‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 3)Chapitre 28 sur 45 · En vérité, si celle conception de Jésus-Christ n'eût pas · texte numérisé non relu

En vérité, si celle conception de Jésus-Christ n'eût pas

élé réelle et indubitable, si Marie n'avait concouru en rien à la formation de son divin corps, comment pourrait-il être appelé Fils de l'homme? Et cependant lui-même se donnait ce nom: Le Fils de l'homme, disait-il, en parlant de sa personne (Malth.8. ), n'a pas un lieu où il puisse reposer sa tète. Le Fils de l'homme a le pouvoir ,sur la terre, de remettre les péchés. Le Fils de l'homme est aussi le maître du Sabbat. Le Fils de l'homme enverra ses Ailles pour détruire tous les scandales dans son royaume. Le Fils de l'homme viendra, accompagné de ses Anges, au milieu de la gloire. Et cette expression, nous la lisons dans cent endroits de l'Evangile. Cette manière de parler était si ordinaire dans sa bouche, que toutes les fois qu'il s'en servait, chacun de ses auditeurs savait qu'il parlait de luimême. Et il ne voulait certainement, en s'appelant ainsi, qu'élablir la certitude et la réalité de sa conception et de son incarnation,puisqu'il n'aurait pas pu se dire Fils de l'homme, comme le fait observer le vénérable Bède(L. \. in Luc.), s'il n'avait pas tiré son origine de l'homme. Aussi les Evangélistes l'appellentils Fils de David (Matth, 1), et en font-ils exactement la généalogie. Et saint Paul (Rom. 1) déclare qu'il descend de la race du roi David selon la chair, pour indiquer que du sang de ce Roi, passé de génération en génération dans Marie , s'est formé son corps dans son sein liés pur. Ces! en ce sens qu'on doit entendre les saintes Ecritures, lorsqu'elles parlent de la génération temporelle de Jésus-Christ; autrement toute sa vie ne serait qu'un tissu d'impostures et d'erreurs, et aurait donné lieu à des méprises singulières. 11 avança en âge comur les autres hommes ; il souffrit comme eux la faim, la soif, les ennuis et les lassitudes ; et toutes ses actions , toutes ses paroles attestaient qu'il avait un corps aussi réel que celui de tout autre. S'il n'a pas été ce qu'il a dit de lui-même , nous avons donc tous été trompés par lui, et de plus, nous devrons ajouter que notre rédemption n'a été que vaine et apparente; car si l'incarnation de Jésus-Christ n'a pas éié réelle, il n'a donc pas vraiment souffert, il n'est donc pas vraiment ressuscité; nécessairement donc . nos espérances ne sont nullement fondées, et l'œuvre du salut de l'homme est détruite. C'esl à cet excès d'absurdité et de déraison qu'arrivèrent les Manichéens elles Marcionites, ne voulant pas reconnaître en Jésus- Christ la vérité de son corps. 11 leur paraissait inconvenanl qu'un Dieu prit une chair dans le sein d'une femme, et . par crainte de préjudiciel* à la majesté de Dieu, s'ils croyaient et

confessaient la conception réelle de Jésus-Christ dans le sein de Marie, ils ne craignirent point d'attaquer son infinie véracité , comme le leur reprochait Tcrlullicn (1. 3. Cont. Marc). Si les rayons du soleil, disait saint Augustin (Lib.de Fid.el Symb. c, 4), passant par des lieux sales et infects n'en contractent aucune souillure, et conservent intacte leur pureté même au milieu des ordures, lors-même quela lumière visible, élantcorporelle, ne soit pas d'une nature différente de celle des immondices qui sont aussi corporelles et visibles; il n'est donc point difficile de comprendre que le Verbe divin ait pu s'unir à notre chair dans le sein d'une vierge sans avoir été souillé par cette union ; et ce qui ne peut que révolter la raison, c'est de croire que Dieu qui est la vérité même, ait voulu, sous la feinte apparence d'un vrai corps , nous induire en erreur.

4. Loin donc de nous, ô mes Frèrcs,les folies des Marcioniteset des Manichéens, qui ont cru avec impiété que le Verbe divin n'a pas pris un vrai corps , mais seulement les apparences. Loin de nous pareillement les détestables erreurs d'un Valentin et d'un Apollinaire qui, bien qu'ils avouassent que Jésus-Christ, en tant que Verbe, se fût uni à un corps, s'imaginèrent néanmoins follement que ce corps élait lout-à-fait différent du nôtre, n'ayant point été formé dans le sein de Marie, de son propre sang, mais seulement créé dans le ciel. Celle erreur fut réfutée par les saints Pères , considérée avec horreur par toute l'Eglise catholique, parce qu'elle était en opposition parfaite avec les dhines Ecritures, lesquelles déclarant que Jésus-Christ fut conçu dans le sein de Marie, nous font par-là même connaître que Jésus-Christ ne prit son corps ailleurs que dans le sein de Marie; et nous assurant qu'il éprouva des fatigues dans ses voyages, qu'il ressentit la faim et la soif, qu'il fut crucifié, qu'il répandit son sang et qu'il mourul, elles nous démontrent parlà même clairement que la chair de Jésus-Christ fut semblable et consubstanlielle à la notre, qu'il eut un corps composé comme le nôtre de chair, de sang, et d'os. Quant a nous, de même que nous devons croire véritable la doctrine enseignée parles Apôtres dans cet article, à savoir que Jésus-Christ fut conçu dans le sein très-pur de Marie, de même aussi nous devons avouer qu'il y prit une nature et une chair faible comme la nôtre , sujette aux infirmités et à la mort, qu'il fut soumis à ces nécessités auxquelles nous sommes asservis, et dépendant de ces secours dont nous éprouvons le besoin ; ce qu'exprima saint Paul, en disant qu'il devait ressembler à ses frères (Heb. 2.17).

o..\c vous imaginez cependant pas que toute la ressemblance

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que Jésus-Christ a avec nous, n'existe que du côté du corps, et que, comme Fils de Dieu , quoiqu'il ail mis dans le sein de la Vierge notre chair, il n'y a pas pris une àme spirituelle comme la nôtre, et douée de raison. Ce fut là une autre erreur (r\|)()llinairc qui, pensant que le Verbe divin uni à la chair remplissait toutes les fonctions que l'âme remplit, et qui, quoique admettant en Jésus-Christ celte àme par laquelle la vie et le sentiment nous sont communiqués, et nous est commune avec tous les autres animaux, ne voulut jamais reconnaître en lui cette àme intelligente qui nous élève si fort au-dessus des animaux. Erreur dont l'effet est de renverser et d'anéantir le mystère de l'Incarnation, et de détruire le grand œuvre de la rédemption des hommes. Elle renverse et anéantit le mystère de l'Incarnation, puisqu'elle fait de Jésus-Christ un homme incomplet; elle détruit l'oeuvre de la rédemption, car si le Verbe divin n'avait pas pris notre humanité entière, il n'aurait pas pu la sauver entièrement non plus. Les saintes Ecritures, les Pères, les Conciles , en nous enseignant clairement que Jésus-Christ est vrai Dieu, et pareillement vrai homme, consubstantiel à son Père quant à la divinilé,el consuhstantiel à nous quant à l'humanité , nous apprennent conséquemment qu'A y a en lui deux parties qui concourent à former essentiellement l'homme; aussi, dans le Symbole attribué à saint Alhanase, il est dit qu'il a une chair semblable à la nôtre, et une àme douée d'intelligence. Si donc l'une ou l'autre de ces parties manquait, il ne serait plus un vrai homme. Les saintes Ecritures nous déclarent pareillement que Jé>us-Christ est le médiateur entre Dieu et l'homme (I. Timolh. 2). Or, puisque l'homme fut séparé de Dieu par le péché, il fallait, dit saint Fulgence (î .ad Fresim. 15), qu'entre Dieu courroucé et l'homme pécheur un médiateur fût interposé, qui fut vrai Dieu pour réconcilier la divinité offensée avec l'homme, et qui fût en même temps vrai homme, pour faire rentrer en grâce l'homme avec Dieu. Sachons, en outre, que le Fils de Dieu s'est uni à notre nature humaine afin de la guérir de ces maladies qu'elle avait contractées par le péché, et pour la garantir des maux déplorables qu'elle s'était malheureusement mérités en péchant . ce divin Sauveur ayant attesté lui-même de sa propre bouche (Luc. 19) qu'il n'était venu sur la terre que pour sauver ce qui était perdu. Ainsi la nature humaine tout entière, et non en partie, ayant été défigurée et souillée dans Adam, le Verbe divin l'a prise tout entière, dit saint Grégoire de Na/.ianze (Ep. 1. ad Cled.),parce qu'elle avait besoin d'être réparée entiè

rement. D'ailleurs l'homme étant distingué des animaux, surtout par l'âme douée d'intelligence, qui peut jamais croire, ajoute saint Augustin (Uc Fide et Symlu c. 4), que le Verbe divin se soit approprie ce que nous avons de commun avec les brutes, et n'ait pas pris ce qui nous dislingue essentiellement d'elles, et qui n'appartient qu'à l'homme? Confessons donc avec l'Eglise catholique que Jésus-Christ est aussi vraiment homme qu'il est vraiment Dieu, et que ce Verbe di\in, dans le sein de la Vierge, s'est uni à la nature humaine et quant à l'àme et quant au corps.

6. Mais de quelle manière se forma cet homme dans le sein de Marie, et comment s'opéra celle admirable union entre la nature divine et la nature humaine? C'est ce que je me suis proposé de vous expliquer en second lieu , cl c'est pour cela (;ue je me dispose à présent à vous raconter les prodiges étonnants qui arrivèrent à l'époque de celle conception , et qui doivent être l'objet de notre vénération et de noire croyance.

7. Le premier et le principal prodige qui eut lieu dans la conception de Jésus-Christ, fut annoncé par Gabriel àla Vierge, dans ces termes rapportés par l'évangélislc saint Luc : Le Saint-Esprit, dit-il, descendra dans vous, et la vertu du Très- Haut vous couvrira de son ombre : c'est ce qu'exprimèrent les Apôtres dans cet article, en disant : « Qu'il fui conçu du Saint- Esprit. » Celte conception n'eut donc pas lieu par les moyens communs et par l'intervention de l'homme, mais par l'œuvre de l'Esprit-Saint. Cet Esprit divin, au moment de la création du monde, étant porté au-dessus des eaux, les rendit fécondes (Gen. 1) , et en descendant dans Marie, il lui communiqua une fécondité toute divine ; ce fui lui qui forma de la substance et du sang de la sainte Vierge le corps le plus pur qu'on puisse imaginer et qui est celui de Jésus-Chrisl ; ce fut lui qui la lit devenir mère, sans qu'elle cessât pour cela de pester vierge, et qui opéra en elle ce prodige nouveau que les Prophètes, depuis tant de siècles, avaient prédit. Saint Joseph fut àla vérité époux delà sainte Vierge, mais il n'eut aucune part à la conception de cet auguste cl divin enfant, et il en eutsi peu, que quand il s'aperçut de la grossesse de son épouse, ignorant comment cela pouvait avoir eu lieu, il avait formé le projet de l'abandonner, et il fut nécessaire qu'un Ange lui révélât le mystère qui lui avait été caché jusqu'alors , et qu'il l'assurât que ce qu'il voyait en Marie, cl qu'il ne pouvait comprendre, élait arrivé non par une opération humaine, mais par une vertu toute divine. Que si quelquefois, dans l'Evangile,

^aint Joseph est appelé le père de Jésus-Christ, et si Marie lui lionne de temps en temps ce nom, c'est à raison de l'amour et du soin qu'il avait pour lui, et qu'un bon père a coutume d'avoir pour son enfant, parée qu'étant, en outre, l'époux véritable de la très-sainte Vierge , Jésus-Christ lui appartenait en propre , puisqu'il était né pour ainsi dire dans un fonds qui était sa propriété. Mais nous ne devons pas inférer de, ce nom dont il est gratifié dans les saintes Ecritures, qu'il ait donné la vie à ce fruit divin; l'Evangile nous enseignant (Lue. 3) que Jésus-Christ passait effectivement pour (ils de Josepb dans l'opinion des Juifs, qui ignoraient le mystère de son admirable conception, mais que, dans la réalité, il ne l'était pas. Et la sainte Ecriture (Is. 33. 8) nous apprend que , comme sa génération éternelle est ineffable, sa génération temporelle l'est pareillement, et que, comme il a été engendré par le Père dans le ciel sans mère, ainsi il fut conçu ici-bas, dans le sein d'une mère, sans le concours d'un père.

8. C'est là le privilège aussi grand que singulier, et de plus, merveilleux, qui n'a été accordé qu'à Jésus-Christ. Etant le Saint des Saints et la sainteté même, sa conception devait être sainte , conception dont il ne fut redevable à aucun homme, mais au Saisit-Esprit , qui est la source et le principe de toute sainteté. Remarquez cependant que, quand on dit que Jésus-Christ fut conçu par l'opération de l'Esprit-Saint, on ne veut pas dire que celte seule personne de la sainte Trinité ait opéré ce mystère ineffable de l'Incarnation. Les trois personnes y ont eu part. Car toutes les opérations de Dieu, hors de lui-même (ad extra), sont communes aux trois personnes divines, comme l'enseigne la foi : l'une n'agit pas plus que l'autre, ou ne tait rien sans le concours de l'autre. Néanmoins, comme l'on a coutume d'attribuer la création au Père, la rédemption au Fils, la sanctification au Saint-Esprit, quoique l'on croie que soit le Père, soit le Fils, soit le Saint-Esprit contribuent également à ces opérations ; ainsi la conception de Jésus-Christ , bien qu'elle soit due à l'opération des trois personnes divines, est attribuée cependant particulièrement au Saint-Esprit. En premier lieu, la conception Rappelant le mystère de l'Incarnation, et étant vraiment un mystère d'amour, parce que le Seigneur nous y donna les preuves les plus vives et les plus frappantes de son infinie charité, on l'attribue convenablement à l'Esprit-Saint, qui, est l'amour subsistant du Père et du fils. En second lieu, comme il est d'usage que la sainte Écriture rapporte m Saint-Esprit la sanctt*

fication de toutes choses, on lui attribue la conception de Jésus-Christ,pour la distinguer de celle des autres hommes; car, n'ayant pas eu lieu , comme le dit saint Augustin (Serm. 217), dans les ardeurs de la concupiscence , niais dans la charité fervente de la foi, elle fut toute pure, toute sainte, toute divine. C'est pour ces .*aisons et d'autres que je ne mentionne pas, que nous disons que Jésus-Christ fut conçu par l'opération du Saint-Esprit.

9. Nous ne devons pas cependant conclure de là qu'il soit, ou qu'il puisse s'appeler le père de Jésus-Christ , et que ce divin Sauveur, d'un autre côté, puisse être appelé son fils: on ne peut pas appeler fils tout effet d'une cause quelconque. Pour lui donner ce nom, il faut, en outre, qu'il soit delà même espèce, et qu'il participe à la même nature par voie de génération et parla même origine. Or, quoique le Saint- Esprit ait formé le corps de Jésus-Christ, il ne l'a cependant pas formé de sa propre substance , mais de la substance de la Vierge Marie; et il l'a formé par une opération efficace, spéciale , immédiate ; mais cette opération fut toute spirituelle et toute divine; et cet homme, à qui il donna l'être dans le sein de la Vierge , fut effectivement son œuvre , mais non une portion de lui-même; il fut formé par lui, mais non engendré; conçu par sa vertu, mais non de sa propre substance. D'où il résulte que Jésus-Christ, qui est le vrai fils du l'ère, quant à la génération éternelle , est le vrai fils de Marie , quant à la génération temporelle; cependant il n'est, ni ne peut être appelé le fils du Saint-Esprit, puisqu'il n'a été engendré par lui ni éternellement, ni temporellement , quoiqu'il ait été conçu miraculeusement par sa vertu.

10. La conception de Jésus-Christ fut donc merveilleuse dans son principe , puisque l'Esprit-Saint en fut l'auteur ; mais elle ne le fut pas moins quant à la manière dont elle s'effectua. Bien différent des autres hommes, il fut homme parfait dès le premier moment de sa conception. Dans l'instant même où fut formé dans le sein de Marie son corps très saint, une âme douée d'intelligence lui fut unie, et dèslors il eut en lui-même tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu (Coloss. 2). Dès cet instant, il s'offrit luimême à son Père et lui dit ( Heb. 10 ): « Vous n'avez point » voulu le sacrifice , ni l'oblation ; mais vous m'avez donné » un corps ; vous avez repoussé loin de vous les holocaustes » et les sacrifices pour le péché: alorsj'ai dit: Me voici, je viens » selon ce qui est écrit de moi, pour faire, ô mon Dieu , votre

» volonlè. » Bien qu'il fût enfant et encore enfermé dans le sein desa mère, sa 1res sainte àme n'était pas oisive. Elle voyait tout, elle savait tout, et commença dès-lors à opérer notre salut. 11 était au souverain degré parfait comme homme, non par Tàge , dit saint Bernard (H. 2. super Missus est), mais par la sagesse; non par les forces du corps , mais par ia vertu de l'esprit; non par la grandeur des membres, mais par la maturité de son intelligence.

