‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienne (volume 3)Chapitre 35 sur 45 · VINGT-HUITIÈME INSTRUCTION · texte numérisé non relu

VINGT-HUITIÈME INSTRUCTION

Motifs pour lesquels Jésus-Christ est monte au ciel

On serait tenté de croire d'abord que Jésus-Christ , après avoir sacrifié sa vie pour nous , voulut réserver son ascension uniquement pour sa propre gloire , et qu'après avoir préféré sur la terre notre salut à son bonheur, en montant au ciel, il préféra sa gloire à nos intérêts. El en effet, de quel secours ne semble-l-il pas qu'il aurait été à son Eglise, s'il lut demeuré visiblement sur la terre ? Quel courage n'eùl-il pas inspiré à ses disciples par son aimable présence? C'éiail là la pensée des Apôtres qui furent remplis de trouble et de tristesse, lorsqu'ils entendirent leur divin Maître leur annoncer son dopait de ce monde , pensant qu'ils allaient demeurer orphelins et sans appui (loan. 14. 1 . et seq.). Mais Jésus-Christ leur fit entendre qu'il était avantageux pour eux qu'il retournât dans le sein de son Père, et leur promit qu'il serait toujours au milieu d'eux et de leurs successeurs jusqu'à la fin des siècles par son assistance et par sa grâce (Malth. 28). lésas-Christ est donc monté au ciel non-seulement pour sa gloire, mais encore pour notre avantage ; c'est ce que je me propose de vous démontrer aujourd'hui , en vous exposant d'abord les principaux motifs pour lesquels il voulut monter au ciel , et vous faisant voir ensuite quels sont les fruits que nous devons retirer pour le bien de notre âme de celte ascension glorieuse.

i. Quoique Jésus-Christ soit monté au ciel pour y prendre possession de ce royaume qu'A s'était acquis par son propre sang, et pour établir sa demeure dans un lieu qui lût plus convenable à sou état glorieux que celle misérable lorre que nous habitons , il n'eut pas moins en vue noire avantage spirituel; et si nous nous appliquons à considérer ses desseins pleins d'amour avec les lumières que nous fournissent les

saintes Ecritures et les sainls Pères, nous en découvrirons un grand nombre qui tous regardent le bien de notre âme.

2. En premier lieu, il a voulu, en moulant au ciel, nous donner une idée de la félicité dont on jouit dans son royaume, et nous faire connaître la grandeur et l'excellence de la récompense qu'il nous a promise et qui nous est réservée. Tous les Hébreux attendaient avec impatience que le Messie vint établir ce règne si souvent annoncé par les Prophètes. Mais, parce qu'ils ne comprenaient pas les saintes Ecritures, ils n'avaient en vue qu'un royaume matériel et conforme à leurs désirs charnels. Ils pensaient que le Messie promis devait fixer son trône à Jérusalem, étendre de là son empire jusqu'aux extrémités de la terre , et assurer à cet empire la liberté, l'abondance et la paix. C'est pourquoi ils ne voulurent point reconnaître Jésus-Christ pour leur roi, parce qu'ils ne voyaient en lui que faiblesse apparente , pauvreté et humiliations. Aussi, lorsqu'ils l'entendaient parler du royaume de Dieu, ils le traitaient d'imposteur; et lorsque Pilate le leur montrant, leur dit : Voilà votre roi, ils se mirent tous à crier à haute voix : Nous n'avons point d'autre roi que César. Celte opinion que le royaume promis aux Patriarches, et tant de fois prédit parles Prophètes, devait être un royaume matériel et terrestre, avait tellement prévalu, que ceux-mèmes qui s'avouaient disciples de Jésus-Christ, et qui ajoutaient foi à ses paroles, étaient aussi remplis de ce préjugé commun; ce qui porta la mère des enfants de Zébédée à le prier de donner à l'un de ses fils la première place à sa droite, et à l'autre la première place à sa gauche dans son royaume (Matth.20). Bien plus, même après sa résurrection, ses disciples persistaient encore dans celte opinion; et un jour qu'il leur parlait du royaume de Dieu, ils lui demandèrent si c'était en ce temps-là qu'il rétablirait le royaume d'Israël (Àct. 1). 11 fallait donc qu'il les désabusât, et qu'il leur fit voir que son royaume était tout différent de celui qu'ils se figuraient, et que les Juifs attendaient inutilement. 11 avait déjà dit devant Pilate (Joan. 18) que son royaume n'était pas de ce monde; mais pour rendre cette -rite plus claire et plus manifeste, il voulut, en présence de tous ses disciples réunis sur la montagne des Oliviers, monter au ciel, et aller prendre possession de ce nouveau royaume. 11 s'éleva donc à leurs yeux (Act.l); ils le virent bientôt environné d'une nuée lumineuse, et tandis que, dans leur élonnement, ils continuaient à regarder le ciel, deux Anges vêtus de blanc se présentèrent à eux, et leur dirent que Jésus était déjà reçu dans les cicux. Quelle plus

