VINGT-NEUVIÈME INSTRUCTION
Sur les paroles du septième arlirlc du Symbole: Indeventwus m ;'ndicme liuns tt mortnos.
Second avènement Je Jé*us-Clir st pour juger le monde.
Dans le septième article du Symbole, les Apôtres nousfonl savoir que Jésus-Christ doit revenir un jour sur celte terre d'une manière visible. Mais que sa venue alors sera bien différente de la première! 1 1 vint la première fois pour racheter le monde; alors il viendra pour le juger. 1 parut la première fois plein d'humilité et de douceur; il paraîtra alors environné de tout l'appareil de sa puissance et de sa grandeur. 11 se montrera sous l'aspect terrible de notre juge. C'est ici une de ces grande* vérités qu'il nous importe souverainement de bien méditer; car une lois que nous en serons bien pénétrés , elle sera le moyen le plus puissant pour réprimer nos passions, pour nous faire éviter le péché , et nous porter à travailler avec ardeur et avec constance à la pratiqué des vertus. Tour confirmer votre foi sur une vérité si importante, nous considérerons d'abord la certitude de ce jugement , et , en second lieu, les circonstances terribles qui doivent l'accompagner.
1. La qualité de juge est un des principaux caractères de Jésus-Christ. Comme le Père ressuscite les morts et leur donne !a vie (Joan.5), ainsi le Fils donne la vie à qui il veut; car le Père ne juge personne , mais il a donné au Fils le pouvoir de juger. Comme le Père a la vie en lui-même, le Fils a pareillement la vie en lui-même, et il a reçu du Père le pouvoir de juger, parce qu'il est le Fils de l'Homme. Il nous a ordonné, dit saint Pierre (Acl. 10), d'annoncer à tous les peuples qu'il est établi par son Père juge des vivants et des morts. Il n'y a pas un seul homme, quelque grand qu'il soit, qui puisse se soustraire à l'autorité de ce divin juge ; et comme il est statué que tous doivent mourir , il l'est de même qu'après la mort, tous doivent comparaître au jugement. Tous tant que nous sommes sur la terre , dit saint Paul (2. Cor. 5), nous devons être présentés après la mort devant le tribunal de Jésus-Christ, pour recevoir de lui ou la récompense du bien , ou le châtiment du mal que nous aurons fait durant notre vie. Notre âme, au sortir du corps , paraîtra devant ce juste juge pour lui rendre un compte rigoureux des pensées, des p:»roh^,
314 xxix. FNSTnrcriox
des actions , et pour recevoir la sentence ou de vie éterneïïe, ou de mort éternelle, selon qu'elle aura mérité l'une ou l'autre. Néanmoins, ce jugement que chaque homme subit immédiatement après la mort, est un jugement particulier , privé et secret, et par conséquent Jésus-Christ n'y manifeste pas son autorité souveraine à laface de l'univers. C'est pourquoi il s'est réservé un autre jugement dans lequel il déploiera tout l'appareil de sa puissance et de sa majesté, dans lequel il se fera reconnaître du ciel et de la terre pour Juge suprême des vivants et des morts. Alors il viendra non point comme un esclave, mais" comme un maitre absolu; non point comme un agneau plein de douceur , mais comme un lion féroce ; et tous les hommes de tous les temps , de tout état et de toutes nations , étant rassemblés devant lui en un même jour et en un même lieu, il se montrera à tous dans sa grandeur, il fera entendre à tous sa voix formidable , il fera sentir à tous le poids de sa puissance ; et, après un mûr examen des actions de chacun , il prononcera sur tous une sentence irrévocable. C'est de ce jugement solennel, public et universel qu'il est principalement fait mention dans le Symbole, et dont les divines Ecritures parlent d'une manière si expresse et en tant d'endroits différents, qu'il n'y a que les impies qui révoquent en doute la parole même de Dieu , qui puissent être assez témérairepour oser nier un dogme aussi solidement établi.
2. 11 y a des vérités qui furent annoncées d'une manière obscure, et comme cachées sous des figures et enveloppées de nuages dans l'ancien Testament, qui par là-même étaient ou mal entendues,ou entièrement ignorées par le peuple Hébreu , et dont la connaissance était réservée au peuple chrétien, auquel elles devaient être manifestées d'une manière plus expresse dans la nouvelle alliance. Mais qu'un jour viendra où tous seront obligés de paraître devant le tribunal suprême l>our être jugés, comme c'est une vérité qui a toujours dû servir de flambeau et de règle aux actions des hommes, c'est aussi une vérité que Dieu a voulu faire connaître dans tous les temps, depuis l'origine du monde; vérité connue des Patriarches et de tous les peuples par le moyen de la tradition, depuis Adam jusqu'à Moïse; vérité clairement annoncée dans 'anciennne loi par les Prophètes. Voici, disait Enoch , voici que le Seigneur vient accompagné de toute la multitude de ses Saints pour juger l'univers, pour reprocher aux impies toutes les œuvres d'iniquité qu'ils ont commises, et toutes les naroies injurieuses qu'ils ont osé proférer contre Dieu. Ces»
Papôtrc saint Jude qui nous a conservé ce fragment des prophéties de ce Patriarche qui lut le septième depuis Adam (c. 1). Que deviendrai-je , disait le saint homme Job (c. 31) , quand le Seigneur viendra pour juger le monde» et que lui répondrai-je, lorsqu'il me demandera compte de ma vie ? Il était si pénétré de la crainte de ce jugement, que, malgré la pureté de sa conscience, il désirait pouvoir se cacher auscin de la terre, jusqu'à ce que ce moment de la colère divine fût passé. Dieu avait donc manifesté cette importante vérité déjà dans la loi de nature, puisqu'elle n'était pas inconnue aux saints personnages qui vivaient dans ces temps reculés. Mais après qu'il eut donné à son peuple la loi écrite , combien de lois et avec quelle clarté ne parla-t-il pas du jugement dernier par la bouche de ses Prophètes ?.le ne finirais pas si je voulais citer ici tous les passages où il l'annonce avec les plus terribles menaces, ou dans lesquels il nous le dépeint sous les couleurs les plus vives. Je me contenterai d'en rapporter quelques-uns qui pourront suffire pour confirmer notre foi, et pour confondre de plus en plus l'incrédulité des impies.
3. Les ennemis du Seigneur trembleront en sa présence , disait Anne,mère de Samuel (1. Reg.2), et du haut du ciel il fera retentir sur leur tète le bruit de son tonnerre. Le Seigneur jugera toutes les nations de l'univers, il donnera l'empire à son Roi, et il fera connaître toute la puissance de son Christ. Entrez dans les cavernes, s'écriait Isaïe(c. 2), cachezvous dans les antres les plus profonds, pour vous dérobera la face du Seigneur et à l'éclat de sa majesté. Toute grandeur, c'est-à-dire tout l'orgueil des hommes en ce jour sera abaissé, et Dieu seul sera grand et élevé; car le jour du Dieu des armées va venir , pour humilier tous les superbes. Poussez des cris d'épouvante, dit-il ailleurs (c. 13); carie grand jour du Seigneur est proche. Alors tous les cœurs palpiteront d'effroi, et tous les visages paraîtront secs et décharnés. Voilà que le jour du Seigneur va venir, jour cruel, plein d'indignation, de colère et de fureur , jour qui réduira les pécheurs en poussière et la terre en solitude. Les prédictions d'Kzéchiel ne sont pas moins effrayantes et terribles (c. 7) : voici ce que dit le Dieu d'Israël: La (in est venue, oui, la fin est venue pour les quatre parties de la terre; je vais déchaîner contre toi ma fureur ; je te jugerai selon que lu l'auras mérité, et je placerai vis-à-vis de toi toutes tes abominations. Tous les autres Prophètes (Joël. 2., Malach. J., Soph. 1. 15) tiennent le même langage, dépeignent ce jour fatal avec les mêmes couleurs, cl
31 S xx\x. iNSTRrnrtoN
l'appellent jour de colère , jour d'angoisse et de tribulalion , jour de misère et de calamité,jour de ténèbres et d'horreur , jour de nuage et de tempête. C'est en ce jour que, selon qu'il fut montre à Daniel dans une vision remarquable (c. 7), après la destruction des quatre grands royaumes représentés sous la figure des quatre grandes bêles , se fera le jugement solennel, que toute puissance sera pour toujours anéantie, que l'empire et le pouvoir seront donnés au peuple des Saints du Très-Haut dont le règne est éternel ; et alors tous les rois le serviront et lui seront soumis. Et le Roi-Prophète veut-il parler d'autre chose que de ce grand jour du jugement, lorsqu'il dit (Ps. 9) que le Seigneur a déjà préparé son trône pour jugerai qu'il jugera toute la terre selon l'équilé,et tous les peuples selon la justice; et lorsqu'il ajoute (Ps. 49)que Dieuviendra d'une manière éclatante, qu'il rompra son silence; que le feu s'allumera devant lui, et qu'autour de lui se formera une grande tempête; qu'il appellera le ciel et la terre pour faire le discernement de son peuple ; qu'il rassemblera devant lui tous ses Saints; que les cieux publieront sa justice, parce qu'il est le luge suprême; qu'il mettra devant les yeux du pécheur ses iniquités, et lui reprochera sa présomption ?
i. Cette vérité, si clairement annoncée tant sous la loi de nature par les Patriarches, que dans la loi écrite par les Prophètes, Dieu lui-même a voulu la publier de sa propre bouche dans la loi de grâce; et,non content de nous dire que tous les hommes seront jugés, chose que les Hébreux ne peuvent pas ignorer , il nous fait savoir en outre qu'ils le seront par Jésus- Christ, vérité que les Juifs ne veulent pas admettre. Comme leur obstination et l'aveuglement dans lequel ils sont tombés par leur faute ne leur laissent pas saisir le véritable sens des Ecritures, ni voir comme elles se sont toutes accomplies parfaitement en Jésus-Christ, ils le regardent comme un homme ordinaire, et ne savent pas comprendre comment il se peut faire qu'il ail le pouvoir de juger le monde, pouvoir qui n'appartient proprement qu'à Dieu. Aussi, lorsqu'il dit en la présence du Prince des Prêtres (Vlatth. 26) qu'ils le verront un jour assis à la droite delà majesté de Dieu, cl venant sur les nuées du ciel, il fut jugé coupable de blasphème ei digne de mort. Mais" pour nousqui avons été rendus participants de la connaissance des mystères du royaume de Dieu, il ne nous est pas difficile de croire que Jésus-Christ a le pouvoir déjuger tous les hommes; et sachant que comme il est véritablement homme, de même il est vraiment Dieu ; persuadés que le ciel
et la terre passeront, mais que ses paroles ne passeront point (Malth. 24), nous ne pouvons douter de ce qu'il a daigné nous révéler lui-même concernant le jugemcnt.Or, quoiqu'il n'ait pas voulu manifester le temps et le jour que Dieu a fixés pour ce jugement, il nous fait su voir néanmoins qu'il aura lieu infaillible ment, et que c'est lui-même qui est venu une fois plein dedouceuret d'humilité pour le sauver, qui viendra avec tout l'appareil de sa grandeur et de sa puissance pour le juger. Le Fils de l'Homme, ce sont ses propres paroles rapportées par les Evangélistes (Mattli. 16), le Fils de l'Homme viendra dans la gloire de son l'ère avec ses Anges, et il rendrai» chacun selon ses œuvres. Alors paraîtra le signe du Fils de l'Homme , toutes les tribus de la terre pleureront, et le verront venir sur les nuées du ciel avec une graude puissance et une grande majesté (.Malth. c. 2fi). Quand le Fils de 1 Homme reviendra sur la terre , dit-il ailleurs, ayant ses Anges avec lui, il occupera le trône de sa majesté, et toutes les nations se réuniront devant lui. Pouvait-il parler d'une manière plus claire et plus formelle ? Néanmoins, pour rendre celle vérité plus sensible , et pour l'imprimer plus fortement dans l'esprit de ses Apôtres, il voulut encore se servir de paraboles. Le royaume des cieux, dit-il (Malth. c. 13), est semblable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Les cultivateurs s'étant endormis, l'ennemi du père de famille est venu, et a semé de l'ivraie parmile bon grain. Quand l'herbe eut poussé, el qu'elle fut montée en épi, l'ivraie parut aussi. Mors les serviteurs du père de famille vinrent lui dire : Seigneur, n'avez-vous pas semé de bon grain dans votre champ ? . >'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ? Il leur répondit: Ces! mon ennemi qui a fait cela. Ses serviteurs lui dirent : Voulez-vous que nous allions l'arracher ? Non, répondit-il, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous n'arrachiez en même temps le froment. Laissez croître l'un et l'autre jusqu'au temps de la moisson , et alors je dirai aux moissonneurs: Cueillez premièrement l'ivraie, cl liez-la pour la brûler, mais amassez le froment dans mon grenier. Malgré la clarté de celle parabole , lesus-Chrisl voulut encore luimême en donner l'explication à ses disciples. Celui qui sème le bon grain, dit-il, c'est le Fils de l'Homme; le champ, c'est le monde ; le bon grain , ce sont les enfants du royaume; et l'ivraie, ce sont les enfants de l'esprit malin. L'ennemi qui l'a semée, c'est le démon; la moisson, c'est la (in du monde; cl les moissonneurs, ce sont les \nges. Comme donc on cueille l'ivraie, et ou'on la brûle dans le feu, il en sera de même à lu
fin du monde. Le Fils de l'Homme enverra ses Anges , et ils enlèveront de son royaume tout ce qu'il y a de scandaleux et de gens qui commettent l'iniquité; et ils les jetteront dans la fournaise ardente : c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père (Vid. Evang. Matth.).
