‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 3)Chapitre 31 sur 45 · VINGT TROISIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

VINGT TROISIÈME INSTRUCTION

Sur les paroles du quatrième article du Symbole : Martuu» cl sepuliut. Mort et sépulture de Jésus-Christ.

Les dernières paroles de ce quatrième article du Symbole, Moriaus et sepultus, par lesquelles les saints Apôtres nous rappellent la mort et la sépulture de Jésus-Christ, nous fourniront aujourd'hui une abondante matière de réflexions. Afin de mettre plus d'ordre et de clarté dans celte instruction , je la divise en deux points: dans le premier, je vous exposerai les vérités que nous devons croire sur la mort et la sépulture de notre divin Sauveur : dans le second, je vous mettrai sous les

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yeux les fruits que nous en devons tirer. Les vérités seront l'objet de notre foi, et les leçons que nous y puiserons, seront la règle de notre conduite.

1. L'aimable Jésus , après avoir demeure trois heures cloué sur la croix, souffrant les douleurs les plus atroces, après avoir protesté publiquement que tout était consommé , après avoir remis son âme entre les mains de son Père, pencha doucement la tète, et rendit le dernier soupir. Ce fut là le complément de son sacrifice , et en même temps la plus grande de ses humiliations ; car il est impossible de concevoir un abaissement plus profond, que de voir un Dieu, non content d'avoir pris la nature cl la forme d'un esclave (Phil. 2 ) , s'humilier encore jusqu'à la mort et à la mort de la croix , éprouver ainsi lui-même l'effet de celle malédiction que la justice divine avait fulminée contre l'homme coupable, et se soumettre à une peine à laquelle Adam lui-même n'aurait point été sujet, s'il ne fût pas tombé dans le péché. Cet abaissement est un objet de scandale pour les Juifs, et semble une folie aux > eux des Gentils (1 .Cor. 1 ) ; et tous ceux qui veulent jugci des choses divines d'après les lumières de la raison humaine , regardant la mort comme une chose trop indigne de Dieu, ne veulent pas se persuader qu'un Dieu soit mort. Blasphcmant ainsi, comme ditl'apotre saint Judc(v. 10), les choses qu'ils ignorent, ou ils nient que Jésus-Christ soit vraiment Dieu, s'ils croient que sa mort ait été réelle et véritable , ou bien, s'ils reconnaissent sa divinité , ils refusent de croire qu'il soit véritablement mort.

2. La doctrine renfermée dans le Symbole est également opposée à ces deux erreurs; et les saints Apôtres, afin de nous prémunir contre ces mêmes erreurs , après avoir dit que Jésus-Christ est le vrai Fils unique de Dieu et Notre-Seigneur , ont ajouté non-seulement qu'il a été conçu par l'opération du Saint-Esprit, qu'il est né de la Vierge Marie, qu'il a souffert sous Ponce-Pilate , mais encore qu'il est mort et qu'il a été enseveli; paroles qui ne peuvent s'entendre d'une mort feinte et apparente , que par ceux qui veulent malicieusementen corrompre le sens naturel. Les libertins et les incrédules disent qu'une hu.nilialion aussi étrange que l'est celle de la mort ne peut pus s'accorder avec la grandeur et la majesté de Dieu; et c'est précisément parcelle humiliation si étrange que le Seigneur a voulu manifester les desseins de sa sagesse et la force de sa puissance , se servant des choses que le monde regarde comme une folie pour confondre la

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sagesse humaine , choisissant les moyens qui paraissent les plus faibles et les plus insuffisants pour abattre la force de l'homme, et se servant de ce qu'il y a de plus ignoble et de plus abject pour ruiner et détruire ce que l'œil humain regarde connue grand et sublime (1 . Cor. 1).

