‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 3)Chapitre 32 sur 45 · VINGT-QUATRIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIÈME INSTRUCTION

Sur les paroles du cinquième article du Symbole : Descendit ad inferoi. Descente de Jésus-Christ aux Limbes.

S'il importe aux fidèles d'être bien instruits de ce qui arapport à la passion, à la mort et à la sépulture du Rédempteur (Catech. Rom. p. 1. c.6),il ne leur importe pas moins de connaître les grandes victoires qu'il a remportées et ses glorieux triomphes. Ses exemples de patience , d'humilité et de constance que Jésus-Christ nous a donnés dans sa passion et au moment de sa mort , ont une force assez grande pour nous porter à les imiter ; mais si, avec ces exemples, on nous met encore devant les yeux la gloire immense qu'il s'est acquise,et dont il veut rendre participants ccirx qui le suivent avec fidélité, nous sentirons naître en nous un courage d'autant plus grand, que notre espérance deviendra plus ferme et plus assurée. C'est pourquoi les Apôtres, après nous avoir exposé, dans le quatrième article, les humiliations de Jésus-Christ , nous montrent sa gloire dans le cinquième, que je vais vous expliquer dans cette instruction ; et si, dans le précédent nous avons considéré ses exemples pour les imiter, nous contemplerons,dans celui-ci,son exaltation et son triomphe Doumous animer à le suivre. Cet article contient deux parties : la descente de Jésus-Christ aux enfers et sa résurrection glorieuse. Me proposant de traiter aujourd'hui la première partie , je vous parlerai en premier lieu de la vérité de la descente de Jésus-Christ aux enfers; en second lieu, de la gloire qui l'accompagna ; et enfin , de la consolation que cette descente procura aux âmes justes.

1. Comme la foi nous enseigne que la mort de Jésus-Christ fut réelle et véritable , de même on ne peut , sans pécher contre cette môme foi, révoquer en doute la séparation réelle de son âme d'avec son corps. Nous avons vu, dans l'instruction précédente, que son corps fut détaché de la croix et enseveli par Joseph et par Nicodètne. Mais où alla son âme, pendant qu'elle fut ainsi séparée de son corps? Cette âme sainte, unie à la divinité qui ne se sépara jamais d'elle, comme elle ne se sépara jamais du corps, cette âme, dis-je, descendit aux enfers, et y demeura pendant tout le temps que le corps resta sans vie dans le tombeau. Ce mot enfer excite peut-être en vous une espèce d'étonnement et d'horreur, qui pourrai! vous taire regarder comme une chose indigne de Dieu d'y être des

cendu. Pour détruire en vous ce j>réjugé, il convient que je vous dise dans quel sens on doit prendre le mot enfer dans cet article.

2. Si l'on prend ce mot dans toute son extension, il désigne tout lieu souterrain, tout antre , toute caverne qui se trouve dans le sein delà terre. On peut appeler enfer tout lieu qui est inférieur à celui que nous occupons, et qui est sous nos pieds. Mais parlant dune manière moins générale, et plus adaptée à notre but, on entend par enfer ces lieux où se trouvent les âmes qui sont privées de la céleste béatitude. Ces lieux sont différents, selon les différentes conditions des âmes qu'ils sont destinés à recevoir. Le Catéchisme romain en distingue trois (ibid.). Le premier est cette prison obscure et horrible dans laquelle les âmes des damnés, en la compagnie des démons, sont tourmentées par un feu qui ne s'éteindra jamais, et par les supplices les plus affreux; c'est ce lieu qui est appelé, dans les Livres sainls,vallée de feu, abîme, et plus proprement enfer (Matin. 5). Le second est celui que l'on appelle purgatoire, dans lequel les âmes desjustes sont retenues (Apoc. 20) jusqu'à ce qu'elles aient été purifiées de toute tacbe des fautes vénielles (Luc. 16), ou qu'elles aient pleinement satisfait pour les peines dues aux péchés mortels dont elles ont reçu le pardon; et ce n'est qu'après avoir été ainsi purifiées, qu'elles peuvent être introduites dans cette heureuse patrie, où l'on n'admet personne qu'il ne soit entièrement pur (Apoc. 21). Le troisième lieu enfin est celui où étaient réunies, avant la venue de Jésus-Christ, les âmes saintes, lesquelles sans éprouver aucune douleur sensible, et jouissant même d'une douce paix, y attendaient la rédemption (Luc. 16); c'est ce lieu que l'on nomme le sein d'Abraham, ou les limbes des saints Pères.

