QUARANTIÈME INSTRUCTION
Sur te douzième et dernier article du Symbole : Credo vitam œiernam. Eternelle félicité des bienheureux dans le ciel.
C'est par cet article que les saints Apôtres terminent leur Symbole , et la vie éternelle est la dernière des vérités importantes qu'ils nous ont enseignées. Ce n'est pas sans raison, puisque toutes les autres lui sont subordonnées, et que tout ce que Dieu a fait comme créateur et comme rédempteur, ill'a fait pour conduire l'homme à la vie éternelle. C'est pour celte fin qu'il l'a créé à son image et à sa ressemblance; et parce que cette image avait été défigurée par le péché qui nous avait fait perdre tous nos droits à cet héritage céleste, il a envoyé son divin Fils sur la terre, afin que par ses souffrances et par sa mort il put satisfaire à sa justice, et nous faire rentrer dans les droits que nous avions perdus. Et c'est pour nous aider encore plus efficacement à acquérir ce bonheur, que ce Fils
adorable,après être allé en prendre possession pour nous et en notre nom , a envoyé sur la terre son Esprit-Saint, qu'il a établi son Eglise, lui a donné le pouvoir de remettre les péchés, et nous a fourni tous les moyens les plus poissants et les plus faciles pour l'obtenir. Cette vie éternelle, qui est le but que Dieu s'est proposé dans tousses ouvrages, doit être auss;le but el le complément de tous les désirs de l'homme. Voyons donc en quoi elle consiste et quel est le chemin le plus assuré pour y parvenir. La connaissance des grands biens qu'elle renferme allumera dans nos coeurs le désir le plus ardent de l'acquérir, et la connaissance delà voie qui doit nous y conduire nous animera à y marcher avec ardeur jusqu'à la lin de nos jours.
1. Ces mots vte e'/mie//r,pris selon leur signification propre, n'expriment pas autre chose qu'une vie qui ne finira jamais, et en ce sens ils peuvent s'appliquer aux réprouvés aussi bien qu'aux élus, puisque, malgré la différence qui existera entre l'état des uns et celui des autres , les uns et les autres néanmoins ressusciteront au dernier jour pour une vie immortelle, c'est-à-dire pour une vie qui ne sera pins sujette ni à la corruption m à la mort, l'Apôtre ayant voulu parler de tous les hommes, lorsqu'il a dit (I. Cor., 15): 11 faut que ce corps corruptible soit revêtu d'incorruptibilité, et que ce corps mortel soit revêtu d'immortalité. Cependanl,si nous voulons nous conformera^! langage des divines Ecritures, nous devons seulement entendre par ces mots : vie étemelle, l'état de bonheur parfait dont les Saints jouiront dans le ciel.Bien loin d'attribuer le nom de vie à l'état des réprouvés dans l'enfer,la sainte Ecriture l'appelle aucontraire une mort éternelle (\p. 21), parce qu'en effet, comme le remarque saint Augustin (Lib. Il . de Civil. Dei, c. 18), être toujours accablé de douleursel au milieu des supplices les plus affreux, ce n'est pas vivre,mais mourir sans cesse. Lorsque les Apôtres nous parlent de la vie éternelle, ils veulent donc nous faire croire, nous faire espérer et désirer celte vie, qui est la récompense que Dieu promet à ses élus; celle dont parlait lePsalmiste, en disant (Ps. 35): C'est en vous, Seigneur, que se trouve la source de la vie ; celle dont parla Jésus-Christ, lorsqu'il dit (Malin. 19) que quiconque aura quitté pour son amour sa maison, ses frères, ses sœurs, son père, sa mère, ses enfants, ses biens, recevra le centuple, et parviendra à la possession de la vie éternelle; qu'après le jugement universel, les pécheurs iront dans le supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle; qu'il con-
nail ses brebis, qu'il leur donne la vie éternelle, qu'elles ne périront point, et que personne ne viendra les ravir entre ses mains (.loan. 10) ; celle enfui dont parle saint Paul, en disant (Rom. 6) que comme la mort est la peine du péché, ainsi la vie éternelle sera la récompense de la justice; cl que si celui qui sème selon la chair ne doit recueillir de la chair que la corruption,celui, au contraire, qui sème selon l'esprit, recueillera de l'esprit la vie éternelle (Gai. 6).
2. Notre faible intelligence ne peut pas, tandis que nous vivons ici-bas, se former une idée juste de cette vie bienheureuse. Saint Paul lui-même ne sait pas en parler autrement , sinon en disant que l'œil n'a jamais vu, que l'oreille n'a jamais entendu, que l'esprit de l'homme n'a jamais compris le bonheur que Dieu réserve à ceux qui l'aiment (1. Cor., 2). Les noms de vie éternelle, de royaume des cicux, de paradis, de festin nuptial, de torrent de plaisirs, de joie du Seigneur, et les autres expressions dont se sert la sainte Ecriture, sont bien propres, sans doute, à nous donner l'idée d'un grand bonheur; cependant ces noms n'expriment pas encore en quoi consiste celle félicité des bienheureux. Nous pouvons dire néanmoins, en suivant toujours les lumières que nous fournissent les divines Ecritures, que cette félicite consiste dans l'exemption de tous les maux, et dans la possession de tous les biens. Les élus ne souffriront plus ni faim, ni soif, dit le prophète Isaïc (:'. V) ; ils ne seront point fatigués d'ane chaleur excessive , ni frappés des rayons brûlants du soleil. Dieu, dit saint Jean (Apoc. 21), essuiera toutes larmes de leurs yeux, et il n'y aura plus pour eux ni mort, ni deuil, ni douleur, ni gémissement. Voilà l'exemption de tous les maux. Dieu a rempli de biens ceux qui ont eu faim de la justice, est-il dit dans l'Evangile selon saint Luc (c. 1). Ils seront dans l'abondance de tous les biens, dit le prophète Jérémie (c. oO). Seigneur, dit le Psalmisle, ils seront enivrés de l'abondance de votre maison. Nous serons remplis de vos biens, .le me présenterai devant vous ; je serai rassasié et pleinement satisfait, quand je verrai votre gloire. Voilà la possession de tous les biens (Ps. 35., 64., et 16).
3. J'ai dit beaucoup, en disant que la vie éternelle consiste dans l'exemption de tous les maux, et dans l'afflucncc de tous les biens. Mais il esta craindre que je n'aie pas été assez bien compris, el que vous n'ayez encore qu'une idée obscure et imparfaite de l'état fortuné des bienheureux ; il convient donc que je m'explique plus clairement. Représentez-vous tous les maux qui existent dans le monde ; lamine, peste, guerre, dé-
solalion, maladies, inimitié, persécutions, ennuis, cr;unles,soIliciludes, disgrâces de toute espèce. Combien on estimerait heureux un homme qui n'aurait jamais éprouvé an seul de ces maux, qui n'aurait jamais ressenti la moindre infirmité dans son corps, ni la plus légère affliction dans son espril ! Qui n'envierait pas le sort extraordinaire de celui qui pourrait se vauter qu'il ignore ce que c'est que les maladies, la pauvreté, les inquiétudes, les dangers, les travaux, el tout ce qui est capable de troubler le repos de l'homme sur la terre ? Hélas ! ce serait un privilège que nous pourrions désirer, niais qu'il ne sera jamais possible d'obtenir en celle vie, où les biens sont toujours accompagnés de quelques maux. La félicité que nous pouvons goûter ici-bas consiste dans l'exemption de quelques-uns de ces maux, mais non dans l'exemption de tous. L'un est riche, il n'endure pas les rigueurs delà faim, mais que de chagrins, que de sollicitudes viennent l'assaillir et l'accabler! Un antre esl pauvre , il ne craint pas de perdre ses biens , puisqu'il n'en possède aucun ; mais que de travaux et de fatigues n'a-t-il pas à essuyer ? Celui-ci a un rival qui lui dispute ce poste; celui-là, un ennemi qui en veut à sa vie. cet autre est en proie à des douleurs cruelles . ou à des peines d'espritqui le dévorent ; il n'est pas un homme enfin qui n'éprouve quelque revers, quelque disgrâce. Ce n'est que dans le ciel que nous serons exempts de tous les maux. Là. plus de souffrances pour l'infirme, plus de misères pour le pauvre, plus de disgrâces pour l'affligé. Là, plus d'ennemi à craindre, plus de danger à éviter, plus de ces besoins de la vie qui, comme le dit l'Esprit-Saint (Eccl. c. 40), sont un joug imposé aux enfants d'Adam. Ouinedésirera pas avec ardeur, dit saint \nguslin (Tract. 30. in Joan.), de parvenir à celte patrie ou l'on ne perd plus ses amis, où l'on ne redoute plus d'ennemi . où règne l'union la plus parfaite, où personne ne prend naissance, où personne ne meurt, où il n'y a plus ni jaloux, ni concurrent; où nous aurons l'immortalité pour compagne , et pour nourriture la vérité ?
