VINGT-SEPTIÈME INSTRUCTION
Sur le* paroles du sixième article du Symbole : Asrendit ad cœlot , setlt: ad fkxttram D-n Punis om>-ipoitniis.
Ascension de Jésus Christ au ciel.
Si la résurrection glorieuse de Jésus-Christ, dont je vous ai parlé en expliquant le cinquième article , fut le principe deson triomphe, son admirable ascension dans le ciel en fut le complément. 11 était sorti victorieux du tombeau, insultant à la mort qu'il avait vaincue par sa propre mort, jetant l'effroi dans l'enfer, dont il avait brisé les portes , remplissant de confu-
i)\ XWII. INSTRUCTION
mou tous ses ennemis, au mépris desquels il manifesta sa puissance, sa grandeur elsa divinité. 11 avait revêtu d'impassibilité et d'immortalité son corps, que la cruauté des Juifs avait tenté de détruire, cl rendu glorieux et célèbre son nom, que leur jalousie avait cherché à effacer. 11 fallait encore que, comme il était ressuscité le premier à une vie immortelle, il ouvrit aussi le premier les portes du ciel qui, jusqu'à ce moment, étaient demeurées fermées à tous les hommes ; qu'après ses grandes victoires, il allât enfin prendre possession de son royaume ; qu'après de si longs travaux, il entrât dans le lieu de son repos, et qu'après tant d'humiliations, il s'assit sur le trône de sa majesté, pour y recevoir les adorations et les hommage.! des Anges, des Saints et de toutes les créatures. Ce triomphe fut réservé pour le grand jour où, après avoir, sur la terre , pourvu à tout ce qui était nécessaire pour rétablissement de son Eglise, il monta au ciel pour retourner à son Père. Tel est le grand mystère que les saints Apôtres ont proposé à notre croyance dans le sixième article du Symbole, où il est ditque lésus-Christ est monté aux cieux , et qu'il y est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant ; mystère sur lequel je tâcherai de vous instruire, en vous exposant en premier lieu les circonstances de l'admirable ascension de Jésus-Christ, et en second lieu en vous montrant, autant qu'il me sera possible , son état glorieux dansle ciel.
1. Après avoir accompli le grand ouvrage de la rédemption par sa passion, par sa mort et par sa résurrection glorieuse , Jésus-Christ, avant de monter au ciel, voulut encore demeurer quarante jours sur la terre pour l'utilité de son Eglise. Ses disciples avaient besoin d'être confirmés dans la foi de sa résurrection et d'être instruits sur bien des choses relatives au royaume de Dieu. Pour les confirmer dans la foi de sa résurrection, Jésus-Christ, ainsi que nous l'apprend saint Luc(Act. 1), leur en donna des preuves infaillibles par ses apparitions fréquentes qui dissipèrent tous leurs doutes; et, pour les instruire, il voulut bien leur parler et s'entretenir avec eux de tout ce qu'il leur était nécessaire de connaître. Ce fut alors qu'il leur donna toutes les règles qu'ils devaient suivre dans l'institution et le gouvernement de son Eglise ; qu'il leur expliqua le nombre, la vertu, l'efficacité des sacrements, et la manière de les administrer; qu'il établit saint Pierre (Joan.21) chef visible de l'Eglise; qu'il donna à tous les Apôtres le pouvoir de prêcher son Evangile(Marc. 16),et de remettre les péchés; ce fut alors qu'ils reeurent le don d'entendre les Ecritu-
res, et qu'il leur manifesta ces vérités qu'ils (levaient transmettre à leurs successeurs,ctque l'Eglise a toujours regardée.-; comme la parole de Dieu non écrite, qu'on appelle Tradition divine et apostolique (Luc. 21. et.!oan.20).
