‹ Instructions morales sur la doctrine chrétienneChapitre 1 sur 30 · COMMANDEMENTS DE DIEU · texte numérisé non relu

COMMANDEMENTS DE DIEU

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Dans le premier tome de mes Instructions morales, je vous ai parlé des trois vertus théologales, la foi, l'espérance, la charité, et des péchés qui leur sont opposés. En traitant de la foi, qui est le fondement de toutes les vertus, j'ai tâché de développer d'une manière claire les vérités renfermées dans les douze articles du Symbole que nous ont transmis les Apôtres , comme devant être la règle de notre croyance. Dans l'explication des demandes de l'Oraison dominicale, tout fidèle a pu apprendre ce qu'il est en droit d'espérer de Dieu; il nous reste maintenant à voir, outre ce qui a été dit, ce que nous impose et ce à quoi nous oblige la troisième vertu théologale , savoir, la charité que nous devons regarder comme la plus importante. Pour la pratiquer, il faut, avant tout, observer la loi de Dieu, parce que celle-ci renferme en elle-même la charité, puisqu'elle nous apprend comment nous devons aimer Dieu et le prochain. Par les commandements du Seigneur, nous connaissons clairement sa volonté , les actes religieux par lesquels nous devons l'honorer, afin de lui être agréables , et les actions criminelles et mauvaises dont il faut que nous nous abstenions pour ne pas perdre son amitié , et attirer sur notre tête les châtiments affreux de sa vengeance. Dans mon instruction d'aujourd'hui, je chercherai à vous faire comprendre combien il est nécessaire d'être instruit de la loi divine et des commandements qu'elle renferme,, combien il est important d'en avoir une connaissance exacte; je vous dirai quel en est l'auteur, et quel est le terme auquel cette loi conduit.

I. Il ne suffit pas de connaître l'obligation d'aimer Dieu et te prochain; il est de plus nécessaire de savoir en quoi consiste spécialement cet amour, ce qu'il prescrit once qu'il défend, soit envers Dieu, soit envers le prochain: c'est ce que nous appre-

nous par les préceptes de celle loi divine , ou autrement par le Décalogue. Qu'est-ce donc que le Décalogue? C'est un abrégé des commandements que Dieu nous a donnés. On t'appelle Décalogue parce qu'il renferme dix commandements. Mais fondés sur la parole de Jésus-Christ, n'avons-nous pas dit que dans les deux seuls préceptes d'aimer Dieu et le prochain comme nous-mêmes, est renfermée toute la loi et les prophètes : Inhis duobus mandulis univcrsa lex pendel et prophelœ (S. Mallh.2'2)? Pourquoi voulons-nous à présent en compter dix? Il est vrai que ces deux préceptes constituent toute la loi; mais, dit saint Augustin dans son livre du Décalogue, ces deux préceptes en contiennent dix : Sedilla duo continent illa decein. Le commandement d'aimer Dieu en embrasse trois, et celui par lequel il nous est ordonné d'aimer notre prochain en renferme sept: comme on le voit, il y en a donc dix. Celui par lequel il nous est enjoint d'aimer Dieu en comprend trois, car, de même que les rois de la terre exigent de leurs sujets fidélité, respect et hommage, Dieu, étant le souverain Seigneur de nous tous, réclame aussi de notre part fidélité, ou pour le dire en d'autres termes, il exige que nous ne rendions un culte suprême qu'à lui seul, que nous n'adorions et que nous ne reconnaissions d'autre Dieu que lui; voilà ce que nous prescrit le 'premier commandement.

En second lieu, ce maître du cie! et de la terre exige le respect, c'est-à-dire, il veut que nous respections non seulement sa divine personne, mais encore son nom sacré, en ne le prenant jamais en vain et avec mépris. C'est là l'objet du second commandement.

En troisième lieu, il exige de nous des hommages et des sentiments de reconnaissance pour les bienfaits innombrables dont il nous a comblés, en l'honorant par un culte extérieur, dans les jours qu'il a désignés : c'est ce que nous prescrit le troisième commandement: Les Dimanches tu garderas.Xoilk donc ies trois préceptes de la première table qui regardent Dieu.

2. Pour aimer le prochain comme nous-mêmes , sept choses sont nécessaires. Il faut d'abord aimer d'un amour spécial ceux qui nous ont donné le jour : tel est l'objet du quatrième commandement : Tes père et mère honoreras, etc. En second lieu , il ne faut jamais ofieuser personne par ses actions : aussi est-il dit : Ta ne tueras point.

En troisième lieu , il ne faut point l'offenser dans la personne

de son épouse, c'est ce que défend le sixième commandement:

• Tu ne commettras point d'adultère. En quatrième lieu , il

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est défendu de nuire au prochain dans ses biens; c'est ce qu'exprime le septième : Tu ne déroberas point. En cinquième lieu il ne faut point injurier le prochain par paroles, ce qui est défendu par le huitième commandement : Faux témoignage lu ne diras. En sixième et septième lieu , il ne faut point l'offenser dans son cœur, ce qui est défendu par le neuvième et dixième commandement conçu en ces termes : Tu ne désireras ni la femme, ni te bim d autrui. Voilà les sept commandements de la seconde table qui regardent le prochain, efqui réunis aux trois premiers forment les dix commandements.

3. Il est donc nécessaire que tout chrétien soit suffisamment instruit des préceptes et des commandements de la loi divine; il doit les savoir, puisqu'il faut qu'il les observe. De plus, il faut autant que possible qu'il en comprenne le sens. Enfin il doit lies porter gravés dans son cœur: un chrétien doit, par conséquent, être eu élat de réciter tous les commandements de cette loi divine. Plaise à Dieu qu'il ne s'en trouve pas parmi vous qui soient si oublieux de leur salut éternel, qu'ils négligent mé- Me d'apprendre une chose aussi nécessaire, aussi courte, aussi facile à retenir que le sont les préceptes de cette loi sainte ! Mai* hélas! il y a toujours eu et toujours il y aura des hommes si gourants, qu'étant interrogés sur celle loi divine , ils ne saurait répondre que par un honteux silence. Peut-être ne font-ils aucune faute: ah! ils ne savent que trop les voies de l'iniquité et de la malice; ils ne savent que trop abuser du nom sacré et redoutable de Dieu par leurs jurements continuels, par leurs parjures , et enfin par les plus horribles blasphèmes ; ils ne savent que trop déchirer la réputation de leur prochain par de calomnieuses imputations; ils ne savent que trop souiller leurs lèvres par des discours obscènes. En un mot, avant d'avoir appris ia loi divine, ils ont déjà connu la manière de l'enfreindre. Mais s'ils ne la connaissent pas cette loi, comment , s'ils sont chefs de famille , pourront-ils en instruire leurs enfants ? Comment pourront-ils s'acquitter de cette obligation la plus étroite qu'il y ait au monde, et qui leur est imposée par la loi naturelle et par la loi divine? Voudraient-ils les laisser dans une crasse ignorance des choses de Dieu ? et, parce qu'eux-mêmes n'en ont aucune connaissance, et qu'ils ont perdu toute espérance de pouvoir se sauver, auraient-ils le courage de leur fermer la route du salut, pour les voir ensuite associés à leur malheur éternel, par suite de celte même ignorance dans laquelle ils les auraient laissés? Vous voyez assez combien une telie conduite sérail criminelle.

4. Il faut cependant avouer que cette ignorance n'est pas générale, mais qu'elle est le partage seulement de quelques personnes. Les plus grands et les plus fréquents manquements qui se commettent relativement aux commandements de Dieu, sont ceux de certains chrétiens, qui sachant fort bien les réciter, n'en connaissent et n'en comprennent point le vrai sens. Il ne suffît donc pas dêireen élat de réciter cette loi divine , mais il faut apporter tous ses soins à connaître ce qu'elle enseigne, ce à quoi elle nous oblige en particulier, et ce qu'elle nous défend. Le bon chrétien ne s'en tient pas uniquement à la connaissance de cette loi, mais il l'étudié et la médite pour en pénétrer le vrai sens : «Ceux-là sont heureux, » dit lePsalmiste, qui méditent les divins commandements:» Dcatiqui scrulanlur leslùnonia ejus. « Je suis le Seigneur ton Dieu, lu n'auras point d'autre Dieu » que moi, tu n'adoreras que moi seul, à moi seul lu rendras un » culte, et tu n'aimeras que moi seul. » Tel est le premier commandement placé en tète du Décalogue. 11 n'y a donc qu'un seul Dieu, qui mérite nos adorations et notre amour; mais parmi les chrétiens mêmes , combien en est-il qui l'adorent et qui l'aiment? Combien n'en est-il pas au contraire qui accordent à d'autres qu'à lui seul leurs adorations et leur amour? combien n'en est-il pas qui érigent en divinités des créatures méprisables? combien se font de leurs plaisirs et de leurs richesses des idoles auxquelles ils rendent \\n culte divin ? Ce n'est pas ainsi qu'agit un bon chrétien : il cherche à connaître et à comprendre parfaitement quelle est la signification de ces mots : Adora- el aimer Dieu seul, ce que ce Dieu exige de lui par ce commandement , quel culte il a à lui rendre , comment il doit souvent élever vers lui ses pensées, lui offrir les actes de sa volonté et les sentiments de son cœur.

5. La troisième manière d'apprendre la loi divine qui doit être l'objet spécial de l'étude d'un chrétien, est de la porter dans son cœur et de l'y fixer. «Ces paroles que je t'adresse aujour- 9 d'hui, et ces commandements que je l'impose, dit Dieu à » tout Israël (Dent. 6), seront gravés dans ton cœur. » S'il exigeait cela d'un peuple à qui il donna une loi de crainte, à plus forte raison l'exige-l-il des chrétiens qu'il a fait naître sous une loi de grâce et d'amour. Aussi en parlant de la loi du nouveau testament, Dieu disait-il : « J'imprimerai ma loi dans » leurs entrailles, et je la graverai dans leurs cœurs (Jer. 31).» Saint Paul (2. Cor. 3.) voulait que la doctrine qui! enseignait aux .Corinthiens fût écrite non avec de l'encre , mais avec l'esprit du

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Dieu vivant; non gravée sur des tables de pierres , mais sur des labiés de chair, qui sont les cœurs desliotumes. Tout chrétien est donc obligé de savoir la loi de Dieu , d'en comprendre le sens et de la porter écrite dans son cœur; mais il vous sera impossible de l'apprendre si vous n'assistez aux catéchismes et aux instructions. Soyez donc convaincus de la nécessité où vous êtes d'y venir; ne négligez pas. puisque cela vous est si facile, d'accourir aux instructions que l'on fait aux enfants et aux personnes de tout âge, pour apprendre les principes de la foi que vous professez, les maximes de la religion catholique, la manière devons comporter saintement , et de mener une vie digne du nom de chrétien que vous portez.

6. Si tous doivent montrer de l'empressement et du zèle à s'instruire des vérités de la religion , à plus forte raison les pères et les mères doivent-ils en montrer , soit en vue de leur propre intérêt, soit en vue de celui de leurs propres enfants. Comme tous sont obligés d'observer la loi de Dieu , aussi tous sont tenus de la connaître. Quand donc il ne leur est pas possible d'en puiser la connaissance dans des livres de piété, parce qu'ils ne savent pas lire, il faut qu'ils aillent entendre les instructions des ministres de l'Église. Mais comme c'est un devoir indispensable pour les pères et les mères , non-seulement de connaître ce que Dieu défend et ce qu'il ordonne , mais encore de le faire connaître à ceux auxquels ils ont donné la naissance , ils ne peuvent par conséquent , pour l'une et l'autre raison , s'exempter de venir s'en instruire. Il leur est aussi ordonné de conduire ou d'envoyer leurs enfants à l'église où sont expliqués les commandements de Dieu, et ils doivent prendre tous les moyens possibles pour graver dans leur esprit, suivant le psalmiste, celte pensée: « Que la » connaissance de la loi divine est plus précieuse que l'or et l'argent (Ps. 118) ». La plainte ordinaire des parents est que leurs enfants sont indévots, désobéissants, libertins, querelleurs etmenteurs.Mais qu'ils s'en prennent à eux-mêmes de leurs vices, puisqu'ils ont apporté si pende zèle à leur communiquer cette science delà loi sainte du Seigneur. C'est celte loi pure , dit le Psalmiste, qui opère la conversion des âmes: le témoignage du Seigneur est fidèle , c'est lui qui donne la vraie sagesse aux chrétiens; celte loi, qui esl la vraie justice, fait naître la joie dans les cœurs ; et , éclatante de lumière, elle dessille les yeux des aveugles spirituels (Ps. 18). Conduisez- les donc dans les lieux où les pasteurs expliquent cette loi admirable, et vous verrez comme ils apprendront, en peu de temps , de quelle piété et de quel amour

ils doivent être animés envers Dieu, quels hommages ils doivent lui offrir, par quelle obéissance il faut qu'ils se rendent agréables à ses yeux , de quelle affection et de quel respect ils doivent être pénétrés envers vous; enfin ils apprendront quelle est la charité et la douceur dont ils doivent être remplis envers le prochain. La voix du ministre du Seigneur leur révélera tout ce qu'il y a de criminel dans le mensonge, leur fera connaître que la bouche qui ment lue l'âme (Sapienf. 1). Voilà les inestimables avantages que retireront de ces instructions, pour euxmêmes et pour leurs enfants , les pères et les mères.

7. Les fruits précieux que recueilleront de ces instructions les maîtres et les maîtresses , ne seront pas moins nombreux, et leur zèle ainsi que leur empressement à y assister et n y faire assister leurs serviteurs et leurs domestiques , dont les infi léiilés, les fraudes et les tromperies provoquent si souvent leurs plaintes, ne doit pas être inférieur à celui i\t$ pères et des mères. Vous avez toujours des lamentations à faire sur leur conduite , prenezvous-en a vous-mêmes , maîtres et maîtresses , puisque vous ne leur laissez pas le temps d'aller aux catéchismes,aux instructions', et que vous vous inquiétez fort peu qu'ils y assistent. Les choses étant ainsi, comment voulez vous qu'ils soient fidèles dans la gestion des affaires que vous leur confiez, dévoués à vos intérêts, soigneux, pleins d'affection pour vous, eux qui, n'ayant jamais appris la loi divine, n'ont par conséquent ni crainte ni amour «ie Dieu ? Commencez par leur donner bon exemple en assistant régulièrement à ces instructions , à ces catéchismes, afin que vous sachiez comment vous devez vous comporter envers eux; ensuite exigez d'eux qu'ils vous imitent, qu'ils aillent s'instruire comme vous; vous reconnaîtrez alors l'immense différence qui existe entre un serviteur instruit parfaitement de cette divine lof, qui conforme sa conduite à ses prescriptions , et celui qui, n'en ayant aucune connaissance, ne se laisse guider que par ses passions. Le serviteur qui sait celte loi et qui agit d'après ses prescriptions, se soumettra à vous comme à Dieu même qu'il consiitérera dans votre personne ; il administrera vos biens avec autant de zèle et d'intérêt que s'ils étaient les siens propres, se gardera bien de jamais vous causer aucun préjudice; il vous aimera sincèrement, et toujours il vous sera fidèle. Pourquoi cela? parce que la loi lui a mis sous les yeux ses obligations, et lui fait un devoir de les accomplir. Mais la conduite du serviteur ignorantes! bien différent-. Tels sont ie-; récitals beureax de laeo!:d:i!lei!.' ces maîtres, ifiii-, u*&»ut pas avares des mouunU

que doivent employer à leur service leurs domestiques, leur accordent toute facilité d'aller à l'église pour y assister aux catéchismes et aux instructions , et qui de plus, les y engagent eu cas qu'ils n'y pensent pas. Comme vous venez de le voir, ils seront récompensés abondamment du temps qu'ils leur accordent afia d'apprendre les commandements de Dieu. Mais nous traiterons plus au long ce sujet dans une autre instruction.

8. Cependant pour que vous soyez portés plus efficacement à apprendre non-seulement la lettre.maisencore le vrai sens de cette loi, et que vous l'ayez toujours dans le cœur, il faut que je vous dise quel en est l'auteur. Vous m'avez déjà prévenu, et wns me répondez que c'est Dieu qui a établi celle loi , que c'est lui qui l'a faite. Ah ! cette seule pensée :' Dieu esl l'auteur du Dccalogue , doit le rendre bien vénérable et bien sacré à nos yeux. Dieu est l'auteur de ce Décalogue!! cette réflexion suffit pour allumer dans le cœur de tout chrétien le désir de l'apprendre le plus promplement possible, et inspirer le courage de l'observer exactement. Dieu est l'auteur de celte loi ! Ce Dieu surlepiité et la sagesse de qui personne ne peut élever un doute , contre la force et la puissance duquel tous les efforts viennent échouer, qui osera donc entrer en lutte avec lui et enfreindre ses commandements? La plus petite insoumission aux ordres et aux injonctions d'un prince de la terre attire sur les coupables obstinés la rigueur des châtiments; mais que sont-ils ces princes de la lerre comparés à Dieu? et leur puissance mise en parallèle avec la sienne, qu'est-elle?

9. Nonobstant cette différence immense qui les sépare de Dicir* les princes de 1j terre onl le droit d'exiger de leurs sujets l'obéissance, et suivant l'Apôtre (Rom. 13 ), celui qui leur résiste, résiste à Dieu même , et par cette résistance il se rend digne des supplices éternels. Mais quelle est la source du pouvoir dont sont revêtus les rois vis-à-vis de leurs sujets? et de qui dérive pour ces derniers l'obligation de leur être soumis? de Dieu. Comme ils sont ses images et ses représentants, il a voulu leur donner l'autorité et le droit d'établir des lois, et conséquent ment celui de se faire obéir. C'est pour cela que l'Apôtre nous recommande de les craindre, parce qu'ils ne portent pas eu vain l'épée, mais qu'ils sont les ministres de Dieu pour exercer sa vengeance sur les malfaiteurs (ibid. ) Et nous ne serions pas obligés de redouter ce Dieu dont les monarques de la terre ne sont que les représentants, et nous ne serions pas obligés de l'honorer, et nous aurions l'impudence de lui désobéir ? Quel

Dieu que celui par lequel régnent tous les rois, par lequel ils intiment des orUres , par lequel ils dictent avec équité des lois! Si nous , qui ne sommes que de pauvres créatures , que des vers de terre, nous ne pouvons souffrir que ceux qui nous sont inférieurs enfreignent nos ordres, et si nous voulons qu'ils nous obéissent ponctuellement , comment donc oserons-nous nous soustraire à la soumission que nous lui devons, et comment ne considèrerons-nous pas comme un devoir indispensable, et ne nous ferons-nous pas une gloire de pratiquer l'obéissance la plus aveugle aux commandements de ce divin Créateur, qui nous a fait don de l'être, de la vie et de tout ce que nous possédons? 11 n'y a pas de chose plus raisonnable ni plus juste que celle-là. 10. Les immenses bienfaits dont il nous a comblés, doivent encore nous exciter à apprendre avec empressement et à observer avec exactitude sa loi divine. Quand noire suprême législateur promulgua (Exod. 20) ses commandements, il commença par dire : «Je suis le Seigneur, Ego Dominus. » Par-là, il voulut faire connaître aux hommes sa majesté, sa grandeur , sa puissance ; il voulut de plus manifester son infinie bonté et se concilier notre amour, quand il ajouta immédiatement après ces paroles: «Jesuis ton Dieu! Ego sum Deus Unis.» Oui, il est notre Dieu; celui qui nous impose celle loi, c'est le Dieu de toute consolation: Deus lolius consolationis, c'est-à-dire qu'il est bon, doux, libéral, miséricordieux, bienfaisant; il est celui dont la bonté brille dans la création et la conservation de toutes les créatures, qui trouve ses délices à habiter parmi les enfants des hommes, et qui, autant qu'il est en lui , veut que tous se sauvent et parviennent à la connaissance de la vérité. C'est pour cette raison que les prophètes et que les apôtres, abîmés dans la contemplation de la bonté de notre Dieu, l'ont appelé notre force, notre bouclier, notre refuge , notre défenseur, notre salut, notre aide, le Dieu de leur cœur, parce qu'ils étaient convaincus, et avaient appris par expérience que ce Dieu avait réalisé en leur faveur l'étendue de tous ces litres. Ajoutez encore à tout cela ce qu'il avait fait pour les Israélites , en les délivrant de la servitude de l'Egypte dans laquelle ils gémissaient. Mais, me direz-vous, ceci ne regarde que les Hébreux. J'en conviens ; si cependant nous daignons apporter un instant d'attention à la grande œuvre de notre salut éternel , qu'il voulut lùen nous procurer par l'entremise de son divin Fils envoyé sur la terre, nous découvrirons que ces expressions nous regardent plus que les Hébreux. Nous n'avons pas été, comme la foi nous l'enseigne, dé-

livrés de la servitude de l'Egypte , mais de celle bien plus déplorable et plus cruelle du démon , du péché , des ombres de la mort, de la puissance des ténèbres, et nous avons été appelés à jouir des effusions de son admirable lumière, dans le royaume de son divin Fils (1. Petr. 2). C'est donc à nous qu'est imposée plus spécialement l'obligation d'obéir à ses divins commandements.

11. Mais quand Dieu promulgua-t-il sa loi? et avant qu'il l'eut promulguée, les hommes vivaient-ils dans une émancipation entière de toute loi? Je réponds que dans le moment où Dieu forma l'homme, il répandit en lui une lumière naturelle parle moyen de laquelle il pût connaître le bien et le mal, le juste et l'injuste, l'honnête et le déshonnête. C'est lace qu'on appelle la loi de la nature, que sont obligés d'observer les hommes dans tous les temps. Aussi est-ce pour cette raison que saint Paul appelle inexcusables (Rom. 1) les anciens philosophes, qui, par le secours de celte lumière, ayant pu connaître Dieu, comme ea effet ils l'ont connu, ne l'ont pas glorifié comme ils le devaient, et qui . au lieu de se régler sur les enseignements de celte loi naturelle, se sont laissés entraîner par le torrent de leurs passions effrénées. Quand l'homme vivait dans l'état d'innocence, il connaissait parfaitement cette loi, et il mettait sa conduite en harmonie avec ce qu'elle prescrivait ; mais par l'effet déplorable du péché, celte lumière, à la lueur de laquelle il devait marcher , s'élaut obscurcie, que fit Dieu ? il donna la loi écrite, et if voulut que celte loi lût gravée sur des labiés de pierre, afin qu'on ne pût l'oublier. Voici comment s'exprime admirablement à ce sujet saint Augustin : « Celle loi que les hommes ne savaient plus » lire dans leurs cœurs fut gravée sur des tables de pierre; ce » n'est pas qu'elle ne fût écrite dans leurs cœurs, mais c'est qu'é- » tant devenus des aveugles volontaires , ils ne voulaient plus la » reconnaître. Elle a donc élé exposée à leurs yeux, afin qu'ils » fussent forcés de voir ce qui était dans leurs consciences; et » ainsi la voix de Dieu se faisant entendre en dehors, l'homme fut » forcé de rentrer en lui-même et devoir ce qui se passaildans » le fond de son être et dans son cœur (in Ps. 57) ».

12. Celle loi écrite est celle que Dieu donna à Moïse sur le mont Sinaï, au milieu des tonnerres et des éclairs, alin qu'il la promulguât au peuple hébreu , et qu'il lui fil un devoir de l'observer. Il ne m'est pas possible, vu le peu de temps que je dois consacrer à m'eniretenir avec vous, comme aussi il n'est pas nécessaire que je vous raconte ici toutes les circonstances de cet évé-

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lementqui sont amplement décrites dans l'Exode (ch. 20) : seulement je vous en signalerai deux, d'où nous pourrons tirer des instructions morales. La première est que ce ne fut ni en Egypte, lidans la Palestine que Dieu donna sa loi aux Hébreux , mais dans les solitudes et dans les courses pénibles à travers le désert, et cela pour nous montrer que les âmes ne sont jamais mieux disposées à recevoir et à observer les doctrines célestes et les divins commandements, que lorsqu'elles sont plus ivtirées et éloignées du bruit du monde, et plus dégoûtées des délices et «les plaisirs de la terre. La seconde circonstance est que Moïse avant de recevoir la loi de Dieu, jeûna pendant quarante jours, que le peuple reçut l'ordre de laver pendant trois jours ses vêtements, qu'il lui fut défendu d'avoir aucun commerce avec les femmes, et, sous peine de mort , de s'approcher de la montagne, pour nous indiquer que plus nous serons tempérants, humbles, chastes, et puis de cœur, plus volontiers nous nous soumettrons à la lof divine, plus nous l'observerons fidèlement, et que si nous l'enfreignons, nous ne pourrons échapper aux châtiments de la justice divine.

13. Ayant vu combien il est nécessaire et important de connaître la loi divine, ayant appris que Dieu en est l'auteur, il nous reste à savoir quel est le terme auquel elle conduit, quel est le fruit qu'en retire le bon chrétien qui l'observe exactement. Le Roi -Prophète, après avoir déclaré que la loi du Seigneur est sans tache, qu'elle convertit lésâmes, qu'elle donne la sagesse aux petits enfants, qu'elle inonde l'àme de joie, qu'elle dessille les yeux, et que ses divins commandements sont plus estimables que l'or et que les pierres précieuses, plus doux que le miel; le Roi-Prophète, dis-je, assure qu'une graude récompense est réservée à ceux qui l'observent : In cuslodiendis Mis reiribulio multa (Ps. 18). Mais qu'est-elle cette récompense promise aux fidèles observateurs de cette loi? ne serait-elle autre chose que ces nombreuses et abondantes bénédictions temporelles et terrestres que Dieu promettait aux Hébreux ? Ah! combien elles sont de peu de valeur en comparaison de celles que Dieu promet dans la loi dégrade, et qui sont des bénédictions célestes; oui, ce sont là les récompenses par lesquelles il s'est engagé à couronner les travaux des justes; c'est dans le ciel qu'ils les recevront, selon la promesse que leur en a faite le Sameur : Merces tmtra, dit-il , copiosae.it in cœlis (Matth. S), récompenses qui lie sont point passagères, mais qui dureront pendant des siècles qui ne finiront jamais. Récompense» , dit l'Apolre, que l'œil

SUR LES COMMANDEMENTS DÉ DIEU EN GÉNÉRAL. 1 f

n'a jamais vues, dont l'oreii le n'a jamais entendu parler, que l'imagination de l'homme est dans l'impuissance de se figurer, et que Dieu, dans son admirable magnificence , réserve à ses élus età ses amis. Ce royaume de vie, préparédepuis le commencement du monde, n'est autre que la vue claire de Dieu, qu'on connaîtra tel qu'il est en lui-même; ce sera cet amour éternel, celle jouissance que la parole ne saurait exprimer, et dont lame sera agréablement inondée. Ils seront enivrés, Seigneur, dit le Psalmiste, de l'abondance de votre maison (Ps.35), leur éternité s'écoulera dans des torreulsde plaisirs, parce que dans vous se trouvera la vraie source de la vie, et nous vous contemplerons, vous qui êtes un soleil éternel, à l'éclat de voire divine lumière. C'est en cela que Dieu nous donne un admirable témoignage de sa clémence envers nous, et qu'il étale à nos yeux les richesses de son infinie bonté , dit le Calécliisme Pumiain (in Décale I); que pouvant se servir de nous pour sa gloire sans rien nous promettre, il veut néanmoins que nos intérêts éternels soient liés aux honneurs que nous lui rendrons, comme si ce qui nous est utile à nous-mêmes devait lui apporter une plus grande gloire.

H. Que Dieu, par un trait de son infinie bonté, veuille accorder celle récompense céleste aux observateurs fidèles de sa loi, et que celte récompense soit le fruit de celte soumission aux presciiplions de celle loi, nous en avons une preuve parfaitement démonstrative dans l'Evangile. Saint Matthieu (c. 19) raconte qu'un jeune homme s'approcha de Jésus, et lui fil celte demande: Que dois-je faire, bon maîlre, pour acquérir la vie éternelle? Quelle fut sa réponse? « Si vous voulez entrer » dans la vie éternelle, observez les commandements de la lui. » Il n'y a donc pas d'autre voie pour aller au ciel que l'observance des divins commandements. Pour sauver son âme, il n'y a pas d'autre moyen que celui-ci: Si vous voulez avoir pari à la vie glorieuse , gardez les commandements. Si donc vous vous acquittez de celle obligation, vous faites ce qu'il est nécessaire de faire, si vous négligez de l'accomplir, quelque réputation que vous vous soyez acquise dans le monde par vos actions glorieuses ou vos talents, tout vous sera inutile. De celle observance dépendent voire salut et votre bonheur dans l'éternité. De l'inob» servance delà loi découlent votre malheur et votre damnation éternelle: peut-il y avoir quelque chose qui doive vous intéressera un plus haut degré?

15. Chrétiens, mes frères, réfléchirez sérieusement sur e» grand point ; pensez à ce donl il s'agit, et à ce sur quoi vous et*

12 ir. instruction*

appelés à délibérer relativement à l'observance de la loi de Dieu. 11 est ici question pour vous de la gloire et du bonheur du paradis, de celle gloire et de celle félicité qui n'aura jamais de terme, qui consistera à ne jouir de rien moins que de Dieu et à le posséder à jamais. Il s'agit ici de celle gloire et de ce bonheur promis seulement à celui qui se sera fait un devoir de pratiquer la loi divine ; les prévaricateurs ne peuvent échapper à la damnation éternelle, parce qu'ils marchent sous la bannière du démon. De quel côté voulez-vous être? De voire côté, ô Seigneur, et nous renonçons pour toujours à marcher sous les drapeaux de voire éternel ennemi. Oui , nous espérons être tous iauvés par voire miséricorde ; nous sommes persuadés que l'observance de votre loi est indispensablement nécessaire pour atteindre ce but ; nous nous empresserons de l'apprendre , d'en saisir le vrai sens, et nous le graverons dans noire cœur. Vous êtes l'auteur de celte loi sainle par laquelle vous nous exprimez voire volonté, elle deviendra la règle de noire conduite : accordez-nous les lumières nécessaires pour la connaître , la force de l'observer exactement,afin que marchant dans une sainle fidé* llitéàvos ordres, nous puissions un jour avoir part à une récompense éternelle dans le ciel.

Où l'on démontre que tous les hommes sont obliges d'observer la loi divine,qu'il n'est pas impossible de l'observer, mais qu'il est facile, avec la grâce de Dieu.

Nous étant, en qualité de chrétiens, consacrés au culte et au service de Dieu, nous sommes obligés de connaître sa volonté et de savoir comment et de quelle manière il veut être honoré et servi par nous. Celte volonlé divine nous a été manifestée par les commandements de sa sainle loi, et à leur exacte observance il a daigné attacher notre salut éternel. Mais comme l'ennemi infernal s'est toujours efforcé de semer l'ivraie dans le beau champ de l'Église, aussi a-t-elle toujours renfermé dans son sein des libertins et des impies qui, esclaves de leurs passions, ont proleslé contre l'observance de cette loi, en déclarant qu'elle obligeait seulement les Hébreux et non les chrétiens , et qu'il n'est pas possible de l'observer. Maintenant je vais vous démontrer que tous, sans aucune exception , sont tenus de se soumettre aux

prescriptions de cette loi, et que cela n'est point impossible, mais très-facile avec l'aide de Dieu.

1° Prétendre que le Décalogue, ou autrement la loi divine qui comprend les dix commandements, oblige les seuls Hébreux et non les chrétiens, c'est énoncer une proposition hérétique, que proféra entre mille autres l'impie Luther. Bien plus, il prétendit l'avoir déduiteclairementdu texte de la loi méme,par la raison, selon lui, que ce ne sont pas les chrétiens, mais les Hébreux qui ont été délivrés de la servitude de l'Egypte. D'après celle seule proposition, vous pourrez juger combien un grand nombre de personnes s'élonnent,sans motif et sans fondement, de ce que les hérétiques de ces derniers temps aient pu arracher du sein de l'Église catholique tant de royaumes, précipiter dans la prévarication tant de peuples, et que tant de milliers de chrétiens aient embrassé sans difficulté des doctrines si impies et si étranges. Mais pour arriver à ce but, leurdirai-je, il n'y avait qu'à anéantir la loi qui met un frein aux passions humaines, alors il devient évident que les hommes, ne rencontrant plus d'obstacle, s'abandonnent aiix plaisirs sensuels, et écoutent la voix de leurs appétits déréglés. D'où il résultait qu'ils prêtaient avec plaisir l'oreille aux discours séducteurs de ces imposteurs et modernes épicuriens , qu'ils embrassaient et mettaient bien plus volontiers en pratique leurs détestables doctrines.

2° Cependant il ne sera pas difficile de détruire cette erreur : il suffît de lire l'Évangile. Jésus-Christ (Malh.o.) proteste qu'il n'est pas venu pour détruire la loi, mais qu'il est venu y ajouter ce qui lui manquait et la rendre parfaite: non veni solvcre legem., mit propheias , sed adimptëfe. En outre quand ce jeune homme l'interrogea sur ce qu'il devait faire pour acquérir la vie éternelle, quelle réponse lui fit Jésus-Christ : Observez les commandements de la loi : Serva mandata. Mais que sont-ils ces commandements, répliqua le jeune homme; et le Sauveur lui répondit: « Tu ne commettras point l'homicide, ni l'adultè- » re, ni le vol ; tu ne porteras point de faux témoignage; » honore ton père et ta mère, et aime ton prochain comme » toi-même (S. Math. 19). » Ces commandements ne sont-ils pas les mêmes que Dieu promulgua sur le mont Sinaï et qu'il donna aux Hébreux? Si donc Jésus-Christ lésa ratifiés dans son Evangile et les a jugés nécessaires pour obtenir la vie éternelle, de quel front les hérétiques d'aujourd'hui osent-ils enseigner que ces commandements de la nouvelle loi n'obligent que les seuls Hébreux et non les chrétiens ? Serait-ce parce que ceux-là ont été

délivrés de la servitude dans laquelle ils gémissaient en Egypte? Mais cette servitude ne fut qu'une figure de celle plus cruelle du péché , dont nous avons été rachetés par la passion et la mort de .Jésus-Christ. C'est donc avec raison que le saint concile de Trente a condamné comme hérétique cette monstrueuse doctrine et a fulminé l'excommunication contre quiconque dira que: dans TÉvangile , « il n'y a que la foi qui nous soit commandée , que » les autres choses sont indifférentes, qu'elles ne sont point pres- » crites ni défendues, mais qu'il est libre de les faire ou de ne » pas les faire et que les dix commandements ne regardent » pas les chrétiens (Sess. 6. Can. 19). » Ce même concile déclare pareillement excommuniés tous ceux qui affirmeront que l'homme juste n'est point tenu d'observer les commandements de Dieu et de l'Église, mais seulement d'avoir la foi, comme si l'Évangile n'était qu'une simple et absolue promesse de la vie éternelle , sans obligation de pratiquer la loi de Dieu.

3° Mais l'apôtre saint Paul, disent les hérétiques, enseigne cependant que Jésus-Christ nous a exemptés du joug de la loi : Le Christ, dit-il en écrivant aux Galates(cl). 3) , nous a délivrés de la malédiction de la loi , étant devenu lui-même malédiction pour nous sur la croix. Et dans un autre endroit , il déclare que Jésus-Christ nous a gratifiés d'une pleine et entière liberté : Vos enim in liberlale vocali estis.fr aires (c5.j.Commentsommes-nous donc les esclaves de cette loi dont Jésus-Christ nous a dispensés? Saint Jérôme et avec lui saint Thomas (in Comment, ad Galat.c. 3), répondent que ces paroles s'entendent de la servitude du péché dont nous avons été délivrés, selon ce texte: qui facit peccatum , servus est peccali (Joan. 8.) Mais ces passages ne s'entendent pas dans ce sens que nous soyons tellement exempts de la loi, qu'il nous soit permis de commettre les fautes qui étaient défendues par cette loi : c'est pour cela qu'il ajoute immédiatement après ces autres paroles: tantumne libertaiemin occasionem dclis carnis. En outre nous pouvons assurer, d'après l'opinion générale des interprêtes et des Pères, que tout le but de l'Apôtre était d'apprendre aux Galates que par la mort de Jésus- Christ , ils n'étaient plus soumis à l'obéissance des préceptes cérémoniaux et judiciaires, à laquelle ils se croyaient encore tenus, ayant été induits en erreur par linéiques imposteurs, qui leur Waient fait croire que la loi évatîgétîqûe et la loi mosaïque ies obligeaient également. Dieu imposa trois sortes de préceptes aux ffëbrcux, les préceptes cérémoniaux, judiciaires et moraux. .!,:. :;s-C!i: ist obolii ies cérémoniaux et les judiciaires, mais il laissa

subsister les moraux qui sont les dix commandements, et en enjoignil i'ubser vance; d'où suint Augustin conclut qu'on ne peut pas douter quonnedoiveaccomplir dans la nouvelle loi, les préceptes du Décalogue, moins le sabbat qui a été retranché (l\s. 172, in Ex.). Ou excepte donc l'observance du sabbat; car, quant au jour, ce précepte est cérémonial, bien qu'il soil moral; si l'on considère le devoir qu'il impose à l'homme de rendre un culte à Dieu , ce culte est obligatoire, et le sabbat est remplacé dans l'Église par le dimanche.

4. De même donc que non-seulement les chrétiens, mais encore tous les infidèles sont tenus d'embrasser la foi , de même aussi tous sont tenus d'observer les commandements de Dieu, non parce qu'ils ont été promulgués par Moïse, selon que le dit le Catéchisme Romain (de Decal. cap. 3. Num. 5), mais parce qu'ils ont été donnés par Dieu même. Nous sommes encore obligés de les observer parce qu'ils sont conformes à la loi naturelle qui est la règle inviolable que tout homme est tenu de suivre, et dont on ne peut pas s'écarter, et enfin parce qu'ils ont été ratifiés et sanctionnés par Jésus-Christ. Mais personne, m'objectez-vous, ne sera-t-il donc dispensé de l'observance de ces commandements, et tous sans exception, petits et grands, nobles et roturiers devront-ils se soumetre à leur observance ? Ce qui fait naître en nous des doutes à cet égard, c'est que nous voyons un grand nombre d'hommes qui, se croyant libres de tout engagement relativement à cette loi, se mettent peu en peine de l'observer , et l'enfreignent sans crainte ni scrupule. Tous, nous le demandons, seront-ils tenus à l'observer, ou seulement quelques-uns? Car comment peut-il se faire qu'ils se croient obligés à ne jamais prendre en vain le saint nom de Dieu, ceux qui jurent et se parjurent? qu'ils se croient obligés à la sanctification des fêtes , ceux qui n'entendent en ces jours qu'une messe, sans cherchera vaquer à quelque autre bonne œuvre, et se livrent indifféremment au travail des mains? Nous en voyons d'autres qui enfreignent le septième commandement eu volant le bien d'aulrui et en le retenant autant qu'ils le peuvent. Nous ne parlons pas ici du sixième commandement qu'on transgresse avec le plus grand sang-froid.

5. Je réponds à toutes ces objections que vous m'adressez sur la manière de vivre des hommes d'aujourd'hui, convaincu que vous n'appartenez point à cette classe de malheureux, dont vous venez de me parler ; je réponds, dis-je,que Ions, sans exception, sont tenus d'observer les commandements ôe la loi divine;

fG 'II. INSTRUCTION

qu'ils soient jeunes ou vieux, qu'ils soient nobles ou roturiers, élevés en dignité, riches ou pauvres, tous, je le répète , sont tenus d'observer, sans exception, les commandements de Dieu, s'ils veulent se sauver. Qu'il y ait un grand nombre de chrétiens qui foulant aux pieds les lois humaines, se croient de plus en droit de se révolter contre celles de Dieu, c'est là un raisonnement et un prétexte sur lesquels ilsse fondent en vain pour justifier leurs transgressions , et qui au contraire confirment celte vérité terrible de l'Évangile : Que le nombre des Elus est bien petit, parce que peu d'hommes pratiquent la loi de Dieu , parce que peu d'entre eux suivent la voie étroite qui conduit au paradis; que beaucoup sont appelés, mais qu'il en est peu qui se rendent dignes du bonheur auquel ils sont destinés , parce que la multitude des hommes qui existent , marche dans la voie large et spacieuse qui conduit à la perdition et à l'enfer. Enfin telles sont les raisons qui doivent faire concevoir à tout chrétien une sainte crainte de la justice et des jugements de Dieu, et en même-temps un grand désir et un grand empressement de faire son salut, qui dépend absolument de l'observance de la loi divine sans laquelle nul ne peut se sauver.

