis qui s'empressent de lui procurer tous les soulagements possibles, et ce qui le tourmente n'est autre chose qu'une humeur piquante, laquelle se trouvant arrêtée dans les jointures des mains ou des pieds, offense les nerfs par son acrimonie. Pensez donc quelles douleurs affreuses dut éprouver Jésus étendu sur le bois delà croix, ayant les mains et les pieds percés de gros clous , qui , enfoncés à grands coups de marteau, avaient rompu les veines, disloqué les os, et froissé tous les nerfs dont sont composées ces parties délicates du corps humain.
12. Mais ses tourments devinrent bien plus affreux, lorsque les bourreaux élevant la croix à laquelle ils venaient de rattacher, plantèrent cette croix dans la fosse qui lui avait été préparée, afin qu'il fût ainsi exposé à la vue de tout le peuple. ODieu, quelles angoisses! Etre obligé de supporter tout le poids du corps avec ses mains percées de clous ! Quelles douleurs affreuses! demeurer suspendu de cette manière, sans espérance de voir cesser ses tourments, ni mémo de les voir s'adoucir ! Quelles secousses dans tousses membres ! les os se disloquent, les plaies s'agrandissent, les convoi-
242 XXf. INSTRUCTION
sions deviennent à chaque instant plus violentes. Veut-ii reposer sa tète? il faut l'appuyer contrôla croix, et sentir plus vivement les épines. Veut-il de ses mains supporter le poids du corps pour soulager les pieds ? Les plaies des mains s'élargissent , et les douleurs deviennent plus aiguës. Veut-il soulagerles mains en s' appuyant sur les pieds, ceux-ci se déchirent, et les tourments deviennent plus insupportables. Néanmoins , notre divin Sauveur vit encore trois heures dans cet horrible supplice , avant de rendre le dernier soupir.
13. De ce récit abrégé que vous venez d'entendre sur les souffrances corporelles de Jésus-Christ , il est aisé de conclure combien le prophète Jérémie eut raison de dire (Tren. 1 ) que jamais douleur ne fut semblable à celle-ci. Mais nous devons conclure en même temps combien se trompent ceux qui espèrent faire leur salut en suivant une autre voie que celle de la pénitence que Jésus-Christ nous a enseignée. .Sous sommes appelés aux souffrances et aux tribulations , dit l'apôtre saint Pierre (Ep. I. c. 2); car Jésus-Christ a souffert pour nous , il nous a donné l'exemple , et il nous ordonne de miucher sur ses traces. 11 est comme dit saint Paul (Rom. 8), le modèle des prédestinés; nous devons donc conformer notre conduite à la sienne. Si notre Père céleste ne trouve pas en nous quelques traits de ressemblance avec son Fils crucifié , il nous exclura du nombre de ses élus ; car il ne reconnaît pour ses enfants adoptifs que ceux qui sont en quelque manière semblables à son propre Fils ; il ne fait participer à sa gloire que ceux qui ont soin de prendre pour modèle ce chef des prédestinés. Et en effet, le disciple ne doit pas être au-dessus du maitre, ni le serviteur plus privilégie que celui dont il dépend (Matth. 10).
14. Maintenant notre vie est-elle conforme à celle de Jésus crucifié ? 0 Dieu , quelle différence ! la vie de Jésus-Christ fut une suite continuelle de peines, et celle de la plupart des chrétiens est une vie de plaisirs et de divertissements ; la chair immaculée de Jésus-Christ fut déchirée par les fouets , par les épines et parles clous, et les chrétiens ne cherchent qu'à flatter leur chair de péché; Jésus-Christ souffrit dans son corps toutes sortes de tourments, et les chrétiens travaillent sans cesse à procurer à leur corps toutes sortes de satisfactions.