2. Après avoir ainsi fortifié et instruit ses disciples, il leur donne le pouvoir défaire des miracles ; et, pour les consoler, il leur dit qu'il sera avec eux jusqu'à la fin des siècles, leur promet qu'il leur enverra son Esprit-Saint, et leur ordonne de rester à Jérusalem jusqu'à ce qu'ils aient été revêtus de la vertu d'en haut. Ensuite il les conduit jusqu'en Béthanie, sur la montagne des Oliviers , et s'étanl placé au milieu d'eux, il leur donne la paix, élève ses mains pour les bénir.et au même instant il quitte la terre, et s'élève vers les cieux. Figurez-vous quel dut être en ce moment l'étonnement de ces disciples fortunés, quelles durent être leur joie et leur tendresse. iNe pouvant plus le suivre de corps, ils le suivent des yeux et du cœur; et tandis que leurs regards sont encore fixés sur leur divin Maître qui, plus brillant que le soleil, vas'approchant déplus en plus des cieux, voilà que tout-à-coup une nuée lumineuse l'enveloppe, elle dérobe à leur vue. Interdits et comme en extase , Us continuent à l'accompagner de la pensée , et ils n'auraient pu détourner les yeux du point où ils l'avaient vu disparaître, si deux Anges vêtus de blanc n'étaient venus leur dire : Ne regardez plus en haut, car Jésus est déjà reçu dans le eiel ; comme vous l'y avez vu monter plein de gloire, de même il viendra plein de gloire à la fin des siècles, pour juger l'univers (Vid. Ev. Marc. .Mallh. Luc. et \cl).
3. Il faut remarquer ici, mes Frères , que Jésus-Christ no moula point au ciel par le ministère d'aulrui , comme Elie (4. Reg. 2), qui fut porté au ciel dans un char de feu ; ou comme Habacuc (Dan. H), qui fut transporté par un Ange à Babylone; ou comme le diacre Philippe (Act. 8), qui fut enlevé par l'esprit du Seigneur. Non, il y monta par sa propre vertu. On ne doit pas entendre seulement qu'il y monta par la vertu toute-puissante de la divinité, comme Dieu, mais encore par sa propre vertu comme homme (Catech. Rom. p. I. c. 7); car quoique cela ne pouvait pas se faire naturellement, la chose était cependant très facile à l'âme bienheureuse de Jésus-Christ, laquelle,parla vertu et par la force dont elle était douée, pouvait emporter le corps selon son bon plaisir ; et le corps de son côté,déjà devenu glorieux,obéissait sans difficulté et sans résistance à l'àme qui lui commandait. Et nous devons croire,par conséquent que notre divin Rédempteur monta au
ciel par sa propre vertu comme Dieu , et par sa propre vertu comme homme.
4. Que si le départ de Jésus-Christ de cette misérable terre fut accompagné de tant de gloire et de majesté , combien son entrée dans [es cieux ne dut-elle pas être pompeuse et magnifique ? .Notre intelligence est trop bornée, et nous sommes trop matériels pour pouvoir comprendre des choses si sublimes et si élevées au-dessus de nos sens. Néanmoins avec les lumières que nous fournissent les divines Ecritures et les saints Pères , j'essaierai de vous en parler pour votre instruction.