6. Mais c'est à cette occasion que les libertins et les impies prétendent qu'une exacte observance de la loi n'est pas possible. C'est là la seconde erreur que je me suis proposé d'altjquer. 11 est bon de savoir qu'il y a eu relativement à l'observance de la loi , deux erreurs diamétralement opposées : l'une fut celle des Pélagiens qui assuraient que même sans la grâce l'on pouvait parfaitement pratiquer les commandements de Dieu, par la seule force de la volonté. L'autre fut celle de Calvin et des autres hérétiques, qui déclaraient qu'il était impossible d'observer la loi. Quanta l'erreur de Pelage, saint Augustin la pulvérise en peu de mots par l'explication qu'il donne de cette parole de Jésus-Christ : a Sine me nihil potestis facere : Sans moi vous ne » pouvez rien faire (Joan.lo)». Afin que personne ne se trompât , en croyant que sans le secours de la grâce on pouvait au moins faire quelque chose de bon, ce saint dit et proteste que sans Jésus-Christ on est incapable de tout. Non , ail, parùm potestis facere, sed jn7u7(Tract.31,in Joan.).En outre, le concile de Milan frappe d'excommunication quiconque aura l'audace d'avancer qu'on peut observer la loi sans la grâce (cap. 5). Ensuite, quant à l'erreur des calvinistes et de leurs sectaleurs, qui es* celle qu'il nous reste à détruire, il nous suffit, pour atteindre ce but, de consulter l'Ecriture sainte , les saints Pères et la rai-

son , pour èlre convaincus que Dieu , en commandant l'observance de sa loi, par là-même nous défend de croire et de dire qu'elle est impossible. •« Ce commandement que je le ferai » aujourd'hui, dit Dieu au peuple d'Israël, après lui avoir or- » donné de l'aimer de tout son cœur, de toute son àme et de tou- » lèses forces, n'est pas au-dessus de toi, ni loin de toi; il n'est » point dans le ciel pour te donner lieu de l'excuser en disant » que tu ne peux pas y monter; il n'est point non plus au- » delà de la mer, pour que tu ne puisses dire : qui de nous » pourra la traverser? mais ce commandement est tout proche » de toi, il est dans ta bouche et dans ton cœur , et il n'est pas » au-dessus de tes forces aidées par ma grâce (Deut. 30.11.).» Comment osent-ils donc enseigner que l'observance de la loi divine n'est pas possible, puisque Dieu lui-même déclare expressément qu'il est non-seulement possible, mais même facile de l'observer?

7. Dieu ne commande pas des choses impossibles, dit saint Augustin, mais en commandant, il n'exige de vous que ce que vous pouvez faire, et il vous ordonne de lui demander , dans la ferveur d'une sainte oraison , la grâce de faire ce dont vous êtes incapables (lib. de Nat.etGrat. cap. 43).Nousdélestons,ditildans un autre endroit, le blasphème de ceux qui osent avancer que Dieu nous commande quelque chose, et que ses commandements ne peuvent être observés en particulier par qui que ca soit (Symb. ad Dam. ). Saint Jérôme énonce le même sentiment. Enfin le saint concile de Trente a défendu à tout chrétien* de jamais pousser l'audace jusqu'à exprimer celte téméraire proposition, condamnée par les saints Pères, savoir, que les commandements de Dieu sont impraticables même pour l'homme justifié; car Dieu, selon les mêmes paroles de saint Augustin citées plus haut , ne commande pas des choses impossibles (Sess. G. can. 11). Enfin le même Concile condamne comme hérétique quiconque aura la témérité de soutenir que l'homme juste et qui se trouve en état de grâce, est dans l'impossibilité d'observer les commandements de Dieu (Sess. 6. can. 18).

8. Mais à quoi bon apporter en preuve de celle vérité l'Ecriture, les conciles et les pères auxquels les hérétiques refusent d'ajouter foi, quand il suffit de consulter la seule raison pour connaître la fausseté de celte erreur empoisonnée ? El , en effet, qui ne considérera pas, s'écrie saint Augustin avec son énergie ordinaire, comme étant marquée au coin de la folie, la conduite de celui qui voudrait faire marcher un de ses semblables privé de

18 If. INSTRUCTION

sa liberté? Qui pourra ne pas taxer d'ignorance , un supérieur qui s'aviserait de donner des ordres à un subordonné sans savoir s'il sera en état de les exécuter? Qui enfin ne découvrira une énorme injustice dans la conduite du maître qui voudrait châtier un malheureux qui transgresse une loi qu'il lui est impossible d'observer? Or, il est certain que Dieu commande l'observance de sa loi; et i! est certain en outre qu'il condamne à l'enfer ceux qui !a transgressent. Celui donc qui ose proférer cet horrible blasphème, que Dieu commande des choses impossibles, ne s'arrêtera pas là ; mais il faudra encore qu'il en profère d'autres pbis horribles, en accusant Dieu de folie, d'ignorance, d'injustice, puisqu'il impose des commandements à celui qui n'est pas libre de les accomplir; d'ignorance, puisqu'ainsi il ne connaîtrait pas les forces de la nature humaine; de cruauté et d'injustice, puisqu'il précipiterait dans les flammes éternelles les infortunés qui auraient transgressé une loi à laquelle ils ne pourraient obéir. De plus, ce serait aggraver contre Dieu l'accusation de cruauté et d'injustice, puisqu'il condamnerait aux tourments étemels celui qui ne se serait rendu coupable d'aucun péché. Car , dit saint Augustin, qui pourra dire que celui-là pèche , qui fait une chose qu'il ne peut éviter (lib. 3. de lib. Àrb. cap. 18) ? Tout péché, suivant la théologie , doit être volontaire et libre ; or , la transgression d'une loi qu'il est impossible d'observer, n'étant ni libre , ni volontaire , n'est pas criminelle. Si donc ii condamne aux flammes vengeresses celui quia transgressé sa loi, il y condamne celui qui n'est pas coupable de péché, il condamne des innocents. Qui ne se sentira pas saisi d'horreur en entendant vomir d'aussi horribles blasphèmes contre Dieu? Il faut donc conclure avec saint Augustin (Serin. 61,deTemp.) que Dieu infiniment juste et sage, ne peut prescrire des choses audessus des forces de la nature, et qu'il ne peut condamner à l'enfer celui qui transgresse une loi qu'il n'a pas pu observer, parce qu'il est infiniment bon et miséricordieux : Jfec impossibile aliquid potuit imperare quia juslus , nec damnaturus est hominem pro eo quod non potuil \nlave , quia pins es/.Sil ordonne donc l'observance de la loi , c'est que celte observance est possible.

9. Mais que dis-je, possible? J'ajoute même qu'elle est très facile it très agréable. La sainte Écriture ne ment point quand elle dit que les commandements de Dieo ne sont point onéreux: Mandata cjus, ditSt. Jeau (l.cap. 5), graviora nonsunt. Jésus-

Christ, nous parlant de l'observance de sa loi, nous assure qu'eU le est un joug qui est doux et un fardau léger. Jugum meum suave est, et onus meum levé (Malth. cap. 11). Venez donc, vous qui êtes fatigués et écrasés par la multitude de vos fautes, las de la dure servitude du monde , venez vous placer sous mon joug si facile à porter, et vous serez soulagés: Venitead me omnes qui laboratis et onerati estis , et egoreficiam vos. Pourquoi donc,dit saint Grégoire de Nysse. (Orat. 2, de Paup. am.), pourquoi n'abaissons- nous pas notre tête sous cet aimable joug du Christ, quand il nous appelle et qu'il nous déclare qu'il est doux et léger, qu'il ne nous lie que par les tendres liens de la charité? Et que nous commande autre chose, cette loi, que d'aimer? Or, qui pourra dire que cela est impossible à l'homme, dit saint Augustin? Mais qu'est-ilcet amour, ajoute le même saint, sinon celui qui consiste à aimer noire Créateur si généreux , et notre Père si aimable, et ensuite, noire chair même dans la personne de nos frères (Serm. 47. de Temp. )? Cela suffit, parce que, suivant l'Apôtre, celui qui aime a accompli la loi. iNon, il n'y a rien de plus naturel, ni de plus doux à l'homme que d'aimer d'abord Dieu, qui seul réunit en lui-même toutes les perfections pour mériter cet amour. En lui seul notre cœur trouve son repos; c'est pour cela qu'il est toujours dans l'agitation et l'inquiétude jusqu'à ce qu'il ne s'attache qu'à lui seul. Ensuite ne faire aucun mal à notre prochain , lui faire au contraire tout le bien que nous désirerions qu'on nous fit à nous-mêmes, c'est là cette loi naturelle écrite dans le cœur de tous les hommes. Qui donc pourra nier que cela soit possible, pI même très-facile?

10. Mais nous ne trouvons cependant, objectent beaucoup de chrélieus, ni cette facilité ni cette suavité , dont on nous parle tant, à observer une loi si en opposition avec nos appétils et nos inclinations. Est-il facile et doux d'être toujours en guerre contre soi-même, de réprimer les passions, de mortifier les sen$, de souffrir, sans se venger, les injures qui sont faites, mettre un frein à ses désirs, régler ses regards ? Ah ! cela n'est pas possible. Cela n'est pas possible, dites-vous ? et moi je vous «lirai que ce que vous jugez impossible a été exécuté par des milliers de personnes de tout sexe qui se sont fait de l'observance de la loi divine une échelle pour monter au ciel. Depuis la création du Bionile jusqu'à présent, et surtout depuis que Jésus-Christ est venu dans \c ruondi*. il n'y a pu aucun siècle qui n'ait produit un tu.iiiliP' iidiii: d'iurume*. nui imt marché dans celle voie des

commandements de Dieu. C'est dans celte voie qu*ont marché des riches, des nobles, des pauvres , des roturiers , des princes et des rois même. Pourquoi ne pourriez-vous pas faire ce qu'ils ont fait ? ils étaient hommes comme vous, d'une complexion délicate comme vous, quelques-uns d'une plus faible encore : pourquoi ne suivriez-vous pas ces exemples ? Ah! la conduite courageuse de ces chrétiens fut un des motifs qui déterminèrent saint Augustin à résister à ses concupiscences , à se vaincre lui-même dans le temps où il était, d'un côté, excité par la grâce à se convertir, et de l'autre, par ses passions à vivre dans l'iniquité. « Mes » anciennes passions, et les plaisirs auxquels je ne m'abaudon- » nais que trop, me détournaient de me rendre à vous, 6 mon » Dieu , s'écriait ce grand saint , et me disaient intérieurement : >» Voudrais-tu nous délaisser lout-à-fait ? dès-à-présent romprais- » tu avec nous ? dès cet instant celte action ou celle aulre ne te sex> ra-t-elle plus permise? toutes ces impuretés auxquelles tu te » livrais autrefois, te seront-elles dorénavant interdites? Ah! » Seigneur, que votre miséricorde en éloigne pour toujours » le souvenir de l'esprit de votre serviteur! Je les écoutais comme » malgré moi, ces passions ; sans cesse elles m'importunaient et » se présentaient en foule à la porte de mon cœur, me sollici- » tant de ne pas les oublier. Cependant, je ne pouvais que diffi- » cilemenl m'en défaire,el elles étaient un obstacle à mon prompt » retour vers vous; mes anciennes habitudes, si fortes, semblaient » me dire à l'oreille: Penses-tu pouvoir vivre sans plaisirs? Quel- » quefois la belle vertu de chasteté, contre laquelle j'étais en » pleine révolte , se présentait à moi sous une forme gracieuse » et agréable, mais sévère, cherchait à m'allirer doucement à » elle et étendait vers moi ses mains pour m'embrasser : autour » d'elle se trouvait un grand nombre de petils enfants, de » vierges, de veuves, d'épouses, déjeunes gens, de vieillards, de » personnes de toul sexe, de toute condition , de lout âge; elle » avaii l'air de me tourner en ridicule, dans le but cependant de » m'encourager, comme si elle m'eut dit : Quoi ! tu ne pourrais » pas ce qu'ont pu ceux ci et celles-ci? crois-tu que les uns et » les autres aient constirvé la chasteté par leurs propres for- » ces, et non plutôt par la grâce toute puissante de leur Dieu? » Oui, mon Seigneur, ce fut cette grâce qui me dit alors : Pour- » quoi es-tu encore plongé dans les irrésolutions ? jette-toi dans » les bras de ton Dieu, ne crains pas, il le soutiendra; rends-toi à. • lui, il le recevra et te guérira. » Ainsi parlait saint Augustin (lib. 8. Conf. cap. 11).

11. Ce qui excitait donc ce grand homme à l'observance de î* loi divine était l'exemple de tant de chrétiens , et la pensée qu'il lui était possible de faire , moyennant la grâce de Dieu, ce qu'ils avaient fait. Pourquoi avec l'aide de celte même grâce ne pourrez-vous pas ce qu'ils ont pu, et ce que peuvent tant d'autres aujourd'hui ? Ministre du Seigneur, me dites-vous, nous avons déjà misa l'épreuve nos forces; mais après avoir tenté bien souvent de mettre noire conduite en harmonie avec celte loi, nous avons reconnu que cela nous était impossible. Cela vous est impossible? Savez-vous pourquoi? parce que vous n'avez pas une volonté bien prononcée d'accomplir les prescriptions de cette loi. Donnez-moi un homme qui veuille s'y soumettre avec l'aide de la grâce de Dieu , je vous déclare qu'il atteindra son but. Mais celui qui n'a pas une volonté efficace d'observer celte loi, j'en conviens, ne l'observera jamais. Saint Augustin ( liv. 7. Conf. cap. 11. ) avoue qu'il lui semblait impossible de vivre sans les infâmes plaisirs au milieu desquels il avait vieilli, et de pratiquer cette chasteté que la loi divine commande. Il demandait à Dieu celle belle vertu : mais sa prière n'était point accompagnée de ferveur , et du désir de l'obtenir, parce qu'if craignait même d'être exaucé: Timebam enim, ne me cilù exaudires (liv. 8. Conf, c. 7). lien est ainsi d'un grand nombre de chrétiens qui déclarent être dans la volonté d'observer la loi de Dieu et avoir essayé de la pratiquer; mais ils avouent ne l'avoir in. Ils voudraient l'observer, mais ils n'ont qu'une volonté fai- »le , non efficace et arrêtée, et c'est pour cela que leur faiblesse |»s fait toujours retomber dans l'abîme de leurs passions. C'é- Uil là véritablement l'impuissancede celui dont fait mention l'É. vangile, qui, ayant été prié par un de ses amis , pendant la nuit , qu'il daignât lui prêter trois pains, parce qu'un étranger venait de lui demander l'hospitalité et qu'il n'avait rien à lui offrir, répondit qu'il ne pouvait descendre du lit, ni lui donner ce qu'il voulait : Non possum surgcre cl dare libi (Luc. 11). Mais comment dit-il qu'il ne pouvait, si enfin vaincu par des sollicitations opiniâtres il les lui remit? C'est que, répond saint Augustin, il n'avait pas la volonté de les lui donner : Xon possum surgere, ille inquit, quia volebat dare (Ser. de Ver. Dom. c. o). 12. Oui, l'excuse ordinaire des gens du monde, quand ils ne veulent'pas faire quelque chose, c'est d'alléguer qu'ils ne le peuvent. Un pauvre demande-l-il l'aumône à ce riche? Je suis bien fiché, répond-il , je ne puis rien vous donner. Vous ne cessez de prendre en vain et de jurer le nom de Dieu; si l'on vous adresse

des reproches à cet e'gard , vous croyez vous rendre innocents en répondant : « Je suis dans l'habitude de parler ainsi, je ne » puis faire autrement. » Mais, vous objecterons-nous encore, vous n'employez pas les fêtes à rendre à Dieu culte qui lui es* dû, vous n'assistez pas aux catéchismes , aux instructions publiques, vous vous absentez des autres exercices de piété auxquels comme chrétien, vous devriez prendre part? J'ai, dites-vous alors, mille affaires, mille embarras sur les bras , je ne le puis. Mais en vérité que signifie celte parole :je ne le puis ? Elle signifie, je neveux pas. Aussi, lademandeque fitun lépreux àJésus- Cbrisl fut très sage : Domine, si vis, potes me mundare (Luc. 5): Seigneur, pourvu que vous le vouliez, vous pouvez me guérir. Mais, lors même qu'il n'aurait pas voulu leguérir.il n'en avait pas moins le pouvoir de le faire. Pourquoi donc avoue-t-il que Jésus- Christ peut le guérir, pourvu qu'il le veuille? parce qu'il ne voulait pas que le Sauveur lui répliquât par la parole dont usent tous ceux qui disent qu'ils ne peuvent , quand ils n'ont pas l'intention de faire. C'est pour cela qu'il s'exprime ainsi : Je sais qu'il est en votre pouvoir de me guérir, Seigneur, si vous le voulez. Chrétiens, Dieu vous ordonne d'observer sa loi, il promet des récompenses à celui qui obéit, et à celui qui désobéit il réserve des châtiments : pourquoi donc n'observez-vous pas celte loi? est-ce parce que vous ne le pouvez? dites plutôt , c'est parce que vous ne le voulez pas, alors vous parlerez selon la vérité, et sachez que votre excuse ordinaire, je ne puis , n'est qu'une évidente imposture.

13. Et en effet, les hommes quand ils sont guidés par l'esprit d'intérêt, ou emportés parleurs passions se condamnent à dos choses bien plus pénibles et bien plus difficiles que ne l'est l'observance de la loi divine; et puis ils diront qu'ils ne peuvent s'y astreindre! Combien de remèdes amers ne se résout pas à prendre nn malade pour se guérir de sa maladie ? que d'incisions et autresopéralions douloureuses ne subit-il pas pour se précauliouner contre les effets dangereux d'une blessure? à combien de dangers de perdre à chaque instant la vie ne s'expose pas le soldat pour acquérir une vaine gloire ? pour obtenir quelques richesses , combien de tempêtes et de naufrages ne brave pas un commerçant? Les chasseurs, dit saint Augustin à qui nous avons emprunté tout ce que nous venons de dire, s'arrachantaux douceurs du sommeil, quel froid ne se résignentils pas à souffrir dans la saison rigoureuse de l'hiver, et à quelle «chaleur ne s'exposent-ils pas en élé? ils franchissent les fosses-,

ils traversent les torrents, ils ne redoutent point les chutes dans des précipices, et courent des risques pour leur vie; mais pourquoi tant de courses, pourquoi tant d'épreuves pénibles? Ut bestiam capiant , répond le saint , pour poursuivre et tuer un cerf, un lièvre, un oiseau rare ou tout autre animal. Peutêtre se plaignent-ils de toutes ces fatigues? non sans doute; au contraire, elles sont pour eux un sujet de joie et déplaisir. Or, n'est-ce pas une indignité honteuse, s'écrie le même saint, qu'on recompte pour rien les fatigues auxquelles on se condamne pour tuer des animaux sauvages ou des oiseaux; et quand il s'agit d'observer la loi de Dieu, et parce moyen de. se rendre digne des joies du paradis, et de parvenir à la possession de Dieu même, on répond qu'on ne le peut, que pour atteindre à ce but il ya trop à souffrir? Quampudendum, ut dclectet labor ùl fera capiatur, et non delectet ut Deus acquiratur (Jer. 10. de Verb. Dora.) !

14. Oh! à combien de chrétiens, comme le fait observer un grand prélat (M. Gen. dis. mor.), Jésus-Christ petit faire cette plainte qu'il fit à saint Pierre et à deux autres disciples, dans le jardin des Olives : Non potuislis unà horà vigflare mea»?i?Et il n'est aucun de nous qui ne sache qu'ils passaient des nuits entièresà pêcher sans goûter le sommeil, quoiqu'ils ne fussent pas heureuv dans leur pêche: Per totam noclendaborauies nihil cepimus. Combien , pour satisfaire leurs passions, leurs caprices, pour un misérable gain , travaillent, se fatiguent, et passent sans dormir des nuits entières : Per tolam noclem laboranles ; et quand il s'agit d'observer la loi et de servir Dieu , ils ne peuvent employer une heure à cette œuvre si importante, ni veiller en aucune manière: Non potuislis unà horà vigîlare mecum. Combien qui, pour entretenir des animaux domestiques, des chevaux, pour avoir de quoi fréquenter les maisons de débauche, subvenir à leurs dépenses pour le jeu et auîres amusements infâmes, sacrifient leur argent avec une étonnante prodigalité: Per totam noctem; et quand il s'agit défaire l'aumône , de payer des dettes, de restituer le bien ma! acquis, ils ne peuvent, non potuislis9. Pour regarder un danseur de cordes, ou pour prêter l'oreille aux discours facétieux d'un charlatan, on a la patience de se tenir sur pied des journées presque entières ; on a le courage de rester assis sur des sièges incommodes la moitié de la nuit ou des nuits entières pour écouler un comédien ébonté, voir une danseuse sans pudeur; et quand il s'agit d'aller entendre l'explication de la loi de Dieu, lescàté-

chismes et les prédications, on s'excuse, on se plaint, on ne peut .' Cette femme ne craint pas d'employer plusieurs heures à la toilette, de passer des nuits entières dans des parties de plaisir, dans les bals, dans les sociétés, dans les veillées: Pertotam noctem; mais dites-lui qu'elle consacre quelques heures au moins du jour ou de la nuit à méditer sur la loi divine, afin d'orner son âme de vertus, elle a mal à la tète, elle est indisposée, elle ?2f peut veiller pendant une heure. Ainsi pour servir le démon, le monde, poursuivre les modes, ses caprices, il n'est rien qui coûte, rien qui soit à charge; mais on est incapable de tout quand il s'agit de se rendre agréable à Dieu et d'observer sa loi. Eh! je vous en prie, dites que vous ne voulez pas, et vous parlerez selon la vérité; mais assurer que vous ne pouvez pas, c'est proférer un mensonge évident.

15. Nous pourrions sans doute faire tout ce que vous venez de nous indiquer , semblent me répondre quelques-uns parmi vous, convaincus par la raison et l'expérience; mais il faudrait toujours contrarier nos inclinations , toujours être en guerre avec nous-mêmes, toujours nous faire violence, et qui osera dire »]ue ce ne soit pas là une chose pénible et difficile? Et moi je répondrai que ceux qui tiennent ce langage peuvent être comparés à ces espions que Moïse (Num. 13) envoya pour explorer la terre promise. Au lieu de rendre compte de ce qu'ils avaient vu de bon, d'exposer les choses comme elles étaient, ils en firent des récits effrayants, une peinture épouvantable et horrible : «C'est un » pays très-fertile, il est vrai, dirent-ils, etoù l'on voit; couler des » fleuves de lait et de miel, mais il dévore ses habitants. Nous n'y » avons vu que des monstres. Vidimus monstra, nous y avons re- » marqué des géants d'une taille si élevée, que nous n'étions en » comparaison d'eux que des sauterelles; les villes et les forteres- » ses qui y sont répandues, sont dans un formidable état de dé- , » fense, comment sera-t-il possible de s'en emparer » ? Mais deux grands guerriers, Calcb et Josué (ibid.liv.14) , qui les y avaient accompagnés, parlaient d'une autre manière: «Que le Sei* ' » gneur nous soit propice, s'écrièrent-ils, nous triompherons faci- i » lement de tous nos ennemis, et nous nous rendrons maures de i » cette terre qui nous est promise. Dieu est avec nous, il nous ] aidera, nous ne devons rien craindre». Voilà la différence qui i existe entre le raisonnement des hommes bons et timorés, et celui | des libertins et des méchants : ceux-ci voulant vivre selon les usa- S ges du monde et selon leurs passions, osent affirmer que la loi du Seigneur est, sinon impossible, du moins difficile à observer,

et pénible et onéreuse ; mais ceux-là se défiant de leurs forces et plaçant toute leur espérance dans l'aide et l'assistance de Dieu, considèrent qu'il est non-seulement possible, mais qu'il est de plus facile et fort consolant de l'observer. La difficulté ne vient donc pas de la loi , mais des passions qui dominent l'homme. A un œil sain la lumière est agréable et douce; mais elle est fatigante et désagréable à l'œil faible et malade. Il n'est rien de plus facile à un homme humble que l'humilité , tandis qu'il n'est rien de plus difficile à un homme superbe que la pratique de celte vertu. Et plus la chasteté est chère aux âmes pures, plus elle est odieuse aux impudiques et aux immondes. Quelle chose plus douce que l'amour du prochain? et cependant l'envieux et le méchant ne savent pas le pratiquer! Dieu est ce qu'il y a de plus aimable ; néanmoins celui qui aime désordonnément les créatures ne peut se résoudre à l'aimer. Ce sont donc vos passions qui vous rendent onéreuse et pénible cette loi, qui est si facile et si douce.

16. Je ne dis pas qu'elle soit facile et douce à l'homme abandonné à ses seules forces*, et exposé aux tentations du démon, du monde et de la chair. Je ne dis pas que san s l'impulsion et l'aide du Saint-Esprit, commerÉglisel'a décidé dans tant de conciles, l'homme puisse faire des œuvres méritoires pour la vie éternelle; ce serait renouveler l'hérésie des Pélagiens. Sans la grâce divine,, non-seulement nous ne pouvons faire aucune bonne action, mais pas même, comme le dit saint Paul (2. Cor. 3) , avoir une sainte pensée. Au contraire, avec la grâce et l'assistance de Dieu, nous pouvons tout: Omnia possum in eo qui me confortât. Nous devons donc fonder toutes nos espérances sur la grâce. C'est pour cette raison que la loi évangélique est appelée loi d'amour et de grâce, parce qu'elle donne les moyens et les secours qui sont nécessaires pour l'accomplissement de ce que Dieu nous y ordonne. Nous ne devons pas exagérer la faiblesse de nos forces., le déchaînement delà concupiscence contre nous, et la puissance du démon qui nous fait une guerre continuelle: Si Dcas pro nobis , quis contra nos'! Dieu ne nous a-t-il pas prorais dans les divines Ecritures qu'il nous délivrera de ce cœurduret h*. sensible, et qu'il nous en donnera un tendre et docile à ses inspirations , qui nous fera marcher dans l'observance de ses divins commandements ( Ez. 1 1 ) ? Ne nous a-t-il pas promis que nous ne serions pas seuls à agir , à combattre et à résister au démon, au monde et à nos vicieuses inclinations, mais qu'il combattra avec nous , et qu'il nous donnera sa force toute poissante pour

Vaincre avec lui nos ennemis et en triompher? Gardons-nous bien d'en douter, car il est fidèle dans ses promesses. Il suffit que nous lui demandions sa grâce avec humilité et avec persévérance , et il nous l'accordera. 11 suffit que nous soyions fidèles à correspondre à cette même grâce , et avec elle, l'observance decetteloi, jugée impossible par les impies et si pénible aux niondains, nousdeviendra facile.

17. Ah! oui, Seigneur, je suis convaincu de ces divines promesses, et je suis assuré de votre fidélité à les exécuter, s'écriait saint Augustin, lorsqu'il se fut converti : commandez-moi devons aimer pardessus toutes choses, le prochain comme moi-même, et d'observer votre sainte loi ; commandez-moi tout ce qui vous plaît, et j'exécuterai tout ce que vous me commanderez, pourvu que vous me donniez ce que vous me commandez, c'est-à-dire, ce divin amour et votre grâce , qui me remplira de force et de courage pour observer vos commandements: Da, Domine, quod jubés , et jubé quod vis. Je mets donc ma confiance en vous, ô mon Dieu, et votre grâce sera mon espérance et ma force. Exercez sur moi votre autorité, en m'obligeant à observer vos saints commandements; prescrivez-moi tout ce qui est contraire àrnon amour-propre, à mes inclinations et à mes sens : moyennant votre secours , rien ne me sera pénible et dur. «Mais, » qu'ai-je dit, pénible et dur? Je dois l'avouer pour votre gloire » et pour la justification de votre divine loi, continue à dire dans » ses Confessions ce grand docteur , tout me deviendra facile, » agréable et doux. Et, eu effet, avec quelle facilité, depuis qu'ai- » dé de votre grâce je soumis mon cœur superbe au joug de vo- » tre loi , ne renonçai-je pas aux honteux plaisirs dont j'étais de- » venu l'esclave0 La chasteté me semblait totit-à-fait impossible, et » tellement impossible, que je croyais que personne ne pouvait » vivre sans s'abandonner aux passions infâmes; mais à présent » combien il m'est agréable d'en être délivré! Quelle sainte » joie et quelle douceur je ressens d'avoir pu me dégoûter de tofî ». ce que je craignais de perdre ! Cùvi in momento subderem cer- » vicehlevi jugo tuo, Christe Jesu, adjulor meus, quùm suave » mflii sabilà factum carere voluplatibus , et quas amitierc » metus fuerat, jam dimitterc gaudium crut (Lib.Conf.cap.l).»

18. Ainsi parlait saint Augustin; ainsi parlerez-vous vousmêmes, si vous agissez d'après les impulsions de la grâce divine. Dès-lors l'observance de celle loi, qui vous semble à prêtent si difficile et si pénible , vous deviendra agréable et douce. Oui , "Itous sera doux et agréable de renoncer à vos passions, au

SUr» LES COMMANDEMENTS DE LA LOI DIVINE ES GÉNÉRAL. 27

démon et au monde, que jusqu'à présent vous avez reconnus pour vos maîtres. Ah ! oui , Seigneur , nous renonçons dès ce moment à la servitude de ces cruels ennemis ; c'est à vous seul que nous voulons sincèrement nous attacher; nous voulons observer votre sainte loi, en vous aimant de tout notre cœur, et notre prochain comme nous-mêmes. C'est l'unique chose que nous vous demandons avec votre serviteur Augustin : Da, Domine, quod jubés, et jubé quod vis. Donnez-nous votre saint amour et votre grâce, qui, étant notre flambeau, nous communique la force d'observer ici-bas vos divins préceptes, afin que par notre fidélité à les pratiquer nous puissions jouir pendant toute l'éternité du bonheur que vous nous réservez.

Liberté et douceur qui éclatent dans la sainte loi du Seigneur, comparées avec la sévérité des maximes cl des lois du monde.

J'ai déjà démontré clairement à quelle distance immense de. la vérité sont ces libertins et ces impies qui ont la témérité dfe aire que la loi divine n'oblige pas les fidèles , et qu'il n'est pas possible de l'observer. Néanmoins, ils ne s'arrêtent pas là: et comme ils règlent leur conduite sur leurs passions dont ils sont ciaves , aussi ne trouvent-ils leur félicité que dans l'asservissement aux maximes et aux lois du monde, qui ne les gênent en lieu. C'est dans ces maximes et dans ces lois qu'ils disent trouver une entière liberté et goûter la vraie douceur, tandis qu'au contraire ils ne découvrent dans l'observance de la loi divine qu'une servitude tyrannique et une extrême rigueur. Maintenant pour justifier cette sainte loi , je me dispose à la mettre en parallèle avec les maximes et les lois du monde , et à vous démontrer que dans l'observance de la loi divine se trouve la vraie liberlé, et dans les lois qu'impose le monde à ses sectateurs l'on ne rencontre qu'une servitude tyrannique; dans celle-là on goûte les véritables douceurs , dans celle-ci L'on n'éprouve que sévérité.

1. Il n'est rien au monde de plus digne d'amour , ni de plus précieux que la liberté. Elle nous rend maîtres non-seulement de nous-mêmes et de nos actions, mais de tout ce dont nous pouvons nous servir et jouir. C'est à se la conserver que les hommes apportent tous leurs soins , déterminés à faire le sacrifice de ce qu'ils ont de plus cher, plutôt que de la perdre. Or, cet amour que les mondains ont pour leur liberté, Leur zèle pour sacon-

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servation , leur crainte de la perdre, est une des causes empoisonnées des faux prétextes sur lesquels ils s'appuyenl pour secouer si facilement le joug sacré de la loi divine; ils déviaient être convaincus que la soumission à celte loi est la seule roule qui conduit à la gloire, et que toutes les autres mènent à l'enfer. Mais épouvantés des difficultés qu'ils s'imaginent être insurmontables, ils se soucient fort peu de marcher dans cette voie salutaire. Ils savent qu'il y a un législateur souverain duquel tout doit dépendre , que sa loi infiniment sainte doit être la règle de nos actions; mais parce qu'ils voient que cette loi est trop contraire aux inclinations de leur cœur, ils cherchent à s'y soustraire, ils inventent des motifs pour ne pas se soumettre à Dieu., ni à ses commandements, en disant: que ce n'est pas être libre que d'être asservi à la volonté d'autrui, et que la vraie liberté consiste à pouvoir vivre selon ses désirs , et à suivre toutes se* inclinations , et ses appétits.

2. Mais, oh ! combien se trompentceux quicroientavoir perdu leur liberté en vivant dans la soumission à Dieu, en accomplissant ponctuellement ce qu'il veut, et en observant sa divine loi ! Combien se trompent ceux qui croient en jouir quand ils suivent tous les 'mouvements et les penchants les plus désordonnés de leur propre cœur ! Saint Augustin s'exprime ainsi à ce sujet : voluntas numquam est magis libéra , quant cùm est magis ancilla, la volonté de l'homme n'est jamais plus libre, que quand elle est entièrement soumise à Dieu , et parfaitement obéissanleà ses adorables volontés. Dans l'ordre naturel , les choses ne trouvent leur tranquillité et leur repos, que lorsqu'elles sont placées dans l'état qui leur convient naturellement. Et pour vous en donner un exemple dans les êtres inanimés qui frappe tous les jours nos yeux, l'eau parmi les liquides est plus pesante que l'huile, et l'huile est plus légère que l'eau. Quel sera donc l'ordre que conserveront entre eux ces liquides? le voici : l'eau se tiendra au fond du vase , et l'huile qu'on y aura pareillement renfermée, s'élèvera au-dessus. Essayez de déposer l'huile au fond du vase et de faire surnager l'eau, les voilà dans l'agitation, dans le trouble; et alors seulement ils rentreront dans le repos et la tranquillité, lorsqu'ils seront rentrés dans leur position naturelle, l'eau au fond du vase, et l'huile au dessus de l'eau. Or, l'état naturel de l'homme est que le corps soit assujetti à l'âme. L'homme ne sera donc jamais plus libre , plus calme et plus tranquille que quand le corps avec ses sens et ses appétits sera soumis à l'empire de l'âme. Mais agissez contrai-

SUR LES COMMANDEMENTS !>!' Mr.lJ EN GÉNÉRAL. 29

remonta ce bel ordre, et que celle-ci oubliant sa supériorité s'abaisse jusqu'à se soumettre aux désirs du corps et à ses appétits sensuels; c'en est fait de la tranquillité , du repos, de la liberté; tout est dans un état violent, dans une agitation et un bouleversement extraordinaires. J

3. Ainsi l'état naturel de l'âme , est qu'elle soit soumise à Dieu et à ses divins commandements. Tant qu'elle se maintiendra dans cet ordre, de quelle agréable liberté ne jouira-t-clle pas, dans quelle tranquillité et dans quel calme ne vivra l-elle pas en obéissant en toutes choses à un aussi bon mailre? Mais essayez de secouer le joug de l'obéissance en prêtant l'oreille à la voix <le vos passions, et en vous conformant aux lois et aux maximes d'un monde corrompu : liberté et repos tout est perdu, tout est en désordre, et vous voilà réduits à la déplorable condition de misérables esclaves. Mais> qu'est-ce qui maintiendra ce bel ordre, lequel consiste dans l'assujettissement du corps à l'âme et de l'âme à Dieu ? qu'est-ce qui peut nous donner celle douce liberté, ce repos inviolable, et nous délivrer d'une servitude si cruelle cl si honteuse? La sainte loi de Dieu. C'est pour cela que comme nous disons qu'une personne a été mise en liberté, quand on l'a fait sortir de la prison où elle avait été renfermée , ou lorsque captive chez les barbares ses chaînes ontéié rompues; ainsi la divine loi, en délivrant le pécheur des liens dans lesquels l'étreîgnaient le démon, le monde et ses passions, le met dans un état de liberté parfaite.

4. Et pour en venir à la pratique , qu'est-ce que Dieu nous commande dans sa sainte loi? De ne jamais satisfaire notre -chair rebelle dans ce qu'elle voudrait de contraire à la raison, mais de la réduire en servitude, de la dompter; de ne jamais accorder une liberté criminelle à nos sens, mais de les mortifier et de les réprimer; de ne point agir suivant nos passions, de ne leur accorder aucun plaisir passager, au contraire de les contenir et de les étouffer. Or, l'accomplissement de cette loi ne procure-l-elle pas à l'àme une liberté agréable et parfaite? En vérité, de quelle paix, de quel repos ne jouit pas celte âme chrétienne qui est débarrassée de tout soin et de loute pensée de contenter des désirs, insatiables, de satisfaire une chair toujours importune, et des passions qui se multiplient et deviennent d'autant plus fortes qu'on les caresse davantage. Quand le corps est soumis à la raison , il ne se révolte pas; quand les passions sont domptées, elles se taisent. L'àme se trouve alors dans une, pleine liberté, les vertus lui deviennent faciles à pratiquer, elle jouit

30 Hl. INSTRUCTION

d'un calme parfait : liberté et calme qui ne sont altérés par rien, et qui augmentent d'autant plus, que l'observance de la loi divine produit, outre l'assujettissement du corps à l'âme, celui de l'âme à Dieu.

5. Celte soumission imposée par la loi, que toute créature doit à Dieu, notre divin Rédempteur, nous en fit connaître la néces- «iité (Matin, 4. 10), quand il réprima la hardiesse du démon, qui voulait qu'il l'adorât: « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, » lui dit .lésus-Christ,et tu ne serviras que lui seul;» Dominum Deam lnumadorabis,el illi soli servies. Nous devons donc adorer uniquement Dieu et le connaître pour notre seul maître. Mais comment ces adorations et ces hommages sont-ils rendus à Dieu ? par notre dépendance de lui en tout ce qui lui plaît, par l'accomplissement de ses ordres, comme élant notre souverain, et par noire soumission à sa divine volonté en tout ce qu'elle demande de nous. Sans cette totale dépendance et celte soumission aveugle, il ne faut pas vous imaginer que vous jouirez d'une vraie liberté ni d'une véritable paix. Mais nous nous soumettons bien volontiers à Dieu et à ses commandements, lorsque tout va à noire gré, et ce n'est que quand nous sommes frappés de coups imprévus, quand il nous arrive des disgrâces, quand nous sommes attaqués de tentations violentes, quand nous éprouvons des contradictions, des persécutions , quand nous sommes victimes de quelques injustices, que nous ne savons pas nous résigner, ni pratiquer la vertu de patience. Dans ces cas comme dans tant d'aulres, nous devons nous résigner à la volonté de Dieu, et dans ces occasions plus que dans les autres,: faire éclater noire soumission et notre dépendance. Oh ! si vous saviez quelle abondance de consolations procure aux âmes saintes cetie patience et cette soumission à tout ce que Dieu permet qu'il arrive de contraire à leurs inclinations ! Elles envisagent cette conduite de Dieu comme une faveur spéciale de sa divine providence qui les afflige en cette vie pour les rendre heureuses en l'autre; elles ne voient dans ces épreuves qui leur arrivent qu'une marque d'amour de Jésus-Christ, qui les fait boire au calice de ses douleurs, pour les faire entrer en partage de ses éternelles récompenses. Seigneur, disent-elles , ne nous ménagez pas les épreuves les plus contraires à nos inclinations; elles seront pour nous \\\) moyen de vous témoigner notre fidélité et noire dépendance. C'est ainsi que la soumission à Dieu ■st l'observa Mce. de sa divin*! loi nous procureront une douce Sihcrié eî uw; uaû -t.- W. :.

SUR LES COMMANDEMENTS DE DIEU EN GÉNÉRAI,. 3 ï

6. Mais on ne peul au contraire se figuier dans quelle servi! ud;! crudle et lyraimlque tombent ces malheureux chrétiens qui N'abandonnent à l'impétuosité de leurs passions mondaines, et suivent les lois et les maximes d'un monde corrumpu. Depuis qu'ils ont fermé les yeux à la lumière de la raison et de la foi, ils n'écoutent plus que la voix de leur chair rebelle, de leurs appétits réprouvés et des sens. Ils se flattent de pouvoir mener une vie douce,et déposséder une liberté qui soit sans mélange d'inquiétude ; mais, oh! combien est grande leur erreur! étant hors delà vérité, comme de vils esclaves, ils sont forcés de gémir sous un joug pesant et cruel. Ils nourrissent et entretiennent des passions qui leur font une guerre ouverte, et les tourmentent sans cesse comme des furies implacables. Différentes les unes des autres elles se livrent des combats intérieurs, ens'efforçant chacune de tyranniser leur cœur tout entier; et, parce que ces infortunés ne peuvent les satisfaire toulesen même temps, que de sacrifices pénibles ne sont-ils pas obligés de faire? quels supplices, quels remords, quelles peines ne doivent-ils pas souffrir? Celui-ci est tourmenté d'une soif insatiable des richesses : pour les acquérir, à quels ennuis, à quelles démarches , à quelles fatigues ne se condamne-t-il pas ? quelle appréhension de les perdre! quel désespoir, quelle rage, si on les luidérobe ! Est-ce làjoulrdelapaix, est-ce être libre? Cet autre est dominé par l'ambition, il voudrait s'élever, et occuper des postes honorables , vivre au milieu des honneurs : cabales, intrigues, stratagèmes y artifices, il met tout en œuvre pour l'emporter sur un rival plut habile et plus digne; quels déplaisirs mortels et quels tourments, si tousses desseins échouent! Que dirai-je des chaînes honteuses, dont sont chargés ceux qui sont les victimes de l'impureté? que de colères, que de craintes, que de soupçons, que de jalousies, quelle prodigalité de leurs biens, enfin à quelle déconsidération et à quel mépris public ne s'exposent-ils pas sans cesse? Peut-il doncy avoir une servitude plus honteuse et enméme temps plus lyrannique et plus cruelle que celle de vivre suivant ses passions déréglées ?

7. Les passions ne sont que des tyrans particuliers. S'il yen a un dont la puissance soit universelle, c'est le monde, auquel sont asservis ceux qui, au lieu d'obéir aux divins commandements, $e font une loi d'adopter ses usages, ses mœurs , et de suivre ses perverses maximes. Hélas ! combien celte servitude est cruelle et barbare! En effet, celui qui veut conformer sa conduite aux maximes du monde, ne se régir que d'après les lois du monde.