4. Outre l'exemption de toutes les peines et de tous les maux dont je viens de parler, nous serons encore exempts du danger d'offenser Dieu, et les disgrâces ne seront exclues de ce! heureux séjour, que parce que le péché, qui en est la source. en sera lui-même banni pour jamais. Le règne da péché sera alors entièrement détruit, et celui de la justice lui sera substitué. Alors cesseront ces tentations qui maintenant font gémir les Saints sur la terre, el qui les forcent à dire avec l'Apôtre
(Rom. 7) : Oui nous délivrera de ce corps de mort? Quel bonheur de voir effacée et détruite cette loi futaie des membres, laquelle est continuellement en opposition avec celle de l'esprit, de voir la chair entièrement soumise à râme,l'âme entièrement soumise à Dieu, et de se trouver dans une heureuse impuissance, de l'offenser et de perdre sa sainte grâce ! Alors nous n'aurons plus de combats à soutenir , nous ne serons plus exposés à aucun dangcr,nous serons délivrés de toute résistance et de toute contradiction. L*homme,avec le libre arbitre qui lui avait été donné au moment de la création, pouvait bien ne pas pécher, dit saint Augustin (Lib. 22. de Civit.Dei, c. ult.), mais aussi il pouvait pécher; au lieu que, dans le séjour de la gloire, non-seulement il pourra ne pas pécher, mais il ne pourra pas pécher. Comme l'immortalité dont lcsjustes jouiront dans le ciel consistera en ce qu'ils ne seront plus sujets à la mort , différant en cela de celle qui lut accordée à Adam dans le paradis terrestre, et qu'il perdit malheureusement par son péché , laquelle consistait en ce qu'il pouvait ne pas mourir; ainsi , ajoute le saint Docteur, les bienheureux, dans le ciel auront une liberté qui ne pourra pas pécher , différente en cela, de la liberté d'Adam innocent, laquelle pouvait seulement ne pas pécher; et comme alors la félicité sera inamissible, la justice le sera pareillement. 0 vie fortunée, de laquelle seront bannis tous les maux de l'âme et du corps , où il n'y aura plus ni les peines du péché, ni le péché lui-même , ni ledangerd'y tomber,ni même le pouvoir dele commettre ! 5. Ce n'est cependant point encore en cela que consiste toute la félicité des élus. L'exemption de tous les maux n'est que la moindre partie de leur béatitude ;la possession de tous les biens en sera le complément. Ici, mes Frères, n'allez pas vous figurer ni des palais somptueux, ni des riches trésors, ni des honneurs distingués, ni des festins délicieux, ni des chants harmonieux, et croire que le bonheur des Saints,dans le ciel,doive consister dans la jouissance de tout ce qui est capable de flatter les sens sur la terre. Loin de votre esprit ces idées basses d'une félicité matérielle, idées qui seraient injurieuses à la grandeur et à lapuissance du divin Rémunérateur, et par conséquent indignes d'un homme raisonnable et chrétien. Quel rapport peuvent avoir les biens de cette vie périssable avec les biens de la vie éternelle ? 11 est vrai que, dans le cicl,se trouvera tout ce que le cœur de l'homme peut désirer; mais il s'y trouvera d'une manière toute différente de celle que uous pouvons nous Ggurer sur cette misérable terre , de la
manière la plus noble et la plus excellente, de la manière, en un mot, qui convient à un lieu où régnent l'ordre, la justice et la sainteté.
6. Dans le ciel, les bienheureux posséderont tous les biens, parce qu'ils y posséderont Dieu, qui est la source de tous les biens, et que Dieu, comme dit l'Apôtre (I. Cor. lf>), leur sera tout à tous. Il sera, dit saint Augustin (Lab. ult. de Civil. Dei, cap. ult.), leur vie et leur salut, leur nourriture et leur abondance, leur gloire et leur honneur, et tout ce qu'ils pourront désirer. Ils trouveront en lui et sagesse et beauté, et bonté et puissance, et sûreté et repos. En le possédant luiseul, ils posséderont tous les biens, parce qu'il les renferme tous en luimême. Cette possession de Dieu formeraproprementleurbéatiUide, parce que Dieu seul peut ra^asicrle cœur de l'homme, et que tout autre bien est incapable de le satisfaire. Aussi, saint Augustin disait-il (Lib. 1. Conf., c. 1), et l'expérience nous le démontre chaque jour, que notre cœur ne pourra jamais trouver son repos dans les créatures, mais qu'il ne le trouvera qu'en Dieu. Qui fut jamais plus heureu\,snr la terre, que Salomon,qui, selon le témoignage de la sainte Ecriture, était le plus sage de tous les hommes, et qui surpassait tous les rois en puissance et en gloire? Et cependant, au milieu de son abondance, il s'écriait que tout, dansle monde, n'est que vanité et affliction d'esprit. Toutes les créatures, quelque parfaites qu'elles soient, ne pourront jamais remplir la vaste capacité du cœur humain; quelque soit le bonheur qu'il puisse goûter dans la possession de ces créatures, il lui restera toujours quelque chose à désirer. Les plus grands plaisirs mêmes, s'ils sont continuels , finissent par déplaire et par engendrer le dégoût. Mais quand nous serons arrivés à la possession de Dieu, alors notre cœur sera pleinement content , pleinement heureux, pleinement satisfait; parce que Dieu étant le seul vrai bien, le bien suprême qui surpasse tout autre bien, le bien infini qui renferme en lui seul tous les biens, en le possédant, il ne nous restera plus rien à désirer.
7. Mais, me demanderez-vous peut-être, de quelle manière Tes bienheureux possèderont-ils ce bien infini qui est Dieu? Je réponds à votre demande, en disant qu'ils le posséderont en le contemplant et en l'aimant. Sur la terre.il y a des âmes justes qui le contemplent et qui l'aiment avec ardeur; cependant elles ne sont pas encore arrivées à sa possession, parie que, dans cette contemplalion,elles ne le voient pas clairement . et tel qu'il est en lui-même. Leur amour n'est pas encore assez
ardent pour les transformer en Dieu, el pour les unir inséparablement àlui. Maintenant, dît saint Paul (1. Cor., 13), nous le voyons d'une manière imparfaite et comme en énigme ; ce qui fait nue la connaissance que nous en avons n'est qu'une connaissance très obscure et abstraite, et que notre amour n'est encore que très imparfait. Mais, dans le ciel, nous le verrons face à face, el il se montrera à nous d'une manière si parfaite, que, sans avoir plus besoin du secours de la foi , ni des ailes de l'espérance, nous nous unirons à lui d'une manière indissoluble par les liens d'une étroite charité. Aussi,les saintes Ecritures font-clics consister tout le bonheur des élus dans la vision de Dieu, parce qu'en voyant clairement ce bien suprême, ce bien infini, ils ne pourront s'empècher de l'aimer, et quec'esten le voyant cl en l'aimant ainsi, qu'ils le posséderont pendant l'éternité. Bienheureux ceux qui ont le cœnr pur, dit Jésus-Christ (Malth. 5), parce qu'ils verront Dieu. La vie éternelle, dit-il ailleurs (Joan. 15) , consiste en ce que les élus verront le vrai Dieu, eUésus-Chrisl son Fils qu'il a envoyé sur la lerre. Et l'apôtre saint Jean, voulant pour ainsi dire interpréter ces paroles du divin Sauveur, dit (Ep. 1., c. 3): Mcsljien-aimés, nous sommes dès à présent enfants de Dieu ; mais ce que nous serons un jour, ne se voit pas encore. Nous savons que quand il paraîtra dans sa gloire, nous serons semblables àlui, parce que nous le verrons tel qu'il est.
8. Les bienheureux verront donc Dieu le Père avec son Fils éternel el son Esprit-Saint, seul Dieu en trois personnes ; ils le verront dans toute la splendeur de sa gloire , avec toutes ses perfections, toute sa puissance, toute sa sagesse, tous les charmes de sa beauté, toute la douceur de sa boulé et de son amour; et parce que leur esprit fini el borné n'aura pas assez de force par lui-même pour embrasser à la fois cet objet infini, Dieu les élèvera au-dessus d'eux-mêmes, il les fortifiera par les lumières de sa gloire, afin qu'ils puissent fixer leur? regards sur ce soleil de justice, et le contempler en lui-même , sans être éblouis par son éclat et sa splendeur. "A la vue des amabilités infinies de ce bien suprême et immense, ils se sentiront intimement unis à Dieu par l'amour, transformés en Dieu, remplis de Dieu, devenus semblables à Dieu. Noussavons,dit saint Jean (ibid.) , que quand Dieu se montrera à nos regards, nous deviendrons semblables à lui. Voyez le 1er au milieu d'un brasier ardenl ; il est tellement pénétré par le feu, qu'il en acquiert toutes les propriétés, et qu'il ressemble non plus au fer, mais au feu mème,duquel on ne sait plus le distinguer
SUR LE DOUZIEME ARTICLE DU SYMBOLE. 4iî
(August.,lib. 15. deCiv.j c.9). C'est ainsi ({uc les bienheureux seront si intimement unis à Dieu, tellement pénétrés par Les perfections divines, tellement investis de cette lumière éblouissante, quc,sans perdre l'être et la qualité de créatures, ils seront transformés en Dieu, ils deviendront semblables à Dieu , ctseronten quelque sorte une même chose avec Dieu. Car, tandis qu'épris de son infinie beauté, ils s'élanceront vers lui, et s'uniront étroitement à lui par l'amour, Dieu, à son tour, se communiquera tout entier à eux, et les rendra participants de son règne, de sa gloire et de sa félicité. C'est ce que lit entendre à saint .Jean celle voix qui lui dit (Ap. 21): Voici le Tabernacle de Dieu parmi les hommes; c'est ici qu'il établira sa demeure au milieu d'eux ; ils seront son peuple, et il sera leur Dieu. Alors enfin s'accomplira celle promesse qu'il nous a faite par la bouche du Roi-Prophète (Ps. 15), qu'il sera notre héritage, et qu'il nous remplira de joie et d'allégresse en nous montrant sa face divine. Quel bonheur, en effet, de nous trouver dans un état où nous serons exempts de tous les maux, et en possession de tous les biens! Quel bonheur (pie celui de voir Dieu face à face, de l'aimer, de le posséder, et de posséder avec lui lout ce qu'il peut y avoir de beau, de bon et de désirable ! Le Prophète royal (Ps. 35), pour exprimer lu grandeur de celte joie céleste, se sert du nom d'ivresse, pour nous donner à entendre que les élus seront tellement absorbés en Dieu, qu'ils seront comme hors d'eux-mêmes ainsi que loules les choses créées. Car, dit saint Augustin (in Ps. 35), celle joie ineffable anéantira en quelque sorte l'esprit humain, pour le rendre un esprit tout divin. Kl voilà pourquoi la sainte Ecriture donne aux bienheureux le nom de vivants, et qu'elle appelle le ciel la terre des vivants, puisque c'est là, en effet, que nous vivrons véritablement, parce que nous y vivrons en Dieu, nous y vivrons avec Dieu, nous y vivrons de Dieu, qui seul est la source de la véritable vie.