3. La foi ne nous dit point que Jésus-Christ, par sa présence réelle, soit descendu dans ces trois lieux différents. Quant à l'enfer proprement dit, c'est-à-dire, à ce lieu où se trouvent les réprouvés , les opinions des théologiens sont divisées. Quelques-uns pensent qu'il n'y a aucun inconvénient à croire que Jésus-Christ y soit entré, non point pour porter à ces infortunés quelque consolation, quelque soulagement, mais pour accroître leur effroi et leur confusion , comme il arrive aux traîtres et aux rebelles , lorsqu'ils sont témoins de la grande» et de la majesté du monarque qu'As ont plusieurs fois trahi a outragé. Mais saint Thomas est d'avis que Jésus-Christ y entra seulement par sa vertu, comme le soleil entre dans une chambre par ses rayons; faisant sentir aux démons la force

de sa puissance , et couvrant de confusion tous les damnés qui, par leur incrédulité et par leur malice , s'étaient rendus indignes de participer aux fruits abondants de sa passion. Les sentiments dés docteurs ne sont pas moins variés pour ce qui est du purgatoire et de la délivrance des âmes qui y étaient renfermées. Les uns veulent qu'en celte heureuse rencontre, le Sauveur glorieux leur ait accordé à toutes leur délivrance, et qu'il se soit conduit à leur égard , comme fait un grand Prince, lequel entrant en triomphe dans une ville , quoiqu'il ordonne de garder soigneusement les traîtres et les rebellas, use néanmoins d'indulgence envers ceux qui ne sont pas coupables de graves délits. D'autres soutiennent avec saint Thomas (3. p. q. 32. a. 8) que ces âmes éprouvèrent, à la vérité, une grande allégresse, mais que celles-là seulement furent mi ses en liberté, qui avaient achevé de subir la peine à laquelli elles avaient été condamnées, ou qui, par une foi vive en la mort de Jésus-Christ, avaient mérité d'être délivrées en ce moment

4. Reste le troisième lieu, c'est-à-dire le sein d'Abraham, ou les limbes des saints Pères , sur lesquelles la foi ne permet pas la diversité d'opinions. La sainte Ecriture et une tradition constante ne nous laissent aucun lieu de douter que l'âme de .lésus-Chrisl n'y soit descendue après sa mort. C'est ce que signifient ces paroles de l'Ecclésiastique (24. 46) : Je pénétrerai dans les parties i)iférieures de la terre; je jetterai vies regards sur ceux qui dorment, et j'éclairerai tous ceux qui espèrent au Seigneur. C'est ce qu'avait prédit le Rédempteur lui-même, en disant (Malth. 12) que comme Jonas avait été pendant trois jours dans le ventre d'une baleine, il serait lui-même, pendant l'espaee de trois jours, dans le sein de la terre. Prédiction qui ne se rapporte pas seulement à son corps qui fut enseveli, mais encore à son âme qui descendit dans ce lieu souterrain où reposaient les âmes des justes. Aussi, saint Paul nous enseigne-t-il (Eph. 4) qu'il est descendu dans les parties inférieur res de la terre ; et saint Pierre nous apprend de même (Ep. 1 .3;, qu'après sa mort, son esprit alla prêcher aux âmes qui étaient retenues captives. C'est enfin ce qu'avait annoncé le Roi-Prophète, en disant (Ps. lo) : Mon cœur s'est réjoui , ma langue a manifesté su joie, et mon eorpt reposera dans le sein de l'espérance, parce que vous ne laisserez pas mon âme dans l'en fer, et vous ne permettrez pas que votre Saint éprouve les effets de la com</>f«on. Paroles que le prince des Apôtres, remplide l' Esprit-Saint, assura, dans l'admirable discours qu'il adressa aux

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Hébreux le jour delà Pentecôte, regarder la personne de Jésus-Christ, et ne pouvoir s'entendre que de lui (Act. 2. 22).