32 m. INSTRUCTION

combien ne doit-il pas paraître autre qu'il n'est réellement? à quelles modes odieuses par elles-mêmes ne doit-il pas s'asujettir? quelles sociétés ne se voit-il pas obligé de fréquenter? quelles visites n'est-il pas forcé de rendre* à quelles parties de plaisirs ne se voit-il pas condamné: toutes chose» où il n'éprouve que dégoût et qu'ennui. Combien d'actions ne luf sont-elles pas im« posées, et qui sont en opposition avec son caractère, et qui répugnent même à sa conscience ? En voici un petit détail : y a-t-il rien qui répugne et soit plus opposé au caractère et à la conscience de quiconque désire faire son salut, que d'être pour ainsi dire forcé de mettre de côté l'Évangile et la loi, de n'oser plus paraître chrétien , pour s'accommoder aux manières de voir du monde? à quelles angoisses ne se sent pas réduite une conscience délicate qui se voit obligée de sacrifier, pour soutenir une vaine splendeur, ces biens et cet argent avec lesquels elle aurait pu accumuler des mérites pour l'autre vie? Les richesses dont Dieu a été si libéral et si prodigue envers quelques familles, il ne les a point données pour être employées en dépenses superflues, mais afin qu'après avoir été consacrées à élever convenablement des enfants, on en déposât une partie dans le sein des pauvres de Jésus-Christ. Mais comment en faire un emploi si saint quand il n'en reste plus ? Les patrimoines les plus riches ne sont-ils pas dissipés dans les jeux, dans les repas où l'on déploie un luxe itonnant, parles vêtements somptueux, parles équipages coûteux dont on ne peut plus se passer? et un chrétien pourra se résoudre à vivre sous une loi si tyrannique?

8. Je découvre dans le cruel et inhumain Pharaon une vive image de la tyrannie que fait ressentir le monde à ses sectateurs: vous vous rappelez avec quelle dureté ce fier monarque traita les enfants d'Israël; voulant faire construire une ville magnifique, il avait ordonné qu'ils fouillassent les entrailles de la terre pour y trouver les matériaux propres à!a confection des briques qu'euxmêmes devaient faire, et les avait chargés de tout ce qu'il y avait de plus pénible dans l'exécution de son projet. Ainsi opprimés, harassés de fatigue, ils comblaient cependant la mesure du travail qui leur était imposé, parce qu'on leur donnait les pailles liécessaires pour cet ouvrage. Il survient un jour à Pharaou une pensée qui ne pouvait tomber que dans l'esprit d'un tyran (Exod. 5), c'est qu'ils devaient, sans ces pailles qui leur étaient distribuées auparavant pour la confection des briques, en fournir chaque jour le même nombre; mais ils ne le pouvaient pas. Frappés cruellement par ceux qui préskiaient à ces opérations,

ils prièrent Pharaon de vouloir leur faire donner les pailles dont ils avaient besoin : « Je ne vous les donnerai pas, répondait » ce barbare : Non do vobis palœas. Mais, répliquaient ces in- » fortunés, nous ne pouvons accomplir notre tâche. Ah! ré- » pondait le farouche Egyptien, ah! peuple paresseux et détesta- » ble ! Allez, allez vous-mêmes chercher ces pailles que vous ré- » clamez, vous n'en recevrez jamais point de moi ; quoi qu'il en » soit, tremblez si vous ne faites tout le travail qui vous est pres- » crit. » Le barbare et le cruel ! pouvait-il imposer une loi plus tyrannique et plus dure ?

9. Mais peut-être le monde est-il moins barbare et moins cruel à l'égard de ses partisans ? peut-être leur dicte-t il des lois plussupportables et plus douces! Ecoutez ici ce que je vais vous cfire. Ces malheureux, pendant une longue suite d'années, ont eu la folie de vouloir satisfaire toutes ses capricieuses volontés , et à force de puiser dans leur» patrimoines, à force de blesser la modestie, de charger leur conscience, ils en sont venus au point d'être l'objet du mépris de ce monde même. Il n'y a pas eu de mode, il n'y a pas eu de jeu, ou autre nouvelle invention de passe-temps à laquelle ils n'aient pris part. Mais à présent sa trouvant réduits au strict nécessaire, la maison penchant vers sa ruine, il leur est devenu impossible de satisfaire leur goût pour le luxe comme autrefois. Que le monde donc aujourd'hui les dispense de ces charges qu'il leur a imposées, qu'il se contente de leur bonne intention et qu'il les laisse vivre au milieu de leur mauvaise fortune: «Je n'ai point de dispenses ■» accorder, répond le monde sans entrailles, point demau- » vaise fortune à plaindre! C'est ainsi qu'on doit agir ; et que » personne ne s'écarte de celte règle suivie par mes partisans. » Mais si pour suivre les modes qui changent si souvent , pour vous procurer des vêtements qui , s'ils ne sont pas d'un drap étranger, sont regardés comme grossiers ; mais si pour faire tant d'autres dépenses que vous imposent les modes, vous n'avez plus d'argent à votre disposition, que ce monde vienne donc à votre secours. Ah! hommes chétifs et lâches ! le monde ne donne point d'argent; faites tous vos efforts pour en trouver, et si vous échouez: dans vos recherches , empruntez, donnez des gages ; c'est ainsi qu'on en use, ainsi le réclame l'honneur de votre famille, ainsi font les autres, ainsi devez-vous faire vous-mêmes, et supposé que vous fussiez réduits à sacrifier l'honnêteté et l'innocence, il ne faut pas être tellement délicats que vous ne vous conformiez à ce que L'usage demande, elquevousne marchiez sur les traces des autres.

10. Je croyais faire seulement pfne supposition , mais je crains bien avoir fait le. récit vrai et trop vrai de ce qui se passe lous les jours. Et vous, chrétiens , vous pourrez encore abandonne! la loi divine pour vous rendre esclaves des lois du monde ? vous pourrez vous soumettre à ces lois si dures, à celte servitude si tvrannique? Ah! secouez enfin ce joug si lourd et si pesant, si indigne de vous; si Jésus Christ , comme le dit l'Apôtre, vous a donné la liberté, montrez-vous-en jaloux en abjurant les maximes et en méprisant les lois du monde.Que Dieu essentiel lemenl bon et doux, et dont les commandements sont si conformes à la raison et à la justice, devienne votre seul et unique maître. Il n'exige pas de vous des choses bien pénibles; et lors même que nous ne pouvons rien faire extérieurement pour lui, bien différent du monde, il nous tient compte de nos saints désirs et de nos bonnes intentions; si vous ne pouvez pas faire des aumônes par amour pour lui , ayez-en le désir, et il les accueillera comme si elles étaient faites; vos infirmités et votre faible comnlexinn tous empêchent-elles de vous livrer à de longues veilles, de pratiquer des austérités, défaire des jeunes ! il se contente de votre bonne volonté ; les années sont-elles mauvaises , les revenus ont-ils diminué, les gains sont-ils médiocres"? reslièïgneî! vos dépenses de table, n'achetez que les vêtements néfeessafi s, et en toute chose procédez par l'économie la plus sévère ; ne cherchez point à vous vêtir selon le goût du jour, et vons screx plus agréables à Dieu? We cherchez pas. ô femmes, à enfreti'itîr ou avons procurer par la parure, le fard et d'autres artifices nue beauté que la nature vous a refusée ou que les années flétrissent, mais habillez-vous simplement et modestement, en vous gardant bien d'employer certains moyens tendant à faire refleurir le teint d'un visage que la vieillesse a fait pâlir, et en ne rougissant point de celui que Dieu vous adonné. Déterminez-vous, en un mot, à l'observance de la loi divine, loi qui non-seulement renferme la vraie liberté, selon que vous l'avez appris, mais qui, comme vous ne larderez pas de l'apprendre encore , renferme beaucoup de douceur. Et si, comme loi de liberté, elle est en opposition avec la servitude des lois du monde, comme loi de douceur, elle est en opposition avec la sévérité et la rigueur de celle de ce tyran.

11. Pour juger de la liberté et de ia douceur de la loi divine, nous devons examiner sa nature, quelles sont les choses qu'elle nous commande et nous défend. Quand Dieu nous prescrit l'observance ge la loi, il ne demande pas que nous fassions des

choses merveilleuses et extraordinaires, que nous avions l'esprit de prophétie, que nous rendions la santé aux malades, la vie aux morts, que nous traversions les mers, que nous quittions fe monde, que nous allions nous ensevelir dans les déserts; mais il exige de nous qu'il soit seul l'objet de notre adoration , que nous ne prenions jamais en vain son nom sacré, que nous ne nous en servions jamais avec mépris, que nous consacrions les jours de fêtes à lui rendre le cuite elles honneurs qu'il mérite, que nous nous soumettions à ceux de qui nous tenons la vie , que nous les respections; que nous ne nous rendions coupables d'aucune offense envers qui que ce soit, ni dans sa personne, m dans sa réputation, ni dans ses biens, et même que nous nous abstenions de tout désir à cet égard, quVsn un mot nous aimions Dieu pardessus tout, et le prochain comme nous-mêmes. C'est en cela que consiste toute la loi et les prophètes.

12. Or, peut-on proposer une chose pius en rapport avec la justice et les inclinations du cœur, que l'observance de cette loi qui se borne à nous enjoindre d'aimer Dieu et le prochain ; d'aimer ce Dieu qui nous a créés de rien, et qui après s'être fait homme, nous a rachetés au prix de sa vie et par l'effusion de son sang précieux, d'aimer ce Dieu dont l'infinie bonté et l'infinie miséricorde avec toutes ses autres perfections exigpnt impérieusement cet amour? Oui, les preuves admirables qu'il nous a données de son affection nous fout un devoir de lui accorder la nôtre en retour de la sienne; les bienfaits les plus singuliers et les plus rares dont il nous a comblés, et les récompenses éternelles qu'il a promises à celui qui t'aimede tout son cœur, sont bien capables, de nous déterminera lui vouer toutes nos affections. Qu'y-a-t-il aussi déplus conforme à la raison, de plus agréable et de plus doux que d'affectionner le prochain, que les liens de la chair et du sang, la ressemblance de nature et la société civile doivent nous rendre cher? Qu'y-a-l-il de plus doux et de plus convenable que de compatir à ses afflictions , de le secourir dans ses misères, de lui prêter aide, et de le relever dans ses chutes? Et comme c'est là la manière dont chacun voudrait être traité, la raison exige qu'on traite ainsi les autres : voilà les motifs qui rendent douce l'observance de la loi divine, et le joug du Seigneur léger. 13. Mais ce qui rend principalement le joug de Jésus-Christ agréable, et douce l'observance delà loi divine, c'est la grâce de Dieu : et celte onction qu'il répand dans l'ame de ses serviteurs, c'est celte charité ci cp\ amour qui est d ms leur cœur par l'effet du Saint-Esprit : voilà ce qui enlevant à la loi lout ce qu'elle peut offrir de difficile et de lourd , ies inonde d'une si grande foi

et d'une si grande consolation dans son accomplissement. C'est parce que saint Augustin était fortifié par celte grâce et celte onction divine, comme nous l'avons dit ailleurs, que la chasteté,, vertu qui autrefois lui paraissait si difficile à pratiquer, pour ne pas dire impossible, lui était devenue si facile et si agréable; c'est celte grâce qui lui faisait trouver douces les larmes si abondantes, que faisait couler de ses yeux le souvenir de ses péchés, et qui l'encourageait à se livrera ces pénitences sévères par lesquelles il s'efforçait de les effacer, larmes et pénitences qui lui faisaient éprouver plus de plaisirs qu'il n'en éprouvait dans les théâtres et les fêtes mondaines dont il était autrefois si épris. C'est celte grâce qui inondait de joie les martyrs sous la dent des bêtes féroces, sur les grils, sur les chevalets, sur les croix, sous les haches etsousiles épées. Merveilleuses douceurs de cette grâce qui font goûter des torrents de joie et des consolations ineffables à tant d'hommes qui vivent au milieu descloilres, dans le siècle, et qui se livrent aux veilles et aux jeûnes, aux abstinences , se donnent la discipline , et portent le cilice ; consolations et joie que les sectateurs du monde cherchent en vain dans la multitude et la variété de leurs amusements et de leurs plaisirs, dans les aises et dans les délices d'une vie voluptueuse et délicate. Voilà ce qui achève de rendre douce l'observance de la loi divine, le joug de Jésus-Christ agréable, et son fardeau léger.

14. Mais si la loi divine est un joug, un fardeau et un poids, il ne peut se faire , disent les partisans du monde , que ce joug et ce fardeau soient doux et légers; mais l'observance de celte loi doit nécessairement être pénible, elle doit être une charge insupportable. Vous vous trompez, répond saint Augustin en commentant le psaume cinquante-neuvième, il y a des devoirs, à la vérité, qui accablent ceux qui veulent les remplir, ce sont les devoirs que le monde impose. Il n'en est pas ainsi de la loidivine; elle est une charge, mais une charge qui rend le chrétien plus dispos à marcher, qui lui donne des ailes pour s'élever. Voyez les oiseaux; ils ont des plumes et des ailes, ils en sont chargés, mais cette charge leur est-elle pénible? au contraire, ces plumes et ces ailes leur servent à se transporter de la manière la plus facile d'un lieu à un autre; et plus ils en sont chargés, plus leur vol est rapide. Essayez , dit un saint père, d'enlever les plumes à un oiseau, vous lui otez le poids qu'il portail; mais en lui ôtant ce poids, vous lui enlevez la faculté de parcourir les airs, vous le forcez à se traîner péni-

blement sur la terre; mais attendez qu'il reprenne ses plumes, et qu'il soit de nouveau chargé de ce poids, le voilà qui s'élève au-dessus de la terre, et qui va de nouveau parcourir les cieux : redeal omis, et volet. Tel est, conclut saint Augustin, le fardeau que Jésus-Chiisl nous impose: Talis est sarcina Christi. Et voilà ce que fait sa loi sainte envers celui qui l'observe fidèlement; elle lui sert d'ailes, et le rend plus léger pour s'élever jusqu'à Dieu. Que les hommes consentent seulement à recevoir ce doux fardeau de la loi divine, qu'ils ne soient point paresseux à le porter, et ils éprouveront combien, dans la pratique, il est agréable et léger , combien il détache facilement les âmes de la terre, pour les élever vers le Ciel.

15. Que si vous ne sentez pas celte douceur qu'éprouvent les âmes justes dans l'observance de la loi divine; si vous êtes accablés par son poids, cela vient de ce que vous n'avez pas celte grâce, cette union avec Dieu, qui la rendent douce et légère, et que vous ne vous mettez point en devoir de l'obtenir, en la lui demandant avec humilité, et en employant les moyens de l'acquérir, qui sont les sacrements. Vous ne trouvez que peine et dégoût dans l'observance de celle loi, parce que vous n'avez pas dans le cœur le saint amour de Dieu. Elle est une loi de charité et d'amour, puisqu'elle ne tend qu'à faire aimer Dieu et le prochain pour l'amour de Dieu. Il n'y a donc que ceux qui aiment Dieu qui peuvent goûter cette douceur que l'on éprouve dans l'observance de sa loi. Oui, dit saint Augustin, ce joug que Dieu a imposé à ses serviteurs est doux et léger pour celui qui l'aime; il est dur et pesant pour ceux qui ne l'aiment pas : amanli suave est, non amanli durum est (Serm. 12. de Verb. Apost. c. 7). Oui, ajoute-t-ii, il est doux à celui qui aime, et c'est Dieu lui-même qui lui a donné celte douceur. Amanti suave est; Dominas dédit suavitatcm.

i6 Mais vous qui trouvez tant de peines ei de difficultés à observer la loi de Dieu, marchez-vous toujours par un chemin agréable et facile? ne goûtez-vous jamais que des douceurs en suivant les maximes et les lois du monde? non , certainement, non. Je veux même vous démontrer que l'on rencontre bien plus de peines et de difficultés dans le service du monde, que l'on n'en trouve dans le service de Dieu; bien plus de peines et de fatigues en désobéissant à la loi divine, qu'en l'observant, et que le chemin du vice est plus semé de ronces et d'épines que celui de la vertu. Les sectateurs du monde croiront que j'avance un paradoxe; mais pour démontrer le contraire et que ce que je

38 m. INSTRUCTION

dis est d'une vérité incontestable, je n'interpelle point ceux qui vivent encore au milieu du monde, parce que, aveuglés et plongés dans l'erreur comme ils le sont, ils auront le courage de nier ma proposition. Mais je leur cite un aveu qu'ils ne taxeront pas de mensonge, parce qu'il est de foi, consigné dans les saintes Ecritures par l'Esprit saint, et fait par ceux-là mêmes qui jadis furent des esclaves du monde et n'en reçurent pour prix de leur attachement et de leur fidélité, que la damnation et l'enfer, .l'ouvre donc ces "horribles cachots, et je m'écrie: Malheureux damnés, vous brûlez au milieu de ces flammes qui ne s'éteindront jamais, et vous brûlerez pendant toute l'éternité: je n'ignore pas la cause de vos malheurs: c'est parce que, au lieu d'observer la loi de Dieu , vous voulûtes satisfaire vos passions, et suivre les folles maximes et les lois du monde : mais avouez au moins , qu'en vivant dans le monde , vous éprouvâtes beaucoup de plaisirs, que vous fûtes inondés de délices, jusqu'à satiété, qu'enfin votre vie s'écoula dans l'allégresse et dans les jouissances? « Non, répondent ces infortunés; vous vous trompez, nous » pouvons dire que nous n'avons jamais goûté un vrai plaisir, » et encore ces fades et misérables plaisirs qui nous ont cou* n doits Haas ces lieux affreux, étaient mêlés de mille amertu- » mes et de mille dégoûts; nous n'avons jamais eu un instant » de repos, de bien-être: les portes de ces cachots ne se sont » ouvertes devant nous qu'après que nous avons eu mené une » vie semée de fatigues, et dans cette voie de l'iniquité que nous » avons parcourue, nous n'avons trouvé que misères et chagrins (Sap. 5. 7. 8) : » Las sali sunius in via iniquitalis etperdilionis , et ambidaçimus vias difficiles. « Ah infortunés! à quoi nous » sert notre orgueil? De quelle utilité ont été pour nous nos » richesses 1»quid nobis profuit superbia,aul diviliarum jacianlia quid conlulit nobis ? Tout a passé comme une ombre. Tulia dixerunt in in fer no hi quipeccaverunt. Tel est l'aveu sincère q;ie font ces sectateurs du monde à présent qu'ils sont renfermés dans l'enfer.

17. Mats s'ils veulent rendre hommage à la vérité, ne sont-ils pas forcés, ces hommes esclaves de leurs passions, du monde, de ses lois et de ses maximes, à faire le même aven? Interrogea cet ambitieux, tout appliqué à s'élever à cette dignité à la ; le pousse la passion qui le domine, et il sera contraint de confesser qu'il n'a vécu que dans l'inquiétude, qu'il n'a marché qu? dans des sentiers scabreux etdifficiles, et qu'il continue à y marcher. Il n'y a pas de stratagème qu'il n'emploie, de flatteries qn'ii

PUIl LES COMMANDEMENTS DE DIEU EN GÉNÉRAL. 09

ne prodigue, d'humiliations qu'il tie dévore, de bassesse à laquelle, il ne descende pour réussir dans ses vains projets. Il dissimule, il souffre, il soupire, il se chagrine, et se désole. Souffre-t-il autant celui qui est content de son sort et qui apprend de Jésus-Christ à être doux et humble de cœur? Questionnez cet avare; il vous répondra que ses jours ne sont qu'un tissu de chagrins et de peines. Que de procès même injustes ne doit-il pas intenter ou soutenir? Que de fraudes et de tromperies ne doit-il pas mettre en usage? Que d'inquiétudes, que d'ennuis, que de dégoûls ne doit-il pas subir pour acquérir des biens dont il n'est jamais rassasié? Que de ruses et d'artifices ne fautil pas qu'il invente pour dérober aux regards d'un public observateur, ses injustices et ses usures? Que de sordides épargnes? Il souffre et fait souffrir les autres. Il s'attire les malédictions de tout le peuple. Que de dénominations injurieuses! Celui-ci l'appelle un turc sans foi, celui-là un juif sans conscience, un autre un être sans pitié. Pour observer le septième commandement qui défend de voler, et ordonne de faire l'aumône, c'est-à-dire pour pratiquer la justice et la charité, souffre-t-on autant?

18. Interrogez un vindicatif et un querelleur: oh ! cire aussi, comme bien d'autres, ne devraient-ils pas avouer qu'ils ont marché dans «les voies bien pénibles et bien difficiles ? Quel f .trdean déporter toujours avec soi un cœur débordant de fiel et d'amertume, dévoré par la rage, consumé par l'envie, gonflé par la haine ! A quels indignes, barbares, et coûteux moyens ne recourt-il pa? celui qui veut tramer et exécuter une vengeance? le danger auquel il s'expose si souvent d'être un jour contraint d'abandonner sa pairie, devoir ses biens confisqués, ses maisons détruites, ou d'être condamné à l'exposition sur un poteau infâme n'entraîne t-il pas après soi bien des chagrins, ne rend-il pas ta vie onéreuse? Mais souffre-t-on autant lorsqu'on pardonne une injure au nom de Dieu? avez vous jamais vu qu'un souverain ait banni ses sujets, qu'il en ait confisqués les biens, qu'il en ail détruit les habitations et élevé à leur honte des monuments ignominieux pour les punir d'avoir observé le cinquième commandement de la loi qui défend de tuer, et pour avoir, par amour de Dieu, pardonné les offenses dont on s'était rendu coupable envers eux? Interrogez enfin cet homme, et celte femme, qui sont épris d'un amour sensuel et déshonnêle: à quelle vie malheureuse ne se condamnent-ils pas eux-mêmes? Quelles dépenses insensée, ne font-ils pas? Par quelle pro***-

lilé de leurs biens ne se ruinent-ils pas? Que de rivalités, d« soupçons, de rancunes, de tristesses, de chagrins se sont donné rendez-vous dans leur cœur et qui ont été les conséquences de leur criminel plaisir? Que d'amers repentirs, que de dépits et de remords , après avoir assouvi leur passion brutale? Que d'anxiétés et de craintes de voir leur inconduile révélée à un monde malin et moqueur? Que de confusions et d'ignominies, spécialement pour le sexe le plus faible, si sa faute est devenue manifeste? Je ne parle point de ces dégoûtantes maladies qui n'auraient point inondé la terre , si cet infâme péché ne les y avait introduites et ne les y maintenait toujours. Je ne dis rien de ces vieillesses précoces, de ces morts prématurées, de l'extinction de tant de familles même illustres, qui sont les fruits ordinaires de ce vice. Pour vivre, comme Dieu le commande, dans ia pureté, a-t-on autant de dépenses à faire, risque-t-on !a perte de sa réputation? s'expose-t-on à tant souffrir? Mais en observant le sixième commandement, qui défend de commettre le péché de fornication, a-t-on contracté tant d'infirmités? a-t-on vu des hommes qui aient été frappés par la mort à la fleur de leur âge, au milieu de leur carrière? Non certainement; au contraire, avec la grâce de Dieu, tout devient facile, doux et agréable, et ainsi l'on échappe aux ennuis et "»x mauxqui fondent sur les malheureuses victimes de ce péché. 19. Je ne parle pas du bon témoignage que rend la conscience à celui qui accomplit exactement la loi divine, ni de l'espérance consolante de posséder un jour celte récompense qui est au-dessus de tout désir, savoir, la vie éternelle, promise à la fidèle observance de celte loi. Y aurait-il donc des chrétiens hissez insensés pour préférer les voies pénibles et laborieuses dans lesquelles précipite la transgression des commandements divins, avec la certitude d'être un jour éternellement tourmentés-dans l'enfer, plutôt que d'entrer dans les voies douces et agréables où introduit la pratique des vertus qui sont prescrites, avec l'espérance de régner à jamais dans le ciel ? Non, Seigneur, nous déclarons vouloir nous soumeltre à voire sainte loi , et n'agir désormais que conformément à vos préceptes. Nous jurons de ne plus écouter la voix séductrice de nos passions, de répudier les lois et les maximes de ce monde corrompu. Nous sommes persuadés qu'elles ne traînent après elles que les chaînes de la plus honteuse servitude, tandis que voire loi divine nous fait goûter la paix la plus profonde, et nous rend la liberté la plus parfaite. Les lois du siècle sont hérissées de

ilïl LE PREMIER COMMANDEMENT DE DIEU. 41

difficultés, n'offrent qu'amertumes, sont empreintes de barbarie; mais la loi de Dieu est pleine de douceur, elle procure des jouissances, et elle renferme toute espèce d'amabilités. Ne nous refusez pas, Seigneur, nous vous en prions, le secours de voira sainte grâce, afin qu'après avoir joui ici-bas de celte douceur et de celte liberté qui sont les compagnes inséparables de l'observance de voire sainte loi, nous parvenions à l'éternité bienheureuse qui sera la récompense de notre fidélité et de notre .soumission.

Tu adoreras le Seigneur ton Dieu.

L'on y explique l'obligation d'adorer Oicu : la manière et le temps de s'en acquitter.

Trois choses, comme nous l'avons indiqué plus haut, sont nécessairement requises pour accomplir le précepte d'aimer Dieu, et sept pour accomplir celui d'aimer le prochain. Expliquons donc les commandements de la première table qui se rapportent immédiatement à Dieu , et venons au premier. C'est le Seigneur lui-même qui nous y adresse la parole, et qui nous y déclare ses volontés. Il nous parle en maître absolu: écoutons-le donc, nous misérables créatures, nous pénétrant en sa sainte présence d'un saint respect et d'une sainte crainte. Si notre cœur est capable d'être touché, il le sera de ses paroles, par lesquelles il veut nous faire connaître sa volonté. Je suis le Seigneur votre Dieu, qui vous ai tirés de la terre d'Egypte et de la maison de servitude. Vous n'aurez point d'autre Dieu que moi. Vous ne ferez aucune image ni aucune figure pour l'adorer ; parce que je suis le Seigneur votre Dieu : Dieu terrible et jaloux, qui châtie les iniquités des pères dans leurs enfants jusqu'à la quatrième génération; Dieu plein de miséricordes pour ceux qui m'aiment et observent mes préceptes (Exod. 20). Par ces paroles Dieu nous ordonne deux choses: que nous l'adorions, et que celte adoration et ce culte ne soient rendus qu'à lui. Ce qu'exprime Jésus-Christ, en ces termes: Dominum Deum tuumudorabis et illi soli servies (Malh. A) . Tu adoreras le Seigneur ton Dieu , et tu ne serviras que lui seul. Nous examinerons le pre» raier de gcs devoirs daus cette instruction, en me réservant

de traiter le second dans une antre. Nous parlerons donc d'abord de l'obligation qui nous est imposée d'adorer Dieu; en second lieu, delà manière dont on doit l'accomplir; en Iroisième lieu, du temps où il faut qu'elle soit accomplie.

1. Comme il n'était point nécessaire que Dieu nous fît un commandement de l'aimer, puisqu'il mérite par lui-même de l'être, et que mille raisons doivent réveiller en nous un grand amour pour lui; de même aussi, il n'était pas nécessaire qu'il nous imposât l'obligation de l'adorer, puisque c'est un des devoirs les plus essentiels et les plus indispensables de la créature envers son Créateur. Il suffit d'avoir la raison pour être convaincu de l'obligation où l'on est de connaître celui qui est l'auteur de toutes choses, et de lui offrir les hommages, le culte et toutes les adorations dont on est capable. Néanmoins pour nous tirer de cet assoupissement et nous faire sortir de cette léthargie dans laquelle nous tombons par l'effet de nos passions qui nous font oublier un devoir si important, Dieu a voulu ajouter un précepte positif au précepte naturel: Vous adorerez Dieu votre Seigneur: DominumDeum tuitm adorabisMm qu'est-ce quecelleadoration? en quoi consiste-t-elle? Elle consiste, dit saint Thomas (2.2.q. 84 2.), en un acte de religion, par lequel une créature respecte, honore la majesté infinie de son Dieu, s'humilie devant lui en le reconnaissant comme son premier principe et sa dernière fin, comme le Seigneur et le maître de l'univers. Adorer Dieu, c'est être convaincu qu'il est l'être souverain et le Seigneur parexcellence, qui peut,selon son bon plaisir, disposerde toutes choses; qu'il est celui de qui tous les hommes sont les sujets, et dont toutes les volontés doivent plier devant la sienne ; qu'il est enfin celui à qui nous devons toute gloire, et devant qui nous ne sommes que néant.

2. Pénétré de ces sentiments, saint François s'écriait souvent au milieu de ses contemplations: Qui êtes-vous, Seigneur,et qui snis-je ? Vous êtes si grand, et je suis si petit. Vous êtes le Créateur de l'univers, et je suis une vile £t misérable créature. Vous êtes tout , et je ne suis que néant. El pour tout dire en un mot , vous êtes celui qui est, et je suis celui qui n'est pas. Comment donc étant vous . celui qui êtes, et moi celui qui n'est pas, oserai-je me tenir en votre présence ? C'est ainsi que dans les simples et affectueuses explications de ce grand s?.int, Dieu nous fait connaître ce qu'il exige de nous, quand il nous impose le commandement de l'adorer , et ce à quoi nous sommes tenus par cet acte de religion. Remplis d'une sainte crainte en la présence de la ma-

Sl!R LE rRF.MIKK COMMANDEMENT DE DIEU. 4$

jesjté de ce grand Dieu, nous devons nous abîmer dans notre néant. Nousdevonsleconsidérercomme celui duquel nous devons dépendre en tout, avouer i|iie lui seul est tout, et que nous nesoninies'absolument rien, qu'il est celui qui est, comme le dit la sainte Écriture (Exod. 4), et que nous ne sommes que néant, n'ayant rien de nous-mêmes; et si nous possédons quelque chose, reconiuitre qu'il est la source de tout bien. Remplir intérieurement ces devoirs, c'est ce qu'on appelle adorer Dieu; offrons-lui donc le sacrifice de nous-mêmes, honorons-le par le culte que nous lui rendons, tenons à honneur d'être ses serviteurs, prodiguons-lui nos hommages. Si nous n'agissons pas d'après ces principes, notre religion est vaine, et nous ne sommes pas de vrais adorateurs de Dieu.

3. C'est en manquant de rendre à Dieu ce culte et cet hommage, c'est en se révoltant contre lui par le relus d'une obéissance due à si juste titre, que pécha Adam notre premier père, qui venait de sortir de ses mains divines, plein des dons de la nature et de la grâce, orné de mille connaissances, éclairé de vives lumières et placé immédiatement après sa naissance dans le paradis terrestre. Saint Augustin en expliquant le psaume soixante et dixième, établit unadmirable dialogue entre Dieu et Adam, et, comme il s'adapte parfaitement à notre but, je vous en ferai en pec demots l'analyse. 11 nous représente d'abord Dieu qui parleà Adam, et lui déclare qu'il est son Créateur et son Seigneur, lui rappelle l'état heureux dans lequel il se trouvait, le lieu de délices où il l'avait placé, les fruits excellents dont il pouvait se nourrir, lui ayant défendu seulement de manger du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, et l'ayant menacé delà n;ori, s'il osait y toucher. Mais ce fruit, répondit Adam, est-il km ou mauvais? s'il est mauvais, pourquoi avoir planté dansce lieu de délices l'arbre qui le produit? s'il est bon, pourquoi me défendre d'en manger? Le fruit est bon, répliqua Dieu; néanmoins je te défends d'y porter la main et d'en manger: si lu me demandes pourquoi j'agis ainsi, c'est pour que tu saches que je suis un maître à qui il appartient de commander, et que tu es un serviteur qui doilobéir; si tu n'acquiesces pas à mes prescriptions, c'estune marque que tu neveux pas te reconnaître pour mou serviteur, et me regarder comme ton maitre. Je n'ai pas besoin de loi,mais tuas un besoin infini de moi; je t'ai donné la liberté de manger de tous les fruits, excepté de celui que je t'ai montré: c'est ainsi que tu me rendras un hommage volontaire que lu m peux sue refuser; le fiuil osî. bu:i, mais l'obéissance, est meilleure;

et lois même que je ne t'aurais p;isfuit ce commandement, t'ayant comblé de tant de bienfaits, lu «levais désirer que je t'en fisse un, quel qu'il fût, afin que tu profitasses de celte occasion pour me témoigner ta gratitude et te faire une gloire de ta soumission à ma volonté, parce que je suis ton maitre, et que tu es mon serviteur : Eqo Dominus , et tu scrvus.

4. D'après ce passage de saint Augustin, chaque chrétien devrait être convaincu de l'obligation imposée à toute créature, de rendre à Dieu l'hommage et le culte dus à sa souveraineté , en l'adorant avec toute la soumission du cœur, comme son père et son seigneur. Quoique vous puissiez parvenir facilement à la connaissance de cette grande vérité, jevaisvousen développer quelques preuves qui seront convaincantes. Dieu nous a donné l'être , et nous a créés de rien ; en nous formant ainsi, il nous a distingués de toutes les créatures,. en imprimant sur notre front des traits de ressemblance avec lui-même. 11 garantit nos jours des dangers qui les menacent par un acte positif desa volonté; il nous a rachetés de la servitude du péché et du démon, au prix de sa vie et de son sang, de plus, il nous a adoptés par sa grâce pour ses enfants. Or, si la nature même nous apprend qu'un fils doit respecter et honorer son père qui ne lui a donné qu'un être matériel et corruptible, combien plus ne sommes-nous pas obligés d'honorer , de respecter et d'adorer ce divin Créateur qui nous a fait don de notre intelligence, de notre raison, qui nous élèvent si fort au-dessus de toutes les autres créatures? Età quelle distance ne sommes-nous pas d'elles! qu'il nous suffise de dire qu'il a voulu graver sur notre front des traits de ressemblance avec lui, afin que nous comprissions l'obligation où nous sommes de lui adresser à tout moment nos bénédictions, nos louanges, nos actions de grâce, nos hommages, et de lui rendre le aille et l'honneur qu'il est en notre pouvoir de lui rendre.

5. Tels sont nos devoirs envers Dieu, non-seulement parce qu'il nous a faits si nobles et si grands , puisqu'il nous a créés à son image et à sa ressemblance, mais parce qu'il perpétue en nous le bienfait de l'existence qu'il nous a donnée. Pour que nous retombions dans le néant, il n'est point nécessaire que Dieu s'arme d'une volonté positive de nous détruire, mais il suffit qu'il nous oublie, qu'il nous relire son bras, qu'il cesse de nous conserver ; dès-lors c'en est fait de nous. Imaginez-vous, dit un prédicateur, que quelqu'un vous tienne suspendu au haut d'une tour, et attaché parquelque partie du corps avec une corde,

tous menaçant de vous précipiter, et par-li même de vous briser en mille pièces au moment de votre chute, faudrait-il qu'il fit Un effort pour vous laisser tomber? non certainement; mais il suffirait qu'il lâchât le lien par lequel il vous lient suspendu. Pareillement , pour que nous soyons anéantis, c'est assez que Dieu nous abandonne et qu'il ne veuille plus de nous. D'où vous pouvez conclure que notre existence est un grand bienfait, puisqu'elle est en toute vérité, comme l'assurent les philosophes et les théologiens, une création permanente. Mais qu'en serait-il, si, voyant que notre vie est entre les mains de celui qui nous lient suspendus au haut de la tour, au lieu de le supplier de ne pas lâcher le lien, de nous éviter ainsi une chute mortelle, et de lui témoigner notre gratitude, s'il nous garantissait de la mort dont il nous menace, nous avions l'audace de le menacer, et ne pouvant rien faire de pire, de vomir contre lui les paroles les plus injurieuses? Mais cela, direz- vous, est impossible. Comment peut-on ajouter au crime de l'ingratitude, des torrents d'insultes contre celui qui est maître de notre vie? Et n'est ce pas là l'excès «le témérité et d'ingratitude auquel nous sommes arrivés tant de fois, nous qui non-seulement n'avons pas voulu reconnaître et adorer, mais qui avons insulté par nos paroles et nos actions ce Dieu dont à chaque instant la volonté peut briser le fil de notre vie qu'i 1 tient entre ses mains ? Ah ! si nous avons été par le passé si négligents dans le service de ce divin Créateur el Conservateur,si nous avons élési remplis d'ingratitude à sou égard, malgré ses bienfaits , soyons à l'avenir bien différents de nousmêmes, et rendons à qui il appartient gloire , honneur et amour. 6. Mais afin de nous exciter à l'observance de ce précepte, même à titre de gratitude, il nous expose ce qu'il a fait de grand et de merveilleux pour nous : Je suis votre Dieu, dit-il, qui vous ai tirés de l'Egypte et de la maison de servitude. Ne dites pas avec les hérétiques que c'est là une raison , qui certainement a une force obligatoire pour les Hébreux, mais non poumons chrétiens, qui n'avons pas été délivrés comme eux de l'Egypte et de la servitude de Pharaon. Comme je l'ai indiqué ailleurs, c'est une raison au contraire qui a bien plus de force pour obliger les seconds que les premiers, puisque la main de Dieu , puissante et miséricordieuse toul-à-la fois, a opéré en notre faveur des choses plus prodigieuses et plus grandes. La délivrance de l'Egypte ne fut, scion l'Apôtre (1. Cor. 10), qu'une figure de celle qu'opéra, en notre faveur, notre Di"ii ; et la servitude de Pharaon , quelque cruelle et barbare qu'elle (VU , n'était qu'une

ombre de celle dans laquelle nous étions. Par les mérites de la passion , de la mort et du sang précieux de Jésus-Christ nous fûmes déchargés des chaînes du péché et délivrés de l'épouvantable servitude du démon. Il a donc usé à notre égard d'une miséricorde plus grande, et nous a donc comblés de plus de bienfaits qu'il ne fit à l'égard des Hébreux. Quelle fut celle miséricorde dont nous fûmes l'objet, quels furent les bienfaits dont îi nous combla en nous rachetaut? Ils sont grands les bienfaits de notre création et de notre conservation ; mais ils ne lui coûtèrent point de travaux: il parla, et à l'instant tout fut produit : Ipse dixil et facta sutit , ipse mandavit et creala sunl. Mais notre rédemption fut le prix de ses immenses fatigues. Pour nous la procurer, il fil le sacrifice de son honneur, de sa vie et de son sang; si donc nous sommes tenus à lui rendre un culte et à lui offrir nos hommages, parce qu'il nous a donné la Wfl , et qu'il nous la conserve, quoique cela ne lui ait coulé aucun effort, à combien plus forte raison ne sommes-nous pas tenus à l'un et à I'aiure pour nous avoir rachetés, au prix de sa personne adorable? Oui, mes frères, vous devez être persuadés, dit saint Paul (1. Cor. 6) , que tous autant que vous êtes, vous n'avez rien qui vous appartienne, mais que toul appartient à ce bon Maine, que vous a rachetés à un si grand prix : Xon estis vestri, empli enini ■astis prelio maç/no, glorificate, et porlaleDeum incorpore vrstro. Adorez donc, glorifiez ce grand Dieu, portez-le dans votre corps «t dans votre cœur. Il est voire maître et votre Seigneur, et vous êtes ses sujets et ses serviteurs : il est votre père céleste qui tous a régénérés à sa grâce, vous êtes ses enfanls adoplifs ; vous êtes son héritage, son peuple chéri parmi tous les autres, vous vous êtes consacrés à lui sans réserve par le baptême. Voilà, ô chrétiens, parmi un grand nombre de motifs, les principaux qui doivent vous convaincre de l'obligation indispensable où vous êtes d'adorer votre Dieu avec toute la soumission possible.

7. Nous sommes bien persuadés de cette obligation , mais apprenez-nous de quelle manière nous devons l'accomplir. Sufïïrat-il défaire la génuflexion et d'incliner la tète devant lui, de nous prosterner sur le pavé quand nous entrons dans les églises, ou que nous assistons à !a sainle messe, de dire simplement de bouche : Mon Dieu, je cous adore? Et par ces hommages e\!érieurs aurons-nous accompli le précepte de l'adorer? Ah! il n'est que trop vrai que le plus grand nombre des chrétiens croient avoir entièrement satisfait au précepte d'adorer Dieu. «en disant simplement de bouche: SîauDlcu, je vous adore. Il

n'en est que trop qui pensent avoir tout fait ;;pi è^ s'être abaissés extérieurement, et avoir fléchi le genou dans l'égliseetà la sainte messe; mais, oh! combien ils se trompent! combien ils accomplissent mal cet important commandement de l'adorer! Il est vrai que comme il y a dans l'homme deux substances, lame et le corps, qui ont reçu l'une et l'autre leur existence de Dieu, et dépendent conséquemment de lui, elles doivent à leur manière1 l'adorer. Sur cet article il faut se préserver de deux erreurs bien différentes l'une de l'autre : la première est celle des Juifs, qui. ne rendaient à Dieu qu'une adoration purement extérieure , et faisaient consister toute leur religion dans quelques cérémonies; la seconde est celle de certains hérétiques, qui prétendaient que toutes nos adorations doivent être seulement intérieures.