9. Mais combien durera-l-elle cette vie bienheurcu-e? Elle ne sera plus, comme celle-ci , une vie courte et passagère, mais elle seraune vie stable, permanente ci éternelle. Tant que Dieu sera Dieu, il ne cessera de rendre heureux ses élus, de les faire jouir de ses richesses cl de sa gloire, l.e roi Assuérus, voulant montrer toute retendue de son pouvoir et de s;i magnificence, donna à tous les grands de son royaume un festin solennel et somptueux; et la sainte Ecriture lait observer comme une chose digne de remarque, que ce festin splendîde dura très longtemps, c'est-à-dire cent quatre-vingts jours
(Esth. c. 1). Mais le festin que Dieu prépare à ses élus dni^ le ciel oe sera pas seulement de cent quatre-vingts jours, ni de cent quatre-vingts ans, ni de cent quatre-vingts siècles, il durera toute l'éternité. Durant toute l'éternité les bienheureux jouiront de ces délices ineffables. Durant toute l'éternité ils seront exempts de tous les maux et comblés de tous les biens. Durant toute l'éternité ils verront la face de Dieu , sans crainte de jamais la perdre de vue. Durant toute l'éternité ils aimeront Dieu , sans danger de voir diminuer les flammes de leur amour. Durant toute l'éternité enfin ils le posséderont, sans que cette possession puisse jamais être interrompue. Voilà ce que les saints Apôtres nous enseignent par ces paroles : Je crois la vie éternelle ; et telle est l'idée que la sainte Ecriture nous donne (Heb. 13) de la félicité des bienheureux, en nous représentant le paradis comme une cité permanente, bien différente de celles de la terre, qui sont sujettes aux révolutions, et qui ne durent qu'un certain temps; comme des tabernacles éternels (Luc. 16) que Dieu a élevés pour y recevoir ses élus ; comme un édifice éternel substitué à ceux de terre et de boue que nous possédons ici-bas; et en donnant à leur béatitude les noms de gloire éternelle, de vie éternelle, de salut éternel, d'héritage éternel. En effet, ils ne jouiraient pas d'une véritable félicité , s'ils n'étaient pas assurés de ne jamais la perdre. S'ils n'avaient pas celte certitude, dit saint Augustin (lib. 11. de Civ. 18) , ils éprouveraient continuellement la crainte de voir finir leur bonheur ; or, là où il y a crainte, il y a tourment , sinon du corps, au moins de l'esprit et du cœur, et là où il y a tourment, il ne peut pas y avoir de vrai bonheur. Ils seront donc assurés que leur félicité ne finira jamais, parce qu'ils régneront avec celui dont il est écrit (Luc. 1 ) que le règne n'aura pas de fin. Quelle joie, quel bonheur ! être souverainement heureux , et savoir qu'ils le seront durant toute l'éternité ! Les élus, dit le prophète Isaïc (c. 51), chanteront des cantiques dans Sion. et Dieu leur donnera pour couronne une allégresse éternelle, une allégresse qui ne leur sera jamais ravie.
10. Vous venez d'entendre, mes Frères, en quoi consiste la vie éternelle ; et quoique tout ce que je vous en ai dit ne soit rien eu comparaison des biens qu'elle renferme, lesquels étant trop élevés au-dessus de notre faible intelligence, ne pourront jamais être compris par l'esprit humain tandis qu'il vit sur celte terre ; néanmoins comme chacun désire naturellement le bonheur, je suppose que vous soupirez tous après
cette vie hors delaquelle il n'y a point de véritable félicité, et que vous êtes tous désireux de connaître le chemin qu'il faut suivre pour y arriver. Un jeune homme, poussé par ce même désir, demanda un jour au divin Sauveur ce qu'il devait faire pour obtenir la vie éternelle. Si vous voulez entrer dans la vie éternelle r lui répondit Jésus-Christ (Matth. 19), observez les commandements: Si vis ad vilam ingredi, serva mandata. Il fil la même réponse à un docteur delà loi, qui lui avait demandé par quel moyen il pourrait acquérir la vie éternelle. Ne savez-vous pas, lui dit-il, ce qui est écrit dans la loi? 11 est écrit, reprit le docteur: Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit, de toutes vos forces, et votre prochain comme vousmêmes. Très bien, dit Jésus-Christ; faites cela, et vous vivrez: Hoc fac et vives ( Luc. 10 ). Voilà, mes Frères, la voie sûre qui conduit infailliblement au ciel , l'exacte observance des divins préceptes , lesquels se réduisent tous à ces deux: Vous aimerez Dieu par-dessus toutes ehoscs , et votre prochain comme vous-mêmes ( Matth. 22 ). Non-seulement c'est la voie qui conduit sûrement à la vie éternelle, mais encore c'est la seirie qui y conduise , et il n'y en a pas d'autres pour y arriver. C'est par elle qu'ont marché les anciens Patriarches , les Prophètes , les Apôtres , les Martyrs , les Confesseurs, les Vierges, et tous ceux qui ont vécu sous la loi de nature, ou sous la loi écrite , ou après la publication de la loi évangélique: et quiconque désire arriver un jour à cette vie éternelle , doit nécessairement suivre cette même voie. Toute autre voie que voudraient nous montrer l'amour propre , le monde ou le démon , quelque droite qu'elle pût paraître, Unirait par conduire à la perdition (Prov. 16).
11. Il est vrai que cette voie, que je viens d'indiquer, est une voie étroite, laborieuse et pénible; Jésus-Christ lui-même nous en a avertis. Pour y marcher, il faut continuellement se faire violence, surmonter les répugnances de la nature , résister aux suggestions du démon, fouler aux pieds les maximes et les usages du monde, mortifier sa chair, réduire ses sens en servitude, vivre, en un mot, dans un entier renoncement à soi-même, et toujours porter sa croix. Mais voudrions-nous, pour favoriser notre paresse cl notre lâcheté, renoncer à la vie éternelle , et abandonner l'affaire importante de notre salut? Et comment pourrions-nous nous laisser décourager par les travaux, les combats, les privations et les croix, tandis que nous faisons profession de croire
qu'en souffrant avec patience , nous mériterons une couronne éternelle; qu'en combattant généreusement, nou.-. parviendrons à la possession d'un royaume éternel; qu'en portant notre croix avec courage et résignation, nous arriverons à un état où nous serons exempts de tous k s maux , et comblés de tous les biens, et cela pendant l'éternité tout entière. Animés de cette foi cl de cette espérance , que de travaux n'entreprirent pas les Saints , que de sueurs ne répandirent-ils pas, que de peines, que de privations, que de persécutions n'endurèrent-ils pas? C'est cette foi , dit saint Paul (Hcb. 11 ), qui les rendit supérieurs aux tyrans, qui leur fit supporter avec joie les railleries, les verges, les chaînes et les prisons. Les uns, animés de cette foi, se cachèrent sur les montagnes ou dans des souterrains ; d'autres se virent avec plaisir dépouillés de tous leurs biens, se laissèrent scier, lapider, pour ne pas perdre la couronne d'immortalité qu'ils attendaient. Et nous qui professons la même foi , qui attendons la même récompense , nous n'aurons pas le courage de surmonter un vil respect humain, de nous mettre au-dessus de tout ce que le inonde peut dire ou penser , de nous séparer de tout ce qui peut être pour nous une occasion de péché, de combattre une passion qui nous domine, de commencer à mener une vie vraiment chrétienne, pénitente et mortifiée?
12. Qu'il est petit cependant le nombre des chrétiens qui sont assez courageux pour combattre généreusement le démon, le monde et leurs passions , afin de pouvoir faire l'acquisition de ce royaume éternel ! Combien est grand , au contraire , le nombre de ceux qui, par lâcheté, se retirent du combat! À propos de cela , écoutez ce que rapporte la sainte Ecriture dans le livre des .luges (c. 7). Gédéon , étant sur le point de livrer bataille aux Madianites , assembla tout le peuple par l'ordre de Dieu, et lui parla en ces termes: Que tous ceux d'entre vous qui n'osent pas me suivre par crainte ou par lâcheté, se retirent ; je ne garde avec moi que les plus courageux et ceux qui voudront librement partager avec moi les dangers du combat. A cette première proposition, vingt-deux mille se retirèrent , et dix mille seulement se mirent en marche contre l'ennemi» De ces dix mille, la plupart revinrent encore sur leurs pas , cl enfin , de trente-deux mille , il n'y en eut que trois cenls qui suivirent Gédéon. Ces trois cents hommes combattirent avec la plus grande valeur, el remportèrent une glorieuse victoire. C'est là , mes Frères, une vive image de ce qui arrive dans le christianisme. Jésus-Christ-Jc.