15. 11 faut enfin nous détromper, mes Frères; une vie molle et sensuelle n'est pas la vie que doit mener un chrétien, parée qu'elle est trop directement opposée à la conduite et à la doctrine de Jésus-Christ. Lisez l'Evangile, vous n'y trou-
verez qu'abnégation de soi-même , morlificalion des sens, pénitence continuelle , croix perpétuelle. Celui, dit notre divin Maitredans saint Matthieu (c. 16), qui veut venir après moi, doit se renoncer lui-même, prendre sa croix et me suivre. 8i quelqu'un vient à moi, dit-il dans saint Luc(c. 14), et ne liait point son père et sa mère , sa femme , ses enfants , ses frères, ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple ; et celui qui ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple. Suivez-le dans toutes les circonstances de sa vie , s'esl-il jamais écarté de la voie étroite et pénible? 11 a, au contraire, voulu y marcher le premier, pour nous la rendre plus facile. Pauvreté, souffrances, faim, soif, persécutions , travaux, telles furent ses délices. Il nous suffit, d'ailleurs , de jeter les yeux sur l'image de. lésus-Christ crucifié ; pouvait-il se soumettre à une pénitence plus rigoureuse ? 11 faut avouer que ceux qui ont en horreur les souffrances et les privations, qui ne cherchent que leur bien-être et leur satisfaction , quoiqu'ils portent le nom de chrétiens, n'ont point l'esprit du christianisme , et ne méritent point d'être comptés parmi les disciples de Jésus-Christ ; car ceux qui lui appartiennent, dit saint Paul (Gai. 3), ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoitises.
-16. Pour nous, mes Frères, ne soyons pas du nombre de ces faux chrétiens. Ne perdons jamais de vue notre divin Rédempteur crucifié , et son exemple nous fortifiera dans nos travaux, nous animera dans nos souffrances , nous rendra douce et facile cette pénitence qui parait si dure et si difficile aux enfants du siècle. Eludions sans cesse notre Maître attaché à la croix, et nous apprendrons à réprimer l'amour des plaisirs, à aimer les souffrances et la mortification, et à marcher dans la voie du Calvaire , la seule qui puisse conduire l'homme pécheur au bonheur éternel.
VINGT-DEUXIÈME INSTRUCTION
Sur les paroles que Jésus-Christ prononça sur la croix.
Au milieu des douleurs cruelles et inexprimables que noire aimable Rédempteur eut à endurer dans son esprit et dans son corps , il ne cessa pas un seul instant de penser à notre bonheur et au salut de notre âme. 11 savait que les leçons qui demeurent plus vivement imprimées dans l'âme et dans le cœur d'un enfant , sont celles que lui donne un père mou-
rant. Non content donc de nous avoir engagés par son exemple à suivre les divines instructions qu'A avait données durant sa vie, il veut encore, du haut de sa croix, nous les inculquer plus fortement, avant de rendre le dernier soupir. Quoique la multiplicité, la longueur et l'atrocité des tourments qu'il a soufferts l'aient abattu de telle sorte, qu'il ne lui reste plus la force de remuer sa langue divine, la charité ardente dont son cœur est enflammé le fait encore parler. Et celui qui n'ouvrit jamais la bouche pour se plaindre , ni pour implorer aucun secours , veut bien l'ouvrir avant d'expirer, pour nous laisser les instructions les plus salutaires. Entretenons-nous donc, au pied de la croix, de ces divines leçons, ci pénétrés des plus vifs sentiments de tendresse et de piété, écoutons les dernières paroles de notre Sauveur mourant.
1 . La première parole qu'il prononce sur la croix , est une parole en faveur de ses ennemis. Encore tout remplis de haine et de fureur, ils se tiennent réunis autour de ta croix; ils le voient tout couvert de plaies , tout baigné de sang , agonisant au milieu des convulsions les plus violentes, des douleurs les plus atroces ; et , au lieu de lui porter le moindre secours, d'éprouver pour lui le plus faible sentiment de compassion, ils l'insultent, ils l'outragent, et de leurs langues, comme avec autant d'épées , dit le Psalmiste (Ps. 63), non contents de le frapper, ils l'accablent de raillieries, de reproches et de malédictions. Va, lui disent les uns, remuant la tète e.i signe de mépris (Matth. 27), toi qui te vantais de détruire Je temple et de le rebâtir en trois jours , sauve-loi maintenant, si lu le peux , et descends de la croix. Les autres lui remettent ses miracles devant les yeux, et le traitant d'imposteur, lui disent d'en faire un nouveau pour se préserver de la mort. Les Princes des Prêtres surtout, les Scribes elles anciens du peuple, mêlant aux insultes les blasphèmes les plus horribles, quoi, disent ils, lui qui en a sauvé tant d'autres, n'est pas capable de se sauver maintenant lui-même? S'il est le Messie, le Roi d'Israël, le Fils du Dieu tout-puissant, qu'il descende de la croix, et aussitôt nous croirons en lui.