8. Ceseraitdonc une erreur très pernicieuse de dire avec ceuxci que faire des génuflexions, des signes de croix, des pèlerinages , réciter des chapelets et des psaumes, vaquer aux autres oraisons vocales , assister aux offices divins et à d'autres saintes cérémonies qui se pratiquent dans nos églises, et donner d'autres signes sensibles de piété, est une chose superstitieuse et une espèce d'idolâtrie ? Etait-il idolâtre saint Paul, dit un pieux auteur, quand, pour adorer et prier Dieu, et lui demander qu'il daignât fortifier la foi des chrétiens d'Ephèse, il disait quil s'agenouillait aux pieds du Père de notre Seigneur JéstlS- Christ? Cujusrei gratta ■ flcclo aenua mea ad Paire m Doiniai mei Jesu Christi (Ep. 3)? Etait-il idolâtre saint Pierre (Acl. Apost. 9) , quand , prosterné devant le Seigneur, il te conjura de rendre à la vie une femme dont les vertus éditaient les habitants de la ville où elle habitait? C'était au si dans cette posture que priait pour ses ennemis le premier martyr saint Etienne (ibid. 7). Mais de plus j'ajouterai que notre divin Rédempteur nous donna lui-même l'exemple du aille extérieur d ms la prière qu'il adressa à Dieu son Père dans un jardin, eu la faisant prosterné la face contre terre. C'est pour cela que la sainte Eglise a toujours enseigné que le culte intérieur sans le culte extérieur serait réprouvé de Dieu qui exige l'un et l'autre , afin que nous lui donnions des preuves sensibles de notre piété et de notre religion.

9. Mais si l'Eglise, s'appuyant sur l'exemple et la doctrine des apôtres et de Jésus-Christ même ; condamne ceux qui proscrivent tout culte extérieur , ne vous figurez pas cependant qu'elle tombe dans l'autre extrémité plus pernicieuse, défaire consister toute l'adoration que l'on doit rendre à Dieu dans les cérémonies extérieures: elle nous ewsetefle que c-s lénmigfiag.'s

sensibles de respect, pour qu'ils soient agréés de lui, doivent être accompagnés des sentiments intérieurs. Quand donc ces pratiques de piélé auxquelles nous vaquons , et par lesquelles nous prétendons accorder à Dieu notre tribut d'adoration , sont vivifiées par la foi et unies aux affections du cœur que le Prophète royal (Ps. 4 4.) appelle gloire intérieure , gloria ab inlus , dont la source est dans l'àme même ; gloire procédant de la grâce sanctifiante , de la présence du Saint-Esprit , c'est alors que Dieu apprécie, aime, regarde avec complaisance ces adorations et ces hommages. Mais si en donnant des signes extérieurs de notre culte et de notre respect, nous n'apportons aux pieds des autels qu'un esprit surchargé des affaires de ce monde et un cœur souillé par le péché, si, en un mot , nous ne sommes pas pénétrés d'une sincère piété qui réclame l'homme tout entier, et selon laquelle Dieu veut être adoré, alors toutes ces adorations lui sont odieuses , il repousse et a en abomination tous les hommages que nous lui offrons , et nous méritons qu'il nous adresse ces sévères reproches que Jésus-Christ faisait aux Juifs: Que notre religion n'est qu'hyprocrisie, que nous sommes un peuple qui ne l'honorons que du bout des lèvres, et que notre cœur est bien loin de lui (Math. 15.).

10. Mais les princes de la terre et les supérieurs, quels qu'ils soient, n'exigent que les seuls actes de révérence extérieure, comme sont les saluls et les inclinations d'usage, et ilss'en contentent; mais savez-vous pourquoi? parce que n'étant que des hommes, leur puissance ne s'étend point sur l'àme, ni sur les affections et les mouvements du cœur , qu'ils ne peuvent juger. D'où il suit qu'ils ne s'inquiètent pas des dispositions intérieures; et, supposé même qu'ils voulussent pénétrer dans le cœur de leurs sujets ou de leurs serviteurs , tous leurs efforts seraient inutiles, des ombres impénétrables leur voilant ce qui se passe dans les esprits. C'est pour celte raison qu'ils ne portent pas leur vue au-delà des hommages de cérémonie qui leur sont offerts , et que satisfaits de l'obéissance qu'on leur rend, ils ne sondent pas les motifs secrets qui font agir les subalternes. Mais tout est dévoilé aux yeux de notre grand Dieu, les plis et les replis du cœur de l'homme sont à découvert devant lui : Homo videt quœ parent, Domimts aulem intuetur cor (l.Reg. 16). L'àme qui est la portion la plus noble de l'hommedoit donc s'abîmer dans la considération de son néant en face de la grandeur et de la majesté infinie de Dieu: c'est ce qu'il demande. L'àme est à ses yeux ce qu'il y a de plus précieux; il se complaît

en elle, il l'aime et prend plaisir à la contempler au milieu îles témoignages de respect et de soumission qu'elle lui adresse. Ainsi lorsque Dion nous commande de l'honorer, il ne fait pas tant attention à la posture du corps qu'aux dispositions île l'âme, et s'il exige que le corps soit dans nue attitude d'humiliation, ce n'est que pour exprimer extérieurement l'humiliation intérieure du cœur ainsi que sa soumission. C'est l'enseignement qu'il nous donna dans la personne de la Samaritaine: « Voici le temps , lui dit-il , et il est » déjà arrivé, où les vrais adorateurs adoreront en esprit et » en vérité mon divin Père. » C'est pour cette raison qu'il ne cherche que ceux qui l'adorent de cette manière. Dieu est esprit, et en cette qualité , il faut que ses adorateurs l'adorent en esprit et en vérité. Voilà la vraie manière dont Dieu veut recevoir nos hommages ; il veut que le corps qu'il a pétri de ses propres mains s'humilie profondément devant lui; mais il exige spécialement que ces respects découlent du cœur comme de leur source naturelle, in spiritu et vcrilate.

11. Ces principes établis, examinons à présent comment on accomplit h; commandement d'adorer Dieu, et considérons, en premier lieu, quelles sont ces altitudes humbles et ces témoignages respectueux du corps. Quand les chrétiens entrent dans l'église, soit pour adorer le très saint Sacrement , soit pour assister au redoutable sacrifice des autels, ou devant leurs oratoires privés , se présentent-ils devant Dieu pour le prier , dans une attitude décente et révérentielle?0 Dieu ! on entre dans ces lieux sacrés , et à peine fait-on une demi-génuflexion ; ceux-ci ne mettent qu'un genou en terre: à peine ceux-là se sont-ils prosternés un instant , qu'ils se tiennent debout , et, croyant avoir satisfait à leurs obligations, promènent leurs yeux égarés dans toutes les parties du temple. On se tient en présence de cette majesté divine avec autant de liberté, et même de fierté, qu'on le ferait, je ne dirai pas avec un égal , mais avec un inférieur ou avec le personnage le plus vil. Mais, je vous le demande, est-ce ainsi qu'on adore le grand Monarque du ciel et de la terre ? Vous présenteriez-vous avec si peu d'humilité et si peu de respect, et même avec autant de hauteur , si vous abordiez votre prince? Et c'est par ces postures si peu humbles, par ces inclinations si peu profondes que vous croirez adorer celui qui fait trembler les puissances du Ciel?

12. Que si nous passons ensuite à l'examen de notre conduite touchant cet abaissement et cette humiliation de notre cœur dont Dieu se montre si jaloux , et qui lui est si agréable , combien i. 3

encore aurons-nous plus de motifs d'elle couverts de honte et d'être forcés de nous condamner nous-mêmes? Appliquonsnous donc à connaître comment nous agissons, quand nous nous mettons en sa sainte présence pour l'adorer ou le prier , soit dans nos églises , soit dans nos maisons. Sommes-nous toul-à-coup pénétrés, comme cela est nécessaire, d'un profond respect devant sa divine majesté? Nous humilions-nous intérieurement, et comprenons-nous notre néant, en confessant que nous sommes indignes de paraître aux yeux d'un si grand maître ? Que répond la conscience ? est-ce ainsi que vous en avez agi? Ah! il n'en est rien ; nous avons fait tout le contraire. Si nous adorons Dieu, notre adoration ne consiste que dans les mouvements de notre corps, sans que les affections et les mouvements de notre cœur en soient le principe et la base; nous nous agenouillons, nous inclinons la tête: mais l'âme est étrangère à toutes ces démonstrations , et ne s'occupe pas de la présence de son Dieu; elle n'est pas remplie d'une sainte crainte en face de celui qui fait trembler les puissances des cieux. Ce n'est pas là l'adoration que Dieu exige de nous, ce n'est pas celle que nous devons lui rendre. Dieu est esprit , et il veut que l'homme s'humilie devant lui en esprit et en vérité, et il réprouve ces mouvements purement extérieurs: ceux-là sont donc les vrais adorateurs , qui l'adorent comme nous venons de le dire.

13. Pour rendre à Dieu en esprit et en vérité les hommages respectueux auxquels il a droit à si juste titre, rappelons-nous ce que je vous ai expliqué au long en traitant les vertus théologales, la foi, l'espérance et la charité. C'est par elles que l'on honore et que l'on adore principalement Dieu, suivant le sentiment de saint Augustin si souvent cité (Ench. c. 3). Lors donc que vous vous mettez en la présence du souverain maître de toutes choses, aidés desa grâce faites un acte de foi, en prolestant que vous avez une ferme croyance qu'il est le suprême seigneur et le souverain créateur de l'univers, qu'il est un dans son essence, qu'en lui il y a trois personnes; Dieu le Père, par un excès de son amour, a envoyé sur la terre, comme rédempteur , son divin Fils qui s'est fait homme pour nous sauver , qui a souffert et a bien voulu mourir dans ce but. Déclarez que vous voulez croire ces vérités et toutes les autres qu'il a révélées à son Eglise et qu'elle propose elle-même à notre croyance, parce qu'il est la vérité infaillible, qui ne peut ni tromper ni se tromper, et que pour défendre cette vérité vous êtes déterminés à donner voire vie et à répandre votre sang.

Sl'R LE PREMIER COMMANDEMENT DE DIEU. 51

14. Ensuite faites un acte d'espérance en adorant ce grand Dieu, comme principe et cause principale de tous les biens spirituels, l'assurant qu'en tout et pour tout vous voulez vous reposer en lui, et mettre votre confiance dans ses divines miséricordes et dans sa bonté, espérant qu'il vais donnera par les mérites de son divin Fils, sa grâce avec laquelle vaquant à de saintes œuvres et persévérant dans la pratique des vertus jusqu'au trépas, vous deviendrez dignes de régner éternellement avec lui dans la gloire. Appliquez-vous ensuite à faire des actes d'amour de Dieu, parce que ce sont ces actes qui l'honorent et lui plaisent davantage. Déclarez que vous voulez l'aimer de tout votre cœur, parce qu'il est infiniment bon, que vous êtes frappés d'admiration à la vue de toutes ses perfections, que vous éprouvez une grande joie de penser qu'il sera honoré et glorifia des hommes pendant le temps, et par les anges et les saints pendant toute l'éternité; dites-lui avec les plus vifs sentiments de votre cœur, que plutôt que de perdre son amitié et sa grâce, vous êtes résolus à faire le saci ifice de tout ce que vous possédez en ce monde, et que plutôt que de l'offenser et de lui déplaire, vous préférez perdre la vie. Teis sont les actes par lesquels Dieu est parfaitement honoré et adoré.

15. Mais, si Dieu exige de nous nue adoration si parfaite, comment pourrons-nous la lui rendre? ïl est vrai que ces actes <!:foi, d'espérance et de charité, ne coûtent pas beaucoup; mais comment pourrons-nous les faire? Il faudrait que nous fussions débarrassés de toute occupation et de tout emploi, que nous tissions venir chaque jour à l'église, et là, en la présence de Dieu, conférer intérieurement avec lui, passer quelques heures dans la pratique de ces saints exercices, comme le font les religieux et les riches qui peuvent disposer de leurs instants. Mais nous, nous sommes obligés de vaquer depuis le malin jusqu'au soir aux affaires pressantes d'un commerce qui réclame toute les heures du jour; nous avons des emplois à remplir, des domaines à cultiver, et à peine nous reste-l-il du temps pour assister à la sainte messe. Ah! chrétiens, vous avez toujours i\ei excuses en réserve dès qu'on vous parle de l'œuvre importante de votre salut: ce sont toujours des occupations à alléguer, dès qu'il s'agit de faire oraison ; mais n'est-il pas vrai que lorsque vous voulez vous livra* aux divertissements, au jeu, faire une partie de plaisir, vos occupations, vos emplois, vos travaux ne sont plus lin obstacle? Tranquillisez-vous, je ne veux pas soustraire le plus petit instant à toutes ces affaires qui vous enchaînent. Youi

avez donc, puisque vous l'assurez, des intérêts auxquels il faut pourvoir, des emplois qu'il faut remplir, des travaux qui vous rendent esclaves depuis le matin jusqu'au soir : eh bien, je vous ■déclare néanmoins que vous pouvez adorer Dieu , vaquer aux exercices de la piété aussi facilement que le font ou que pourraient le faire ceux qui sont maîtres de toutes les heures de la journée. Il n'est point nécessaire, pour adorer Dieu, d'être toujours dans l'église ; la foi nous enseigne qu'il n'est aucun endroit où Dieu ne soit, que vous êtes toujours en sa présence, qu'il prête partout l'oreille à vos discours, et que partout enfin il est le témoin habituel de vos actions. Celle première connaissance ■que vous avez de sa présence universelle doit vous éloigner de toute œuvre qui pourrait le moins du monde offenser la pureté de ses yeux, et puisque vous êtes pour ainsi dire abimés dans lui, que ses yeux sont sans cesse ouverts sur vous, vous devez être portés naturellement à l'adorer humblement en esprit et en vérité. Oui vous empêche de satisfaire à celte obligation en tout lieu et à quelque heure que ce soit"? Oui vous empêche, au milieu de vos champs , dans l'intérieur de vos maisons, au milieu des -affaires de votre commerce, dans le lit, dans la santé comme dans L'infirmité, d'él-ever voire esprit et voue cœur de temps en temps vers lui, de vous abaisser devant celle majesté infinie toujours présente devant vous, de prolester que vous croyez fermement et «juevous espérez en lui, que vous voulez enfin l'aimer de préférence à toutes les créatures quelles qu'elles soient?

16. On peut donc, sans de grandes difficultés, cou/me vous venez de l'entendre, adorer Dieu en tout temps et en tout lieu, en répétant souvent ces acies des vertus théologales. Ce sont là les pratiques de piété dont les Saints ont fait leurs délices, et par lesquelles ils sont arrivés au comble de la perfection chrétienne. Un grand nombre parmi eux étaient comme vous, commerçanls, marchands, agriculteurs, ouvriers; comme vous aussi ils avaient des emplois à remplir, des affaires à traiter, et cependant au milieu de tous ces embarras ils trouvaient du lemps pour élever leur esprit et leur cœur vers Dieu et pour l'adorer. C'est un exemple que vous pouvez et que vous devez imiter. Je vais vous expliquer à présent quand nous devons accomplir cette obligation, c'est la troisième chose que je me suis proposé d'examiner. D'abord, au premier coup vj'œil, il semble contraire à la raison de demander en quel lemps il faut adorer Dieu, puisque , comme vous l'avez entendu, on peut et on doit le faire en tout lieu et en tout lemps. C'esl un devoir si essentiel à l'homme,

que suivant les plus savante théologiens, aussitôt qn*41 a atteint la perfection de la raison, il doit de suite s'appliquer à adorer son Dieu comme étant son premier principe et sa dernière fin. Les Saints n'ont pas d'autre occupation dans le ciel que de le louer et de le bénir sans cesse; nous qui sommes encore sur la terre, nous ne devrions avoir d'autre désir que celui de la partager avec eux sans interruption; mais comme nous en somme? empêchés par les nécessités de celte misérable vie, qui ne nous permettent pas d'être dans ie perpétuel exercice de l'adoration de Dieu, j'indiquerai quels sont les temps dans lesquels on doit au moins y vaquer.

17. Il faut le faire principalement le matin; si Dieu nous a envoyé le sommeil pour réparer nos forces, et nous mettre en étal île recommencer le lendemain nos travaux ordinaires, il ne veut pas que nous oubliions ce bienfait. Aussitôt éveillés, élevons nos censées et notre cœur vers lui; l'ayant adoré avec leplus profond respect, en prononçant les actes des vertus théologales. Après avoir fait le signe delà croix,et l'avoir remercié de ce qu'il nous a préservés de tout accident pendant la nuit, prions-le instamment de vouloir nous conserver son assistance, afin que nous passions tout ce jour et tous les autres sans l'offenser. Offrons-lui toutes les actions de la journée, en les dirigeant à sa plus grande gloire. Il demandait dans l'ancienne loi à son peuple les prémices des fruits, des animaux et généralement de toutes les autres choses; tous étaient obligés de les lui donner. Consacrons-lui les premières pensées de notre esprit, les premières affections de notre cœur, qui sont les premières dont il désire avoir la puissance. Que celui quia la facilité et le temps d'entendre la sainte messe n'omette pas de le faire, en venant adorer ee divin Agneau qui s'est offert à son Père en sacrifice par amour pour nous; et qu'il lui offre pour l'expiation de ses péchés celle sainte victime qui mourut sur la croix afin d'effacer ceux: de tous les hommes. Le soir est le temps dans lequel tout chrétien, pour peu qu'il ait de religion, doit s'empresser de rendre à Dieu ses adorations et le culte qui lui est dû; après avoir fait les prières accoutumées , il doit réciter les actes des vertus théologales, remercier Dieu de tous les bienfaits qu'il en a reçus pendant le jour qui vient de s'écouler, et surtout de l'avoir préservé des péchés qu'il pouvait commettre; et parce qu'il est difficile de passer un jour sans se rendre coupable de fautes au moins légères, il faut après un court examen lui en demander pardon avec un cœur contrit et humilié, enfin le prier qu'il

veuille bien vous garder pendant la nuit dans sa sainte grâce e\; dans l'éloignement du péché.

Î8. Les observations que je viens de faire, regardent en général tous les chrétiens à qui j'ai démontré la nécessité et la convenance d'adopter pour règle, dont ils ne doivent jamais se départir , d'adorer Dieu le malin et le soir, quelquefois dans la journée, et de conseiller à leurs enfants ainsi qu'à leurs domestiques d'imiter leur conduite. Quant aux personnes dévotes et pieuses, je sais qu'elles ne bornent pas les hommages qu'elles rendent à Dieu à ces seules parties de la journée, mais qu'elles le font beaucoup plus souvent. Comme l'exercice delà présence de Dieu leur est familier et presque continuel , aussi se croientelles obligées d'offrir à ce Maître suprême de toutes choses leurs perpétuels hommages. Marchons donc sur leurs traces, ne soyons pus si avares de nos adorations envers un Dieu qui a été si libéral , et qui ne cesse de l'être dans la distribution de ses grâces ; serait-il possible que nous ressemblassions à ces chrétiens indignes de ce nom, qui se lèvent le matin et vont à leurs occupations ordinaires sans penser à Dieu , sans faire aucune prière ou autre acte de religion, et quelquefois sans se munir du signe de la croix. Ils ne sont pas rares ces malheureux qui laissent écouler des jours entiers, peut-être des semaines, des mois, sans s'occuper de leur bienfaiteur céleste , sans éprouver aucun sentiment affectueux pour lui, et qui vivent dans une transgression continuelle du commandement qui ordonne de l'adorer.

Itt. Ah! chrétiens, loin de nous une semblable conduite. Si en portant nos regards sur le passé, nous découvrons bien des manquements, qu'à l'avenir au moins, nous soyons bien différents de Ciî que nous avons été ! ÎNon, Seigneur, nous n'apporterons plus dans votre service cette lâcheté qui a été l'ignominie et la bonté de notre esprit ; nous ne permettrons pas que le jour s'écoule sans vous avoir adoré plusieurs fois avec la plus profonde humilité et le plus grand anéantissement du cœur et du corps. ]Nous confessons que vous êtes le seul et vrai Dieu tout-puissant, le principe aimable , et la dernière fin de toutes choses, que vous êtes infiniment miséricordieux et fidèle dans vos promesses : nous mettons en vous seul notre espérance, et de vous seul nous attendons tout bien en cette vie et en l'autre; vous êtes seul infiniment bon et aimable, nous ne voulons donc aimer que vous seul de tout notre cœur ici-bas, pour vous aimer ensuite, vous adorer et vous louer éternellement dans le ciel avec les bienheureux.

Dieu veut être adoré seul.

Dieu , après nous avoir déclaré dans ce premier commandement qu'il est notre Seigneur et notre maître, de qui nous devons dépendre en tout, que c'est lui-même qui nous a délivrés de la cruelle servitude de nos ennemis; que c'est à ces litres que nous lui devons ce culte d'adoration qu'il nous a commandé; Dieu, dis-je , ajoute encore que nous n'avons pas d'autre Dieu à adorer que lui: Non habcbis Deos alienos coram me (Ex. 20) ; et, comme nous l'avons rapporté, Jésus-Christ parlant dans son Evangile de ce commandement , ne dit pas seulement : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, mais il ajoute : Et tune serviras que lui seul (Math. 4). Nous devons donc mettre en Dieu noire foi, notre espérance et noire amour; ce qui signifie que nous devons le reconnaître pour notre Dieu, que nous devons espérer en lui, et lui accorder toute noire affection. Mais cela ne suffit pas : iL veut de plus que noire foi , notre espérance , notre amour n'aient point d'autre objet que lui , parce qu'il est le seul Dieu; et quiconque croit en un autre que lui, espère eu un autre que lui, en aime un autre que lui , ne le connaît pas pour le seul Dieu, puisqu'il s' en crée d'étrangers à lui. Ainsi tout le sujet de l'instruciion d'aujourd'hui roulera sur cette vérité: Dieu veut être adoré seul. '

1. Dieu, après avoir imposé ce premier commandement, ajoute d'un ton menaçant ces paroles : « Je suis le Dieu terrible et jaloux > qui vengeet punit les iniquités des pères sur leurs enfants jusqu'à » la troisième et quatrième génération (Ex.20). » Mais pourquoi Dieu menace-t-il de punir avec une si grande rigueur la transgression de ce précepte? Parce qu'il est jaloux, et qu'en cette qualité il veut jouir tout seul de ce qu'il possède. La jalousie, suivant la doctrine de saint Thomas (1. 2. quœst. 28. art. 4), provient d'un amour forcené qu'une personne éprouve pour une autre, et qui produit dans celle qui est éprise de cet amour Un lel effet,qu'elle ne peut souffrir de partage ; par la même raison elle voudrait quecet objet chéri , de son côté , concentrât à son tour louies ses pensées et ses affections sur elle-même. Et n'avons-nous pas , ajoute ce saint , l'expérience de cela dans les épouses et les époux dévorés par la jalousie? Dieu est

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jaloux , de la même martien* . du sa gloire cl de notre âme , non pas que celte disposition d'esprit, suivant l'avertissement du Catéchisme romain, produise sur lui les mêmes désordres que dans les personnes jalouses , mais ce zèle de Dieu consiste en celte divine charité et cet amour essentiellement exclusifs qui ne lui permeitent pas de souffrir ni de voir qu'une âme l'abandonne pour prendre le parti des créatures, qu'elle leur consacre ses affections et leur rende les adorations et les hommages dont elle n'est redevable qu'à lui seul (De piv. praec. sec. 19). Il la répudie cl la châtie, parce quelle n'est pins sa véritable épouse. Il vent donc seul posséder notre cœur et nos affections, et il nous défend de les placer, ce qui sérail gravement injurieux à sa majesté , en d'autres objets, auxquels nous rendrions en même temps nos honneurs et nos hommages.

2. On pourra plus facilement comprendre ce que je dis, par la solution d'un doute proposé par saint Augustin. Ce saint demande pour quelle raison les anciens Romains n'adorèrent point le Dieu d'Israël. Oo D'ignoré pas qu'ils avaient érigé en maxime de politique, qu'un homme sage devait adorer tous les dieux que l'on proposait à la vénération publique. Rome païenne, dit le pape saint Léon (serra, in Nal.aposL Pétri et Panli), dominant sur presque tous les peuples de l'univers , semblait devenir leur tributaire, et admettait toutes leurs erreurs, s'imaginant être la nalion lapins religieuse, parce qu'elle ne rejetait aucune divinité: et quelque immense que fût la multitude des dieux qu'elle adorait, pourquoi, demande saint Augustin (dans son livre 7"ic de la Cité de Dieu , c. 1), celle nation u'a-l elle pas adoré et placé sur ses autels le Dieu d'Israël ? pourquoi ne voulut-elle jamais l'admettre au nombre de ses divinités ? Cur à numéro cœterorum islerejeclus m/? Ce Saint pense que les Romains réduisaient en pratique une sentence sortie de la bouche d' Socrate, réputé par les anciens païens pou/' être l'homme le plus sage du monde : Quelout Dieu qu'ils adoptaient devait être honoré de la manière que ce Dieu le désirait. De même, disait ce sage de l'antiquité, que quand vous invitez un étrangère entrer dans votre maison, vous lui préparez un manger qui convienne à son goût et à ses habitudes, ainsi quand vous faites entrer un Dieu dans la catégorie de ceux que vous voulez adorer, vous devez le traiter et l'honorer comme il le désire ei suivant ses volontés. Or , les Romains ayant pris connaissance des goûts et des dispositions du grand Dieu d'Israël , découvrirent que la chose principale qu'il exigeait comme lui étant infiniment agréable, c'est qu'il ne par-

îageât avec aucun autre les honneurs qui fui étaient dûs , mais qu'il voulait être adoré tout seul. Non habebis Dcos aiienos eoram me. Il s'en suivit, conclut saint Augustin , que ne pouvant l'adorer aux conditions par lui prescrites , et qui étaient si contraires à leurs vues, ils ne l'admirent point au nombre de leurs dieux : Proinde summa nécessitas facla est non Colendi Denm Hebrœorum (de Cons.Evang. lr.4.c. 17). Voilà jusqu'où s'étendit la prétendue sagesse des Romains païens; ils jugèrent qu'il valait beaucoup mieuxne point adorer le Dieu d'Israël que de l'adorer conjointement avec d'autres dieux. En effet, Dieu est tellement jaloux du culte qu'on doit lui rendre et si éloigné de permettre qu'on adore d'autres que lui , que saint Ambroise avance cette proposition , qui au premier abord parait surprenante : Dieu, juge avec plus de miséricorde un in fidèle qui ne le connaît point , quun chrétien qui reconnaît deux maîtres. Oui, il est moins offensé de l'ignorance d'un infidèle qui ne le connaît pas , et il le supporte pins volontiers , qu'il ne souffre la conduite d'un chrétien qui , dans le sein des lumières dont il est éclairé et tout en le reconnaissant pour le créateur de toutes choses, accorde néanmoins à d'autres qu'à lui seul le culte suprême qui lui est dû et les hommages auxquels lui seul a droit. Et combien ne s'en trouve-t-il pas de ces chrétiens qui partagent pour ainsi dire leur cœur ? Combien n'y en a-t-il pas qui en honorant Dieu , veulent encore honorer quelque divinité cachée ? Ils ressemblent parfaitement à ces habitants de Samarie, qui, comme le dit la sainte Ecriture, adorant le vrai Dieu , en avaient encore, comme les gentils, d'autres auxquels ils rendaient leurs hommages (4. Reg. 17).

4. Ah! je perdrai, dit Dieu par la bouche du prophète Sophonie (c. 1.) , je perdrai ceux qui adorent le Seigneur , jurent par lui et qui jurent aussi par Melchom. Adorer Dieu et en même temps des idoles et des créatures; servir Dieu et le monde, servir Dieu et la chair en se soumettant à ses convoitises ; prétendre vivre suivant sa sainte loi, et en même temps suivre les lois et les coutumes d'un monde corrompu : Dieu , ne peut souA frir ce monstrueux alliage, parce que seul il veut être servi et adoré: Dominum . Deum luum adorabis, et Mi soli servies. Nous ne pouvons faire habiter Dieu avec, une idole dans le temple de notre cœur: en agir ainsi ce serait imiter l'ignorance, ou pour mieux dire la malice des Philistins , qui s'étant rendus maîtres de l'arche du Seigneur, la placèrent dans le temple de Dagon vis-àto de l'idole de ce dieu. Mais qu'en résulta-t-il Hls trouvèrent

quelque temps après ce dieu étendu à terre en face de l'arche, la tête séparée du tronc (1. Reg. 3). Ah! non sans doute, Dieu ne peut supporter l'injure qu'on lui fait d'associer auxhonneurs qu'on lui rend une idole infâme. Et cependant combien n'y a-t-ilpas de chrétiens aujourd'hui , qui osent mettre sur la même ligne que lui des créatures ! mais qu'ils craignent, ces nouveaux Philistins , que la colère de Dieu n'éclate bientôt sur eux ; qu'ils considèrent que s'il punit autrefois ces insensés avec tant de sévérité, il sera encore plus sévère envers eux, parce qu'ils sont plus coupables.

S. Mais vous m'objecterez peut-être qu'en vous adressant cette instruction j'ai sans doute perdu de vue , et le pays où vous êtes, et l'auditeur à qui je l'adresse, et qu'il s'en offensera avec raison ; que mon instruction aurait convenu à des peuples païens qui adorent encore des idoles , et que je devais m'abstenir de tenir de semblables discours à des hommes comme vous qui se glorifient d'être chrétiens , d'avoir reçu la vraie foi et de l'observer avec tant de fidélité ; qu'en vous parlant ainsi, je vous traite comme des gentils et comme des adorateurs de fausses divinités! Je réponds à votre objection. 11 est donc vrai que vous prenez pour une insulte les paroles que vous entendez ; et parce que vous ue rendez pas des hommages à des simulacres comme des païens , ■vous vous croyez de bons chrétiens et de véritables adorateurs d'un seul Dieu ? Mais si vous n'adorez pas les idoles des païens t vous imaginez-vous de ne pas en adorer d'autres , que saint Augustin a découvertes au milieu des chrétiens ? Le saint docteur eu expliquant cette parole du psaume 80 : non eril in te Dcus recens , déclare que Dieu non seulement nous a défendu d'adorer les idoles qui sont placées dans les temples et sur les places publiques , mais encore celles que nos passions introduisent dans notre cœur ; il n'a pas seulement dit : Vous ne relèverez plus les divinités de l'ancienne idolâtrie, abattues; mais il a ajouté de plus : Vous ne créerez pas une nouvelle idolâtrie en substituant à la p'ace du vrai Dieu, de faux dieux; vous n'obéirez plus aux mouvements déréglés de votre concupiscence; vous vous dépouillerez de toute affection pour les objets qui, en enflammant votre imagination, précipitent l'esprit dans l'erreur, et corrompent l'a me et !e cœur ; Non crit in le Deus recens. (D. Aug. in psal. 80. v. 10).

6. Mais que sont-elles ces idoles nouvelles, ces dieux de fraîche création ? Ce sont ces passions dont vous êtes esclaves; ce soDt ces vices et ces péchés auxquels vous sacrifiez voire salut

étemel; ce sont ces créatures auxquelles, malgré la défensedu Très-Haut, vous prostituez vos adorations et vos hommages : oui, je le répète, ce sont cescréatures devant lesquelles vous vous humiliez, devant lesquelles vous vous abaissez, auxquelles vous adressez et vos prières et vos vœux. Oui, ces passions qui régnent dans votre cœur, ces vices et ces péchés dont vous souillez votre âme, sont les divinités récentes que vous égalez à Dieu et que vous adorez malgré lui. Et n'est-ce pas là , parlant en toute rigueur, pratiquer l'idolâtrie, puisque vous détestez le service du vrai Dieu, pour vous attacher à celui de la créature? Or, suivant le sentiment de saint Augustin et de to«s les saints Pères, c'est ce qui produit le péché mortel : donc tout péché mortel est une véritable idolâtrie ; celui qui pèche fait plus de cas de cette misérable créature et de l'objet auquel il s'attache, que de Dieu dont il s'éloigne: celui qui pèche ne veut pas avoir de rapport avec Dieu, il le répudie en quelque manière, et M dévoueà cet objet criminel, qu'il estime, qu'il honore, auquel il rend un culte et auquel il offre ses hommages: il le regarde donc comme un Dieu, et, par conséquent, le voilà devenu idolâtre. C'est ainsi que se vérifie la parole de Tertullien : Verè idolalriam cornmittit quicumque deliquit.

7. Confirmons cette vérité par des exemples. N'est-il pas un idolâtre, cet orgueilleux, qui, rempli de lui-même, enflé de sa grandeur, de ses qualités, de ses talents,s'en fait tout autant d'idole-;, s'imagine que rien ne peut résister à sa volonté, méprise les autres; qui a l'audace de croire que tous doivent vivre sous sa dépendance et se courber devant lui? N'est-ce pas un idolâtre, cet avare qui emploie toutes les ressources de son industrie à amasser des richesses, à accumuler des sommes immenses, et qui n'a de pensées et d'affection que pour elles? N'est-il pas idolâtre celui qui ne reconnaît pour Dieu que l'or et l'argent? Et l'Apôtre ne nous a-t-il pas fait comprendre que l'avarice est uue idolâtrie, quand il nous a déclaré qu'elle était une servitude des idoles: Simulacrorum servitus (Cor. 3.) ? Saint Jean Chrysostôme corrobore cette assertion, en déclarant que les avares sont plusesclaves que les esclaves mêmes, et qu'ils sont plusmalheureux qu'eux, parce que ces derniers, quoique dans les fers des infidèles, adorent Dieu dont ils espèrent leur délivrance (in Epistolaad Philip.). Mais les avares l'abandonnent, pour en adorer un autre qui les laisse courir à l'enfer. Le ventre, suivant l'expression de saint Paul, est le Dieu des hommes délicats et amateurs de la bonne chère, Quorum Dcus venter est. Car

ils n'ont point d'antre pensée ni d'autre inquiétude, que de contenter leur soif insatiable du vin et leur gloutonnerie; comme s'ils n'étaient en ce monde que pour manger , boire et s'enivrer. Cet impudique, qui ne respire que l'amour de la chair,se vautrant sans cesse dans les voluptés immondes, n'a pour divinité que ces honteux et dégoûtants plaisirs auxquels il est asservi et dont il ne peut plus se passer, ainsi que celte créature vile et méprisable vers laquelle l'entraîne son infime passion. Désabusezvous donc, chrétiens, de votre erreur, si par hasard vous y étiez tombés; rougissez en même-temps, ou plutôt ayez horreur de votre impiété. Combien de vices et de passions fourmillent dans vos cœurs et vous ont ravi votre liberté î combien de fausses divinités n'y avezvous pas appelées au mépris du vrai Dieu! Vous, hommes emportés, vous vous laissez aller aux transports de la colère et de l'indignation : votre colère et votre indignation sont votre Dieu. L'envie ronge cet autre, le dépit de voir son prochain en possession de biens dont il ne jouit pas lui-même le consume, l'envie et le dépit sont sa divinité. Un ambitieux convoite ardemment les honneurs et les places élevées; cet honneur est son Dieu. Et ainsi les hommes passent les jours d'une vie qu'ils devraient consacrer au Seigneur, à satisfaire leurs passions et à se livrer à une infinité de péchés.

8. Voici ce que dit ingénieusement, suivant sa coutume, saint Augustin commentant le psaume 96: ce saint père remarque que les anges apostats qui voulaient partager avec Dieu sa souveraine puissance et s'asseoir sur son trône, après avoir été précipités du haut des cieux, employèrent toutes les ressources de leur orgueil à effacer du cœur des hommes l'idée qu'ils ont de la grandeur de Dieu, et à les porter à rendre à d'autres qu'à lui l'adoration et les hommages dus à lui seul. C'est pourquoi dans les premiers àgesdu monde, le péché d'Adam avait laissé dans l'esprit de l'homme des traces récentes de stupidité et d'ignorance qui en devinrent le châtiment. Dès-lors, ils adorèrent des statues inanimées de pierre, de bois, et d'autres matières; ils offrirent de l'encens et immolèrent des victimes à i'œuvrede leurs mains. Peut-il y avoir une folie plus grande? Mais dans la succession des temps, il ne fut pas difficile de sortir d'une erreur si ridicule; et ceux qui parmi les païens avaient eu un peu de jugement cl d'esprit, connurent l'extravagance de ce culte grossier et bizarre, et lorsqu'on le leur reprochait, ils répondaient qu'ils ne se prosternaient point devant ces statues façonnées par leurs semblables, mais devant legénie quile-s animait, et

SUR LE PREMIER COMMANDEMENT DE DIEU. Cl

devant l'esprit invisible qui les faisait parler et mouvoir, que leurs sacrifices ne s'adressaient qu'à eux: Noneolebant idola, dit saint Augustin, sed dœmonia. Tel fut le second outrage que fit à Dieu le prince des ténèbres, outrage beaucoup plus grand et beaucoup plus pernicieux dans ses conséquences que le premier; car il en résulta que les hommes reconnaissaient comme leur Seigneur, leur mailre el leur souverain , l'ange déchu, se consacraient à lui, se soumettaient à sa servitude honteuse el à toute la tyrannie de son empire. Enfin, comme les démons, malgré leur rage, ne purent empêcher les merveilleux progrès de la religion chrétienne, et que le nombre de ceux qui se prosternaient devant leurs idoles, ou leur rendaient un culte, diminuait sensiblement, que firent ces ennemis de Dieu el des hommes? Ils mirent en leur place des créatures, et induisirent les hommes às'en faire des idoles secrètes et cachées qui devinssent l'objet unique de leurs pensées et de leurs affections, et à qui ils rendissent Io culte et l'adoraiion que Dieu seul mérite. Et combien de malheureux n'onl-ilspas entraînés dans l'erreur par ce moyen, le plus pernicieux et le plus déplorable de tous, combien d'hommes n'onl-ils pas réussi à détacher de l'adoraiion du vrai Dieu! Et combien , dil saint Paul , y en a-t-il qui servent la créature plutôt que le Créateur (Rom. 1 )!

9. Comment aviez-vous donc raison de vous croire offensés de cette instruction, dans laquelle je pose un principe et je vous enseigne que notre Dieu veut être adoré seul, que nous ne pouvons lui associer d'autres dieux, comme si j'avais eu tort de vous faire ces observations, croyant qu'elles pouvaient être faites avec raison à ces idolâtres et à ces gentils qui admettaient un si grand nombre de divinités, mais non à vous? Cette maxime de saint Augustin, que tout ce qu'on respecte et qu'on désire t de* vient dieu, n'est malheureusement que trop vraie. Oui, ce que respecte et ce qu'honore, ce qu'aime et désire le pécheur pardessus toutes choses, devient sa divinité, son idole chérie. Parmi les chrétiens n'en trouvera t-on pas un grand nombre qui agissent ainsi? Ah! s'ils ne veulent pas être des sectateurs de l'idolâtrie, s'ils ambitionnent la gloire d'êlre les vrais adorateurs de Dieu, et les véritables observateurs de ce premier commandement: Tu naîtras pas des dieux étrangers , tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tune serviras que lui seul, qu'ils renversent, qu'ils détruisent ees idoles qu'ils ont élevées dans le fond de leur cœur. Mais pourra-t-on dire qu'il soit adorateur d'un seul Dieu, qu'il ait pour lui toute l'estime, tout le respect et

l'amour nécessaire, ce chrétien qui lui préfère sans honte les créatures les plus viles et les plaisirs les plus honteux?

10. Si vous voulez être les adorateurs d'un seul vrai Dieu, chassez de vos cœurs ces idoles qui sont venues l'occuper : aitfcrte tleos alienos de medio vestri , comme le disait le prophète Samuel aux Hébreux, et prœpctrate corda vestra Domino , et servite et5oh'(l.Reg. 7.3); autrement vous êtes plongés dans Ferreur. Si vous ne préférez pas Dieu à tout, si vous ne lui rendez pas les honneurs qu'il mérite à l'exclusion de tout autre, si vous ne l'aimez pas plus que toutes les créatures, si vous estimez, si vous honorez, si vous aimez quelque chose autant que Dieu, et, ce qui est encore pire, plus que lui, si pour ne pas perdre des biens terrestres, vous préférez perdre Dieu et sa grâce, si pour ne pas déplaire à cet ami, à ce parent, à ce grand, vous offensez Dieu , certainement vous ne le reconnaissez pas pour ce qu'il est, pour votre souverain Seigneur; vous ne l'adorez pas comme il l'exige, c'est-à-dire lui seul. Mais, dira-ton , nous reconnaissons Dieu, nous l'adorons conformément à ses intentions; et nous sommes loin d'adorer comme les gentils.. Jupiter,... Mars,.. Mercure,... Vénus... Adonis, avec tout ce grand nombre de fausses et folles divinités auxquelles ils prostituaient leurshommages. Mais si vous reconnaissez ce grand Dieu pour ce qu'il est, pourquoi n'accomplissez-vous pas sa volonté? pourquoi n'est- il pas l'objet de votre affection? pourquoi, au lieu de ne rechercher que lui, de ne poursuivre que lui, courez-vous après de misérables créatures? Si vous le confessez de bouche, pourquoi démentez-vous vos paroles par vos actions? une telle conduite vous rend semblables à ceux dont parle saint Paul (ad Timoth. 1. 16) : Confitenlur se vosse Deum, factis autem negant). Qu'importe que , comme les païens, vous n'offriez pas, dans des temples ruinés, de l'encens aux idoles de Jupiter , de Mars, de Mercure, si par vos turpitudes, vos obscénités, vos tromperies et vos mensonges, par vos haineset vos vengeances, vous encensez ces fausses divinités dans votrecœur? Qu'importe, que vous n'adoriez pas comme les païens des Adonis et des Vénus de pierre, de bois , si vous les adorez dans des créatures mille fois plus nuisibles à votre cœur et plus dangereuses à votre salut que ne l'étaient autrefois ces vains simulacres? Pourquoi voit-on aujourd'hui circuler dans nos rues tant de jeunes élégants, apportait à leur toilette les soins les plus minutieux, et tant de femmes vêtues avec luxe et parées avec art: Circumornalœ , pour m'exp-.-imcr avec le Prophète royal, ut similitudo tempftï Pour*

quoi, dis je? Pour être l'idole des cœurs des hommes, ou ai» moins l'objet de leurs regards.