SUR LF. DOUZIÈME ARTICLE DO SYMBOLE. A l't
chef des chrétiens, nous dit à tous: Que celui qui veut marcher avec moi à la gloire, se. renonce soi-même (Matlli. 16), qu'il prenne sa croix , et qu'il me suive. Celui qui aime son père, sa mère, ses enfants, ou quelque autre chose plus que moi, n'est pas digne de moi(il). c. 10). Celui qui n'aime pas mieux renoncer à tout ce qu'il possède et à tout ce qu'il a de plus (lier au monde , plutôt que de transgresser ma loi sainte , celui-là ne peut pas èlre mon disciple (Luc. M ). A ces propositions , combien y a-t-il de chrétiens Huis et courageux, qui ne se retirent pas , et qui marchent généreusement au combat? Combien y en a-t-il qui se renoncent eux-mêmes, puisque la plupart s'abandonnent à leurs passions, c! suivent honteusement tous leurs appétits déréglés ? Combien y en a-l-il qui portent volontiers leur croix, puisque le plus grand nombre ne cherche qu'à se procurer ses aises , même par les voies les plus illicites? Combien s'en trouvc-t-il qui soient disposés à faire un abandon généreux de tout ce qu'ils possèdent, plutôt que de transgresser la loi de Dieu, puisqu'un si grand nombre ne font aucune difficulté de la violer par des contrats injustes, par des fraudes, par des rapines, en opprimant le pauvre cl l'orphelin, pour acquérir ce qu'ils ne possèdent pas? Parmi ceux mémos qui font profession de suivre Jésus-Christ et d'observer ses saints préceptes , combien qui cherchent à accommoder sa divine loi à leurs propres inclinations, à servir en même temps Dieu et le monde , à allier les maximes ilu siècle avec celles de l'Evangile? Ils sont donc en bien petit nombre ces chrétiens qui suivent fidèlement .lésus-f hrist. et qui marchent avec ardeur après lui clans celle voie qui conduit au ciel; oui, ils sont en petit nombre, et l'on ne voit que trop malheureusement se vérifier cette parole du divin Sauveur: Il y en a beaucoup d'appelés, mais pou d'élus (Matth. 29).
4 3.Etd'où vient que, lorsqu'il s'agit d'acquérir! t\ie éternelle, les chrétiens sont si indifférents et si lâches? D'où vient que, tandis qu'ils entreprennent tout, et qu'ils souffrent tout pour se procurer les biens périssables et incertains de cette terre, ils ne peuvent pas se résoudre à supporter la moindre peine, la plus légère incommodité, à sacrifier la plus petite satisfaction, pour gagner les biens certains , immenses et éternels du paradis'' Ah! disait un saint homme en versant des larmes, [es chrétiens ont perdu un des articles de foi, et une des vertus théologales. L'article de foi qu'ils ont perdu est celui qui concerne la vie éternelle, et la vertu théologale qui a disparu i\u Christianisme est l'espérance. Kon , l'on ne croit plus la vie
éternelle, s*ôcriait-fl ; si l'on y croyait, on vivrait tout autrement. On n'espère plus, ajoutait-il , non, on n'espère plus le< biens éternels que Dieu a promis à ceux qui l'aiment et qui le servent; si on les attendait, on ferait bien d'autres efforts pour les acquérir. Je ne dis pas que la plupart des chrétiens aici;l perdu cette foi et cette espérance ; mais je dis que ces deux vertus sont si faibles dans le plus grand nombre , que la pensée des biens éternels ne fait plus sur eux la moindre impression. D'où il résulte qu'ils se mettent avec ardeur à la poursuite des choses présentes et matérielles qu'ils aperçoivent , et qu'ils vivent dans la plus grande indifférence par rapport aux choses futures et spirituelles qu'ils ne voient point, et qu'ils ne comprennent point.
14. iNe soyons pas, mes Frères, comme ces hommes charnels dont parle saint Paul (1. Cor. 2), qui sont tout attachés à ces biens terrestres cl sensibles, et qui n'élèvent jamais leurs pensées vers les biens célestes et invisibles. Ranimons notre foi et notre espérance; et quand le monde, pour nous gagner, nous présentera ses honneurs, ses richesses et ses plaisirs, élevons nos pensées vers cette gloire ineffable, vers ces trésors immenses, vers ces délices éternelles qui nous sont préparés dans les cicux ; et, à la vue de ce bonheur inestimable, tout ce que le monde pourra nous présenter de grand , de beau et d'agréable, nous paraîtra, dit l'Apôtre (Phil. 3), vil comme de la houe. Quand nous rencontrerons quelque difficulté, que nous éprouverons quelque répugnance à nous priver d'une satisfaction, à supporter une disgrâce, à nous soumettre à la volontr de Dieu , portons nos regards vers celte récompense éternelle qui nous est promise, et à cette vue, tout nous deviendra faeile; la loi du Seigneur sera pour nous pleine de charmes, nous la trouverons douce comme le miel le plus pur (Ps. 18); nous sentirons notre cœur se dilater, et, comme le Roi-Prophèle (Ps. 118), nous marcherons à grands pas dans la voie des commandements de Dieu. Comme l'oubli du ciel est la cause de noire attachement à la terre, son souvenir fera prévaloir dans noire cœur noire amour pour les biens éternels. Tandis que les Hébreux étaient captifs à Bab} loue (Ps. 136), ils ne perdaient pas un instant de vue leur chère Jérusalem. Son doux souvenir allumait tous les jours dans leur cœur nu nouveau désir de la revoir. Ils ne savaient que soupirer et verser des larmes, et quand on les invitait à chanter quelquesuns des cantiques de Sion, comment, disaient-ils, chanteronsnous, et donnerons-nous des signes d'allégresse dans une terre
Sl'H LE DOUZIEME ARTICLE f»U SYMBOLE. 4'tl
étrangère, loin de noire pairie? Si la pensée de celte Jérusalem terrestre avait tant de force sur leur cœur, quelle impression ne doit pas produire en nous celle de notre Jérusalem céleste? Comment pourrons-nous nous livrer à la joie avec les pécheurs figurés par les habitants de Babylone, si nous réfléchissons à celte vérité : que nous sommes exilés sur la terre , et que le ciel est notre patrie? Ne la perdons jamais de vue celte bienheureuse patrie. Soupirons, travaillons, marchons avec persévérance dans la voie qui doit nous y conduire; cl si le chemin nous parait quelquefois difficile, disons avec le [loi-Prophète (Ps. 12) : Ce qui me fortifie, c'est de penser qu'après ce court pèlerinage, j'entrerai dans la maison du Seigneur, pour y jouir d'un repos éternel.
QUAKANTE-UNIÈME INSTRUCTION.
Sur lu malheur des réprouvés dans l'enlVr.
L'étal des justes, en l'autre vie, sera l'état le plus heureux, le plus fortuné, puisqu'ils seront pour toujours exempts de tous les maux, et qu'ils jouiront de l'abondance de tons les biens, ainsi que je vous l'ai démontré autant qu'il m'a été possible dans l'instruction précédente. Mais quel sera l'état des pécheurs? Voilà ce qui fera aujourd'hui le sujet de nos réflexions; sujet effrayant, par lequel je terminerai l'explication <!n Symbole. Je vous exposerai donc les maux terribles réservés à ceux qui ont l'audace de transgresser la loi de Dieu, afin que s'il s'en trouvait quelques-uns sur qui l'espérance du bonheur éternel n'eût pas fait une impression suffisante pour le déterminer à marcher dans le chemin qui conduit au ciel, ils pussenl du moins être ramenés dans cette voie parla crainte des châtiments destinés aux pécheurs.
1. Si les élus doivent être au comble du bonheur en l'autre vie, parce qu'ils seront exempts de tous les maux et en possession detous les biens, nous devons dire, au contraire, que les réprouvés seront au comble du malheur, parce qu'ils seront privés de tous les biens, et condamnés à souffrir tous les maux. Les justes seront souverainement heureux, parce qu'étanl délivrés de tout mal, rien ne pourra contrarier leur volonté , et que jouissant de tous les biens , tout sera conforme à leurs désirs. Mais les réprouvés seront souverainement malheureux, parce qu'étant privés de tous les biens, ils n'auront
' i3 Xf.l. INSTRUCTION
jamais ce qu'ils désireront, et qu'environnés tic tous les mau.:, ils souffriront toujours ce qu'ils voudraient ne pas souffrir. Quelle peine plus atroce, et quel tourment plus cruel, dit saint Bernard (Lfli. 5. de Consid., c. 12), que d'êlre forcé à vouloir toujours ce qui n'arrivera jamais , et de ne pouvoir jamais obtenir ce que l'on désire, et de souffrir toujours ce qu'où voudrait ne pas souffrir?