5. Instruits par ces paroles de leur divin Vlaitre, les Apôtres ne cessèrent (Act. 10) d'inculquer aux hommes cette importante vérité : que Jésus-Christ est établi de Dieu juge des vivants et des morts; que le Seigneur a fixé un jour où, parle moyen de son Fils, il jugera le monde selon toute la rigueur de sa justice; qu'en ce jour, il révélera à la face de l'univers les actions les plus cachées, qu'il rendra à chacun selon ses œuvres (Rom. 2. et 14), et que tous, nous serons présentés devant son tribunal. Les Apôtres ont enseigné cette vérité à tous les peuples; toutes les nations l'ont embrassée; elle a été crue dans tous les siècles ; l'Eglise l'a toujours soutenue et conservée, parce qu'elle est fondée sur la parole de Dieu même et sur la révélation et la manifestation que nous en a faite Jésus- Christ, son divin Fils; ce serait donc être bien téméraire et bie;; impie que de résister à de telles preuves, et de révoquer en doute la certitude du jugement universel. Dieu nous l'a lait annoncer et par ses Patriarches, cl par ses Prophètes, et par !a bouche de son propre Fils; ne cherchons pas d'autres raisons pour le croire, et que tous les raisonnements humains cèdent à la parole divine. Passons donc au second point, et mettonsnous à considérer les circonstances de ce jugement.
6. La première circonstance qui lui servira comme d'appai cil terrible, ce sera la destruction du monde , et la ruine de l'univers. On verra, dit Jésus-Christ lui-même (Luc. 21), on verra des signes et des prodiges dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles ; et sur la terre les peuples seront dans la consternation par le trouble que causera le bruit de la mer et des flots. Le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus de lumière, et les étoiles du firmament tomberont; tous les hommes sécheront de frayeur dans l'attente des maux qui seront prêts à tomber sur l'univers. Comme toutes choses loucheront à leur fin, dit le pape saint Grégoire (Hom. 35. in Evang." ; avant leur destruction, elles éprouveront le désordre le plus complet. Le ciel, la terre, la mer, la nature entière étant dans la confusion , annonceront l'approche de ce grand jour; et chacun , à la vue de ces affreux événements , cl dans le pressentiment de la colère divine prête à éclater sur lui,
SUR LE SEPTIÈME ARTICLE DU STSBOtS. 31!)
dira aux montagnes et aux rochers : Tombez sur nous , el dérobez-nous aux regards de celui qui esl assis sur le trône , et à la fureur de l'Agneau (Apoc. 6). Après cela, ce même Dieu qui ravagea une fois la terre par un déluge d'eau, lui enverra un déluge de feu. Les cieux seront enflammés, dit saint Pierre (Epist. 2. c. 3); les éléments seront dissouts par l'ardeur du feu; la terre, avec tout ce qu'elle renferme , sera dévorée par les flammes; et alors s'accomplira cette prédiction du Uoi-Prophèle : Le feu marchera devant lui (Ps. 96).
7. A ces horribles préludes succédera le son effrayant de celte trompette dont la seule pensée remplissait de terreur le grand saint Jérôme. Elle se fera entendre dans toutes les parties du monde, et en ce moment se présentera le spectacle le plus merveilleux et le plus étonnant. Tous les morts de tout âge, de tout étal, de toute profession, de tous les temps et de tous les lieux ressusciteront en un clin-d'œil, et alors se vérifiera ce qui fut une l'ois montré en ligure au Prophète Ezéchiel(c. 37). Les ossements décharnés el épars se rassembleront, se réuniront, prenant leur première place ; ils se revêtiront de nerfs et de chair ; ils seront, comme dans le principe, revêtus de peau ; l'âme viendra les vivifier; et, se tenant debout, ils formeront comme une armée innombrable. Les âmes ayant été ainsi réunies à leurs corps, on verra reparaître l'immense multitude de tous les hommes qui ont existé, qui existent et qui existeront sur la terre. Personne ne pourra se soustraire au sou pénétrant de celte trompelle formidable, ni résister a»i commandement divin. Les monarques comme les sujets, les maîtres comme les serviteurs, les riches comme les pauvres, les grands comme les petits, tous ressusciteront, tous seront contraints de se présenter devant le tribunal du Juge inexorable pour être jugés. Tous ceux qui sont dans les sépulcres , dit lésus-Chrisl (Joan. 5), entendront la voix du Fils de Dieu. Lorsque la voix de l'Archange et la divine trompette se seront fait entendre, dit saint Paul (1 . Thess. 4), le Seigneur luimême descendra du ciel , et les morts ressuscites sortiront de leurs tombeaux. La mer rendit les morts qui étaient dans son sein, dit saint Jean dans son Apocalypse (c. 20); la mort et l'enfer rendirent aussi les morts qu'ils avaient, et chacun fut jugé selon ses œuvres. Que diront-ils alors ces impies qui, livrés aux passions les plus honteuses, pour étouffer les remords elles cris de leur conscience, vont disant (Sap. V que la vie de l'homme est comme une étincelle, laquelle ayant «lisparu, le corps tombe eu poussière, et l'esprit se dissout
comme l'air; qu'il ne faul rien attendre après la mort, parco que nul n'est revenu <le l'autre monde, et que tout finit avec celte vie? Mors ils avoueront qu'Us se sont laissé aveugler par leur propre malice, qu'ils ont été bien insensés en ne voulant pas admettre des vérités révélées de Dieu, ni espérer la récompense qui leur était promise ; et voyant s'accomplir ce qui leur avait été tant de fois annoncé, ils stront saisis d'une crainte horrible.
8. Mais si les préparatifs doivent être si effrayants, que serace lorsque le souverain luge se montrera lui-même? 11 viendra, dît Isaïe (c. G'»), environné de feu, et son char sera comme un tourbillon de flammes, pour manifester toute sa fureur et toute son indignation , et pour exercer sa vengeance. Le Seigneur viendra précédé d'un grand feu , et armé de son glaive pour juger toute chair. Le Prophète Daniel vit en esprit son trône tcul ceint de flammes, et les roues de son char parais saient comme un grand feu allumé. Il vil sortir de sa bouche comme un fleuve enflammé et rapide ; et une immense multitude d'esprits célestes se tenaient autour de lui pour le servir; il vil que le jugement allait commencer, et que les livres étaient ouverts (e. 7). Saint Jean, dans son Apocahpse(c. 19), vit le ciel ouvert, et il parut un cheval blanc. Celui qui était dessus s'appelait le Fulèle et le Véritable, qui juge et qui combat selon la justice. Ses yeux étaient comme une flamme de feu : il y avait sur sa tête plusieurs diadèmes, et il y avait un nom écrit, que nul ne connaît que lui seul. 11 était velu d'une robe teinte de sang, et il s'appelait le Verbe de Dieu. Les armées célestes le suivaient sur des chevaux blancs, velues de fin lin blanc et pur. Il sortait de sa bouche une épée à deux tranchants, pour en frapper les nations. Ce sont là tout autant d'images dont se sert la sainte Ecriture pour nous donner une idée de la terreur qui accompagnera sa venue ; ce que Jésus-Christ lui-même a voulu nous faire entendre par ces paroles : Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l'Homme : toutes les tribus de la lerre pleureront, et verront le Fils de l'Homme venant sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté (Matth. 24).
9. Le souverain Juge assis sur son trône répandra de toute part une lumière si vive et si pénétrante, qu'elle rendra manifestes à tous les actions de chacun. Comme au lever du soleil sur l'horizon, on aperçoit en un clin dVil une infinité d'objets que les ténèbres de la nuit empêchaient de découvrir; de même, en présence du grand Soleil de justice, on verra dans
SuH IV. SEPTIEME ARTICr.E DU SYMBOLE. 611
un instant paraître toutes les actions les plus cachées des hommes, et qui auront été jusqu'alors ensevelies dans les replis des consciences. Alors, dit saint Paul (!. Cor. 4), le Seigneur révélera ce qui est enveloppé de ténèbres, et découvrira les plus secrètes pensées des cœurs. Il dévoilera à la face des nations tout ce qui a élé l'ait loin de tout regard, et tout ce que les hommes auront lait de bien ou de mal sera la matière du jugement. Combien d'adultères, combien d'infidélités, combien de trahisons , combien d'injustices paraîtront alors au grand jour! Combien qui passent aujourd'hui pour innocents, et qui seront en ce moment reconnus pour coupables! Combien qui cachent leurs vices sous le masque de la piété, et qui seront trouvés alors pleins de malice et d'iniquité! Je ferai peser sur toi tous les crimes, dit Dieu par la bouche d'Kzéchiel (c. 7); les abominations seront au milieu de toi, et tout le monde saura ce que tu es. Oh! qu'elle sera grande la confusion du pécheur forcé à paraître ainsi couvert d'ignominie, non en prépuce de quelques personnes, mais à la face de l'univers entier !