5. Le Prophète royal (Ps. 23) nous représente les Esprits bienheureux comme étonnés et stupéfaits se disant les uns aux autres , en voyant arriver le Rédempteur glorieux : Quel est donc ce roi de gloire? C'est le Seigneur fort ei puissant, le Seigneur puissant dans les combats, le Seigneur des vertus, r'esl le Roi de la gloire. Les Anges, dit saint Cyrille , furent comme interdits , en voyant le Roi de la gloire elle Dieu des armées revêtu de chair humaine. Et quel est donc , disaient-ils (Is. 63), celui qui vient de la terre , ayant ses habits encore teints, si beau, si admirable , et qui s'avance environné d'une pareille puissance? D'où vient que son vêlement est teint de sang, et que signifient ces plaies au milieu de ses mains ? Ce fut pour eux un spectacle nouveau et qui n'avait jamais été vu dans le ciel, d'y voir retourner le Fils de Dieu revêtu d'une nouvelle dépouille, et chargé de trophées,comme s'il fût devenu plus grand, dit saint Ambroise (lib. 4. deFid. c. I), non point quanta la nature divine par laquelle il est toujours égal à son Père, mais parce qu'il avait avec lui la chair victorieuse, glorieuse et immortelle. 0 princes, disaient-ils, levez vos portes ; ouvrez-vous, portes éternelles, elle Rui de lu gloire fera son entrée. Dans un autre endroit (Ps. 46) le même Roi-Prophète contemplant en esprit ce beau triomphe , s'écrie dans son élonnement: Applaudissez de vus mains ,ô nations de la terre, loues Dieu et faites retentir les airs de vos chants', car le Seigneur grand et terrible, le Roi qui domine sur tout l'univers, a subjugué les peuples , il a établi son règne , et il monte au ciel au milieu des félicitations des chœurs angèliques et des âmes justes. Saint Jean lui-même vit dans son Apocalypse (c. 5) ce divin Agneau s'approchant du Ironc de Dieu, et il entendilune multitude innombrable d'Anges qui l'environnaient, et qui disaient à haute voix : L'Agneau qui a été mis à mort est bien digne de recevoir vertu et divinité , saqasse et force, honneur,
SUR LE SIXIÊSIi ARTICLE DU sYjfBOUL ?07
gloire et bénédiction. Il vit les quatre animaux mystérieux et les vingt-quatre vieillards se prosterner devant lui,et il les entendit chantera sa louange un cantique nouveau.
6. Jésus-Christ monta donc au ciel, et il y monta comme Dieu et comme Homme par sa propre vertu. 11 y monta accompagné des âmes des Patriarches et des Saints, qu'il avait délivrées de celte obscure prison où elles avaient été si longtemps renfermées. 11 y monta au milieu des acclamations et des applaudissements de tous les chœurs angéliques. Ainsi, quoiqu'il soit réellement présent au milieu de nous dans le sacrement ineffable de son amour, il n'est cependant plus d'une manière naturelle et visible sur cette terre qui ne peut être une demeure digne de son corps immortel et glorieux (Calech. Rom. p. I. c. 7); le ciel le plus élevé et le plus resplendissant est le lieu qui lui convient, et c'est pour cela que le Roi-Prophèle lui disait (Ps. 56): 0 Dieu , élevez-vous au-dessus de tous les deux , et que voire (jloire s'étende sur toute la terre. Après avoir, pendant sa vie mortelle, rempli la terre de prodiges et de grâces; après avoir rempli , après sa mort, l'enfer de terreur cl les limbes de consolation ; après avoir, par sa résurrection, rempli son tombeau de gloire et de splendeur, il était bien juste qu'il remplit le ciel de joie par sa divine présence , vérifiant par là ce que dit saint Paul, qu'il devait remplir
toutes choses (Epll. y.
7. Mais quel est, me demanderez-vous, l'état de Jésus-Christ dans le ciel7 Les saints Apôtres répondent à cette demande par ces paroles : Sedet ad dexleram Dei Ptttris omnipotenlis: 11 y est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant: paroles tirées du psaume 109 où le Roi-Prophète dit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez vous à ma droite. Un poste aussi sublime ne convient à personne qu'à Jésus-Christ; et c'est pour cela que saint Paul demande, dans son épitre aux Hébreux(c.t): Auquel des Anges Dicua-i-il dit: Asseyez-vous à ma droite? Les \nges sont tous des serviteurs dans la maison de Dieu ; mais Jésus-Christ est le Fils :les Anges se tiennent devant le trône de Dieu prêts à exécuter ses ordres; mais Jésus-Christ est comme le fils dans sa maison; et celui qui est monté au ciel revêtu de chair humaine, est. le même, dit encore l'Apôtre (Epli. 4), qui, sans corps, était descendu dueie!; c'est pourquoi il n'appartient qu'à lui d'être assis au lieu le plus élevé de cette cour bienheureuse, à la droite de la majesté divine, (.'est ce que Jésus lui-même demanda à son Père dans celle prière qu'il lui fit avant sa mort (Joan. 17) : Je votu
ai glorifié sur la terre; j'ai achevé l'œuvre que vous m'avez donné à faire. Maintenant donc, mon Père, glorifiez-moi dans vous-même de la gloire que j'ai eue en vous, avant que le monde fût créé. Ces paroles : Est assis à la droite de Dieu le Père toutpuissant, noi.8 montrent donc suffisamment quel est l'état de •lésus-Chrisl dans le ciel. Mais, comme il pourrait se faire que quelques-uns les entendissent d'une manière trop matérielle , il convient que je vous en expose le véritable sens, et que je vous explique ce que veulent dire les Apôtres, lorsqu'ils non> enseignent dans le Symbole que Jésus-Christ est assis dans le ciel, et qu'il y est à la droite de Dieu le Père.