2. Au milieu de tous ces outrages, quelles son! les pensées, quels sont les sentiments denotre divin Sauveur? l'étais en ce moment, dit-il par son Prophète, comme celui qui n'entend pas, et qui n'a plus la faculté de parler: K(jo autan tanqnam surdus non audiebam , et sical mulus non aperien* os suum. El fartas sum s'icul homo non audien» , et non habens inoresuo rcdarjulioncs (Psal. 37). Comme un pauvre accusé
SUR LE QUATRIÈME ARTICLE DU SYMBOLE. 2i5
qui n'a plus aucune ressource pour convaincre ses adversaires de mensonge , il supporte , il feint de ne pas entendre, il se lait. S'adressant ensuite à son Père éternel, il lui exprime néanmoins ses sentiments. Mais que pensez-vous qu'il va lui demander ? Le priera-t-il de faire ouvrir la terre , comme autrefois sous les pieds de Dathan et d'Abiron (Num. 16) afin qu'elle engloutisse ces impies et ces sacrilèges qui,non contents de l'avoir crucifié si injustement et avec lantdc barbarie, ont encore la cruauté de l'insulter? Ou bien lui demanderat-il qu'il fasse descendre le feu du ciel pour les consumer, comme le prophète Elie le fit descendre sur les ministres d'un roi prévaricateur (4. I\eg. 1)?11 le peut, sans doute, et ces châtiments seraient bien justes et bien mérités. Mais .lésus qui avait enseigné à ses disciples qu'ils devaient souffrir les persécutions avec patience et avec joie, qu'ils devaient aimer leurs ennemis, faire du bien à ceux qui les haïraient, prier pour ceux qui les persécuteraient et qui les calomnieraient, Jésus , dis-je, est le premier à mettre en pratique ces divines leçons; et ayant plus de compassion pour les auteurs de son supplice que pour lui-même , bien loin de leur désirer le moindre mal, il se fait leur intercesseur, leur médiateur auprès de son Père, et d'un cœur rempli et brûlant de charité , il demande pour eux le pardon de leur forfait. Mon Père, ditil , panlonnez-leur , car ils ne savent pas ce qu'ils font (Luc. 23). 0 paroles d'une douceur sans exemple, s'écrie saint Anselme; 6 paroles d'un amour incomparable! paroles qui ne pouvaient sortir que de la bouche d'un Dieu , comme étant un effet de son infinie charité !
3. Que devez-vous dire , mes Frères, en voyant notre divin Maître prier ainsi pour ses bourreaux , et vous donner un exemple si admirable de charité , vous qui êtes si sensibles à la moindre injure , qui éprouvez tant de répugnance à pardonner, qui cherchez toutes sortes de raisons et de prétextes pour justiliervos ressentiments, vous qui, n'ayant pas quelquefois le moyen de vous venger par des faits, ne laissez pas de le faire au moins par des paroles , en disant du mal de ceux qui vous ont offensés ? Quelle résolution devez-vous prendre, en voyant votre modèle sur la croix faire une prière si pleine de charité pour ceux qui viennent de le crucifier , et qui le couvrent encore d'outrages et de malédictions? Quoi! un Dieu tout-puissant pardonne à sa créature, et un homme refusera de pardonner à son frère ? Jésus-Christ, au milieu des tourments les plus affreux cl des affronts les plus sensibles , s'ou-
2ï6 xx:r. instruction
blie lui-même nom' implorer la miséricorde de son Père en faveur de ses cr.nemis, et un chrétien qui se dit le disciple de te divin Sauveur ne voudra pas se résoudre à pardonner à son semblable et à oublier le moindre tort, le plus léger déplaisir qu'il en aura reçu , et qu'on lui aura causé peut-être plutôt par inadvertance que par malice ; il ne sera content que lorsqu'il aura pu réussir à mortifier celui dont il se croit offensé, et à le décréditer auprès des autres hommes ? Ah ! qu'il n'en soit pas ainsi de nous. Aux pieds de Jésus-Christ qui pardonne avec tant de charité à ceux qui le persécutent, déposons tout sentiment de haine et tout désir de vengeance, si nous voulons, au jour du jugement, être trouvés conformes à notre divin Modèle.