2. L'homme désire naturellement d'être heureux, et pa? conséquent il est naturellement porté au bien, parce que ce n'est que dans le bien qu'il peut trouver son bonheur. Les réprouvés, en l'autre vie, auront aussi ce penchant et ce désir; mais à quoi leur scrvira-l-il de rechercher ce bien, et de le désirer de tout leur cœur, puisqu'ils ne pourront jamais l'obtenir? C'est en cela que consistera leur supplice, et c'est ce qu'a voulu faire entendre le Roi-Prophète, en disant (Ps. 111) que le désir des pécheurs ne sera jamais réalisé : Desider'mm peccalorum peribil. On distingue trois sortes de biens : les biens de la nature, ceux de la grâce, et ceux de la gloire. Or, les pécheurs, en l'autre vie, ne posséderont aucun de ces biens. Ils auront quitté pour toujours les biens de la nature, ils seront prives de ceux de la grâce, et exclus pour jamais de ceux de la gloire. Oh! à quelle extrême pauvreté, à quelle infortune ils se verront réduits !
3. Quant aux biens de la nature, où seront ces trésors auxquels ils attachent exclusivement leur cœur? Où seront ces honneurs , ces postes dont ils se glorifient maintenant? Où seront cette force et cette puissance dans lesquelles ils se con- Denl aujourd'hui? Toutes ces choses auront disparu. Plus de beauté , plus de richesses , plus d'estime , plus d'amis , plus de jeux, plus de bals, plus de théâtres, plus de conversations, plus de plaisirs, plus de passe-temps. Les biens mêmes, que la nature distribue indistinctement à tous les hommes en celle vie, ne seront plus pour eux. Us ne pourront jamais plus ni voir la lumière du soleil, ni contempler la multitude des étoiles , ni jouir des avantages que les éléments nous procurent sur la terre. En un mot, tout ce que renferme la nature, tout ce que le monde peut offrir de beau, de bon, d'utile et d'agréable , tout leur sera enlevé pour toujours. Toutes les choses dans lesquelles Ils fout aujourd'hui consister leur joie et leur contentement, seront finies; et, abandonnés à leur propre indigence, ils ne conserveront de tout cela que le souvenir. Mais ce souvenir même, loin de les soulager, aggravera leur tournent, comme il arrive à ceux qu'une disgrâce précipite ç:;
Un moment du sein de l'opulence dans une extrême pauvreté, et à qui le souvenir des richesses qu'ils ont perdues ne sert qu'à rendre leur indigence mille fois plus insupportable. A. quoi nous servent maintenant , diront ces infortunés dans le comble de leur affliction , à quoi nous servent maintenant ces biens qui nous ont coûté tant de travaux et de sollicitudes, ces emplois lucratifs et honorables auxquels nous étions parvenus par le moyen de tant d'injustices, ces amitiés et ces protections que nous avions acquises par tant de démarches, et que nous avions cherché à nous conserver par tant de précautions? Toutes ces choses, qui nous paraissaient si dignes de notre estime, et dans lesquelles nous faisions consister tout notre bonheur, ont passé comme une ombre; et comme un messager qui court rapidement , comme un vaisseau qui fend les ondes, sans laisser aucune marque de son passage, comme un oiseau qui vole dans les airs , et qui ne laisse après lui aucune trace, ainsi à peine avons-nous paru dans le monde, que nous avons été forcés de l'abandonner ; à peine avons-nous commencé à jouir de ses biens , que nous en avons été dépouillés. Telles seront, dit l'Esprit-Saint (Sap. 5), les réflexions que feront les réprouvés dans l'enfer ; car l'espérance de l'impie est comme la paille que le vent emporte, comme un léger nuage que la tempête disperse , comme une fumée qui ,à la moindre agitation de l'air , se dissipe et s'évanouit.
4. Quelque pénible que puisse être pour les réprouvés celle privation des biens de la nature, elle serait encore supportable si elle n'était accompagnée delà privation des biens de la grâce. Job perdit à la fois ses biens , ses enfants , sa santé, et fut réduit à un tel état de pauvreté, que, privé même de tuute habitation , il était obligé de prendre son repos sur un fumier. Mais au milieu de tant de calamités, fortifié par la grâce et par sa confiance en Dieu , il s'écriait (c. 13 ): Quand il m'ôlerait la vie même , j'espérerais encore en lui, parce qu'il est mon Sauveur; et cette espérance lui donnait la force de tout souffrir avec résignation. Mais quelle espérance les réprouvés pourront-ils avoir qui soit capable de les soulager et de les fortifier, étant prives de tous les biens de la grâce, qui sont la fondement de toute espérance ? Ils ne pourront pas dire que Jésus-Cbrist sera leur Sauveur , puisqu'il n'y aura plus pour eux de moyens de salut. Son sang , ses plaies , sa croix leur seront inutiles ; ils n'auront aucune part à la rédemption, quelque abondante qu'elle ait été. 11 n'y aura plus pour eux ni lumières, ni invitation, ni inspiration. Exclus et se-
parcs de îa société des fidèles, ils seront privés de toute espèce de communication avec eux ; ce sera en vain qu'ils en attendront quelque sulîragc ; et la source de toutes les grâces ayant été desséchée pour eux , ils seront comme les montagnes de Gelboë , qui ne doivent jamais plus recevoir une seule goutte de pluie ni de rosée. N'ayant plus à attendre ni aide ni, secours, il n'y aura plus pour eux lieu au repentir, ils seront incapables de tout bon sentiment ; leur volonté s'obstinera dans le mal ; leur cœur sera plein d'une haine invincible pour tout ce qui est bien , et ne trouvant rien qui puisse les consoler, toutes leurs pensées les porteront au plus affreux désespoir. Alors se vérifiera ce qu'a dit autrefois le Roi-Prophète ( Ps. 118 ), que le cœur des superbes est devenu comme le lait qui s'épaissit , et ce qui est écrit dans l'Ecclésiastc (c. 9 ), qu'il n'y aura dans l'enfer ni raison, ni sagesse, ni science ; parce que l'entendement étant privé de toute lumière, la volonté sera par-là même privée de toute droiture, ce qui la rendra toujours mécontente et inquiète; et les pécheurs ayant en horreur les jugements de Dieu , et devant néanmoins en supporter les suites par nécessité et par force, par leur rage et parleur désespoir, ils se rendront toujours plus pénibles et plus amères leurs pertes irréparables.
•'>. Mais ce qui accroîtra davantage encore cette rage et ce désespoir, ce sera la privation des biens de la gloire. Les Saints souffrent avec joie sur la terre la privation injuste de leurs biens, des avantages dont ils jouissaient, et même de leur vie , parce qu'ils savent que celte privation et ce dépouillement doivent leur procurer un poids immense de gloire dans le ciel (2. Cor. 4). Si la perte des biens de la nature pouvait être pour les pécheurs, en l'autre vie, un moyen pour recouvrer ensuite les biens de la grâce , et pour acquérir ceux de la gloire , ils auraient un£ raison de se consoler. Mais se voir privés pour toujours de tous ces biens terrestres qu'ils avaient tant aimés , et savoir qu'ils seront aussi privés pour toujours de ces biens dont on jouit dans le ciel, parce qu'ils le seront de tous ceux de la grâce, qui sont comme l'échelle par laquelle on parvient à ccux-lâ , oh! quelle tristesse, quelle affliction, quelle douleur! Et cependant, telle sera leur affreuse condition ; et parce qu'ils auront abusé des biens de la nature pendant leur vie , ils en seront privés après leur mort; et, en outre, ils seront privés pour toujours des biens de la gloire. Ne vous y trompez pas, nous dit saint Paul (1. Cor. o ) , ni ceux qui commettent l'iniquité, ni les fornicaleurs , ni
SUR LE DOUZIEME ARTICLE DU SYMBOLE. Al\
les idolâtres, ni les adultères, ni les impudiques, ni les voleurs, ni les avares , ni les ivrognes, ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d'autrui ne seront héritiers du royaume de Dieu. Pour toujours ils seront exclus de cette sainte cité ( Apoc. 21 ) dont les murs sont bâtis de pierres de jaspe , dont les fondements sont ornés de toutes sortes de pierres précieuses, dont les portes sont faites d'autant de perles, dont la place est toute d'un or très pur et transparent comme le verre ; jamais ils ne participeront aux délices dont on y jouit. Tour toujours ils sueront privés du bonheur d'être admis dans la société des Saints et des serviteurs de Dieu et dans la salle du festin de l'Agneau , et de pouvoir chanter le cantique du Seigneur. Jamais ils ne verront celte eilé où brille un soleil éternel, où règne une paix inaltérable, où l'on goûte un repos continuel, un bonheur constant , une béatitude assurée; jamais un seul rayon de cette gloire ne pénétrera jusqu'aux enfers ; jamais une seule goutte de cette rosée céleste ne descendra dans ces gouffres embrasés , pour tempérer la soif ardente des malheureux réprouvés. Aussi, lisonsnous dans le saint Evangile (Luc. 16. ) que le mauvais riche ayant prié Abraham de lui envoyer Lazare, afin qu'il trempât le bout du doigt dans l'eau pour lui rafraîchir la langue, il entendit le saint Patriarche lui dire : Souvenez-vous que vous avez joui pendant votre vie, et que Lazare, au contraire, n'a eu que des maux; maintenant donc il est dans la joie, et vous êtes dans les tourments.