1 1 . Non-seulement son aine , enrichie et ornée de tous les dons de la sagesse et de la grâce , fut jointe au corps dans le premier instant dans lequel il fut conçu dans le sein de sa mère ; mais , de plus, la divinité se joignit à l'âmeel au corps. Ne vous imaginez cependant pas , mes Frères, qu'entre la création de la très sainte humanité de Jésus-Christ et l'union du Verbe divin, il se soit écoulé quelque intervalle de temps, comme si l'homme ait commencé d'abord par être formé entièrement, et qu'ensuite ayant été habité par le Verbe, il soit devenu Dieu. 11 n'en est pas ainsi: l'humanité de Jésus-Christ n'a jamais été un seul instant sans la divinité : mais, comme l'âme raisonnable fut unie au corps dès le premier instant de sa conception , ainsi la divinité s'unit dans ce même premier instant à l'âme et au corps: autrement il faudrait dire contrairement à la doctrine des Apôtres qui nous est enseignée dans cet article qu'un homme seulement et non un homme- Dieu fut conçu par Marie. Nous ne devons donc pas diviser Jésus-Christ, en séparant la nature divine de la nature humaine. Celui qui divise Jésus-Christ, dit saint Jean(Ep.l.c. 4. 3) , n'a pas l'esprit de Dieu, c'est un anlcchrist. Lorsque les Apôtres déclarent que Jésus-Christ, inique Fils de Dieu, fut conçu par l'opération du Saint-Esprit dans le sein de Marie, ils nous font entendre que dans cet instant où son humanité fut créée, le Verbe s'en revêtit incontinent, qu'elle commença à exister non indépendamment du Verbe , mais avec lui ; ils nous apprennent aussi que, comme il y a en Jésus-Christ deux natures distinctes, la nature divine cl la nature humaine.ee que n'admettait pas Entichés, qui les confondait l'une dans l'autre, de même aussi, il n'y a qu'une seule personne, la personne divine, contrairement à l'erreur de Nestorius, qui prétendit qu'il y avait encore en lui la personne humaine.

12. Or, pour vous répéter en peu de mots ce (pie jusqu'à présent je vous ai expliqué au long, voici ce qu'on nous propose à croire dans la première partie de cet article: on proj)v se à notre croyance la vérité de la conception de Jésus-Christ,

on nous y raconte aussi la manière étonnante et merveilleuse tont elle arriva. La vérité de cette conception nous oblige à confesser que Jésus-Christ est vrai homme , parfait sous tous les rapports et semblable à nous ; qu'il a comme nous, une âme raisonnable , douée d'intelligence et de volonté , un corps non apparent, mais réel ; qui n'a point été r-réé dans le ciel d'une matière différente delà nôtre, mais formé dans le sein de Marie de notre même chair. La manière ensuite, dont cette conception arriva, nous engage à croire que l'Esprit-Saint en fut l'auteur, qu'aucune créature n'yeatpart, que saint Joseph, bien qu'il eût été le véritable époux de la Vierge Marie, ne fut cependant pas le vrai père de Jésus-Christ. .Nous sommes obligés de plus à croire fermement que , dans l'instant où celle sainte humanité commença à exister, la nature divine s'y unit dans la personne du Verbe ; que le Fils de Dieu se fit homme; et c'est ainsi que s'opéra le grand mystère de l'Incarnation.

13. 11 ne suffit pas cependant, mes Frères, que nous ajoutions spéculativement foi à ces choses , nous devons encore en tirer des règles de conduite. La foi a pour but sans doute d'éclairer notre esprit par ces connaissances; mais elle veut encore embraser nos cceurs; le Fils de Dieu, dit saint Augustin ( De Catech. rudibus, c. 4 ) , est venu au monde , et il s'est revêtu de noire chair, afin que, connaissant quel a été l'excès de la charité de cet adorable Sauveur , nous prissions la ferme résolution d'aimer ce Dieu qui nous donna des preuves si éclatantes de son amour. Quelles marques en effet plus grandes pouvait-il nous en donner.puisqu'il se fit esclave pour nous racheter nous-mêmes de la servitude; il se chargea de nos infirmités et denos misères pour nous procurer le salut ; il ne dédaigna pas de s'abaisser jusqu'à nous , pour nous élever jusqu'à lui et nous rendre participants de sa gloire, il s'anéantit, selon l'expression de l'Apôtre (Phil.2.), en prenant la forme d'un esclave , en se faisant semblable à nous, afin que nous devinssions semblables à lui. Ah! mes Frères, quelle ardente et profonde charité que celle de ce Dieu qui, étant invisible dans sa nature, a bien voulu devenir visible dans la noire! Quel amour! que celui qui est immense se soit déterminé à se renfermer dans les étroites dimensions du sein d'une Vierge ; que l'Eternel ait voulu naitre dans le temps; que l'impassible soit devenu passible; que l'immortel se soit volontairement soumis à la mort; que le Fils de Dieu soit devenu le Fils de l'homme, et que le Verbe, comme le dit l'E-

SlïI LE 1 RCISIE.UE ARTICLE I)i' .SYMBOLE. 1 3 i

vangcliste ( Jo. 1 . ) , se soit fait chair ! Quelle doit donc être notre reconnaissance et notre amour! Désormais, pour qui devons-nous vivre , sinon pour notre Dieu qui nous a tant aimés? S'il s'est donné tout entier à nous-mêmes , ne serait-ce pas une manifeste injustice et une détestable ingratitude, si nous ne nous donnions entièrement à loi? Glorifions donc , selon l'avis que nous en donne l'Apôtre (1. Cor. 6) , et portons Dieu dans notre eorps ; portons-le dans notre esprit. Portons-le dans notre corps; car si, en se revêtant de notre chair, il l'a divinisée en quelque manière , gardons-nous bien de la souiller, en faisant servir nos membres aux turpitudes et aux iniquités. Portons-le dans notre esprit , en excitant en nous, par la méditation d'un si grand mystère, de vifs sentiments de reconnaissance ei d'amour. En agissant ainsi, notre loi ne sera pas stérile, mais elle opérera en nous ces fruits de justice et de sainteté que Dieu s'est proposé de nous faire recueillir en se faisant homme.

Sur les paroles : Naïus ex ttaria Firgine, Naissance de Jésus-Christ.

Je me propose aujourd'hui de présenter à vos réflexions les circonstances de la naissance admirable de Jésus-Christ, telles qu'elles sont rapportées par PEvangéliste saint Luc. parce qu'elles renferment toutes des mystères profonds, capables d'exercer notre foi, et des leçons très salutaires , propres à exciter dans nos cœurs l'amour envers notre divin Maître , e' le désir de l'imiter.

1 . L'Evangéliste saint Lue commence son histoire de la naissance de Jésus-Christ, par une circonstance digne de remarque. En ces jours-là, dit-il (Luc. 2) , parut un édil de César- Auguste, par lequel il ordonnait de faire le dénombrement de tous les sujets de l'empire. Cet édil ayant été publié danla Palestine comme dans les autres provinces, et Cyrinus, préfet de la Syrie, ayant reçu l'ordre de le mettre à exécution, chacun se transportait dans la ville d'où sa famille était originaire, pour s'y faire inscrire sur les registres publics. A cette lin . Joseph partit de Nazareth, ville située dans la Galilée, avec Marie, son épouse, qui était enceinte, et vint dans la Judée , à la ville de David, appelée Dethléhem, parce qu'il était de la maison «4 de la famille de David. Arrêtons noos ici par la peu

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sée, mes Frères, et admirons les traits de la sagesse de Dieu et de sa providence, (eue fut point par un effet du hasard, ni par accident que Ton publia dans ce moment l'édit d'Auguste; mais ee fut par une permission spéciale de Dieu , qui voulait se servir de ce moyen pour l'exécution de ses desseins. 11 avait prédit, parla bouche de ses Prophètes Miel:. 5), que le Messie naîtrait à Belhléhcm,et pour que cette prophétie s'accomplit, il fallait que Marie s'y transportât de Nazareth, où elle faisait sa demeure, et qu'elle y allât dans le temps où elle touchait à son terme. L'édit d'Auguste met Joseph et Marie dans h nécessite de faire ce voyage. Le gouverneur Cyrinus le publie, et en ordonne l'exécution dans un temps où cette épousevierge est près de ses couches. Marie et .loseph obéissent ai». commandement de l'empereur; ils vont à Belhléhem pour s-' faire inscrire dans cette ville. A peine y sont-ils arrivés, que l'heure est venue où Marie doit donner au monde son libérateur : et ainsi se vérifie tout ce que le Seigneur avait statué et prédit sur la naissance temporelle de son Fils.

2. Un autre dessein de la Providence , dans ce dénombrement, fut de donner à tout l'univers une preuve publique et toujours subsistante de l'accomplissement des prophéties dans la personne de Jésus-Christ, et de prouver à toutes les nations qu'A était le Messie promis. Non-seulement les Ecritures avaient pvéditlelieude sa naissance, elles avaient encore prédit le temps où il devait naître et son origine. Quant au temps , Daniel avait prédit (('. 2. et 7.) que les royaumes de Babylone , de Médie et de Perse devaient auparavant être détruits , et que le Messie viendrait, lorsque, sur leurs ruines, aurait été élevé l'empire romain, qui seul dominerait l'univers entier. Et l'ange Gabriel lui avait dit qu'il ne restait plus que soixante-et-dix semaines avant la venue de celui qui avait été promis aux hommes pour être leur libérateur (ibid. c. 6). Quant à son origine, je placerai sur votre trône un de vos descendants, a\ait dit le Seigneur à David (Psal. 131) , et son règne n'aura point de fin. Or, quelle preuve moins suspecte cl plus convaincante pour nous persuader que toutes ces prophéties se sont accomplies eu Jésus-Christ , que celle que nous fournirent tes registres publics de l'empire romain? Us nous montrent que tous les autres royaumes ayant été subjugués , le monde n'avait d'autre maître que César-Auguste, empereur romain, elle temps où Marie et Joseph s'y firent inscrire correspond parfaitement à la fin des semaines de Daniel ; Marie et Joseph \ sont reconnus comme étant de la tsihy de Juda, et descen»

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danls de la famille royale de David. Qu'on en cherche les preuves , disait Terlollien (Lib. 4. Cont. Marcion. 7), et on les prouvera claires et convaincantes dans k^. archives mêmes de l'empire. Et si les Juifs ne veulent pas ajouter foi à ce que leur disent les chrétiens, ni au récit des Evangélistes, qu'ils confrontrent les prédictions de leurs Prophètes avec tout ce qui est enregistré chez les payens eux-mêmes, et ils verront qu'elles ont été accomplies. Admirable providence de Dieu, qui disposez toute chose avec douceur, comme vous savez vous servir des pensées des hommes pour l'exécution de vos desseins sublimes! et quel grand bien vous savez tirer de leurs actions mêmes dans lesquelles notre faible intelligence ne découvre qu'une fin basse et terrestre! Nous regardons l'édîl d'Auguste comme un simple effet de l'ambition d'un empereur payen, tandis que ce même édit était un moyen que vous mettiez en œuvre pour donner leur accomplissement aux prophéties, cl pour convaincre d'obstination les incrédules.

3. Mais, tout en admirant les traits merveilleux delà divine Providence, ne lais<on< pas de considérer que Jésus-Christ veuf encore naître dans celte circonstance pour nous édifie;et nous instruire. Comme il venait nous enseigner l'obéissance, en se soumettant aux princes de la terre (Rom. 13.), il commencé lui-même à pratiquer celle venu avant d'être né. Encore renfermé dans le sein de sa mère, il obéit avec promptitude aux ordres d'un Empereur infidèle. Quelle leçon pour nous, qui voulons être indépendants , cl qui , lorsqu'il s'agit d'obéir, cherchons toutes sortes de prétextes pour ne pas nous soumettre; qui trouvons toujours des raisons pour ne pas le faire aussitôt, ou qui exécutons en murmurant ce qui nous est ordonné par dos supérieurs. Puisqu'un Dieu se soumet, qui pourra désormais refuser de se soumettre? Puisqu'un Dieu obéit à un prince infidèle, quel est celui qui oserait désormais se soustraire à l'obéissance, apportant pour excuse que celui qui a le droit de commander, est rempli de défauts et de méchanceté? Puisqu'un Dieu a pra que une obéissance qui lui a coulé tant de privations et de peines, quel est celui qui pourrait avec raison se plaindre de ce qu'il peut y avoir de pénible dans la pratique de celle vertu?

A.Maisneperdonspas de viuTEvangéhstc,lequel poursuiva;;' son récit, nous rapporte des choses toutes pleines de mystères et d'instructions très importantes et très salutaires. Tandis quel» sainte Vierge et saint Joseph étaient à lielhléhem.ajoule-l-il, le terme de Marie arriva, et elle mil son Fils au monde. Mais d .

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quelle manière? D'une manière tout extraordinaire, d'une manière miraculeuse et surprenante. Loin de cet enfantement ces douîeurs,ces angoisses auxquelles toutes les antres mères furent condamnées dans la personne de la première femme. Loin d'ici ces misères et tout ce qui accompagne la naissance des autres hommes. Comme elle avait couru sans tache , ainsi elle enfante sans douleur ; et n'ayant eu aucune part à la prévarication d'Eve , elle n'en a point à la malédiction dont elle fut l'objet. Dans celle naissance admirable tout est pur, tout est saint, tout est divin. Cet enfantement, bien loin de porter atteinte à l'intégrité de la mère, lui donne au contraire un nouvel éclat , et la rend plus célèbre et plus glorieuse. Le Fils de Dieu sortit du chaste sein de Marie comme la fleur sort d'une plante sans offenser la tige; comme l'eau sort de la source en la purifiant, comme le rayon du soleil pénètre le verre sans le rompre et sans lui imprimer aucune tache. Comme l'Esprit- Saint avait concouru à la conception de lésas-Christ, il concourut pareillement à sa naissance par sa vertu toute-puissanle ; et en même temps qu'il rendit sa divine mère féconde, il lui conserva la gloire de la virginité. C'est ce que le prophète Isaie avait prédit par ces paroles : Voici qu'une Vierge concevra et enfantera (c. 7). C'est ce qui avait été figuré par cette porte du sanctuaire, dont Ezéchiel avait dit (c. 44) qu'elle resterait toujours fermée; par la verge d'Aaron qui fleurit miraculeusement (Num. 17) ; par ce buisson mystérieux que Moïse vit brûler sans se consumer (Exod. 3) ; par ce jardin ferme, et par celte fontaine scellée à laquelle l'époux divin compare son épouse chérie , dans le livre des Cantiques (1. 12). 11 était très convenable , en effet, qu'il vint au monde d'une manière aussi singulière et prodigieuse; celui qui devait être le Sauveur des hommes, afin que tout en ayant pris la nature humaine , il ne fût pas sujet aux souillures de la chair, et afin (prêtant semblable aux autres hommes par cette même nature , il en fût néanmoins distingué par son origine el par sa naissance. Et voilà pourquoi les saints Pères exaltent si hautement cette prérogative étonnante, qui ne fut jamais accordée qu'à Marie, d'être \ierge et mère en même temps. Les uns l'appellent la Première de toutes les Vierges ; d'autres lui donnent le beau litre de Maîtresse delà virginité; d'autres enfin la nomment la Gloire des Vierges, le Miroir, la Forme et la Couronne delà virginité. L'Eglise tout entière (V. S\n. génér.) a toujours cru que Marie a été vierge très pure, non-seulement avant son enfantement, mais encore pendant et après son enfantement ;

et clic a toujours condamné comme hérétique quiconque a osé enseigner une autre doctrine. Aussi les ûdèles, comme l'observail déjà de son temps suint Epiphane (Haer. 78.), ont-ils eu toujours la pieuse coutume de joindre au nom de Marie le titre de Vierge ; et même, comme si ces deux noms, Marie et Vierge , étaient synonymes , l'usage s'est établi d'exprimer également par l'un ou par l'autre la seule Mère de Dieu ; c'est d'elle seule que l'on entend parler quand on dit la Vierge, tX celui qui écoute, sait de même que c'est d'elle seule qu'il est question lorsque ce nom vient retentir à ses oreilles. Glorifions, mes Frères, ce Dieu qui a voulu distinguer sa Mère par un si pare privilège. Réjouissons-nous avec Marie, qui est bénie entre toutes les femmes, et que toutes les nations appellent bienheureuse, et apprenons à conserver soigneusement la belle vertu de pureté, vertu si chère à Dieu, qu'il a voulu naître d'une mère qui se conservât toujours vierge pure cl sans tache avanl l'enfantement, pendant l'enfantement et après l'enfantement, comme nous faisons profession de le croire en récitant ces paroles du Symbole : Né de la Vierge Marie : Nalui ex Maria Virgine.