4. Après cet acte héroïque de charité, Jésus-Christ exerce son infinie miséricorde envers un des criminels qui avaient été crucifiés avec lui. Faisant couler dans son âme la force de sa grâce triomphante,il veut que ce coupable soit comme les prémices des glorieuses conquêtes qui seront le fruit de sa passion et de sa mort. 11 éclaire son esprit d'une lumière si vive, il pénètre son cœur d'une grâce si douce et si forte, qu'aussitôt il le reconnaît pour son Dieu et se convertit à lui. quoiqu'il le voie, non transfiguré et environné de gloire, comme les Apôtres le virent sur le Thabor, mais chargé d'opprobres et d'ignominies, crucifié comme un criminel, en proie à la haine et à la dérision de tout le peuple. Animé d'un saint zèle , il reproche à son compagnon les blasphèmes qu'il vomit contre Jésus. Si nous sommes attachés à la croix , lui dit-il, ce sont nos crimes qui nous ont attiré ce châtiment ; mais ce juste qui est crucifié avec nous, quel mal a-t-il jamais fait? Se tournant ensuite vers Jésus, il lui demande pardon de ses fautes, et, pénétré d'une foi vive, animé d'une espérance ferme , enflammé d'une charité ardenle,souvenez-vous de moi, Seigneur, lui dit-il, souvenez-vous de moi, lorsque vous serez en possession de votre royaume; et au même moment, Jésus le fortifie, le console, et lui promet que ce jour-là même il le fera entrer dans la gloire: je vous le dis en vérité, aujourd'hui vousscrez avec moi dans le paradis.
5. Vous enviez, mes Frères, le sort de cet heureux converli à qui Jésus-Christ promet avec assurance le bonheur éternel, et plusieurs disent peut-être en eux-mêmes : Oh ! si nous étions assurés de faire notre salut! si Jésus-Christ nous disait aussi de sa propre bouche : Vous serez un jour avec moi dans le paradis, quelle consolation inexprimable ! Mais, Chic-
liens, ces divines promesses ne nous ont-elles pas été faites à nous-mêmes? Jésus-Christ ne nous a-t-il pas dit que l'observance de ses préceptes est la voie assurée pour arriver à la vie éternelle (Malth. 19); que ceux qui ont une foi vive, animée des œuvres de la charité , ne périront point, mais qu'ils vivront éternellement (Joan. 3); que si nous sommes fidèles et constants dans nos bonnes résolutions, nous serons certainement sauvés(Matth. 27) ? Pourquoi ces promesses ne seraientelles pas suffisantes pour soutenir notre espérance, pournous remplir delà plus entière confiance ? Ah ! le mal est que nous voudrions avoir la certitude d'être sauvés , et avoir la liberté néanmoins de vivre selon notre volonté ; mais c'est une prétention déraisonnable. Ce larron fortuné ne fut assuré de la possession du ciel qu'après qu'il eut correspondu aux lumières et aux impulsions de la grâce par une humble confession de ses fautes, par un repentir sincère de ses désordres , par une prière pleine de confiance qu'il fit à Jésus- Christ comme à son Rédempteur et à son Dieu. Et nous, fermant les yeux à la lumière divine, et les oreilles à la voix de notre Dieu, résistant si souvent à la grâce, sans nous repentir de nos fautes , sans changer de conduite, nous voudrions être assurés que nous sommes dans le chemin du ciel ? Délestons nos péchés avec un cœur contrit et humilié, comme le bon larron; profitons des secours, des moyens que Jésus-Christ nous a procurés par sa passion et par sa mort, recourons à lui avec ferveur , convertissons-nous sincèrement à lui, prenons-le en tout et partout pour notre modèle, et de celte manière nous assurerons notre salut, et nous parviendrons un jour à l'heureuse possession du paradis.