6. Mais comme l'objet principal de la félicite des justes dans le ciel sera la possession assurée de Dieu, source véritable de tous les biens; ainsi le plus grand malheur des réprouvés dans l'enfer sera d'avoir perdu Dieu: perte qui renferme en ellemême la privation de tout autre bien. Pour comprendre la grandeur de celte perte, il faudrait comprendre ce que c'est que Dieu. Ici-bas nous ne pouvons pas nous faire une idée juste de cet Etre suprême cl infini, et tout ce que la foi nous en apprend ne suffit pas pour nous le faire connaître d'une manière claire et distincte. C'est pour cela que les hommes se portent plus volontiers vers les objets sensibles qu'ils aperçoivent, que vers Dieu qui est spirituel et invisible , et que, ne faisant point attention aux connaissances que leur fournissent de lui non-seulement la religion, mais la nature même, ils aiment souvent mieux perdre ce Dieu infini , que de se priver des biens périssables de la terre. Mais après la mort, quand les impressions produites par les objets terrestres n'existeront
plus, ail! c'est alors que s'ouvriront enfin les yeux des pécheurs; c'est alors qu'ils seront persuadés que Dieu seul est le bien véritable , le bien souverain , le bien immense , le bien infini , et la source de tous les biens. Alors Dieu leur fera comprendre qu'il n'y a que sa beauté qui eût pu contenter leurs regards, et que sa bonté qui eût pu satisfaire leurs désirs. Alors ils reconnaîtront que ses amabilités seules forment la joie et la félicité des habitants du ciel , et que si les Anges et les Saints y sont bicnheurp'ix, c'est parce qu'ils y voient Dieu, parce qu'ils l'aiment et qu'ils le possèdent. Cette connaissance allumera dans leur cœur le plus ardent désir de s'unira lui; ils réuniront toutes leurs forces pour s'élancer vers lui ; et malgré tous leurs efforts , jamais ils ne pourront parvenir à le posséder. Toujours ils soupireront vers ce bien infini, et pour toujours ils en seront séparés. Dieu les repoussera et les éloignera de lui , et ils sentiront continuellement la force de ces paroles formidables de Jésus-Christ : Eloignez-vous de moi, maudits (Matlh. 25). Si la mort d'un père est capable, en cette vie , de jeter un enfant dans l'affliction la plus profonde, quel sera le désespoir des pécheurs dans l'enfer, en pensant qu'ils ont perdu pour toujours leur Père céleste, que jamais ils ne pourront voir sa face, que jamais ils ne recevront de sa part la moindre marque d'amour! Perte d'autant plus grande, que Dieu est plus élevé au-dessus de tout ce qui n'est pas lui ; perle qui renferme en elle-même la perte de toute autre chose , puisque Dieu étant le seul bien véritable , celui qui a perdu Dieu a par conséquent tout perdu.
7. Quand les réprouvés n'auraient rien autre à souffrir que la privation de Dieu, leur infortune serait à son comble. Mais, outre la privation de tous les biens de la nature , de ceux de la grâce et de ceux de la gloire, ils seront encore condamnés , pour comble de malheur , à souffrir tous les maux. La seule perte de Dieu est le souverain des maux, et un mal qui suffirait lui seul pour constituer l'enfer ; car comme la possession de Dieu est ce qui constitue proprement la félicité des élus, de même la privation de Dieu est ce qui constitue proprement le malheur des réprouvés, et c'est pour cela que les théologiens l'appellent communément la peine du dam. Mais outre ce mal, un grand nombre d'autres maux viendront fondre sur la tète des pécheurs, et c'est l'ensemble de ces maux qui forme cette peine qu'on appelle la peine du sens, peine dont il me reste à vous parler présentement. La sainte L^riUu'e, pour uous douuer une idée de ces maux qui envi'
ronneront de toute part les pécheurs, appelle renferunlieu de tourments (Luc. 16), une terre de misère, où l'on ne trouve aucun ordre, où règne une confusion éternelle (Job. 10), un lieu où sont préparés des marteaux pour battre les corps des impies (Prov. 19) ; expressions qui toutes nous donnent ù entendre que l'enfer est proprement le séjour des maux et de tous les genres de supplices. Là les réprouvés auront à souffrir l'obscurité de cette horrible prison où ne pénétrera jamais un seul rayon de lumière, où régneront éternellement des ténèbres bien plus épaisses que celles que Dieu répandit autrefois sur l'Egypte (Ex. 10). Là ces infortunés auront à endurer la faim, la soif et toutes les douleurs les plus violentes et les plus aiguës. Là ils n'entendront (pie blasphèmes, ils ne verront que rage, que désespoir, que grincement de dents. Là il n'existera que discorde, que haines, qu'inimitiés ; et tandis que, sur la terre, on sent ses peines s'adoucir, lorsqu'on trouve quelques personnes qui endurent les mêmes disgrâces que l'on a à supporter soi-même; dans l'enfer,au contraire, les supplices des réprouvés deviendront plus cruels , par la vue d<;s compagnons de leur infortune. Là, en un mot, Dieu réunira tous les maux sur la tète de ces rebelles , et déchargera sur eux toutes ses flèches (Deut. 32).
8. Mais parmi tous les supplices préparés aux pécheurs dans l'enfer, le feu est celui dont parlent plus souvent les saintes Ecritures. Au jour de votre colère, ô mon Dieu, s'écrie le Roi-Prophète (Ps. 20., 10), vous les précipiterez dans une; fournaise ardente, Dieulcs tourmentera dans sa fureur , et ils seront dévorés par le feu. L'assemblée des pécheurs, est-il dit dans l'Ecclésiaslique,est comme un monceau d'étoupes au milieu des flammes. Elle est déjà toute préparée cette vallée de feu, dit le prophète Isaïe (c. 30), et le souffle du Seigneur, semblable à un torrent de soufre , la tient sans cesse embrasée. Dans le nouveau Testament, l'enfer est aussi appelé une vallée de feu (Matth. 18), un étang de feu (Ap. 20) ; et la sentence que Jésus-Christ fulminera au jour du jugement contre les pécheurs (Matth. 25), et l'état du mauvais riche dont nous parle saint Luc (16), et le châtiment de l'orgueilleuse et infâme Babylone, décrit par saint Jean dans son Apocalypse (18), ne nous laissent aucun lieu de douter que le feu ne soit un des principaux châtiments destinés aux pécheurs par la justice divine. Nous voyons même que le mauvais riche ne se plainte Abraham que de l'ardeur du feu qui le tourmente; et, dans la sentence de condamnation qui sera prononcée par le
ï,\ \U. INSTRUCTION
souverain Juge, i! n'est fait mention que de la peine du feu. Si un des supplices les plus atroces auxquels la justice humaine puisse condamner un criminel est celui du feu, que sera-ce de î'cnfer,où les réprouvés seront tourmentés par un feu mille fois plus actif que le nôtre? Si le feu de la terre, selon les saints Pères, n'est que l'ombre et l'image de celui de l'enfer, que sera-ce donc de ce feu allumé par un Dieu tout-puissant justement irrité contre ses ennemis qui auront si longtemps abusé de sa patience cl de sa bonté ? Si le feu de la terre, que Dieu a crée dans sa bonté pour l'utilité des hommes, est déjà si ardent el si terrible, que sera-ce du feu de l'enfer, entretenu par la justice divine pour punir les pécheurs obstinés ? Aussi le prophète Isaïe (33) l'appelle-t-il un feu dévorant ; Ezéchicl lui donne le nom de feu de la colère et de la fureur de Dieu ; et saint Paul dit (2. Thess. 1) que Dieu a créé le feu de l'enfer pour tirer vengeance de ceux qui ne veulent pas le connaître, et qui refusent d'obéir à l'Evangile de Nôtre- Seigneur Jésus-Christ; et, dans un autre endroit (1. Cor. 3), il ajoute que ce feu discernera les œuvres de chacun, en tourmentant les damnés à proportion du nombre et de la grièveté de leurs crimes. Jugez, mes Frères, quelles seront les angoisses de ces infortunés plongés dans un feu de cette nature. Tsaïe, en réfléchissant à ce supplice, s'écriait (33). Oui d'entre vous pourra habiter dans ce feu dévorant ? Qui d'entre vous pourra subsister au milieu de ces ardeurs éternelles ?
9. Et cependant, ce ne sont pas encore là tous les maux des réprouvés. La sainte Ecriture nous apprend qu'ils seront tourmentés par un ver qui leur rongera continuellement le cœur, et leur fera souffrir un des supplices les plus insupportables. Un feu terrible et un ver rongeur, est-il dit dans l'Ecclésiastique (c. 7), vengeront Dieu contre l'impie. Leur ver rongeur ne mourra jamais, dit Isaïe (66), el le feu qui les dévorera nes'éleiiulra point de toute l'éternité. Et c'est encore ce que Jésus-Christ nous a enseigné de sa propre bouche (Marc. 9). Ce ver rongeur sera leur propre conscience qui , leur rappelant sans cesse le souvenir de leurs péchés, leur mettra continuellement devant les yeux que c'est pour une chose de rien qu'ils se sont précipités dans l'enfer. Je le placerai vis-à-vis de toi-même, dit Dieu au pécheur par la bouche du Roi-Prophète (Ps. 49), et tu seras forcé de te voir tel que tu es. Ta propre malice, dit-il par la bouche de Jérémie (cap. 2), l'accablera de reproches, et ta volonté perverse fera elle-même ton tourment. Leur conscience reprochera sans cesse à ces infortunés
et ces vengeances qu'ils ont voulu exercer, et ces injustices dont ils se sont rendus coupables, et ces liaisons criminelles qu'ils ont entretenues, et ces passions qu'ils ont voulu satisfaire; etleur faisant clairement connaître la vanité et le néant de ces créatures , pour l'amour desquelles ils ont perdu la i:ràce et l'amour du Créateur , fallait-il donc , leur dira-telle , pour si peu de choses, renoncer aux biens immenses du paradis? Fallait-il, pour quelques regards lascifs , vous priver pour toujours de la vision de Dieu ; pour un bien périssable, perdre les trésors du ciel ; pour un plaisir d'un moment, vous précipiter dans ces brasiers éternels? Ils s'efforceront d'éloigner celle pensée déchirante ; mais, malgré eux, il faudra qu'ils se rappellent que c'est pour une fumée, pour un néant qu'ils ont sacrifié les biens célestes, et que c'esl par leur faille qu'ils sont condamnés à l'enfer pour toujours. Alors ils maudiront, mais inutilement, ces compagnons qui leur ont appris le mal, ces livres où ils ont puisé des maximes pernicieuses qui les ont pervertis , ces occasions qui lurent la cause de leur ruine ; mais surtout ils se maudiront eux-mêmes, en pensant que, pour avoir voulu satisfaire une passion , ils se sont attirés ûa maux irréparables ; et connaissant alors, et Noyant, pour ainsi dire, de leurs propres yeux,la futilité des choses pour lesquelles ils ont eu la folie de consentir à se perdre, ils ne pourront se donner un moment de paix et de tranquillité, ils entreront en fureur contre eux-mêmes, comme dit le Psalmisle (Ps. 111), ils grinceront des dénis, et se livreront à un éternel désespoir.