5. Après que Marie eut mis son Fils au monde, continue saint Luc, elle l'enveloppa de langes el le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans les hôtelleries. Ne croyez pas, mes Frères, «pie ce SOit sans raison que l'Evangéliste rapporte ces circonstances qui semblent minutieuses. Il était très important pour nous de les savoir, afin de connaître par leur moyen les desseins pleins de bonté de notre Dieu, el de recevoir les divines leçons que Jésus-Christ voulut nous donner dès son berceau. Il arriva, par une disposition de la Providence,que toutes les maisons de Bclhléhem se trouvèrenl tellement remplies, que Marie et Joseph n'y purent obtenir aucune place. Ils furent obligés de se retirer dans une élablc, et ce fut là que Marie donna au monde son Sauveur, el que, n'ayant pas même un berceau pour le moment de sa naissance . elle se \it réduite à le coucher dans la crèche de cette étable, sur un peu de paille. Oui, tout ceci arma par une permission divine. Le Fils de Dieu venait au monde pour nous sauver; il fallait donc qu'il nous montrât la véritable voie du salut ; qu'il dissipât les ténèbres qui nous l'avaient fail abandonner, etqu'il nous animât en même temps à surmonter les difficultés et tous les obstacles que nous devions rencontrer dans le chemin du ciel. C'est pour cela que, commençant à travailler dès le moment de 83 naissance au

i$fi XVi. INSTRUCTION

grand ouvrage dont son Père éternel l'avait chargé , "1 oor^ prêche par son exemple ce qu'il ne peut encore m;M ;•'.— ~t*î» par ses paroles ; et s'étanl .l'ait, comme il le dit lui-même , la voie, la vérité et la vie, il nous montre en lui, par son cjcmpie , le chemin que nous devons prendre;il nous enseigne, par son exemple, la vérité que nous devons suivre; il nous anime, par son exemple à ne point nous décourager parles difficultés que nous pouvons rencontrer. Vous êtes hors de la véritable voie, nous dit-il, en vivant attachés aux richesses, aux plaisirs et aux honneurs. Vous vous trompez,en croyant que ce soient là des biens réels et qui constituent la vraie félicité. Si vous voulez être véritablement heureux, il faut que vous embrassiez généreusement la pauvreté, les souffrances et les humiliations. Telle est la grande leçon qu'il nous donne au moment de sa naissance. C'est là ce que nous prêchent cette paille, cette étahle, ces animaux , cette crèche. Le temps , le lieu et toutes les circonstances de la naissance de Jésus-Christ nous font voir combien l'homme se fait illusion, en regardant comme heureux, ceux qui jouissent des richesses, des plaisirs et des honneurs, eteomme malheureux les pauvres, les affligés et ceux qui éprouvent des humiliations ; puisque rattachement aux richesses, l'amour des plaisirs et le désir des honneurs sont les moyens dont se sert le démou pour nous ravirle vrai bonheur.

6. Si, en effet, tous ces faux biens méritent l'estime qu'eu fait le monde, pourquoi, dès le moment de sa naissance , Jésus-Christ a-t-il voulu les mépriser, et nous engager par son exemple à les mépriser nous-mêmes ? Ne pouvait-il pas , s'il l'eût voulu, naître dans l'opulence, au milieu des commodités de la vie, paraître dans le monde environné de splendeur et de gloire pour s'attirer le respect et la vénération des hommes ? Mais cette manière de naître n'était point convenable à nos besoins. 11 savait que la concupiscence des \ eux, comme dit saint Jean (1. Joan.2. 16), c'est-à-dire l'amour des richesses, la concupiscence de la chair ou l'amour des plaisirs , et l'orgueil de la vie OU l'amour des honneurs, étaient les maladies funestes qui non- donnaient la mort. Pour détruire en nous ces trois concupiscences,"! leur oppose les trois vertus contraires, c'est-à-dire sa pauvreté . ses souffrances et ses humiliations , commençant ainsi à pratiquer, dès ces premiers moments, ce qu'il devait ensuite nous enseigner dans ses prédications. Pour combattre l'amour des richesses , il naît dépouillé de toutes choses , lui à qui tout appartient ( 2. Cor. 8. v. 9). Il vient

Sl'R LE TROISIÈME ARTICLE DU SYMBOLE. 187

.*<<« ««.p héritage, dit saint Jean, et il n'y est pas reçu (.loan. 1. v i l).Dana toutes les maisons de Bethléhem,il ne se trouve bfts une place pour lui ; il faut qu'il naisse dans une ('table ; il n'a pas même un berceau; son lit est une crèche ! Tour combattre l'amour des plaisirs, il vient au monde dans un lieu exposé aux intempéries de l'air , dans -le cœur de l'hiver, au milieu de la nuit, loin du pays de Marie et de losepb, manquant ûcs choses les plus oécessaires pour tempérer ses douleur-;. Enfin, pour combattre l'amour des honneurs, le voilà dans le monde, et le monde ne le connaît pas (loan. 1. 10): il cache sa majesté sous la petitesse d'un enfant, la splendeur de sa gloire sous l'obscurité d'une étable. 11 montre ce qu'il n'est pas, et ne laisse rien voir de ce qu'il est. Il tient caché cl secret tout cequ'il y a de prodigieux et de surprenant dans sa naissance; et tout ce qu'il > a de pauvre, d'humble et d'abject, il le rend public et manifeste.

7. Et cependant , qui le croirait? Une infinité de chrétiens sont encore attachés à ces faux biens, à ces faux plaisirs, à ces vains honneurs, après que Jésus-Christ a voulu naître pauvre, humbleet souffrant, pour nous montrer, par son exemple, la fausseté de ces biens el l'erreur grossière de ceux qui les recherchent et qui les estiment. Queceux, qui ne croient pas à l'Evangile, ne daignent pas profiter de ces leçons, cela se comprend; mais quelle excuse peuvent apporter des chrétiens qui reconnaissent Jésus-Christ pour le Fils de Dieu , pour leur Maitre et pour leur Sauveur , et qui se vantent même d'être ses disciples ? S'ils ajoutent foi ace qui est dit dans l'Evangile, et s'ils croient que Jésus-Christ a préféré dès sa naissance la pauvreté aux richesses, la pénitence et la mortification aux plaisirs el aux commodités de la \ ie.ct les humiliations aux honneurs,de quel Iront osent-Us agir d'une manière tout opposée, et se montrer si avides des biens, des plaisirs ei de la gloire de ce monde? Un païen qui reconnaît pour ses dieux des hommes avares, superbes et voluptueux , peut-il courir avec plus d'ardeur après l'argent, après les satisfactions charnelles e( après les vains honneurs du siècle .que ne le font la plupart des chrétiens, qui croient que leur Dieu s'est l'ail volontairement pauvre, qu'il a embrassé les souffrances , les humiliations et les mépris ? A les voir sans cesse occupés de gains , d'acquisitions, et des moyens d'accroître leur fortune ; à les voir devenus esclaves de leur corps , et adorateurs de leur Neutre, comme les appelle saint Paul ( Phil. 3) , mener une \ie molle et sensuelle, étudier toutes les manières de satisfaire

leurs sens, et se livrer aux intempérances, à la dissolution et à tous tes excès . il faut certainement conclure ou qu'ils ne croient nullement, ou que leur foi est tout-à-fait morte. Quelle monstruosité ! M;iis, hélas ! viendra un jour où ces faux chrétiens reconnaîtront et pleureront , mais en vain, leur folie et leurs égarements, lorsqu'ils verront que pour des plaisirs d'un moment , et pour des biens périssables, ils auront perdu des trésors, des plaisirs et des honneurs éternels. M» ! mes Frères, ne nous laissons pas séduire nous-mêmes par les fausses maximes et les mœurs corrompues de ce monde. Jésus- Christ naissant foule aux pieds ses richesses, ses délices et sa gloire ; elles ne méritent donc point notre estime et nos affections. 11 embrasse, il aime tendrement la pauvreté, les souffrances et les humiliations ; nous devons donc aussi leur aller au-devant , ou du moins les supporter avec soumission, et même avec joie, et nous persuader que ce ne sont point ceux qui vivent dans l'opulence, dans les plaisirs et dans les honneurs , qui sont véritablement heureux, mais ceux qui sont pauvres, qui sont affligés, c! qui souffrent persécution. Tel est le fruit que nous devons retirer des circonstances de la naissance de Jésus-Christ , rapportées par saint Luc. Mais ce qui arriva immédiatement après cette naissance du Sauveur n'e^t pas moins digne de nos réflexions.

8. 11 y avait là aux environs , dit l'Ëvangéiiste (Luc. '2 „ des bergers qui veillaient dans les champs , gardant tour à tour leurs troupeaux durant la nuit. Tout-à-coup un Ange du Seigneur parut auprès d'eux , et ils furent environnés d'une lumière divine, ce qui leur causa une extrême frayeur. Mais l'Ange leur dit: Ne craignez point, car je viens vous annoncer une nouvelle qui sera pour tout le peuple un grand sujet de joie : c'est qu'aujourd'hui il vous est né dans li ville de David un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici à quoi vous le connaîtrez: vous trouverez un enfant enveloppé de langes, et couché dans une crèche. Au même instant, une troupe nombreuse de l'armée céleste se joignit à l'Ange, et ils se mirent à louer le Seigneur , eu disant: Gloire à Dieu an plus haut des cieux , cl paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

9. Oh! que de motifs se présentent ici d'admirer les doseins profonds delà sagesse divine, et les traits pleins d'amour de la divine miséricorde! La venue du Sauveur , désirée de toutes les nations, ne devait pas rester ignorée ; car elle n'aurait pas pu nous être utile, si elle ne nous eût pas

été manifestée. Mais de quelle manière l>ieu la fait-il connaître? Est-ce par des moyens éclatants, par tics miracles pu- Mies qui publient hautement la majesté , la grandeur el la puissance de cet cufant nouveau-né , et qui portent tous les hommes, grands el petits, à venir en foule lui présenter leurs adorations et leurs hommages? C'est ainsi qu'avec nos faibles lumières, nous rainions pensé nous-mêmes. Mais la sagesse divine, qui voit les choses de plus loin, en dispose tout autrement. Comme le rèune de Jésus-Christ devait être, non pas un règne terrestre et périssable, mais un règne spirituel et éternel, et qu'il était venu délivrer l'homme, non point parla voie de la force el de l'autorité , mais par celle de l'exemple elde l'enseignement ; ainsi il se manifeste à quelques-uns par des signes sensibles , à la vérité, afln que les autres apprenant de ceux-ci à le connaître, aient le mérite d'exercer leur foi, et que, sur le fondement de cette foi, se forme ensuite celle Eglise qui doit s'étendre jusqu'aux extrémités de l'univers. Mais il ne se montre pas à tous, et il ne veut point entrer dans le monde avec pompe et d une manière solennelle, afin (pie nous restions par-là persuadés de la vanité de ces honneurs mondains . et que nous apprenions par son abaissement à ne jamais chercher les applaudissements el les louanges deshommes . quelles que puissent èlre les prérogatives qui nous distinguent.

10. Outre ce motif, les saints Pères et les Théologiens en exposent encore plusieurs autres pour lesquels Dieu, dans sa sagesse intime, a voulu manifester la naissance de son Fils seulement à quelques hommes de choix. Jésus-Christ venait pour opérer la rédemption du genre Immain, et pour le réconcilier avec son Père; cl celte grande œuvre, il devait l'accomplir sur la croix, en y offrant à la justice divine le sacrifice de son propre sang et de sa vie précieuse pour l'expiation de nos péchés. Or, s'il s'était l'ait connaître à tous pour ce qu'il était par des signes publics . quel est celui qui aurait jamais eu l'audace de le crucifier? Les démons eux-mêmes, bien loin d'exciter la fureur des Juifs, et deprovoquef sa mort, auraient employé tous les inox eus possibles pour l'empêcher. Jamais personne n'aurait crucifié le Seigneur de la gloire , dit saint Paul ( I. Cor. 2. 8), s'il eût été connu. En outre, si sa naissance eût été accompagnée de prodiges manifestes et extraordinaires, les hommes eu auraient pris motif de croire qu'il n'était pas véritablement homme ; et s'il eùl tout fait d'une manière miraculeuse , dit saint Augustin ( Epist. 3), nous

ÎOO XVI. tHSTMJCTIOH

aurions perdu le fruit de ce qu'il a\ ait opéré pour nous dans un effet de sa miséricorde. Si nonobstant les graves pc-iseentions qu'il eut à soutenir, les douleurs atroces et la mort ignominieuse qu'il endura sur la croix, il veut des impies assez téméraires pour dire qu'il n'avait p;is pris une chair véritable ; quel est celui qui aurai! pu le croire vrai homme semblable à nous , et de la même nature que nous , si . dès sa naissance , il avait fait preuve de sa grandeur suprême et de sa toute-puissance? C'est pour tous ces motifs que la divine Providence voulut qu'un si grand mystère demeurât secret, et ne fût manifesté qu'à quelques témoins choisis.

II. Parmi le petit nombre de ceux à qui le Seigneur fit une si belle grâce, les premiers furent ces pauvres bergers qui veillaient à la garde de leurs troupeaux aux environs de Belhléhem. La sagesse du monde n'était pas digne alors de connaître un si profond mystère. Dieu qui se plait à parler aux simples et à traiter avec eux, qui résiste aux superbes, et qui donne sa grâce aux humbles , voulut que ce grand secret demeurât caché aux sages et aux prudents du siècle; et il le révéla seulement aux petits , c'est-à-dire aux humbles et aux pauvres. Si l'Ange qui venait apporter cette nouvelle à la terre se fût d'abord adressé aux chefs de la Synagogue ou aux Prêtres , pouvons-nous croire qu'ils fussent rotes persuadés de ce qu'ils auraient entendu? Ils auraient voulu raisonner, examiner les prophéties, consulter les Pocteursde la loi; et du signe même que l'Ange donnait pour le reconnaître, en disant que c'était un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche, ils auraient inféré que rien de tout cela ne s'accordait avec les prédictions des Prophètes, et ils auraient fini par conclure (pie ce n'était point là une véritable appari ion , mais une pure illusion. Les bergers , au contraire, ne sachant pas opposer les sophîsmes et les subtilités de la raison aux lumières de la vérité , sont par-là même mieux disposés à la recevoir. Aussi , éclairés intérieurement d'un rayon divin, tandis qu'une clarté les environne à l'extérieur, ils croient sans hésiter aux paroles de l'Ange, et se sentent animés d'un vif désir d'aller adorer cet enfant nouveau-né. Allons, se disent-ils les uns aux autres (Luc 2. v. 15 ) , allons jusqu'à Bethléhem, et venons ce qui est arrivé, et ce que le Seigneur nous a fait connaître. L'Evangéliste remarque qu'ils s'y transportèrent en tonte bâte, ce qui montre combien leur zèle était ardent et empressé : zèle qui ne resta point oisif, puisque avant reconnu la vérité de ce qui

leur avait été annoncé , pleins de joie , et pénétrés des sentiments de la plus vive reconnaissance, ils le publièrent aussilot , devenus les prémices du monde converti, et les premiers prédicateurs de l'Evangile.

12. Oh ! les belles leçons que nous pouvons retirer de tout ceci pour notre avantage spirituel! Du choix que Dieu lit i\cs bergers auxquels il manifesta la naissance de son divin Fils, à l'exclusion de tant d'autres personnages plus illustres et plus qualifiés, nous devons apprendre à ne point apprécier ce (pie le monde estime, mais seulement ce quiplait à Dieu. Le monde fait grand cas d^ richesses, des grandeurs, des charges el des talents. Mais ce que Dieu aime, c'est la simplicité et la docilité; et aux riches, aux grands, aux puissants . aux savants, il préfère des bergers, parce qu'Os sont humides, simples et pauvres; et il les rend participants de ses grâces el de ses faveurs. Gardons-nous donc, mes frères, démettre désormais noire gloire cl noire bonheur dans ecs biens périssables, lesquels loin d'être avantageux à notre âme, peuvent au contraire lui devenir très préjudiciables, surtout s'ils sont accompagnés, comme il arrive ordinairement, devar nilé et d'orgueil. Ne nous [daignons jamais ni du défaut de talents, ni de la pauvreté, ni des tribulations , lesquelles étant souffertes avec patience et avec humilité*, seront d'autant plus récompensées de Dieu , que les mondains les ont davantage en horreur. De la tendresse et de l'affection dont les bergers furent remplis envers le divin enfant lésus, el de la manière dont ils offrirent à Dieu leurs louanges el leurs actions de grâces, apprenons aussi à aimer cet aimable Sauveur et à Lui témoigner noire reconnaissance. Ils se transportèrent à Bethléhem pour y contempler cet Homme-Dieu qui venait de naître. Transportons-nous-y nous-mêmes par la pensée, et contemplons ce divin Enfant qui s'est donné tout à nous. En voyant avec les yeux delà foi notre Dieu naissant dans une êtable, enveloppé de misérables langes, couché dans une crèche sur un peu de paille , transi de froid, quel est celui qui aurait le cœur assez dur, pour ne pas se sentir embrasé d'amour pour lui, en réfléchissant que c'est uniquement pour notre salut qu'il souffre delà sorte et qu'il a voulu paraître ainsi dans le monde. Les bergers s'en retournèrent en louant Dieu; et nous, chantons pareillement des hymnes de louanges el des cantiques d'actions de grâces au Seigneur qui, par un liait de son infinie miséricorde, a bien voulu nous donner son propre Fils. Heureux, mes Frères , si nous faisons en cette

l'Ji XY'f. IKSTROCTtOll

vie notre unique occupation de louer notre Dieu, de l'aimer, de lui témoigner notre reconnaissance pour tant de bienfaits. En agissant ainsi, nous serons ces hommes de bonne volonté à qui Jésus naissant est venu apporter la paix, celte paix qui, après avoir fuit notre bonheur en celte vie , nous rendra ensuite éternellement heureux dans le ciel.

DIX-SEPTIÈME I.NSTIUJCTION.