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forte preuve pouvait-il leur donner pour les persuader que son royaume n'était point matériel et terrestre, mais qu'il était un royaume tout spirituel et céleste? Dès qu'ils l'eurent vu de leurs propres yeux quitter la terre et s'élever au-delà des nuages, ils durent nécessairement cesser de croire qu'il devait établir son trône sur la terre, et rester convaincus qu'il était allé le fixer dans les cieux.

3. Comme Jésus-Christ avait si souvent promis l'entrée de son royaume à tous ceux qui feraient la volonté de son Père (Malin. 7.), il voulut monter au ciel de la manière la plus pompeuse, non-seulement pour nous faire connaître ce qu'était son royaume, mais encore pour confirmer la vérité de ses promesses. Et en effet, y étant monté comme notre Médiateur, comme notre Réparateur, comme notre Chef et comme notre Frère , il nous a manifestement donné à entendre que c'esj pour nous et en notre nom qu'il est entré en possession de ce bienheureux héritage ; et c'est pour cela que l'Apôtre dit avec confiance (Rom. 8) que puisque nous sommes devenus les enfants de Dieu par l'esprit d'adoption que nous avons reçu, nous sommes par-là même ses héritiers et les cohéritiers de .lésus- Christ. C'est ce qu'avait prédit longtemps auparavant le prophète Miellée (e. 2) par ces paroles : Il montera, ouvrant la porte devant eux', ils passeront par celte porte, et leur liai cl leur Seigneur y passera à leur tète. C'est aussi ce qu'avait voulu nous faire entendre notre divin Maître, lorsqu'il avait dit, peu avant sa mort, à ses Apôtres, et à nous-mêmes dans leur personne (Joan. 14): Je vais vous préparer une place, et après (pic je vous F aurai préparée , je. reviendrai , je vous prendrai avec moi, afin cpie vous soyez là où je serai moi-même. Si donc il est monté au ciel, et si c'est ià qu'il fait sa demeure, il s'ensuit que le ciel est le lieu qu'il nous a préparé, et que c'est dans le ciel que nous devons un jour nous réunir à lui; et c'est ainsi que, dans son ascension glorieuse, i! nous donne un gage assuré de notre gloire future. Partout où sera le corps, les aigles s'y assembleront, dit-il ailleurs en parlant à ses disciples (Matt. 24), pour nous faire comprendre que c'est dans le ciel, ou il a établi son séjour et son règne, que doivent un jour se réunir tous les justes figurés par les aigles. Consolons-nous donc,mcs Frères, vous dirai-je avec saint Paul (1. Thcssal.4), puisqu'un jour le Seigneur lui-même descendra du ciel, et ceux qui sont morts en lésus-Chrisi ressusciteront les premiers, ensuite nous qui vivons encore, nous serons enlevés avec lui rnr les nuées, et ainsi nous serons pour toujours avec le Sel en o iip