5. La sainte Eglise, éclairée et instruite par ces divins oracles, a toujours cru et constamment enseigné que l'âme de Jésus-Christ, après sa mort, descendit dansceslieux souterrains cù les âmes des saints Pères attendaient leur délivrance : et nous trouvons une preuve de celle croyance universelle et perpétuelle dans le témoignage des Saints les [dus rapproché des Xpôtres, comme saint Ignace, évèque d'Antioche; dan; celai des apologistes de la religion chrétienne, comme saint Jusiin , dans son dialogue contre Triphon ; et dans celui des Pères de l'Eglise les plus accrédités, tels que Tertullien , saint Augustin, saint Grégoire, lesquels sont tous du même sentiment , et parlent tous le même langage.

6. Il est vrai qu'il a fallu toute lâchante dont le cœur du Fils de Dieu était rempli , pour l'engager à descendre dans ces lieux ténébreux; mais il n'est pas étonnant qu'il ait fait cette démarche pour la consolation des justes, lui qui n'avait pas dédaigné de rester enfermé neuf mois dans le sein d'une Vierge pour le salut des pécheurs. Outre cela, combien celle descente aux limbes ne lui fut-elle pas glorieuse ! car il y descendit , non point en qualité de captif, mais comme un général victorieux qui, ayant défait l'ennemi, entre triomphant dans la place forte , et rend la liberté à tous ses valeureux soldats qui s'y trouvaient retenus prisonniers par suite de la guerre. Devenu vainqueur delà mort et de l'enfer , il entre dans celle prison , pour délivrer ses anciens amis cl ses fidèles soldats qui y étaient retenus caplifs, et qui y attendaient sa venue après laquelle ils soupiraient depuis si long temps avec ardeur. 11 aurait pu donner ses ordres , et il aurait él ■ obéi. Car qui peut douter que de celle voix qui doit on jonc faire sortir tous les morls de leurs sépulcres, il n'eût pu briser les chaînes de ces nobles captifs, les faire sortir du sein delà terre, et leur donner cette liberté qu'ils désiraient depuis tant de siècles? Mais ce n'était pas assez pour sa charité. 11 voulut leur porter lui-même en personne l'heure:!nouvelle de la délivrance qu'il leur avait acquise par sa mort. Il voulut éclairer celte prison par sa divine présence, montrer sa divinité à ces saintes âmes , et les rendre déjà bienheureuses, en changeant ce lieu de leur exil en un vrai paradis, comme il l'avait promis au bon larron sur la croix.

7. Jésus-Christ descendit donc dans ces lieux souterrains. non point comme vaincu par la mort cl par l'enfer, mais

comme vainqueur glorieux de l'enfer et de lu mort. Tous ceux qui, jusqu'alors, -y étaient descendus, étaient sous la puissance (le la mort; et les Patriarches eux-mêmes, les Prophètes et tous les Saints y étaient renfermés comme autant de captifs de l'enfer , sans en pouvoir sortir. Mais Jésus-Chrisl,après avoir attaché à la croixet déchiré la sentence qui avait été portée contre nous (Col. 2 ) , après avoir terrassé et vaincu les puissances des ténèbres, descendit glorieusement dans ces lieux pour ravir à l'enfer el à la mort leurs dépouilles, et les conduire avec lui en triomphe. 11 y descendit accompagné d'une multitude innombrable d'Anges qui applaudissaient à sa victoire , en chantant après le Roi-Prophète : « 0 Princes , ouvrez vos » portes ; élevez-vous , portes éternelles , qui paraissiez devoir » être fermées pour toujours ; élevez-vous , car le Roi de » gloire , le Seigneur fort el puissant , le Dieu des vertus , le » Dieu puissant dans les combats, va faire aujourd'hui son » entrée triomphante (Ps.23). »