3. Les Évangélistcs nous rapportent minutieusement quelques circonstances , qui seules suffisent pour dissiper toute espèce de doute qui pourrait s'élever relativement à la mort ou à la divinité de notre Rédempteur. Et premièrement, pour nous faire entendre que sa mort fut non point apparente , mais véritable et réelle , ils disent (Matlh. 27 ) qu'ayant incliné la tète, il rendit l'esprit. Expression qui marque que son âme se sépara de son corps, et c'est dans cette séparation que consiste proprement la mort. En outre, ils nous font savoir que les soldats brisèrent à la vérité les jambes aux deux larrons qui avaient été crucifiés en même temps, mais qu'ils ne les rompirent point à Jésus , parce qu'ils virent qu'il était déjà mort (.loan. 19); et que l'un d'entre eux lui percale côté d'une lance. Ils ajoutent que Pilate (Marc. 15 ) , lorsque Joseph ri'Arimalhic se présenta devant lui, et lui demanda le corps de Jésus-Christ , doutant qu'il fût vraiment mort, fit venir un centurion , l'interrogea avec le plus grand soin , et ne condescendit à la demande qui lui était adressée , qu'après avoir été entièrement assuré de sa mort. Que peut-on dire de plu? précis pour persuader chacun que le corps très saint de Jésus demeura privé de sens , de mouvement , de vie , d'âme , et qu'il lui arriva ce qui arrive à tous les hommes, lorsqu'ils meurent?

4. Mais, pour confirmer encore davantage la vérité de ce fait, ils décrivent aussi la sépulture de Jésus. Après en avoir obtenu la permission de Pilate, Joseph, noble décurion, et Nicodème, un des principaux de la nation juive, prirent le corps de Jésus (Joan. 19), l'embaumèrent, l'enveloppèrent d'un suaire , et ayant pratiqué les autres cérémonies usitées chez les Juifs envers les défunts, ils le mirent dans un sépulcre neuf qui se trouvait dans un jardin près du Calvaire , et fermèrent l'entrée du tombeau avec une grande pierre (Mallh.27). Ces disciples qui d tachèrent de la croix ce précieux dépôt . et qui le louchèrent de leurs mains, ont pu sans doute s'assurer delà vérité de sa mort ; et ils en furent tellement certains, qu'ils l'ensevelirent. Si donc ils crurent que la mort du Sauveur était aussi véritable que celle de tout autre homme ; si les soldats, Pilate, le centurion, et tous ceux qui étaient présents

en furent eux-mêmes persuadés, elle est bien grande la témérité de ces hérétiques qui osent donner le démenti à de pareils témoignages et à des témoignages si nombreux , disant que sa mort ne fut pas véritable, mais feinte et apparente.

5. Mais si les circonstances que je viens de rapporter montrent que Jésus-Christ mourut réellement, les prodiges étonnants qui arrivèrent au moment de sa mort prouvent d'une manière admirable qu'il n'était pas simplement un homme, mais un Homme-Dieu. Le soleil qui, contre Tordre de la nature, resta éclipsé pendant trois heures entières, et de telle manière que toute la terre fut couverte d'épaisses ténèbres (Mallh. 27); le sang et l'eau qui sortirent de la plaie que la lance avait faite au coté du Sauveur (Luc. 23); le voile du temple qui se déchira du haut en bas, et se divisa en deux parties (.loan. 19); l'horrible tremblement de terre qui fut universel, et qui fendilles pierres mêmes; les tombeaux qui s'ouvrirent, les morts qui en sortirent ressuscites, et qui apparurent à plusieurs dans la ville; toutes ces choses, dans leur langage muet, nous disent que l'auteur delà nature est mort, et prouvent que, s'il a dit, pendant sa vie,qu'il était égal à Dieu, ce n'est point là un mensonge, mais la pure vérité. En effet, le centurion, frappé de tous ces prodiges, confessa publiquement que Jésus était véritablement le Fils de Dieu, et tous ceux qui, avec lui, furent présents ace spectacle, surpris de tant de merveilles, retournèrent à Jérusalem en se frappant la poitrine (Luc. 23).