Sur les paroles : Xaïus ex Maria Virghe : Né de la Vjer^c-Marie. GrarxiiMirs

de Marie.

En parlant du Fils de Pieu, et de tout ee qu'il a fait pour notre amour, il ne serait pas juste dépasser sous silence celle qui a eu le glorieux privilège et le bonheur ineffable d'être sa mère, d'autant plus que les Evangélistes en font une mention expresse dans leur Histoire sacrée, et que les Apôtres en parlent aussi dans leur Symbole. Les belles qualités de la Mère contribuent à la gloire du Fils , et la connaissance de ces qualités ne peut que nous montrer davantage la grandeur et l'excellence de celui qui a bien voulu naitre d'elle. Ayant été choisie entre toutes les femmes pour être lanière du Fils de Dieu, qui lui-mémel'a créée et conservée pure et sans tache, les vertus qui l'embellissent, les prérogatives qui la distinguent, feront briller à nos yeux d'une manière plus admirable la sagesse, la sainteté et la puissance de ce divin Fils. Nous considérerons donc en premier lieu les rares qualités dont le Seigneur a daigné l'enrichir, secondement, la dignité sublime à laquelle elle a été élevée, d'où nous conclurons enfin que nous devons nourrir pour elle dans notre cœur une dévotion pleine de tendresse, et l'invoquer avec la plus entière confiance.

1. Le nom même de cette Vierge choisie de Dieu pour être la mère de son Fils , contient de grands mystères ; et c'est pour cela que Févangélisle s.iint Luc (c. I) nous apprend qu'elle s'appelle Marie: Elnomen Virginis Maria , cl que les saints Apôtres nous disent dans leur Smvbole que lésus-Chrisî est né de la Vierge Marie : .Xatus tz Mm in Virgine. Ce beau nom, dit saint Epiphane (Orat. de Laud. Virg. ), signifie souveraine et espérance ; et, en effet, .Marie est mère de celui qui est le souverain maître de l'univers, en même temps qu'il en est l'espérance. Il signifie pierre précieuse delà mer, et, en ce sen>.il convient très bien à celle dont nous parlons,puisqu*elIe

produisit une pierre précieuse et immortelle sur la mer de ce monde, auquel elle apporta le calme et la tranquillité en mettant au jour Jésus-Christ. Il Signifie brillante de lumière , soit parce que le Fils de Dieu réduira d'une lumière céleste et abondante , soit parce qu'elle éclaire elle-même les hommes par l'éclat de ses vertus. 11 signifie cnlin étoile de (a tuer, et ainsi interprété, il convient aussi parfaitement à la très Sainte- Vierge, puisque , comme le dit encore saint Bernard (Ilom. sup. Miss. est),Marie est celte étoile resplendissante qui éclaire par ses mérites et par ses exemples la mer spacieuse de ce monde. Ne soyons donc point surpris d'entendre les Sainte exalter à l'envi ce grand nom. Je désire, disait saintGermain de Constantinople (Orat. G. in Annunt. 15. V.), que le nom de la Mère de Dieu soil le dernier mouvement de ma langue, aiin qu'avec ce nom, comme un rameau d'olivier dans la bouche , je prenne mon essor vers le séjour du repos éternel. \om si grand, si puissant, qu'il suffi! de le prononcer pour réjouir le ciel et la terre. -Nom qui est la consolation des justes, l'espérance ik'> pécheurs , cl la terreur des démons. Si ce nom seij est si grand, si vénérable, si plein de mystères, quelles ne seront pas la grandeur, l'excellence et les prérogatives de celle, à qui il appartient !

2. Comme Dieu avait choisi Marie dès le commencement du monde, pour être la mère de son divin Fils, il voulut en conséquence l'enrichir de tous les dons, de toutes les grâces , de tous les privilèges qui pouvaient la rendre digne d'une pareille faveur. El il était bien convenable. dit saint Bernard (loc. cit. ), que le Créateur de "homme, voulant prendre la nature humaine, se formât une mère dont la grandeur fût en quelque sorte proportionnée à la sienne, et qui pût être l'objet de ses complaisances. Aussi voulut-il lui accorder des privilèges qu'il n'accorda jamais à aucune autre femme, et par lesquels elle fut distinguée de toutes les autres. Quelle autre femme, en effet, a jamais eu l'honneur d'être prédite par les Prophètes, comme Marie , et d'être, comme elle, annoncée et promise dans les saintes Ecritures si longtemps avant sa naissance? Quelle autre que Marie a jamais reçu de son Dieu une si grande abondance de grâces dès les premiers instants de son existence? Enfin, quelle autre que Marie a si bien correspondu à ces grâces ? Quelle autre a été si remplie de vertus et de sainteté dans tout le cours de sa vie? Considérons en parliculicrees trois prérogatives qui l'ont distinguée, et par lesquelles Dieu a voulu la préparer ù être sa Mère, et nous comprendrons jusqu'à

194 xvrr. msTBocnoif

m certain point combien sa grandeur surpasse toutes Ie3

pensées humaines.

3. En premier Lien, Marie a eu l'honneur d'être annoncée et promise par les Prophètes, et désignée sous un grand nombre de Ggures dans les Livres saints. Consultons les saintes Ecritures, dit encore saint Bernard (ihid.), et nous verrons qu'en mille endroits différents, il y est fait mention de Marie. Quand Dieu, après la chute d'Adam, dit au serpent infernal qu'il existerait des inimitiés éternelles entre lui et une femme qui lui écraserait la tète , laquelle voulait-il signifier, sinon Marie ? Il voulait dire que viendrait un temps où une femme laverait enfin l'opprobre que la première femme avait répandu sur toute sa postérité. 11 voulait dire qu'à Eve serait un jour substituée Marie qui , par sa prudence, par son humilité et par toutes ses vertus, remédierait à l'orgueil et à la désobéissance de la première Eve, et qui, par la douceur d'un fruit éternel qu'elle donnerait au monde , guérirait les maux produits par le fruit que celle-là avait mangé. C'est à Marie pareillement que se rapportent ces paroles de Salomon (Prov. 31. 10) : Q trouvera la femme forte ? M ulierem for le m quii invcnicCÎ Cet homme sage (S. Bern. ihid.) connaissait la faiblesse de ce sexe, il savait combien le corps en est fragile, et combien l'esprit en est inconstant. Mais,comme il savait aussi, d'après la promesse que Dieu en avait faite, que celui qui avait été victorieux par le moyen d'une femme serait vaincu à son tour par une autre femme, ils'écriait dans son étonnement : Oui trouvera cette, femme forte? comme voulant dire : Si le salut commun , la réparation de l'innocence et la victoire sur l'ennemi du genre humain dépendent dune femme, il faut nécessairement qu'elle soit forte pour pouvoir réussir dansune si grande entreprise. Mais qui la trouvera cette femme? Et afin que personne ne crût qu'il disait cela comme n'ayant aucun espoir de la rencontrer, il ajoute, en la contemplant dans l'avenir : Elle doit venir de loin, c'est un trésor inestimable , plus précieux que s'il nous venait des extrémités de la terre, c'est un trésor qui doit nous venir du ciel et du plus haut des cieux.

4. Le. prophète Jérémie en parla plus <•'..««. -ment encore, lorsqu'il dit (c. 31. 20): Le Seigneur a fait une chose admirable et surprenante sur la terre ; une fem ne portera dans son sein un homme. S'il avait dit : une femme portera dans son sein un enfant, ce ne serait point une chose nouvelle et propre à exciter notre étonnement; mais ayant dit: Elle portera un homme, voilà ce qui surprend, parce que c'est un prodige

qu'un homme soit renfermé dans le sein d'une femme. Esl-ii possible, dit Nicodème (Joan.5. 4) , qu'un homme puisse rentrer dans le sein de sa mère pour renaître ensuite? Cet oracle divin se vérifia dans Marie à qui se rapportaient ces paroles mystérieuses et prophétiques. Elle porta dans son sein Jésus, lequel, quoique enfant, renfermé encore dans les entrailles de sa mère, était néanmoins homme parfait non par Page , mais par la sagesse; non par les forces du corps,mais par la vigueur de l'esprit; non par la grandeur dos membres, mais par la maturité des sens. Car. dés le premier instant de sa conception, il fut parfait, a; ant été dès ce premier instant rempli de l'esprit de sagesse et d'intelligence , de l'esprit de conseil et de force, de l'esprit de science et de piété, de l'esprit de la crainte du Seigneur (1s. 11).

5. Mais celui qui nous montre Marie de la manière la plus claire est le prophète Isaïc , lorsqu'il dit (c. 7. 14) : Voilà qu'une Vierge concevra, et qu'elle mettra au monde on fils dont le nom sera Emmanuel, c'est-à-dire : Dieu est avec nous. Quelle autre femme eut le bonheur d'être mère, et en même temps, la gloire de conserver sa virginité. C'est donc Marie qui a été prévue et annoncée par le Prophète, puisqu'elle seule a conçu sans perdre sa virginité, et qu'elle seule a donné au monde un fils qui était aussi le vrai Fils de Dieu.

6. On ne finirait pas, si l'on voulait expliquer tous les discours des Patriarches, toutes les prédictions des Prophètes, qui ont eu pour objet celte Vierge sans tache. Qu'il nous suffise de savoir qu'elle a été figurée et dans cet arc céleste que Dieu donna à Noë après le déluge pour signe de paix et de réconciliation (Gcn. 9. 13)" , et dans cette échelle mystérieuse que Jacob vil appuyée sur la terre et touchant les cieux, par laquelle les Anges montaient cl descendaient (c. 28. 1*2) ; et dans ce buisson ardent que Moïse vit brûler sans qu'il se consumât (Ex. 3) ; et dans l'arche de l'ancien Testament toute couverte d'un or très pur au-dedans et au-dehors (c. 25): et dans cette toison miraculeuse par laquelle Gédéon connut que Dieu l'avait choisi pour sauver le peuple d'Israël (lud. 6*. 36) ; et dans la verge d'Aaron qui fleurit et fructifia miraculeusement (Num. 17. 8) ; cl par le temple magnifique de Salomon, élevé à la gloire du Seigneur; et par le trône de ce grand roi, qui était tout d'ivoire, revêtu d'un or liés pur. si riche et si beau, qu'on n'aurait pas pu en trouver un semblable dans tous les royaumes de l'univers (3. Reg. 10). Toutes ces choses étaient autant de symboles mystérieux qui représentaient ou les per-

V3G xvrr. fNSTRUCTioN

fections de Marie, ou ses privilèges. Que dirai-je, mniutcnant de ces femmes illustres dont il est l'ait une mention honorable dans les saintes Ecritures? .Vont-elles pas été toutes des figures vivantes de Marie? Oui, nous la voyons figurée dans celte courageuse Jaël(lud. 4.21) qui, en transperçant la tête de l'orgueilleux Sisara , et en la fixant par un clou à la terre, délivra le peuple d'Israël de la ruine dont il était menacé. Nous la voyons figurée dans Ruth la Moabile, laquelle par ses rares qualités plut tellement à ttooz, qu'il la choisit pour son épouse. Nous la voyons figurée dans Abigaïl (1. Beg.25) qui , par son humilité elparses présents , apaisa la colère de David. et préserva Nabal d'une mort certaine. El qui ne. sait pas que Marie fut figurée et dans cette valeureuse Judith (c. 13) , qui trancha la tète au superbe Holopherne , et procura la paix, la liberté et l'allégresse à l'infortunée Béthulie, dont les habitants étaient réduits au désespoir; et dans la généreuse Esther (c. 15), laquelle, par sa rare beauté ayant été élevée sur le trône par le roi Assuérus, devint le salut de toute la nation juive. Par toutes ces figures, par toutes ces prophéties qui annonçaient Marie, Dieu voulut montrer combien elle devait surpasser en grandeur et en vertus toutes les autres femmes. En effet, s'il la distingua dune manière si glorieuse, longtemps même avant sa naissance, il ne le fil pas moins durant sa vie par l'abondance des gràees qu'il daigna lui conférer, et en elle se vérifia ce qui est écrit dans le livre des Proverbes (31) , où il est parlé d'une femme qui devait surpasser toutes les autres femmes en richesses et en grandeur.

?. Et ne pensez pas que, pour lui communiquer l'abondance de ses dons, le Seigneur ait attendu l'âge où, selon le cours de la nature , la raison commence à se développer chez les hommes, où ils commencent à être capables d'agir et à se servir du libre arbitre. Dès les premiers instants de sa conception, il prit possession de son esprit et de son cœur, en la sanctifiant par sa grâce. Il ne permit pas que, comme les autres, elle fût un seul moment esclave, du démon par le péché ; mais voulant l'honorer d'un privilège qui n'a jamais été accordé à personne qu'à elle, il la préserva de la tache originelle que contractent tous les autres enfants d'Adam. Et ainsi , tandis que tous les autres commencent à vivre dans le péché, Marie commença à vivre dans la grâce dont Dieu l'enrichit dès ce premier instant de son être, lit en quelle abondance, et avec, quelle effusion ne lui communiqua-l-il pas celte grâce? Aux autres saints, dit le grand docteur saint .Jérôme,cllc est donnéu

avec mesure; mais Marie en reçut la plénitude. Tout ce que Dieu, qui est un juste dispensateur, a distribué à tous les autres, il l'a employé, dit Arnauld de Cortone, pour orner sa mère. Cherchons , dit saint Laurent Justinien (Lib. de Cas Gon. 1.9) , à concevoir l'idée de la grâce la plus éminenteet lapins sublime; toujours il sera vrai de dire que celte grâce fut conférée à Marie ; et saint Bernard (Conc. Gl.Op.de Char.) ne fuit pas difficulté de dire qu'après Jésus-Christ la sainte Vierge a reçu toutes les grâces qui peuvent être accordées à une pute créature. Enfin l'angélique docteur saint Thomas assure (pic Dieu en lit une image vivante de sa boulé infinie , expressions qui n'ont point élé suggérées à ces saints par un excès de dévotion, mais qui ne sont que des conséquences de ce que l'Ange lui dit, lorsque en la saluant, il l'appela pleine de grâces : Ave, gratta plena. Aussi le Docteur Séraphique la compare-l-il à la mer, parce que, comme dans la mer se trouve la réunion de toutes les eaux, ainsi, dans Marie se trouve la réunion de toutes les grâces; et d'autres la nomment le centre de tous les biens, parce que tous les dons refluent en elle et se reposent dans son sein. Saint Jean Damascène eut donc bien raison de dire (Or. 1. de Mariée Nat.) que ce fut la grâce qui la forma, qu'elle répandit en elle ses trésors avec profusion, et qu'elle les aurait même épuisés pour elle, si l'auteur de la grâce n'eût élé infini. C'est donc pareillement avec raison que saint Anselme s'écrie (Lib.de Oral.) : 0 Vierge admirablement singulière et singulièrement admirable ! ("est avec raison que saint Grégoire de Nicomédie l'appelle beauté au-dessus de toutes les beautés, ornement parfait de toutes les choses belles. C'est avec raison enfin que les saints Pères l'honorent des titres de lit nuptial du Saint-Esprit, d'Océan de grâces, de Ciel vivant et animé, et qu'ils lui appliquent ces paroles pleines de douceur que l'Epoux divin adresse à son épouse chérie (CanU 4) : Que vous êtes belle, ô mabien-aimée, que vous êtes belle ! vous avez blesse mon cœur, ô ma chère épouse, vous ave/ blessé mon cœur par un seul de vos regards et par un seul de vos chcvww.

F. Mais celte grâce si abondante et si rare dont Marie fut enrichie dès les premiers instants de son être , deineura-t-ellc stérile et infructueuse pendant les années de son enfance? Les hommes, à cet âge, sont inhabiles aux fonctions de la vie raisonnable, et les puissances de leur âme étant comme enebainées, il n'y a que les sens extérieurs qui soient occupés des objets matériels avec lesquels ils sont en rapport; mais l'intel-

lect demeure privé de discernement, sans pouvoir connaître le vrai bien, comme aussi la volonté est privée de l'exercice du libre arbitre, et incapable alors de mériter. Mais en Marie, la grâce prévient la nature. Dés le premier jour de sa vie, elle eut, par un privilège spécial, l'usage parfait de la raison; dès-lors son âme fut éclairée des lumières de la sagesse ; dèslors aussi son cœur fut embrasé du l'eu de la plus ardente charité. Toute l'occupation de son âme fut, dès ce premier instant, de contempler son Dieu et de le louer, et celle de son cœur fut de l'aimer et de L'aimer sans cesse et de toutes ses forces. De toutes les grâces qui lui furent accordées , aucune ne demeura en elle sans produire son fruit. Elle employa toutes ses facultés, toutes ses puissances, pour plaire à son Dieu. En un mot, tout en elle opéra, tout fructifia en abondance. Croissant ainsi en mérites, elle crut continuellement en grâces ; et comme elle en reçut de plus abondantes que toute autre créature, elle fut de même plus que toute autre créature, remplie de vertus et de saint*»*/.