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4. Mais , diiTZ-vous peut-être, sans doute l'nseension rle.lésus-Chrisl serait pour nous un grand sujet de joie, s'il ne nous eût laissés ici-bas exposés à mille dangers, à mille combats (tans lesquels nous pouvons perdre la couronne qui n'est réservée qu'à ceux qui auront combattu généreusement jusqu'à la fin (2. Tim. 2). Mais étant obligés de rester sur celte terre, où, de toutes parts, nous sommes environnés d'embûches , et continuellement assaillis par les ennemis les plus forts et les plus terribles, comment nous promettre que nous résisterons toujours avec constance, que nous combattrons toujours avec courage, que nous resterons enfin victorieux, nous qui sommes sifaiblesel si portés au mal? H est vrai, mes Frères, qu'autant nos ennemis sont forts et puissants, autant nous sommes de nous-mêmes faibles cl incapables de leur résister. Néanmoins^élaut pom vus des inities de Dieu (Kpb. 6), la vérité étant la ceinture de nus reins, ayant lu justice pour cuirasse ,dé fendus pur le bout lier de lu foi, couverts du casque du sulul et munis de Cépée de fa parole de Dieu 9 que pourrons-nous craindre , et quelle est la puissance sur la terre à Laquelle nous ne puissions résister ? Or, lésus-Christ, en montant au ciel, nous a pourvus de tous ces moyens de défense ; cl par son esprit, par sa vertu, et par ses dons qu'il répand sur nous , il nous soutient, nous anime, cl, combattant en nous el avec nous , il nous donne la victoire. II était même avantageux pour nous qu'A montât au ciel, afin que nous fussions mieux disposes à recevoir ses grâces, rendant que les Vpôtres eurent la consolation de voir leur divin Maître au milieu d'eux, ils furent imparfaits, et leur amour ayant encore quelque chose d'humain, leur esprit ne pouvaitpoint avoir une juste connaissance de ses dons spirituels, cl leur cœur n'était point disposé à en recevoir la plénitude. Ils ne savaient pas se détacher de sa présence corporelle, ce qui lit qu'en l'entendant dire qu'il allait se séparer d'eux, ils se troublèrent (Joan. If») et il se vit obligé de leur reprocher celle tristesse, en leurdisanl : Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m'en vais à mon Père (Joan. 14). 11 fallait donc qu'il dérobât à leurs sens son humanité, afin que leur amour étant purifié de toute imperfection, et étant devenu tout spirituel, ils fussent disposés à recevoir la plénitude de son esprit ; c'est pour cela qu'il leur disait (Joan. 16) : Il est avantageux pour vous que je m'en aille vers celui qui m'aenvoyé; car si je ne m'en vais point, l'Esprit consolateur ne viendra point à vous; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai. 11 voulait dire par-là, comme l'explique Saint

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Augustin (Serm. 26i.de \se. Dom.) : vous désireriez que je ne m'en allassepoint; mais il est mieux pour vous que vous nevoyiezplus machair,afm que vous puissiez tenir votre esprit fixé dans la pure contemplation de ma divinité. Si je me sépare extérieurement de vous, ce n'est que pour vous remplir intérieurement de moi-même et de mon esprit.