6. Après avoir donné de si grandes marques de son immense charité , Jésus-Christ porte ses regards sur sa sainte Mère et sur son disciple bien-aimé qui se tiennent au pied de sa croix. 11 voit sa Mère, celte Mère si chérie, si vertueuse, si digne d'être aimée, et dont à son tour il est si tendrement aimé, il la voit plongée dans une affliction inexprimable, et comme submergée dans la douleur; et, pour lui donner quelque consolation à ses derniers moments, Femme, lui dit-il (Joan. 19), en lui montrant saint Jean, voilà votre fils, et montrant ensuite Marie au disciple , voilà , lui dil-il , voire Mère. Paroles pleines de sens et de mystères; car en donnant saint Jean pour fils à Marie, et en donnant Marie pour mère à saint Jean, nous avons tous été désignés dans ce disciple fortuné. Marie est devenue notre Mère, et nous sommes de-
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venus ses enfants. C'est ici un effet de l'immense charité de Jésus qui, avant de rendre le dernier soupir, a bien voulu nous laisser entre autres celle marque de son amour, en nous déclarant les fils adoptifs de sa propre mère. En effet, Marie nous reconnaît pour ses enfants, elle nous aime comme ses enfants, elle nous protège , elle nous défend , elle nous assiste comme ses enfants. Mais remplissons-nous à son égard les devoirs d'un enfant envers sa mère ? Oh ! combien nous la déshonorons, combien nous l'offensons souvent par nos pensées , par nos désirs, par nos discours et par notre conduite ! Pensons donc que notre divin Rédempteur expirant sur la croixnous l'a donnée pour mère ; et afin de ne pas nous montrer ingrats pour un bienfait si signalé, réglons tellement notre vie, qu'on puisse toujours reconnaître en nous de dignes enfants d'une telle mère. Loin de nous spécialement toute pcnsée.toute affection , toute parole qui seraient contraires à la belle vertu de pureté, qui est si agréable à Jésus et à Marie , et qui convient surtout à ceux qui font profession de piété et qui se vantent d'être les enfants de Marie, la vierge des vierges.
7. Mais c'est vous , ô Enfants, qui devez principalement puiser ici une leçon bien salutaire. Jésus-Christ en proie aux douleurs les plus affreuses , sur le point de rendre le dernier soupir, a soin de consoler sa Mère affligée; et, pour ne pas la laisser sans secours et sans consolation , il la recommande à son disciple bien-aimé , qu'il charge de la regarder comme sa mère, et de se conduire à son égard comme son fils. Malheui donc à ces enfants qui demeurent insensibles aux maux deleurs parents , qui les abandonnent dans leurs achetions et leurs disgrâces, et qui les délaissent dans leurs besoins. Ce sont des enfants inhumains, indignes déporter le nom de disciples de Jésus-Christ qui, aux derniers moments de sa vie, a donné un si bel exemple de bonté, d'amour et de reconnaissance envers sa Mère.