9. Oh ! si je pouvais compter toutes les vertus que pratiqua Marie, et vous faire connaître combien elles furent admirables, héroïques et émincnles , alors vous vous formeriez une idée juste de sa sainteté. Mais elles sont en si grand nombre et si sublimes , que jamais l'entendement humain ne parviendra à les comprendre, et qu'aucune langue ne sera jamais capable de les louer dignement. Je vous dirai donc, avec Sophronius (Serai, de Assumpt.),que toutes ses actions furent pureté et simplicité, grâce et vérité, justice et miséricorde, et qu'elle fut véritablement un jardin de délices orné de toutes sortes de fleurs, qui répandaient au loin l'odeur de toutes les vertus. Je vous dirai avec saint Ambroise(Lil). 2. deVirg.), que sa vie fut telle, qu'elle peut servir de modèle à tous, puisque en elle se trouve l'ensemble de toutes les vertus, et surtout de la pureté la plus parfaite, de la foi la plus vive , de l'humilité la plus profonde. Elle était humble de cœur, grave dans ses paroles, prudente dans toute sa conduite.Je vous dirai, avec saint Bernard (Serai. 4. de Assumpt.) , que toutes les vertus que les autres Saints ont pratiquées d'une manière commune, Marie les a pratiquées dans un degré éminenl. En effet, si nous voulons considérer sa pureté , elle est la première, dit saint lldephonse (Scrm. 5. de Assumpt.), qui ait fait à Dieu le sacrifice de sa virginité; elle fut vierge non-seulement de corps, mais encore d'esprit , et jamais aucune pensée , aucun fantôme impur ne vint souiller son âme; elle chérit tellement cette

belle vertu, qu'elle l'embrassa dans un temps où l'on regardait la fécondité comme une bénédiction du ciel, et la stérilité comme un opprobre et un châtiment. Elle en fut si jalouse , qu'elle se troubla aux paroles d'un Ange , et qu'ayant entendu cet Ange lui dire qu'elle devait concevoir et mettre un fils au inonde, elle répondit : Comment cela pourra-t-il se faire, puisque j'ai résolu de ne jamais connaître d'homme? Si nous contemplons maintenant son humilité, oh ! combien elle fut profonde ! Elle savait que cette vertu est le fondement de toute la sainteté, et que sans elle, sa virginité mémo, comme dit saint Bernard, n'aurait point été agréable à Dieu. Aussi, durant tout le cours de sa vie, eut-elle le plus grand soin de s'éloigner de tous les honneurs , de fuir la gloire, d'aimer l'abjection. Et quoique enrichie de dons si précieux, quoique distinguée de toutes les femmes par ses glorieux privilèges, quoique choisie entre toutes pour être lanière du Messie, jamais la moindre pensée de vanité n'est entrée dans son âme. Un \ngc la salue. et la nomme pleine de gràces,lui disant qu'elle a été assez heureuse pour gagner le cœur de son Dieu; que l'Esprit-Saint descendra en elle, et que, par sa vertu, elle concevra et mettra un fils au monde; que ce (ils sera le Fils du Très-Haut ; qu'il régnera sur la maison de Jacob pendant l'éternité, cl que son règne n'aura pas de fin. Malgré des promesses aussi magnifiques, l'humilité de Marie n'est point ébranlée. Dieu loin de se croire quelque chose, en se voyant élevée aune dignité si sublime, elle se concentre dansson propre néant, elle en prend motif de s'humilier davantage, se disant la servante du Seigneur. Toute détachée d'elle-même, ne pensanl qu'à son Dieu, réfléchissant à la grandeur de l'œuvre qui doit s'opérer en elle, elle ne s'en réjouit point par rapport à elle-même, elle ne s'arroge rien, mais elle s'en réjouit par rapport à Dieu à qui elle en attribue tout l'honneur et toute la gloire. Si, comme dit saint Bernard (Hom. 4. sup. Miss. ), la grandeur de l'humilité doit se mesurer sur celle des honneurs au milieu desquels elle se conserve , quelle humilité peut être comparée à celle de Marie,qui fut si humble, quoique élevée à une dignité si extraordinaire ? Que dirons-nous maintenant de son amour pour Dieu ? Personne, dit saint Laurent Justinien (de Assumpt.) personne n'est capable d'expliquer les ardeurs de sa charité , ni d'exprimer les incendies de son cœur. Comme la contemplation de la bonté divine était en elle continuelle et sans interruption, l'union de son cœur à Dieu l'était aussi. Elle ne respirait que Dieu , elle se reposait en Dieu, elle brûlait d'amour

200 XVII. INSTfU CTION.

pour son Dieu. Comme la connaissance qu'elle avait de ses divines perfections surpassait celle qu'en ont eu tous les Saints , de même elle les surpassa tous par l'ardeur de sa charité. Concluons donc, avec saint lérôme,que Marie seule a surpassé en sainteté le ciel et la terre , les Patriarches, les Prophètes , les Apôtres , les Martyrs , les tages, les Trônes, les Dominations, les Séraphins et les Chérubins, et qu'il est impossible de trouver une créature visible ou invisible dont la sainteté approche de celle de Marie (In Dreviarm, die î». inf. Oct. Nativ.).

10. Après avoir contemplé les qualités glorieuses de Marie et les dons inestimables dont Dieu se plut à l'enrichir, il est temps que nous portions maintenant nos réflexionssur la grandeur de la dignité à laquelle elle lut élevée. Il faut qu'elle soit bien sublime cette dignité, puisque, pour la lui conférer, leSeigneur crut devoir l'orner de tant de grâces, et de prérogatives, qu'il la Gt annoncer par tant de prophéties, par tant d'oracles et défigures si longtemps avant sa naissance , et qu'il voulut qu'elle fût dé toutes les créatures la plus sainte et la plus vertueuse. Cette dignité est celle de Mère de Dieu. Peut-on dire quelque chose de plus, et peut-on trouver, dans le ciel ou sur la terre, une dignité comparable à celle-ci?

11. Oui, Marie est véritablement Mère de Dieu. Jetais que l'impie Nestoriusa tenté de lui enlever un si beau titre et de lui ravir une si grande gloire. Je sais qu'il prélendit qu'elle était, à la vérité, Mère de .fésus-Christ, mais qu'elle ne devait pas être appelée Mère de Dieu. Mais tons les Pères de l'Eglise se réunirent pour condamner ce blasphème. Et comme celui qui avait osé l'avancer , persistait avec obstination dans son erreur, il fut déclaré hérétique, et séparé delà communion des fidèles ; il mourut misérablement , après que les vers eurent rongé sa langue qui avait parlé si témérairement et d'une manière si outrageante contre Marie. Quoiqu'elle ne soit pas la Mère de la Divinité qu'elle n'a pas engendrée, elle est néanmoins véritablement Mère de Dieu . parce qu'elle a conçu et enfanté celui qui est vrai Dieu et vrai homme, c'est-à-dire Jésus-Christ.Et comme Elisabeth, ainsi quel'explique saint Cyrille. d'Alexandrie (Epist. ad Mon.), n'est pas appelée la mère du corps seul, ou de l'âme seule de Jean-Baptiste, mais purement de Jean-Baptiste , qui est composé d'une âme et d'un corps ; de même Marie n'est pas la mère de la divinité de Jésus-Christ, maison ne peut pas dire cependant qu'elle est mère de sa seidc humanité; elle est mère de Jésus-Christ tout entier, et par conséquent de Jésus-Chrisl vrai Dieu el vrai homme. El comme

l'humanité de Jésus-Christ ne fut jamais un seul instant sans la divinité , ainsi, au moment même de sa conception, il fut vrai homme et vrai Dieu en même temps, et par conséquent, on doit dire en toute vérité que Marie conçut , qu'elle porta neuf mois dans son chaste sein, et qu'elle enfanta un Homme- Dieu, et par là-même elle est véritablement, et elle doit proprement s'appeler Mère de Dieu. C'estsous cette qualité, en effet, que sainte Elisabeth la reconnut, lorsque, remplie de PEsprit- Saint,elle s'écria : D'où me vieut cette faveur (pie la Mère de mon Dieu vienne nie visiter ? C'est sous cette qualité (pie la reconnut saint Paul, lorsqu'il dit en écrivant aux Galates (4) , que Dieu a envoyé son Fils formé d'une femme: Faetum ex mulier e. Et c'est sous celte qualité (pie l'a toujours reconnue l'Eglise catholique; ce qui a fait dire à Théodorct , que les plus anciens prédicateurs de la foi ont toujours enseigné que l'on doit donner à Marie le beau litre de Mère de Dieu , et croire qu'elle l'est réellement' Lib. V. Haer. Fab. C 12).

12. Cette vérité catholique présupposée, considérez combien est grande cette dignité de Mère de Dieu. Elle est si grande , que saint Thomas n'a pas fait difficulté de dire (2. p. q. 25. a. ('». ad 4) : La bienheureuse Vierge, en tant qu'elle est Mère de Dieu, a je ne sais quoi d'infini par rapport au bien infini qui est Dieu; et envisagée sous ce point de vue, il ne peut y avoir aucune créature plus parfaite, comme il ne peut rien y avoir de plus parfait que Dieu. Elle est si grande, que le docteur séraphiqûc saint Bonaventure n'hésite pas à dire (in Spec. c. 8) que le Tout-'/uissant peut créer un monde plus beau , mais qu'il ne peut pis élever une mère à une dignité plus sublime que celle de Mère de Dieu. Elle est si grande, qu'au dire d'AlbeM-Ie-Grand, il est impossible qu'un honneur plus singulier et plus rare puisse être conféré à une pure créature. . Pour vous donner une idée de celte dignité étonnante à laquelle Marie a été élevée, qu'il me soit permis d'emprunter de saint Paul (lleh. I) ce raisonnement dont il se sert pour démontrer la grandeur de Jésus-Christ. lésus-Chrisl, dit l'Apôtre, est d'autant plus élevé au-dessus des Anges, que le nom qu'il a reçu est plus excellent; car quel est l'Ange à qui Dieu ait jamais dit : Vous êtes mon Fils? .le raisonne de la même manière en faveur de Marie. File est autant supérieure aux \nges en dignité, que le nom qui lui appartient est plus excellent que le leur. Car Dieu a-t-il jamais dit à aucune de ces célestes intelligences: Vous êtes ma Mère ? Tous ces esprits bienheureux ne sont que les serviteurs de Dieu et ses

k20"2 XVII. INSTRUCTION

minisires. Marie seule peut se vanter d'être sa Mère. Ainsi , comme de toutes les créatures il n'en est aucune qui soit plus rapprochée de Dieu que la Mère de Dieu; de même il n'en est aucune qui ne lui soit de loin inférieure en dignité. Tout ce qui est, ù Vierge bienheureuse, disait pour cette raison saint Anselme , est ou au-dessus de vous , ou au-dessous de vous. Au-dessus de vous, il n'y a que Dieu seul ; au-dessous de vous est tout ce qui n'est pas Dieu (deConcil.Virg.). 13. En effet, s'il ne peut y avoir, sur la terre, de lien plus étroit entre deux personnes, que celui qui existe entre un fils et sa mère , puisque leur sang est le même , et que la substance du fils est formée de celle de sa mère, quelle autre créature peut être plus près de Dieu et plus intime à Dieu que Marie , laquelle est véritablement sa Mère? Elle a donné l'être et la vie temporelle au Fils de Dieu ; elle a fourni son sang le plus pur pour la formation de son corps; elle l'a porté neuf mois dans son chaste sein ; elle lui a donné le jour , et l'a nourri de son lait. Ainsi , comme ce divin Fils reconnaît dans le ciel son Père qui l'a engendré de toute éternité , il reconnaît pareillement sur la terre pour sa Mère Marie, qui l'a engendré dans le temps , et qui, l'ayant engendré, nourri, élevé, a acquis sur lui le même droit que la nature donne aux autres mères sur leurs enfants; droit qui n'est point sujet à des contestations , comme celui que l'on a sur les biens delà fortune; droit qui ne peut être diminué ni prescrit par aucune coutume contraire. On peut dire, même qu'elle a acquis sur son divin Fils un droit bien supérieur à celui qu'ont les autres mères sur leurs enfants. Car le droit des autres mères sur leurs enfants leur est commun avec les pères desquels ces enfants n'ont pas moins reçu la vie que de leurs mères; tandis que Marie ne partage ce droit avec aucune autre créature , ayant engendré Jcsus-Christ sans concours de père. Le droit des autres mères est temporel et caduc, parce qu'il finit par la mort des enfants; mais celui de Marie subsiste toujours: et , tant que la sainte humanité de Jésus-Christ sera unie à la personne du Verbe, Marie pourra dire avec raison: Cet Homme-Dieu est mon Fils. De ce droit qu'elle acquit en qualité de mère sur son divin Fils, il suit, par une conséquence nécessaire , qu'elle avait pareillement celui de lui commander, droit qu'il reconnut lui-même et qu'il respecta toujours, lui étant soumis, comme dit l'Evangélisle, et lui rendant une obéissance prompte et filiale. Voilà, mes Frères, jusqu'où s'étend la dignité de Marie, jusqu'à être en quelque

sorte maîtresse de son Dieu , jusqu'à avoir l'autorité de lui commander, ce qui a fait dire au dévot saint Bernard qu'il ne savait ce qu'on devait regarder comme plus prodigieux, ou de voir Dieu se soumettre à la créature s ou de voir la créature commander avec autorité à son Dieu (Serm. 2. super Missus est).

14. Si cette dignité de Marie est si grande , attendu cette union étroite qui existe entre la Mère et le Fils, elle n'est certainement pas moins excellente, eu égard à la ressemblance qu'elle a contractée avec Dieu le Père. Ce Père céleste, en élevant Marie à la dignité de Mère de Dieu, ne lui a pas seulement donné son Fils, ce même Fils qu'il aime d'un amour infini , ce Fils qu'il produit par une génération éternelle et ineffable , ce Fils égal à lui en substance ; mais il a voulu encore que Marie l'engendrai dans le temps de telle manière, que celle génération temporelle fût une image de celle par laquelle il l'engendre dans l'éternité. Car, comme le Père éternel engendre son Fils de sa propre substance, ainsi Marie Ta conçu en lui donnant un corps formé de sa propre substance. Comme Dieu l'engendre sans concours de mère, ainsi Marie Fa conçu sans concours de père; comme Dieu l'engendre par un acte de son intelligence féconde, ainsi Marie l'a conçu par un libre consentement de sa volonté. 11 suit de laque si Dieu le Père voit dans son Fils celle personne qu'il a engendrée de toute éternité, Marie voit dans ce même Fils cette nature qu'elle a engendrée dans la plénitude des temps; que si Dieu le Père se glorifie de son Fils, Marie s'en glorifie pareillement, et que l'un el l'autre, mettant en lui leurs Complaisances , peuvent dire avec vérité : Voilà mon Fils bienaime: Hic est Filins meus dUcclus, in qno mihi benè eomplacui ( Mattb. 15. 5 ). 0 étonnante dignité ! s'écrie avec raison Saint Thomas de Villeneuve: 0 stupendam dignilatem , ni fœminahabeat cum DcoPntre communem Filium ! Que les autres exaltent les litres glorieux de Reine des Anges, de maîtresse du monde, de co-rédemptricc du genre humain, qui dérivent de sa qualité de Mère de Dieu. Pour nous, il nous suffit de savoir que le Père Etemel lui a donné pour Fils son propre Fils. La créature , dit saint Thomas , n'est pas susceptible d'une dignité plus éminente, parce que nulle créature ne peut avoir avec la divinité un rapport plus intime, (pie celui que procure la qualité de Mère de Dieu: Maternila» Dci est munus quod sua nperutione fines divinitatis aropinquius atlingit (2.2. q. 103. art. i).

204 xvir. INSTRUCTION

15. Or, si Marie est si chérie de Dieu pourlï'minence des qualités dont elle a été enrichie, et des ferlus qu'elle a pratiquées , et à raison de la dignité sublime à laquelle elle a été élevée , quelle médiatrice plus puissante pouvons-nous trouver auprès de lui? Si l'Eglise nous enseigne à recourir à la protection des Saints, parce qu'ils sont les amis de Dieu, combien ne doit pas être plus efficace l'intercession de Marie, qui non-seulement est la plus chérie de Dieu, parce qu'elle est la plus sainte, mais encore la plus intimement unie à lui, puisqu'elle est sa Mère? C'est là ce qui doit nourrir notre dévotion envers Marie., ranimer notre espérance, et nous portera l'invoquer avec la plus entière confiance. Four mieux vous y engager, je veux terminer par un trait de la sainte Ecriture.

16. Assuérus, indigné contre les Hébreux qui avaient été faussement accusés auprès de lui par le cruel Aman (Eslh. c. 3), avait fait publier dans toutes ses provinces un édit par lequel il était ordonné à ses ministres de s'emparer de tous leurs biens, et de les faire tous périr dans un même jour, sans épargner ni les jeunes gens , ni les vieillards , ni les femmes, ni les enfants. Couverts d? cendres et de ciliées , ces infortunés réduits au désespoir attendaient l'exécution de cette horrible sentence, lorsque M ardochée recourant à la protection d'Eslher, la supplia instamment de se laisser toucher de compassion pour son peuple , et d'obtenir du roi son époux sa vie et sa grâce. Estber se rend à sa prière , et à peine s'estelle présentée devant le roi , que celui-ci vaincu par ses rares qualités, lui dit: Que voulez-vous , ô Rsther, et que demandez-vous (c. 7)? Quand ce serait la moitié de mon royaume, tout vous sera accordé. Je ne vous demande pas autre chose, reprit humblement la reine, sinon que vous me laissiez la vie et que vous la laissiez aussi à mon peuple: Doua milii animant meam prit qun rogo , et populum menm pro qno obsecro. Rétractez, je vous en prie, vospremières ordonnances par des ordonnances contraires, car il me sera impossible de survivre au massacre de ma nation. Une demande si humble est écoutée favorablement. De nouvelles lettres sont envoyées aussitôt; le deuil des Juifs se change en allégresse , leur infamie en gloire, et leurs alarmes en réjouissance : .fut/tris autem nova lux oriri visa est , gaudinm, honnr et Iripiulium (c. 8).