10. Mais celle confusion deviendra bien plus grande et plus sensible pour les pécheurs, lorsqu'ils se verront sépares du nombre des justes. Comme un pasteur sépare les boucs d'avec .es brebis (Matth. 13), de même lésus-Christ commandera à ses Anges de séparer les pécheurs d'avec les justes. Les uns seront places à sa droite, el les autres à sa gauche. A sa droite seront placés ceux qui auront observé lid -leinenl sa loi sainte, nu qui, après l'avoir transgressée, auront lavé les lâches de leurs péchés dans les larmes d'une sincère pénitence. La gauche sera pour ceux qui, au lieu de vivre selon les saintes maximes de n-lvangile, auront vécu selon les maximes d'un monde pervers ; pour ceux qui, au lieu de suivre ave docilité les lumières de la foi et les inspirations de la grâce, se seront laissé entraîner par les illusions des sens et par les suggestions du démon ; pour ceux encore qui auront prétendu concilier la pratique des devoirs de leur religion et de la vie chrétienne avec les mœurs et les usages des mondains, et faire pénitence sans changer de conduite, sans faire la moindre violence à leurs mauvaises inclinations. Quelle joie n'éprouveront pas alors les justes qui, aujourd'hui sont oubliés, méprisés, persécutés! quelle joie n'éprouveronl-ils pas en se voyant placés à la droite de leur .luge et dans la société des esprits bienheureux ? Quelle douleur au contraire pour ceux qui, en cette vie, cherchent leur bonheur dans les biens, les plaisirs el la gloire du monde.
lorsqu'ils se verront rejelés à la gauche, et dans la compagnie des démons? Bénis soient, s'écrieront lesjustes,bénissoient les mépris, les persécutions, les travaux que nous avons supportés avec patience ; tandis que les réprouvés maudiront les honneurs, les applaudissements et toutes les faveurs qu'ils auront reçus de la part du monde ; et réduits au plus affreux désespoir, voilà donc, diront-ils (Sap. 5),ceux dont nous avions fait l'objet de nos dérisions et de nos mépris , et dont la conduite nous semblait une folie, les voilà maintenant comptés parmi les enfants de Dieu, et leur héritage est dans le ciel. A quoi nous servent maintenant notre incrédulité et notre obstination? Quel espoir nous laissent les richesses que nous avons possédées ? La gloire, le faste et les plaisirs se sont évanouis somme une ombre; et il ne nous reste que nos œuvres qui nous confondent, et qui vont faire le sujet de noire condamnalion et de notre éternelle réprobation.
11. Après la manifestation tant du bien que les justes auront fait, que du mal que les pécheurs auront commis; la séparation des uns d'avec les autres étant faite, Jésus-Christ ,du haut de son tribunal, prononcera la sentence aussi consolante pour les uns, qu'elle sera accablante pour les autres ; sentence de bonheur pour les justes et de désespoir pour les pécheurs; sentence qui rendra les premiers bienheureux pour toujours , et les autres malheureux pour l'éternité. La voici telle qu'elle se trouve dans saint Matthieu (c. 25). Venez, les bénis de mon Père, dira Jésus-Christ avec un air de douceur et de bonté à ceux qui seront placés à sa droite ; entrez en possession du royaume qui vous a été préparé depuis l'origine du monde ; car j'ai eu faim , et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'ai eu besoin de logement, et vous m'avez logé; j'ai été nu, et vous m'avez velu ; j'ai été prisonnier , et vous êtes venus me voir et me consoler. Se tournant ensuite vers ceux qui seront à sa gauche : et vous , leur dira-t-il d'un ton de voix qui fera trembler la terre jusque dans ses fondements, vous qui ne m'avez point donné à manger lorsque j'ai eu faim, qui ne m'avez poinl donné à boire lorsque j'ai eu soif, qui ne m'avez point logé lorsque j'étais sans logement, qui ne m'avez point vêtu lorsque j'étais nu,qui ne m'avez point visité lorsque j'étais malade et prisonnier, retirez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel qui a été créé pour le démon el pour ses partisans. Oh î que les justes s'estimeront heureux en ce moment d'avoir employé leurs richesses à soulager les pauvres , au lieu de les avoir dissipées imi-
tilement ! Combien les pécheurs éprouveront de regret d'avoir perdu dans les jeux ,dans les divertissements et dans le luxe ces biens qui leur avaient été donnés pour secourir les malheureux ! Quelle consolation pour les premiers d'entendre cette voix pleine de douceur et d'amabilité, qui les bénit et les déclare possesseurs d'un royaume éternel ! Quel désespoir pour les autres d'entendre cette voix terrible qui les maudit, et qui les condamne à aller brûler dans un feu éternel avec les démons! Quelle excuse pourront-ils apporter ces infortunés? Auront-ils la témérité de répondre au souverain Juge qu'ils ne lui ont jamais refusé aucun service, aucun soulagement, puisqu'ils ne l'ont jamais vu avoir faim ou soif, qu'ils ne l'ont jamais vu sans logement, sans habit, ni infirme, ni prisonnier? Mais il leur répondra qu'ils ne devaient pas ignorer que les pauvres représentaient sa personne, et que tous les secours qu'ils leur ont refusés, c'est à lui-même qu'ils les ont refusés. Leur fermant ainsi la bouebe, il donnera sans délai son exécution à la sentence inlinimentjustc qui v iendra d'être prononcée, et ceux-ci, dit le texte sacré, iront au supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle (Matin. 25).
12. Nous avons considéré jusqu'à présent la certitude du jugement dernier, ainsi que les circonstances qui doivent l'accompagner, telles qu'elles se trouvent décrites dans les livres saints. Il est donc indubitable, mes Frères, que vous et moi nous ressusciterons en ce jour ; qu'avec le même corps que nous avons maintenant nous serons présents à ce spectacle; que de ces mêmes yeux nous verrons Jésus-Cbrist assis sur son trône éclatant ; que nous serons forcés de lui rendre un compte exact de toutes nos œuvres, et que nous recevrons de sa justice la sentence irrévocable ou de vie éternelle, ou de mort éternelle. Tout cela est aussi certain, qu'il est certain que Dieu, qui a daigné nous révéler ces eboses,ne peut pas mentir.Nous donc, vous dirai-je avec saint Paul (1 . Tbess. 5), nous qui,élant les enfants de la lumière, croyons ces grandes vérités, ne nous livrons pas au sommeil, comme font ceux qui sont les enfants des ténèbres et de la mort ; mais veillons sans cesse, attendant la venue de notre Juge: Non dormiatnns , sicut et cœtcri, tedvigitemus. Les cinq vierges folles qui, s'élant laissé vaincre par le sommeil, se trouvèrent dépourvues d'huile, furent, à la venue de l'époux, reprises et rejetées; tandis que tes cinq vierges prudentes qui, tenant à la main leurs lampes allumées, allèrent à sa rencontre, furent admises au festin nuptial. Ce serviteur lâche et paresseux qui . au lieu de fair»»
32f xxx. instruction
valoir le talent ;ic son maître ta» avait confié, le cacha dans la terre, fat condamné aux ténèbres extérieures; tandis que les autres serviteurs (jl*. tirent fructifier les talents qu'ils avaient reçus, furent introduits dans la joie de leur seigneur (Matth. 25). Si nous désirons d'être consolés lorsque Jésus-Christ viendra au dernier jour, gardons-nous de la paresse des vierges folles, et de la négligence du mauvais serviteur , et imitons sans cesse la vigilance des vierges sages et la sollicitude des serviteurs sensés et diligents. C'est précisément pour nous apprendre avec quelle attention nous devons nous préparer à la venue de Jésus-Clirisl,notre juge, que ces deux paraboles nous ont été proposées dans le saint Evangile. Mais si nous voulons être vigilants, il faut, ajoute saint Paul(l. Tbess.c. S), que nous soyons sobres ; et pour nous préserver de la paresse, il faut nous revêtir du bouclier de la foi et de la charité, ainsi que du casque de l'espérance du salut : Sobrii simus, indiili loricam {il fi eleharilatis, cl galeam *pém sulutis. Soyons sobres, usant avec précaution des biens de la terre, et réprimant nos passions, de crainte qu'elles ne viennent à trouver la raison. Revêtons-nous du bouclier de la foi, afin qu'elle nous défende contre les fausses maximes de ceux qui, comme dit l'apôtre saint lude(v.S), suivent leurs désirs, et marchent dans l'impiété. Revêtons nous aussi du bouclier de la charité, afin qu'elle nous rende plus agiles dans la fuite du vice, dans l'accomplissement de nos devoirs et dans la pratiqua des vertus chrétiennes. Couvrons-nous enfin du casque de l'espérance, afin qu'elle nous anime dans les difficultés, et qu'elle nous fortifie dans les vicissitudes de cette misérable vie. Cette sobriété, celte foi, cette charité, cette espérance feront que la seconde venue de lésus-( '.hrist deviendra l'objet de nos désirs, puisqu'en ce jour où il se fera voir plein d'indignation contre ceux qui vivent dans l'oubli de ses promesses, pour les perdre, il se montrera plein de douceur et d'amabilité à ceux qui se seront préparés à sa venue, pour les sauver (Hcb. 9).
TRENTIÈME INSTRUCTION
Nntifs pour lesquels Dieu a voulu qu'il y eût un jugement universel a la lin des siècles.
Je vous ai parlé, dans l'instruction précédente, de la certitude du jugement général et solennel que Jésus-Christ doit frire à la lin des siècles, ainsi que des principales circonslan-
ces qui doivent raccompagner. II convient maintenant que nous examinions, autant que notre faible raison pourra nous le permeltre,les motifs pour lesquels l>ieu a résolu dans sa sagesse de juger solennellement le inonde par le moyen de Jésus-Christ. Ce n'est point ici une recherche curieuse ou inutile; mais une considération très-avantageuse et même nécessaire, puisqu'elle a pour but de confirmer notre foi, de ranimer notre espérance, (te nous rendre plus vigilants et plus actifs dans l'accomplissement de nos devoirs.
1. Quoique lu foi nous enseigne que Dieu juge chaque homme en particulier aussitôt après la mort, et qu'en ce moment le sort heureux ou malheureux de chacun est décidé pour toujours, ce serait néanmoins se tromper que de croire qu'il est inutile et superflu que Dieu juge de nouveau ceux qu'il a jugés une première t'ois. 11 est vrai que noire âme, au moment OÙ elle se sépare de notre corps, va aussitôt SC présentera son juge pour lui rendre compte de ses actions, et entendre prononcer lasenler.ee définitive de sa destinée, \ussi, voyons-nous dans le saint Evangile (Lue. 16) qu'aussitôt après leur mort, Lazare fut porté par les \ngcs dans le sein d'Abraham , et le mauvais riche enseveli dans les enfers. Mais comme ce jugement demeure secret et privé, il était bien convenable qu'il fût suivi d'un autre jugement qui fût public, solennel et universel, où Jésus-Christ put manifester à l'univers son autorité suprême ; où il pût convaincre le monde de la vérité de ses promesses et de ses menaces et montrer enfin sous leur vrai point de vue toute la laideur du vice et toute la beauté de la vertu. S'il nous eût fait connaître toutes ces choses en cette vie d'une manière aussi claire et aussi sensible (pie nous les connaîtrons alors, nous n'aurions plus le moyen d'exercer notre foi qui doit être le principe de notre justification, la règle de notre conduite et le fondement de tous nos mérites. Il fallait donc qu'après nous avoir enseigné ces vérités par sa parole, il les laissât comme enveloppées d'un voile, pour nous donner le moyen de pratiquer l'humilité en soumettant notre raison à son autorité divine ; il fallait qu'il attendît la lin des siècles pour en donner une preuve claire, sensible et convaincante à l'univers entier , comme elles avaient été annoncées à la face de l'univers ; et cela pour la confusion des méchants et des incrédules, en même temps que pour la consolation des justes et des fidèles.
