TRENTE-DEUXIÈME INSTRUCTION
Sur les dons du Saint-Esprif.
i/cuis l'instruction d'aujourd'hui, je vous expliquerai ce que le Saint-Esprit est par rapport à nous,et je vous parlerai avec toute la clarté possible des dons spirituels et célestes qu'il
daigne nous communiquer; et puisqu'on cette vie nous ne pouvons pas contempler en elle-même cette source intarissable de charité, nous nous contenterons de la contempler dans les effets merveilleux qu'elle produit en nous. Car, quoique cet Esprit divin ne se manifeste pas aujourd'hui d'une manière sensible, comme autrefois lorsqu'il parut sous la ligure d'une colomhe sur la tète de Jésus-Christ au moment de son baptème(Matlh. 3), ou lorsqu'il descendit sur les Apùtres,au jour de la Penteeolc,sous la forme de langues de feu (Act. 3) , il ne laisse pas néanmoins d'opérer en nous d'une manière invisible les effets de son infinie charité, et de nous rendre participants descsgràces. Mais comme il serait trop long et trop difficile d'exposer tous ces effets surnaturels et divins qu'il daigne produire dans les âmes de ses fidèles, je me bornerai à vous parler de ceux que l'on nomme les dons du Saint-Esprit.
1. Ces dons précieux sont au nombre de sept, comme nous l'apprend le prophète Isaïc (c. 11 ) : les dons de sagesse, d'intelligence, de conseil, de science, de force, de piété et de crainte de Dieu. On les appelle dons du Saint-Esprit, non point par exclusion des autres personnes divines, comme si i lies n'avaient aucune part dans la distribution de ces dons, car toutes les opérations de Dieu hors de lui-même sont communes aux trois personnes, et l'une ne concourt jamais sans les autres au gouvernement des créatures, ni à la sanctification 4es âmes. Mais on les nomme dons du Saint-Esprit, et c'est à lui principalement qu'ils sontallrihués, pour nous faire entendre qu'ils dérivent' de l'immense charité du Seigneur; carie Saint-Espril procédant de la volonté divine par voie d'amour, nous comprenons facilement (Catech. Rom., P. 1. c.,9) que les effets attribués spécialement au Saint-Esprit ne proviennent que du grand amour de Dieu envers nous. 11 est vrai que tous les hiensque nous avons, nous les tenons de la libéralité divine, et qu'ils sont tous des effets de l'amour que Dieu nous porte; cependant on appelle par excellence dons du Saint-Esprit certains effets qu'il opère dans notre âme par un mouvement spécial de sa miséricorde et de son amour pour nous ; et d,> ce nombre sont ceux que je viens d'énumérer. Commençons parle dernièr,qui est celui de la crainte de Dieu.
*2. Pour mieux vous faire comprendre la nature et l'excellence de ce don, je distingue trois sortes de craintes : la crainte mondaine, la crainte servile et la crainte filiale. La première es! celle des partisans de ce monde qui, craignant de perdre des biens fragiles et périssables,comme sont les riche sses, les honneurs au
la vie, sont assez insensés pour offenser Dieu, pour renoncer auxbiens éternels,plutôt que de se détacher de ces biens faux et Ironipeurs. Celle erainte, comme il est aisé de le voir, est une crainte coupable, puisqu'elle procède d'un amour désordonné ou de sa propre vie, ou de quelque bien terrestre , crainte réprouvée par .lésus-Cbrist,qui enseigne (Malth. 10) qu'on ne "doit point craindre ceux qui, pouvant faire périr le corps, ne peuvent nuire à l'âme ; mais que l'on doit craindre uniquement celui qui peut perdre et l'âme et le corps. Telle fut la crainte de Pilate qui, pour ne pas encourir la disgrâce de César, condamna Jésus-Christ à être crucifié (Joan. Il)) ; et telle est celle des mauvais chrétiens qui prêtèrent transgresser la loi du Seigneur, plutôt que de perdre ce gain qu'ils espèrent, cette protection sur laquelle ils s'appuient, ce posle auquel ils aspirent ; aimant mieux encourir la disgrâce de Dieu que celle du monde. On appelle encore crainte mondaine celle par laquelle l'homme s'abstient de faire le mal, mais uniquement par respect humain, ou pour ne pas éprouver des dommages temporels qui pourraient résulter de ses crimes. Telle fut celle des Princes des Prêtres (Matth. 26) , qui ne voulurent pas faire mourir Jésus-Christ un jour de fêle , dans la crainte d'exciter du tumulte parmi le peuple, et telle est la crainte de tous ceux qui s'abstiennent de certains péchés uniquement pour ne pas préjudiciel' à leur honneur, à leur réputation, ou pour ne pas encourir les châtiments infligés par les lois humaines. Il n'est pas difficile de comprendre que celle crainte est loin de pouvoir être comptée parmi les dons du Saint-Esprit, puisqu'elle est l'effet d'une mauvaise cause qui est l'amour propre.