6. Confessons donc , mes Frères , qu'un Dieu a vraiment souffert, qu'un Dieu a vraiment été cruciiié, qu'un Dieu est vraiment mort, et croyons fermement cette vérité. C'est là le grand mystère qu'avaient prédit les Prophètes, lesquels avaient exprimé avec les caractères les plus vils quel était celui qui devait être Jésus-Christ et ce qu'il devait souffrir. Ils l'avaient eux-mêmes reconnu comme devant être vrai Dieu, avouant que sa génération était inénarrable (1s. 53); disant qu'il était Fils de Dieu, engendré de lui avant l'aurore dans la splendeur des Saints (ls. 2); l'appelant Prêtre éternel (Ps. 119 ; l'Admirable, le Conseiller de Dieu, le Fort, le l'ère du siècle à venir, le Prince delà paix (ls. 9). Ces mêmes Prophètes ont annoncé la vérité de sa mort , et en ont décrit les plus minutieuses circonstances : la vérité , en disant (ls. 63) qu'il serait conduit comme un agneau pour être immolé. ,u il serait enlevé du nombre des vivants, qu'il donnerait sa vie pour l'expiation (\u péché; les circonstances, en le représentant environné de ses

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ennemis comme d'autant de chiens ; qu'ils lui perceraient les pieds et les mains; que, dans sa soif, ils l'abreuveraient avec du vinaigre; et allant jusqu'à prédire que les soldats se partageraient ses vêtements, et tireraient au sort sa tunique. C'est ici le grand secret dans la connaissance duquel consiste toute la vraie sagesse ; secret clairement expliqué par Jésus- Christ lui-même, lequel, après avoir montré à ses disciples la gloire de sa divinité, dans la transfiguration , leur prédit (Matlh. 17) l'ignominie de sa mort, et les avertit qu'il serait trahi, condamné, méprisé, flagellé et crucifié; secret enfin publié, inculqué, expliqué par ies saints Apôtres (!. Joan. 1), lesquels annonçant ce qu'ils avaient vu de leurs propres yeux, et touché de leurs propres mains, attestent en cent endroits de leurs Epitres que Jésus-Christ est Dieu, que ce Dieu a répandu son sang, et qu'il est mort sur une croix. Nous vous faisons savoir, dit l'apôtre saint Pierre (2. Petr. 1), la vertu et la présence de ïNotre-Seigneur Jésus-Christ, nous qui avons contemplé sa grandeur, nous qui l'avons vu recevant de son Père honneur et gloire, nous qui, étant avec lui sur la montagne sainte, avons entendu une voix du ciel , qui disait: Voici mon Fils bien-aimé en qui fai mis toutes mes complaisances , écoulez-le. Le même apôtre saint Pierre nous apprend I .Petr. 4" encore que Jésus-Christ a souffert dans sa chair, qu'il a porté nos péchés sur le bois de la croix , qu'il est mort pour nos fautes, et qu'il nous a rachetés par son sans précieux. Nous l'avons vu, nous en sommes témoins, dit l'apôtre saint Jean (Epist. t. c. 4), que Dieu le Père a envoyé son Fils pour être le Sauveur du monde. Sachez que le Fils de Dieu est venu , et que ce même Dieu nous l'a fait connaître pour être véritablement son Fils. 11 est vraiment Dieu et la vie éternelic. 11 nous propose l'exemple de ce Fils de Dieu, et nous dit que. comme il a sacrifié sa vie pour nous, nous devons aussi sacrifier la nôtre pour le salut de nôtre prochain. Et saint Paul (Philip. 2) nous enseigne en même temps que Jésus-Christ a la nature divine, qu'il est égal à Dieu, et qu'il a la nature d'esclave, qu'il est véritablement homme, et qu'il s'est humilié jusqu'à la mort , et à la mort de la croix : qu'il est l'image du Dieu invisible (Col. I), que c'est parlai que tout a été créé au ciel cl sur la terre, les choses visibles comme les Invisibles, qu'il a tout réconcilié avec son Pore par le sang qu'il a répandu sur la croix ; qu'il est la splendeur de la gloire et la figure de la substance du Père éternel; autant élevé au-dessus des Anges, que le nom qu'il a reçu est plus excellent que

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le leur; autant supérieur à Moïse, que le fils est supérieur à l'esclave, et que quoiqu'il fût le Fils de Dieu, il a néanmoins appris l'obéissance par tout ce qu'il a souffert, et qu'il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent, l'auteur de leur salut éternel (Ileb. 1. 5).