8. Quand il est dit, dans les divines Ecritures, que Jésus- Christ est assis dans le ciel, ce n'est point pour exprimer la situation corporelle de son humanité sainte, ni pour nous donner à entendre qu'il est placé comme étant immobile sur un siège. Cette même Ecriture sainte qui, parlant de Jésus-Christ glorieux, se sert de celte expression, dit ailleurs (Apoc. 14) que les personnes vierges le suivent partout où il va ; et quelquefois elle nous le représente debout, comme le vit le premier martyr saint Etienne (Act. 7), tandis qu'il était lapidé par ses ennemis. S'accommodant à notre capacité , elle se sert de nos paroles pour exprimer les choses divines , s'abaissant ainsi jusqu'à nous, pour nous élever jusqu'à Dieu ; mais nous nedevonspointentendre matériellement le langage figuré sous lequel elle nous montre les choses les plus sublimes et les mystères les plus profonds. Comme il nous importe peu de connaître quelle est la position de Jésus-Chrisl dans le ciel, ce n'est point cette position que la sainte Ecriture veut nous donner à entendre par ces paroles, et nous devons à cet égard réprimer noire curiosité, nous contentant de savoir, comme dit saint Augustin (1. de Fid. et Symb. c. 6), qu'il n'est pas permis d'attribuer au corps glorieux du Rédempteur aucune chose qui ne soit sublime et digne de lui. Ces paroles : Est assis à la droite de Dieu la Père tout-puissant renferment donc un sens plus relevé. Et comme, lorsque nous voulons représenter un roi qui, après de grands combats, jouit en paix de ses conquêtes, nous avons coutume de le montrer assis sur un trône, ainsi l'Ecriture et le Symbole, en nous représentant Jésus-Christ assis dans le ciel à la droite de son l'ère, veulent nous apprendre qu'après les grands combats qu'il a soutenus sur la terre et les victoires éclatantes qu'il a remportées, il règne maintenant glorieux et en paix dans le ciel. C'est là ce règne dont si souvent il avait entretenu ses disciples, ce je
gne où le bon larron demanda d'être admis , ce règne que le divin Sauveur s'acquit au prix de ses travaux, de ses humiliations, de ses souffrances, de son sang et de sa mort. Il a bu au torrent des afflictions pendant sa vie, dit le Roi-Propbèle (Ps. 109), et maintenant qu'il a subjugué ses ennemis, il élève sa tête, parce que son Père l'a couronné de gloire, qu'il le fait régner avec lui, et qu'il lui a donné tout pouvoir sur la terre et dans les deux.