17. Hélas , mes Frères, les fautes nombreuses qui ne sont point faussement imputées par quelque Aman perfide, mais que nous n'avons que trop rèeVcmeut commises , 'crient ven-

SUR LE TROISIÈME ARTICLE ni' SYMBOLE. 20Ô

geance devant Dieu, et attirent sur nous sa juste indignation* Oui , elles crient vengeance ces irrévérences dans le lieu saint, ces injustices, ces inimitiés, ces trahisons; ils crient vengeance tous ces crimes qui inondent la terre. Dieu tient déjà sa main vengeresse étendue sur nous, et quels coups terribles ne nous ferait-il pas sentir, si Marie notre mère n'employai! ses prières et sa médiation auprès de son divin Fils? Mon cher Fils, lui dit-elle sans cesse, si j*ai trouvé grâce auprès de vous, pardonnez à mon peuple, car je n'ai pas le courage de le voir périr sous les fléaux de votre justice. Dona mihi animant meampro qua rogo, et populum meumpro quo obsecro. Et ce divin Fils, toujours disposé à écouler favorablement sa Mère , en votre nom , lui dit-il , je suspends les coups de ma fureur et je pardonne aux coupables. Demandez toujours, 6 ma Mère; de qui exaueerai-je les vœux et les supplications , si je n'exauce les vôtres? Pe/e, Bïaler ntca, nequt enim fa 8 est ni averlam faciem meam (3. Reg.2).

18. 0 vous donc, vous dirai-je avec saint Bernard (Lut supra), ù vous qui vous trouvez agités par les tempêtes sur la mer orageuse de ce monde, si vous voulez n'être pas submergés . ne perdez jamais de vue cette étoile bienfaisante. Etesvous combattus par les tentations? Invoquez Marie. Etes-vous accablés de disgrâces? Recommandez-vous à Marie. Etes-vous troublés par les remords de votre conscience , épouvantés delà rigueur des jugements de Dieu? Appelez Marie à votre secours. Nos dangers fussent-ils plus grands encore, vos tribulations plus graves et plus multipliées? Recourez à Marie, cl ne craignez rien. Elle sera votre guide, voire force et votre salut ; elle vous obtiendra de son divin Fils le courage nécessaire pour résister aux tentations , l'assurance dans vos dangers, la consolation dans vos peines. Mais ne perdez jamais de vue ce! avis du même saint Bernard, que si nous voulons ressentir les effets de sa protection, nous devons imiter les exemples qu'elle nous a laissés, et surtout son amour tendre envers son divin Fils, en l'aimant, comme elle l'a aimé, de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces, i't impelres ejus oralionis suffragium . non desefas conversalionis exemption. 0 sainte Marie Mère de Dieu . priez donc pour nous pauvres pécheurs , et obtenez-nous de votre aimable Fils la grâce d'imiter vos vertus, qui vous ont rendue la plus sainte des créatures, et qui vous ont mérité le bonheur d'être sa Mère. Obtenez-nous la grâce d'honorer toujours en vous celle dignité sublime qui vous a élevée au-dessus de toutes les créa-

i06 XVIII. INSTRUCTION

lures, afin qu'en vous imitant cl en vous honorant ainsi , nous puissions ressentir en cette vie les effets de votre puissance et de votre bonté , et vous témoigner éternellement dans le ciel la reconnaissance que méritent vos bienfaits.

DIX HUITIÈME INSTRUCTION

Sur les parole* du quatrième article du Symbole : Pa*tn$ s<b Pon'ti Pilato. Passion de No Irc-Seigncur Jésus-Christ.

La passion douloureuse de Jésus-Christ , et la mort qu'il a endurée sous Ponce-l'ilate pour le salut du genre humain, tel est le grand mystère que les \polrcs proposent à nos réflexions dans le quatrième article du Symbole. Mystère qui renferme en lui-même l'excès de la charité du Père éternel, qui, pour le bonheur rie ses misérables créatures , a sacrifié la vie de son Fils unique (Joan. 3) ; mystère qui nous montre la bonté infinie de ce divin Fils, qui, pour nous sauver , a bien voulu souffrir toutes sortes de peines, de tourmenls et la mort la plus cruelle. Ce mystère fera le sujet de quelques instructions. Mais avant de vous parler des circonstances particulières delà Passion de notre divin Rédempteur , il est boa d'examiner d'une manière générale quel est celui qui souftVe, quels sont ceux pour qui il souffre, et quelle est la fin pour laquelle il souffre; considérations importantes et nécessaires pour que vous puissiez tirer un plus grand fruit du récit que je vous ferai ensuite delà Passion de Jésus-Christ.

1. La première réflexion que nous devons faire sur la Passion douloureuse de Jésus-Christ , regarde la personne qui souffre. Quel est donc, mes Frères, celui qui a enduré de si nombreux et si cruels supplices? C'est Jésus-Christ, notre Rédempteur, vrai Dieu et vrai homme, Ces! ce Jésus dont le Prophète avait dit (Psal. M) qu'il serait le plus beau des enfants des hommes. Son corps est comparé par l'Epouse sacrée (Cant. 5) à l'or le plus pur; ses yeux, dit-elle, ressemblent à ceux de la colombe ; ses lèvres sont comme les lis ; de ces lèvres découle le miel le plus doux. Comme homme, il était doué de tant d'agrément et de beauté, que sa seule présence, selon le témoignage de quelques auteurs, suffisait pour dissiper tout chagrin, toute tristesse, et pour remplir le cœur de joie et de consolation. 11 était de tous les hommes le plus humble, le plus modcsU et le plus doux, au point qu'il n'ou-

SUR LE QUATRIEME ARTICLE DIT SYMBOLE. ï07

vrit jamais la bouche pour se plaindre des injures qui lui étaient faites. Il était le plus innocent , puisqu'il ne commit jamais de péché, que jamais il ne se trouva en lui ni malice, ni mensonge; aussi n'eut-il pas besoin d'offrir des victimes pour expier des fautes qui lui fussent personelles (Heb. 7). Il était le plus rempli de bonté et de miséricorde, puisque toute sa vie ne fut qu'une suite de bienfaits accordés aux hommes. Ajoutons à cela qu'il était le plus délicat et le plus sensible à la moindre douleur, attendu la parfaite organisation de son corps formé du plus pur sang de Marie par l'opération du Saint-Esprit. Oui pourrait avoir le cœur assez dur, pour ne pas se sentir ému de compassion à la vue d'un tel homme si défiguré parles coups, par les blessures et parle sang, qu'il ne lui reste pas même la ressemblance d'un homme (Isa. 53)?

2. Mais ce qui est encore plus propre à exciter en nous les plus vifs sentiments d'amour, de reconnaissance et de compassion, c'est de penser que cet homme, tourmenté d'une manière si cruelle et si barbare, est en même temps vraiment Dieu. Il est le Fils unique du Père éternel; Dieu engendré de Dieu; Lumière divine qui procède de la Lumière divine qui est Dieu le Père ; vrai Dieu qui lire son origine du vrai Dieu. C'est celui, dit saint Paul (Heb. 1.2), qui a été établi par son Père héritier de toutes choses , et par qui ont été faits les siècles eux-mêmes ; celui qui, étant la splendeur de la gloire du Père, et la figure de sa substance, porte, c'est-à-dire , régit et conserve tous les êtres par sa parole et par sa volonté; autant élevé au-dessus des \nges, (pie le nom qu il a reçu est plus excellent que le leur; celui que les Anges honorent, (pie les démons craignent, à qui toute créature obéit, et qui, étant souverainement heureux en lui-même , forme la béatitude des Saints dans le paradis. C'est ce Fils de Dieu qui, mu par son infinie charité, s'est revêtu de notre chair, s"est fait semblable à nous, a souffert, a été crucifié sous Ponce-Pilale , et est enfin mort pour notre amour : Passas sub Ponlio Pilato.

3. A celte seule pensée, qui ne restera pas stupéfait et attendri? C'est donc le Dieu du ciel et de la terre qui tombe dans la désolation et dans une tristesse mortelle au jardin des Oliviers, qui y sue sang et eau, qui est trahi par un de ses apôtres, lis ré à ses ennemis, lié, traîné devant les tribunaux, souffleté, méprisé, tourné en dérision. C'est le Roi de la gloire qui esl flagellé, et cruellement couronné d'épines. C'est le .luge des vivants et des morts qui est lui-même condamné à la mort par une injuste sentence, qui est chargé d'une croix ignominieuse, trainé en

cet état sur le Calvaire, cloué sur celte croix avec la dernièro barbarie, cl qui y meurt cuire deux larrons, compagnons de son supplice. Quhaudivit unqnam taie? Kl qui» vidil huit rimile (Is. 66; ? Qui a jamais entendu , qui a jamais vu une chose semblable? Si un Ange avait souffert pour nous de la sorte, ne serail-ce pas assez pour exciter notre étonnement et notre reconnaissance? Mais non, celui qui souffre ainsi est ootre Dieu, devant qui l'homme n'est que néant, et l'univers entier n'est que comme une goutte de rosée qui tombe sur la terre le matin. C'est le Fils unique du Père éternel , le Créateur et le souverain Maitre de toutes choses. Voilà quel est celui qui souffre et qui meurt pour nous.

4. Il est vrai qu'en Jésus-Christ ce n'est pas la nature divine qui a souffert,puisque étant essentiellement immuable, elle 2G peut pas être sujette à la douleur. Ce qui a souffert en lui, z'est son humanité sainte. Mais cette humanité étant unie hypostàtiquement à la nature divine, il est vrai de dire que celui qui est le Fils unique de Dieu, égal à son Père en puissance, en sagesse et en majesté, a souffert , dans le temps, des persécutions , des opprobres, des peines, i]^^ tourments et la mort. Nous pouvons, pour le mieux comprendre, nous servir d'un exemple qu'apporte saint Augustin (Epist. 169. Al. 102 ad Evod.). Quand on parle d'un homme savant, dit-il, ce n'est que son âme qui est instruite, qui peut avoir des connaissances; et cependant on dit très bien : un tel savant est devenu aveugle, il est mort, il a été enseveli, quoique toutes ces modifications ne regardent que son corps. De même. Jésus-Christ est le Fils de Dieu, il est semblable à son Père quant à la nature divine; et néanmoins on peut dire avec vérité : Dieu a été crucifié, il a souffert, il est mort, quoique toutes ces choses ne puissent lui convenir que quanta la nature humaine; car, bien qu'il y ait deux natures en Jésus-Christ , il n'y a pas deux Jésus-Christ, mais un seul Jésus-Christ, comme dans l'homme savant dont parle saint Augustin ,il se trouve deux substances, c'est-à-dire, son âme et son corp-. et néanmoins il n'y a pas en lui deux hommes, mais un seul homme. 11 s'ensuit donc que Jésus-Christ, qui est vrai Dieu, étant aussi véritablement homme, on peut dire que le Fils de Dieu a été flagellé, couronné d'épines cl crucifié. C'esl ici une invention admirable de la sagesse de Dieu, un miracle de sa toute-puissance. un trait d'amour de son infinie charité, qu'étant impassible de sa nature, il ait trouvé le moyen de souffrir , en unissant les deux natures dans la personne de son Fils, la nature divine cl

la nalure humaine. Le Créateur de l'homme, dit saint Augustin, non content de se faire homme pour sauver L'homme; a voulu encore être méprisé, maltraité par les hommes, être mis ù mort, et souffrir la mort la plus cruelle, la plus ignominieuse, la mort de la croix (Tract. 16. in Joan). Qui peut comprendre,, dU saint Bernard, cet excès d'humiliation, de douceur et de charité, que le Dieu de la gloire se soit abaissé jusqu'à se revêtir de notre chair, jusqu'à se soumettre à la mort, jusqu'à souffrir l'opprobre de la croix (Serm. 11 in Cant.)?

5. Mais pour qui ce Dieu de bonté a-t-il voulu se soumettre ù une passion si douloureuse et à une mort si cruelle? Jésus- Christ était-il débiteur de quelque chose envers son l'ère éternel, et obligé de satisfaire pour lui-même usa justice par ses souffrances? Ou bien y avait-il en lui quelque imperfection qu'il dût laver dans son sang? Mais ne savons-nous pas qu'il est, comme l'appelle saint Paul (Heb. 7), saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs? iNe savons-nous pas qu'il fut toujours comblé d'une grâce si abondante, que cette grâce le rendit impeccable, et qu'en lui habitait corporellement la plénitude delà divinité (Col .2)? Aussi, et dans son Baptême (Matth. 3 , et dans sa glorieuse Transfiguration, son l'ère protesta-t-il publiquement que c'élait-là son Fils bien-aimé et l'objet de ses complaisances. Pour qui donc a-t-il souffert, s'il n'avait pas besoin de souffrir pour lui-même? Ah ! mes Frères, il a souffert pour nous , pour nous qui , comparés à lui , ne sommes que cendre et poussière, qu'une feuille que le vent emporte; pour nous si pauvres, si misérables , que non-seulement nous ne pouvons pas de nous-mêmes avoir une bonne pensée, mais qui ne pouvons ni vivre, ni nous mouvoir, ni subsister, réduits à nos propres forces. Lui, notre Créateur, a souffert pour nous ses créatures; lui , notre Souverain, a souffert pour nous ses sujets ; lui riche, puissant et élevé au-dessus de tout, a souffert pour nous pauvres, faibles et moins que le néant !

6. Figurons-nous, dit un pieux auteur, figurons-nous un grand monarque de la terre qui, plein du désir de combler son peuple de bienfaits, de lui procurer toutes sortes debonheur et de prospérité, dépose son manteau royal, sa couronne, son sceptre , n'épargne ni dépenses, ni fatigues pour mettre à exécution son charitable dessein ; qui entreprend des voyages, s'expose à toutes les peines, à tous les dangers, et sacrifie enfin sa vie même. Ce serait là une chose si rare et si surprenante,que chacun, en l'entendant raconter, etne pouvanl se persuader que c'est un (ait réel et véritable, la prendra?

JlO XVII!. INSTRUCTION

pour une supposition. Cet excès de charité qu'on ne saurait trouver dans les princes de la terre envers leurs sujets , nous le trouvonsdans Jésus-Christ notre Sauveur, notre Roi, notre Pieu. Excès d'amour d'autant plus digne d'admiration , que la distance et la disproportion qu'il y a entre Dieu et nous surpasse infiniment celle qui existe entre un prince de la terre et ses sujets. Notre Dieu, qui est la grandeur même, s'est fait petitpar amour pour nous; lui, qui est le Maître souverain de toutes choses, s'est fait pauvre pour nous ; lui dont l'empire et la puissance s'étendent à tous les siècles , et à toutes les générations , par amour pour nous, est devenu l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple (Ps. 144 et Ps. 21).

7. Si, du moins, nous eussions mérité en quelque sorte cet excès de tendresse de la part de notre Dieu, ou qu'il ne se fût rien trouvé en nous qui eût pu nous rendre indignes de son amour ! Mais, outre notre néant , notre misère naturelle , il voyait encore en nous le péché, qui nous rendait les objets de sa haine et de son indignation. Nous avons tous été conçus dans l'iniquité; nous sommes tous nés enfants de colère, et il ne trouvait en nous que des sujets rebelles, justement condamnés au châtiment et à la mort éternelle. Et cependant malgré cette indignité et celte misère proronde, le Fils de Dieu a bien voulu se faire notre Médiateur, se charger de nos dettes, subir la peine qui nous était destinée. Quel est celui qui voudrait mourir pour délivrer un criminel de la mort , puisqu'à peine, dit saint Paul (Rom. ô), pourrait-on trouver quelqu'un qui voulût sacrifier sa vie pour sauver celle d'un innocent? Vix pro Jusio quis morilurfTel fut cependant l'excès de la charité de Jésus-Christ, qu'elle le porta à répandre tout son sang, et à sacrifier sa vie pour des hommes pécheurs : Commcmhtt charitalem suam Deus in nobis , quoniam cùm adlnic peccalores essemus , secundum tempu$ Christus pro nobis vwvUuis est (ib. v. 8).