3. La seconde espèce de crainte est la crainte servile, et c'est elle qui fait qu'on envisage Dieu comme un juge sévère, et qu'on évite le péché pour échapper aux supplices éternels réservés aux méchants dans l'aulre vie. Cette crainte est quelquefois bonne et loujble, et quelquefois criminelle. Elle est criminelle, lorsqu'en évitant le péché par l'appréhension de la peine, l'homme conserve dans son cœur l'affection pour le mal, de manière qu'il serait disposé à commettre le péché, s'il n'y avait point d'enfer, et si son crime pouvait demeurer impuni. Il est évident que cetle craiutc est mauvaise, puisqu'elle fait que l'homme craint plus la peine que l'offense de Dieu, et qu'elle ne détruit point en lui l'affection au péché. La crainte servile est bonne et louable quand elle porte l'homme à éviter le péché, à servir Dieu par amour pour Dieu même,
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en même temps que par la crainte de la peine. Quand elle exclut toute volonté de pécher, et qu'elle est accompagnée de l'espérance d'obtenir le pardon des fautes déjà commises, alors, dit le saint Concile de Trente (Sess., H. c. 4), elle est un don de Dieu, elle nous vient du Saint-Esprit ; et quoiqu'elle ne soit pas suffisante par elle-même pour justifier le pécheur, elle le dispose néanmoins à obtenir la grâce de la réconciliation par le moyen du sacrement de Pénitence. C'est cette crainte qui attira sur les Ninivitesles effets de la divine miséricorde, parce que, épouvantés des châtiments terribles qui les menaçaient, et quele prophète .lonas leur avait prédits, ils se mirent à faire une sincère pénitence qui apaisa la colère du ciel.
4. Mais la crainte qui est proprement un don du Saint-Esprit, est la crainte filiale qui fait éviter le péché uniquement parce qu'il offense Dieu. C'est une crainte qui nait de l'amour, et qui porte l'âme à fuir le péché, parce qu'il la séparerait de son Dieu. On l'appelle crainte filiale, parce que c'est le propre d'un enfant bien né de craindre et d'éviter tout ce qui peut déplaire à son père chéri. C'est cette crainte filiale, cette crainte produite par Pamourque l'Esprit-Saint donne aux âmes qu'il veut sanctifier et conduire à la perfection, et qui les porte à fuir avec le plus grand soin non-seulement le péché mortel, mais encore les fautes les plus légères et tout ce qui pourrait affaiblir en elles l'amour divin. C'est celte crainte qui enflamme ces âmes du plus ardent désir de suivre avec exactitude et dans tous ses points la loi du Seigneur, les conseils mêmes de l'Evangile, et de chercher en toutes choses ce qui peut être plus agréable à leur Dieu. C'est là cette crainte dont l'Esprit-Saint lui-même (Eccl., I) fait les plus grands éloges dans les divines Ecritures ; cette crainte que les saints Pérès appellent l'ancre sacré du cœur, qu'elle tient immobile au milieu des plus affreuses tempêtes d^> tentations ; cette crainte qui est le fondement de notre salut, parce qu'elle nous port* li nous défier de nous-mêmes, à être toujours en garde contre nos ennemis, et qu'elle nous préserve ainsi de toute chiite; c'est celle crainte, en un mot, qui rend l'homme bienheureux dès cette vie: Beatus vir qui timet Dominum. Prions donc Chaque jour le Saint-Esprit, afin qu'il daigne imprimer de plus en plus dans nos cœurs cette crainte chaste et filiale.