9. Nous trouvons une figure de celte exaltation de Jésus- Cnrist dans celle du patriarche Joseph (Geo. 37). Ouen'euli! pas à souffrir de la jalousie de ses frères ? Il fut injustement persécuté, enseveli dans une citerne, et enfin vendu. Mais ce fut par celle voie même par laquelle ils pensaient roter pour toujours de devant leurs yeux , qu'il parvint à la première charge dans la cour du roi Pharaon (c. 41), jusqu'à être gouverneur de toute l'Egypte , et à recevoir de tout ce peuple honneur et obéissance; de sorte qu'en le voyant dans un état si différent du premier , élevé au-dessus de tous, vénéré de tous, et obéi de tous, ses frères eux-mêmes ne le reconnurent plus. Vous n'ignorez pas, ô Chrétiens, quelles persécutions suscita contre Jésus la malignité des Juifs, quelles calomnies ils inventèrent contre lui, et quels moyens ils employèrent pour le décréditer, allant jusqu'à le faire mourir ignominieusement sur une croix. C'est par celte voie qu'il est parvenu à s'asseoir dans le ciel,àla droite de Dieu le Père , et le règne dont il jouit en paix est ta récompense de ses travaux et de ses douleurs. 11 fallait que Jésus-Christ souffrit, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire. Il s'est anéanti , dit saint Paul (Pbil. 2), en prenant la forme d'un esclave ; il s'est humilié , en se rendant obéissant jusqu'à la mort el à la mort de la croix; c'est pourquoi Dieu l'a élevé, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tous les noms, pour le faire respecter et adorer dans le ciel, sur la terre et même dans les enfers.Conlemplez-Ie, maintenant qu'il est dans son royaume, voyez-le adoré, servi et environné d'une multitude innombrable d'esprits bienheureux. Le reconnaissez-vous pour ce Jésus qui fut si pauvre sur celte terre, tellement méprisé et maltraité, que le Roi-Propbèle crut devoir l'appeler (Ps. 21) l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple? C'est lui-même cependant. Celui qui naquit inconnu dans une élable,qui par mépris était appelé le fils d'un artisan (Malin. 13), qui fut trahi et vendu par un de ses disciples, qui, malgré son innocence, fut injustement accusé, condamné, crucifié et misa mort; c'est lui-
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même qui, après avoir souffert tant d'outrages et de tourments , est maintenant assis sur son trùne , et règne glorieux dans le ciel.
10. 11 faut remarquer néanmoins qu'entre l'élévation de Joseph et celle de .lésus-< Jirisl, il y eut la même différence que celle qui existe entre la figure et ce qui est figuré. La puissance de Joseph se bornait à l'Egypte, et elle devait finir un jour. Mais le règne de Jésus-Christ est un règne qui s'étend à toutes les créatures, et qui doit durer éternellement. Dieu, dit saint Paul(Eph. 1), l'a ressuscité d'entre les morts par sa toute-puissance, et l'a placé à sa droite dans le ciel, au dessus de toutes les Principautés, de toutes les Puissances, de toutes les Vertus, de toutes les Dominations, et de tout ce qu'il y a de plus grand, soit dans le siècle présent, soit dans le siècle futur ; et il a mis toutes choses sous ses pieds. Tout est à lui (Col. 1) , tout est en lui, et tout est par lui. 11 est le chef du corps de l'Eglise, le principe, le premier-né d'entre les morts, afin qu'il soit le premier en tout. Pour ce qui est de la perpétuité de son règne, votre règne, dit le Prophète royal (Ps. 144), est un règne éternel, et votre empire s'étend à toutes les générations. Le Seigneur, dit le prophète Mirhée (c. \ , régnera sur eux depuis la montagne de Sion, et il y régnera éternellement; prophéties qui se rapportaient au règne de Jésus-Christ, dont l'Ange avait dit à Marie (Luc. 1. 33) qu'il régnerait éternellement sur la maison de Jacob, et que son règne n'aurait point de fin. Cette étendue de souveraineté et de puissance avait été montrée à Daniel dans une vision remarquable. J'ai vu, dit-il (c. 7), le Fils de l'Homme qui venait sur les nuées du ciel; il s'avança jusqu'à l'Ancien des jours, il fut présenté devant lui, il en reçut puissance, honneur et empire, et tous les peuples , toutes les tribus et toutes les langues eurent ordre de le servir. Sa puissance sera une puissance éternelle qui ne lui sera jamais enlevée , et son ivgnc , un règne qui ne sera jamais détruit. Voilà, mes Frères, ce que veulent nous donner à entendre les Apôtres, en nous disant dans le Symbole que Jésus-Christ est assis dans le ciel. Comme celui qui s'assied, après un pénible voyage, se repose et demeure immobile pendant qu'il est assis, ils se servent de celle expression figurée, pour nous montrer la félicité et la stabilité de ce règne dont jouit dans le ciel le divin Rédempteur , après avoir terminé le cours pénible de sa vie mortelle. Il nous reste à voir maintenant pourquoi, non contents de dire qu'il est assis dans le ciel, ils ajoutent qu'il y est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant.