:.. En effet, de quelle abondance de grâces ne furent-ils pas comblés après l'ascension de leur divin Maitre! De quelles lumières leur esprit ne fut-il pas éclairé, et de quelle ardente ebarité leur cœur ne fut-il pas embrasé ! Alors ils reçurent l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété, et l'esprit de la sainte crainte du Seigneur fis. 11). lis étaient auparavant faibles et sans courage; ils devinrent fermes,slables, forts et courageux. Alors revêtus de la vertu divine (Luc. 2V) qui descendit sur eux du baut du ciel, ils rendaient avec intrépidité et avec zèle témoignage de la résurrection de Jésus-Christ, et, bien loin de craindre les dangers, les persécutions et les opprobres, ils se réjouissaient et se glorifiaient d'être trouvés dignes de les souffrir pour le nom de Jésus-Christ (Act. 4. et 5). Alors ayant déposé toute pusillanimité et toute crainte, ils se mirent avec ardeur à prêcher la vérité en public , et à rendre raison de leur conduite en présence des magistrats ; et obéissant à Dieu, ils continuèrent hardiment à exercer leur ministère sans faire le moindre cas des défenses et des menaces des hommes. Alors enfin s'élant divisé le monde , ils firent entendre leur voix dans toute la terre, et allèrent porter la lumière de l'Évangile jusqu'aux extrémités de l'univers , entreprenant les voyages les plus pénibles, s'exposant à tous les dangers, à toutes les persécutions , supportant des travaux continuels, et sacrifiant leur vie même pour la gloire du Seigneur. Tous ces effets merveilleux furent produits par cet Esprit que Jésus- Christ répandit sur eux après son ascension glorieuse dans le ciel (Rom. 10).

6. El ne croyez pas que ce fut seulement dans cette occasion qu'il se montra si libéral, et qu'il répandit ses dons en si grande abondance. Ce qu'il promit à ses apôtres avant de monter au ciel, il Ta promis à toute son Eglise; et si son ascension fut pour eux comme la source des grâces dont ils furent enrichis, elle l'est aussi de celles qui découlent chaque jour sur tous les fidèles. Oui, mes Frères, aujourd'hui encore Jésus-( hrist répand son Esprit-Saint sur ses disciples ; et ce mépris si héroïque des vanités du siècle, ce détachement absoir,

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des plaisirs cl« la lerre, cet ardent amour de la pénitence , ce zèle infatigable pour la gloire de Dieu, et tant d'autres vertus qui brillent encore dans l'Eglise, malgré la corruption du monde, sont autant de traits de celle charité, que par le moyen de son Esprit-Saint il répand du liant du ciel sur ses fidèles serviteurs (Rom. 5). 11 est vrai qu'il ne dispense pas à tous également ses dons, qu'il distribue selon son bon plaisir (1. Cor. 12); mais, en montant au ciel, il n'a point pour autant oublié un seul de ceux qui le sers eut. 11 donne à tous les secours nécessaires au salut, il fournil à tous les moyens propres à mériter des grâces toujours plus abondantes, et à travailler à leur sanctification. C'est à celle (in qu'il a institué les sacrements , qui sont comme des canaux par lesquels il nous communique ses grâces; il nous a laissé sa parole, qui est celte nourriture divine qui nous alimente et nous forlilie ; il a établi ses ministres qui, par les fondions de leur ministère, travaillent assidûment, comme dit l' Apôtre (Epb. 4), à la perfection des Saints cl à l'édification du corps de Jésus- Cbrist, jusqu'à ce que nous soyons tous parvenus à l'unité d'une même connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'un homme parfait, à la mesure de l'âge complet de lésus-Christ , afin que nous ne soyons plus flottants comme des enfants, et que nous ne nous laissions pas emporter à tous les vents des opinions humaines, par la malice des hommes et par l'adresse qu'ils ont à engager artificieusemenl dans Terreur. Qu'avonsnous donc à craindre, mes Frères, si -lésus-Christ, en montant au ciel, nous a laissé son Esprit, et nous rend chaque jour participants de ses dons? Son départ de ce monde, loin de nous décourager, doit être, au contraire, un sujet de consolation pour nous, puisqu'il nous a procuré de si grands biens.