2. Le jugement universel aura donc lieu premièrement afin <iue tout le monde ""connaisse l'autorité suprême de Jésus-
32G XXX. INSTRTCTIOX.
Christ. Lessaintcs Ecritures, tant dans l'ancien que dansle nouveau Testament, nous parient en mille endroits différents de cette autorité suprême dont il a été revèlu par son l'ère. Il est dit dans les Psaumes (Ps. 2) qu'il a été établi roi sur la sainte montagne de Sion , que Dieu lui donnera les nations pour sou héritage, et que son domaine s'étendra jusqu'aux extrémités de la terre : que ses ennemis lui serviront de marchepied (Ps. 109) : qu'il doit juger les nations et soumettre à son empire les orgueilleux et les superbes : que son règne sera un règne de tous les siècles, et que son pouvoir s'étendra sur toutes les générations (Os. 14. 4). Nous lisons dansle prophète Daniel (c. 9) que le Kils de l'Homme se présentant devant l'Ancien des jours, reçut de lui tout pouvoir, tout honneur et tout empire, et que tous les peuples , toute tribu et toute langue reçurent ordre de lui obéir et de le servir. Tout pouvoir m'a été donné sur la terre et dans les deux, dit-il lui-même à ses Apôtres après sa résurrection (Alalth. 24), ce qui a fait dire à saint Paul (Col. 2) qu'il est le chef de toute principauté et de toute puissance ; et saint Jean, qui vit écrites sur son vêlement (Ap. 19) ces paroles : Le Roi des rois, et le Seignem des seigneurs , l'appelle le Prince des rois de la terre. Et cependant, quelque assurés que nous soyons par la révélation que celte autorité appartient à Jésus-Christ , combien ne s'en trouve-t-il pas qui ne veulent pas le reconnaître pour le Mai ire souverain de l'univers, ou qui, s'ils le reconnaissent comme tel, refusent d'obéir à ses ordres? Parce qu'il a paru sur la terre, non point sous la figure d'un monarque, mais sous la forme d'un esclave, et que, dans tout le cours de sa vie mortelle, loin de faire éclater sa gloire , sa grandeur et sa supériorité, il s'est montré comme le dernier des hommes, pauvre, faible, et soumis à la puissance humaine par laquelle il lui même jugé et mis à mort, les Gentils regardent comme une folie (I. Cor. 1) que l'on reconnaisse un droit de souveraineté dans un tel homme, et qu'on le vénère comme le Maître absolu de toutes choses, et les Juifs vont même jusqu'à en être scandalisés, i.es premiers se rient des Ecritures, cl les seconds les interprètent mal ; et les uns et les autres préférant la raison humaine à la parole divine, ne veulent pas ajouter loi aux Tentés révélées. Un grand nombre, même parmi les chrétiens, nient par leurs œuvres ce qu'ils font profession de croire de bouche (1. Tim. 1); et les effets de la puissance suprême de Jésus- Christ étant maintenant cachés cl invisibles à nos sens, bien loin de les redouter comme ils le devraient , ils ne font aucun
SUR LE SEPTIÈME ARTICLE DU SYMBOLE. 'S'il
cas de sa loi sainte, comme s'ils pouvaient la transgresser im pinémenl.
3. Mais viendra un jour (Matth. 10) où chacun verra clairement ce qui est aujourd'hui caché , et où sera manifesté en qui aujourd'hui est couvert du voile de la révélation. En son temps, dit l'Apôtre (1. Tim. 6), Noire-Seigneur Jésus-Christ se manifestera , et tous les méchants et les incrédules le voyant sensiblement de leurs propres yeux non plus, faible, pauvre et dans l'abjection , mais dans toute sa grandeur, comme leur souverain et leur juge , et ne pouvant plus résister à la vérité , ni être rebelles à cette lumière que la foi leur fournit aujourd'hui en abondance , ils seront forcés de croire et de confesser, malgré eux, qu'il est le même qui fut prédit par les Prophètes, prêché par les Apôtres, et toujours reconnu par l'Eglise universelle ; aveu qui d'aflleors sera semblable à celui des démons (-lac. 2), puisqu'il ne servira qu'à les remplir d'épouvante et d'effroi. Si, dans sa première venue, il parut égal et même inférieur aux autres hommes, dans la seconde, il se montrera supérieur aux Anges mêmes ; si, dans la première, il fut persécuté par ses ennemis, dans la seconde, il deviendra leur persécuteur ; s'il souffrit avec patience les affronts et les outrages, il en tirera alors une vengeance terrible; et manifestant ses litres glorieux qu'il avait tenus cachés, il se fera voir dans tout l'éclat de sa gloire et de sa majesté, et avec tout l'appareil de sa puissance. Le Seigneur se montrera dans toute sa force, dit le prophète Ezéchiel (c. 12), il développera toute l'ardeur de son courage; il élèvera la voix , il se rira de ses ennemis en leur disant : Je me suis tu, j'ai toujours gardé le silence , j'ai été patient ; mais maintenant je vais parler et jeter partout la terreur et l'épouvante.
4. Comment, eu effet, les impies et les incrédules pourrontiis en ce moment fermer les yeux à la vérité , quand Jésus- Christ paraîtra précédé d'une horrible confusion de la nature entière, accompagné d'une immense multitude d'Anges qui le serviront, assis sur un trône éclatant de lumière, et avec tout l'appareil de sa puissance et de sa majesté? Quand tous les hommes, sans distinction d'âge, d'étal ni de condition, seront forcés de se présenter devant lui pour être jugés selon toute la rigueur de sa justice? Toutes choses ont leur temps, dit rEcclésiaste (c. 3) : il y a le temps de se taire, et le temps de parler; le temps de l'amour et le temps de la haine; le temps de la guerre et le temps de la paix. Le Seigneur se lai! maintenant, et quoiqu'un grand nombre refusent de le re-
S28 XVX. fHSTRITCTIOll
connaître, il dissimule avec palienee. Mais an grand jour il rompra le silence , el fera entendre à ses ennemis sa voix formidable. Maintenant il est toui amour pour les hommes, et quoique la plupart abusent si indignement de ses lumières et de ses grâces, il ne laisse pas de les inviter à revenir à lui, et de leur offrir le pardon el sa miséricorde. Mais au dernier jour, il sera tout haine el fureur | our les impies ; et sa s aucune compassion pour eux, il leur fera sentir tout le poids de <i\ vengeance. Maintenant c'est le temps de la paix, et quoique à •haque instant il soit provoqué par ses ennemis, il les supporte «si se conduit comme un roi pacifique ; mais en ce jour redoutable, il leur déclarera la guerre (Sap. 5), il armera contre eux toutes ses créatures, et prenant la justice pour son bouclier, et pour casque le jitr)pmcnl certain, il les poursuivra avec la lance de son indignation, et l'univers entier combattra contre •es insensés. Voilà pourquoi le jour du jugement est appelé dans la samte Ecriture le jour de la manifestation de Jésus- Christ, puisque alors il fera connaître et manifestera sensiblement à la face de toutes les nations sa grandeur, sa puissance, sa gloire qu'il lient cachées maintenant (1. Cor. 2).
5. Faul-i! nousétonner, après cela, si le Psalmiste nous dit, ni parlant des pécheurs (Ps. 104) qu'ils chercheront à s'enfuir pour échapper à ses menaces, et qu'ils trembleront de frayeur en entendant le bruit de sa voix formidable; si le prophète Jérémie nous dit qu'ils seront comme hors d'eux-mêmes (c. 23) à la vue de l'épée flamboyante que le Seigneur tirera contre ses ennemis; si saint Jean nous apprend (\p. 6) qu'ils prieront les montagnes de tomber sur eux pour les dérober aux regards du .luçe assis sur son trône, el à la col-re de PAgneau ? Si les frères de Joseph (Gen. 45) furent saisis de terreur lorsque celui qu'ils avaient persécuté injustement et vendu par jalousie , se manifesta à eux dans la cour de Pharaon , quoiqu'il le fit avec uu air de clémence et de bonté; quel sera l'effroi des méchants et des incrédules, lorsqu'ils verr ni Jésus-Christ dans toute sa majesté, et qu'au signe de sa croix, dont il sera précédé , et aux cicatrices qu'il conservera sur son corps, ils Je reconnaîtront pour celui-là même qu'ils auront méprisé,^ -tragé et persécuté? K la vue de ces plaiesqu'ils ont faites eux-mêmes à son corps adorable . et en apercevant dans le Rédempteur toutes les marques les plus sensibles de celte puissance et de cette souveraineté qu'ils n'ont jamais voulu craindre, ils seront forcés de reconnaître en lui uour leur malheur celte autorité suprême qu'dsont toujours refusé de croire Gt de respecter pour leur salut.
G. Profilons, mes Frères, de ces lumières que la foi nous fournil; croyons fermement que Jésus-Christ csi notre Maître, notre Roi et notre luge; servons-le avec crainte et avec amour, et gardons-nous bien de lui donner par notre négligence un motif de s'irriter contre nous. N'imitons pas ces chrétiens qui passent leur vie dans l'oubli de cette grande vérité, et qui, comme si le divin Rédempteur ne devait jamais faire usage de sa puissance et de son autorité suprême, ne cherchent qu'à vivre dans l'oisiveté et à satisfaire leurs passions. Rappelonsnous ce qui arriva au temps de ISoë et au tennis de Loth (Luc. 17). Les hommes buvaient, mangeaient, se livraient à la joie, et aussitôt que Noc fut entré dans l'arche, le déloge arriva, et ils furent tous submergés. Les habitants de Sodôme se divertissaient et se livraient à tous les plaisirs des sens , et aussitôt que Loth fut sorti de cette ville, Dieu fit tomber sur eux une pluie de feu et de soufre, et ils furent tous dévorés parlcsflammcs.il en arrivera autant, dit le texte sacré, en ce jour où se manifestera le Fils de l'Homme : soyez donc vigilants, et tenez-vous toujours prêts (Matlh. 25).
7. Comme Jésus-Christ a réservé ce grand jour pour faire connaître sa puissance à tous les hommes, il l'a réservé pareillement pour les convaincre tous de la vérité de ses menaces et de ses promesses. 11 a menacé les pécheurs d'un châtiment éternel, et il a promis aux justes des récompenses éternelles. Pour inspirer aux premiers une crainte salutaire , il leur a parlé souvent de l'enfer préparé aux méchants après la mort, et pour animer les autres par l'espérance et les engager à persévérer dans la pratique des vertus , combien de fois leur a-l-il rappelé la pensée du paradis réservé aux bons en l'autre vie !