11. Il ne faudrait pas vous imaginer que Dieu a une droite el une gauche comme les hommes. Loin des temples, et plus encore du cœur des chrétiens un tel simulacre, dit saint Augustin (Lib. de Fid. clSymb., c. 7). On ne peut attribuer à Dieu ces parties, sans se rendre coupable de ce sacrilège que l'apotrc saint Paul reproche (Rom. 1) à ces impies qui ont changé la gloire de Dieu qui est incorruptible, en la ressemblance d'un homme qui est sujet à la corruption. En Dieu, il n'y a proprement ni droite ni gauche; parce qu'il n'est pas corporel, mais pur esprit. Lorsqu'on dit donc que Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu son Père, on veut dire, comme le remarque saint Augustin , que Dieu le Père l'a établi juge suprême , et lui a donné le pouvoir de juger le monde : Sederc ergo, quod dicitur De us non menbrorum poiitionem, sed judiciariam signifient potestatem, qua Ma mnjeslas nunquam caret, semper digna dignis tribuendo. C'est ceque voulut faire entendre Jésus-Christ lui-même, lorsqu'il dit (Joan. 5) que le Père ne juge personne, mais qu'il a donné tout jugement et le pouvoir déjuger au Fils, parce qu'il est le Fils de l'Homme. Le Roi-Prophète avait prédit la même chose par ces paroles (Ps. 97) : fljugera toute la terre avec justice, étions les peuples avec équité. Ce qui a fait dire à saint Pierre (Aet. 10) qu'il avait reçu de lui ordre de prêcher au peuple, et de prouver qu'il est établi de Dieu juge des vivants et des morts. 11 est donc assis dans le ciel non-seulement comme un roi sur son troue, mais encore comme on juge sur son tribunal, et ses jugements, pour être cachés et secrets, n'en sont pus moins véritables. A la fin des siècles, il montrera publiquement, cl il exercera avec pompe cette autorité ; mais il ne laisse pas de l'exercer déjà maintenant, châtiant les impies dans la vie présente par la soustraction de ses grâces , récompensant les bons par l'abondance de ses dons, el distribuant à chacun, après la mort, ou la récompense, ou la peine qu'il a méritée par ses œuvres.
12 .Voilà donc, mes Frères, ce qui nous est proposé à croire par ces paroles : Est asm à la droite de Dieu le Père tout puissant. Nous devons croire que Jésus-Christ, non-seulement comme Dieu, mais encore comme homme, est dans le ciel supérieur aux Anges, aux Archanges , aux Chérubins, aux Séraphins et à tous les esprits célestes; qu'il y gouverne le monde comme roi, et qu'il le juge en vertu du pouvoir qu'il a reçu de juger. Et cette croyance doit exciter en nous des sentiments de respect et de crainte en même temps. Nous devons le rcspectcrcomme notre roi, et le craindre comme notre
juge. Le caractère de roi exige de nous l'obéissance à tous ses commandements. Le caractère de juge exige que nous nous tenions sans cesse sur nos gardes, pour ne rien faire qui puisse l'irriter contre nous. Par cette obéissance cl cette crainte nous mériterons que, comme roi , il soit plein de libéralité envers nous, et que , comme juge, il nous accorde ses récompenses. Comme roi, il nous rendra participants de ses grâces en colle vie, et comme juge, il nous fera participera sa gloire dans U ciel.