7. Une autre considération bien propre à nous consoler, c'est qu'il est monté au ciel pour continuer en notre faveur les fondions de son sacerdoce, et pour soutenir nos intérêts auprès de son Père. 11 avait offert son sacrifice et répandu son sang sur la croix; mais ce sang devail être présenté à Dieu dans le ciel. Ceci avait été figuré dans l'ancienne alliance, et .lésus-Christ, par sa glorieuse ascension, donna le complément à cette figure. I Apôtre saint Paul nous dévoilece in\ stère dans son épitre aux Hébreux (c. 9). Le Grand-Prêtre, ditil , entrait une fois chaque année dans le sanctuaire, portant le sang de la victime qu'il avait offerte pour lui cl pour tout le peuple. Ainsi, Jésus-Christ est entré une fois, non point dans ce sanctuaire qui avait été fait de la main (W^ nommes «

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mais dans le véritable sanctuaire qui est le ciel, y portant cette chair et ce sang qu'A avait sacrifies , afin de se présenter pour nous devant Dieu; el parce que, tout différent des autres Prêtres , il est éternel, il a un sacerdoce qui n'aura point de fin, et il vit toujours dans le ciel pour intercéder en notre faveur. Il est monté au ciel , dit saint lean-Cbrysostôme (Hom. 17. el 19. in Epist. ad Heb.), portant avec lui ce sacrifice, seul capable d'apaiser son Père ; et il continue à y offrir non point un nouveau sacrifice , ou une nouvelle victime , mais la même hostie qu'il offrit une fois sur la croix. 11 y montre à son Père ces prémices qu'il a reçues de nous (Thcod.in c.8. Ep. ad Rom.), c'est-à-dire son humanité sainte, el Un offrant le sang qu'il a répandu, le corps qu'il a sacrifié , la mort qu'il a endurée pour notre amour, il demande pour nous miséricorde et salut. Il y présente à son Père le prix de notre rachat; et, s'inlcrposanl auprès de lui en notre faveur, il plaide notre cause, et soutient nos intérêts. Quelle consolation pour nous, de penser que nous avons dans le ciel un semblable pontife et un si puissant protecteur ! .Nous sommes pécheurs, il est vrai, et coupables d'un grand nombre de fautes, mais nous ne devons point pour autant perdre confiance , puisque, comme nous le dit l'apôtre saint Jean (loan. l.c. 2), nous avons auprès. de Dieu le Pire .lésus-Chrisl pour avocat , et qu'il s'esl rendu propitiation pour nos péchés , et non-seulement pour les noires , mais pour ceux du monde entier.

8. Tels furent les desseins pleins d'amour qui animèrent le cœur de lésus-Chrisl au moment de son ascension. Il monta au ciel pour nous donner à entendre que comme son royaume est tout céleste , de même la récompense qu'il nous a promise n'est point sur la terre, mais dans les cieux; il y monta pour nous mieux disposer à recevoir l'abondance de ses grâces , en nous privant de sa présence corporelle; il y monta enfin pour s'offrir continuellement à son Père pour nous, el pour soutenir nos intérêts auprès de lui, comme étant notre médiateur et noire avocat. Il nous reste à voir maintenant quels fruits nous devons recueillir de ce mystère, et quels sentiments doit inspirer à nos cœurs la glorieuse ascension «le notre divin Maître.

0. En montant au ciel , il est allé nous y préparer une place; il a pris possession pour nous et en noire nom de ce royaume fortuné, et nous a fait entendre qoe le ciel doit être un joui' noire repos, notre récompense et notre félicité. Nous ne devons