8. Néanmoins, il se trouve un grand nombre d'hommes sur l'esprit et sur le cœur desquels les choses lointaines et invisibles qui ne frappent point les sens, ne font pour l'ordinaire aucune impression, qui ne sont nullement émus par ces menaces et par ces promesses. Il y a même des libertins téméraires qui regardent les récompenses et les peines de l'autre vie comme une invention de la politique, faite à plaisir pour faire trembler les esprits faibles, et pour contenir le peuple simple et grossier; ou hien, s'ils n'osent pas nier ouvertement ces vérités, ils en parlent sans respect, comme de choses incertaines et douteuses. Oui sait, disent-ils (Sap.'2), ce qui doit avoir lieu après la mort? De tous ceux qui sont sortis de ce monde, il n'en est aucun qui soit revenu pour nous dire ce rmiçe passe
331 XXX. INSTRUCTIOS
cm i'auli'C vie. Nous voyous que toutes choses réussissent ég\leuicul au juste et à l'impie, au bon et au méchant, au pur et à l'impur, à celui qui offre des victimes et à celui qui se rit des sacrifices. Nous avons péché nous-mêmes, et quel mal en est-il résulté pour nous? Ainsi, parce que Dieu ne punit pas le péché sur-le-champ d'une manière sensible, ils s'imaginent qu'il restera toujours impuni. Que s'ils ne peuvent parvenir à effacer entièrement de leur esprit l'idée de la justice d'vine, que la nature elle-même y a gravée, la divine miséricorde est grande, disent-ils ; le Seigneur nous pardonnera volontiers la multitude de nos fautes. Se faisant ainsi illusion, ils commet tent l'iniquité sans remords; et suivant les maximes de ces impies dont il est fait mention dans le livre de la Sagesse (1.2), Venez, disent-ils, jouissons des biens présents, remplissons-nous des vins les plus délicats, cl couvrons-nous de parfums. Il faut nous couronner de roses , avant qu'elles se flétrissent. Que tous les lieux soient témoins de nos plaisirs; laissons partout sur nos pasdes signes de notre allégresse, puisque c'est là notre partage et notre suri.
9. C'est ainsi que pensentles libertins, c'est ainsi qu'ils agissent; mais ils pensent mal, et ils agissent de même. Si maintenant Jésus-Christ ne leur donne d'autre preuve de la vérité de ses promesses et de ses menaces que sa divine parole, i! en donnera à la fin du monde et à la face de l'univers une preuve sensible et évidente, capable de convaincre tous ceux qui n'auront pas voulu craindre les châtiments dont il les menace, et qui n'auront fait aucun cas des récompenses qu'il leur promet. Alors il fera voir qu'il est ce pèrede famille qui, dans sa sagesse, a laissé croître l'ivraie avec le bon grain (Matin. 13), pour séparer l'un de l'autre au temps delà récolte , et ce seigneur (Luc. 10) qui s'en étant allé dans un pays éloigné, pour prendre possession d'un royaume, appela à son retour ses serviteurs pour leur faire rendre compte de l'argent qu'il leur avait confié, et qui, après avoir récompensé généreusement ceux qui l'avaient fait valoir, fit mettre à mort en sa présente les rebelles qui n'avaient pas voulu se soumettre à son commandement. Quand les Anges feront celle séparation fatale des réprouvés d'avec les justes ; quand le souverain luge,après avoir déclaré les uns possesseurs du royaume éternel, condamnera les autres au feu et à la mort éternelle, alors tout le monde pourra reconnaître et distinguer celte ivraie qui était sur le point d'éprouver le même sort que le bon grain, parce qu'elle avait crû avec lui. Alors Jesus-Chrisî, après avoir manifesté à
la face du ciel et delà terre la constante fidélité des justes, et la témérité, l'ingratitude et l'obstination des méchants, fera voir au monde entier que s'il dissimule maintenant les injures qu'il reçoit de la part des pécheurs, il est loin cependant de les oublier, et que s'il parait ne pas faire attention aux bonnes œuvres des justes , il tient néanmoins un compte exact même d'un verre d'eau froide donné à un pauvre en son nom. En un mot, l'on verra dans ce grand jour l'accomplissement de toutes ses promesses , et l'exécution de toutes ses menaces, et chacun recueillera selon qu'il aura semé durant sa vie (Gai. G).
10. Pensez, mes Frères, quelle consolation éprouveront alors les justes, pour avoir mis toute leur confiance en Dieu, pour avoir observé fidèlement sa loi sainte, pour avoir renoncé à l'amour des biens terrestres, et poursuivi la conquête des biens du ciel îquel désespoir, au contraire, pour les pécheurs qui auront plutôt ajouté foi aux vains discours des homme; qu'aux vérités de la religion, qui auront préféré les maximes du inonde à celles de l'Evangile, qui auront sacrifié les biens du ciel pour faire l'acquisition des biens périssables delà terre. Alors ils maudiront, mais trop tard, ces livres qui les ontperveriis.res amis qui les ont séduits, ces objets qui les ont enchantés; et se voyant tombés entre les mains d'un Dieu tout-puissànt , sentant tout le poids et toute la honte de leurs crimes. nous nous sommes écartés, diront-ils (Sap. 5), de la voie de la vérité; nous n'avons pas voulu suivre les sentiers de la justice , nous nous sommes fatigués dans la route de l'iniquité et de ! ; perdition, nous avons ignoré par notre faute cl par notre i nation la voie du Seigneur. Ainsi ils seront forcés de coi sera la face de l'univers cette vérité qui leur fui si souvenl annoncée, qu'il y a un Dieu infiniment juste et inûnimeol puissant qui glorifie les humbles, et abaisse les superbes, qui l'ait éprouver les doux effets de sa miséricorde à ceux qui le craignent, et les effets terribles de sa justice et de sa puissance à ceux qui le méprisent et qui l'outragent. Alors ces infortunés frémissant de rage, s'abandonnant au plus affreux désespoir en se voyant exclus de cette gloire qui sera la récompense des élus, seront précipités dans le l'eu éternel, pour y souffrir à jamais les tourments les plus horribles.
11. Que les promesses et les menaces de Jésus-Christ fassent maintenant sur nos cœurs les plus vives impressions.aliu de ne pas éprouver cette frayeur inutile et cet affreux désespoir dans ce grand jour où nous les verrons se" vérifier, s'ac
o';2 XXX. INSTRUCTION
coroplir. Bienheureux, dit le Roi-Prophète (Ps. lll),rhommc (jui craint Dieu et qui met eu lui toute son espérance. En ce jour où tout l'univers sera dans la consternation, lui seul sera sans crainte, parce que Dieu lui-même sera son refuge, son secours et sa force. Quoi de plus capable de nous effrayer, que les châtiments dont Dieu menace les pécheurs? Quoi de plus propre à ranimer notre force et notre courage, que les récompenses qu'il promet aux justes ? Craignons ces châtiments et aspirons à ces promesses. La crainte des peines nous rendra vigilants contre le vice, et la vue des récompenses nous fera marcher avec ardeur dans la voie de la vertu. En nous maintenant ainsi fidèles à Dieu pendant cette vie, notre place en ce grand jour sera parmi les élus; et ce même juge, qui sera alors la terreur des réprouvés, sera pour nous la cause de notre joie et l'objet de notre félicité.
12. Une autre vérité, que le monde ne veut pas comprendre, sera pareillement manifestée en ce grand jour. En cent endroits différents les saintes Ecritures nous disent que le péché est Tunique mal de l'homme, et que la vertu seule peut faire son bonheur. Elles nous apprennent (Ps. 13) que les voies de l'impie sont semées de revers et de calamités, que les maux de toute espèce courent après les méchants, que le péché seul rend les peuples misérables , que celui-là est un infortuné (Prov. 13) qui refuse d'observer dans tous ses points la loi du Seigneur. Elles nous disent au contraire que le.s actions des justes prospéreront toujours (Sap. 3), que les bénédictions du ciel les plus abondantes descendront constamment sur eux. Jésus-Christ nous a enseigné de sa propre bouche que les bienheureux sont non pas les riches, mais les pauvres ; non ceux qui recherchent les honneurs cl les distinctions , mais ceux qui sont, comme lui, doux et humbles de cœur; non ceux qui rient, mais ceux qui pleurent ; non ceux qui se plaisent dans les querelles et les dissensions, mais les pacifiques ; non ceux qui sont favorisés du monde, mais ceux qui sont persécutés pour la justice (Matlh. 5). Mais, hélas! toutes ces vérités semblent des paradoxes aux enfants du siècle;cette doctrine si sublime parait étrange aux hommes charnels, qui n'entendent rien aux choses de Dieu (1. Cor. 2). Comme les richesses, les plaisirs , la puissance et les honneurs se présentent à eux smisun aspect riant qui les enchante, et qu'au contraire la pauvreté , les souffrances, les mépris et les tribulations ne se montrent que sous un aspect triste et qui répugne à leurs idées , ils se laissent malheureusement tromper par ces
apparences , et se persuadent que la possession de ces biens périssables forme la véritable félicité de l'homme, et que son malheur consiste dans la privation de ces faux biens. Aussi regardent-ils comme sages et prudents ceux qui savent se les procurer, qui savent maintenir leurs droits par la force , se concilier l'estime et la vénération des hommes, se venger des injures, et trouver les moyens de pouvoir jouir de toutes sortes de plaisirs et de satisfactions; tandis qu'ils tournent en dérision la simplicité des justes, qui parlent avec sincérité, qui font du bien à leurs frères sans rechercher en cela leur intérêt propre , qui reçoivent les injures sans conserver aucun sentiment de haine ; tandis qu'ils les regardent comme des insensés, parce qu'ils ne savent pas dissimuler dans les occasions, parce qu'ils rendenllebien pour* le mal, parce qu'ils ne cherchent point à se venger contre ceux qui leur nuisent,parce qu'au lieu d'être vigilants et empressés pour acquérir les biens de la terre qui leur manquent, ils renoncent encore avec joie à ceux qu'ils possèdent (S. Gregor.l. 10. in Job, c. 16).
13. Mais au grand jour du jugement Jésus-Christ lèvera le masque qui couvre le vice , et le fera voir dans toute sa difformité ; il dépouillera la vertu de tout ce qu'elle a extérieurement de dur et de pénible , et la montrera avec tous ses charmes. Oh ! comme elle paraîtra alors belle et désirable cette vertu qui parait si austère aux yeux des mondains ! Que dira le monde , quand il verra les humbles glorifiés , et les superbes humiliés; les pauvres environnés de gloire , et les mauvais riches couverts d'ignominie ; les pénitents destinés aux délices du paradis, et les voluptueux condamnés aux supplices éternels de l'enfer? Que dira-t-il, quand il verra ces puissants aujourd'hui tant craints, tant respectés , alors tout tremblants de frayeur; ces idoles tant flattées, alors devenues l'opprobre du genre humain et un objet d'horreur aux yeux du ciel et de la terre? Quand ces grands, qui commandent avec tant de hauteur à ceux qui leur sont soumis, seront foulés aux pieds par ces humbles sujets qu'ils auront tant méprisés? Mors enfin ce monde pervers sera forcé de reconnaître et d'avouer que la félicité des méchants n'est point une véritable félicité, puisque, après avoir duré quelques instants, elle va aboutir à un malheur sans (in; et que les disgrâces des justes sont bien loin d'être pour eux des disgrâces réelles , puisqu'en peu de jours elles leur procurent un bonheur éternel.
14. Qu'il vous souvienne, mes Frères , de cette grande pécheresse que vit saint Jean dans son Apocalypse (c. 17 ). Elle était vêtue de pourpre et d'écarlate, richement ornée d'or, de pierres précieuses et de perles , et elle tenait à la main un vase d'or plein d'abominations et d'impuretés. Par sa beauté apparente et par la richesse de ses ornements, elle attirait à elle les hommes imprudents, lesquels approchant les lèvres de ce calice, s'enivraient en y buvant le vin de la prostitution. Mais le saint Apôtre entendit une voix du ciel, qui disait (c. 18): Multipliez ses tourments et ses douleurs à proportion de son orgueil et de ses délices. Les plaies , la mort , le deuil et la famine viendront fondre sur elle en un même jour , cl elle sera consumée par le feu , parce que Dieu qui la condamnera est puissant. Alors tous ceux qui se sont corrompus avec elle, et qui ont vécu dans les délices, pleureront sur elle, et frapperont leur poitrine , en voyant la fumée de son embrasement. Après cela, il entendit (c. 19 ) dans le ciel comme la voix d'une grande multitude qui disait: Salut, gloire et puissance à notre Dieu; parce que ses jugements sont pleins de vérité et de justice. 11 a condamné la grande prostituée, qui a corrompu la terre par sa prostitution. Cette grande pécheresse représente le monde , et sa fin déplorable nous montre ce qui arrivera à ce monde séducteur au jour du jugement. 11 parait maintenant tout beau, tout riche , tout enchanteur ; et présentant à boire aux hommes dans un calice d'or, il parvient par ces apparences trompeuses à en séduire un grand nombre. Mais que sa face aura changé alors , et quel motif de désespoir il donnera à ses partisans qui le verront couvert de confusion , incendié et détruit ! tandis que ceux qui auront été assez sages pour ne pas prêter l'oreille à ses suggestions , se réjouiront alors , en voyant la juste vengeance que le Très-Haut exercera sur ce séducteur (Ps. 57 ).