11. Plût à Dieu que se vérifiât sur ces idoles de chair ce que dit le même prophète en parlant de celles dont la matière est de bois et de pierre : «Qu'elles ont unebouche, et qu'elles ne par- » lent pas; qu'elles ont desyeux,cl qu'elles ne voient pas; qu'elles » ont des oreilles, et qu'elles n'entendent pas (Ps. 113).» Ainsi ces malheureuses créatures n'auraient pas des paroles pour flatter, ditun pieux auteur, ni des yeux pour attirera elles une jeunesse licencieuse, par ses regards lascifs; il n'y aurait pas des yeux pour les contempler, ni des oreilles pour écouter les propos infâmes qu'elles débitent. Mais malheureusement, elles ne parlent et ne flattent , n'écoulent et ne répondent que trop ; elles ne voient et ne sont que trop vues. Bien plus , toute leur ambition consiste à être remarquées, observées et admirées; et si elles é-laient persuadées qu'on les méprise ou qu'on ne fait pas attention à elles, on les verrait renoncer à leur vaine et artificielle parure; mais elles n'ignorent pas, ce dont elles s'enorgueillissent; et se réjouissent dans le fond de leur cœur, qu'un grand nombre de chrétiens dans les temples consacrés à Jésus-Christ, détournent leurs regards des saints autels, et leur attention des saints mystères pour ne s'occuper que d'elles; au lieu de penser à Dieu, ils pensent à ces viles créatures ; et dans un temps et un lieu où ils ne devraient venir que pour concentrer toutes les. facultés de leur esprit, toutes les affections de leur cœur, et leursentiments d'adoration sur Jésus-Christ, ils n'y viennent que pour profaner ce lieu par leur imagination impudique, par leurs regards honteux et les désirs infâmes dont elles sont l'objet». Et on ne voudra pas avouer que c'est là se faire une idole:. et n'est-ce pas une idole d'autant plus dangereuse et plus nuisible, qu'elle n'est pas de pierre ni de bois? Osez dire à présent : Nous n'adorons pas les idoles des païens, pour vous défendre de l'accusation d'idolâtrie, tandis que vous faites encore pire qu'eux !

12. Mais vous voulez encore vous excuser et prétendre avoir raison, en disant que quoique les chrétiens, pour contenter leurs passions, courent après des objets défendus, ils n'abandonnent pas pour cela leur Dieu, et que conséquemment ils ne se rendent coupables d'aucune espèce d'idolâtrie : qu'ainsi il y a une grande différence entre eux et les païens qui adoraient tellement leurs idoles, qu'ils ne connaissaient point le vrai Dieu, et n'élevaient jamais leurs pensées vers lui; mais qu'eux-mêmes, quoique en-

traînés parleurs passions et s'adonnant aux vices, ne rendent pas moins au maître souverain de toutes choses les honneurs auxquels il a droit; et que malgré l'orgueil, l'avarice, l'impureté, dont ils sont les esclaves, ils ne l'oublient point, et s'abaissent devant lui comme des sujets devant leur roi. Et c'est ainsi que vous prétendez vous excuser et écarter de vous tout soupçon d'idolâtrie? n'est ce pas là une excuse pire que la faute même? et par cette singulière justification, vous croyez que cet honneur, dont Dieu est si jaloux, ne sera pas blessé ? Eh bien ! écoutez ce que le prophète Élie disait aux Israélites de la part de Dieu (4. Reg. 18): «Jusqu'à quand serez-vous dans l'indécision sur le parti que vous » avez à prendre ? si le Seigneur est le vrai Dieu, suivez le ; mais si » c'est Baal, marchez après lui : Usquequô claudicatisinduas par- » tes? Si Dominus est Deus, sequimini eum; si aulem Baal, sequi- » mini illum. » Ainsi, àquoi bon toutes ces excuses et toutes ces justifications? Dieu ne veut engager personne à son service par force: il n'a besoin ni de vous ni de vos hommages; ou le Seigneur qui vous a créés et vous conserve est le vrai Dieu, ou c'est le monde avec ses lois et ses usages, le démon avec ses promesses trompeuses , votre chair et vos sens avec leurs infimes plaisirs. 11 n'y a point de milieu, il faut absolument se décider: si le Seigneur est votre Créateur et le vrai Dieu, adorez-le avec la plus grande soumission d'esprit, aimez-le de tout votre cœur, mais aimez-le et adorez-le seul, à l'exclusion de tout autre. Mais si le monde avec ses lois et ses usages, le démon , la chair, les créatures, les passions, les plaisirs, les sens sont votre divinité, donnezvous tout entiers à eux sans plus vous occuper de Dieu; oubliez-le complètement, nelui rendez plus aucun culte, puisque vous voulez faire entrer des idoles méprisables en partage des honneursque vous devez lui rendre.

13. Quœ enim parlicipalio injuslïtiœ ad iniqidtatem? aul quœ socieiaslucisad lencbras? Quœautem convenlio Christi ad Belial (2. Cor. 6)? Quel rapport peut-il exister entre la sainte loi de Dieu, et les lois injustes et les coutumes criminelles du monde, entre Dieu et le démon, la chair et les sens? Quel rapport peut exister entre le sermon qui se fait le matin et oîi l'on prêche la nécessité de l'amour de Dieu, de la pratique des vertus, et les leçons immorales que l'on va entendre le soir au théâtre? Comment réciter son chapelet, son rosaire et faire d'autres prières avec cette même langue qui ne sait que parler mal de son prochain, que proférer des obscénités et des discours infimes, que faire entendre des jurements et des blasphèmes? Le matin ù l'église, et la

soir dans les sociétés profanes? le matin dans les tribunaux de la pénitence pour y nourrir son esprit de saintes maximes, et le soir dansles réunions d'impudiques discoureurs? Dans Ietempsoù se célèbre le saint sacrifice de la messe, avoir un œil fixé sur l'autel, et l'autre sur cette heauté peu modeste? Le matin à la tabla sainte, et le soir dans les cabarets, daus la crapule et dans l'ivresse? Comment.je le demande encore, accorder tout cela, puisque, d'après l'Apôtre, c'est impossible (2. Cor. 10) ? Non poteslis, dit-il, bibere calicem Domini, elcalicem dœmoniorum, non potestis mensœ Domini participes esse , et mensœ dœmoniorum? 14. Mais, vous serez scandalisés de m'entendre dire que c'est Hn moindre mal d'appartenir absolument au monde, au démon, aux sens, que de leur associer Dieu dans notre cœur. Eh ! n'est-ce pas la doctrine que Jésus-Christ enseigna dans l'Apocalypse (4), en parlant de l'évèque de Laodicée : « J'aimerais mieux que tu » fusses ou entièrement froid, ou entièrement chaud, mais » parce que tu n'es ni chaud ni froid, mais tiède, je te vomirai » de ma bouche. » Les chrétiens froids sont les pécheurs qui ont pris décidément parti pour le démon, le monde et les sens. Les chrétiens chauds sont ceux qui sont justes et fervents, qui ont absolument renoncé à toutes les satisfactions fausses que le monde corrompu a promises à ses sectateurs, et qui sont exclusivement au service de Dieu. Les tièdes enfin sont ceux qui réduisant en. pratique les maximes du siècle, se montrant dociles aux inspirations du démon, accordant à leur corps toutes les jouissances qu'il réclame, prétendent néanmoins servir Dieu, parce qu'ils font de temps en temps quelques 'nonnes couvres. Les premiers offensent moins Dieu en étant ouvertement déclarés contre lui, ils savent qu'ils sont hors du sentier droit qui mène au salut, ils savent qu'en continuant de vivre en cet état, ils sont exclus du paradis, et qu'ils ne peuvent attendre que l'enfer, ils n'ignorent pas que, dans cet état, ils sont incapables d'être admis à la réception des sacrements, et que, s'ils osaient s'en approcher, ils se rendraient coupables d'un sacrilège. Chose étonnante, le croiriez-vous? suivant la doctrine des saints Pères, ces grands pécheurs sont plus disposés à se convertir que les autres. Une réflexion effrayante sur l'éternité, et qu'ils n'auront jamais entendue, les épouvante et les fait sortir de leur dangereux état : la considération de nos divins mystères , sur lesquels ils n'avaient jamais réfléchi, leur enlève le bandeau qu'ils avaient sur les yeux; la douceur qu'on éprouve dans les exercices de la piété et de la vertu qu ils n'avaient jamais pratiquée, les attire et les dé-

termine à se donner tout entiers à Dieu. Mais ceux qui ont la prétention d'établir une espèce d'alliance entre la loi de Dieu et celle du inonde, de servir Dieu sans renoncer au démon et aux plaisirs des sens, ceux-là l'offensent gravement, voulant admettre dans leur cœur un amour incompatible avec celui de Dieu. On les verra aller entendre la sainte messe, ils ne manqueront pas de visiter les églises, défaire quelques aumônes, de réciter l'office de la Vierge, le cbapelet, le rosaire, ou de pratiquer quelque autre œuvre de piété, et ils ont tant de confiance dans ces dévotions extérieures, que bien qu'ils soient esclaves de la vanité, de l'orgueil, de l'avarice, de l'impureté, médisants, ivrognes, voleurs, ils s'imaginent pouvoir être sauvés. Ne sachant pas connaître leurs vices et leurs péchés au milieu de leurs bonnes œuvres, ou plutôt ne voulant pas les connaître, ils ne se corrigent jamais, meurent dans cet état, et se damnent éternellement. Voilà le sort déplorable de celui qui refuse son cœur tout entier à Dieu , et qui prétend en adorer d'autres avec lui.

15. Ah ! qu'il n'en soit pas ainsi de vous, chrétiens: auferte deos alienos de medio vestri. Adorez Dieu , mais adorez-le seul. Qu'il n'y ait pas dans votre cœur, ni hors de vous, des idoles qui lui disputent les honneurs suprêmes. Servez Dieu seul, loin de vous le monde avec ses faux attraits; loin de vous le démon avec ses suggestions ; loin de vous les passions, les sens et toutes les créatures avec leurs charmes et leurs fallacieuses promesses : jVo?i habebis dcos alienos coram me. Dominum Deum tuum adorabis , et Mi soli servies. Oui, Seigneur, vous êtes seul notre Dieu, nous n'adorerons que vous seul dans la soumission la plus parfaite de notre esprit ; vous seul possédez toutes les perfections qui rendent aimable, nous vous aimerons donc de tout notre cœur; vous seul méritez d'être servi , nous voulons donc vous servir fidèlement: argent, biens, richesses de la terre, divertissements et plaisirs, vous ne serez plus les divinités que nous adorerons. Vanité du monde, grandeurs du siècle, espérances vaines et trompeuses, nous ne vous sacrifierons plus nos pensées, nos affections et notre cœur. C'est à vous , ô mon Dieu , que nous le consacrerons tout entier, en protestant que nous voulons vous adorer et vousservirseul ici-bas pour mériter le bonheur de vous glorifier éternellement dans le ciel.

Sur la vénération et le culte dus aux Saints.

Ce grand Dieu, qui comme seigneur et maître de tout, veut êtrsr adoré de ses créatures, veut encore, comme souverainement jaloux de son honneur , être adoré seul. Comment le culte et l'honneur que nous rendonsàla Sainte-Vierge. aux Angeset aux Saints, peuvent-ils se concilier aveccette volonté divine? Ae serait-ce point peut-être une superstition ou une idolâtrie en opposition complète avec le premier commandement qui nous enjoint d'adorer Dieu seul? Voilà ce qui a fourni matière a ux accusations des hérétiques de ces derniers temps, qui ont osé citer à leur tribunal la sainte Eglise catholique, et la condamner, parcequ'elle rendait aux Saints un culte qu'ils prétendaient ne leur être pas dû. Sans vouloir ici spécifier et examiner la différence qui existe entre le culte qu elle rend aux Saints et celui qu'elle rend à Dieu , il nous suffira de savoir que la vénération et le culte dont les Saints sont l'objet, suivant l'enseignement et l'esprit de l'Eglise, ne sont pointeontraires au précepte d'adorer Dieu seul ; j'arriverai à ce but en voa> démontrant quelle est cette véuération et quel est ce culte qu'elle approuve, ce qu'elle y trouve de répréhensible, et enfin quels sont les fruits qu'on en retire.

1. Je dirai d'abord qu'on peut pécher de deux manières relatïvementà cette vénération , à ce culte jet àcet honneur rendus aux Saints: premièrement en le condamnant absolument et en l<v considérant comme un acte d'idolâtrie; secondement en le rendant indùmentet contrairement aux règles prescrites par TEghV. Les hérétiques, comme nous l'avons remarqué plus haut, pèchent de la première manière; et les chrétiens grossiers et ignorantpèchent de la seconde. Expliquons donc ce que c'est que l'adoration, ce que c'est que le culte, et comment on peut le rendre aux Saints. L'adoration, si on l'envisage dans sa signification la plus simple et la plus rigoureuse , est un culte de latrie du seulement à Dieu, par lequel reconnaissant son infinie excellence. nous avouons qu'il est notre niaitre, auquel nous devons par-là même nous soumettre. Mais si nous envisageons l'adoration dans sa plus large signification , on peut la considérer comme un honneur et un hommage dont nous accordons le tribut à des personnes, à raison de quelques qualités particulières qui les distinguent. c,:.;i.;;' si c'étaient, par cxeaîple, des princes, des supérieurs, des

C8 V/. IISS'I MJCTiON

savants. Les divines écritures parlent souvent Je cette espèce d'àdoration : c'est ainsi que nous lisons qu'Abraham adora les enfants de Heth, David le roi Saiil, Betsabée David, et Salomon sa mère Betsabée. De plus, cette adoration , suivant les théologiens qui ont suivi les saints Pères, se divise en adoration ou culte de latrie, de dulie et d'hyperdulie. L'adoration ou culte de latrie appartient à Dieu seul ; celui de dulie aux Saints, et celui d'hyperdulie à la Sainte- Vierge à causedeses mérites et de son excellence particulière qui l'élevé comme mère de Dieu au dessus de tous les Saints.

2. Quand donc Dieu nous commande de l'adorer, et de n'adorer que lui seul , il entend parler de l'adoration de latrie ; elle lui est due exclusivement comme étant le souverain seigneur et le maître suprême de toutes choses; aucune créature n'a droit à cette adoration, et ce n'est pas celle que nous rendons à la Sainte-Vierge, aux Anges et aux Saints; l'adoration donc , le culte, lbonneur, pour nous servir des expressions de la sainte Eglise , que nous rendons à la Vierge, aux anges et aux saints, sont ceux de dulie ou d'hyperdulie, c'est-à-dire nue nous les vénérons, que nous les honorons comme les amis de Dieu , comme étant ceux en qui il a fait éclater les merveilles de sa grâce , qu'il a doués d'une grande sainteté , d'une grande perfection , et dont il a couronné les œuvre* par la récompense qu'il leur a accordée dans le ciel, parce qu'ils ont été des serviteurs qu'il a extrêmement affectionnés, et qu'ayant accompli fidèlement sa volonté , observé sa divine loi , il les a placés au nombre de ses amis, de ses favoris, et élevés à une grande gloire dans le paradis.

3. Ainsi, comme vous le voyez, nous ne faisons pas des Saints tout autant de Dieux ; nous ne les adorons pasen cette qualité, selon que nous l'ont reproché follement et sans aucun fondement les hérétiques; mais nous les honorons, nous les vénérons comme des sen iteurs et des amis de Dieu dans qui il s'est plu à verser avec abondance ses grâces et ses dons, et spécialement cette sainteté par laquelle ils se sont mérité son affection. En honorant donc et en vénérant les Saints , nous honorons Dieu comme le principe et la source de leur sainteté , comme étant celui qui les y a élevés par le secours de sa grâce. Nous nous réjouissons, il est vrai, de \oir les Saints arrivés à cet état de perfection, doués d'une grande bonté, remplis de vertus et comblés de gloire; mais en même temps nous reconnaissons que toutes les vertus, les perfections , cette sainteté dont ils sont ornés, que la gloire dont leur front est couronné, sont des effets de la bonté et de la miséricorde di-

vine, ainsi que tous ces dons et toutes ces faveurs que sa main généreuse a répandues en eu* avec tant de profusion. Admirons donc, louons, remercions le Seigneur qui a voulu se montrer si prodigue envers eux, les rendre les objets de ses complaisances,, les dépositaires de ses dons, et qui adaigné faire éclater en eux ses merveilles : Mirabilis Deus in Sanctis suis.

4. L'Eglise nous invite en conséquence à invoquer les Saints dans nos besoins, et à recourir à eux en toute circonstance. Pour atteindre ce but, le saint concile de Trente ordonne à tous les évoques, aux pasteurs des âmes , aux prédicateurs d'enseigner à tous les fidèles , conformément à l'usage de l'Eglise catholique et apostolique, usage qui date des commencements de la religion chrétienne, et conformément encore à la doctrine et à l'opinion des saints Pères ainsi qu'aux décrets des conciles, que les Saints qui régnent dans le ciel présentent à Dieu leurs prières en faveur des hommes, et que conséquemment c'est une chose bonne et utile de les invoquer et de recourir à leur protection et à leur secours pour obtenir de Dieu ses grâces et ses bienfaits par le moyen de son divin fils.lésus Christ, qui est seul notre Rédempteur et notre Sauveur. D'après le concile de Trente, on doit condamner comme impies, ceux qui soutiennent que les Saints qui jouissent de l'éternelle félicité dans le ciel ne peuvent pas être invoqués, ou qui assurent que les Saints ne prient pas pour les hommes qui sont sur la terre, et qui osent dire que 1 invocation des Saints, dans le but de les déterminer à prier pour nous, est un acte d'idolâtrie qui est en contradiction avec la sainte Ecriture et contraire à l'honneur que nous devons seulement au Médiateur unique entre Dieu et les hommes, Jésus- Christ; qui enfin ont l'audace de dire que c'est une folie de prier de bouche et de cœur ces Saints qui régnent dans le ciel. D'ailleurs l'Eglise les a déjà condamnés plusieurs fois et les condamne encore (Sess.de Invoc. Sanct.)

5. Et comment ne mériteraient- ils pas a être condamnés, ceux qui enseignent des doctrines aussi ouvertement contraires à la sainte Ecriture ? Jésus-Christ assure que son Père céleste honorera celui qui le sert avec fidélité: Siqwsmihi minislraveril t honorificabit eum Paler meus (Joan. 12). Pourquoi ne pourronsnous donc pas honorer ceux que Dieu honore ? Le Roi-prophète même n'a-t-il pas dit (Ps. 128.) que les amis de Dieu reçoivent de lui de grands honneurs: DFim'is honorait sunt amici lui, Deus? Si donc Dieu les honore, pourquoi ne l'imiterions-nous pas? Pour prouver que les Saints prient pour nous, que Dieu en considéra-

7C VI. IKSTRCCTIOlf

tum de leurs mérites nous accorde des grâces , que sa colère s'apaise par leurs supplications, parmi tant d'autres passages de . l'Ecriture qui viennent à l'appui de ce que j'avance , il suffit de ciîericice que fit Moïse en faveur de Israélites. Ces ingrats qui avaient été tirés de la servitude d'Egypte au milieu des prodiges les plus étonnants, lorsque ce saint législateur était sur le iAout Sinaï pour y recevoir de Dieu même la lui, oubliant les faveurs signalées dont ils en avaient été comblés, se firent faire tin veau d'or, et, à la honte du vrai Dieu, ils se mirent à l'adorer et à se livrer à des réjouissances. Mais l'Eternel ayant été profondément indigné d'un tel outrage: «Laissez-moi, dit-il à Moise ,

* laissez-moi assouvir mes vengeances surcc peuple ingrat,etle dé- » traire entièrement: Dimitte me, ut iruscalur faror meus contra

* eos et deleam eos (Exod. 32.) Ah ! non, Seigneur,répondit Moïse » en s'humiliant devant lui, non , Seigneur , suspendez votre » juste colère, pardonnez à ce peuple le crime dans lequel il « vient de tomber. » Enfin il employa tant de supplications et «le prières , qu'il apaisa Dieu et détourna de dessus les coupables les châtiments dont ils étaient menacés. Mais quel fut le moyen principal dont se servit Moïse pour étouffer l'indignation de Dieu? H lui rappela Abraham, Isaac, Jacob qui lui avaient été si chers et qui l'avaient si fidèlement servi: Recordare Abraham , Isaac et Israël servorum luorum. Voilà, chrétiens, quelle est la puissante efficacité de l'intercession des S aints auprès de Dieu qui, en sou venir de leur sainteté, calme son courroux et son indignation.

6. En honorant d'ailleurs les Saints, en célébrant leurs fêles, en invoquant leur secours, nous ne préjudicions en aucune manière à l'honneur auquel Dieu seul a droit , puisque tout le culte que nous rendons aux Saints, et le respect que nous avons pour eux , se rapportent à Dieu même. Nous les honorons parce qu'ils sont ses amis, et qu'ayant servi fidèlement ce Dieu sur la terre, ils sont comblés actuellement de gloire dans le ciel, où ils sont unis à lui par les liens de la plus étroite charité. En honorant les Saints, nous n'avons d'autre intention que de louer, bénir et admirer la miséricorde et la puissance divine de ce qu'elle a daigné élever à un degré si éminent de sainteté et de vertu des hommes aussi misérables, de simples créatures pétries de boue et ■déterre comme nous, sujettes comme nous aux mêmes faiblesses, en faire des apôtres illustres qui portèrent dans toutes les parties du monde l'évangile et la foi ; de ce qu'elle a voulu que de faibles créatures {revinssent, par sa grâce, de courageux martyrs qui résistèrent aux tyrans les plus féroces au milieu des tourments af-

freux, fussent transformées en saints confesseurs et pénitents, qui renoncèrent avec générosité à toutes les grandeurs et à toutes les délices du siècle, et en vierges très pures , qui pour conserver leur innocence se rendirent supérieures à tous les attraits d'un monde frivole et à toutes les voluptés charnelles. Si nous honorons donc les Saints, nous le faisons à cause des rapports qu'ils ont avec Dieu, parce qu'il leur a communiqué le plus excellent de ses attributs , la sainteté, parce qu'enfin la gloire qu'ils possèdent les rend en quelque manière semblables à Dieu, et, pour parler plus clairement, nous honorons moins les Saints en Dieu que Dieu dans les Saints, selon ce qu'enseigne le Prophète roi (Ps. 150). Louez le Seigneur dans ses saints : Laudate Domitmmin Sanctis ejus. Car s'ils sont grands, ils ne le sontque parce que Dieu leur a donné une partie de sa grandeur; que s'ils sont puissants et forts, c'est parce que Dieu les a soutenus par sa grâce , qu'ils n'ont mis toutes leurs espérances qu'en lui , et que leur sainteté en un mot n'est qu'un épanchement de celle de Dieu. Ainsi donc en honorant les Saints , si nous le faisons dans i'esprit et les sentimens de l'Eglise, nous honorons Dieu même. 7. Si, nonobstant cela, quelqu'un voulait m'o'ojecter que le culte que nous rendons aux Saints parait être contraire au premier commandement, par lequel il nous est recommandé expressément de reconnaître Dieu seul comme étant la cause première et unique de tous les biens que nous possédons, et d'adresser à ini seul nos prières et nos sacrifices, queconséquemmentonpeut conclure qu'il est défendu par le même commandement d'honorer les Saints et de jamais leur adresser aucune prière ni aucun sacrifice ; d'autant plus , pourrait-on ajouter, que nos misères ne lui étant pas cachées, il devient inutile de recourir à eux pour en être délivrés, et enfin que les invoquer c'est faire injure à Jésus-Christ qui est le seul médiateur entre Dieu et les hommes, ou au moins que c'est porter atteinte à sa gloire , ou l'obscurcir que d'en agir ainsi; il est facile, répondrai-je, de détruire toutes ces difficultés qui sont exactement les mêmes que celles sur lesquelles les hérétiques ont basé leurs pernicieuses erreurs tua? cbant le culte dû aux Saints et leur invocation dans nus uécessités. En effet, nous reconnaissons Dieu comme étantla première et unique source de tout ce que nous possédons et de toutes les grâces que nous recevons, et les Saints, comme nos intercesseurs. Dieu seul est le souverain Seigneur et Maître de ce qui est rtansles deux etsur la terre, nous ne le dépouillons pointdecette qualité, et les Saints ne sont que ses serviteurs elses ministres.

Dieu seul est saint d'une sainteté essentielle et par sa nature : Tu soins sanclus, dit l'Eglise; mais cela n'empêche pas qu'il ne communique celte sainteté à d'autres. Bien plus , il exige que nous soyons tous saints, parce que lui-même est saint: Sancti estoie, quia ego sancivs sum(Lev. 11). Cette sainteté doit donc être honorée en tous ceux en qui elle se trouve. Certainement personne ne dira que c'est manquer de respect à un roi, que d'honorer ceux qu'il a choisispour ses favoris , ses courtisans, ses ministres, et avec qui il a partagé son autorité. Quant à nosprières, nous les adressons principalement à Dieu, de qui nous attendons des secours , et c'est encore à lui que nous offrons le redoutahle sacrifice de la Messe , et quoique, ditle saint concile de Trente, nous soyons accoutumés à célébrer ce saint sacrifice en l'honneur et en mémoire des Saints, nous ne l'offrons jamais à eux, mais à Dieu seul qui se complaît à les glorifier. Aussi le saint concile de Trente répète ce qu'avait déjà dit saint Augustin : « Le prêtre » ne dit pas, Je vous offre, saint Pierre , saint Paul , ce sacrifice : » mais je l'offre à Dieu , en lui rendant grâces des victoires que » les Saints ont remportées avec son secours, et en invoquant en » même temps les élus de Dieu , afin que ceux dont nous nous » souvenons sur la terre daignent prier pour nous dans le ciel. (Sess. 22.C.3).»

8. Il est indubitable que Dieu aune connaissance parfaite de nos misères et de nos besoins, et qu'il se comptait à écouter nos* prières. Mais combien de fois n'arrive-t-il par qu'il n'accorde ses? grâces qu'en considération des prières de ses chers amis ? La divi. ne Ecriture nous en fournit plusieurs exemples ; mais je n'en citerai que deux, dont l'un regarde Abimélech, roi deGérare, qui avait enlevé la femme d'Abraham (Gen. 20) , et l'autre, les trois amis de Job , qui avaient tenu des propos malins sur cet homme si célèbre par sa patience (lob. 42). Dieu fut offensé et irrité de leur conduite, et il protesta qu'il ne leur aurait jamais pardonné leur faute, si Abraham et Job,ses fidèles serviteurs, ne fussent devenus leurs médiateurs et ne l'eussent prié en leur faveur. Pourra t-ou dire à présent que l'invocation et la protection des Saints est inutile et superflue? Il est vrai pareillement que Dieu étant l'auteur de tous les biens, nous devons attendre de lui seul toute grâce; mais combien de fois nos pécbés ne nous rendent-ils pas indignes de nous présenter en personne devant lui ! il est donc alors nécessaire que nous interposions les Saints entre lui et nous, pour qu'ils élèvent la voix en notre faveur. Il faut faire ce que font ordinairement les personnes pauvres et de basse condition qui,dési-

rant obtenir quelque grâce, ou une audience d'un prince de la terre, font antichambre et se recommandent à l'un des favoris du prince même, afin qu'il leur obtienne la faveur qu'ils ambitionnent , ou au moins l'audience qu'ils désirent. Ainsi nous reconnaissant indignes d'obtenir de Dieu des faveurs, ou de paraître devant son trône, pour être assurés de les obtenir plus sûrement , et pour nous présenter à lui avec plus de confiance, nous nous adressons aux Saints comme étant les serviteurs et les amis de Dieu. Mais, comme c'est le prince qui a accordé la grâce demandée et non les favoris qui ont intercédé, de même aussi ce ne sont pas les Saints que nous avons invoqués qui ont répandu sur nous les faveurs sollicitées, mais c'est Dieu seul distributeur de toutes les grâces.

9. Enfin la dernière objection que nous font les hérétiques en disant que lorsque nous vénérons les Saints, nous faisons injure à Jésus Christ, seul médiateur entre Dieu et les hommes, ou qu'au moins nous portons atteinte à sa gloire, cette dernière objection, dis-je, est sans force. Rien de plus faux que ce qu'ils avancent : nous savons mettre une différence entre les Saints et Jésus- Christ, le saint des saints; et pour parler clairement, nous ne reconnaissons, comme dit saint Paul, qu'un seul médiateur et un seul Rédempteur entre le souverain Etre et les hommes ses créatures, qui est Jésus-Christ : Umis mediator Dei et homimtm Chtistus Jésus (1. Tim. 2), parce que lui seul, à raison de sou éminenle dignité, a droit d'être exaucé. Lui seul nous a rachetés par son précieux sang ; les Saints ne peuvent réellement s'attribuer le titre de médiateurs; ou bien, s'il plaitde les appeler ainsi, comme le font quelques Pères, ce sont des médiateurs inférieurs, médiats et secondaires, qui prient pour nous, et nous obtiennent des grâces par les mérites de Jésus-Christ: tant s'en faut que sa gloire en soit diminuée ou obscurcie, qu'au contraire elle en reçoit un nouvel accroissement. Par lui seul nous avons la grâce, et lui seul imprime auxprièreset à l'intercession des Saints un mérite et une efficacité particulière : ce que nous pouvons rendre plus clair par un exemple. Un misérable est mis en prison pour quelques dettes; il n'y a qu'un seul homme riche qui puisse les acquitter; un grand nombre des amis de ce débiteur s'interposent en sa faveur , et le supplient de vouloir bien paver ce qui est dû par ce malheureux; vaincu par leurs supplications, il paie le créancier de l'infortuné, et lui ouvre les portes de sa prison. Ce riche est seul son libérateur, pareeque luiseul a satisfait le créan çier, quoique ses amis aient intercédé pour lui. Ainsi, les Saints I. 4

7î VI. INSTRUCTION

peuvent prier pour nous, mais non satisfaire : Jésus-Christ esl le seul qui ait satisfait pour nous , le seul qui ait versé son sang pour le rachat de nos âmes. Vous avez été délivrés de I'cuLt, dit saint Pierre, non par l'or et l'argent, mais par le sang précieux du divin Agneau, Jésus-Christ (1. Pet. 1). Ce serait donc une grossière illusion que de croire qu'il s'offense de l'honneur que nous rendons aux Saints. Le souverain veut être honoré en souverain, mais il n'est point jaloux de l'honneur qu'on rend à ses courtisans et à ses ministres en vue de lui-même ; il serait au contraire fâché qu'on ne les traitât pas ainsi. Nous conclurons donc qu'on ne pèche point contre le premier commandement en vénérant les Saints; au contraire, Dieu n'en est que plus satisfait, et au lieu défaire tort à Jésus-Christ, on l'en gloriiie davantage; parce que toutes les grâces que Dieu le Père accorde au genre nuimain par l'intei-cession de ses amis, il ne les accorde que par les mérites de son divin Fils.

10. .le crois donc vous avoir clairement démontré par les saintes Écritures, par les saints Conciles, et par les saints Hères que la vénération et l'invocation des Saints n'est pas contraire au précepte d'adorer Dieu seul, et que bien loin de là elie est tout à l'avantage de sa gloire et de son honneur. Je ne sais cependant si je trouverai parmi les chrétiens un culte aussi convenable et aussi pur à l'égard des Saints, que l'Eglise le commande. Combien sont dans un tel aveuglement et dans une telle ignorance sur la manière de les prier et de se recommander à eux, qu'ils s'éloignent de l'esprit et des sentiments de l'Kglise catholique, et méritent d'être sévèrement repris et condamnés! Combien prient et se recommandent aux Saints sans aucun rapport à Dieu, comme s'il n'avait aucune part dans leur sainteté, comme si (ce que nous reprochent les hérétiques) ils les croyaient les auteurs et la cause première de tous les biens et les distributeurs des grâces qu'ils attendent! Combien en entrant dans les temples de Jésus- Christ, se dirigent de suite vers l'autel delà Sainte- Vierge, de saint Pierre, de saint Antoine ou de quelque autre Saint, qu'on y vénère, sans penser le moins dumondeâse prosternerdevant les autels sur lesquels repose le saint Sacrement, qui contient le corps sacré, le sang précieux, lame et la divinité de Jésus-Christ ? Aussitôt que vous êtes entrés dans la maison de Dieu, commencez donc à adorer ce divin Sacrement; adorez profondément celui qui est le Saint des Saints, et qui seul peut vous sauver; celui-là seul peut répandre sur vous l'abondance de ses grâces, celuMàseul peut vous aider : les Saints ne sont et ne peuvent être que des intercesseurs et des médiateurs pour les obtenir.

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î 1 . Mais, o Dieu ! qu'il se trouve d'hommes grossiers et ignorants qui s'imaginent que les Saints sont les maîtres absolus, les arbitres et les dispensateurs «les grâces qu'ils demandent! Sainte Vierge, secourez-moi; saint Antoine, âmes du purgatoire, accourez à mon aide, dit-on lorsqu'on se trouve surpris de quelque accident; failes-moi, grand saint, cette grâce, je ne sortirai point d'ici que von -ne me l'ayez accordée. Mais, vous dirai-je, il n'y a ri;:' Dieu qui puisse vous secourir; c'est lui seul que vous devez d'abord invoquer, et lui seul, louché de vos misères, peut vous eu délivrer, lui seul peut répandre sur vous les faveurs que vous sollicitez. Après vous être adressé à la source de tout don,. alors ■!ez à votre aide la bienheureuse Marie, tel ou tel autre Saint en qui vous avez plus de confiance, mais avec l'intention qu'ils prient pour vous le Seigneur de vouloir bien vous l'aire part des grâces que vous désirez, ou vous délivrer des maux que vous craignez; alors ce recours aux Saints et leur invocation sera un moyen comme assuré d'être exaucé; niais prenez garde qu'en I ' priant, vous ne les priiez dans la pensée qu'ils vous accorder :ï indépendamment de Dieu ce que vous demandez. Cependant j'avouerai qu'il ne faut pas de suite condamner certains chréti "s, et spécialement certaines personnes dm sexe qui s'adressent ainsi aux Saints: il est permis d'excuser leur simplicité et leur naïveté, et d'interpréter dans un sens charitable leurs prières, en présumant qu'ils les font suivant l'esprit de l'Eglise. Néanmoins je leur dis et je crois être obligé de leur déclarer qu'ils doivent s'abstenir de semblables expressions, qui peuvent être errorées. ou au moins suspectes d'erreur, puisqu'ils mettent totalement leur confiance dans les Saintset non en Dieu, qu'iUattendi-nt d'eux et non de lui les grâces qu'ils sollicitent, ou la délivrance de s.mrsmaux; ce qui, comme ou le voit, serait une illusion manifeste.

12. Le miracle, suivant la notion que nous en donne l'angélipie docteur saint Thomas suivi par tous les théologiens, est un effet, une œuvre qui est au-dessus des forces humaines: Effectus, *ew opus saperons omnes vires crealus (1 . Par. quœ. 1 14. art. 4) : d'où il suit qu'aucune créature ne peut faire des miracles. Partant de ce principe, si nous parlons en toute rigueur, nous avouerons que ces paroles usitées parmi le peuple, telles que celles-ci: a Ce Saint accorde telles grâces, cet autre a fait tels mi- » racles, » ne sont pas justes, parce qu'on ne les entend pas comme les ont entendues les saints Pères qui se sont servi aussi de cette manière de parler, et comme l'enlçud l'Église, en ce sens

que c'est en considération de la Sainte-Vierge ou des Saints que Dieu accorde telle faveur, ou tehniracle. Disons donc que Dieu seul est le dispensateur des grâces et l'auteur des miracles, et que la Sainte-Vierge et les Sainls nous les obtiennent: c'est pour cette raison que nous appelons avec justice la bienheureuse Vierge mère de miséricorde et de grâce, parce qu'étant plus agréable et plus chère à Dieu, elle se dispose à ouvrir en notre faveur les trésors de ses richesses célestes. Aussi saint Bernard et les autres Pères avouent-ils qu'il ne nous arrive aucune faveur du Ciel, sans qu'elle passe par les mains de Marie, et qu'elle ne l'ait demandée pour nous, (''est pour cette raison que saint Antoine, comme tant d'autres Saints, sont appelés saints à miracles, non parce qu'ils les font par leur propre puissance, mais parce que Dieu s'étant engagé par sa parole à glorifier quiconque l'aura glorifié sur la terre : Quicuntque glorificaveritme, qloripZvabo enm {2. Reg. 2.); et ces grands Saints avant plus glorifié Dieu que les autres par une fidélité constante dans son service, par l'héroïsme -de leurs vertus, par leurs ardentes prédications , il a voulu et il veut à présent les glorifier à son tour en opérant en leur considétion des prodiges étonnants. Prions donc la glorieuse Vierge, saint Joseph, saint Pierre, saint Paul , saint Antoine et les autres Saints nos avocats, afin que par leurs mérites, qui les élèvent si haut aux yeux de Dieu à qui ils sont si chers et si agréables , ils nous obtiennent les grâces que nous sommes indignes d'obtenir par nous-mêmes. C'est cette manière d'invoquer les Saints qu'ont employée les anciens Pères, c'est elle aussi qu'emploie l'Eglise dans les litanies et dans les autres prières. Ayez pitié de nous,. miserere nobis , dit-elle quand elle prie le Père, le Fils et le saint Esprit, la très sainte et très auguste Trinité. Mais elle parle autrement quand elle s'adresse à la glorieuse Vierge Marie, aux Anges, aux Apôtres et aux autres Saints : Ora pro nobis, dit-elle, priez pour nous. Si nous honorons donc ainsi les Saints, tout l'honneur en rejaillira sur Dieu, et par eux nous obtiendrons facilement les grâces dont nous avons un si grand besoin.

13. Le grand pontife saint Léon ajoute quelque chose déplus fort (in. Nat. S. Laur.),il nous dit que ce Dieu qui est admirable dans les Saints , et qui veut conséquemment être honoré dans leur personne , ne nous les a pas donnés seulement pour être nos protecteurs et nos intercesseurs, mais principalement pour nous servir d'aiguillon et nous porter à imiter leurs vertus et leurs actions héroïques: in rptibiuinobisprœsiiliiiM constltuit et exemplum. Et en effet à quoi servirait-il que nous nous bornassions unique-;

ment à honorer les Saints, à publier leurs louanges , à faire leurs panégyriques, à célébrer leurs tètes? Quel besoin ont-ils, ces Saints, des honneurs que nous leur reniions ici-bas, dit saint Bernard, eux que, suivant les promesses du divin Fils, le Père éternel honore ? A quoi leur servent nos louanges ? II est vrai, se répond à loi-même le saint Abbé, que les Saints n'ont que faire de ces louanges et de ces honneurs, parce qu'ils en sont comblés dans le ciel. Mais c'est notre intérêt, c'est notre avantage que nous recherchons dans ces louanges que nous leur adressons: Qnod eorum memoriam vencremur nos'.) à interest , non ipatrum (Ser. 5. in f. Sanc;or.):puisque, outre qu'ils nous font éprouver les effets de leur protection , ils nous excitent à les imiter par les admirables evemples qu'ils nous ont donnés. Mais la dévotion envers les Saints, qui existe parmi le plus grand nombre des chrétiens, n'est qu'une dévotion intéressée, et ils ne les vénèrent ordinairement que pour obtenir de Dieu , par leur médiation , les grâces qu'ils désirent. Ah ! c'est à marcher sur leurs traces que doit consister notre dévotion. Alors nous entrerons dans les vues de Dieu qui, comme vous l'avez entendu , ne nous les a donnés pour protecteurs que dans ce but: la quitus nobis praesidium eonstituit, et exemptum. Alors nous pourrons espérer qu'ils nous seront propices, et que Dieu , eu égard à leurs mérites , ne nous refusera rien.