10. En celte vie, on cherche autant que possible à fermer l'oreille à la voix de la conscience; et si, après une faute commise, elle se fait sentir parles remords, on tâche de les étouffer. On apporte pour excuse la difficulté d'observer la loi, la violence des passions, la faiblesse humaine, el avec ces faux prétextes on continue à vivre dans l'état du péché. Mais dans l'enfer, toutes ces excuses seront inutiles. La conscience montrera aux pécheurs que s'ils ont péché, c'est par malice ; que s'ils sont damnés, c'esl par un effet de leur paresse, el pour n'avoir pas voulu se servir de la facilité el de tons les moyens qu'ils avaient de se sauver. Oh! s'écrieront-ils alors, si nous avions suivi ces impulsions de la grâce qui nous invitait si souvent à la pénitence ; si nous avions profité de ces instructions qui nous apprenaient à fuir le vice el à pratiquer la vertu ; si nous avions écouté et mis en pratique les avis de ecs confesseurs qui nous montraient le chemin du ciel; au heu
4oS SU. INSTRUCTION
de brûler maintenant dans ce feu, nous serions au milieu des délices du paradis. Que nous en coùtait-il de pardonner cette injure, de pratiquer l'humilité, de faire part de nos biens aux pauvres, de les employer en bonnes œuvres, au lieu de les laisser à des héritiers qui déjà nous ont oubliés, et qui les font encore servir à leur propre perte? Tel sera le langage de ces infortunés. Sachant qu'ils n'auront jamais plus le moyen de faire pénitence, il faudra qu'ils éprouvent durant toute l'éternité l'amertume de ces reproches de leur conscience, et qu'ils souffrent à chaque instant ces cuisants et inutiles remords. Que manquera-l-il à leur malheur, étant privés de Dieu qui les repousse, tourmentés par le feu qui les dévore, et par le ver de leur conscience qui les ronge ?
11. Ah ! il est encore un autre mal, dans l'enfer, qui aggrave tous les autres maux : c'est de savoir que ces maux ne doivent jamais finir. Voilà ce qui met le comble au malheur des réprouvés. Tous les maux deviennent moindres, quand on a la certitude qu'ils finiront bientôt; comme, au contraire, le mal le plus léger devient insupportable, quand on n'a aucun espoir de le voir finir. Or, il est de foi que les peines des réprouvés ne finiront jamais. Que les libertins s'efforcent tant qu'ils voudront de combattre celte vérité qui les contrarie extraordinairement; ce même Dieu qui a dit (Eph. 5) que les impies n'auront point de part au royaume de Jésus-Christ , mais qu'un étang de feu et de soufre sera leur partage (Ap. 21), nous a révélé pareillement que leur supplice sera éternel. Le Seigneur tout-puissant, est-il dit dans le livre de Judith (16), tirera une vengeance éclatante de ses ennemis, il les environnera de feu, il fera que des vers s'engendreront dans leur chair, afin qu'ils brûlent et qu'ils soient rongés éternellement. Les uns, dit le prophète Daniel (12), ressusciteront pour la vie éternelle, et les autres pour être couverts d'opprobre et de confusion pendant l'éternité. Allez , est-il dit dans saint Matthieu (25), allez, maudits, au feu éternel. Et, dans un autre endroit du même Evangile, Jésus-Christ ajoute : Ceux-ci (les réprouvés) iront au supplice éternel. Ceux qui ne veulent pas connaître Dieu, dit saint Paul (2. Thess. 1), et qui refusent d'obéir à l'Evangile de Jésus-Christ, subiront des peines éternelles, et seront chassés pour toujours de sa présence adorable. Et pour que personne ne se laisse aller à croire que, par éternité, on doit seulement entendre ici un espace d'une certaine durée, les divines Ecritures nous déclarent ouvertement dans d'autres endroits «uc ces peines n'auront jamais de fin. Elles nous disent , dans
saint Matthieu (3), que Dieu brûlera la paille , c'est-à-dire les réprouvés avec un feu qui ne s'éteindra jamais. Elles noua disent, dans saint Marc (9) que le ver qui rongera le damné ne mourra point, et que le feu qui doit le dévorer ne s'éteindra jamais. Elles nous disent, dans l'Apocalypse (H), que tous ceux qui auront adoré la bête et son image boiront du vin de la colère de Dieu , qu'ils seront brûlés par. le feu et par le soufre, et que la fumée de leurs tourments s'élèvera dans les siècles des siècles. Ah ! s'il était possible de nous faire une juste idée de l'éternité, quel sentiment de terreur et d'épouvante se réveillerait en nous, en pensant que les supplices de l'enfer seront éternels ! Que sera-ce donc des damnés qui seront obligés de souffrir ces peines, et de penser à chaque instant qu'elles n'auront jamais de fin? Alors ils comprendront ce que veut dire éternité, et ils sentiront tout le poids de ces deux mots : toujours et jamais; et pensant que jamais ils ne pourront jouir d'aucun bien, que jamais ils ne pourront voir Dieu , que jamais il n'y aura pour eux de paradis, que toujours ils seront renfermés dans celle prison ténébreuse, que toujours ils devront brûler au milieu de ces flammes, et sentir les remords et les reproches de leur conscience, sans espoir de voir jamais finir leur supplice ni leur vie, ayant sans cesse toutes ces vérités présentes à leur esprit, oh ! quel sera leur désespoir et leur tourment! Saint Jean nous dit, dans son Apocalypse (c. 9.), que dans leur fureur et leur frénésie, ils chercheront la mort sans pouvoir jamais la trouver, qu'ils désireront mourir, mais que la mort fuira loin d'eux. Ce feu qui les tourmentera sans cesse de la manière la plus horrible, ce feu même leur conservera la vie ; ils brûleront toujours, sans jamais être consumés ; ils éprouveront à chaque instant les angoisses de la mort, sans pouvoir jamais mourir; et c'est pour cette raison que l'état des réprouvés est appelé une mort éternelle. Oh ! que saint Paul avait bien raison de dire qu'il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant (Heb. 10)!