8. Les douleurs du corps et les peines de l'esprit allant toujours croissant en Jésus, il tombe dans une désolation extrême, et s'écrie : Mon Dieu , mon Dieu , pourquoi m'avez-vaus abandonné (Mallh. 27) ? C'est la quatrième parole qu'il prononce sur la croix ; parole qui ne fut point un effet de l'impatience ou du désespoir, comme a osé le dire un impie, puis* qu'au milieu même de ses tourments, dit saint Bernard, on ne pouvait trouver dans son cœur que douceur et résignation; parole qui ne doit pas nous faire conclure que le Père éternel ail perdu quelque chose de l'amour qu'il portait àsondi-
vin Fils , puisqu'il l'a toujours regardé comme l'unique objel de ses complaisances , et à plus forte raison dans le temps même de son sacrifice qui rétablit sa gloire et satisfait à su justice; mais c'est une parole par laquelle Jésus nous fait entendre un abandon mystérieux et volontaire de sa part. Par un excès de sa charité, il veut être privé de toute consolation, et ressentir ainsi toute l'amertume de sa passion, sans aucun soulagement. Celte joie, celte douceur qui, se répandant dans le cœur des martyrs , les rendaient si contents au milieu des supplices, cctlc joie et cette douceur se sont retirées du cœur de Jésus ; rien en lui ne tempère la violence de ses douleurs, il faut qu'il boive jusqu'à la dernière goutlc le calice amer qui lui est préparé. Tel est l'abandon dont il parle, et qu'il endure pour notre amour. 11 veut être abandonné à toute la rigueur de la justice de son Père, dit saint Cyprien, afin que nous ne soyons pas abandonnés de sa divine miséricorde, lise plaint, il s'afflige non point pour lui , mais pour nous; et il présente à son Père élernel ses angoisses et son délaissement, afin que nous ne soyons jamais délaissés de sa grâce.
9. Oh, s'il nous était donné de concevoir à quel état fut réduite l'âme de Jésus par l'effet de ce délaissement ! Ce qui afili. geait le plus le saint homme Job , ce n'était ni la perle de ses biens, ni les infirmités qui accablaient son corps, ni l'éloigncment de ses amis, ni leur indifférence, ni les reproches de sn femme; mais c'est qu'au milieu de tant de disgrâces, Dieu luimême semblait s'être éloigné de lui, en le privant de toute espèce de soulagement spirituel. Aussi s'en plaignait-il amèrement en lui disant : Pourquoi donc m'avez-vous cav hé voire face, seule capable de me consoler, et pourquoi me regardez-vous comme voire ennemi ? Cur faciem tuam abscondit et arbitrant me mimicum ftM*m(c.l3)? Si cet abandon de Pieu et celte privation des douceurs divines causaient tant de peines et d'afflictions à cet homme jusleJequel quoique exempt de faulcsgraves, avouait cependant qu'il n'était pas sans taches aux yeux de Dieu, combien ne dut-il pas être plus sensible et plus pénible pour Jésus-Christ qui est le vrai Fils de Pieu et son Fils unique, de se. voir abandonné de la sorte par son propre Père? 11 est comme un homme qu'une tempête furieuse a jeté dons la mer. Quoique, investi par les eaux de toute pari, il aperçoive le danger prochain où il se trouve de rester enseveli dans cetabime, animé néanmoins par l'espérance ou qu'une main bienfaisante viendra le délivrer, ou qu'une vague propice le portera sur le bord, il combat de toutes ses forces contre la fureur
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des flots , jusqu'à ce qu'enfin les eaux commençant à entrer dans ses entrailles, et tous ses efforts devenant inutiles, il reste submergé. Ainsi Jésus étant entré dans la mer de sa passion , eut à combattre contre toute espèce de tourments intérieurs et extérieurs. Quel supplice pour son àme , de se voir, au plus fort de la douleur, abandonné non-seulement de ses disciples, qui ont pris la fuite, mais encore de son propre Père, qui le prive des douceurs spirituelles qui auraient pu adoucir ses peines ! Ce fut alors que, comme le dit le Roi-Prophète, il fut submergé par la tempête , et que les eaux de la douleur entrèrent jusqu'au fond de sa belle àme (Ps. 68).
10. Jésus se trouvant dans cet état de désolation et d'abandon, profère une cinquième parole, et dit qu'il est dévoré par une soif ardente : Sitio. Pour nous faire une idée de cette soif brûlante , il suffit de nous rappeler tous les mauvais traitements qu'il avait éprouvés sans intervalle et sans repos durant toute la nuit précédente et le jour suivant, les plaies nombreuses dont son corps délicat était couvert, les douleurs inexprimables qu'il avait endurées , le sang qu'il avait répandu eu abondance , sans jamais recevoir le moindre soulagement.