14. Il est vrai que Dieu nous a proposé son divin Fils comme ^tanl le modèle le plus parfait que nous dussions suivre, et ce divin Fils lui-même, se propose comme tel , et veut que nous conformions nos œuvres et notre vie à ses œuvres et à sa vie : Exemplum dcdi vobis , ut quemadmodum cqo feei vobis.ità et vos facialis (Joan. 13). ÎNonobstant cela, dit un pieux auteur, il y a quelque chose de plus dans les exemples des Saints que dans ceux de Jésus-Christ; mais comprenons bien que ce n'est pas sous le rapport de leurs perfections , puisque ceux du divin Sauveursont inliuinieut supérieurs aux leurs, mais relativement à la force et à la puissance que leurs exemples ont de convaincre ceux qui en sont témoins. Les préceptes et les exemples du Christ sont en eux-mêmes très saints; mats l'on peut dire qu'en raison de la dureté de notre cœur, ils ne sont bien souvent pour nousqu'une lettre morte, tandis qu'ils deviennentcoinme vivants lorsque nous les voyons suivis et imités avec tant de eouragepar des hommes comme nous. Saint Augustin donne de cela une bonne raison, quand il dit (in Ps.) que si nous ne vo\ ions les exemples de sainteté que dans la personne de Jésus-Christ , nous aurions un pré-

78 VI. INSTlUiCTlOfl

texte au moins apparent de nous exempter de les suivre: on pourrais, alléguer qu'il est impossible à des hommes faibles et fragiles, pétris de fange et de boue comme nous le sommes , d'imiter Jésus Christ, qui était homme, il est vrai, mais en même temps Dieu; que ses actions sont trop sublimes pour que du foi: notre bassesse, nous puissions élever les nôtres jusqu'à la \i ..:leur. des siennes. Mais dès que nous voyons que des hommes comme nous ont imité ce divin Maître , que des homme* notre même nature et de notre même condition, qui a aient les Eièmes faiblesses que nous, ont néanmoins pratiqué les plus bettes et les plus étonoantesverliis qu'il avait pratiquées lui-même, alors cens ne pouvons plus alléguer d'eveuses, mais nous devons être pleinement convaincus de l'obligation où nous sommes d'imiter ses divins exemples, sachant qu'ils s'y sont conformés avec tant de perfection et d'exactitude. En vérité . sur quel préteste s'appuiera un chrétien pour ne pas embrassée la pénitence, si tant d'hommes plus délicats que lui l'ont embrassée? Comment pourra-t-il croire qu'il est impossible de garder la chasteté, si tant de ch rétiens de l'un et de l'autre sexe l'ont pratiquée malgré les tentations multipliées qu'ils ont éprouvées ? Comment l'humilité lui parailra-telle difficile , si elle est la vertu favorite de tant d'autres , même dans le sein des grandeurs?. Je ne pousse pas plus loin ce détail. 15. Concluons donc que notre vénération pour les Saints, qu ; l'honneur que nous leur rendons, pourvu qu'il soit selon l'esprit et les instructions de l'Eglise , n'est point en opposition avec le premier commandement, par lequel il nous est enjoint de n'adorer que lui seul; au contraire l'honneur de Dieu est attaché a celui que nous leur rendons : nous devons leur offrir nos hommages et les invoquer, non point en nous imaginant que ces Saints peuvent nous accorder des grâces indépendamment de Dieu, mais en nous adressant à eux, convaincus qu'en qualité' d'amis et de favoris, ils auront le pouvoirde nous en obtenir de sa bonté. Enfin nous devons considérer les Saints . quand nous les .honorons , non seulement comme étant des avocats qui peuvent nous obtenir des faveursdivines, et que Dieu nous a donnés pour nous aider et nous protéger, mais encore comme étant nos modèles, afin d'imiter et pratiquer leurs vertus et leurs actions héroïques , comme eux-mêmes ont imité celles de .1 sus Christ. En honc.rrnt ainsi les Saints, nous serons dignes de leur protection , et nous mériterons que Dieu, en considération de leurs mérite», nous accorde ici-ras sa divine gnee pour aller ensuite le bénir. si le louer pendant l'éternité dans le Ciel.

SUR LE PROIER C0J1MA.NDE.MENT DE DIEU. iJ

Sur la vcuératiou et le culte des images et des reliques des Saints.

Après avoir vu de quelle manière un chréten doit vénérer les Saints et leur rendre un culte, il faut encore vous instruire sur le culte et la vénération dus aux images et aux reliques des Saints. Dans cette instruction nous chercherons à nous convaincre de trois choses: l°de la manière dont nous devons vénérer les images et les reliques des Saints ; 23 comment nous devons les vénérer; 3° enfin des fruits qu'un hon chrétien retire de cette vénération.

î. Si, parce que nous vénérons et invoquons les Saints, nous sommes condamnés par les hérétiques comme des infracleurs du premier commandement de Dieu : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul: Dominum Deum luum adorabis, et illi soli servies, ils se vengent sur nous par des expressions hien plus injurieuses encore, de ce que nous vénérons les saintes reliques et les images desSaints.Maisquels que soient leurs propos sur le culte que nous rendons à ces reliques et sur la vénération dent elles sont l'objet, de notre part nous sommes assurés qu'ils ne sont superstitieux ni l'un ni l'autre, ni contraires au premier commandement de la loi. D'abord , quant aux reliques, nous les vénérons pour les raisons que nous indique l'Église dans le saint concile de Trente : « Les corps des saints » Martyrs, dit-elle, et des autres Saints qui vivent avec Jésus- » Christ dans le ciel . ont été ici-bas ses membres vivants , ainsi » que ceux du Sainl-E-prit : ils doivent un jour être glorifiés , » quand ils ressusciteront pour avoir part aussi àla récompense. » comme ils ont pris part au combat. On doit les vénérer paro

> qu'un obtient de Dieu par leur moyen un graud nombre de » bienfaits. Ainsi les hérétiques qui seraient assez audacieux pour » oser avancer qu'on ne doit rendre aucun honneur à ces » sa:ntesreliijties.et que c'est en vainque les fidèles se prosternent » devant elles afin d'obtenir des grâces de Dieu , sont condamnés

> de nouveau par l'Eglise, comme elle les a déjà eonianaéMH» » trefoïs (Concil. Trid. sess. 25. decr. de Reîiq. Sanct.). »

2. Voilà donc la doctrine de l'Église touchant les reliques des Saints , voilà les raisons qui doivent nous déterminera vénérer leurs reliques, leurs tombeaux et leur mémoire. fto«p exaltons par cet honneur rendu à leurs restes précieux, h. vertu et la

80 Vïf. INSTRUCTION.

puissance de Dieu qui les glorifie, nous vénérons en eux Jésus- Christ dont ils furent les membres vivants et le Saint Esprit dont ils furent les temples chéris. Nous respectons les ossements de ces Saints, parce que Dieu a voulu les glorifier par de grands et nombreux miracles. Oui pourrait compter cette multitude de prodiges qu'il a daigné opérer pour approuver et propager le culte qui leur était rendu? prodiges qui ne nous sont point racontés par des hommes fanatiques trop crédules, par des femmes ignorantes , mais par les docteurs les plus éclairés de l'Eglise catholique, tels que les Ambroise, tes Jérôme, les Augustin, les Grégoire, et par d'autres anciens Pères. Saint Augustin lui-même en cite un grand nombre dont il a été témoin, et parmi ces prodiges il en est beaucoup qui ont été opérés parle moyen des reliques du premier martyr saint Etienne.

3. Un jour, dit-il, que l'évêque Project, accompagné d'une grande foule de peuple, portait en procession les reliques du célèbre Etienne, une dame aveugle le pria de vouloir la conduire près de sa chasse. Elle se fit donner des fleurs qui avaient touché ses reliques, se les appliqua sur les yeux, et incontinent elle recouvra la vue, puis au grand étonnemeut de ceux quiétaient présents, ne pouvant contenir sa joie, elle se mit à la tète delà procession sans avoir besoin que personne lui servit de guide. Le même saint raconte ensuite qu'un Évéque appelé Lm*ile, affligé depuis long-temps d'une fistule qui le faisait beaucoup souffrir, désirant en obtenir la guérison, s'était déterminé à subir une opération, mais qu'il en fut guéri d'une manière miraculeuse. A peine eut-il pris les reliques du premier des martyrs pour les porter proeessionellement, qu'il se sentit tout-àcoup délivré de cette grave infirmité (Lib. 22. De Civilate Dei. Cap. 8). Le même saint Docteur avant de raconter les deux mivariés que nous venons de citer, en avait rapporté bien d'autre?, et spécialement celui qui fut lieu en fncnr d'un aveugle à qui la vue fut rendue dans le temps qu'il était à Milan, à l'époque où fuient découverts par révélation dans l'église de saint Ambroise, les corps des glorieux martyrs Gênais et Prêtais. Cet étonnant miracle, dit ce docteur, fut connu d'un très grand nombede personnes dans ce;te grande cuV1, où l'empereur se trouvait alors, et où était accourue une immense mul itude pour vénérer ces respectables reliques (Ihiil). Combien d'autres miracles duntnous fait encore le récit saint Ambroise, et qui avaient eu lieu à l'occasion du seul attouchement des reliques de ces saints Martyrs! Il suffit de lire la lettre 85 qu'il écrivit à sa sœur Marcellitie pour être

SUR LE PREMIER COMMANDEMENT DE DIEU. 8f

pleinement convaincu de leur authenticité. Que de prodiges, dit saint Jean Chrysostôme, Dieu a opérés pour honorer les chaînes, le tombeau et l;s autres reliques de saint Pierre, prince des apôtres. Notre lâche serait interminable si nous nous mettions en devoir de parler de tant d'autres reliques de Saints, et si nous voulions compter lesénergumènesquiont été délivrés par elles, les démons qui ont été mis en fuite, les aveugles qui ont recouvré la vue, les muets qui ont recouvré la parole, les paralytiques qui ont obtenu l'usage de leurs membres! Que dirai-je encore des maladies, des pestes, des infections de l'air qui disparaissaient en présence de ces saintes Reliques portées en procession? A tout ce que je viens de dire, j'ajouterai tant de morts ressuscites* tant de tempêtes apaisées, tant d'incendies éteints.

4. Si donc Dieu, en considération de l'honneur que nous rendons aux Reliques de ses serviteurs, nous accorde de grandes faveurs, s'il opère tant de miracles par elles, qui sera assez téméraire pour en condamner le culte et la vénération? qui taxera ce culte de superstition? Pourra-t-on jamais dire que Dieu fasse des prodiges pour approuver un culte superstitieux? non certainement. Concluons donc que celui que nous rendons aux ossements, aux cendres, aux vêlements des Saints et à leurs instruments de pénitence, ou à ceux qui ont servi à leur supplice; concluons, dis-je, que ce culte est utile, religieux et saint. S'il" était superstitieux , on serait forcé de dire que celte pieuse femme dont il est question dans l'Évangile (Math. 9) et qui souhaitait ardemment de toucher le bord de la robe du Sauveur pour la guérir d'une infirmité, élait superstitieuse ; que ces malades qui accouraient se placer à côté de saint Pierre pour être rendus à la santé par le passage de son ombre, étaient pareillement superstitieux, qu'ils l'étaient aussi ceux qui pour guérir les malades appliquaient sur eux les linges et autres objets qui avaient appartenu à saint Paul (ibid. 19). Saint Antoine aurait donc été superstitieux, ainsi que beaucoup d'autres, lui qui conservait avec tant de soin la tunique de saint Paul premier ermile, ne la portant par respect que les jours de Pâques et de Pentecôte. Accuserait-on de superstition saint Jérôme qui faisait plus de cas de celte tunique , dune matière vile, que de la pourpre des rois de la terre. Saint Ambroise estimait plus les clous avec lesquels avait été crucifié un saint martyr, que tous les trésors du monde. L'illustre ville de Rome n'était pas tant considérée par saint Jean Chrysostôme pour son antiquité el la magnificence de ses édifices, que parce qu'elle possède les corps des apôtres saint Pierre

et saint Paul, les prisons où ils furent jetés «I les chaînes avec lesquelles leurs mains lurent iiées. Si diMM on ne doit pas dire que les Saints furent superstitieux et qu'ils >e trompèrent , il en résulte que la coutume de «éoéfffcr les îvlrmes dus Saints est très ancienne dans l'Eglise, puisqu'elle a été en usage depuis sa fondation. C'est là le motif pour lequel le grand docteur de l'Église, saint Ambroise, dans un discours qu'il (it le jour de la fête d'-s saints martyrs Nazaire et Celse (Ser. 93), après avoir dit que les reliques des martyrs protègent et défendent la ville, que leurs mérites et leurs suffrages nous obtiennent des grâces, que nous devons les honorer comme les avocats des hommes auprès de Dieu, s'écria avec un accent plein d'onction: « J'honore dans la chair » du martyr les cicatrices qu'il reçut en défendant la cause de » Jésus-Christ: j'honore la mémoire de celui qui vécut clans la » pratique de la vertu: j'honore les cendres consacrées parla » confession généreuse du Seigneur, et dans ces cendres le ger. » me de l'immortalité glorieuse : j'honore Le corps qui m'apprend » à aimer mon Seigneur et à ne pas craindre la matt qu'on me » ferait souffrir pour son nom. Et pourquoi les fidèles n'hono- » reraienl-ils pas un corps redouté des démons mêmes, qui, après » lui avoir fait souffrir mille tourments pendant sa vie, le glorifient » à présent dans le tombeau : j'honore donc ce corps que le » Christ honora sous le tranchant du glaive, et qui régnera un » jour dans le sein de la gloire. » Ainsi parlesainl Ambroise.

o. Mais comme nous ne pouvons pas toujours avoir des reliques des Saints auxquelles nous puissions rendre un culte , qu'au moins nous nous dédommagions de cette privation en nous procurant leurs images qui nous exciteront à de pieux sentiments. Oui, plaçons-en dans nos temples, dans nos maisons; témoignons leur du respect, agenouillés devant elles faisons nos prières. Mais c'est ici que les hérétiques élèvent la voix, se récrient, prétendant que ces images ont été interdites par Dieu dans le premier commandement: .Von faciès tibisculplile (Exod.20): « Tu ne feras aucune statue ni aucune image de quelque créa- » lira que ce soit, et tu ne l'adoreras pas. » Ils nous accusent donc ouvertement d'être idolâtres et ti ansgresseurs de la seconde partie de ce commandement. Mais qu'ils nous calomnient tant qu'ils voudront, nous tenant attachés à la doctrine que l'Église a toujours enseignée et pratiquée, nous déclarons qu'au lieu de commettre une idolâtrie ou une superstition, nous ne faisons rien qui ne suit louable et saint. Tel est renseignement de l'Eglise puise dons les décisions du concile de Trente, qui dans la matière que nous avons à traiter duil être noire suide.

6. On doit orner les temples des images de Jésus-Christ , de ta Sainle-Vierge et d'autres Saints.On doit leur rendre les honneurs et les hommages qui leur sont dus, non parce qu'on croit qu'il y ait quelque chose de divin ou quelque puissance en elles qui détermine à les honorer, ou à leur demander quelque grâce , ou à mettre en elles notre confiance, connue faisaient anciennement les gentils qui attendaient tout de leurs dieux inanimés, mais parce que cet honneur qu'on rend aux images se rapporte à l'original qu'elles représentent. Ainsi par le moyen des images que nous baisons et devant lesquelles nous nous inclinons ou nous nous agenouillons, nous adorons Jésus-Christ e^ nous vénérons les Saints qu'elles représentent à notre souvenir. Les fidèles ep honorant les saintes images n'ont pas d'autre but que celui que l'on vient d'indiquer. C'est ce que Le second concile de Nicée déclara en condamnant ceux qui attaquaient le culte des images, et le saint concile de Trente, en confirmant la doctrince de celui delNicée, en dit autant.

7. Voilà donc comment , selon l'enseignement de l'Eglise , nous devons distinguer l'adoration et la vénération absolue de la relative. Nous ne devons point adorer cette image matérielle de Jésus-Christ, image qui est une œuvre de l'homme; non, notre culte ne s'arrête point là, mais il doit tendre plus haut, à l'adoration de Jésus-Christ qui est représenté par cette, image. Nous ne vénérons point ces statues ou ces images delà très Sainte- Vierge, de saint Pierre, de saint Paul, de saint Antoine et des autres Saints; nous ne mettons et nous ne devons pas mettre notre confiance en ces statues, en ces peintures que nous savons être de bois, de pierre, de toile, de papier coloré ou d'autre matière, toutes choses auxquelles nous n'adressons pas, ni ne pouvons adresser nos prières, mais nous les adressons à la Sainte- Vierge, à saint Pierre, à saint Paul, et à saint Antoine, ou à d'autres Saints que ces objets nous représentent. Un chrétien qui s'humilierait devant ces images, leur supposant une puissance, agirait parfaitement comme agissaient les anciens païens et les gentils. Mais nous qui rapportons tous ces honneurs aux originaux que ces tableaux rappellent à notre souvenir, nous sommes en conformité de sentiments avec l'Eglise catholique.

8. On ne pourra cependant pas nier, dira quelqu'un, qu'en tolérant ces images, on donne aux gens simples et grossier» un moyen d'en abuser en adorant non relativement, mais absolument ces images , et cosséquemment qu'on les fasse tom* ber dans l'erreur. Ne serait-il donc pas mieux de les abolir F

Mais quand même quelques-uns pourraient en abuser, doit-on pour ceja les enlever d'entre les mains et de dessous les yeux des iidèles qui en retirent un si grand profit? Combien qui abusent de la sainte Écriture et des ouvrages des saints Pères? Et on peut dire sans crainte de se tromper que tous les hérétiques et surtout ceux des derniers temps en ont abusé ; faudrait-il pour cela défendre la lecture des livres divins ou celle des ouvrages des saints Pères? Le soleil, la lune, les étoiles et d'autres créatures firent une telle impression sur des hommes ignorants, qu'ils les prirent pour des dieux et leur offrirent leurs adorations; faudra-t-il donc les arracher de la voûte des cieux, afin que d'autres ne se méprennent pas aussi grossièrement que les premiers? Combien d'hommes font un mauvais usage de la nourriture et de la boisson; sera-t-il donc nécessaire d'interdire le manger et le boire9 non, mais il faudra enseigner la manière d'en user avec tempérance. Vous serez donc tous d'accord avec moi qu'il y aurait un grand inconvénient à détruire tout cela, n'étant chose au monde ni si bonne, ni si sainte dont les hommes impies et méchants ne fassent un déplorable usage, et qui ne devienne la cause de leur ruine. Que de chrétiens ont abusé et abusent encore des Sacrements institués par Jésus-Christ pour la sanctification des hommes ! oh! Dieu! et avec quelle indignité! Pour cette raison nous devrions donc aussi les anéantir? Malheur à nous, s'il en était ainsi ! Qu'aurons-nous donc à faire relativement à ces saintes images , afin qu'on n'en abuse pas? Ce qu'il y aura à faire ce sera d'apprendre aux simples fidèles, à la classe ignorante, comment ils doivent les vénéreret comment ils doivent leurrendre Ir; culte et l'honneur qu'elles méritent.

9. Soyez persuadés que ce serait une erreur grossière de borner votre adoration ou votre vénération à des images comme seraient celles du crucifix, ou delà Sainte- Vierge, ou des Saints, tellement que vos hommages s'y rapportassent uniquement sans les élever plus haut. J'en dis tout autant de quelque corps ou de quelques reliques de Saints, quand on les expose à la vénération publique: hélas! il n'est que trop vrai , que comme nous avons découvert de graves abus sur la manière dont on vénère ces amis de Dieu, de même aussi il en existe encore plus sur la manière de vénérer leurs reliques et leurs images. On voit souvent que lorsque dans des circonstances particulières on découvre aux regards du public quelque image qui passe pour plus miraculeuse qu« d'autres, ou qu'on place sur les autels quelque relique, on voit, ilis-je, des personnes du sexe sans instruction, et des chrétiens

complètement ignorants, qui font mille inclinations de tète toutes plus ridicules les unes que les autres, qui se prosternent d'une manière bizarre, qui se meurtrissent la poitrine à coups redoublés, comme si ces images et ses reliques éiaienl douées d'une puissance divine, et qui paraissent borner là toute leur dévotion. Oui, il n'est que trop vrai qu'il est un grand nombre de ces chrétiens et de ces chrétiennes qui emploient des expressions si inconvenantes et si extravagantes, qu'ils donnent à comprendre qu'ils placent toute leur confiance dans les images, et qu'ils attendent d'elles la grâce qu'ils sollicitent, et non de ceux qu'elles représentent. Je me recommanderai tant, dit celui-ci, au Crucifix de telle église, qu'il viendra à mon secours dans mes besoins, qu'il m'accordera les grâces que je désire. Je supplierai tant, dit l'autre, celte image miraculeuse de Marie, ou celle de saint Dominique, ou de saint François, ou de saint Antoine, qu'elle rendra à mon fils la santé. En effet, ajoute-t-il, aussitôt que j'ai eu prié, j'ai été exaucé. Chrétiens, ces expressions ne sont pas selon l'esprit et l'enseignement de l'Eglise; elles sont 3U moins suspectes d'erreur. Ce n'est pas l'imagedu Christ, mais le Christ qui, comme Dieu, habile en tous lieux, et comme homme se trouve dans le ciel et dans le très saint Sacrement, c'est le Christ, dis-je, qui doit vous assister et vous accorder les grâces que vous implorez. Ce n'est pas l'image de la Sainte-Vierge ou des autres Saints, mais la Sainte-Vierge elles Saints qui sont représentés par ces images, el qui dans l'état de gloire entourent le trône de Dieu, ce sont eux, dis-je, qui peuvent vous obtenir la sainteté, ou toute autre faveur que vous désirez, et si vous l'avez obtenue, ce n'a été que parce qu'ils ont prié pour vous le souverain bienfaiteur des hommes. Croyez celte vérité et vous ne tomberez pas dans l'erreur. 10. Mais le saint Concile de Trente va encore plus loin. Après avoir indiqué la manière avec laquelle on doit vénérer les images, il nous apprend quel fruit nous devons en retirer. Il dit donc que: « Les Evêques doivent apprendre aux peuples que comme » les tableaux ou peintures représentant les divers traits de la » Passion de Jésus Chri>t, produisent sur les cœurs des fidèles » un salutaire eff.-t, puisqu'ils sont ainsi excités à méditer plus » souvent les articles et les. vérités de la loi; de même aussi ils » retireront un grand fruit des saintes images, non-seulement » parce qu'elles rappellent les bienfaits, les dons qui nous sont » accordés par Jésus-Christ ; mais encore parce qu'elles mettent » sous leurs yeux les miracles opérés par l'intercession des » Saints,les exemples admirables qu'ils ont offerts dans leurs per-

86 vn. instruction

» sonnes, afin qu'ifs en rendent gratte à Dien, et qu'imitant les » Saints, ils se règlent sur leurs exemples, j conformant leur vie » et leurs mœurs, et qu'ainsi ils soient portés à adorer Dieu, à » l'aimer, et à pratiquer la piété et la v .Ttu (Sess. 25. in Dëcr. » ut sup.) ». Tel est donc en pr.Miiier lien l'effet que doivent produire les images dans les chrétiens, c*est de servir comme dé livre pour instruire les ignorants dans les mystères de notre foi, et detre utile à ceux qui sont plus avancés dans la connaissance de la religion et de les leur imprimer plus profondément dausl'esprit. Les images et les peintures produisent dans les personnes grossières et ignorantes qui les contemplent, les mêmes impressions que produit l'Ecriture en ceux qui savent lire, parce qu'en les considéra ni elles apprennent à connaître ce qu'elles doivent suivre et pratiquer: c'esl la réflexion de saint Grégoire pape (lib. 9.Ep.9. ad Serenum Episc. Mas.).

11. En second lieu les images et les peintures sont très propres à allumer dans les cœurs l'amour de Jésus Christ, de la Vierge et des Saints qu'elles représentent. Et de même que les hommes passionné* pour le monde ont soin de faire faire le portrait de l'objet qu'ils aiment, pour entretenir et augmenter l'alTeclion qu'ils éprouvent pour lui, ainsi agissent les âmes amoureuses de Dieu, pour alimenter toujours dans leur cœur l'amour dont ellessont éprises pour lui. Sainte Thérèse, cette amante si dévouée à Jésus-Christ, anrail toujours voulu avoir sous lés yeux l'image de son bie-a-aimé Jésus, afin d'embraser toujours davantage son cœur de son amour: pour atteindre ce but, comme nous le lisons dans sa vie , elle portait toujours sur elle l'image de la Samaritaine , qui près d'un puits demandait au Christ l'eau vive dont il lui avait parlé ; et aussitôt qu'elle fixait les yeuv sur cette image, cette sainte fille se sentait intérieurement pressée de demander avec un grand désir l'eau vive de la grâce, et de crier avec la Samaritaine r Seigneur , donnez-moi de celte eau vive, afin que je v'aie plus soi/'. Et qu'est-ce qui détermina la même sainte à se vouer totalement à Dieu, quand elle chancelail encore dans le parti quelle avait à prendre, sinon une image de Jésus flagellé, attaché à une colonne, couvert de plaies et baigné de sangt'Sàftïl Charles Borromée, qui ae pouvait se lasser de méditer sur la Passion de .fésws-Chrïsr.allait passer an certain nombre île Jours dans ia solitude do Mn'iH-Varal, où tous les mystères de la pa<siiui uV fèsus-FJtrisI -ont représentés d'une miwîeile frappai!!;-, r.e qu'il Si principalement sur la tin de ses jours; on pourrail en dire ton! au'ant des autres personnes dévouées à la Saintei> itrge et aux Saints.

SUR LE r-REMJER COMMANDEMENT DE DIEU. 87

12. D'ailleurs les mystères de la vie éff Jésus- Christ retracée

dans un tableau on une image, ne font-ils pas une impression plue profonde que lorsqu'ils sont seulement indiqués dans le Symbole? Et la pilié que réveille dans l'àme la vue de l'enfant Jésus venant de naitre, n'ayant pour demeure qu'une étable, pour berceau qu'une crèche où il est étendu sur un peu de paille, enveloppé de quelques pauvres lances, n'est- elle pas plus grande que lorsqu'en récitant le Symbole on dit simplement : Qui est né de la Vierge Marie? Quel est l'homme, le plus inaccessible à la commisération qui ne s'attendrisse et ne laisse échapper des larmes en voyant ce divin llédempleur, qu'un tableau vous représentera dans une agonie cruelle et inondé d'un torrent d'eau et de sang, ne se brise de douleur en le voyant saisi et enchaîné ignominieusement par des soldais, traduit devant les tribunaux, souffleté, conspué et honni? De quelle compassion n'esl-on pas encore rempli en présence de ces tableaux ou de ces images , lorsqu'on y voit ce divin Sauveur lié à une colonne, cruellement fouetté, au point d'être totalement déchiré; et lorsqu'on lecon^ temple ensuite ayant sa léte environnée d'une couronne d'épines extrêmement aiguësmoniantau ('alvaire sous le poids d'une lourde croix? Enfin de quel double sentiment et de compassion et d'amour n'est pas affectée l'âme, en considérant dans un tableau .lésus suspendu à une croix et mort par charité poumons? 11 est c-Ttain qu'on éprouve des mouvements plus affectueux et plu* tendres envers l'adorable Rédempteur, en ayant sous ses yeux les mystères de sa Passion et de sa mort, qu'en les récitant simplement, et en disant que : Jésus-Christ souffrit sous Poncc-Pilate, qu'il fut crucifié et qu'il mourut. Disons-en autant , niaise un degré inférieur, des impressions que produit dans nous le spectacle qu'offre un tableau représentant Marie mère du Sauveur, transpercée de douleur au pied de la croix de Jésus; le premier martyr saint Etienne priant pour ses bourreaux sous une grêle de pierres; le martyr saint Laurent étendu sur un gril rougi par le feu, reprochant au tyran et à ses bourreaux leur impuissance; tant de jeunes Vierges qui, pour ne pas perdre leur chasteté et leur foi, offraient leur tête au tranchant de l'épée. Enfin que de sentiments divers, de compassion, d'étonnement et de désirs d'imitation font naître dans les cœurs ces représentations ou ces images !

13. AU! si, au lieu de considérer si attentivement ces tableaux qui ne représentent nue des nudités honteuses et infâmes et des objets scandaleux et lascifs, on daignait porter ses regards ou sur

$8 Vir. INSTRUCTION

l'image de Marie qui fut toujours pure, ou sur celles qui représentent de saintes filles préférant de perdre la vie plutôt que de perdre leur virginité, l'âme ainsi que le cœur s'ouvriraient à des pensées plus chastes et plus pures. Si tant 'e femmes, au lieu de sacrifid les heures du jour à contemple" leur figure dans un miroir, ou pour en corriger les défauts ou en relever la beauté, se faisaient un saint miroir de l'image «le Jésus-Christ, et qu'elles s'attachassent à la considérer avec attention : ah ! que de souillures et de défauts elles découvriraient dans ieui âme! De quels crimes ne seraient-elles pas forcées de s'avouei coupables ? Elles reconnaîtraient dans cette sainte imagp '.otis leurs péchés, et dans eux la cause de tous les supplices que souffrit l'innocent Jésus ; elles verraient que c'est pai leur désir insensé de plaire à des hommes qu'elles devaient mépriser , que c'est par leur parure trop recherchée , par leurs immodesties dans leurs vêtements, qu'elles l'ont flagellé, couronné d'épines, cloué sur une croix. Tels seraient les fruits que retireraient les chrétiens des tableaux , s'ils ne s'en servaient que dans de sainte^ dispositions.

14. Le troisième fruit qu'on relire des saintes images comme des reliques, est. de conserver en nous le souvenir de la vie et des actions de Jésus-Christ, de la Vierge et des aines Saints et par ce moyen de réveiller en nous le désir «le le-; imiter. Comme nous l'avons vu , la principale intention de l'Eglise en proposant à notre vénération les Saints, ainsi que leurs reiiques et leurs images , est qu'ils nous servent de modèles et qu'ils nous remplissent du courage nécessaire pour arrivera l'acquisition delà gloire par les moyens qu'ils ont employés. Le vrai honneur que l'on rend aux Saints, dit saint Jean Chrysoslôme, consiste à les imiter. Alors vous mériterez qu'ils vous soient propices, et que Dieu vous accorde les grâces que vous demandez par leur intercession. Mais si vous ne vous efioreez pas de marcher sur leurs traces, n'espérez pas qu'ils intercèdent pour vous, ni que Dieu vous écoute. Comment pourriez-vous espérer qu'ils prient pour vous, et que Diru en leur considération fasse descendre sur vous ses grâces , si au lieu de marcher suivant vos forces sur leurs traces, vous faites tout le contraire de ce qu'ils ont fait ?

Étant prosternés dans une église devant une image de Jésus- Christ crucifié, ou dans notre maison , si nous considérons et réfléchis>ons que c'est par un excès de charité pour nous qu'il s'est offert à la mort, qu'il a répandu son précieux sang, et qu'il a perdu la vie sur le bois delà Cry*v- serail-il possible que nous

ne fussions pas sensibles à taul de charité ? Aurions-nous le courage de l'offenser de nouveau, de le crucifier une seconde fois par nos péchés? Ah ! non , Seigneur, nous n'aurions pas lame assez dure pour le faire! 0 vous donc, qui avez été crucifié, nous voulons vous respecter , vous aimer et ne jamais plus vous offenser! En vous nous contemplons la hauteur, la profondeur, l'étendue de l'amour qui vous détermine à mourir pour nous. Nous demandons votre grâce pour correspondre aux saintes intentions (pie vous avez eues eu vous sacrifiant pour notre salut; et parce que nous ne sommes pas dignes de vous adresser nos prières, nous supplions votre très-sainte Mère, et tous vos Saints qu'ils s'intéressent en notre faveur, afin que nous puissions vous servir fidèlement ici-bas, et aller ensuite régner éternellement avec vous dans le Ciel.

Sur le respect avec lequel on doit adorer Dieu dans les églises.

Quoique nous devions en tous lieux rendre à Dieu nos hommages et nos adorations, nous devons les lui rendre d'une manière particulière dans les églises, qui sont les lieux qu'il a choisis spécialement pour que l'homme vint s'humilier et s'anéantir en sa présence; c'est pour cela qu'elles sont appelées dans les saintes Ecritures, les maisons de Dieu , des maisons d<« prières , des lieux où éclate la majesté divine, el où le souverain Maître des cieux rend sa présence sensible par sa miséricorde , sa bonté et l'effusion de ses grâces. Or, s'il n'est aucun endroit où nous ne soyons dans l'obligation de le respecter, de nous abaisser devant lui, de le louer, de le bénir, de l'adorer, et de ne jamais rien faire qui puisse l'offenser et allumer contre nous sa redoutable eolère, avec combien plus de raison devons-nous accomplir Ions ces devoirs dans le> églises qui sont des lieux si saints el si véné râbles? Nous venons donc premièrement avec quel sentiment d'humilité et de respect nous sommes obligés de l'adorer et de l'honorer dans l'église, parce que c'est un lieu saint : secondement, combien foui rage el le déshonore celui qui l'offense, el enfin combien Dieu traite avec sévérité le profanateur de ce sainl lieu.

1. Nous pouvons connaître qm'lle est la sainteté de nos églises et comprendre avec quel respect et quelle humilité l'on doit y adorer la majesté divine, parlas cérémonies qui ont lieu dans leur

30 VIIT. INSTRUCTION

consécration, et par les divins mystères qu'on y célèbre. Vous n'ignorez pas les cérémonies pompeuses et solennelles usitées pour leur consécration , et un grand nombre parmi vous en auront peut-être été témoins. Parmi celles qui se font, je ne vous parierai <iue de quelques-unes des principales. Cette cérémonie ne se fait point par un simple prêtre, mais par un évèque, ce qui dénote qu'il faut une autorité plus grande pour la consécration d'uue église que pour la bénédiction ordinaire des autres choses. Pour vous faire connaître que cette action est une des plus solennelles et des plus augustes, on ordonne, comme dans les plus grandes fêles, que la veille de cette imposante cérémonie Ton jeune, et cejeùne prescrit est accompli par lévêque, le clergé et le peuple; puis le jour où l'on doit procéder à celte consécration étant arrivé, revécue revêtu de ses bal» ils pontificaux, après avoir aspergé d'eau bénite les murs extérieurs de l'église, frappe à sa porte qui s'ouvre aussitôt devant lui, il entre, et en faisant le tour plusieurs fois, il la bénit comme il la déjà fait extérieurement. Ensuite on répand dans 1 intérieur des cendres en forme <le croix, puis on encense, et enfin l'on oint les croix avec l'huile sacrée.

2. Ce sont là les cérémonies principales, toutes saintes et toutes mystérieuses. Celte cérémonie se fait donc par un é\èq\\e qui frappe à la porte pour qu'elle s'ouvre et qu'il entre dans l'église; parce que comme ministre de Dieu, il prend en son nom possession d'un lieu qui doit lui être consacré. 11 frappe à la porte qu'on ouvre incontinent, pour signifier que les ministres de Dieu frappent à la porte de votre cœur, afin que vous l'ouvriez à leurs saintes exhortations, et que' par ce moyen Dieu en devienne le maître. S'il fait en dehors le tour de l'église, et plusieurs fois en dedans, et s'il jette de l'eau bénite sur les murs pour en chasser les démons, c'est pour indiquer que celle terre est sainte, que ce lieu est béni, consacréàDieu, que les esprits malins n'en peuvent plus faire leur demeure, ni y exercer leur puissance. Dans les atitres lieux, l'esprit infernal a un libre accès, il l'a dans les boutiques, dans les places publiques, dans les théâtres, dans tous les lieux où se donnent des spectacles publics, où l'on joue, où l'on se divertit, où l'on danse, et où l'on fait encore pire que tout cela; mais les églises sont les lieux dont l'entrée est interdite aux démons, quand vous ne l'y introduirez pas par vos irrévérences. Ce sont les lieux où il n'est plus permis de faire sans péché ce qu'on peut faire ailleurs. On ne peut pas y discourir sur les choses du monde, y conclure des ventes , ou des achats,

y faire des trafics ou des négoces; c'est parce qu'ils en avaient agi ainsi, que le Sauveur chassa du Temple les profanateurs qui vendaient les objets mêmes qui servaient aux sacrifices. On n'y doitvenirque pour y chanter , ou y entendre chanter les psaumes, les autres louanges du Seigneur; on ne doit y venir que pour entendre prêcher la parole de Dieu, y écouter les explications que l'on y donne sur la sainte loi et les divins mystères ; on ne doit y venir que pour prier et sanctifier son âme par la réception des Sacrements.

3. îNous avons dit en troisième lieu que dans la cérémonie de la consécration des églises on répand sur le pavé de la cendre en forme de croix , sur laquelle on écrit L'alphabet grec et latin. La cendre et la croix sont le symbole et la figure de la mortification et de la pénitence que Jésus-Christ nous recommande d'embrasser, si nous voulons être ses disciples etle suivre dans la voie du bonheur ; c'est ce qu'il appelle porter sa croix , croix qu'on doit porter tous les jours; et celui qui ne veut pas la porter ne sera jamais compté au nombre de ses disciples. C'est pour entrer dansl'esprit de la pénitence qui devait être prêchée plus tard par Jésus-Christ, que le roi David (i\s. 101), lorsqu'il pleurait ses péchés, mêlait ses larmes avec sa boisson et mangeait son pain avec des cendres. C'est ainsi que Job (42) faisait pénitence dans la cendre,et que les JNinivites s'en étant couverts, désarmèrent le courroux du Seigneur prêt à éclater sur eux (Jona. 3.) Quand donc nous entrons dans les églises, nous devons y porter un esprit de mortification et de pénitence ; c'est de ce même esprit que nous devons être remplis et pénétrés tant que nousy demeurons. C'est pour rappeler cet esprit de pénitence que les tribunaux de la réconciliation sont placés dans les églises. Lorsque nous nous en approchons , nous devons donc détester avec un cœur contrit et humilié nos "péchés, no us en accuser avec sincérité, y recevoir et accomplir les satisfactions qui nous sont imposées.

4. En quatrième lieu nous avons dit que lévèque et le clerg-5 font fumer l'encens dans loutes les parties de l'église. Que signale cette cérémonie ? Elle signifie que nos églises sont consacrées à Dieu, et qu'on est dans l'obligation de l'y honorer. Quand les trois Mages quittèrent leur pays, pour venir adorer notre divin Rédempteur qui était né à lîethléem , et qu'arrivés dans retable, ils lui offrirent trois dons mystérieux, de l'or, de L'encens et de lu myrrhe; suivant l'opinion de saint Grégoire, de saint Jérôme et de tous le> Pères, l'encens qu'ils lui apportèrent en présent signifie la divinité; etsi slans L'offrande qu'ils lui firent de l'or, il-

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le reconnurent pour roi , si dans elle de la myrrhe ils le considérèrent comme étant un homme sujet à la mort, ils le reconnurent comme Dieu dans l'offrande de l'encens. Nos églises sont par conséquent consacrées à Dieu devant qui nous brûlons et à qui nous offrons de l'encens. Mais si elles le sont, pourquoi dit-on : telle église est consacrée à la Sainte-Vierge, telle autre à un tel Saint? Je vous réponds qu'en parlant ainsi, il y a impropriété dans les termes dont on se sert lorsqu'on dit : cette église est l'église de la Vierge, ou de tel Saint, pare,? que toutes sont exclusivement les maisons de Dieu et qu'elles lui appartiennent; maison les appelle églises «les Saints, parce qu'elles sont consacrées à Dieu en leur mémoire, afin qu'en y priant le Seigneur, ils liii offrent nos prières et nous le rendent propice. Une autre chose, suivant le sentiment do même saint Grégoire, est signifiée par l'encens qu'on brûle en l'honneur de Dieu, c'est la venu de la sainte prière, comme le dit lePsalmiste : Diritjalur oralio mea sicut incensum in conspecln luo (Ps. 140). Que ma prière s'élève vers vous comme Vcrnens s'élève en votre présence. Aussitôt que l'encens est jeté dans le feu, la fumée qui s'en échappe monte dans les airs : ainsi la prière du juste qui s'humilie devant Dieu pénètre les nuées, dit le Saint-Esprit (Eccl. 35), monte jusqu'à son trône et n'en redescend pas qu'elle n'ait louché le Seigneur de compassion, et non discedel, ilonec Altissimas ospiciat. C'est pour celte raison que Jésus-Christ appela le temple de Jérusalem maison de prière (Matin. 21), pour nous apprendre que lorsqu'on s'y trouve, on doit se livrer à ce saint exercice.

5. La dernière cérémonie qu'on pratique dans la consécration de nos églises consiste dans l'onction des croix [teintes sur les murs, onction faite par Pévéque avec du baume et île l'huile: l'huile signifie la paix et la réconcilialion avec Dieu ; le baume qui a la vei tu de guérir les plaies et de foilifier les parties faibles, siunilie les remèdes spirituels destinés à guérir les plaies de l'âme et à fortifier notre faiblesse. C'est doue, dans les églises que s'opèrent la paix el la réconcilialion avec Dieu; c'est là que réside Jésus-Christ qui est le grand médiateur enlre Dieu et les créatures et le vrai pi ince de la paix ; c'est là que l'on annonce el que l'on donne la paix aux hommes de bonne volonté; c'est làqn'elieest préchée par les ministres sarrés. C'est dans les églises que sont guéries nos ph.ies. Et (jue sont elles ces plaies? Ah! vous ne le savez que irop, rc sonl nos petites. Et quelle n'es! pas la multitude et l'énoi mité de ces péchés et de ces plaies? Eh bien, on en obtient la guérison par le moyen des sacrements. La plaie du péché origi-

nelest bien grande, et cependant on en esl ^uéri par le baptême. Celles que nous font nos péchés actuels suit bien nombreuses, et cependant on en est guéri par la pénitence. Mais où ces admirables effets sont-ils produits ? Dans les églises. Là nous somme» baptisés, là nous sommes absouts, là on applique le remède sur nos plaies, là on en est délivré , là sont effacés nos péchés , là notre faiblesse est fortifiée par l'efficacité des Sacrements, et dans ces remèdes merveilleux et puissants nous puisons le courage nécessaire pour ne pas retomber dans les mêmes fautes. Ainsi par ces cérémonies si augustes et si solennelles dont on se sert pour consacrer les églises , cérémonies qui sont une source féconde d'en-* seignements utiles, chacun devrait connaître combien elles sont saintes, et avec quel respect on doit y entrer ets'y tenir.