donc plus nousoccuper delà terre, mais tendre uniquement vers le ciel; et si , jusqu'à ce jour, les biens, les plaisirs et les honneurs du siècle ont été l'objet de nos pensées et de nos affections, nous devons maintenant les diriger sans cesse vers les biens éternels. C'est la conséquence qu'avait tirée le Roi-Prophète voyant en esprit Jésus-Christ monter glorieux dans le ciel(Ps. 4): Enfants des hommes, jusque* à quand mirez-vous le cœur durci uppesantil Pourquoi aimez-vous encore la vanité , et vous fatiguez-vous à la poursuite du mensonge ? Sachez que le Soigneur a élevé son Saint à une gloire admirable. Et saint Paul tire cette même conséquence en disant (Col. 3): Si vous élis ressuscites avec Jésus-Christ, cherchez les biens du ciel où Jésus-Christ est assis à lu droite de Dieu, cl ne courez plus après les biens de la terre. En effet, si nous n'avons point ici-bas une cité permanente, si nous en cherchons une dans l'avenir, si nous sommes destinés à habiter avec les Saints dans la maison de Dieu pendant l'éternité, quelle folie ne serait-ce pas de nous attacher à tout ce qui passe, de nous plaire dans ce lieu d'exil, jusqu'à oublier notre patrie, et de préférer une misérable servitude à l'heureuse liberté des enfants de Dieu? El néanmoins, autant nous nous laissons facilement séduire par les faux charmes de ces biens apparents et périssables , autant nous ' mettons de lenteur à suivre les impressions que devraient faire sur notre esprit et sur notre cœur les biens véritables et éternels. Au lieu de désirer, comme l'Apôtre (l'hil. I ), de voir se briser les liens de notre corps, pour nous réunir à Jésus-Christ, <ous sommes extrêmement sensibles à la moindre incommodité .ju'il éprouve, et en étant devenus presque idolâtres, nous mettons tons nos soins à le bien nourrir, à le traiter délicatement et à lui procurer les plus douces satisfactions. Rien loin d'imiter le même Xpôlre dans son détachement et son mépris des choses d'ici-bas (ib. I. 8), nous-sommes toujours avides de gains cl de trésors, nous recherchons sans cesse les charges les plus honorifiques et les postes les plus élevés.

10. Il faut une bonne fois nuis désabuser, mes Frères. Si nous croyons que le ciel est noire pairie, et que Jésus-Christ nous y attend pour nous rendre parfaitement heureux, pour nous faire participera sa gloire , à sa félicité et à son royaume, c'est doue vers le ciel que nous devons diriger toutes nos pensées el toutes nos affections; c'est donc pour le ciel que nous devons travailler sans cesse el avec toute l'ardeur dont nous serons capables ; le ciel doit donc être l'unique objet de not

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désirs et de notre amour. Pour l'acquérir nous devons mépriser les chosees de cette terre ; et, pour arriver un jour à la possession de ces biens éternels, nous devons sacrifier par un détachement généreux tous les biens caducs et périssables. C'est ce que voulut nous apprendre noire divin Maître (Vlallh. 13), lorsque, comparant le royaume des cieux à un trésor caché dans un champ, il dit que celui qui l'avait trouvé, se hâta de vendre tout ce qu'il possédait pour faire l'acquisition de ce champ; et il expliqua plus expressément cette vérité, lorsqu'il assura (ib.c. 5) que le royaume des cieux appartient aux pauvres d'esprit; et lorsqu'il dit (c. 16) que celui-là arrivera à la possession de la vie éternelle, qui aura abandonné sa maison, ses frères, ses sœurs, son père, sa mère, son épouse et ses enfants; et lorsqu'il enseigna (.loan. 12) que celui qui aime trop sa vie , la perdra , et (pie celui qui la haïra en ce monde , la conservera éternellement. 11 ne faut donc plus nous faire illusion : méprisons le monde , détachons notre cœur des richesses , des honneurs , des plaisirs, des commodités et de tous les biens de cette terre , si nous voulons un jour monter glorieux dans le ciel; et si nous sommes obligés de nous en servir , ayons soin d'en user comme n'en usant pas , ainsi que nous l'enseigne l'Apôtre ( 1. Cor. 7 ). C'est le chemin que nous a tracé Jésus-Christ , c'est celui qu'ont suivi tous les justes non-seulement du nouveau, mais encore de l'ancien Testament , lesquels envisageant de loin les promesses que Dieu avait faites , se regardaient comme étrangers sur cette terre (Heb. 11 ); et ce serait se tromper grossièrement que de prétendre pouvoir parvenir au ciel par un autre chemin. Telle est la première instruction que nous fournit l'ascension de Jésus-Christ ; voyons maintenant quelle est la seconde.