12. Dans l'instruction précédente, vous avez entendu, mes Frères, ce que c'est que le paradis, et aujourd'hui vous venez d'apprendre ce que c'est que l'enfer. Dans le paradis, on D€ souffre, on ne craint aucun mal, et on y jouit de tous les biens ,sans crainte et sans danger de les perdre jamais. Dans l'enfer au contraire, on est privé de tout bien , et on souffre tous les maux, sans espérance'de les voir jamais finir. Nous devons nécessairement arriver à l'une ou à l'autre de ces deux
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éternités, il n'y a pas de milieu. Après la mort, ou nous serons destinés à la vie éternelle, et à être heureux pour toujours dans la société des Saints , ou bien nous serons condamnés à la mort éternelle, et à être à jamais malheureux en la compagnie des démous. Y en a-l-il un seul parmi vous qui ne désire pas d'être rendu participant de la félicité des bienheureux en l'autre vie, et d'être préservé des peines de l'enfer? Je ne crois pas que l'on puisse trouver un chrétien assez téméraire et assez insensé pour rester indifférent lorsqu'il s'agit de choisir entre un bonheur éternel et un malheur sans fin. Cependant, quelque persuade que je sois que tous les chrétiens désirent se sauver, et qu'il n'en est aucun qui ait la volonté positive de se damner, je crains que le nombre de ceux qui se sauvent ne soit bien petit, en comparaison du nombre infiniment plus grand de ceux qui se damnent , et ma crainte n'est que trop raisonnable et trop bien fondée. Car deux voies seulement sont ouvertes pour entrer dans la vie éternelle : celle de l'innocence, dont parle le Roi-Prophète en disant (Ps. 14) que celui-là habitera dans le tabernacle du Seigneur, et reposera sur sa montagne sainte, qui se conservera pur et sans tache, et qui aura toujours pratiqué la justice; et celle de la pénitence, que saint Jean-Baptiste prêchait aux Pharisiens et aux Sadueéens (Matlh. 5), en leur disant que s'ils voulaient échapper à la colère du souverain Juge, il fallait qu'ils fissent de dignes fruits de pénitence. C'est encore de cette voie que parlait Jésus- Christ, en disant aux Juifs (Luc. 13) que s'ils ne faisaient pénitence, ils périraient tous misérablement. Hors de ces deux voies il n'en reste aucune autre pour arriver au ciel. Or, combien trouve-t-on de chrétiens qui sans jamais s'écarter ni à droite ni à gauche , marchent constamment dans la voie de l'innocence? Combien y en a-t-il qui conservent pure et dans tout son éclat la robe blanche dont ils ont été revêtus dans le baptême, et qui puissent dire avec vérité qu'ils n'ont jamais perdu par un seul péché mortel le trésor inestimable de l'innocence? Vous n'aurez pas de peine à avouer qu'ils sont eo bien petit nombre. Mais seront-ils bien nombreux ceux qui suivent le chemin de la pénitence, qui crucifient leur chair avec ses vices et ses convoitises, qui mortifient par l'esprit les œuvres de la chair, qui fassent servir à la justice ces membres qu'ils ont fait servir autrefois à l'impudicité et à l'injustice? Ah! la manière de vivre devenue presque universelle parmi les chrétiens nous oblige à confesser que le nombre des vrais pénitents est bien petit. Ou vit selon son caprice; on
SUR LE DOUZIÈME ARTICLE DU SYMBOLE. 4o3
obéit aveuglément à ses passions ; on observe scrupuleusement les usages d'un monde pervers, on cherche à se procurer ses aises et ses commodités, on ne veut jamais se faire la moindre violence à soi-même, ni se priver de la plus légère satisfaction. Comment peut-on allier avec une telle conduite l'esprit de pénitence? Or, comme il n'est que trop vrai , selon la remarque de saint Augustin , que l'on meurt pour l'ordinaire comme on a vécu, n'ai-je pas bien raison de craindre que même parmi les catholiques adultes il n'y en ait que très peu qui se sauvent, et que le nombre de ceux qui se damnent ne soit très grand , puisque ceux qui persévèrent dans l'innocence sont si rares, et que, d'un autre côté, il y en a si peu qui, après avoir péché, mènent une vie pénitente? Et ma crainte devient encore plus grande, quand je réfléchis que Jésus-Christ a dit lui-même que la porte de la perdition est large, que le chemin qui y mène est très spacieux , et que le nombre de ceux qui y passent est très grand; tandis que la porte de la vie est petite, que le chemin qui y mène est très étroit, et qu'il y a bien peu de personnes qui le trouvent (Malth. 7. et Luc. 13).
13. Que devons-nous donc faire, mes Frères, pour nous préserver de la mort éternelle , et pour nous assurer la possession de la vie éternelle? Quel parti devons-nous prendre pour éviter ces supplices horribles et éternels que la justice divine réserve aux pécheurs dans l'enfer? Nous devons faire ce que les Anges dirent à Loth qu'il devait faire lui-même pour échapper au fléau par lequel Dieu avait résolu de punir les iniquités de l'infâme Sodôme (Gen. c. 19). Sachez, lui dirent-ils, que Dieu se dispose à se venger contre cette cité criminelle, et qu'il va faire tomber sur elle le feu du ciel pour la réduire en cendres. Si vous voulez ne pas périr avec ses malheureux habitants, hâtez-vous de fuir, retirez-vous sur la montagne voisine, où vous serez en sûreté. Nous sommes assurés , mes Frères, qu'un Jeu terrible est allumé dans l'enfer pour punir les pécheurs, que cet enfer tient sa bouche ouverte, comme dit le prophète Isaïe (c. 5), et qu'à chaque instant il engloutit de malheureuses victimes. Que celui qui veut se sauver se sépare des pécheurs au moins par sa conduite, qu'il se retire sur la montagne de la pénitence pour se mettre à couvert de la colère divine. Laissons les mondains rechercher les biens d<r la terre; laissons-les prendre leurs plaisirs; laissons-les courir après les honneurs du siècle. Les habitants de Sodôme mangeaient etbuvaient aussi, dit lésus-f hristdans saint Luc [17); ils achetaient, ils vendaient, ils plantaient, ils bâtissaient. Mais le
4G0 XM. INSTRCCTIOX.
jour où Loth sortit de cette ville, il tomba du ciel une pluie de feu et de soufre qui les fit tous périr. C'est ce qui arrive aux pécheurs, lis passent leurs jours dans les plaisirs, dit Job (21. 13), et au moment où ils s'y attendent le moins, ils tombent dans l'enfer. Ne nous laissons pas séduire par l'appât de leurs biens et de leurs vains divertissements. Qu'ils goûtent seuls les plaisirs qu'ils cherchent dans les conversations mondaines , dans les jeux , dans les théâtres ; qu'ils travaillent à s'enrichir, à se procurer toutes sortes de satisfactions , à acquérir les biens trompeurs que le monde a coutume de donner à ses partisans. Le démon aveugle leur esprit par de vaines apparences, pour empêcher qu'ils ne voient le précipice vers lequel ils s'avancent , et qu'ils ne réfléchissent aux châtiments éternels qui leur sont réservés. Pour nous, mes Frères , gardons-uous bien de nous conformer à ce siècle, et travaillons dès ce jour à réformer notre conduite. Si, jusqu'à ce moment, nous nous sommes laissé séduire par les maximes et les préjugés du monde, ayons soin désormais de suivre les maximes et les vérités de l'Evangile ; si nous avons aimé notre corps d'une manière désordonnée , commençons à concevoir contre lui une sainte haine ; si nous avons eu en horreur les souffrances, embrassons volontiers les tribulations et les croix; si nous avons été pleins de négligence pour faire le bien , et ardents pour le mal , mettons-nous dès à présent à pratiquer toutes les vertus chrétiennes , et travaillons à nous former un riche trésor de bonnes oeuvres pour le ciel. Les plaisirs que nous pouvons goûter ici-bas, comme les maux que nous pouvons y souffrir, sont de courte durée; tandis que les plaisirs que nous pouvons perdre et les maux que nous pouvons encourir pour l'autre vie ne finiront jamais. Ne serait-ce pas une folie de renoncer aux biens éternels, pour ne vouloir pas nous détacher de ceux de la vie présente , et d'aimer mieux souffrir pendant toute l'éternité , que de supporter avec patience les maux légers de celle vie qui doit bientôt finir? Heureux, mes Frères, si ces vérités contenues dans le Symbole, et que j'ai taché d'expliquer avec le plus de clarté qu'il m'a été possible, peuvent exciter dans nos cœurs un ardent désir de la vie éternelle, et nous porter à faire tous nos efforts pour la mériter! Par-là nous atteindrons le but de notre foi, qui est le salut de nos âmes; en suivant ses lumières durant le cours de cette vie mortelle , nous éviterons les maux affreux réservés aux pécheurs dans l'enfer, et nous parviendrons à la possession des biens éternels qui sont préparcs aux justes dans le ciel. Ain*i soil-il.
TADLE DES MATIÈRES.
1" Instruction. — Du Symbole des Apôtres cl de l'usage que nous pag. devons en faire. <
11. Instruction. — Dispositions avec lesquelles on doit réciter le Symbole. U.
Hl. Instruction. — Sur le premier article du Symbole: dedoin Deum, ele ; on explique le mot credo, je crois , et l'on démontre quelle doit être notre foi. 22
IV. Instruction. — Comment doit-on entendre ces premières parole du Symbole : Credo in Deum : Je crois en Dieu. 33
T. Instruction. — Sur les paroles Credo in Deum... Unité de Dieu. 46
VI. Instruction. — Ciedo in Deum Panent. Mystère de la très sainte
Trinité. 59
VI. Instruction. — Credo in Deum Patrem omnipotentem. En quel sens on peut dire que le nom de l'ère convient à Dieu, et de sa toute-puissance. '0
TH. Instruction. — Sur les paroles Ci eaiorem cccli et tence. Création de l'univers. Si
VIII. Instruction.— De la création des Anges , et de l'emploi qu'ils
ont reçu de veiller à notre garde. ^3
IX. Instruction. — De la création de l'homme et de sa fin. 103
X. Instruction. — De l'étal de l'homme innocent , de sa chute,
et du péché originel. "6
XI. Instruction. — Sur les paroles: Et in Jesum Chrktum. Combien
la connaissance de Jésus-Christ est importante et nécessaire. lï'
XII. Instruction. — Sur les mêmes paroles du Symbole : Ei in Jesum Christian, Sur les saints noms de Jésus et de Jésus-Christ I3'J
XIII. Instruction. — Sur les paroles du Symbole : Filiinn ejus ici-
cum : Son Fils unique. '50
XIV. Instruction. — Sur les paroles : Dominum noifrum : Noire-Sei-
gneur.
XV. Instruction. — Sur le troisième ar!;cle : Qui conceptu» est de Spiritu sancio. Conception de Jésus-Christ. 1 ''
XVI. Instruction. — Sur les paroles : Nalui ex Maria Virgiae. Naissance de Jésus-Christ. '81
XVII. Instruction. — Sur les paroles : Katus ex Varia Virgine: Né
de la Vierge Marie. Grandeurs de Marie. ^-
XVIII. Instruction.— Sur les paroles du quatrième article du Symbole : Passus sub Pontio Pilaio. Passion de Noire-Seigneur Jésus- Christ. -M
XIX. Instruction.— Histoire de la Passion de Jésus-Christ: Pastns
sub Pontio Pilato. Ce qu'il a souffert dans son esprit. 216
XX. Instruction. — Sur ce que Jésus-Christ eut à souffrir dans
son honneur. — "