La chaleur vitale étant presque éteinte, éprouvant clans tous ses membres une agitation extraordinaire, ses entrailles deviennent sèches et arides, selon la prédiction du Roi-Prophète (Psal. 21), qui avait dit que sa force deviendrait comme un vase d'argile, et que sa langue s'attacherait à son palais. Mais quel rafraîchissement va-t-il recevoir? Celui dont avait parlé le même Roi-Prophète , en disant : Dans ma soif, ils m'ont abreuvé de vinaigre (Psal. 68). Un soldat trempe une éponge dans du vinaigre et dans du fiel et l'approche des lèvres desséchées de notre divin Rédempteur. Tel est le secours que reçoit un Dieu mourant! Et nous, Chrétiens, nous sommes si délicats?
11. Mais dites-nous, ô bon Jésus, pourquoi , au milieu de tant de douleurs, ne vous plaignez-vous que delà soif? Ah ! il veut nous donner à entendre qu'outre la soif corporelle qu'il endure, une autre soif, une soif mystérieuse et, comme l'appelle un saint Père, une soif 'aeramenteUe le dévore. 11 brûle encore de la soif des souffrances, et quels que soient les supplices qu'il a endurés pour le salut des hommes, il voudrait, s'il était possible, souffrir encore davantage par amour pour eux. 11 aune soif ardente de nos âmes, soif qui, comme le dit saint Laurcnt-Justinien (Lib. de Charit.Àg.cap. 19), est un effet de sou immense charité. 11 brûle du désir de nous sauver, de
nous gagner et de nous unir à lui. Malheur à nous, si nous n'avons pas une soif ardente de son amour. Notre Dieu met en nous ses délices, dit saint Cypricn ; au milieu des plus grands tourments, il ne s'occupe qu'à nous aimer; et il ne nous suffirait pas à nous-mêmes , et il ne serait pas l'unique objet de nos affections ! Et, au lieu d'être enflammés du désir de l'aimer sans réserve et sans partage , nous serions encore assez ingrats et assez insensés pour attacher notre cœur à la créature.
12. Mais écoutons les deux dernières paroles qui vont sortir de sa bouche mourante, afin démettre à profit les leçons importantes qu'elles renferment. Enfin, dit-il, tout est consommé : Consummahim est. C'est-à-dire que les ordres de son Père sont exécutés , et que le grand ouvrage pour lequel il a été envoyé est accompli. II est venu au monde (.loan. 12) pour en chasser le démon qui le tyrannisait, pour délivrer le genre humain de la dure servitude sous laquelle il gémissait , pour rendre à son Père la gloire qui lui avait été ravie (Col. 1), pour rétablir la paix entre le ciel et la terre, en réconciliant les pécheurs avec son Père par le moyen d'une satisfaction infinie. Maintenant le démon vaincu et terrassé a perdu son empire, l'ouvrage de la rédemption est accompli , l'arrêt de mort porté contre nous est déchiré (Col. 2), la justice divine est satisfaite , le temps de la miséricorde est arrivé, son Père est glorifié , la connaissance de son saint nom commence à se répandre dans l'univers (loan. 17.4) , enfin le but de sa mission est rempli , il va donc rendre le dernier soupir en s'écriant : 0 mon Père, je remets mon esprit entre vos mains : Puter , in vianus tuas commenclo spirilum mewii ; paroles qu'il profère non point par nécessité, son âme étant inséparablement unie à la personne du Verbe , mais pour nous donner à entendre, dit saint Albanase (L. dellom. Christ. iNat. Cant. Àp.), qu'il remet entre les mains de son Père toutes les âmes qui, vivifiées par sa passion et par sa mort, ne font avec lui qu'un seul et même esprit. Il les profère aussi pour l'instruction de son Eglise,et pour nous apprendre à tous que c'est par ces paroles que nous devons nous-mêmes terminer notre carrière,remettant notre âme entre les mains de Dieu, afin qu'elle ait le bonheur de se réunir à son corps, glorieuse au jour de la résurrection universelle, comme celle de Jésus se réunit trois jours après à son corps glorieusement ressuscité. Ah! quelle consolation, mes Frères, que celle de mourir en remettant notre âme entre les mains de Dieu !