15. Voudrions-nous, mes Frères, attendre, pour nous détromper, ce jour où la connaissance delà vérité ne servirait qu'à augmenter notre malheur et notre désespoir? Jugeons des choses non plus selon les apparences, mais selon les lumières de la foi. Quelque dure que nous semble la vie des justes, et quelque fortunés que nous paraissent les pécheurs, pie ni les disgrâces apparentes des uns, ni la prétendue félicité des autres ne nous détournent de l'accomplissement de nos devoirs , ni de la pratique des vertus chrétiennes. Quels que soient les moyens que le démon mette en œuvre pour nous faire succomber, la seule pensée du jugement universel
SUa LE HUITIÈME ARTICLE DU SYSTOLE? u?J
Sera suffisante pour dissiper toutes ses illusions. Les mondains nous accuseront d'une trop grande simplicité ; mais nous leur répondrons qu'un jour viendra où Jésus-Christ, manifestant sa puissance suprême à l'univers, fera changer de pensées et de discours à ceux qui ne veulent pas croire maintenant à sa parole. Ils nous traiteront d'esprits faibles et crédules , et nous leur dirons que viendra un jour où Jésus-Christ leur donnera des preuves sensibles de ses menaces et de ses promesses, et où il fera trcmhlcr ceux qui se vantent maintenant de ne rien craindre. Ils nous traiteront d'insensés; mais nous leur répondrons qu'au jour du jugement, Jésus-Christ leur fera connaître leur propre folie , et la sagesse de ceux qu'ils auront regardés comme des insensés. Ces réflexions nous tiendront éloignés pour toujours du danger de tomber 1 dans l'obstination des incrédules, d'imiter la témérité des libertins et les dérèglements des mondains licencieux. Tel es! , Chrétiens, le fruit que vous devez retirer de l'instruction que vous venez d'entendre.
rRENTE-DNTEME INSTRUCTION.
L'.-'.r les parolcsdu liuiiièmc article du Symbole : C>edo in Spiritum saflciim. Nom, Divinité et Procession du Saint-Esprit.
Si nous (lovons croire l'unité del'cssencc divine,nous devons pareillement reconnaître la distinction des Personnes. Cetie foi qui nous apprend qu'il n'y a qu'un Dieu, et qui déteste la folie des païens, lesquels, supposant à la lumière même de la raison, adoraient plusieurs divinités, celte même foi nous enseigne qu'il va en Dieu trois personnes distinctes, dont le nombre et la distinction ne préjudicienl nullement à l'unité de la nature, et condamnent l'obstination de ces incrédules qui, ne voulant suivre d'autre lumière que celle delà faible raison humaine, refusent de soumettre leur intelligence à la révélation divine. Je vous ai déjà parlé ailleurs de ee mystère sublime, et je vous ai exposé, dans les instructions précédentes, ce qu'aucun chrétien ne doh ignorer relativement au Père et au Fils qui sont les deux premières personnes. 11 convient maintenant que je vous développe ce qui a rapport au Saint-Esprit, troisième personne de l'auguste Trinité, dont la connaissance n'est pas moins nécessaire aux fidèles que celle des deux autres personnes divines. Aussi, les saints Apôtres, après avoir
i'M XXXI. IKSTRUCT10N
proposé dans leur Symbole ce que nous devons croire sur Içâ deux première) personnes, passant aussitôt à la troisième,nous cnseignenl-ils,dans ce huitième arlicle,quc nous devons croire au Saint-Esprit : Credo inSpirilum sanctum. Je vous parlerai donc aujourd'hui du Nom, de la Divinité, de la Procession de cette troisième personne divine, et en premier lieu je vous ferai voir comment le nom de Saint-Esprit lui convient : je vous montrerai ensuite qu'il est vraiment Dieu,égal au Père et au Fils, et enfin autant qu'il sera en moi,je vous expliquerai de quelle manière il procède du Père et du Fils. Prions Dieu qu'il nous éclaire de sa lumière divine, afin qu'elle nous préserve de toute erreur dans la considération de ces mystères si su- Mimes.
1 . Comme le nom de Père convient à la première personne de la très sainte-Trinité, et celui de Fils à la seconde, ainsi la troisième se distingue par celui de Saint-Esprit. Il est vrai qu'on pourrait avec raison le donner aussi aux deux premières personnes, puisque les trois personnes divines étant un seul vrai Dieu, lequel est un pur Esprit, comme nous l'assure Jésus-Christ dans l'Évangile selon saint Jean (c. 4), et un Esprit-Saint, selon que le prophète Isaïe l'entendit chanter aux Séraphins (c. 6), on ne peut pas douter que le nom de Saint- Esprit ne convienne également au Père et au Fils comme à la troisième personne. Cependant, nous nous servons ordinairement de ce nom pour exprimer cette troisième personne, et c'est dans ce sens qu'il est pris non-seulement dans cet arlirle du Symbole des Apôtres, mais encore fréquemment dans les livres sacrés tant de l'ancien que du nouveau Testament. Seigneur, disait le roi David (Ps. 50), n'éloignez pas de moi votre Esprit-Saint. Qui pourra, disait le Sage (Sap. 9), connaître vos divins conseils, si vous ne nous en donnez vous-même l'intelligence, et si vous ne nous envoyez d'en-haut votre Esprit- Saint? Et dans l'Ecclésiastique,il est dit (cl) que c'est dans le Saint-Esprit que fut créée la sagesse. Nous lisons aussi dans saint -Matthieu (c. 1) que saint Joseph étant agité de diverses pensées sur l'état de son épouse, un Ange vint lui dire que ce qui était en elle n'était pas l'œuvre de l'homme, mais du Saint-Esprit. 11 est dit pareillement dans saint Luc (c. 3) que le précurseur Jean-Baptiste, parlant de la grandeur de Jésus- Christ, disait qu'il baptiserait dans le Saint-Esprit. Jésus-Christ lui-même se servit de ce nom pour exprimer la troisième personne de la très sainte Trinité, lorsqu'il dit (Matlh. 12) que le blasphème proféré contre le Saint-Esprit ne serait remis ni
dans ce monde, ni dans l'autre; et lorsque, envoyant les Apôtres prêcher l'Evangile (id., c. 28), il leur commanda d'enseigner toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et lorsque leur communiquant le pouvoir de remettre les péchés et de les retenir, il leur dit (Joan. 20) : Recevez l'Esprit-Saint. De là ce langage devenu si commun dans l'Eglise, et celle habitude que nous avons de nous servir de ce nom pour exprimer la troisième personne de la sainte Trinité, et de ne pas en avoir une autre dans l'idée, lorsque nous entendons nommer le Saint-Esprit.
2. Mais direz-vous, pourquoi ne pas donner à la troisième personne son nom propre, comme on le donne à la première cl à la seconde ? La première s'appelle le Père, la seconde se nomme le Fils, et ces noms leur sont tellement propres , que celui de Fils ne peut pas convenir à la première personne, ni à la troisième, et qu'on ne peut attribuer celui de l'ère ni à la seconde, ni à la troisième; pourquoi donc donne-t-on à la troisième un nom qui peut être commun aux deux autres personnes ? Pour lever ce doute, il faut savoir que la seconde personne procède de la première par voie de génération (Calh. Rom., p. 1., c. 9). Celte émanation ayant sou nom propre de génération par lequel elle se distingue, il s'ensuit que la première personne, qui est celle qui engendre , a le nom de Père, et que la seconde, qui est engendrée, a celui de Fils ; noms qui ne peuvent pas convenir à la troisième personne, parce qu'elle n'engendre point, et qu'elle n'est point engendrée. Or, celle troisième personne procède , à la vérité, du Père et du Fils ; mais nous n'avons pas de nom propre et distinct pour exprimer cette procession; car étant forcés d'un côté d'emprunter aux choses créées les noms dont nous nous servons pour exprimer les choses divines, et, d'un autre côté, ces choses créées ne nous montrant pas d'autre voie de communiquer à autrui sa propre substance que celle de la génération, nous manquons d'expression suffisante pour distinguer d'une manière propre cette émanation divine par laquelle nous savons à la vérité que Dieu se communique lui-même tout entier par voie d'amour, d'une manière qui D'est pas une génération ; mais quelle csl cctle manière, et quel est le nom propre qui lui convient, c'est ce que nous ignorons (S. Aug., Tract. 99. inJoan.). De là vient que comme nous nous servons du mot commun despiralion et de procession pour exprimer celle émanation divine, ainsi on a donné à cette mémo troisième personne knom commun d'Espiil-Saint.
ô'âS. XXXI. IKSTEU CTiON
3. Néanmoins, quoique ce nom convienne aussi à la première personne et à la sccc.idc, puisque le Père est esprit, que le Fils est esprit, que le l'ère est saint, et que le Fils est pareillement saint (S. Aug.,1. 5. de Trin.,c. 19), c'est avec raison qu'on l'a donné à la troisième personne pour la distinguer des autres, comme c'est avec raison qu'on lui attribue en propre les noms d'Amour et de Charité, quoiqu'ils conviennent aussi aux deux autres personnes. Qui peut douter que le Père ne soit lui-même amour, et que le Fils ne le soit aussi.puisque l'apôtre saint Jean nous dit (Ep. 1 .,c. 4) que Dieu est tout charité? Mais comme l'amour avec lequel le Père aime le Fils, et avec lequel le Fils aime son divin Père , constitue l'essence de cette troisième personne, quoi de plus convenable , dit saint Augustin (ibid.), que d'appeler proprement le Saint-Esprit Amour, lui qui est l'amour substantiel du Père et du Fils ? Ainsi,quoique le Père soit pur esprit, et que le Fils soit aussi pur esprit, puisque Dieu n'est pas corporel, mais pur esprit, néanmoins on a donné très convenablement ce nom à l'Esprit Saint (id. Tract. 99. in Joan.) , lequel est l'Esprit du l'ère et du Fils, comme étant celui qui procède du Père et du Fils. Pareillement encore, quoique le Père soit saint, et que le Fils soit saint, cependant, dit saint Augustin (1. 11. de Civit. Dei, c.24),nousappelonsproprement lalroisième personne l'Esprit- Saint,parce qu'elle est la sainteté substantielle et consubstantielle des deux premières.