8. Quel triomphe , en effet , ne remporla-l-il pas en celle occasion, et sur la mort ennemie indomptable de tous les hommes , et sur l'enfer, qui les dévorait tous comme sa proie? Ce fut alors que l'on vit s'accompilr ce qui avait été prédit par le prophète Osée (c. 13 ): Je les délivrerai des mains (ie » la mort. « 0 mort, je serai ta mort; cl en même temps je » te ferai une morsure , o enfer. » 11 fut la mort de la mon, comme l'explique le pape saint Grégoire (lu Evang. ), parce qu'A la détruisit totalement dans ses élus. Et il lit une morsure à renier, parce qu'il ne lui enleva qu'une partie de ses captifs, c'est-à-dire , les âmes destinées à la gloire , et qu'il lui laissa l'autre partie, c'est-à-dire, les àmes des réprouvés condamnées aux supplices éternels. Car c'est le propre de la mort de détruire, tandis que la morsure n'enlève qu'une partie et laisse l'autre subsister. C'est ainsi que le Sauveur fut souverainement glorifié , et dans la délivrance des justes , leur faisant éprouver les effets de sa miséricorde infinie; et dans l'abandon des réprouvés, leur faisant ressentir les rigueurs de sa justice; et dans la confusion des démons, faisant peser sur eux toute la force de son bras tout-puissant. Ainsi le ciel, la terre et l'enfer lui-même furent obligés de fléchir le genou devant lui (Phil. 2). Les saints Pères l'adorèrent comme leur libérateur ; les damnés le redoutèrent comme leur juge, cl les démons orgueilleux le reconnurent comme, étant leur souverain. Les saintes àmes, dans le sein d'Abraham , chantaient à sa louange des hymnes de reconnaissance , et eu même

temps les démons frémissaient de rage dans l'enfer; mais reconnaissant leurs perles, et s'avouant vaincus, ils faisaient briller davantage la gloire du vainqueur.

9. Telle fut la descente glorieuse de Jésus-Christ aux enfers. Mais quelles durent être en celte occasionna joie et l'allégresse de ces saintes âmes qui attendaient cet heureux moment depuis tant de siècles? Pour nous en faire une idée , rappelons-nous la situation des Hébreux lorsque , loin de leur patrie , ils étaient captifs à Babylone. Ils ne pouvaient oublier leur chère Sion. Elle était l'unique objet de leurs pensées et de leurs soupirs. Assis sur les bords des fleuves , leur occupation était de pleurer. En tout temps, en tout lieu, dans tous leurs travaux, ils ne s'entretenaient que de l'heureux séjour qui les avait vus naître. « Que ma main droite se dessèche , di- » saient-ils , si jamais je t'oublie , ô belle Jérusalem ; que ma » langue s'attache à mon palais dès le moment où je cesserai » de parler de toi (Ps. 136). » Plus ils y pensaient , plus ils se sentaient brûlés du désir de la revoir. 11 leur restait une seule consolation dans leur exil , c'était de savoir que le Seigneur avait promis par la bouche de ses Prophètes (Jer. 30) qu'un jour viendrait où il lèverait le joug qui pesait sur leurs tètes, et qu'il briserait leurs chaînes ; qu'Israël retournerait au lieu de son repos (c.3l ), et qu'on rebâtirait Jérusalem et son temple; qu'ils planteraient de nouveau leurs vignes sur les montagnes de laSamarie, et que celui qui les avait dispersés, les rassemblerait et les garderait comme un pasteur garde ses brebis. Après soixante et dix ans d'exil et de servitude, arriva enfin le moment si désiré. Cyrus, roi de Perse, que Dieu avait choisi (Is. 45 ) pour exécuter ses desseins, ayant soumis Babylone à son empire, fit publier un édit( 2 Parai. 30) par lequel il donnait aux Hébreux la liberté de retourner à Jérusalem et de rebâtir le temple du Dieu d'Israël. Il ne nous est pas possible de nous représenter quelles furent la consolation et la joie de ce peuple à cette nouvelle. En ce moment, dit le Roi-Prophète (Ps. 125), noire cœur fut enivré de bonheur, notre bouche se remplit de joie, et notre langue suffisait à peine pour exprimer notre allégresse. Béni soit le Seigneur , disaient-ils (Ps. 123) , béni soit le Seigneur qui ne nous a pas laissés en proie à la fureur de nos ennemis. Notre âme est sortie du filet; le filet a été rompu , et nous avons recouvré notre liberté.