7. Ce secret, ce mystère incompréhensible, en même temps qu'il est l'objet de notre foi, est aussi le fondement de toutes nos espérances. Nier, ou mettre en doute qu'un Dieu soit mort, c'est détruire l'œuvre de la rédemption des hommes , ••'est fermer toute voie par laquelle nous puissions avoir accès auprès du trône de la majesté divine, c'est fermer le canal par lequel nous sont transmises du ciel toutes le> grâces qui nous sont indispensablement nécessaires pour faire notre salut. Si celui qui est mort n'est pas vraiment Dieu, la justice divine n'est donc pas satisfaite, l'homme n'ayant de lui-même rien qui puisse l'apaiser, et la créature étant incapable de donnera Dieu un honneur assez gran'd pour qu'il puisse avoir quelque proportion avec la grandeur de l'injure qui lui a été faite. Et si un Dieu n'est pas mort d'une mort véritable, son oblation n'a donc pas été réelle, le prix qu'il a donné pour la rédemption du genre humain n'a donc pas été réel et véritable , ce n'est donc qu'en apparence que nous avons été rachetés, et nous sommes encore dans la réalité esclaves du démon et ennemis de Dieu. Loin de nous donc ces erreurs si injurieuses à la sagesse, à la puissance, à la véracité et à la miséricorde de Dieu. Ne nous laissons pas séduire par les vains raisonnements des hérétiques et des incrédules. Ils ne sont que trop nombreux aujourd'hui parmi nous ces ennemis de la croix de Jésus-Christ, lesquels voulant se faire passer pour sages (Philip. 3), et se vantant d'être des esprits forts et éclairés, vont disséminant de part et d'autre des doctrines opposées à «•elle de l'Evangile. Prenez garde , mes Frères (Rom. 16), je vous prie, à ceux qui causent parmi vous des divisions et des scandales, en s'éloignant de la doctrine que vous avez apprise, et évitez leur compagnie, car ces sortes de gens ne servent point. Jésus-Christ Moire-Seigneur, mais sont esclaves de leur sensualité; et, par des paroles douces et flatteuses, ilssédui sent les âmes simples. C'est une vérité prédite par les Prophètes, révélée par Jésus-Christ, prêchée par les Apôtres, continuée par une infinité de miracles , crue et défendue constamment par l'Eglise catholique depuis dix-huit siècles, que Jésus-Christ, vrai et unique Fils de Dieu, est véritablement e» réellement mort pour sauver l'homme, et qu'il a été enseveli.

Soyez fermes el inébranlables dans celle croyance, et si quelqu'un venait à vous-eneeigner le contraire , regardez-le comme un excommunié (Gai. 1. 9).

8. Il ne faut pas croire néanmoins que , comme l'àme très sainte de Jésus-Christ se sépara réellement de son corps adorable au moment de sa mort, sa divinité s'en soit pareillement séparée. Ce serait une autre erreur grossière et non moins contraire àla doctrine de l'Eglise, laquelle enseigne que leVerbe divin n'a jamais quitté ce qu'il avait une fois pris. 11 avait pri* l'àme et le corps, parce qu'il avait pris la nature humaine toutentière, qui est composée d'une âme et d'un corps; et, quoique la mort ait séparé l'àme d'avec le corps, le Verbe divin est toujours resté uni à l'àme et au corps. De là vient que comme non? disons avec vérité, en récitant le Symbole, que le Fils de Dieu a souffert et qu'il est mort , nous disons pareillement avec vérilé que le même Fils de Dieu a été enseveli. Comme par ce-; paroles nous n'entendons point dire que la divinité elle-même ait souffert et qu'elle soit morte , puisqu'elle est impassible et immortelle , mais seulement que cet homme est mort , auquel la nature divine était unie hypostatiquement ; de même on ne veut pas dire que le Verbe divin a été enseveli , mais seulement le corps de Jésus-Christ,auquel la personne du Verbe est restée unie. Ce fut cette union qui préserva ce corps de toute ■corruption ; car, quoiqu'il fût corruptible de sa nature , comme celui des autres hommes , la divinité ne permit point qu'il éprouvât aucune décomposition. 11 fut sujet à la corruption de la mort, dit saint Fulgence (Ad Regin. c. 2) , en tant qu'il mourut; mais il n'éprouva point la corruption de putréfaction, parce qu'après la mort , et dans le sépulcre , il fut préservé de toute séparation de parties, selon l'oracle du Roi-Prophète ( Psal. l.r>), qui avait dit: Vous ne permettrez point, Seigneur, que votre saint éprouve la corruption. Voilà donc, mes Frères, ce que nous devons croire relativement à la mort et à la sépulture de notre divin Sauveur. Nous devons croire que le Fils de Dieu est mort , non point d'une mort apparente , mais d'une mort réelle et véritable, et qu'il a été enseveli; que, pendant le temps uièmeque son âme demeura séparée de son corps, le Verbe divin resta toujours uni à l'àine et au corps: que ce corps , quoique privé de l'àme , quoique mort et enseveli , demeura néanmoins intact et exempt de toute corruption. Il nous reste à voir maintenant quelles sont •es instructions salutaires que nous pouvons puiser dans la mort et dans la sépulture de notre adorable Rédempteur.