5. Après le don précieux de cette crainte filiale, le premiei que l'Esprit-Saint fait à une âme fidèle est celui de la piété, pa« lequel il inspire à cette âme une dévotion tendre et surnaturelle qjLii la porte à servir Dieu avec ardeur et avec joie, :>
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honorer les Saints, a être pleine de bienveillance envers son prochain, en le soulageant dans ses besoins spirituels et temporels. La piété, dit saint Bernard, est nn doux rayon du Soleil de justice, qui éclaire et échauffe notre âme, qui nous porte à servir Dieu en nous le faisant envisager comme notre Père, et à soulager et aimer notre prochain en nous le faisant regarder Comme l'image de Dieu et comme notre frère. Ainsi, lorsque 'nous voyons de ces âmes tout occupées à servir le Seigneur avec promptitude et avec joie, toujours attentives à ne pas laisser échapper la moindre occasion de procurer sa gloire, qui sont pleines de douceur et de compassion envers leur prochain, qui s'exposent courageusement aux dangers, supportent volontiers tontes sortes d'incommodités et de travaux quand il s'agit de procurer le bien de leurs frères, et toujours avec patience, avec plaisir, avec une douce satisfaction, un saint empressement, nous pouvons dire que ces âmes ont reçu de l'Esprit-Saint le don de layictê.
6. Suit le troisième don qui est celui de la science. Et remarquez, mes Frères , que par la science qui est un don du Saint-Esprit , on n'entend pas cette science qui regarde les choses naturelles , ou même les vérités surnaturelles , mais d'une manière toute spéculative et sans que le cœur y ait aucune part; cette science est une science qui enfle, mais qui n'édifie pas (t. Cor. 8). En effet, quel avantage reviendrait-il à notre àme de connaître toutes les définitions, toutes les divisions , toutes les subtilités, de pouvoir répondre à toutes les difficultés qui se rencontrent dans la Théologie", si nous ne faisions pas un bon usage de ces connaissances, en les. faisant servir àla gloire de Dieu, à notre salut et à celui de nos hères ? 11 y en a, dit saint Bernard (Serin. 16. in Canl.), qui veulent savoir uniquement pour savoir, et c'est une honteuse curiosité; il y en a qui veulent savoir pour se faire admirer et estimer, et c'est une honteuse vanité; il y en a qui veulent savoir pour vendre leurs connaissances. et c'est un gain honteux cl indigne; d'autres enfin, ajoulc-l-il, veulent s'instruire afin de connaître leurs devoirs et de les apprendre aux autres, et cette science s'appelle charité, prudence; et c'est cette science qui est comptée parmi les dons du Saint-Esprit. Le don de science est donc une lumière surnaturelle que l'Esprit-Sainf répand dans notre àme pour lui faire connaître ce qu'elle doit croire ou rejeter dans les choses qui regardent la foi et ses mystères, pour l'éclairer et la diriger dans le chemin du ciel, pour lui faire découvrir et éviter les pièges que lui
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Icndcnt ses ennemis , afin qu'elle puisse marcher avec plus d'assurance dans la voie du siilut.
7. C'est ce don qui, dans les saintes Ecritures , est appelé (Sap. 13. et 10) tantôt science de Dieu, tantôt science des Saints : don qui fut communiqué aux Apôtres d'une manière toute spéciale. Avant de l'avoir reçu, saint Pierre (Act.2] était si ignorant, qu'A ne put jamais comprendre pourquoi il était nécessaire que Jésus-Christ mourût. Mais après avoir clé éclairé des lumières d'en-haut , il entra dans tous les secrets des prophéties, expliqua avec tant de clarté le mystère de la Rédemption, et parla avec tant d'énergie, que ses première:prédications produisirent plusieurs milliers de chrétiens. C'est encore de cette science toute divine que furent enrichis les saints Pères et les Docteurs de l'Eglise, et ce qui est hien plus admirable, tant d'autres serviteurs de Dieu qui, san^ élude el sans connaissances humaines, pénétrèrent les sens les plus cachés de la sainte Ecriture, parlèrent des vérités les plus difficiles ctles plus sublimes de la loi, el connurent ce qu'ils devaient croire et faire non-seulement pour se sauver eux-mêmes, mais encore pour diriger les autres dans les sentiers de laper fection.