6. Mais ce qui nous fera mieux comprendre quelle est la sainteté de nos églises et quel est le respect dont nous devons y être pénétrés , c'est que Dieu lésa choisies pour être le lieu de son séjour, qu'il y réside avec plaisir comme dans un palais qu'il s'est construit lui-même, el que c'est du haut de ce trône où il est assis qu'il répand ses bénédictions. Ces églises sont les lieux où ses yeuv sont , dit-il , toujours ouverts pour voir nos misères; où? ses oreilles sont toujours attentives pour écouter nos prières; c'est là qu'il veut que son nom soit toujours invoqué, et où il déclare que ses yeux et son cœur rempli de tendresse nous cherchent pour nous combler de faveurs (Paralip. 7). Que si Dieu promit de répandre de si nombreuses et de si grandes grâces sut* ceux qui viendraient l'adorer dans le temple que construisit et lui dédia le roi Salomon, et si pour celle raison, les pré 1res et Les lévites s'y tenaient avec tant de respect, et le peuple dans une telle crainte, que ni les uns ni les autres n'osaient en toucher les murs, de quelle crainte et de quel respect ne devront pas être saisis les pi êtres et les chréliens,en entrant dans nos églises, où il a daigné nous accorder des faveurs plus spéciales ei plus extraordinaires, qu'il n'en accorda dans le temple de Salomon? Car si ce temple fut honoré de la présence de Dieu, parce qu'il y répandait sans mesure ses bénédictions et ses grâces, nos églises sont le lieu oii Jésus-Christ réside réellement sous les espèces du pain et du vin , dans le divin Sacrement; et si on offrait à Dieu dans ce temple des bœufs el des brebis, on lui offre dans nos églises en sacrifice son divin Fils éternel fait homme.

7. Jésus-Christ demeure donc réellement dans nos églises, où il est présent dans le sacrement de nos autels. Il est vrai que comme Dieu ilesten tous lieux, mais comme homme il n'est que dans le

'Jï VIII. INSTRUCTION

i'.H-l et dans nos tabernacles où repose cesacrement divin; Jésus. ■Christy habile vrainienl avec son corps, son sang précieux, son âme et sa divinité. C'est celle présence qui remplit d'élonnement le ciel et la terre ; c'est ceLte présence qui pénètre d'une frayeur indicible Ions les démons. C'est elie que te» anges adorent en silence, entourant par milliers cette haute majesté humiliée et cachée dans cet auguste sacrement et s'abaissant devant elle. Si MB étions éclairés des vives lumières de la foi, comme l'étaient tes Basile et les Chrysostôme , nous verrions ces esprits célestes, comme plusieurs fois ils ont eu ce privilège , nous les verrions , dis-je, prosternés respectueusement autour des autels qu'ils environnent, comme des courtisans ou des soldats en face de leur souverain ; nous les considérerions pénétrés de respect, adorant, bénissant et louant le Seigneur. Quelle doit donc être notre révérence, notre vénération et notre respect en entrant dans l'egiise el y étant en présence de Jésus-Christ renfermé et caché dans nos tabernacles? Quand, en consacrant à Dieu le temple qu'il avait construit , le roi Salomon vit que par celle nuée miraculeuse qui y descendit, le Seigneur lui faisait connaître qu'il re:npltssait ce saint lieu de sa majesté et de sa gloire, il resta stupéfait, et ayant levé les mains vers les cieux, entre tant de pensées qui se succédaieuten lui, il ne s'arréla qu'à celle-ci : Il faut donc croire que Dieu se plaît a habiter sur la terre. Si les cieux' ne peuvent vous contenir, comment le pourra cette maison que j'ai élevée à votre nom? Etonnés pareillement dune merveille semblable et saisis d'une sainte irayeur, disons comme lui: Oui aurait jamais pensé que le Dieu de majesté eût fait ses délices de résider dans nos églises et de les honorer de sa sainte et réelle présence , d'y résilier, non pendant quelques jours et quelques années, mais jusqu'à la fin des siècles ? Quelle condescendance! quelle bonté! quel amour ! Mais par quelle reconnaissance pourrons-nous correspondre à tant de bienfaits? Le peuple d'Israël , quand Dieu manifesta sa présence en faisant tomber le feu du cie I sur les victimes pour les consumer, rempli d'une sainte frayeur, se jeta à ter- Te, s'agenouilla pour le louer et l'adorer (2. Parai. 1). Que devrionsnous faire nous à qui la foi enseigne que non seulement il (M réside pas dans nos églises à des intervalles plus ou moins éloignés et à des époques différentes, mais qu'il y réside le jour, la nuit , continuellement enfin ? Avec quel respect ne devons-nous pas sous prosterner et nous abaisser devant lui ?

8. Mais, me direz-vous , nous ne fjisonstouteseespro^rati ois, ■©es ineli nations, et nous ne dumums c os signes extérieurs d«

respect, qne lorsque ce divin Sacrement est porté en procession, ou lorsque nous le voyons solennellement exposé sur les autels. Mais Jésus- Christ renfermé dans N*s tabernacles de nos églises n'est-il pas le même qu'on porte dans les processions ou qu'on expose sur les autels? Pourquoi donc votre foi ne vousexcite-t-elbï pas à lui rendre le même culte , non-seulement en vous anéantissant intérieurement devant lui et en lui offrant les hommages de votre cœur, mais encore extérieurement par l'altitude respectueuse dans laquelle vous devez vous tenir en sa présence ? Ah ! chrétiens, si nous entrions dans nos églises, pénétrés d'une foi vive qui vous fit tenir ce langage: C'est ici, c'est dans ces tabernacles que repose Jésus-Christ, mon Seigneur et mon Dieu, qui voit mes pensées les plus cachées et qui pénètre dans les plis et replis de mon cœur; c'est ici que réside le Dieu auprès duquel , landïs qu'il était revêtu de notre chair, accouraient fous les infirmes comme au véritable médecin, pour se faire guérir de toutes les infirmités et de toutes les plaies du corps et de l'âme , et dont la bonté veut encore guérir les miennes: c'est de lui seul que je puis espérer la grâce en cette vie , et la gloire éternelle en l'antre. Me voici en présence de celui devant qui je serai forcé de comparaître, non-seulement à la fin des siècles avec tons les hommes qui ont existé , mais encoreseul avec lui seul, peut-être plutôt que je ne le pense, peut-être dans quelques jours , qui bien que supportant avec patience mes péchés , ne les voit et ne les connaît pas moins , et qui, quoique infiniment bon pour me les pardonner, si je recours à lui repentant et changé, est aussi infiniment juste pour me punir , si je persévère avec obstination dans mes fautes. Oh ! de quels sentiments de religion ne serions-nous pas pénétrés, si, quand nous nous prosternons dans les églises, nous faisions ces réflexions en présence du divin Sacrement! avec quelle révérence et quel respect ne se tiendrait-on pas devant le trône de cette grande majesté , afin d'implorer sa miséricorde et d'apaiser sa juslieevAh! vraiment mon Sauveur est ici, s'écrierait-on avec Jacob, et je ne le savais pas, ou pour mieux dire, je n'y faisais pas attention ; verc Dominas est in loco isto, ei nesciebam (Gen. 18).

9. Mais ce qui , en rendant la sainteté de nos églises plus grande, doit encore nous inspirer plus de respect et de vénération 9 c'est que non seulement Jésus-Christ les honore de sa continuelle et véritable présence ense tenant renfermé dans nos tabernacles, mais qu'il s'y offre tous les jours en sacrifiée à son l'ère. Oui, chaque fois qu'on célèbre le redoutable sacrifice de 1 1 Messe , on fait dans nos églises l'action la plus sainte et la plus auguste de notre

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religion, puisque s'offre de nouveau cegrand sacrifice que Jésus- Christ offrit volontairement sur la croix dans le temps de sa passion. Avec quel respect et avec quelle révérence devez-vous donc y assister ! Dites-moi , mes frères, si par hasard vous vous fussiez trouvé au sommet du Calvaire en compagnie de la très Sainte- Vierge , de saint Jean, de sainte Madeleine et des autres pieuses femmes , quand Jésus-Christ , attaché à l'arbre ignominieux , s'offrait en qualité de \ictime à son Père pour le salut de tout le genre humain , quels sentiments de piété, de compassion et en même temps de respect n'auriez-vous pas conçus à la vue d'un spectacle si terrible et si douloureux! Or sachez que toutes les fois qu'on célèbre la sainte Messe , Jésus-Christ s'immole comme victime pour vos péchés ; son sang, prix divin de notre rédemption.se sépare mystérieusement du corps,et de nouveau se répand mystérieusement. Avec quelle pureté de vie, avec quelle dévotion devons-nous y assister? Avec quelle humilité devons-nous prier ce Sauveur qui rend une si grande gloire à son Père par ce sacrifice , qui daigne par cette immolation journalière nous réconcilier avec lui et nous obtenir les grâces et les secours qui nous sont d'une indispensable nécessité pour le servir dignement! Dans quels sentiments d'une vive reconnaissance devons-nous contempler ce divin agneau offert en holocauste , et former la résolution efficacede nous immoler comme lui, et en qualité devictimes qui lui appartiennent , nous livrera lui sans réserve ? Enfin avec quel respect et avec quelle humilité ne devons-nous pas nous tenir dans l'église qui est un lieu si saint, puisqu'il aété consacré à Dieu par tant de bénédictions , puisqu'il est sanctifié par la présence réelle de Jésus-Christ qui y est renfermé dans nos tabernacles,etqui s'offre ddiis le redoutable sacrifice de la messe comme une victime de piopiliation pour nos péchés?

Ah ! il faudrait , mes frères , que notre vénération et notre piété dans nos églises rivalisât avec celle des premiers chrétiens dans le temple où ils se rendaient. C'était admirable de les voir entrer avec le sentiment d'une crainte si sainte qu'ils ne croyaient jamais être assez purs ni assez innocents pour demeurer dans ce saint lieu. Ils étaient pénétrés d'un lel respect qu'ils n'osaient pas détourner la face du sanctuaire, et qu'ils le quittaient dans une telle modestie et gardaient un silence si profond, qu'ils se Lisaient une conscience de prononcer une parole ou de regarder la figure de qui que ce fut. Oh! combien ces chrétiens étaient convaincus de la sainteté de nos églises et delà présence réelle de Jésus-Christ sur les autels l

' 10. Mais hélas ! que de chrétiens se comportent différemment aujourd'hui ! quel est celui qui se fait un scrupule d'entrer dans l'église pour assisterai! redoutable sacrifice , et pour y adorer Dieu , quand il se sent souillé de quelque péché mortel ? Quel est celui qui. se trouvant dans un était aussi malheureux, entre dans les églises avec l'intention de chercher les moyens de se purifier t Qui est-ce qui y étant entré, pousse aussitôt des gémissements profonds devant les autels, y confesse à Dieu ses péchés, en est repentant , et lui en demande humblement pardon ? Combien der chrétiens, au contraire,ne voyons-nous pas assister à ce divin Sacrifice, bouffis d'orgueil, aveuglés par leur amour propre,pleins de rancune, animés du désir de la vengeance, avec un cœur sali par des pensées impures! Assistera l'immolation du divin Agneau sans tache , non-seulement avec uue àme et un cœur souillés de raille fautes , mais encore avec une volonté perverse de rester dans le même état, cela n'est-il à vos yeux qu'une imperfection* légère? Ne sera-t-el le encore qu'une faute légère, cette disposition qui vous porte à sortir de l'église avec la résolution prise de passer le reste de la journée, celui-ci dansles cabarets, celui-là dans les jeux, l'un dans les têleà-lêle coupables et dangereux , l'autre dans les réjouissances et les bals ou encore dans les comédies» dans les conversations et les danses dissolues , ou enfin s'abandonnant à des actions que la pudeur défend de nommer? Ah! chrétiens, si vous n'avez pas assez de foi et de piété pour vous rendre à l'église avec la ferme résolution de quitter le péché , ' pourquoi vous y rendez-vous avec l'impie desein de continuera le commettre? pourquoi vous y rendez-vous avec la funeste intention de vous en rendre encore de plus en plus coupables? pourquoi , dans le moment où Jésus-Christ réside dans nos taberna-< clés ou se sacrifie sur les autels , faites-vous souffrir celte divine victime par vos conversations inconvenantes , par vos rires immodestes , par vos regards lascifs, ne sortant de là qu'après avoir renouvelé sur son adorable personne tous les outrages qu'oQ lui fil souffrir dans sa cruelle passion ? Rursum crucifigentes Fi- Hum Dei.

11. Mais quoiqu'il en soit, comprenez-vous l'injustice dont vous vous rendez coupables à l'égard de Dieu , et conséquemment l'offense que vous commettez contre lui, non-seulement en manquant de respect à un lieu si saint, mais encore en le profanant par des actions indécentes et honteuses? lieu saint , parce qu'il est devenula demeure de Jésus-CIn -ta. Ah! que ne puisje vous ouvrir lescieux pour vous rendre témoins de la manière I. S

r.vc" laquelle tesÂoges et les Saints honorent et adorent cflf* 15vioc majesté? Mais saint Jean à qui cette faveur fut accordée, comme il l'avoue dans son Apocalypse, se chargera de vous en instruire. Ah! qu'y avez-vous donc vu dans ce céleste séjour, grand Saint? Une immense multitude de tontes les nations , des myriades d'anges qui se prosternaient devant le trône de Dieu et devant celui du divin Agneau, et qui, déposant à ses pieds leurs couronnes, n'avaient d'autre occupation que de le bénir, de le louer, de le glorifier et lui rendre grâce (Apoc. A). Mais ce même Dieu et cet Agneau divin qu'adoraient les Saints et les anges du ciel ne demeure-t-il pas nos dans églises et sur nos autels? Pourquoi donc, au lieu des adorations et des hommages qui lui sont dus, n'y reçoit il que des insultes et des outrages ?Les esprits bienheureux, ces habitants célestes qui jouissent de la gloire de Dieu, s'abaissent devant lui , se couvrent la face , en présence de cette suprême majesté de leur maître , s'anéantissent , se prosternent àses pieds , et n'ouvrent la bouche que pour chanter ses louanges, célébrer sa gloire; et nous misérables vermisseaux, cendre et poussière, nous que le péché rend si vils et si méprisables, nous qw, en présence de Dieu, devrions nous abîmer dans notre néant , puisque nous ne vivons et nous ne respirons encore que parun effet de sa miséricorde ; nous, dis-je, nous nous tenons debout en face de ce grand Dieu , avec an air de fierté et de dédain ! Celui-ci >'y tienlsans aucun respect, celui-là y promène des regards impudiques, cet autre n'y vient que pour être vu ; ici l'on en voit qui tiennent des discours profanes, et là d'autres qui n*en tiennent que de honteux et d'infâmes. Et c'est ainsi qu'on a l'audace de se comporter dans nos églises en présence de Dieu! c'est ainsi qu'on ose l'insulter sous ses yeuxT Ne venez pas vous excuser en me disant que les Anges et les Saints ne sont saisis d'un si grand respect, dans le ciel, que parce qu'ils voient à découvert cette di. vine majesté , mais que dans nos églises Dieu est invisible et caché. 11 est vrai, je l'avoue , que les yeux du corps ne peuvent te découvrir ; mais n'est-il pas visible à ceux de la foi qui nous enseigne queleséglisessontla demeure de Dieu , et ne devons- nous pas alors nous convaincre que ce n'est que dans les sentiments de la plus profonde humilité et du plus profond respect que nous devons y entrer et y rester?

12. Si nos églises sont dignes de notre respect parce qu'elles sont des lieux sanctifiés par la présence réelle de Jésus Christ qui y a fixé son séjour et s'y immole à son Père, que si par conséquent en les profanant nous nous rendons coupables envers lui

«Hivc offense très grave, les églises n'en soûl pas moins digues de noire respect, parce qu'elles lui ont été consacrées |>-u- un •:i\; ni nombre de cérémonies mystérieuse-;, parmi les •; ne lies nous <:r. avens distingué cinq principales: La première, e^ que i'Evêque ayant frappé à la porte, y entre, après qu'e Ile lui a été prompteinent ouverte; ce qui signifie que les chrétiens, dans les églises, • ut obligés d'ouvrir leurs oreilles pour entendre la voix des info isEres sacrés, et être toujours disposés à écouter la prédication de la parole divine. Mais quelle ne serait pas l'indignité ■■]■' ia conduite de ces chrétiens qui se refuseraient à entendre cette parole divine, prêchée par les envoyés de Dieu dans ces lieux; redoutables, pour n'écouler que des propos mondains, et quel. que chose de pire encore, des paroles déshonnêtes ou contraires à la charité ? En agir ainsi ne serait-ce pas un^, horrible profanalion? ne serait-ce pas une offense grave contre Dieu"? Toute l'é- . •■ en dehors et en dedans est aspergée d'eau bénite, afin d'en : . >sér 1 es démons et de leur interdire à jamais l'accès dans un I u quia été soustrait à leur juridiction, sanctifié et consacré Dieu; mais quel outrage ne lui ferait-on pas, si, malgré les Décidions par lesquelles ces lieux sacrés lui ont été voués, <•■ d'où le démon a été chassé, on y introduisait encore cetennei.1 Mais comment, me demanderez-vous, l'y introduit-on? Ouand on y entre avec le péché mortel sur la conscience, avec : ; attachement à ce tyran des âmes, et ce qui est encore plus horrible, quand on a l'audace d'y en commettre de nouveaux et de es. Oui, mes chers frères, soyez bien convaincus de cette ■lié, que quand vous êtes en état de grâce, vous êtes le temî Saint-Esprit, et Dieu établit sa demeure dans vo:re cœur? iiais quand vous êtes dans le péché mortel, votre cœur est letem" pie du démon, et il y habite comme dans sa propre maison. Personne ne pourra me contester la proposition que j'avance, parce qu'on !a trouve dans le saint Evangile. Le démon entra, dit saint Jean , dans le cœur de Judas dès qu'il eut formé le projet de livrer son divin Maître. 0 Dieu! qui ne sera pas rempli de frayeur à la seule pensée, qu'étant dans le péché mortel , tout homme porte avec lui cet esprit infernal, qu'il Pintro iluit triomphalement, età la grande honte de Jésus-Christ, dans ces temples d'où il a été chassé par tant de cérémonies.

13. En troisième lieu, nous avons dit qu'on répand des cendres sur le pavé en forme de croix. Qu'est-ce que la croix? c'est l'instrument sur lequel mourut notre divin Rédempteur, et que Jcsus-Chi'isl nous commande de porter tous les jours. La croix et

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la cendre, symboles et figures de pénitence, de mortification et «l'humilité, doivent en tout lieu accompagner le vrai disciple de Jésus-Christ, mais spécialement dans les églises. Qu'en seraitil si, au lieu de l'esprit de pénitence, de mortification et d'humilité qu'on doit y apporter, on y venait avec un cœur enflé de vanité, sousdes habits fastueux, sion y rorliorcliaii »es aises, et qu'on n'eût d'autre chose en vueque de se faire admirer ? Et mal» heureusement c'est ce qui arrive. Apportent-ils dans l'église cet esprit de pénitence , de mortification et d'humilité, et pratiquentils les \erlus dont je parle, les jeunes gens voluptueux et vains ,. qui n'y viennent que pour servir, courtiser ci contempler les créatures? Apportent-elles dans nos églises l'esprit de pénitence, de mortification et d'humilité, ces femmes parées avec tant de soin et de luxe, que saint Ghrysostôuse doutait si elles allaient au théâtre , an bal , àun festin, à la recherche de quelques i jeunes gens passionnés, à quelque spectacle publie pour y Lire l'étalage de leurs beautés, ou à l'église pour s'humilier devant Dieu, et lui demander avec gémissement et eu poussant des soupirs le pardon de leurs fautes ? Car, dit ce saint, un suppliant et des vêtements magnifiques ne peuvent s'allier; on ne peut voir sans rire quelqu'un pleurer sous l'éclat des pierreries, sous des coli- Hchets de toutes espèces , et on ne peut solliciter de Dieu le pardon des fautes passées, dans le temps qu'on le déshonore par tant •d'orgueil et de faste.

14. Vient ensuite la quatrième cérémonie qui est l'encensement de l'église. L'encens, connue nous l'avons dit , est le symbole de l'oraison , et l'église le véritable lieu où elle doit se faire: «Ma maison, dit Jésus-Christ (Matth.21), quand il chassa » du temple les profanateurs, est une maison de prière: Do- » mus mea,domus oralionis. vocahilur.» Ainsi la prière est l'exercice auquel on doit vaquer dans les églises. Et de même que l'encens s'élève toujours, ainsi nos prières ne doivent jamais monter que vers Dieu, et n'avoir d'autre but que lui; il faut donc qu'elles soient faites dans un grand recueillement et dans un profond silence. Malheur donc à ces chrétiens qui viennent à l'église. avec tout autre dessein que celui de prier Dieu, et qui s'y tiennent avec irrévérence ! Malheur à ceux qui dans ces églises détournent leur attention de Dieu et deses divins mystères pour la porter sur toute autre chose ! Malheur à ceux qui y ont le cœur attachée la lerre , l'esprit disirait et volontairement occupé des affaire» du monde et des misérables créatures qui sont l'objet i,e leurs passions ! Malheur à ceux qui dans le temps de l'oraison

SL'R LE PREMIER COMMANDEMENT DE DiEU. lOf

s'avisent de parler d'intérêts , de nouvelles; plus encore malheur à ceux qui tiennent des propos impudiques! Oui ne voit pas combien ils outragent Dieu en agissant si contrairement à ses intentions? Saint Ambroise, dans le troisième livre de la Virginité, raconte un fait qui devrait confondre tous ceux qui se permettent si volontiers de converser dans l'église. Un prêtre pieux étant avec son peuple dans une église voisine d'un marais, habité par un grand nombre de grenouilles qui par leurs coassements troublaient le recueillement cl le silence nécessaires soit pour écouler la divine parole, soit pour vaquer à la prière, leur commanda de se taire, et toutes obéirent, on n'entendit plus aucun bruit. A l'injonction d'un prêtre, s'écrie saint Ambroise, des grenouilles se taisent pour ne pas troubler le silence des églises, et les hommes ne se tairont pastSUenl paludes , et homines non silebunt ? Des êtres sans raison craignent de troubler les cérémonies sainles, et des hommes ne craindront pas de le (aire par leurs conversations bruyantes!

15. Enfin l'on fait avec le saint chrême des onctions sur le* croix, onctions qui signifient que les églises sont des lieux de réconciliation et de paix. Ici s'effacent toutes les inimitiés qui existent entre Dieu et l'homme, parce qu'ici se remettent tous les* péchés qui en sont la cause malheureuse. Mais qu'en sera-t-il, mes frères, de ceux qui au lieu de venir dans nos églises pour y faire la paix, on se réconcilier avec Dieu, n'y viennent que pour y provoquer sa juste indignation? Quels châlimens horribles attendent ces infortunés ! quels supplices encore sonl réservés à ceux qui viennent combler la mesure de leurs péchés dans les lieux mêmes où ils doivent être effacés ! Je vous ai déjà dit que celui qui offense Dieu dans un endroit digne d'un si grand respect et d'une si grande vénération , puisqu'il a été sanctifié partant de bénédictions, et surtout par la présence réelle de Jésus-Christ, commet un péché plus grand et plus énorme que tous les autres: d'où il résulte conséquemment que Dieu s'apprêle à punir ce péché avec encore plus de sévérité et de rigueur que les péchés ordinaires. Pourrait-on être assez aveugle pour ne pas comprendre que celui-là mérite des châtiments plus sévères qui se permet audacieusement de l'irriter et de l'offenser (à où sa bonté a élevé un trône île miséricorde et de paix ? Les interprètes sacrés sonl Iruppés u'élounement lorsqu'ils réfléchissent sur cet étrange commandement que lit David à son fils Satomon: « Me voici sur lepmotde mourir, lui dit-il (3. Ueg.2)* » et tu te rappelles sans doute quelle a été la conduite de .luab>

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» à mon égard. Agis selon la sagesse que je te connais , ne le laisse » pas mourir tranquillement sur son lit; mais fais-lui subir la » peine de son crime par une mort violente. » Cependant David ne lui il pas un des rois les plus doux et les plus saints? Westcr p s sur le point d'expirer qu'on pardonne toutes les ijijiues? Pourquoi dune ordonne-t-il de faire mourir son ennemi? Mai* la raison qu'en allègue David fait cesser tout étonnemeni: cji-, effudiisan(juinembetiiinpaeB,\)&rçe que en temps de paix, il a égorgé, comme s'il eût été en guerre, deux princes avec qui il vivai* sous les appareuces d'une vraie amitié. Tremblez donc tous, » profanateurs des églises, qui faites d'un lieu de réconcilia!!!»!; et de paix lin champ de guerre, et qui changez en tribunal de> justice le tribunal du pardon.

V3. La profana' ion des églises est donc un crime qui ne se pardonne que difficilement; car, bien loin d'apaiser la justice divine, et d'implorer sa miséricorde, elle provoque l'une et l'autre à une éclatante vengeance. El pour nous convaincre qu'il n'y a pas de péché que Dieu punisse plus sévèrement que celui que l'on commet dans les temples consacrés à Jésus-Christ, il suffit de lire les saintes Ecritures.

« Les as-tu vues , dit Dieu au prophète Ezéchiel (8), ces profa- » nations dont ils? s'y sont rendus coupables? Est-ce peu de chose » à tes yeux, qu'après avoir souillé la terre par leur infâme » présence, ils viennent encore m'olïenser dans ma maison même? » Errjoct et/0 faciamin furore meo... et cum clamaveril... non * exaudiam eum... Impies qu'ils sont !.. Ils osent m'outrager » dans ma maison et sous mes yeux? Anges, ministres de mes » vengeances , aiguisez mes flèches , remplissez-en mes carquois; » il s'agit de venger les irrévérences commises dans mon temple : » Acuité sagillas , impiété phare Iras... quoniam ullio Domîni » est, ullio lempli sui (Jer. 51). » Mais que dis-je? ce divin Rédempteur lui-même en personne, ne nous est-il pas représenté, quand il était encore sur la terre, s'armant d'un fouet pour chasser du temple ceux qui le profanaient? Mais, me direz-vous, Jésus Christ n'est-il pas l'agneau de Dieu? n'est-il pas le parfait modèle de la douceur? n'est il pas le prince et le roi de la paix? N'est-ce pas lui qui accueillit avec tant de bonté la femme adultère, la femme pécheresse, les publicains, et leur pardonna tous les énormes péchés dont leur vie était souillée? Et vous nous le dépeignez transporté de colère, châtiant de sa propre main les fodigues profanateurs du temple, et surtout d'un temple «toi n'éàail qu'une ligure des nôtres? Ah! réponde .:( tous les.sau.l. Pc-

res, la raison pour laquelle le Sauveur en agil ainsi, c'est que l'irrévérence dans les églises est le plus grand crime que les hommes puissent commettre, et c'est ce crime qui arme son bras des plus terribles châtiments. Ou? ce seul acte de sévérité de ia part d'un Dieu dont la mansuétude était le fond du caractère, nous apprenne, à défaut même de toutes les autres preuves, combien nos églises sont dignes de vénération et de respect, et combien l'audacieux' profanateur de ces maisons qui lui sont consacrées, l'outrage grandement: ainsi nous détournerons de dessus nos têtes les coups terribles de sa colère. Apprenons encore avec quelle révérence nous devons nous y tenir , et avec quel respect nous devons y adorer notre Dieu, afin que, bien loin d'attirer sur nous le poids de ses vengeances nous méritions ici-bas ses bénédictions et ses grâces, pour aller ensuite l'adorer, le bénir, et le louer avec les Auges et les Saiuls dans l'éternité.

Sur les péchés contraires an premier commandement et à la Religion. Sur les superstitions.

Après avoir terminé l'explication du commandement qui nous ordonne d'adorer Dieu seul, il est nécessaire de connaître quels sont les vices et les péchés opposés à la religion et au vrai culte que nous ne devons rendre qu'à lui seul, afin que tous puissent les éviter. Et comme parmi les vices, la superstition occupe la première place et que tous les autres vices se rattachent pour ainsi dire à elle, c'est pour cela que nous dirons premièrement ce qu'elle est, et nous en indiquerons quelques-unes des principales. Secondement nous démontrerons combien sont impies et pervers ceux qui par la voie des devins et des astrologues cherchent à savoir les choses cachées et future-;. Enfin nous prouverons combien offensent Dieu ceux qui tirent des conséquences de leurs songes et des vaines observances, et ceux qui font des partes avec les dénions.

1. La superstition est un culte déréglé et vicieux qui se rapporte m Dii'ii ou à quelque fausse divinité. Sans parler du cultf superstitieux rendu aux fausses divinités, et dont il a été déjX question dans une instruction sur l'idolâtrie, nous nous entretiendrons aujourd'hui seulement de celui qui a Dieu pour objet. Le culte qu'on lui rend peut devenir superstitieux quant à la manière dont on l'adore, et c'est lorsqu'il est faux ou superflu : il

serait faux, si l'on publiait des miracles supposés, si l'on exposait sur les autels des reliques non authentiques, si l'on observait quelque rit qui n'aurait point élé établi ni pratiqué par l'Eglise, si l'on prétendait honorer Dieu par les sacrifices ou autres cérémonies de la loi ancienne qui ont été abolies, ou si Ton avait la hardiesse d'exercer les fonctions de prêtre ou de tout autiv ministre de l'Eglise, sans en avoir reçu le pouvoir. Croire honorer Dieu par ces différentes manières, c'est lui rendre un culte faux et superstitieux.

2. Celui-là rendrait encore à Dieu un culie superstitieux qui voudrait l'honorer d'une manière contraire à celle qui a été instituée par Dieu même et par l'Eglise, et opposée à celle qu'ont adoptée généralement les chrétiens pieux. Ainsi le saint Concile de Trente (Sess. 22) condamne comme superstitieux tout rit et toute cérémonie qu'on emploirait dans la célébration du saint sacrifice de la Messe, autres que celles qui sont approuvées par l'Eglise et reçues unanimement par les fidèles. Elle condamne comme superstitieuse la conduite de ceux qui ne croyaient pouvoir soulager les âmes du purgatoire que par l'offrande d'un certain nombre de messes dites avec un nombre fixé de cierges allumés, et par une aumône qui devait être de telle nature et non d'une autre. Nous devons être persuadés que la sainte Messe étant le vrai sacrifice qui est offerte Dieu, est très utile pour abréger les peines dont ces âmes sont redevables à la justice divine pour les fautes qu'elles ont commises. Mais cette vertu n'est pas attachée/ à un nombre limité de messes, mais à la sainteté de la victime offerte à Dieu , victime qui est son propre Fils : voilà quelle doit être notre croyance. Ainsi il faut considérer comme superstitieuses ces pratiques de piété qui ne peuvent nullement contribuer à l'honneur de la Divinité et des Saints, et qui consistent, par exemple, à suspendre tel ou tel autre travail le samedi ou le vendredi, quoique en ces jours on vaque à d'autres œuvres serviles. Ah! c'est le dimanche et les fêles qu'il faut suspendre vos travaux; c'est alors que vous donnerez à Dieu des preuves d'obéissance et de respect, c'est alors que vous honorerez la sainte Vierge et les Saints: mais travaillez autant qu'il vous plaira les autres jours de la semaine, appliquez-vnis à ces œuvres de piété qui sont saintes, approuvées par l'Eglise et ses ministres, et renoncez à celles qui sont insignifiantes, inutiles et vaines, mises en vogue par des femmes ignorantes et par le peuple. 3. Le péché de la superstition consiste pareillement à employer certains signes ou caractères, certaines paroles ou ccr-

taines herbes cueillies le jour de la fête de tel ou tel autre Saint, à les porter sur soi, ou à s'en servir pour guérir les maladies des hommes comme celles des animaux. Suivant la doctrine de tous les Théologiens, d'après saint Thomas (2. 2. q. 19), ce n'est point une superstition ni une chose illicite de se servir simplement des choses naturelles pour produire des effets qu'on présume et qu'on croit pouvoir être produits par elles. Mais quand quelqu'un use de certains caractères , de certaines paroles, ou d'autres moyens dans lesquels on reconnaît clairement une impuissance radicale à opérer un effet quelconque , on ne peut douter alors qu'il ne se trouve en tout cela superstition et action illicite. Et quelle vertu naturelle, dites-moi , s'il vous plait, peuvent renfermer en elles-mêmes les choses que nous venons d'indiquer pour réaliser les espérances que l'on fonde sur elles? Il est certain qu'elles n'ont aucun rapport avec la fièvre ou avecr toute autre maladie dont on cherche la délivrance. Ce n'est don» que du démon et par un pacte tacite ou formel avec lui, que l'on peuten attendre la guérison, et l'excuse qu'apportent ceux qui emploient de tels moyens, en alléguant que les paroles dont ils se serventsonttirées de la sainte Écriture, que les nomssont ceux de Jésus-Christ, de la Sainte-Vierge et des Saints, que les signes sont ceux de la croix, et que les herbes ont été cueillies un jour de fête d'un Saint, n'est pas admissible : parce que le démon a coutume de cacher sa malice sous celte apparence de sainteté. Et comme Dieu, par ses ministres et par la vertu de ses divines paroles, opère dans les Sacrements et clans les bénédictions des effets merveilleux, ainsi le démon, par l'intermédiaire desaffidés qu'il a choisis, par celui de femmes ignorantes, d'hommes grossiers qui sont pour l'ordinaire de mœurs corrompues, ne fait pas difficulté de se servir des termes de la sainte Écriture, des noms de Jésus, de la très Sainte-Vierge et des Saints pour voiler sa rage, et précipiter dans l'erreur tant d'âmes simples qui ajoutent imprudemment foi à ses promesses.

4. Quelle est l'étrange folie , s'écriait saint Chrysoslôme dans le temps où il vivait, de ceux qui mettent leur espérance dans ces moyens superstitieux, et qui pensent par l'emploi illicite de ces semèdes , se guérir d'un mal de tête , de la fièvre , et délivrer pareillement de leurs maladies les bœufs, les chevaux , les troupeaux, et qui dans ce but s'adressent à de misérables femmes en proie au délire et à la folie! Que si nous les engageons, continue ce grand Saint, à renoncer à ces moyens défend us, ils croient nous démontrer que nos observations sonl fausses en apportant pour

408 IX. rS'STRUCTION

excuse que ces femmes sont chrétiennes, et que psjr produire les effets qu'ils espèrent, elles invoquent |e non) sacré de Dieu. C'est pour cela, poursuit le Saint, qu'on doit les détestée et les éviter avantage, puisqu'elles se servent de ce nom redoutable pour l'outrager, et qu'en faisant profession d'être chrétiennes, elles se livrent à des actions dignes des païens, Les démons aussi proféraient le nom de Dieu; mais il n'en étaient pas moins démons, et dans le temps qu'ils disaient à Jésus-Clirjit qu'il était le Fds ifc Dieu, il les reprenait sévèrement , et les chassait honteusement «les corps de ceux dont ils s'étaient emparés (H. 22. ad Pop.). N'est-ce pas une superstition, et même une impiété de croire que Dieu ait voulu attacher aux caries, aux mouvements et aux paroles de telle ou telle personne, la vertu et le pouvoir de guérir des maladies, et qu'il l'ait îvfusé aux prières établies par la sainte Église, et aux bénédictions de se-; piètres? Ah! sachez-le bhn, e'est le démon, ennemi capital du vrai culte de Mien, qui cherche à introduire ces pratiques criminelleset ces remèdes superstitieux au milieu du peuple chrétien, afin de l'éloigner de l'adoration de ce même Dieu, et de se faire adorer lui même. Voudriez-vous donc abandonner votre Créateur et mépriser les bénédictions des prêtres, par lesquelles, quand il lui plaira, vous pourrez éliv délivrés de vos maladies, pour recourir au démon, ou à ceux qui ont fait alliance avec lui, ou par un véritable pacte, ou par le commerce qu'ils entretiennent avec o.^ esprit infernal ? N'oubliez pas que par celte conduite, vous vous rendez indignes de sou divin secours; qu'au lieu d'obtenir votre guérison, il vous punira en vous envoyant la moi t.

5. C'est ce qui arriva à Qchosias ,roi d'Israël (4. Reg. 1). Il était tombé de la fenêtre d'un de ses appartements très élevés, et il était gravement malade de sa chute : au lieu de s'adresser à Dieu, il envoya ('es députés consulter Belzébuth , fausse divinité d'Accaron. Sur ces entrefaites un ange du Seigneuraverlit te prophète E\\e et lui ordonna d'aller à la rencontre de ces envoyés pour leur adresser ces paroles : « Ty-a-l il point de Dieu eu Israël, pour que » vous alliez consulter m\e fausse etimpuissante divinité? eh bien, » puisque vous avez ainsi outragé ce Dieu en qui vous devez met* o Ire votre confiance, écoutez ce qu'il va vous dire par ma bouo che: En punition de son impiété,Ochosias ne guérira pas , il ne » descendra plus de son lit , mais il mourra. » C'est ce qui arriva. J'en puis dire autant à ces aveugles qui, bien loin de recourir à Dieu assez puissant pour les délivrer de toutes leurs maladies, fondent leurs espérances sur des remèdes superstitieux. Quand

SUR LEPP.EV.IKB CnjiMAKDEMENT DE DIEU. 107

tous êtes dévorés par l.i (ièvr.\que vous éprouvez des main de tête, ou que vous vous trouvez surpris et quelque autre mala-li^ . ainsi que vos enfants et vos animaux, je vous demanderai aus-i s'il n'y a point de Dieu à qui vous puissiez vous adresser : JfwMqmâ non est Deus m Israël*. Wj a t-il pas la très sainte Vierge , n'y a.til pas les Saints dont vous pouvez invoquer la protection, et à qui: vous pouvez demander du se- ouïs ? N'a\ez vous pas iies pasteurs et tint d'autres prêtres de Jésus-Christ, dont les prières et les bénédictions pour; ont vous obtenir ce que vous demandez , lasanté? Pourquoi donc voulez-vous invoquer le démon, employer ses remèdes superstitieux et diaboliques , et en attendre votre guérison ? Si un enfant se trouvant ni.dade , avait M pèm si excellent, médecin (ju'il pût dans un instant le délivrer de sa maladie,, sera t-il a<s-'z insensé pour aller consulter un médecin éi ranger? et s'il le faisait, ne serait-il pascoopable d'outrage à l'égard de ce père? C'e-t ainsi que se comporte eelui qui dans les maux qui l'anTgent, au lieu d'invoquer notre Dieu si rempli de compassion pour ses enfants, a la folie de recourir à des remèdes vains et criminels.

6. Mais, me dite-vous, dans les maux dont wv somme-; ; ; ffi îgés. ainsi que nos enfants ou nos animaux, bous nous sommes ad cessés à Dieu, aux Saints, nous nous sommes fait bénir par les prêtres, et rependant nous n'avons pas recouvré la santé. Ne sachant plus quel parti prendre, nous avons eu reeonrs à ces remèdes que vous appelez superstitieux . et nous j w.i nbliw une guérison complète pu leur moyen. C'est ce qui me rempl tde* frayeur pourvoit-; ; sachez que quand Dieu à qui t'MKwmAN adressés ou rnimédidtcmcnl M médiatemeni pas fes Saints ou par les prêtres, n'a accordé nia sons, ni à vos enlv.nts, nia vos troupeaux la santé que vous reclamiez, il n'a en en vue que d'éprouver votre (idélité. Dieu vous éprouve de ce- te manière . afin. de bien connaître, comme le disait Moïse aux Hébreux (i)cut. 13), si vous l'aimez de tout votre cœur et de toute votre àme, ou si vous ne l'aimez pas : telle a été autrefois sa conduis, et Hîeesç encore telle aujourd'hui. Ii n'attendait peut-être pow accomplir» vos \œux, que. plaçant en lui seul votre ronfimee, vous persévérassiez dans votre demande, et que ses refus apparenta ne votts' dégoûtassent point de l'importuner; ou bien, s'il a refusé à von» . et à vos enfants la santé, c'e>t parce qu'elle vous était ainsi qirtfc* eux plus dangeretise qu'utile. Mais l'avez-vons obtenue parle» moyens supei-stitieuxque vous n'avez pas rougid'employer^Trefflb, blez que ses redoutables jugements n'aient eu part àceUefayeurvfP

que ce ne soit que pour votre ruine éternelle. Voudriez-vousdonc, dans l'intérêt de votre guérison , consulter le démon plutôt (pie Dieu? et voudriez-vous ainsi damner votre âme ?Ah î combien il vaut mieux pour vous, mes frères, être dévorés de toutes les fièvres les plus ardentes, souffrir tous les maux de tête et toutes les espèces de maladies, plutôt que d'obtenir votre guérison par ces remèdes diaboliques , indignes de vous , qui vous exposent ainsi à perdre votre âme; il est préférable que tous vos animaux restent mafJades et périssent, plutôt que vous ne mouriez à la grâce: Mat* moricumDeo.sine talimedico,quàmvivere sine Dco,medico diabolo, disait un bon chrétien , à qui on avait proposé ces remèdes. On raconte que saint Bernard , étant encore petit, et éprouvant d'horribles douleurs à la tête, se mit à pousser des hauts cris en voyant s'approcher de lui une certaine femme qui prétendait vouloir le soulager par des signes et des paroles superstitieuses, et 3a chassant d'autour de lui comme un instrument du démon , il se précipita de sou lit avec une grande vivacité, et se sentit incontinent guéri par une verlu toute divine. lien serait ainsi de vous, si vous placiez votre confiance en Dieu, en faisant une guerre à mort à toutes les superstitions.