4. On peut apporter une autre raison de la convenance de ce nom. Les divines Ecritures , pour s'accommoder à notre faiblesse et à notre capacité, se servent ordinairement, pour nous donner l'intelligence des choses divines, des termes que nous employons pour exprimer les choses naturelles. Or, nous avons coutume d'appeler esprit un certain mouvement , une certaine impulsion qui a lieu dans les choses corporelles, et nous donnons vulgairement ce nom au vent et à la respiration des êtres qui jouissent de la vie. Aussi, est-il dit dans le Psaume (148) que le feu, la grêle, la neige, l'esprit des tempêtes obéissent à la parole du Seigneur; et, dans un autre endroit (Ps. 118): J'ai ouvert la bouche, et j'ai attiré l'esprit. Et comme c'est le propre de l'amour de mouvoir et de porter en quelque sorte la volonté de celui qui aime vers l'objet aimé (v. Nat. al. de Sim.art. 9), c'est ajuste litre que l'on appelle Esprit la troisième personne de la sainte Trinité, laquelle , selon le langage des saints Pères , procède du Père cl du Fils comme étant l'amour, la charité, la communication
înc(îal)le de l'un et de l'antre. Et ensuite, parce que nous appelons saicles les choses qui ont rapport à Dieu el qui tendent à lui, nous nommons avec raison non-seulement Esprit , mais Esprit-Saint la personne divine qui procède comme amour , et comme étant cet amour avec lequel Dieu s'aime lui-même. Enfin, ce qui nous montre encore la convenance de ce nom. ee sont les effets que le Saint-Esprit produit en nous ; car c'est lui qui met en nous la vie spirituelle, qui nous rend agiles et prompts à faire le bien , qui, par ses grâces et par ses inspirations, communique la valeur et le mérite à nos bonnes i euvres.
5. Vous venez d'entendre, mes Frères, quelles sont les raisons pour lesquelles on donne à la troisième personne de la très sainte Trinité le nom de Saint-Esprit. Voyons maintenant Miellés sont les choses que la foi nous propose à croire, relativement à cette personne divine. Nous devons croire, en premier lieu, que le Saint-Esprit est vrai Dieu, égal et consubstanliel au l'ère et au Fils. Comme il y eut 'Ses hérétiques qui nièrent la divinité du Fils, il y en eut ainsi qui eurent la témérité de combattre la divinité du Saint-Esprit, et qui osèrent soutenir qu'il n'est simplement qu'un ministre de Dieu, du reste bien inférieur à Dieu lui-même en nature et en dignité. Mais l'Eglise qui toujours conserve la foi pure et sans tache, détestant les erreurs des uns et des autres , fait profession de croire que le Fils est vraiment Dieu, et que le Saint-Esprit l'est pareillement. Ainsi , comme pour confondre les premiers, elle a voulu que l'on chantât solennellement à la sainte messe ces paroles : Je crois en Jésus-Christ, Seigneur, Fils unique de Dieu, né du Père avant Ions les siècles, Dieu tic Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré cl non fait, consulstanticl au Père, par le moyen duquel toutes choses ont été faites; de même, pour confondre les seconds , elle veut que l'on chante dans le même Symbole les paroles suivantes : Je crois au Saint-Esprit, Seigneur et vivifiant, qui est adoré avec le Père et le Ftls, et qui a avec eux la même gloire. Avec quelle clarté, en effet, ne nous a-t-il pas été révélé dans les saintes Ecritures quele Saint-Esprit est Dieu? le Prophète royal, après avoir dît ('2. Reg. 23) : L'Esprit du Seigneur a parlé par ma bouche. ajoute aussitôt : Le Dieu d'Israël m'a dit. le Fort d'Israël . ! Dominateur des hommes m'a parlé, voulant faire entendre que cet Esprit qui lui avait parle était le Dieu d'Israël et le souverain Maître de l'univers. Le prophète lsaïe (c. 6) entendit la voix de Dieu qui lui dit: Allez et dites à ce peuple : Ecoutez
340 X\'Xr. INSTRUCTION
et n'entendez pas, regardez et ne voyez pas. Aveuglez l'esprit de ce peuple, fermez-lui les oreilles et les yeux, afin qu'il ne voie point , qu'il n'entende point , et qu'il ne comprenne point. Or, l'apôtre saint Paul nous apprend (Act. 28) (pie ce fut l'Esprit-Saint qui alors parla par la bouche du prophète Isaïe, et par conséquent, cet Esprit-Saint n'est pas autre que Dieu luimême. Mais quelles paroles plus claires que celles de l'apôtre saint Pierre, qui sont rapportées dans les Actes des Apôtres (c. 5)? Reprenant Ananie de ce qu'il n'avait pas déposé aux pieds des Apôtres tout le prix du champ qu'il avait vendu, Ananie, lui dit-il, pourquoi vous ètes-vous laissé induire par Satan à mentir au Saint-Esprit? Vous n'avez pas menti aux hommes, mais à Dieu. Saint Pierre ne croyait donc pas que le Saint- Esprit fût inférieur à Dieu, mais il tenait pour certain qu'il était Dieu lui-même, puisque tandis qu'il met une grande différence entre mentir aux hommes et mentir à Dieu, il n'en met aucune entre mentir au Saint-Esprit et mentir à Dieu même.
6. Non-seulement les saintes Ecritures lui donnent le nom de Dieu, mais elles lui attribuent encore les perfections qui ne peuvent convenir qu'à Dieu, les œuvres qui ne peuvent s'opérer que par la vertu de Dieu, et le culte qui n'est dû qu'à Dieu. Si Dieu est éternel, le Saint-Esprit l'est pareillement, puisque Moïse nous assure (Gen. 1) qu'il était au commencement du monde, se promenant sur les eaux et leur donnant la fécondité. Pi Dieu est immense, le Sage nous apprend (c. I) que l'esprit ïlu Seigneur remplit toute la terre; et le Psalmiste dit aussi 'Ps. 138) :0ù irai-je pour me dérober à votre esprit? II est partout; si je monte vers les cieux, si je descends dans les profondeurs des animes, je le trouve présent en tout lieu. Si ) 'ieu est tout-puissant, l'Esprit-Saint est la vertu du Très-Haut (Luc. 1), cl c'est à lui que les cieux doivent leur stabilité. Si Dieu sait tout , s'il connaît les choses les plus éloignées comme si elles étaient présentes, comment pourrait-on ne pas reconnaître la même science dans le Saint-Esprit, puisque c'est lui qui les fait connailre-aux hommes , ainsi que l'atteste saint Pierre (Ep. 2., c. 1), et qui a parlé par la bouche des Prophcles? Si nous voulons maintenant considérer les œuvres, FEsprit-Saint est créateur, puisque c'est lui qui a établi les cieux , et qui a rendu les eaux fécondes. 11 est conservateur, puisque c'est lui qui renouvelle la face de la terre. Il opère des miracles, puisque ce fut lui qui en uu instant remplit l'es prit des Apôtres de connaissances si sublimes et si profondes, que d'hommes grossiers et ignorants qu'ils étaient , ils
SUR LE ni'ITIÈME ARTICLE DU SYMBOLE. 3il
devinrent les plus sages et les plus savants de la terre. Ce fut lui qui les fit parler de manière à être entendus et compris par une multitude composée de personnes de diverses langues cl de diverses nations (Àct. 2). Ce fui lui qui leur donna le pouvoir de faire marcher les boiteux, de rendre la vie aux morts, de guérir les infirmes par le seul attouchement de leurs habits cl par l'ombre même de leurs corps. Ce fut lui, en un mot , qui leur communiqua, comme dit saint Paul (1. Cor. 12), le don de sagesse, le pouvoir de rendre la santé, celui d'opérer des miracles, l'esprit de prophétie, le discernement des esprits et le don des langues.
7. Outre ces œuvres prodigieuses qui appartiennent à l'ordre de la nature, il y a encore les œuvres de la grâce , lesquelles ne manifestent pas moins clairement la divinité du Saint-Esprit. Oui fut l'auteur de la conception de Jésus-Christ et de sa naissance miraculeuse? L'Espril-Saint, dit à Marie le messager céleste (Luc. 1), descendra en vous, et il fera (pie, sans cesser d'être vierge, vous deveniez Mère de Dieu. Ce que votre épouse porte dans son srin , dit l'Ange à saint Joseph (Mallh. 1) , est l'œuvre du Saint-Esprit. Oui remplit de grâce el de sainteté Jésus lui-même ? L'Esprit de Dieu est sur moi, dit en sa personne le prophète Isaïe (c. "1), il m'a oint, et m'a envoyé prêcher aux hommes la vérité. Et saint Luc (c. 4) nous fait savoir que Jésus-Christ était rempli de l'Esprit-Saint. Oui enfin nous remet nos péchés , qui nous donne la grâce, qui nous justifie, qui répand dans nos cœurs la charité, qui nous éclaire, qui nous sanctifie , el qui un jour nous fera ressusciter aune vie immortelle ? Les saintes Ecritures n'attribuent-elles pas toutes ces opérations au Saint-Esprit ? Vous avez été lavés et purifiés, dit l'Apôtre (1. Cor. 6), (huis le sang de Jésus-Christ cl dans l'Esprit de notre Dieu. La grâce du Saint-Esprit s'est répandue dans les nations, dit saint Luc. (\ct. 10). La charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit, ajoute saint Paul (Rom. S); el dans la seconde épitre aux Thessaloniciens (c.2), il se réjouit avec eux de ce qu'ils ont élé choisis de Dieu pour être les prémices du salut par la sanctification du Saint- Esprit. Le même Apôtre nous assure que si l'esprit de celui qui a ressuscité .lésas habile en nous, celui qui a ressuscité Jésus-Christ rendra aussi la vie à nos corps mortels , à cause de son esprit qui habile en nous. Or, la sainte Ecriture qui attribue au Saint-Esprit toutes ces opérations admirables, celle même Ecriture nous apprend qu'il n'appartient qu'à Dieu
o12 XXXI. INSTRUCTION
de les faire; qu'il n'y a que Dieu qui puisse remettre les péchés , donner la grâce, justiiier l'homme, sanctifier les âmes, rendre la vie aux morts. Qui donc osera, contre de si nombreux et si puissants témoignages, nier que le Saint-Esprit ne soit vraiment Dieu?
8. Une autre preuve invincible, que nous avons pour confondre l'impiété des hérétiques, est celle que nous fournil l'apôtre saint Paul (I. Cor. ,6) lorsqu'il assure que nos membres sont les temples du Saint-Esprit. De ces paroles saint Augustin tire le raisonnement suivant (1. 1. de Trin.,c. 6). Quelle plus grande folie , et quel plus détestable sacrilège que de dire que les membres de Jésus-Christ sont le temple d'une créature? Si nous, qui sommes les membres de Jésus-Christ, sommes aussi le temple du Saint-Esprit, le Saint-Esprit n'est donc pas une créature; car si nous lui consacrons notre corps comme étant son temple, il s'ensuit nécessairement que nous lui devons le culte, le respect et les hommages qui ne sont dus qu'à Dieu ; culte , hommages que dans la langue grecque on exprime par le nom de Latrie. Aussi l'Apôtre , après avoir dit que nos membres sont les temples du Saint-Esprit , en tire-t-il aussitôt cette conséquence: Glorifiez donc Dieu dans votre corps (l. Cor.,6).