8. Le quatrième don du Sainl-Esprit est le don de force, qui, selon saint Bernard, est une communication extraordinaire de l'amour divin, faile àla volonté de l'homme pour la fortifier, la rendre constante et courageuse à surmonter toutes les difficultés, tous les obstacles qui se rencontrent dans le chemin de la perfection chrétienne et dans l'affaire importante du salut, pour la faire persévérer dans la vertu et dans le service de Dieu, malgré toutes les tentations et toutes les contradictions qui lui viennent de la part de ses ennemis. C'est celle force divine qui rendit les martyrs si courageux dans les combats qu'ils eurent à soutenir pour la défense delà foi, qui les rendit intrépides et invincibles, et leur fit supporter avec joie , et jusqu'à la mort, les plus affreux tourments. C'est par le moyen de celte force surnaturelle, dit saint Augustin (in Ps. 147), qu'ils ont tenu la porte de leur cœur constamment fermée au démon , et ouverte à Jésus-Christ. Le monde voulait les gagner par ses promesses, et ils se moquaient de ses faux biens, Les tyrans les menaçaient des bétes féroces, du feu, de tous les supplices, et ils méprisaient leurs menaces. Au milieu des tourments , ils confessaient Jésus-Christ devant les hommes (Matth. 10), afin d'avoir le bonheur d'être reconnus de lui devant son Père. C'est encore celte force. surnainrplli»
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qui porta tant tic saints Confesseurs, de saintes Vierges, de saints Solitaires à renoncer généreusement aux biens, aux honneurs, à tous les avantages, à tous les plaisirs de la vie; qui leur fit supporter, sans se plaindre, et même avec joie, les travaux, les persécutions, les calomnies , et qui les rendit toujours invincibles contre les assauts les plus terribles du monde et du démon. Plus notre faiblesse est grande, mes Frères , plus nous avons besoin de ce don précieux, et plus nous devons le demander avec instance à l'Esprit-Saint. Mais pour l'engager plus efficacement à nous l'accorder, il faut de notre côté combattre incessamment contre les ennemis de notre saint, et mettre un frein à nos passions pour les réprimer. C'est lorsque je me sens plus faible selon la chair, disait saint Paul (2. Cor. ,12), r/ie,par un concours spécial de la grâce divine, je suis plus fort et plus vigoureux selon l'esprit. Lésâmes qui s'exercent le plis assidûment à la pratique des vcrlus,sont celles qui son lie mieux disposées à recevoir ce don de force, Voulez-vous savoir pourquoi les gens de la campagne sont ordinairement forts et robustes? C'est, répond saint Bernard, parce qu'ils s'appliquent à un travail continuel et pénible. De même, c'est à mesure qu'une âme s'exerce dans la pratique dev vertus, qu'elle sent croître en elle la force de la grâce.
9. Après le don de forcc,vicnt celui de conseil, parce que ta force deviendrait inutile, si elle n'était bien dirigée. En quoi consiste donc le don de conseil ? Le don de conseil est une lumière, une inspiration particulière que l'Esprit-Saint accorde à une âme lorsqu'elle rencontre quelque doute, et par laquelle il l'éclairé et lui fait choisir ce qui peut contribuer davantage à la gloire de Dieu et à son salut. Cette lumière lui fait aussi découvrir les pièges du démon, lequel ne pouvant pas quelquefois nous induire au mal par la force ouverte de ses suggeslions,a vecours à la ruse, et essaie de nous tenter et de nous faire succomber en nous trompant par l'apparence du bien. Veut-il. par exemple, faire tomber un homme riche dans ses filets, en le rendant sourd et inflexible aux prières et à la misère des pauvres? 11 attache son cœur aux biens de la terre, en lui >ugîrérant qu'un homme prudent doit prendre soin de ses affaires et se préparer un heureux avenir. Veut-il nous mener à une vie libre et relâchée? 11 nous représente que la retraite dégénère CD mélancolie, et qu'il faut donner un délassement à notre esprit et à notre corps, et par là il engage dans des conversations dont on a souvent à se repentir. Que devons-nous faire pour éviter ses embûches? Il faut recou ira l'Esprit-Saint, cl