S.Jésus-Christ a sacrifié sa vie non-seulement pour des hommes pécheurs, mais pour des hommes qui, au lieu de lui témoigner leur reconnaissance pour un si grand bienfait, ne devaient y correspondre que par leurs offenses et leur ingratitude. Il la prévoyait cette ingratitude monstrueuse; il n'ignorait pas que la plupart des hommes abuseraient des mérites de sa passion; et néanmoins, c'est pour ces hommes ingrats et endurcis qu'il a voulu souffrir, qu'il a sué sang et eau dans son agonie, qu'il s'est laissé lier,flageller, couronner d'épines et crucifier. S'il n'eût souffert que pour ceux qui, après avoir reçu l'innocence ba]>

SLR LE QUATRIÈME ARTICLE DO SYMBOLE. 21 l

Lismale, devaient la conserversoigneusement jusqu'à la mort, pour ceux qui, après être rentrés en grâce avec lui, ne devaient plusperdre son amitié, pour ceux qui devaient étendre sa gloire,

en convertissant à la foi les provinces et les empires, sa charité aurait déjà pu être appelée une charité sublime. Que devronsnous donc dire en pensant que c'est pour nous qu'il a voulu souffrir, pour nous qui passons les semaines et les mois sans consacrer à sa passion un seul souvenir, un seul acte de reconnaissance ; pour nous qui , au lieu de l'aimer de tout noire cœur , attachons ce cœur au monde , à la créature ; (jiii au lieu de travailler à lui gagner à^ âmes par nos prières, par nos exhortations et nos bons exemples, en peut-être perverti un si grand nombre par nos scandales et par nos mauvais discours ? Admirons donc ici cette étonnante charité de notre divin Sauveur, cette charité trop grande, ainsi que l'appelle saint Paul (Eph.2) : Propter nimiam charilatem tuam , qua ditexit nos; charité que Moïse el Elie, parlant à Jésus-Christ sur le Thabor , nommèrent un excès de charité : Dieebant exeessum ejus , quemeompleturu* et ai in Jérusalem ( Luc. 9). Et en effet, si l'acte le [!u-; héroïque de charité dont l'homme soit capable, est celui par lequel il donne sa vie pour son ami (Joan. 15 ), ne doiton pas appeler charité excessive celle de Jésus-Christ , qui a bien voulu sacrifier sa vie pour nous qui étions ses ennemis , pour nous qui ne devions correspondre à un si grand bienlait que par nos offenses, notre oubli et notre ingratitude ?

9. Mais remarquons ici. une autre chose qui nous fera mieux connaître encore la charité incompréhensible de notre divin Rédempteur, et qui est bien capable d'embraser nos cœurs de son amour. Si Jésus-Christ a souffert pour tous les hommes en général , il a souffert aussi pour chaque pécheur en particulier; de manière que nous pouvons tous dire véritablement avec l'apùtrc saint Paul (Gai. 2): Le Seigneur m'a tant aimé, que c'est par amour pour moi qu'il s'est livré lui-même à tous les supplices et à la mort la plus cruelle. Oue chacun se dise donc à lui-même, comme nous le suggère saint Jean-Chrysostôme commentant ces paroles de saint Paul : Jésus-Christ aurait souffert pour moi autant qu'il a souffert pour tous, si j'eusse été le seul pécheur de la terre. Je lui ai une obligation aussi grande, que s'il n'avait souffert que pour moi seul, puisque sa charité l'aurait porté à l'aire pour moi seul ce qu'il a fait pour tous les hommes. Tandis qu'il suait sang et caudansson agonie,tandisque les coups de fouet déchiraient sa

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chair sacrée, que les épines perçaient sa tète adorable , que les clous attachaient ses pieds et ses mains à la croix, il pensait distinctement à moi, et c'est à mon aine qu'il appliquait les mérites infinis de sa passion, comme si elle eût été seule au monde. A ces réflexions , comment se fait-il (pie nous ne sentions pas se réveiller en nous la phis vive reconnaissance, et que nos cœurs ne soient pas embrasés des flammes de l'amour divin ? Si nous étions assurés que, de tous les pécheurs qui sont dans le monde, nous avons été les seuls privilégiés,que c'est pour nous seulement que Jésus-Christ a souffert , passerions-nous notre vie dansFoubli de ce bienfait, dans l'ingratitude, dans l'indifférence, et sans nous mettre en peine de correspondre à une faveur aussi signalée ? Eh bien! mes Frères , quelles actions de grâces ne devons-nous donc pas rendre à notre divin Sauveur, et que ne devons-nous pas faire pour lui, puisque en effet, il a autant souffert pour chacun de nous en particulier, que si nous eussions été seuls au monde ?

10. Passons maintenant à la troisième réflexion, et voyons pour quelle fin le Fils de Dieu a enduré de si terribles supplices. Pourquoi donc a-t-il voulu souffrir tant de peines et des tourments si affreux ? C'est pour notre avantage,pour notre salut: Propler nos homines ,et propler nostram sululem. Nous étions tous esclaves du démon, ennemis de Dieu , exclus du ciel; et il a daigné, par sa passion et par sa mort, nous remettre en possession de la liberté, de la grâce et du bonheur éternel sur lequel nous avions perdu tous nos droits.

11. Il a voulu, en premier lieu, acquérir notre liberté. Vous n'ignorez pas qu'avant que Jésus-Christ eût paru sur la terre , le démon régnait sur tout l'univers. Il s'était emparé de l'esprit et du cœur des hommes; de leur esprit sur lequel il avait répandu les ténèbres épaisses de l'erreur et de l'ignorance ; de leur cœur qu'il tenait attaché aux biens, aux plaisirs et à la vainc gloire du monde. Il avait usurpé le culte qui n'est dû qu'à-Dieu, il avait étendu l'empire de l'idolâtrie sur toute la terre; partout on lui élevait des temples, on lui offrait de l'encens, on lui immolait des victimes, et les pères et les mères allaient jusqu'à lui sacrifier leurs propres enfants. Si nous ne sommes plus opprimés sous ce joug tyrannique, si les lumières de la vérité ont dissipé les ténèbres de Terreur, si la découverte des biens célestes et éternels a décrédilé les biens temporels et terrestres, siles idoles sont renversées ,1e règne de la superstition détruit, si le démon a perdu ses adorateurs, à qui sommes-nous redevables de ces grands bienfaits, sinon à

SUa LE QUATRIÈME ARTICLE DU SYMBOLE. 213

Jésus-Christ, à ses souffrances, à son sang et à sa mort? Cette destruction du règne tyranniqnc de Satan fut prédite par Jésus- Christ lui-même, lorsqu'il dit, peu de jours avant sa passion, (loan. I2),quele temps était venu où le prince de ce monde allait être chassé de son royaume. Oui, ce fulau moment delà mort de Jésus-Christ qu'un Ange descendit du ciel, comme le vit saint Jean dans son Apocalypse (c. 20), tenant dans ses mains une grande chaîne et les clefs de Pabime,pour y enfermer le dragon , c'est-à-dire Satan, et pour empêcher qu'il ne séduisit désormais les nations. Ce fut alors que le fort armé fut enchaîné, et que sa maison fut ruinée (Matth. 12) ; ce fut alors que les hommes, ayant été délivrés de la puissance des ténèbres (l.Cor. 1) , furent transférés dans le royaume du Fils de Dieu. L'ancien serpent frémit, à la vérité; il enrage en voyant les pertes qu'il a faites; mais il est enchaîné. 11 peut cricr,mais il ne peut mordre que ceux qui sont assez insensés pour s'approcher de lui; et, s'il parvient quelquefois à nous blesser par notre faute, la passion de Jésus-Christ nous fournit un remèv'e prompt et efficace pour guérir nos blessures.

12. Avecla liberté, Jésus-Christ nous acquit encore la grâce. Tous les hommes ayant participé à la désobéissance d'Adam, ils sont tous conçus dans le péché, ils naissent tous coupables .lu crime de lèse-majesté divine, abominables aux yeux de Dieu, objets de sa colère, et condamnés à la mort éternelle, selon la sentence qui en a été portée contre le genre humain. Pour que Dieu se réconciliât avec eux, et les reçut de nouveau eu grâce, il fallait apaiser son courroux, et lui donner une satisfaction convenable. Pour cela, il fallait un sacrifice qui put ôter de l'homme ce qui le rendait un objet d'horreur aux yeux de Dieu. Mais quel sacrifice pouvait avoir celle force et cette efficacité? Comme c'était l'homme qui était coupable, dit le pape saint Grégoire (Lib. 7 Mor. c. 28), et que l'homme est raisonnable, les victimes privées de raison étaient insuffisantes; cari'' sang des boucs et des taureaux pouvait , à la vérité, purifier la chair des souillures légales (Heb. 9), mais il n'avait pas la vertu de purifier la conscience et d'effacer les taches du péché. Si donc les animaux étaient des victimes insuffisantes pour l'homme, il était nécessaire qu'un homme s'offrit pour tous les autres, et qu'une victime raisonnable se sacrifiât pour le pécheur raisonnable. Mais, ajoute le même saint Grégoire, comme il était impossible de trouver un homme sans péché, comment celui qui était pécheur aussi bien que ses semblables aurait-il pu effacer les péchés d'aulrui? Afin que

la victime fût raisonnable , il fallait donc que celte victime fût un homme ; et afin que, par le moyen de cette victime , les hommes fussent purifiés de leurs péchés , il fallait que cette victime fût un homme sans péché. Or, cet homme sans péché fut Jésus-Christ, lequel ayant été conçu d'une manière extraordinaire dans le sein d'une Vierge, par l'opération du Saint-Esprit, est semblable aux autres hommes quant à la nature, mais non point quant au péché. Il s'offrit pour victime à son Père, et lui dit, en entrant dans le monde (Heb. 10): Vous n'avez point voulu d'hostie , ni d'oblation ; mais vous m' avez formé un corps : les holocaustes et les sacrifices pour le péché ne vous ont point été agréables : alors fai dit : Me voici ; je viens, selon qu'il est écrit de moi dans le livre, pour frire, mon Dieu, votre volonté. Et c'est celte volonté de Dieu, ajoute l'Apôtre (ibid.), qui nous a sanctifiés par l'oblation du corps de Jésus-Christ. Ainsi, ce que nul autre ne pouvait faire, Jésus- Christ l'a fait par sa passion et par sa mort. 11 purifia nos âmes par son sang; il apaisa la colère divine, et il rétablit la paix entre le ciel et la terre (Apoc. 1. Col. 1).

13. Les hommes, en péchant, ayant contracté une dette énorme envers la justice divine, il était convenable que l'honneur ravi à Dieu par le péché fût réparé par une juste satisfaction; et ce fut Jésus-Christ qui, par sa passion, acquitta cette dette immense, et satisfit pleinement à la justice de son Père. Et qui aurait jamais pu l'acquitter, si le Fils de Dieu ne l'eût fait lui-même en sacrifiant sa propre vie ? Comme l'offense avait été faite à une majesté infinie, il était nécessaire que l'injure fût réparée par une personne d'une majesté infinie ; et cette personne ne pouvait être que Jésus-Christ qui, étant vrai Dieu et vrai homme, pouvait seul comme Dieu donner une valeur infinie aux peines qu'il souffrait comme homme. Aussi, en s'offrant à son Père sur la croix, il lui offrit un prix non-seulement égal et proportionné à nos dettes , mais encore bien supérieur à ces mêmes délies ; ce qui a fait dire au Roi-Prophète que notre rédemption serait une rédemption abondante (l'sal. 129), et à saint Paul (F\om. 3) que la grâce a surabondé là où avait abondé le péché. Par ce prix, en effet , dit saint Jean- Chrysostùme (Hom. 10 in Epist.ad r\om.), noire divin Rédempteur nous a mérité non-seulement ce qui était nécessaire pour détruire le péché, mais encore infiniment plus ; puisque nous avons été délivrés des supplices éternels, que nous avons reçu une vie nouvelle, que nous avons été sanctifiés, que nous sommes devenus les frères de Jésus-Christ et les enfants adop-

tifs de notre Dieu. Nous n'avons pas seulement reçu un remède suffisant pour guérir nos maux, nous avons encore obtenu l'innocence, nous avons recouvré la beauté intérieure de notre Ame, et nous avons été élevés à une dignité bien supérieure à celle dont jouissait notre premier père avant sa chute, En un mot, tous les biens spirituels dont nous sommes enrichis, comme sont les sacrements et les grâces qu'ils produisent, sont le fruit de la passion de Jésus-Christ/laquelle, en nous rendant la liberté cl la grâce, nous a rendu en même temps nos droits à la gloire.

14. Enfin, ce n'est pas seulement pour nous délivrer de la dure servitude du démon dont nous étions les esclaves infortunés, ce n'est pas seulement pour nous réconcilier avec Dieu dont nous avions encouru la disgrâce, que Jésus-Christ a voulu souffrir ; c'est encore pour nous ouvrir la porte du ciel dont nous étions exclus par nos péchés. Nous trouvons une ligure bien claire de ce grand bienfait dans l'ancien Testament 'Num. 35) : Dieu avait ordonné aux Hébreux de fixer quelques villes de refuge où pussent être en sûreté ceux qui involontairement et par accident auraient répandu le sang de leurs frères. Ces malheureux s'y retiraient; on examinait le fait, la cause était discutée en présence de tout le peuple, et, quoique l'homicide eût élé déclaré innocent , il devait néanmoins demeurer dans la ville, où il s'était réfugié , y vivre en patience loin desa patrie , qu'il ne lui élai! permis de revoir qu'après la mort du Grand-Prêtre. Dieu voulut nous montrer, par cette loi, qu'il n'était permis à personne, quelle qu'eût éié la sainteté de sa vie, d'entrer dans la céleste patrie, avant la mort du Grand-Prêtre, du Prêtre éternel, Jésus-Christ. \dam en avait été banni avec toute sa postérité, et les Patriarches et les Prophètes eux-mêmes devaient rester exilés et loin de cette heureuse patrie, jusqu'à ce que le grand Pontife fût monté le. premier en triomphe dans cette belle Jérusalem, après avoir consomme son sacrifice par sa mort. Ce fut alors que s'ouvrirent pour la première fois ces portes qui avaient été jusque là fermées; et depuis ce moment elles ont toujours été ouvertes à toutes les âmes qui ont voulu profiter des mérites de la passion de Jésus-Christ. Oui, mes Frères, le ciel nous est ouvert à tous, et ce sont les souffrances du Fils de Dieu qui nous ont procuré cet avantage inestimable.

15. Maintenant, pour réduire en peu de mots ce que je vous ai dit sur la pas-ion de notre divin Rédempteur, quel est celui qui.nc sentira i>us se réveiller dans son cœur les plus

vifs sentiments d'amour et de reconnaissance, soit qu'il examine quelle est la personne qui a souffert, soit qu'il considère quels sont ceux pour qui elle a souffert, soit qu'il réfléchisse à la fin pour laquelle cette personne a souffert? Si le Fils de Dieu, qui est l'innocence et la sainteté même , a enduré volontairement tant de persécutions, de calomnies, de tourments et la mort la plus cruelle , n'est-il pas juste que nous qui sommes coupables de tant de péchés , nous supportions avec patience les travaux, les maladies, et toutes les disgrâces dont la vie est remplie? Quoi! un Dieu a souffert pour nous qui ne sommes que ses créatures, que de misérables pécheurs et des ingrats, et nous ne voudrions pas pour son amour supporter la plus petite incommodité, nous priver delà plus légère satisfaction, et nous faire la moindre violence? Enfin un Dieu a souffert pour nous délivrer de la servitude du démon, pour nous réconcilier avec son Père, pour nous ouvrir le ciel, et nous serions assez insensés pour nous rendre de nouveau esclaves de Satan , pour perdre encore une fois la grâce, et pour nous fermer le ciel par nos péchés? Ah! ne nous rendonspas coupables d'une si noire ingratitude envers notre aimable Rédempteur, et ne nous portons pas à nous-mêmes un si grand préjudice. Ayons toujours empreinte dans notre esprit et dans notre cœur la passion douloureuse à laquelle le Fils de Dieu a voulu se soumettre par amour pour nous ; afin qu'en participant à ses peines en cette vie, et en unissant les nôtres à celles qu'il a en durées pour nous, nous puissions mériter de participer à sa gloire pendant l'éternité.

DIX-NEUVIÈME INSTRUCTION

Histoire de la Passion de Jésus-Christ : Passus sub Poiitio Pilato. Ce qu'il a souffert dans son esprit.

Tous les maux que le péché d'Adam introduisit dans le monde, et qui ont infecté le genre humain, se réduisent à trois principaux, comme nous l'enseigne l'Apôtre saint Jean par ces paroles (Ep. l.c.2. v. 16 ):- Tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair , concupiscence des yeux, et orgueil delà vie. Dés que notre premier père eut touché au fruit défendu, un renversement affreux eut lieu dans ses pensées, dans ses inclinations, dans ses affections , et ce renversement s'esl transmis à tous les hommes, en même temps que le péché originel. Adam se vit aussitôt porté vers les objets

sensibles pour lesquels, dans l'étal d'innocence, il n'éprouvait aucun penchant désordonné. De même tous ses descendants naissent avec des inclinations qui , les détournant des biens célestes et spirituels , portent leur cœur vers les objets matériels et terrestres. De là vient que l'homme plaçant toute sa félicité dans la possession des richesses périssables , sa gloire dans des honneurs apparents, son bien-être dans des jouissances animales, se perd misérablement en recherchant une félicité d'autant plus trompeuse, que ces biens, ces honneurs, ces plaisirs sont plus vains , plus caducs et périssables. Pour réparer un si grand désordre introduit dans le inonde par le premier Adam, le nouvel Adam , Jésus-Christ, esl venu opposer sa pauvreté à la vanité des richesses de la terre, ses humiliations à la vanité delà gloire dusiècle, et ses douleurs cruelles à la vanité des plaisirs du monde. Et, soutirant une passion pleine d'amertume dans son esprit, une passion ignominieuse dans son honneur, une passion douloureuse dans son corps, il appliqua le remède nécessaire à ces trois plaies mortelles qui faisaient languir le genre humain. J'entreprends donc de vous parler des tourments que notre divin Rédempteur eut à endurer dans son esprit, dans son honneur et dans son corps. Aujourd'hui , nous porterons nos réflexions sur la passion intérieure de son esprit , qu'il souffrit principalement dans le jardin des Olives.