9. Terminons ce que nous avons dit jusqu'à présent delà divinité du Saint-Esprit parce que nous a ouvertement enseigné Jésus-Christ lui-même de irai les Apôtres ont appris les doctrines sublimes qu'ils nous ont transmises. Les envoyant prêcher l'Evangile sur toute la terre , niiez, leur dit-il (Mallh. 28), enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père , et du Fils, et du Saint-Esprit. Il ne leur dit pas de baptiser en leur nom, parce que le baptême conféré au nom de la créature, quelque grande et noble qu'elle puisse être, serait de nulle valeur, et qu'il n'y a que Dieu qui puisse donner à ce bain sacré la vertu d'effacer les péchés, et de communiquer la grâce. D'où l'Apôtre (1. Cor. ,1) reprenant ceux de Corinlhe qui avaient trop de déférence pour ceux de qui ils avaient recule baptême, leur dit: Âvcz-vous été par hasard baptisés au nom de Paul! Si donc Jésus-Christ commanda aux Apôtres de baptiser les peuples au nom du Père, et du Fils , et du Saint-Esprit, n'est-il pas évident que comme le Père est Dieu, comme le Tils est Pieu, le Saint-Esprit l'est pareillement? Saint Augustin fait observer en outre (Tract. 6. in Joan.) que Jésus-Christ ne dit pas : Baptisez auxtioms, mais an nom du Père, cl du fils, et du Saint-Esprit. S'il avait dit : aux noms ,
SUB LE HUITIEME ARTICLE DU SYMBOLE. 3i3
on aurait pu conclure qu'il y avait entre eux une différence de rang, (m diversité de nature; mais ayant dit : an nom, en se servant du nombre singulier, il a voulu montrer que les trois personnes sont égales en vertu, en puissance, quanta la divinité, quant à l'essence, et que toutes trois elles sont un seul et même Dieu.
10. 11 nous reste à parler maintenant de la procession du Saint-Esprit, sur laquelle laissant décote les choses qui sont l'objet des discussions subtiles des Théologiens, je vous proposerai seulement celles que tout chrétien est obligé de croire. Premièrement donc, nous devons croire que le Saint-Esprit procède du l'ère et du Fils. C'est une vérité révélée dans les divines Ecritures, définie et soutenue par l'Eglise catholique. Les saints Pères et les Théologiens remarquent que, comme la sainte Ecriture dit que le Saint-Esprit est envoyé par le Père, elle dit aussi qu'il est envoyé par le Fils; et comme Jésus- Christ promit à ses disciples que son Père leur enverrait le Saint-Esprit , il leur dit aussi qu'il le leur enverrait lui-même. Je prierai mon Père, ce sont les paroles que nous lisons dans l'Evangile selon saint Jean (c. 14), et il vous donnera un autre consolateur , afin que l'Esprit de vérité demeure toujours avec vous. Le Saint-Esprit consolateur , que mon Père vous enverra en mon nom , vous enseignera toutes choses. Voilà le Saint-Esprit envoyé par le Père. Lorsque le Consolateur sera venu, cet Esprit de vérité qui procède du Père, cl que jô vous enverrai de la part de mon Père, c'est lui qui rendra témoignage de moi (c. 13). Si je ne m'en vais point, le Consolateur ne viendra point àvou$] mais si je nt'en vais, j,> vous l'enverrai (c. IG). Voilà le Fils qui envoie le Saint-Esprit. Or,quoiq]ie celle mission ne suppose aucune dépendance ni aucune inégalité entre les personnes divines , lesquelles n'ayant qu'une seule et même essence, ne sont qu'un seul et même Dieu , néanmoins elle suppose nécessairement que la personneenvoyée procède de celle qui l'envoie. Aussi parce que le Fils procède du Père, mais qu'il ne procède pas du Saint-Esprit. la sainte Ecriture dit que le Fils fut envoyé par le Père; mais elle ne dit nulle part qu'il ailélé envoyé parle Saint-Esprit, Si donc le Saint-Esprit fut envoyé par le Fils aussi bien que par le Père, nous devons croire conséquenunent qu'il procède du Fi! aussi bien qu'il procède du Père.
II. Nous trouvons dans la sainte Ecriture des passages plus clairs encore; ce sont ceux où il est dit que le Saint-Espril reçoit non-seulement du Père, mais encore du Fils ce qu'il doit
3 H xxxr. INSTRUCTION
annoncer. Quand l'Esprit de vérité sera venu, dit Jésus-Christ aux Apôtres (Joan. 16), il vous enseignera toute vérité. Car il ne parlera pas de lui-méinc; niais il dira tout ce qu'il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. C'est lui qui me glorifiera; parce qu'il recevra de moi , ce qu'il vous annoncera. Tout ce qui est à mon Père est à moi; c'est pourquoi je vous ai dit qu'il recevra de moi ce qui esta moi. Or que reçoit-il l'Esprit-Saint ? Est-ce par hasard quelque don accidentel ? Non certainement , parce qu'en Dieu il n'y a point d'accidents, et que tout est substance ; mais il reçoit l'essence même, la nature même. Ainsi donc comme le Fils procède du Père, parce qu'il reçoit du Père la nature divine ; de même le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, parce qu'il reçoit la uature divine du Père et du Fils, cette communication n'ayant oas lieu autrement que par voie de procession et d'origine. De là vient que le Saint-Esprit est appelé quelquefois l'Esprit du Père, comme dans saint Matthieu (c. 10): Ce n'est pas vous qui parlez, mais c'est l'Esprit de votre Père qui parle en vous; et d'autres (ois l'Esprit du Fils, comme dans l'épilreaux Galiites (4): Dieu a envoyé l'Esprit de son Fils dans nos cœurs; et dans l'épitre aux Romains (8): Celui qui n'a pas l'Esprit deJèsus- Christ, ne lui appartient pas. Expressions qui nous manifestent sa procession de l'un et de l'autre; car il ne pourrait pas s'appeler l'Esprit du Fils comme l'Esprit du Père, s'il ne procédait pas du Père et du Fils ; comme on ne peut pas dire du Fils qu'il soit le Fils du Saint-Esprit , par la raison qu'il ne procède pas de lui.
12. Ne vous imaginez pas cependant, mes Frères, que le Père et le Fils soient deux principes desquels procède le Saint- Esprit ; ils ne sont qu'un seul et même principe de celte ineffable procession. Mais comment cela se peut-il , me direzvous, puisqu'ils sont deux personnes distinctes? Ecoutez saint Augustin qui vous expose ce mystère (1. 5. de Trinil. . c. 1 î . Les trois personnes divines ont créé le monde , toutes trois elles le gouvernent, toutes trois elles le conservent. Et cependant, direz-vous qu'il y a trois créateurs , trois maîtres, trois conservateurs de l'univers? Non certainement; car quoique ces divines personnes soient distinctes entre elles, la vertu de créer, de gouverner, de conserver est dans toutes trois une, seule et indivisible. Pour celle même raison nous devons croire que le Père et le Fils ne sont qu'un seul cl même principe, cl non deux principes de la procession du Saint-Esprit. Car, quoique le Père et le Fils soient deux personnes disliuc-
SLR LE HUITIÈME ARTICLE DU SYMBOLE. 3îi
tes , néanmoins la vertu par laquelle a lieu la spiralion est dans toutes deux une, seule et indivise, puisque tout ce qu'a le Père, le Fils l'a aussi, excepté la qualité de Père (Joau. 16).
13. Ne pensez pas non plus que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils par voie de génération , comme le fils procède du Père. Si cela était, il y aurait en Dieu deux fils, chose qui ne peut se dire sans aller contre la foi, laquelle nous enseigne qu'il y a en Dieu un seul Père , un seul Fils , un seul Saint-Esprit. C'est pourquoi il est dit dans le Symbole de saint Alhanase, lequel est approuvé par toute l'Eglise: Le Fils est seulement du Père, non fuit, non créé , mais engendré: le Saint- Esprit est du Père et du Fils , 7ion fuit , non créé, non engendré , mais procédant. 11 n'y a donc qu'on seul Père et non trois Pères, un seul Fils et non trois Fils, un seul Saint-Esprit et non trois Esprits-Saints. C'est ce qui nous montre qu'il y a une grande différence entre la procession du Fils et celle du Saint-Esprit , la première étant une véritable génération. ce qui ne peut pas se dire de la seconde. Et ne me demandez pas quelle est cette différence et en quoi elle consiste, parce que ce sont ici de ces eboscs célestes et divines, qu'il n'est pas permis à l'homme de sonder ; de oes choses sublimes et étonnantes, que nul esprit créé ne peut parvenir à comprendre. Je sais, disait saint Jcan-Chrysostùme ( Or. delncomp. Dei nat. ), que le Père engendre son Fils, mais la manière dont hTe'n gendre m'est tout-à-fait inconnue. Je sais que le Saint- Esprit procède du Père et du Fils , mais j'ignore de quelle manière il procède ainsi de l'un et de l'autre. Croyons donc, dit saint Basile, les choses qui nous ont été révélées; et quant à celles qu'il n'a pas plù à Dieu de nous faire connaître, gardons-nous à leur égard de toute recherche curieuse.
14. Ce que nous devons savoir et ce que nous sommes obligés de croire , c'est que le Saint-Esprit est une personne vraiment subsistante et distincte du Père et du Fils. C'est une vérité que la foi propose expressément à notre croyance, et une conséquence qui dérive nécessairement de tout ce que nous avons dit: car si le Saint-Esprit, ainsi que nous l'avons vu, procède du Père et du Fils, comment pourrait-il être une seule et même personne avec le Père et le Fils? 11 est évident (pie personne ne procède de soi-même; par conséquent comme le fils se distingue réellement du père, parce qu'il ne peut pas être engendré et engendrer en même temps , ainsi le Saint- Espritse dislingue réellement du Père et du Fils, parce qu'il ue peut pas avoir tout à la fois une spiralion active et uassive.
3ÏG XXVll. IKSTBUCTIOH
La sainte Ecriture, en effet, laquelle nous apprend qu'il est envoyé parle Père et par le Fils. et qu'il procède de l'un et de l'autre, parle toujours de lui comme d'une personne distincte du Père et du Fils, et nous le propose comme étant réellement une personne distincte des deux premières. .lésus-Christ ayant été baptisé par son précurseur, les cieux s'ouvrirent (Luc. H) , le Saint-Esprit descendit sur lui en forme de colombe, cl l'on entendit une voix du ciel qui disait : Vous êtes mon Fila bien-aimé. Et l'apôtre saint Jean nous dit ouvertement ( Ep. 1 ., c. 5) qu'il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père , le Verbe et le Saint-Esprit ; et de crainte qu'il ne vint en pensée à quelqu'un que celte distinction des personnes est opposée à l'unité de nature, il ajoute aussilôl: El ces trois ne sont qu'une seule et même chose.
15. Pour réduire maintenant en peu de mots tout ce que je viens de dire dans cette instruction , voici ce que nous devons croire sur le Saint-Esprit. Nous devons croire qu'il est Dieu, égal et consubstantiel au Père et au Fils , qu'il a la même sagesse, la même puissance, la même nature que le Père et le Fils , qu'il est un seul vrai Dieu avec le Père et le Fils ; que quoiqu'il ne soit pas distingué d'eux quant ù l'essence , il procède néanmoins de l'un et de l'autre comme d'un seul principe et non de deux principes, d'une manit.e différente cependant de celle avec laquelle le Fils procède du Père , et que, par conséquent , il est une personne vraiment distincte du Père et du Fils. Pénétrés de ces grandes vérités aussi certaines par la révélation divine qu'elles sont au-dessus de notre faible raison, reconnaissons le Saint-Esprit pour notre Seigneur et pour notre Dieu , bumilions-nous devant lui , implorons son secours, et lui faisant hommage de nos adorations et de notre amour, disons fréquemment , comme nous l'enseigne l'Eglise : Gloire soil au Père , cl au Fils , et au Saint-EsprU , comme au commencement , maintenant , et touiours , cl dans les siècles des siècles.