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le prier de nous conseiller, par lui-même on par des personnes prudentes, les moyens que nous devons prendre pour ne pas employer inutilement et avec prodigalité les biens qui nous ont été confiés, et pour être en même temps pleins de libéralité envers les pauvres , pour récréer notre esprit d'une manière suffisante, sans souiller notre conscience. Telle est la néressité du don de conseil, tel est le besoin que nous en avons. 10. Le sixième don de l'Esprit-Sainl est celui d'entendement, par lequel l'àme exercée dans la vie active par le moyen des cinq dons précédents, s'élève à la contemplation, et arrive à pénétrer et à comprendre, autant qu'il peut être donné icibas à une intelligence bornée, les divins mystères et les grandes vérités de la foi. C'est un rayon brillant , une lumière spéciale du Saint-Esprit, par laquelle notre âme, enrichie du don de la foi, s'élève jusqu'à connaître, pour ainsi dire clairement et sans obscurité les choses du ciel. C'est ce don que David demandait si souvent (Ps. 113; et avec tant d'instance , quoiqu'il connût parfaitement la loi divine, et qu'il fût un homme selon le cœur de Dieu. C'est un don qui s'accorde pour prix et pour récompense d'une foi vive et soumise, que nous pouvons obtenir par des prières ferventes, qui s'acquiert par la pureté du cœur, par la pratique des vertus, et surtout parle moyen d'une humilité profonde, \ussi, le Roi-Prophète disait-il (ibid.) que c'esl aux petits et aux humbles qu'est accordée l'intelligence de la parole divine. Et lésu.s-Christ rendit grâce à son Père (Matlh. 11. 27) de ce qu'il avait révélé ses divins mystères aux simples, tandis qu'il les avait cachés aux grands, aux savants et aux prudents du monde. Et en effet, ce don d'intelligence ne fut jamais accordé à ces hommes de l'antiquité si célèbres par leur génie et les rares connaissances qu'ils avaient acquises par des études assidues et laborieuses. Saint Paul leur reproche (Rom. I) d'avoir été les plus insen ses des hommes, eux qui se vantaient d'être les plus éclairés de l'univers. Us étaient semblables à des enfants qui admirent dans un beau livre la forme et la couleur des caractères, mais qui n'entendent rien à leur signification. Ils disputaient sur l'essence et les propriétés des choses naturelles ; mais ils ne parvinrent pointa connaître les perfections de leur auteur. Ils s'occupaient delà contemplation des créatures : mais ils nesurent pas s'élever jusqu'à glorifier le Créaleur,donl la sagesse et la puissance infinies se manifestent d'une manière si admirable dans ses ouvrages. \u contraire, nous voyons briller ce don merveilleux d'intelligence dans tous les Apôtres . dans un
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saint Antoine , dans un saint Paul , ermite , dans un saint François d'Assises et en tant de chrétiens humbles, simples . sincères, qui,sans connaissanees humaines, et sans être doués d'un génie extraordinaire, mais uniquement éclairés de l'Esprit-Saint , entendaient parfaitement les divines Ecritures, et pénétraient les divins mystères.
1 1 . Mais venons à l'explication du plus excellent des dons du Saint-Esprit, qui est le don de sagesse, et qui, selon saint Bernard, signifie science goûtée, science du cœur. Parle moyen de ce don,l'àme connaît si clairement la vanité des biens de ce monde,et la grandeur et le prix des biens du ciel, que, dégoûtée des premiers, et remplie d'amour et d'ardeur pour les autres, elle ne trouve plus de plaisir et de satisfaction que dans les choses de Dieu. C'est ici , dit saint Augustin (1.83.qq. Q.66„ la vraie prudence de l'esprit et non de la chair , qui nous fait mépriser les choses de la lerre, et porte notre cœur et dirige nos affections vers les biens du ciel. Le don de sagesse est donc une lumière surnaturelle que l'Espril-Saint répand dans une âme qui, étant arrivée à connaître Dieu et à pénétrer les divins mystères par le moyen du don d'intelligence, trouve, en contemplant les choses divines, un certain bien-être, une certaine douceur au-dessus de toute expression, qui la remplit de dégoût et de mépris pour tout ce qui tient à la terre, et lui fait trouver son bonheur et son repos dans l'espérance des biens éternels. C'est alors que cette âme bienheureuse n'a de conversation que dans lescieux, comme dit l'Apôtre. C'est alors qu'elle regarde avec mépris toutes les choses d'ici-bas, et qu'elle prend son vol vers les tabernacles éternels,où elle doit se réunir à son divin Epoux. C'est alors enfin qu'elle désire être délivrée de la prison de son corps , pour aller, dans le lieu de son repos, jouir pendant l'éternité de la présence de son divin Maître. Heureuse l'âme qui possède ce don inestimable de la véritable sagesse,qui connaît en quoi consiste son vrai bonheur et les moyens de l'acquérir !