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9. Si un Dieu fait homme a réellement répandu tout son' sang, s'il a véritablement sacrilié pour nous sa précieuse vie ; si, par sa mort, il a brisé nos chaînes, acquitté toutes nos dettes, apaisé la colère de son Père; s'il nous a rendu propice la justice divine, et ouvert les trésors de la divine miséricorde; si sa mort a mis fin à nos maux ; si elle a été pour nous la source de tous les biens, de manière que toutes les grâces qui descendent du ciel nous sont accordées en vue des mérites de cette mort de Jésus-Christ, ne serait-ce pas le comble de l'ingratitude que de vivre dans l'oubli de ce bienfait le plus grand que nous puissions désirer , et de ne nous mettre nullement en peine d'en réveiller en nous le souvenir? Ce bienfait est infiniment plus précieux que celui que reçurent les Hébreux, lorsque par le moyen du sang de l'agneau, ils furent préservés du fléau terrible dont ['Ange dévastateur frappa les Egyptiens. Or, afin que l'on ne perdit jamais à l'avenir la mémoire de ce bienfait, le Seigneur commanda (Ex. 12) qu'on célébrât chaque année ce jour par une solennité particulière; il prescrivit les rils et les cérémonies que l'on y devait observer , et ordonna que, de génération en génération, les pères rappelassent à leurs enfants les prodiges admirables par lesquels leurs ancêtres avaient été délivrés de la dure servitude d'Egypte. Combien n'est-il pas plus raisonnable et plus juste que nous, comme chrétiens, nous conservions dans notre esprit et dans notre cœur le souvenir de la mort de Jésus-Christ, qui nous a délivrés par son sang, non point de la servitude temporelle d'un roi de la terre, mais de l'esclavage spirituel € ï 1 1 démon, qui a préservé nos âmes de la perdition, qui nous a ouvert la voie pour arriver non point à la possession des biens périssables, mais à la jouissance des biens éternels?

10. En effet , Jésus-Christ lui-même , afin de perpétuer la mémoire de sa passion et de sa mort, a ordonné . dans lu dernière cène, à ses Apôtres (Luc. 22 ), et dans leur personne, à tous les Prêtres qui devaient leur succéder, de renouveler jusqu'à la fin des siècles ce même sacrifice qu'il offrit sur la vroix ; et il a institué le sacrement de son Corps et de son Sans:, afin que , comme nous l'enseigne saint Paul ( I . Cor. 1 1 . nous pussions, en nous en approchant, réveiller en nous le souvenir de sa mort. Combien noire ingratitude ne serait-elle donc pas coupable et monstrueuse, si, non-seulement nous n'avions pas soin de méditer, comme nous le devons , sur les souffrances qu'un Dieu a endurées pouf nous, mais si nous ne nous mettions nullement en peine de profiler des moyens