11. Un des motifs pour lesquels le divin Rédempteur s'éloigna de ses disciples et voulut monter au ciel, fut, comme nous l'avons vu, de leur envoyer son Esprit-Saint, et de les combler de ses dons , afin que, remplis de courage , de force et de zèle, ils pussent annoncer l'Evangile sans craindre ni les difficultés , ni les dangers , ni les contradictions. Alors il ouvrit en quelque manière le trésor de ses grâces pour continuer à les répandre en tout temps sur son Eglise; et l'effusion de ses dons devint comme une source intarissable, qui coule sans cesse, et qui produit encore aujourd'hui dans le Christianisme les fruits admirables des vertus les plus héroïques. Mais comment se fait-il qu'au milieu d'une si grande

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abondance nous soyons si pauvres, et que tandis qu'un si grand nombre, arrosés des eaux de la grâce divine, fructifient d'une manière si étonnante et si prodigieuse , nous restions nous-mèmes-stériles ? 11 nous importe grandement de rechercher les causes de celte stérilité , pour pouvoir y remédier

12. Après que Jésus-Christ fut sorti de ce monde, quelque assurés que fussent les Apôtres qu'il leur enverrait son Esprit- Saint, selon la promesse qu'A leur en avajt faite , ils se retirèrent néanmoins tous à Jérusalem, et, réunis dans un cénacle, ils se disposèrent recevoir ce divin Esprit, en persévérant tous ensemble dans la prière ( Act. 1 ). Avons-nous soin de nous disposerde la même manière à recevoir ces grâces que .lésus-Cbrist répand en abondance du haut du ciel sur les âmes qui en sont dignes? Nous relirons-nous loin du bruit et du tumulte du siècle, pour lui demander ses dons, et pour le prier qu'il daigne arroser de la rosée bienfaisante de sa grâce la terre si aride de noire cteur? Ecoutons-nous sa divine parole avec le désir d'en profiter, et nous approchons-nous souvent des sacrements, afin de participer à cet Esprit que le Seigneur communique ordinairement par leur moyen à ses fidèles serviteurs? Ab ! *oin de fréquenter les sacrements, nous nous en éloignons; au lieu de chercher dans la divine parole celte nourriture spirituelle qui nous fortifierait, nous passons notre temps à lire des fables et des romans; et, lout occupés des affaires du siècle, nous ne savons pas trouver quelques moments pour rentrer en nous-mêmes et nous appliquer à la prière. Etant si distraits, si négligents, si mal disposés, qu'y a-t-il d'étonnant si les grâces divines ne descendent point sur nous? Comment prétendre que Jésus-Christ nous fasse part de ses dons, si nous en faisons si peu de cas? Et comment vouloir que son Esprit cnlre dans notre cœur, si, par une négligence coupable, nous lui en fermons la porte? Il s'ensuit que la moindre difficulté nous abat, que nous nous laissons vaincre par la plus petite tentation ; el , restant privés de ces secours qui seuls peuvent nous rendre forls et courageux, nous ne sommes pas capables de surmonter le moindre obstacle qui se présente. Il faut donc préparer noire cœur par la prière , par la lecture spirituelle et par la fréquentation des sacrements ; et en nous disposant de celle manière à l'imitation des Apodes, nous recevrons nous-mêmes ce bon Esprit que Jésus-l hrist a promis de donner à ceux qui le demanderont (Luc. Il ). Et pour cela, comme l'ascension du Seigneur rendit les Apôtres plus désireux de recevoir le Saint-Esprit qu'il avait promis de leur envover

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