12. Vous venez d'entendre l'explication des dons du Saint- Esprit. Celui qui les désire avec ardeur, doit se disposer aies recevoir, parce que la sagesse, dit l'Esprit-Saint lui-même (Sap. 1), ne peut entrer dans une âme qui se laisse dominer par ses passions; ellene peut habiter un corps qui est l'instrument du péché. La première disposition requise pour participer à ces grâces est donc la pureté de conscience, et celle pureté qui exclut non-seulement tout péché, mais encore toute affection au péché. Il faut donc, avant loul, purifier notre cœur
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par une pénitence sincère de tout ce qui peut blesser les yeux de cet hôte divin; et comme le péché est l'unique chose qu'il déteste souverainement,!] faut aussi qu'il soit l'objet de toulenotre
baine,que nous fassions servir nos membres à la justice, comme dit saint Paul (Rom. 6), si nous avons eu le malheur autrefois de les faire servir à l'iniquité; et que nous fassions de notre corps une hostie sainte, vivante et agréable à Dieu. Celle pureté de conscience doit être accompagnée de l'humililé, c'est-àdire de la connaissance de notre misère et de notre néant , et d'un bas sentiment de nous-mêmes. Le Très-Haut qui habile l'éternité, dit le prophète lsaïe (c. 57), daigne aussi habiter un cœur contrit et humilié. Il proleste qu'il sauvera les humbles, et qu'il les couronnera de gloire. L'Apôtre nous dit que Dieu résiste aux superbes, et qu'il donne sa grâce aux humbles. Les dons du ciel s'acquièrent par l'humililé et se perdent par l'orgueil. Ils sont, dit saint \uguslin, comme l'eau, laquelle rencontrant une élévation, dirige son cours d'un autre coté ; mais si elle trouve un lieu bas sur son passage, elle y descend et le remplit. Une autre disposition nécessaire pour recevoir les dons du Saint-Esprit, c'esl la charité el la concorde. 11 est le Dieu de la paix, et il ne repose que sur les enfants de paix; or, la paix ne peut pas exister là où ne régnent pas la concorde et l'union des cœurs. Puisque Jésus-Christ nous a laissé cette paix à condition (pie nous pratiquerions la charité à l'égard de nos frères unirons donc nos cœurs, et de cette manière, dit saint Augustin (Tract. 77. in Joan.), nous deviendrons une demeure digne du SaiuL Zi^iiî. A toutes ces dispositions nous devons ajouter une prière lerveule et persévérante. Demandez, dit Jésus-Christ (Luc. Il) , et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez; frappez et l'on vous ouvrira. Si vous avez assez de bonté pour faire part à vos enfants des biens que vous avez, à combien plus forte raison votre Père céleste accordera-l-il son Esprit-Saint à ceux qui ie lui demanderont avec confiance ? C'est ce que firent les Apôtres, lesquels étant instruits par leur divin Maitre, se retirèrent à Jérusalem après son \scension glorieuse, et réunis dans un même lieu, persévérèrent unanimement dans la prière,pour se préparer à la venue du Saint-Esprit (Art. I .
13. Purifions donc nos cœurs de toute tache du péché et ie toule affection désordonnée; pratiquons la charité en conservant la paixel l'union avec nos frères, n'ayant tous qu'un rœur et qu'une âme comme les premiers chrétiens ; et ne cessons de prier l'Esprit-Saint qu'il daigne établir en nous sa
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demeure, et nous combler de ses grâces cl de' scs dons pr5cieux.