10. Ce n'est ici qu'une faible image de ce qui arriva à ces âmes exilées du ciel. Quels soupirs enflammés ne devaient-

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elles pas pousser continuellement vers celte bienheureuse patrie; vers cette patrie plus bellc,plus riche et plus désirable, que celle après laquelle soupiraient les Hébreux, et d'autant plus élevée au-dessus d'elle que le ciel est plus élevé au-dessus de la terre; vers cette cilétoutc bâtie d'un or très pur, dont les fondements sont ornés de pierres précieuses ( Ap.21 ), dont les portes sont de diamant, dont le temple est le Seigneur toutpuissant; vers cette pairie qui n'a pas besoin de soleil ni de lune pour être éclairée, parce que Dieu lui-même est sa lumière, et qu'ilyfait régner le jour le plus beau, le plus pur, un jour perpétuel et qui n'esljamais interrompu parla nuit! Comme le cerf altéré soupire après les eaux des fontaines, de même nous soupirons après vous , ô mon Dieu (Ps. \\ ) , s'écriaient ces saintes âmes! quand aurons-nous le bonheur de vous voir, de paraître devant vous, quand nous montrerez-vous votre divine lace? Elles étaient assurées que Dieu mettrait un jour fin à leur exil , en leur envoyant le libérateur promis; mais jusqu'à ce que ce Libérateur vint ouvrir les portes de la prison où elles étaient renfermées, il fallait qu'elles y restassent captives. Depuis combien de temps n'y soupiraient pas la plupart de ces âmes? Depuis la mort des Patriarches surtout , il s'était écoulé non-seulement des années, mais des siècles; et ce retardement ne faisait qu'enflammer leurs désirs ; ils s'écriaient : « Venez nous délivrer , 6 Dieu des vertus; mon- » trez-nous votre face , et nous serons sauvés (Ps. 79 ). »

11. Quel ne dut pas être l'excès de la joie et du bonheur de ces âmes impatientes de voir leur libérateur, au moment où Jésus-Christ, brisant ces portes de bronze et ces verroux de 1er (Is. 45), se montra à elles victorieux et triomphant.se. lit connaître pour leur Sauveur, et les invita à sortir avec lui de cette prison ténébreuse, pour aller partager sa gloire? Si le saint vieillard Siméon (Lue. 2),en recevant dans ses bras le Messie nouvellement né, ressentit des transports d'une joie si vive, qu'il désirait ne plus vivre sur la terre: si Daniel fut rempli de consolation (c. 9), lorsqu'un Ange lui annonça qu'il ne devait plus s'écouler que soixante et dix semaines d'années avant l'accomplissement des prophéties, cl avant que le Saint des saints parût dans le monde : si Abraham tressaillit d'allé giesse (Joan. 8) pour avoir vu de loin et en esprit le jour du Rédempteur promis; quelles ne durent pasètre la joie et la consolation de ces saintes âmes, en le voyant présent au milieu d'elles, environné de gloire, et en apprenant qu'il avait détruit le péché, vaincu l'enfer, établi la paix entre le ciel cl

la terre, accompli le grand ouvrage de la rédemption, et mis fin àleur exil? Comme elles devaient s'inviter mutuellement à le louer, à le bénir, à lui témoigner leur vive reconnaissance! Chantons , disaient-elles (Ps. 97) , chantons au Seigneur un cantique nouveau, puisqu'il a opéré tant de merveilles; nous voyons enfin l'auteur du salut. 11 s'est rappelé sa miséricorde et nous en éprouvons les effets. C'est aujourd'hui véritablement le jour du Seigneur ; réjouissons-nous et tressaillons d'allégresse (Ps. 119).