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faciles qu'il nous a laissés pour nous rappeler le souvenir de sa mort! Et cependant, combien ne voit-on pas de chrétiens qui, passant leur vie dans les divertissements, dans le repos ni la mollesse , ou qui, livrés exclusivement aux affaires du siècle , ne savent jamais trouver un moment favorable pour s'approcher de la table sainte, et n'assistent que très rarement au saint sacrifice de la messe ! Combien qui y assistent pai* routine, par des motifs humains , sans dévotion, sans recueillement, regardant la messe comme une pure cérémonie , sans penser que l'on offre au Père éternel, en leur présence,le même Jésus-Christ qui s'est offert lui-même sur la croix ! Ah ! mes Frères, ne soyons pas du nombre de ces chrétiens lâches, do ces chrétiens qui, comme dit saint Paul (1. Cor. 2), n'entendent rien aux choses de Dieu. Que les soins domestiques et les intérêts temporels n'effacent jamais de notre esprit et de notre cœur le souvenir de la passion et de la mort du Fils de Dieu ; el si nous ne savons pas méditer nous-mêmes sur cet immense bienfait, ayons au moins soin d'en célébrer la mémoire, en assistant chaque jour, avec toute la dévotion dont nous serons capables , au saint sacrifice de la messe , où se renouvelle d'une manière non-sanglante le sacrifice de la croix.

1 1 .La seconde chose que nous apprend la mort de Jésus-Christ, estque nous devons concevoir la plus grande estime de notre àme. Une chose est plus ou moins précieuse, selon le prix plus ou moins grand que l'on a donné pour l'acquérir ; et plus elle vaut, plus on la conserve avec soin et sollicitude. Que peut-il donc y avoir de plus précieux que notre àme qui a coûté le sang et la vie d'un Homme-Dieu? Vous avez été rachetés à un grand prix, nous dit l'apôtre saint Paul (1. Cor. 6). Vous avez été rachetés, nous dit saint Pierre, non au prix de l'or et de l'argent, mais par le sang précieux de l'Agneau sans tache, Jésus-Christ (Ep. 1. c. 1). Cet Homme-Dieu, pour nous délivrer de la dure servitude du démon, a sacrifié sa propre vie, il s'est volontairement soumis à la mort, à la mort la plus cruelle, à la mort la plus ignominieuse, à la mort de /a croix , afin que , d'esclaves du péché que nous étions auparavant, nous devinssions son peuple choisi (Tit. 2). Quelles précautions ne devons-nous pas employer pour conserver à notre âme cette liberté que le Fils de Dieu lui a acquise au prix de sa vie ? C'est la conséquence qu'en tire l'Apôtre (1. Cor. J): Pretio empli eslis,?wlitc péri servi homimim. Puisque Jésus-Christ vous a rache'és, conservez-vous libres, et ne consentez plus à devenir les esclaves des hommes ; c'est-à-dire,

rummc l'explique saint Jean Chrysostôme, ne devenez plus les esclaves des vices et de la concupiscence , mais faites servir vos membres à la justice et à la sainteté , comme le dit ailleurs l'apôtre saint Paul: Ayant été affranchis dupéehé, vous êtes devenus esclaves de la justice (Rom. 6. V. 18 ).

12. Oh ! si les chrétiens réfléchissaient sérieusement à cette vérité, que leurs âmes valent autant que la vie d'un Homme- Dieu , quel soin n'auraient-ils pas de les conserver pures et sans tache. Mais parce qu'on ne médite jamais cette grande vérité , parce qu'on ne venl pas même se donner la peine de penser que le Fils de Dieu a dû mourir sur une croix pour sauver ces âmes, il en résulte que la plupart des chrétiens dédaignent de s'occuper d'une chose pour, laquelle un Dieu n'a pas cru faire trop en sacrifiant sa propre vie. Combien , en effet , ne irouve-t-on pas de ces chrétiens qui préfèrent les intérêts de leur corps à ceux de leur aine; qui sont pleins d'ardeur pour les premiers, tandis qu'ils n'éprouvent que froideur et indifférence pour les autres? Combien qui, pour un gain vil et périssable, pour se procurer un plaisir brutal , pour satisfaire une passion quelconque , ne craignent pas de livrer leur àmc au démon ! Combien qui s'exposent volontairement au danger de la perdre, et qui recherchent les occasions propres à causer sa ruine ! S'il s'en trouvait quelques-uns de ce nombre parmi nous, ah! qu'ils réveillent donc leur foi , et qu'ils pensent qu'en faisant si peu de cas de leur âme , ils foulent aux pieds le sang et la vie d'un Dieu, au prix desquels cette âme a été rachetée. Qu'ils tremblent en réfléchissant au châtiment qui leur est réservé; car siles transgressions de la loi de Moïse étaient rigoureusement punies de mort, à quel supplice ne doit pas s'attendre, dit saint Paul (Heb. 10 ), un chrétien qui a la témérité de fouler aux pieds le Fils de Dieu, de profaner le sang par lequel il a été racheté et sanctifié , et d'effacer de son âme la grâce et la beauté qu'elle a reçues au prix de ce sans adorajble?