1. Jésus-Christ , après avoir célébré la sainte Cène avec ses disciples, et leur avoir laissé le plus beau témoignage de son tendre amour pour les hommes dans l'institution du sacrement ineffable delasainte Eucharistie; après leur avoir donné ses dernières leçons, en les exhortant à s'aimer les uns les autres, en les animant à supporter avec courage les cruelles persécutions qui les attendaient dans la publication de son Evangile; après les avoir consolés de son départ de ce monde par la promesse qu'il leur lit de leur envoyer le Saint-Esprit ; après avoir fait à son l'ère une prière fervente pour lui recommander ses chers Disciples et tous ceux qui devaient croire en lui, sortit du Cénacle , et passa le torrent de Cédron qui séparait Jérusalem du mont des Oliviers. Au bas de la montagne, se trouvait un jardin, où il entra avec ses Apôtres qui l'accompagnaient ; jardin bien différent de celui, où le Créateur avait placé le premier homme. Dansle jardin où Adam avait reçu l'être , se trouvait l'arbre de vie , et dans celui-ci Jésus-Christ ne doit trouver que des fruits de mort. Celui-là émit arrosé par quatre fleuves qui le rendaient fécond et agréable; celui-ci

doit être abreuvé du sang et des larmes de notre divin Sauveur, et va devenir un lieu d'horreur. Celui-là était une image vivante de l'état fortuné des bienheureux dans le ciel; celuici sera une image vivante des peines auxquelles tons les pécheurs ont été condamnés. Le premier Adam lut placé dans celuilà pour y jouir de toutes sortes d'avantages et de délices; le second Adam entre dans celui-ci pour y éprouver toutes les misères de l'humanité.

2. A peine cut-il mis les pieds dans ce jardin, qu'il entra, selon l'expression du Roi-Prophète (Ps. 68), dans la mer profonde de sa passion. 11 s'éleva dans son esprit et dans son cœur une tempête si affreuse, qu'elle aurait été suffisante pour lui donner la mort , si sa toute-puissance ne lui eût conservé la vie. Cette belle âme fut accablée d'une si grande tristesse, d'une crainte si terrible, d'une désolation si affreuse, qu'elles lui firent souffrir des supplices d'autant plus graves , qu'ils étaient plus intérieurs , ce qui le porta à dire à ses disciples que son âme était triste jusqu'à la mort: Triitù est anima mia usque ad morlem (Matth. 26). Mais quoi , Seigneur, vous laissez entrer en vous la crainte, la tristesse et l'affliction? Vous qui êtes sur la terre la consolation des affligés, et qui faites dans le ciel la félicité des Anges et des bienheureux? Votre passion et votre mort ne sont pas pour vous une chose inattendue. Vous avez dit l'une et l'autre

à vos disciples, lorsque vous leur avez prédit (Marc. 10. que vous deviez boire ce calice d'amertume, et recevoir ce baptême pénible et douloureux. Vous vous êtes offert spontanément à la mort (Is. 53 ) , et dès votre entrée dans le monde, vous avez fait à votre Père éternel le sacrifice généreux et volontaire de vous-même. Et maintenant que vous touchez au moment où vous allez approcher vos lèvres de ce calice d'amertume, vous soumettre à ce baptême douloueux,et commencer votre grand sacrifice, vous vous laisse;': battre par la tristesse et par la crainte? Ah ! ce ne sont point à, mes Frères, des résultats de la faiblesse, ni un manque de courage dans l'âme de notre divin Sauveur ; ce sont des effets de sa charité sans bornes, qui produit, non sans un grand miracle, ces mouvements divers dans son cœur, comme le dit saint Augustin , pour multiplier ses tourments; Non uni mi infirmiiatc , sed poleslate turbubalur et trislabalur (Tract. \. in Joan.).

3. 11 vouiail par amour pour nous, souffrir non-seulement daus son corps, mais encore daus sou esprit. La rage des

SUR LE QUÀTHIÊME ARTICLE bV SYMBOLE. 219

Juifs, la cruauté des bourreaux pouvaient martyriser son corps, mais leur pouvoir ne s'étendait pas sur sou âme. Les fouets, les épines, les clous, la croix , tous les instruments destinés

à déchirer sa chair sacrée, apercer ses pieds et ses mains adorables, à tourmenter ses membres délicats, n'étaient pas capables de troubler la paix, la tranquillité, l'intrépidité de son âme. Son immense charité fat le bourreau ingénieux qui trouva le moyen de faire sentir vivement à son esprit tous les tourments du corps, et de lui faire souffrir par anticipation un véritable martyre. Ce fut sa charité qui, par un grand prodige, et d'une manière que nous ne pouvons ni expliquer, ni même concevoir, suspendit les douceurs qui étaient en lui un effet de la vision béatifique, et qui, privant ainsi son àme de toute espèce de consolation , la laissa en proie à la douleur la plus amère , lui représentant vivement tou s les supplices que lui préparaient ses ennemis.

4. Vous savez quels effets produit sur l'esprit de l'homme même le plus courageux, la vive appréhension d'un grand malheur qui le menace. La sainte Ecriture nous apprend (Gcn. 38) qu'un songe seul , quoiqu'ils n'en connussent pas la signification , jeta dans la plus grande consternation , et remplit de tristesse ces deux eunuques qui, par ordre de Pharaon se trouvaient dans la prison avec Joseph , et cela par la crainte qu'ils avaient que cette vision ne leur présageât quelques grandes disgrâces. Quels ne seront pas le (rouble et la désolation d'un homme qui voit d'une manière claire les maux les plus affreux prêts à fondre sur lui , et qui en découvre en même temps toutes les circonstances? Jamais cette appréhension no fut aussi vive dans aucun homme, qu'elle le fut en Jésus-Christ. 11 se représenta vivement par le moyen de l'imagination tout ce qu'il allait souffrir incessamment dans ses membres. 11 lui semblait voir tous les instruments de son supplice , et en ressentir les coups et les blessures. 11 voyait les bourreaux armés de fouets déchaîner leur rage cl leur fureur contre son corps délicat et sensible. 11 voyait celte couronne d'épines aiguës qu'on allait enfoncer dans son chef adorable. Il voyait la croix, et comme si on l'y eût attaché en ce moment, il lui semblait sentir ses pieds et ses mains se déchirer. En un mot, quoiqu'il n'y eût encore devant lui ni bourreaux, ni instruments de supplice, ils étaient présents à son esprit par le moyen d'une forte imagination, et faisaient éprouver à son àme les mêmes douleurs, les mêmes tourments qu'ils devaient bientôt occasionner dans son corps.

5. On peut dire même que les peines qui vinrent accabler Tàme sainte de Jésus-Christ au jardin des Olives, surpassèrent celles que les bourreaux lui tirent ensuite endurer. Car si les tourments qu'on lui Ut souffrir pendant sa passion furent tous plus cruels les uns que les autres , il les éprouva du moins successivement. Les épines succédèrent aux fouets ; la croix succéda au couronnement d'épines; les bourreaux ne cessaient d'exercer contre lui un genre de supplice que pour commencer à lui en faire subir un autre. De plus, chacun des instruments employés par ses ennemis pour le tourmenter, était destiné à le faire souffrir seulement dans quelque partie de son corps délicat. Leurs mains criminelles ne frappaient que sa face adorable ; les fouets déchiraient seulement ses épaules ; les clous ne perçaient que ses pieds et ses mains. Si un bourreau était assez ingénieux et assez cruel pour faire souffrir à la fois plusieurs genres de supplices à un patient, cet infortuné éprouverait une douleur bien plus intense et plus cruelle , puisqu'elle serait , pour m'exprimer ainsi, comme un composé de diverses douleurs. C'est de cette manière que la justice divine punit les réprouvés dans l'enfer , où, au dire de saint Jérôme , elle leur fait éprouver , par le moyen du feu, tous les genres de supplices. C'est ainsi que, dans le jardin des Olives, l'âme sainte de Jésus-Christ souffrit tous les tourments à la fois , son ardente charité lui faisant sentir en même temps et les fouets , et les épines , et les douleurs du crucifiement ; ce qui fit dire à ce divin Rédempteur que les supplices de l'enfer l'avaient environné de toute part: Dolores inferni circumdederunt me ( Psal. 17).

6. Je ne puis trouver une image plus expressive pour vous faire comprendre en quelque manière l'état affligeant où la vive appréhension des tourments qu'il allait endurer réduisit notre divin Sauveur, que celle que nous fournil le saint homme Job (c. 1). Il se voit environné tout-à-coup d'une foule de messagers qui lui annoncent tous les malheurs qui viennent de fondre sur lui. Les uns lui racontent que les ennemis lui ont ravi tous ses bœufs et ses chevaux, les autres ajoutent qu'ils se sont aussi emparé de tousses chameaux, et qu'ils ont fait périr ceux qui les gardaient; ceux-ci lui apprennent que la foudre a réduit en cendres et ses troupeaux et ceux quiles conduisaient ; ceux-là lui disent qu'une affreuse tempête vient de renverser sa maison et d'ensevelir sous les ruines tous scn enfants. Si une seule de ces disgrâces était suffisante pour le jeter dans le trouble et l'afflictioiviuelle impression ne dut pas faire

surlui le récit de tant de calamités , qui vint frapper ses oreilles et son cœur ? Aussi, accablé de douleur et d'une tristesse mortelle, il déchire ses vêlements , et se laisse aller la (ace contre terre. Or ceci n'est que l'ombre et la figure de ce qui arriva à Jésus-Christ. Tous les supplices que la haine et la fureur des. huis lui préparaient, se présentèrent en foule à son esprit. A celte vue, il tombe dans une affreuse tristesse,dans une tristesse d'autant plus grande , que la mort qu'il allait subir devait être plus cruelle, et les tourments qui devaient !a précéder plus nombreux et plus terribles.

7. Pour accroître l'affliction du saint homme Job , Dieu permit encore au démon de couvrir son corps d'un ulcère qui le rendit un objet d'horreur à tout le monde et à ses propres yeux; de même pour rendre plus grande l'affliction de noire divin Rédempteur, son Père le chargea des plaies affreuses de tout le genre humain. Ces plaies étaient les péchés des hommes, si grands et si nombreux, que le Roi-Prophète les appelle des torrents d'iniquités (Psal. 17). 11 portait toutes nos langueurs, dit le prophète Isaïe (c. 53), parce que son Père avait mis sur lui toutes nos fautes. Ainsi, lui qui ne s'était jamais rendu coupable d'aucun péché, se voyait couvert de tous les crimes qui s'étaient commis depuis le commencement du monde, de tous ceux qui se commettaient alors dans l'univers, et de tousceux qui devaientse commettre jusqu'à la fin des siècles. 11 voyait peser sur lui la désobéissance d' \dam,le fratricide de Caïn, les abominations de Sodôme et de Gomorrhe, l'idolâtrie des païens , l'ingratitude des Juifs, les blasphèmes les plus horribles , les parjures les plus exécrables, les vengeances les plus cruelles , et tous les crimes les plus affreux. Quelle horreur ! quel supplice, de se voir ainsi couvert de toutes les iniquités des hommes ! Aussi,dit-ilpar la bouche de son Prophète, que son âme est tombée dans le trouble et la confusion à la vue de lui-même: Ad meipsum anima mea conlurbalu est (Psal. 41).

8. Pour nous faire une idée de la douleur que dut ressentir à celte vue l'âme sainte de Jésus-Christ, il faudrait pouvoir comprendre toute la grièveté du péché. Alors nous en concevrions nous-mêmes une grande horreur , une aversion souveraine, et nous ne serions pas étonnés de ce qu'on rapporte de quelques pénitents qui, touchés de la grâce.éclairés d'une lumière céleste qui leur faisait connaître toute l'énormité de leurs fautes, et la grandeur de l'injure qu'ils avaient laite à Dieu, tombèrent morts de douleur et de repentir. Or Jésus-

222 XIX. IXsTnuCTION

Christ avait une connaissance pleine et parfaite delà difformité du péché. Comme il connaissait la bonté, la grandeur et toutes les perfections de son Père, il voyait clairement aussi toute la grièvelé, lotite Ténormité du péché. Quel ne devait donc pas être l'excès de sa douleur à la vue de tant de millions de péchés si énormes et si injurieux à son Père chéri? \h ! cette douleur fut plus grande , que celle qu'auraient pu concevoir tous les hommes ensemble, puisqu'il avait pris sur lui les péchés de tous. Elle fut si grande que , divisée entre tous les hommes , elle aurait clé capable de les faire tous mourir. Tous les péchés des hommes lui causaient une horreur extrême, un déplaisir infini ; et néanmoins, en se considérant luimême, il se voyait chargé et couvert de tous ces crimes. Quelle amertume dut alors pénétrer dans son cœur! Quelle confusion diil couvrir son auguste face !

9. Mais, direz-vous peut-être, Jésus-Christ étant animé d'un ardent désir de sauver l'homme par sa passion et par sa mort, ce désir aurait dû tempérer en quelque sorte l'amertume qui remplissait son camr à la vue des supplices qu'il allait endurer, et de tous les péchés pour lesquels il devait satisfaire. Jésus-Christ savait, à la vérité, que par ses souffrances et l'effusion de son sang, il devait détruire le règne du péché , réconcilier l'homme avec Dieu , el lui mériter un bonheur éternel; et comme le salut du genre humain était l'objet de ses plus ardents désirs , cette pensée aurait pu le consoler dans ses peines. El voyant les difficultés et les travaux du combat qu'il allait soutenir, il aurait été ranimé par la certitude ne la victoire; à la vue des tourments qu'il allait souffrir, il aurait été encouragé par l'abondance des fruits qu'il en devait recueillir ; il aurait été soulagé , à la vue de tous les péchés du genre humain , en pensant que son Père allait recouvrer toute sa gloire, et que les hommes allaient rentrer dans tous leurs droits. Mais, le croiriez-vous, mes Frères? Ce désir ardent de procurer la gloire de son Père et le salut des hommes, fui la cause de ses plus grands tourments. Il désire détruire entièrement le règne du péché, il va répandre tout son sang, et sacrifier sa vie, afin que, par ses mérites, les hommes puissent mériter le bonheur éternel; mais il voit en même temps que la plupart vont rendre inutiles ses peines et ses souffrances. 11 voit une multitude innombrable de païens qui vont continuer à fermer avec .obstination les yeux à la lumière de l'Evangile, et à offrir leur culte aux divinités mensongères. Il voit tous les hérétiques qui abandonneront la vérité , pour suivie

les vaines pensées de leurespril.il voit tant de catholiques qui mépriseront ses préceptes et ses exemples, qui continueront à vivre au gré de leurs passions , et qui seront assez insensés pour offenser Dieu , plutôt que de déplaire au monde. Quel tourment, quel supplice pour son cœur !

10. Si une mère, après de grandes douleurs, met au inonde un fils plein de vie, sa joie lui l'ait oublier toutes ses souffrances; mais si ce fils vient à mourir avant même d'avoir voie jour, celte mère infortunée en devient inconsolable. !Notrc divin Sauveur, au jardin des Olives, était sur le point de donner des enfants à son l'ère; il gémissait, il souffrait intérieurement à la vue de la mort ignominieuse et cruelle qu'il devait endurer pour procurer aux pécheurs une vie éternelle. S'il eût prévu que tous profiteraient de ses mérites pour arriver à ce terme heureux, cette pensée lui aurait, jusqu'à un certain point, fait oublier ses peines. Mais bien loin de là; il avait présente à son esprit cette multitude innombrable d'enfants morts,c'est-à-$re, d'hommes de tout âge, de tout état , de toute condition , qui, malgré ses souffrances, resteraient exclus, par leur faute, du bonheur qu'il était venu leur procurer. Combien cette pensée dut augmenter son tourment î .levais, disait-il, répandre tout mon sang pour le salut des hommes, et un si petit nombre doit en profiter ! Je vais sacrifier ma vie pour engager mon peuple à se rendre agréable à mon Père (Tit. 2) , et à le glorifier par toutes sortes de bonnes œuvres, et ce peuple va s'abandonner à tous les vices, sans jamais cesser de l'offenser, de le déshonorer! Tous mes travaux, toutes mes souffrances seront donc inutiles pour la plupart (Is. 49). Pensez quel dut être l'état de celle âme sainte au milieu de tant de sujets d'affliction dont elle était environnée. A la vue de celle grande multitude qui devait abuser de son sang et rendre inutiles toutes ses peines, ce divin Sauveur s'adresse à son Père éternel, cl prosterné la face contre terre, il le prie d'éloigner de lui ce calice d'amertume. -Véanmoms, ajoute-t-fl (Luc. 22), que votre sainte volonté s'accomplisse, ù mon Père , et non pas la mienne ; paroles qui nous montrent le combat que se livraient en lui la crainte ci l'amour; combat si terrible, qu'il le réduisit aune agonie mortelle, jusqu'au point que la douleur, ne pouvant plus se contenir dans son cœur , s'échappa avec une telle violence, qu'elle lui causa une sueur de sang,ct une sueur si abondante, que de sa face elle tombait jusqu'à terre : Factus est sudor ejus sicm giillœ sanguinis decurrenlis in tenam.

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