12. Mais cène fut pas seulement pour ces saintes âmes que Jésus-Christ descendit aux limbes, ce fut encore pour notre propre bonheur. Ce fut non-seulement pour elles, mais encore pour nous qu'il ouvrit les portes de celle obscure prison, puisqu'il en ferma l'entrée pour toujours en délivrant ces âmes captives. Remarquez ici , mes Frères, le grand avantage que nous avons sur ceux qui ont vécu et qui sont morls avant la venue de Jésus-Christ. Quelque chéris qu'ils fussent de Dieu, quelque pures que fussent leurs âmes , elles ne pouvaient néanmoins aller aussitôt prendre possession delà gloire qui leur était destinée; mais il leur fallait attendre, dans ce lieu d'exil, que le grand ouvrage delà rédemption lût accompli. Un saint Jean-Baptiste, le plus saint des enfants des hommes , selon le témoignage de Jésus-Christ lui-même , un David , en qui Dieu avait trouvé un homme selon son cœur, un Moïse , si chéri de Dieu et des hommes, un Abraham, le conservateur de la foi, le père des croyants, qui observa toujours avec la plus grande fidélité la loi du Très-Haut , tous les Patriarches, les Prophètes , et tous les Saints dont les vertus sont célébrées dans les divines Ecritures, tous durent attendre, avant d'entrer dans le bienheureux séjour, que Jésus-Christ eût offert à son Père (Heb. 9) son grand sacrifice pour expier les iniquités qui se commettaient sous le premier Testament ; tandis que nous, nous n'avons plus besoin d'attendre la rédemption. Elle est accomplie ; le Fils de Dieu a satisfait, au prix de son sang, pour nos péchés et pour ceux de l'univers entier (l.Joan. 2); et si notre âme se trouve pure et sans tache au moment de la mort, elle n'aura pas à attendre un seul instant, avant d'aller prendre possession du royaume qui lui est préparé (Concil. Trid.,Scss. 5. de Pccc. orig.).

13. Mais si nous jouissons d'un si précieux avantage pour cire venus aumondeaprès que Jésus-Christ a eu triomphé delà mort et de l'enfer, quel soin ne devons-nous pas avoir de conserver la pureté de notre âme, el de la purifier sans cesse dt

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tout ce qui pourrait prolonger son e\il après la mort, cl éloigner l'heureux moment où elle doit entrer en possession de l'héritage promis aux enfants de Dieu ? Pour ce qui est du péché originel, nous n'avons pas à craindre qu'il nous empêche d'entrer aussitôt après cette vie dans le séjour de la gloire , puisque la grâce du Rédempteur , qui nous a été conférée dans le baptême, l'a effacé entièrement et quant à la coidpe, et quant à la peine. Les péchés mortels qui ont été remis, quant à la coulpc, dans le sacrement de Pénitence , mais qui n'ontpas été entièrement expiés quant à la peine temporelle qui reste à suhir après que l'on en a obtenu le pardon , et les péchés véniels qui enlèvent à une âme sa heauté, quoiqu'ils ne la privent pas de la grâce, voilà les causes qui privent, pendant plus ou moins de temps, ceux qui sont sortis de ce monde du bonheur d'entrer en possession de la gloire ; car la porte du ciel n'est point ouverte à celui qui est encore chargé de quelques dettes, ou souillé de quelque faute quoique légère, et il faut qu'il reste en purgatoire jusqu'à ce qu'il ait entièrement satisfait pour ces dettes à la justice divine, et qu'il ait été entièrement purifié des taches qu'il avait contractées dans le cours de sa vie mortelle. Si donc nous désirons, comme nous devons le désirer, qu'après la mort, notre âme soit aussitôt introduite dans la céleste Jérusalem. il faut. pendant notre vie. éviter avec le plus grand soin les fautes même vénielles, et nous appliquer avec ardeur à expier nos péchés passés par les œuvres de la pénitence. Préservons-nous donc, autant qu'il nous sera possible, de tout péché véniel ; et, par le moyen des aumônes, des jeunes, des prières et des autres pratiques de piété, travaillons, pendant notre vie, adonnera Dieu toute la satisfaction qu'il exige de notre part. Par là il nous restera moins à purifier cl moins à expier après notre trépas, et nous seronsplustôl introduits dans cette joie éternelle,dontles âme? des Saints morts avant Jésus-Christ, ne furent rendues participantes qu'après que le vainqueur de la mort et de l'enfer fut descendu auxlimbesTôù elles étaient détenues captive-;.

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