13. Pour ne pas tomber dans ces excès , et pour éviter ces châtiments , il faut que nous ayons soin d'imiter d'une manière toute spirituelle la mort et la sépulture de Jésus-Christ, (/est la troisième leçon que nous y devons puiser, ainsi que nous le recommande l'apôtre saint Paul (Rom. 6). Ecoutons ses divines paroles: Ne savez-vous pas, dit-il, que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Cbrist, nous avons été baptisés en sa mort ? En effet , nous avons été ensevelis avec lui par le baptême, pour mourir, au péché; afin que, comme Jésus-

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Christ est ressuscité d'entre les morts pour lu gloire de son Père , nous marchions aussi dans une vie nouvelle. Car si nous sommes entés en lui parla ressemblance de sa mort, nous le serons aussi par la ressemblance de sa résurrection. De là il conclut qu'un chrétien étant mort au péché, et enseveli avec Jésus-Christ , ne doit plus vivre pour le péché. Voilà comment nous devons copier en nous la mort et la sépulture deJésus- Clirist. JNous devons imiter sa mort. Dès l'instant qu'il futmorl et qu'il eut perdu la vie corporelle, il ne fit plus aucune des actions qui en dépendent ; et son corps étant resté sans âme ctsans mouvement, personne ne put douter que sa mort ne fût véritable. Telle est la manière dont nous devons mourir au péché. Aussi, le même Apôtre nous dit-il (ibid.) que le péché ne doit plus régner dans notre corps mortel, que nos membres ne doivent plus être les instruments et les armes de l'iniquité, qu'il faut renoncer aux œuvres de la chair, qui sont la fornication et toute espèce d'impureté, les inimitiés , les dissensions, les jalousies , les meurtres , l'ivrognerie et les intempérances (Gai. 5). Comment pourra-t-on dire, en effet, que nous sommes morts au péché , si nous faisons les o?uvres du péché ?

14. Nous devons, en outre, imiter la sépulture du Sauveur. Celui qui est mort et enseveli est tout-à-fait séparé de la société des vivants; ceux-ci n'ont plus aucun rapport avec lui , comme lui-même n'a plus aucun rapport avec eux. Loin de nous donc , mes Frères, tout commerce avec le monde î Ses maximes, ses usages ne conviennent plus à celui qui est mort et enseveli avec Jésus-Christ. Si donc , disait saint Paul aux Colossiens (2. '20), vous êtes morts avec Jésus-Christ, pourquoi voulez-vous encore traiter avec le monde comme si vous étiez vivants ? Laissons aux mondains les divertissements, les honneurs, les spectacles, les jeux, les théâtres. Toutes ces choses ne doivent pas taire plus d'impression sur nous, que sur un mort renfermé dans un tombeau. 11 faut donc que, séparés du monde et de la corrupVon du monde, comme dit l'apôtre saint Pierre (Ep. 21), nous avons soin de nous tenir, par nos pensées et nos affections, retirés et comme ensevelis en Jésus-Christ, et que notre vie soit toute cachée en lui (Col. 3). Etant ainsi morts et ensevelis avec lui, nous vivrons pareillement avec lui d'une vie toute spirituelle sur cette terre, et ensuite d'une vie immortelle dans le ciel : Si moriui tumtu cum CInislo fCredimus quia sinntl ctiam çivemu* cum Christo (Rom. G).

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