7. En second lieu, le plus grand péché de superstition est celui quelessaintslivresappeUenUadw>»nofton;ilse commet quand on cherche à savoir quelque chose de caché et de secret en appelantàsou aide le démon qu'on a consulté parquelque pacte tacite ou formel ; il a lieu principalement quand on veut avoir une connaissance des choses futures et qui dépendent du libre arbitre. Ce péché est entièrement contraireau premier commandement, r« n'auras devant toi d'autres dieux que moi. La science de l'avenir appartient tellement à Dieu, qu'il n'y a aucune créature, quelque parfaite qu'elle soit, qui puisse la posséder, si elle ne lui est accordée par le souverain distributeur des dons. C'est un droit de ladivinilé,ditTertullien (Apol.c. 23); idoneumtestimoniumdivinitatis verilas divinationis ; « Sachez nous révéler ce qui est ca- » ché dans les ténèbres de l'avenir,ditlsaie(41), pour faire connaî- » Ire d'un côté la grandeur de Dieu , et de l'autre, la folie des » gentils, et nous avouerons que vous êtes tous autant de dieux.» Vouloir donc savoir ce qui est encore dans les ombresde l'avenir, c'est commettre un attentat contre la Divinité même. Quel péché ne sera-ce donc pas de recourir au démon et à ses ministres pour avoir la science des choses dont la connaissance est réservée à Dieu seul ? c'est tomber dans la plus grande de toutes les fautes» gttiest l'idolâtrie; parce que c'est attribuer au démon un honneur

et un droit que Dieu seul possède.El tel est la raison pour laquelle il a en abomination la divination, et tel est le motif qui l'engagea à la défendre aux Hébreux sous des peines si rigoureuses. Dans leLévilique (19. v. 20), il ordonne qu'on n'aille jamais consulter les magiciens ni les devins pour quoique ce soit, et il veut que ceux qui font profession de prédire l'avenir soient condamnés à lamortet à la lapidation.. Ainsiencore, dansleDeutéronome(18),il défend d'interroger tous ceux de celle profession et autres, qui possédés de l'esprit malin , annoncent les choses futures; avertissant les Juifs qu'il déteste ceux qui font ces œuvres , et qu'il anéantira les Chanauéen s, parce qu'ils s'adonnaient aces superstitions. Mais quelle est la raison de celte horreur de Dieu pour l'invocation des démons? C'est parce qu'on leur rend ainsi un culte dont il est si jaloux , et qu'on ne doit qu'à lui seul. De même qu'un sujet qui a l'audace de faire partie d'une conjuration , ou qui s'avise d'entretenir des rapports avec les ennemis de son souverain , commet un délit de lèse-majesté, ainsi celui qui par le moyen de telles personnes a des commerces avec le démon, l'ennemi capital de Dieu , offense la majesté divine.

8. Cependant croirait-on que des chrétiens élevés dans le sein de l'Eglise et nourris de la sainte doctrine, arrivent jusqu'à ce point de démence et d'impiété que d'avoir recours à cesdamnables superstitions, de vouloir connaître des choses cachées que l'on ne peut naturellement savoir, et percer ces ténèbres profondes qui les environnent par des moyens pervers et illicites. Serait il croyable qu'il yait des chrétiens qui, afin de connaître des choses qui peuvent arriver comme ne pas arriver, ou autrement pour se faire dire la bonne fortune, suivant l'expression vulgaire, dans l'intention d'apprendre à quelle époque leurs filles se marieront, quel sera l'époux qui leur écherra, de quelle condition il sera, s'il sera riche ou pauvre ; pourrait-on croire, dis-je, qu'il y ait des chrétiens qui consultent des bohémiens et autres vagabonds accoutumés à vivre de vols et de mensonges? Pourraiton croire que, pour découvrir des larcins très cachés et leurs auteurs, il y en ail qui recourent à des sorciers ou autres gensde celle espèce? Àh! sont ils chrétiens ceux qui consultent les ennemis de Dieu, les ministres du démon, et le démon lui-même? JNon, ils ne le sont pas , ou s'ils le sont, ce n'est que de nom. Et comment pourrait se rendre coupable de celle impiété un vrai chrétien? L'excuse de ceux qui déliaient que, par de semblables recours et actions, ils n'ont point faitde pacte avec le démon, et n'ont jamais eu l'iulenlion de lui rendre aucun culte ni aucun hon-

110 iX. INSTRUCTION

neur, est inadmissible. Envainl'assurent-i's,ifsn'en sonl pas moins coupables d'une faute très grave en usant de ces moyens que ni Dieu ni la nature n'ont établis pour celte lin , mais qui l'on* été par le démon. Ainsi lorsque vous recourez à lui , »ws toiles en réalité un pacte au moins tacite avec lui, et quoique voas disiez de bourbe que vous n'avez point l'intention de l'honorer ni d'avoir aucun rapport avec lui, votre action superstitieuse renferme en elle même une telle malice. Si vous voulez être vraiment chrétiens, .si vous vouiez être les adorateurs du seul vrai Dieu, rejetez bien loin de vous ces pratiques si criminelles.

9. Mais que doit-on penser de l'astrologie? ser.i-l-clle permise-, ou devra-ton la ranger au nombre des superstitions? I! y a deux sortes d'astrologie, la naturelle et la judiciaire La première, qui s'appelle astronomie , n'ayant rien de mauvais en elle- même, est permise. On s'en sert pour prédire les éclipses, fa distance et le rapprochement àss planètes, quelquefois aussi les vents, les plui's, les chaleurs, les froids et les autres eff> ts qui en sont les résultais naturels. Il n'est point défendu de s'en servir pour faire «les observations dans l'intérêt de la navigation, de l'agriculture et de ta médecine. Mais si vous parlez de rastrologiejudiciaiie, qui prêtent! prédire d'après l'inspection des astres, des étoi es des planètes, tes choses futures contingentes, et qui dépendent de la volonté humaine, comme par exemple, si telse mariera, ou s'il vivra célibataire, s'il se fera religieux, quel sera le nombre d'enfants qu'il aura étant mirié, s'il parviendra aux honneurs, s'il acquerra des richesses, quels seront les malheirrs qu'il auraàéprouver, les dangers qu'il courra, et d'autres choses semblables, ce sonl- la tout autant de superstitions et d'impiétés détestées de Dieu, suivant les divines Ecritures, dans lesquelles il proteste qu'il est celui de qui dépendent les astres et les hommes, et que tous ceux qui croient avee assurance prédire les événements futurs d'après l'inspection de ces astres et de leur course, feront une (in malheureuse; superstition encore condamnée par iesilé'iois (te l'I^lUe et par les souverains Pontifes. Apprenez donc que tes astrologues ne peuvent savoir ni les choses futures, ni celles qui se sont déjà passées et qui ont échappé à la connaissance des autres hommes; ils ne savent autre chose que vous dire des riens et vous débiter des mensonges.

10. Cependant, ob>ervercz-vous, nous étant fait dire notre bonne fortune, l'astrologue a deviné tout ce qui nous était arrivé, soit bon, soit mauvais; et un grand nombre des choses qu'il nous a prédites se sonl déjà réalisées. Ainsi connaissant les mal*

heurs qui doivent nous frapper il n'est point de moyens que nous n'ayons pris pour les détourner de dessus noire tète. Celle même objection fut faite à saint Augustin; car les astrologues existaient déjà de son lenips, et cette curiosité et cette passion désordonnée <Jg péjftélrer dans les mystères de l'avenir n'ont pas pu être déracinées parmi les chrétiens, de sorte qu'aujourd'hui encore nous voyons des astrologues errer au milieiî de. nous et gagner une confiance dont ils sont si peu dignes, Le saint répondit à celte objection, en déclarant que si leurs prédictions se réalisent, ils n'en sont que plus abominables, comme étant suspects d'avoir des intelligences avec le démon, et que conséqueunnent il faut rompre tout rapport a«ic eux. Les chose* futures qui dépendent de la volonté ne peuvent être connues que dç Dieu seul; l'ennemi de notre salut peut former beaucoup deconjectures sur les événements futurs, d'après les in dimdionsdes hommes, d'après le genre de vie qu'ils mènent, choses qu'il connaît parfaitement bien; et quanta ce qui s'est passe?. ilost hors de doute qu'il peut tout connaître. Mais pourquoi cet esprit infernal met-il donc tant d'importance à maintenir dais le monde cet art si pernicieux', qu'il ne fait point de difïi-uUéde révéler à ceux qui se sont soumis à sa puissance toit ce qu'il sait, tout ce qu'il peut savoir, et ce que Dieu pafinet ou'il sa^he. Et pourquoi Dieu permet-il cela? aiio qu'en puuiti >u de leur curiosité et de leurs péchés, ils tombent dans les illusions f'tîfls tromperies dont le malin esprit se plaît > les re;>a;tre. \iuv' les astrologues vous répondent au ha -ar<{ ^ ou dis -ut des puénlités, ou vous parlent d'anrèsles inspirations du d mi m, qu ami" leurs mvdieiious sont vraies; c'est alors, conclut -aînt \ugusthi, qu'il faut éditer surtout ers astrologues avec le plus grand sohv Na.rinw diee>\h'S w« cavenili saut.

1 1. Mais écoutez-moi, vous qui éprouvez un si grand, désir d. savoir les choses passées et les choses futures : je veuv aussi faij-.ï à ma manière l'astrologue et le devin. D'après des principes m:.i ne peuvent vous induire eu erreur, parce qu'ils sont de for, jeveux découvrira vos yeux ce qui vous est arrivé dans des leujp^ déjà écoulés et vous prédire ce qui vous arriéra si vmi&ugr changez de vie et de BWaur$, ei'e-d-il pas vrai que miaml vois». vous éps exposés Ibuérairement à quelque occasion dan^eivf»se dépêcher, vous avez succombé à la tentation qu'elle a fait nu>tre, suivant la parole du Saint Esprit (Kccho. ): Qui cuwtff peviculuin, in illopcrib'W] IN'est-il pas vrai, filles imprudentes, que vous avez commencé à contracter dû mauvaises uabitu&s?

depuis que vous tous êtes permis de fréquenter des jeunes gens corrompus? N'est-il pas vrai, malheureuses épouses, que vous ne commençâtes à violer la foi conjugale que depuis que vous eûtes des familiarités avec des jeunes gens, ou avec vos serviteurs, el que vous voulûtes plaire à d'autres qu'à votre mari? De quelles honteuses pensées votre esprit ne fut-il pas, pour ainsi dire, inondé depuis que vous assistâtes à ces comédies si grossières et si obscènes? A quelles impuretés ne vous êtes-vous pas* abandonnées , depuis que vous vous êtes permis des rapports avec des compagnons dissolus , réalisant ainsi la parole de saint Paul (1. Cor. 15): Corrumpunt bonos mores colloquia malat Com» bien pour n'avoir pas suivi l'avis du Saint-Esprit qui dit (EccF. 9),averte faciem luam à millier e compta, et ne circumspicias speciem aliénant: Pourquoi? Propter speciem mulieris multi perierunt. Combien, ai-je dit, se sont précipités dans un abîme d'iniquités, depuis qu'ils osèrent porter des regards indiscrets et curieux sur des personnes du sexe, vêtues avec immodestie, que leurs yeux rencontrèrent soit sur les grandes routes, soit sur les théâtres, soit dans les sociétés, ou dans les bals. Auriezvous le courage.de le nier ?je n'exige pas de vous que vous fassiez ces aveux en public. II me suffit que vous reconnaissiez intérieuremenl^devantDieu les fautes que vous avez commises, pour les confesser le plus lot possible au minisire du Seigneur dans les tribunaux de la pénilence.

12. Mais si j'avance mes regards sur l'avenir, oh! combien j'ai à vous prédire, sans crainle de me tromper , de calamités bien déplorables, si vous continuez à meier une vie corrompue comme celle que vous avez menée jusqu'à présent! Sachez donc que ceux qui passent leurs jours dans I'oisivelé, dans la mollesse et dans les plaisirs , vont sans y penser être précipités dans l'enfer : Qui ducunt in bonis dies suos, et in pnneto ad inferna descendunt(3ob. 21); et cum dixerint , pax et securitas, tune repentants superveniet interitus (2. Tessal. ô.). Sachez que si vous persistez à vous rouler dans les fornications et les impuretés, que si au lieu de faire part de vos biens aux pauvres , vous n'avez d'autre ambition que d'accumuler des richesses et des trésors, il n'y a point pour vous de paradis: Scilotc quod omnis fornicalor, aut immundus , aittavarus non habel hœrcditatem in regno Christi et Dei (Gai. 5.) Ne vous laissez donc pas tromper : ni lesfornicateurs, ni les adultères , ni les impudiques de quelque espèce qu'ils soient, ni les voleurs, ni les avares , ni les ivrognes, ni les médisants , ni les rapaces n'arriveront jamais à la gloire ce-

ïeste (2. Cor. 6). Sachez enfin que ceux-là seulement qui conforment leur conduite à la volonté divine et s'adonnent à la pratique de toutes les vertus auront part à l'héritage éternel; et qu'au contraire , ceux qui transgresseront la loi de Dieu et vivront dans l'iniquité, seront condamnés au feu qui ne s'éteindra jamais : Qui bona egerunt, ibunt in vilam œlernam : qui verà mala , in ignemœlernum. Voilà ce qui arrivera infailliblement; ce sont là les vérités que vous devriez être empressés de connaître; mais non ces mensonges que vous débitent à prix d'argent ces astrologues et ces devins.

13. liais que faut-il penser des songes ? Sera-ce une superstition que d'y ajouter foi? Je vous réponds que Dieu s'en est servi de temps en temps pour révéler à ses Saints , et à d'autres personnages les secrets les plus profonds de sa justice ou de sa miséricorde ; tels furent, dans l'ancien testament, les songes de Jacob , de Joseph , de Pharaon , de Nabuchodonosor ; et dans.le nouveau testament, celui de saint Joseph, époux de la Sainte-Vierge. Mais, vous ne devez pas espérer qu'il vous accordera les prérogatives dont furent favorisés ces saints Patriarches et ces saints Prophètes, d'avoir des songes divins , et d'en comprendre comme eux la signification. Avouez donc votre ignorance , et soyez convaincus que vous vous rendez coupables de superstition , quand vous ajoutez foi aux songes. Comme vous n'avez aucune raison de croire qu'ils viennent de Dieu , si vous prétendez par leur moyen acquérir la connaissance des choses futures, vous courez Je danger de devenir les disciples du démon, qui cherche mille stratagèmes pour vous tromper. Tirer des conséquences de ces songes est un péché : Vous ne tiendrez aucun compte ni des augures, ni des songes: non entgurabimini , nec observabitis soinnia, est-il dildans le Lévilique (19). N'attachez aucune importance à vos songes, dit-il encore par la bouche du prophète Jérémie(l9). NeaUendatis ad somma veslra. Là où affluent les songes, là il y a beaucoup de choses vaines et une infinité d'erreurs; mais craignez Dieu seulement, ô mon fils : Ubi mulla sunt somma , plurimœ sunt vaniiates et sermones innumeri: tuvero Dcum lime (Eccl. ô). Ils ont, selon l'Esprit Saint, induit en erreur un grand nombre d'hommes qui sont morts pour avoir espéré en eux: Multos errare fecerunt somnia, et exciderunt sperantet in Ulis. Ce malheureux dont parle s.iint Grégoire , qui ayant cru à ses songes, et, d'après eux, présumant parvenir à une grande vieillesse , ne s'occupa plus qu'à entasser trésors sur trésors, en fil la triste expérience ; car que s'ensuivit-il? qu'étant

ÎÎ4 IX. INSTRUCTION

frappé d'une mort imprévue , il entra dans l'éternité d'autant plus dénué et pauvre de mérites et de bonnes œuvres qu'il était riche des biens temporels.

14. Ceux-là commettent aussi le péché de superstition qui se servent de moyens inutilesetsans uni rapport avec les effets qu'ils en attendent, parexemple en prétendant acquérir par eux quelque bien , éviter quelque mal, échapper à des coups ou à des blessures. C'est encore une superstition de tirer des pronostics de la rencontre de certaines personnes, de leur nombre; de croire qu'un malheur arrivera, parce qu'une salière sera renversée; que quelqu'un mourra si l'on est treize à table; de conserver les œufs pondus le vendredi-saint et le jour de Pâques, pour s'en ser\ir contre les incendies: de mettre une distinction entre les jours: d'appeler les uns heureux , les autres malheureux : de vaquer à des travaux ordinaires dans ceux-là , et de n'oser rieientreprendre dans ceux-ci. Dieu n'est-il pas le créateur de tous les jours? n'est-ce pas L'outrager que d'établir des différences qu'il ua pas établies et qui son* contraires à ses desseins? 0 faiblesse indigne des chrétiens! 0 superstition! ô folies! craignez le péché et non ces dangers imaginaires ; craignez Dieu qui peut perdre l'àme et le corps, craignez de perdre sa grâce. Regardez comme des jours de calamités ceux dans lesquels vous avez eu le malheur de l'offenser et de pécher; et appelez jours de bonheur ceux où en détestant vos fautes avec une vraie douleuret les confessant sincèrement aux pieds d'un prêtre , vous en purifiâtes votre conscience dans le sang précieux de Jésus-Christ; considérez comme tels ceux que vous passâtes dans l'amitié de Dieu , et dans les exercices des œuvres saintes.

15. Je ne parle pas ici de ceux qui sont non-seulement superstitieux, mais encore impies, ordinairement sans foi, et qui, pour exécuter leurs mauvais desseins, comme de trouver des trésors et acquérir de* richesses, d'avoir la faculté de satisfaire leurs intimes passions avec des personnes qu'ilsonten vue , recourent au démon personnellement et à ses diaboliques ministres, et vont jusqu'à profaner les choses les plus saintes. Ah ! je voudrais avoir suffisamment le temps de vous faire le récit des épouvantables malheurs arrivés à ces infortunés, qui au lieu de ces trésors et de ces richesses qu'ils avaient ambitionnés et peut-être acquis, n'ont trouvé que la damnation éternelle, ayant été entrailles par les démons eux-mêmes dans l'enfer. Que n'ai-je encore le temps de vohs raconter ceux desquels ont été victimes ces femmes insensées qui , pour avoir employé des moyens sala-

SUR LE SECOND COMMANDEMENT DE DIEU. lf;>

niques afin de se faire aimer des hommes, payent bien clièremem dans l'enfer leur infâme conduite ! Que ne puis-je aussi vous effrayer par ceux desquels furent également victimes ces jeu nés gens dissolus et corrompus, qui, pour avoir voulu recourir au démon, afin d'obtenir la facilité d'assouvir leurs dégoûtantes passions, perdirent la vie par l'effet de sa malice ! 0 aveugles et insensés «orteil , aurez-vous encore le courage, de vous soumettre à l'esprit malin , de vous faire les esclaves de ce cruel tyran, plutôt que de servir Dieu.de l'aimer seul, et de l'adorer seul ? A.h! de grâce, garantissez-vous des malheurs qui vous menacent, ft sortez au plus vite de votre erreur.

l'o. Oh ! non, Seigneur, nous ne voulons plus servir le démon , ni adhérer à «es vaines et impies stipristiiions; nous les détestons. Nous voulons s'adresser nos hommage.*, et ne nous sotime-Urc qu'à vous seul. Mous croyonsf-rmemenl à \ousseul , et en vomseul nous mêlions soutes nos espérances. Mous prenons la résolution de n'aimer que vous seul ici luis, de lout noire coeur r de toute noire àme et de loules nos forées, afin de continuera vous aimer dans le ciel avec les Auges cl les Saints peudafi* toute l'éternité.

Par lequel il nous est défendu de prendre son 7iom en vain, On y traite du serment en général.

Après vous avoir expliqué dans le premier commandement,. qui est le fondement de tous les autres, ce que Dieu nous y ordonne . et ce qu'il nous y défend, je vais vous e\pli pier le Sivond, qui uotis détend de prendre en vain son nom sacré el redoutable. Je vous ferai voir en premier lieu combien il exige d<i '.énéioliou et de respect ; en second lieu , nous verrons en combien do manières on l'honore et on le respecte, et vous apprendrez qu'on remplit ces devoirs même en prenanl Dieu pour témoin, lin troisième lieu, nous saurons ce que c'est que le serment et qttfqd on fait un vrai serment; enfin nous expose» ous ses principalesdivisions et ses comblions.

1. Pour vous expliquer d'une manière plus claire ce second commandement de la loi d.« Dieu, il est conM-iubiede citer lés paroles do. il il se ser»h puuj nous l'imposer (S*»>d.20): ^uii 9Hiu-

mes nomcn Domini Dei tui in vanum: neeenim liabcbit insontem Dominus eum^quiassumpseril nomen Domini Dei sui frustra : Tu ne prendras pas en vain le nom du Seigneur ion Dieu : conséquemment le Seigneur regardera comme coupable et châtiera celui qui aura abusé de ce nom si grand el si redoutable. Ce cornmandementn'est,rigoureusement parlant, que la suite du premier; et si Dieu nous y apprend que nous lui devons un culte, nos adorations et notre amour , ce qui est de toute justice; dans le second il nous ordonne de ne prononcer son nom qu'avec respect et vénération , sans que jamais nous ayons l'audace de le prendre en vain ou de nous en servir par mépris. Ce nom est Sacré et terrible , sanctum et lerribile nomen ejus , dit le Prophète royal (Ps. 110) ; il est saint, il faut donc que nous nous gardions bien de le profdner ; il est terrible, il faut donc qu'il ne soit sur nos lèvres qu'entouré de respect et de crainte.

2. En effet, nous n'ignorons pas que dans l'ancienne loi ce nom sacré et adorable ne se prononçait que par le giand-niétre„ et seulement une fois dans tout le cours de l'année. Le commun du peuple n'avait pas connaissance de ce grand nom,que l'on ne connaissait que par les paroles que Dieuadressaà Moïse, et qu'ignoraient les patriarches les plus saints : « Je suis le Seigneur qui me • suis révélé à Abraham,à Isaac et à Jacob comme un Dieu tout puis. » sant; mais je ne leur manifestai pas mon grand nom Adonaî » (Exod. 6). Paroles d'une grande signification; leSeigneur parlait à ces hommes célèbres avec une espèce de familiarité, il leur avait fait la plus singulière et la plus étonnante promesse qu'on eût jamais pu- faire , puisqu'il leur avait dit que de leur race nailraitcelui par qui toutes les nations de l'univers seraient bénies, el qui n'était autre que le Messie tant désiré. Et cependant ces hommes si chéris de Dieu et qu'ilavait comblés de ses faveurs n'ont paseu le privilège de connaître ce nom si élevé : quelle est donc grande, Seigneur, la majesté de votre nom redoutable! et l'homme, cet être vil el méprisable , osera-l-il prononcer sans aucun respect, et même avec dédain et mépris, ce nom si terrible ? La noble et valeureuse Judith (Cap. 16), le prononce en tremblant pour rendre grâces à Dieu de sa victoire signalée: « Adonaî, Seigneur, » vous êtes grand et admirable dans voire force et dans votre » puissance, et il n'est personne qui puisse l'emporter sur vous.» Et des chrétiens auront la témérité de prendre son nom en vain?

3. Ah ! qu'il n'en soit pas ainsi de nous , mes frères; ayons une toute autre idée de ce no:n si vénérable el si saint. Ne l'employons

SUR LE SECOND COMMANDEMENT DE DIEU. f 17

jamais que pour le bénir et pour le louer comme faisait le Roi- Proplièle: Sit nomen cjus benedictum in sœctda: que le nom du Seigneursoit béni pendant tous les siècles: Et benedictum nomen majestatis ejus inœlernum : oui , qu'éternellement le nom de sa divine majesté soit exalté. 0 Seigneur, combien ce nom que vous portez est admirable dans toute l'étendue de l'univers : quàm ad* mirabile est nomen timm in universel terra ! Je le louerai dan? mes cantiques , et je le ferai connaître par mes louanges : Laudabo nomen De i cum cantico , et magnificabo eum cum laude. Je chanterai des psaumes en l'honneur du nom du Très-Haut : Psal' lamnominiDominiaUissimi.Çélébrez&vecmoi la grandeur du Seigneur , et associons-nous pour le louer et le glorifier : Magnifi. cate Dominum mecum, et excdtemus nomen ejus in idipsum. Telles sont les magnifiques et sublimes expressionsetlessentiments pieux desquels était pénétré lesaint roi David, etquil'excitaientàexalter te redoutable et très saint nom de Dieu. Efforçons-nous donc aussi de remplir notre esprit, notre cœur des mêmes pensées, afin une notre langue, à son tour, offre à ce divin nom un concert de bénédictions et de louanges. Jésus-Christ nous a enseigné à demander à Dieu que son nom soit sanctifié. Mais comment un bon /nrélien lesanctifiera-t-il? en le comblant de bénédictions, en l'en- 'ourant de louanges, en invitant à en faire autant, non seulement tous les anges et les bienheureux du ciel et tous les hommes de l'univers, mais comme faisaient les jeunes hommes dans la fournaise <Je lïabylone , en conviant toutes les créatures inanimées , toutes celles qui vivent dans le ciel et sur la terre, à entrer dans ces sentiments admirables ; ce sera encore en éprouvant «me extrême douleur et une grande affliction , lorsqu'on voit ce nom outragé et méprisé par les autres, et surtout, quand on le petit, en supposant à ces outrages et à ces mépris.

4. Il ne faut pas omettre de vous avertir que, quoique ce commandement paraisse , d'après la lettre , être un commandement négatif, cependant d'après la doctrine du Catéchisme romain qui est la doctrine des Pères , il renferme un précepte affirmatif. S'hi.s ce rapport , il nous impose l'obligation de respecter le saint nom de Dieu -.comme négatif, il nous défend de le profaner, de le prendre en vain, témérairement , ou faussement. Quant au premier , on honore lesaint nom de Dieu r!e plusieurs manières, enleprononçantsouventavec des sentiments d'amour. Aussi ton. tes les personnes sages et timorées qui aiment Dieu avec une grande pureté d'esprit et de cœur , parlent-elles fréquemment de lui , l'ont-elles toujours présenta leur souvenir, et l'invoquent elles

ama respect et dévotion. Voyez l'apotre saint Paul, dont le cœur <éiait tellement embrasé d'amour pour Jésus Christ , qu'il répétait ce nom presqu'à chaque mot. Dans quatorze épitres.qui sont pour la plupart très courtes, il prononce l'adorable ncm de Jé- .^cs deux cent et dix-neuf fois , et celui de Jésus-Ciir :st quatre cent <îJ. une fois. Et qu'y a-t-il qui puisse étonner en cola? il le portait i;ravé dans son cœur , d'où il arrivait q*>'il l'avait coutinu'diement SST les lèvres. Exabundaniià corclis os loquilur . .dit le Sauveur ■tians son saint Evangile (Luc. 6) ; et de même que celui qui a le r rempli de haine et d'impureté, ne s'entretient que de venue et de choses infantes , de même aussi celui qui aime Dietr éUk porte dans son cœur , ne se lassejamais de parler de lui , fis ïa bénir et de le louer.

& En second lieujedis qu'on honore Dieu et son saint nom e . fiavoquant souvent. Appelez moi à votre secours dans le temps es «s)taretnbu'at:on,ievo'.is délivre! ai, et vous me glorifierez : Invoea f?iem die Iribuhiliouis , cruam (c et glorifieabis me (jPsî 49). On f honore en le bénissant en tout temps comme te feisaif te Psal- 3ms te: .le bénirai te Seigneur en tout temps, ses louanges s toujours (Ja.)s ma bouche (Ps. 33). On l'honore Crt bw rendant £râ*e, en se résignant à sa divine volonté, soit dans la prnsp ;rité , 5oil dans l'adversité, à l'exemple du saint homme ! ■•. î), qsise voyant dépouillé de tous s-'.s biens, couvert d étendu sur un fumier, disait: « Dieu m'a tout donné. Dieu m'a

• tout ôlé, ii a fait comme il a voulu. que le nom du Seigneur suit

* béni.» Si nousavons reçu de la main de Dieu les biens et le boufieur, pourquoi n'en recevrions nous pas les maux et les oisgià ces (c. 2.) 1 Enfin on honore ce nom diun par le serment quand m\ Le fait de la manière prescrite, et avec les con>!iikm> w;quises; il faut donc sj garder de croire qu'il soit toujours défend*, ■Otiand, ainsi que nous le verrons, il y a nécessité de jurer, et que sous nous servons de l'autorité de ce nom que nous invoquons en témoignage pour suppléer à ce qui manque au* dépositions des té- .moins, afin d'arrêter les procès et les discussions qui s'élèvent,ou îiour toute autre raison , Dieu est beaucoup honoré de «eux qui prêtent ces serments dans desemblaldesoccasions, et as: lien d'en lôtre blâmés, ils en sont loués. Ltudabaniin- omnes, qui jurant i»eo(Ps. G2): bien plus, il exige qu'on prèle le serment dans ces OS: DoviimtmDcuni tttum limebis, clilli soli servies , et per nototenHlius jurabis (Deut. 6).

43. Mais comment, direz-vous, peut-on honorer Dieu parle serment , quand nous savons par les saintes Écritures qu'il l'a

sévèrement défendu mi même; Vous ne jurerez pas: Vive le Seigneur , dit-il, par la bouche du prophète Osée (Cap. 4) : neque juraveritis: Vivit Dominas. Tout voleur sera jugé, et ton t homme qui jure le sera pareillement. Omnis fur judicabitur , dit le prophète Zacharie, tlomnis jurons ex hoc simitiler judicabitur. Celui qui prête serment, devient coupable comme celui qui dérobe; mais notre di vio Rédempteur ne. pouvait parler plus clairement àaos son saint Evangih- (Math. 4): Vous avez en tendu ce qui a été dit par les anciens : Vous ne jurerez pus à faux. Mais moi je vous défends de jurer en aucune manière , ni par le Ciel, parce qu'il est le trône de Dieu ; ni par Jérusalem , parce qu'elle eslla ville du grand Roi; ni par votre télé , parce que vous ne pouvez changer la couleur de vos cheveux : dites donc seulement quand on vous interroge: oui , ou non, parce que (eut ce qui sera au-delà , est péché. Il y a donc ici deux choses : en premier lieu , on défend absolumentle serment, puisque le Seigneur sa s rt de cette expression ommno , qui veut dire tout-à-faït. Ensuite il indique quelles sout les paroles que nous devons em foyer pour assurer ce que nous avançons; ces paroles sont : ce i est vrai : ccfa ne l'est pas : est, est ; non, non.Ce qu'il ajout ; ensuite sert a nous faire connaître avec quelle sévérité il défend léseraient, vi; qu'il déclare que ce qu'on ajoute n'est pas sans péché: Qtio'l aalem hisuhundunliùs est, à malo es?. Saint Jacques,apotre('c. oî.seconîbrmanl pareillement aux enseignements du dmii.Maifre, flots ordonne tellement de nous abstenir du serment, qu'on voit en quelque manière qu'il place ce commandement avant tous les autres : « Avant tout, dit il , mes frère;, ne jurez ni par Iecieî, » ni par la terre , ni par toute autre créature ; mais que vos té* » pouscs soient celles-ci : oui, non. » Quelle est la raison de cela7 c'est afin que vous ne tombiez pas entre Es mains du souverain Jugf. Peut-on dire quelque chose de plus énergique peur faire comprend; e avec quelle rigueur fe serment est défendu?

7. Néanmoins c'est une vérité de fii, que tout serment n'est pas illicite, iû interdit aux chrétiens: au contraire, penser et croire qu'on ne doit jamais en prêter, est une doctrine condamnée par l'Eglise dans les hérétiques soit anciens soi! modernes. Saint Thomas (2.2. q. 89. art. 2î démontre cette vèrHé par plusieurs preuves convaincantes et par l'autorité dte la sainte Ecriture. Premièrement par son origine: car le serment a été introduit parla croyance générale des hommes à rinfaiiiihilité de Dieu qui est la vérité même, et qui possë le la connaissance de toute chose; par sa fin, parce que le serment est uu moyen de faire-

rendre justice aux hommes et de mettre un terme aux contestations. En outre, s'il était de sa nature illicite, pourrait-on jamais dire que Dieu l'a commandé? Et cependant nous avons vu qu'il l'a fait , quand il dit à tout Israël : Per nomen meam jurabis. Et d'ailleurs combien de fois n'avons-nous pas vu dans les saintes Ecritures les serments les plus solennels approuvés? et combien de fois n 'avons-nous pas lu dans les Prophètes ces paroles: Vivit Dominus : vivit anima mea : hœc faciat mihi Dominus, ethœeaddat; paroles qui sont des formules de serment , par lesquelles on appelle Dieu en témoignage de quelque chose? Abraham (Geu. 24) ordonna à son serviteur de prêter serment qu'il ne choisirait point pour épouse à son fils Isaac une chananéenne. David ( 2. Reg. 19), jura qu'il ne ferait point mourir Séméi. Il en fit de même ( 3. R. 1 ) en invoquant Dieu , et déclarant que nul autre queSalomon ne monterait après lui sur le trône. L'a pôtre saint Paul écrivautaux Romains ( cap. 1.), appelle Dieu en témoignage de ce qu'il avance: Teslis enim mihi est Deus. Pour moi, dit-il encore aux Corinthiens (2. Cor. 1 ), je prends Dieu à témoin r et je veux qu'il me punisse si je ne dis pas la vérité, que c'est pour l'amour de vous que j'ai différé d'aller à Corinthe : Ego aillent Dcum teslem invoco in animant nteam quod parcens vubis non veni ultra Corinthum. Il renouvelle encore ces serments dans plusieurs autres endroits de ses épi très. Voilà donc comme jurait l'Apôtre quand il s'agissait de justifier la vérité de ce qu'il prêchait. Et l'ange que vil saint Jean dans l'Apocalypse ( Cap. 10. ) leva les mains vers le ciel, et jura par celui qui vit dans les siècles des siècles qu'il n'y aura plus de temps: Etjuravilper viventent in sœcula sœcidorum,.... quia tempus non erit amplius.

8. Mais pour forcer votre conviction, j'ajouterai quelque chose de plus. C'est que Dieu lui-même jure, et comme il est supérieur à toutes les créatures, il jure par lui même: « J'ai juré par moi- » même, dit le Seigneur à Abraham, que, parce que tu n'as pas » épargnétonfils unique par esprit de soumission, je te bénirai » et je multiplierai ta race comme les étoiles du ciel , et comme » les grains de sable des bords de la mer, et que de toi naîtra » celui en qui seront bénies toutes les nations de l'univers (Gen. » 22.).» Le Seigneur a juré, dilDavid (Ps. 109), et il ne s'en repentira pas: Juravit Dominas , et non pœnitcbil eum. Dieu en fait encore autant dans d'autres endroits de la sainte Ecriture. A l'aulorlié des livres sacrés se joint la coutume de l'Eglise qui approuve les serments, quand ils sont faits avec les conditions requises. Elle les exige même de la pari de ceux qui doivent faire

SIR f.E SECOSD COMMA.XDEMENT DE DIELT. J2l

une profession de foi, et de la part de ceux qui abjurent l'hérésie, ou de ceux qui veulent se justifier de quelque crime dont ils sont accusés. Les princes jurent quand ils ont à faire des alliances, ou des traités de paix. Les juges et les autres personnes qui sont chargées de quelques foliotions qui regardent le public, appellent aussi Dieu en témoignage de leur fidélité à remplir leurs devoirs et à administrer consciencieusement la justice. Ils prélent aussi serment, ceux qui en qualité de témoins , soûl mandés devant les tribunaux civils ou ecclésiastiques. C'est pour cela que saint Paul disait(Hebr. G) que toutes les contestations se terminent par la voie du serment. Ainsi donc étant fait dans les circonstances convenables, il n'est pas illicite; au contraire il se transforme en un acte de religion, dont Dieu se tient pour honoré.

9. Comment devons-nous donc entendre les paroles de noire di\ in Rédempteur, et de l'apôtre saint Jacques qui expriment la défense de jurer "? Saint Augustin répond (de Ser. Dom. in mont. 1. 1. c. 17) que Jésus-Christ nous a défendu de faire des serments, afin que personne ne crut qu'on pouvait s'en servir souvent, et de crainte que de la fréquence de cet acte il ne s'établit une coutume dont le résultat fût le parjure. Il veut donc nous apprendre que nous devons nous en abstenir et que nous ne devons le prêter que quan d la nécessité nous y contraint: ut non eo ulatur, conclut le saint , nisi necessilate. Ce saint docteur en expliquant la môme parole de Jésus-Christ , donne dans un autre endroit la même réponse. Il ne veut pas qu'on jure, ne scilicet jarando, ad facilitatem jurandi veniatur, et ex facililale ad consuetudinem ,alque ila ex consuetudinc in perjuvhtm. De même donc que la prière est un acte religieux dont on se sert pour appeler Dieu à son secours, ainsi le serment est un acte par lequel on appelle Dieu en témoignage de la vérité; et l'un et l'autre honorent Dieu.

10. Admettons donc que le serment est licite, quand ilya nécessité de le faire, et qu'il est accompagné des conditions exigées, que de plus il honore Dieu. Afin que vous appreniez à remplir ce devoir à son égard en sanctifiant ce nom divin, et pour vous éloigner de tout ce qui peut le déshonorer, je me propose de vous expliquer ce que c'est que le serment, et ce que c'est que jurer. Le serment est une invocation du nom de Dieu en témoignage de quelque chose; et jurer c'est appeler Dieu en témoignage d'une vérité qu'on veut établir, ou d'une promesse que l'on fait avec L'intention, et dans le but que Dieu , comme étant la première et l'infaillible vérité, veuille confirmer ce qu'on assure. On peut appeler Dieu en témoignage de deux manières, ou es-

Vil X. INSTRUCTION

plicilement ou implicitement : explicitement quand on nomme Dieu expressément, comme quand on dit: J'appelle Dieu en té' moigiiage; j'en atteste Dieu; par JésusrChrist, ou en d'autres manières à peu près semblables ; implicitement, quand ou jure par les créatures les plus nobles et les plus privilégiées, dans lesquelles la puissance, la sagesse, la bonté ou toute autre perfection ou attribut de Dieu brillent d'une manière plus spéciale, et qui ont avec Dieu des rapports particuliers; comme quand on dit: Je jure parle ciel, par la terre, par les saints Évangiles, par la Croix, parla Vierge, par saint Pierre, par saint Antoine, ou par quelque autre Saint, ou par mon âme. Ce n'est pas que ces créatures puissent par elles-mêmes donner de la force au serment, mais c'est qu'on a en vue d'appeler en témoignage Dieu qui se manifeste d'une manière sensible dans ces ouvrages. Le ciel, d'après la parole de noire divin Rédempteur, est la demeure de Dieu; la terre est son escabeau; l'Evangile sa sainte doctrine , la Croix nous représente Jésus-Cbrist qui y expira , la très Sainte-Vierge et les Saints nous rappellent Dieu qui lésa élevés à la plus haute sainteté par sa grâce; et dans lame de i'bomme , il se réfléchit comme dans son image.

11. Sera-ce donc un serment de dire : Par mon «me , ou m mon âme , la chose est ainsi, ou elle n'est pas ainsi"! Je réponds que oui, puisque l'àme est l'image, vivante de Dieu, et de toute la sainte Trinité. Et si jurer, comme vous l'avez entendu, par le ciel ou parla terre, parce que celui-là est le séjour du Très- Haut, et celle-ci l'escabeau de ses pieds, suivant la doctrine de Jésus-Christ, est m vrai serinent , et par lui défendu aux chrétiens, combien à plus forte raison sera-t-il spécialement défendu de jurer par son âme qui, outre qu'elle est une désœuvrés les plus belles sorties de ses mains, est comme l'image vivante de Dieu ? Et cependant aujourd'hui il n'y a pas de serment \ plus commun parmi le peuple, que celui-là. Cette âme si noble i que saint Paul ( Rom. H) appelle une œuvre de Dieu , cette ima- .; ge de Dieu , cette àme pour le salut de laquelle Jésus-Christ est | descendu ici-bas, pour laquelle il a prodigué sa vie, répandu ; son sang, c'est par elle qu'on ne se fait aucun scrupule de jurer vi presque à tonie> tes heures du jour, pour affirmer des choses de X nulle valeur , pour ne pas perdre, ou pour gagner quelques deniers, et souvent pour assurer des choses ou des faits que l'on eonnait être évidemmentfaux, ou s'engager par des promesses que l'on n'a pas l'intention d'accomplir. C'est-li le serment des hommes, des femmes, des grands, des petits, et l'on peut aioutei

qu'on voit même des enfants encore en bas âge, qui savent à peiM« balbutier quelques mots, et sur les lèvres de qui se trouveront ceux-ci: Eh mon âme [assure cela; en mon dîne , je le nie, sans que les parents s'empressent de les corriger et de leur faire perdre cotte funeste habitude. Mais comment peuvent ils la détruire dans les cœurs de ces enfants, si elle est enracinés dans; le leur propre ? Comment peuvent-ils les corriger, si dixièmes leur donnent mauvais exemple par leurs fréquents jurements, el les leurapprennent pour ainsi dire comme ou appi end à lire à desécoliers? Et voilà la raison pour laquelle celle coutume damnable passe des pères aux (ils, et se perpétue dans le monde. 12. Mais poursuivons noire instruction. Ceux-là sont coupables de jurement, qui jurent par les créatures même inférieures, quand ils invoquent le saint nom de Dieu d'une manière détournée, comme le disent les Théologiens. Ainsi ou fera un serment en proférant ces paroles : Par ce feu de Dieu, par celle eau ds Dieu, et ainsi (\ei autres créatures. Il fera pareillement un serinent celui qui dit: En vérité de Dieu, pur la foi de Dieu, par Ici /'ui sainte el bénie. Cependant iln'y en aurait point, si l'on se coni. n!; lit de nommer seulement ces objets sans y ajoute r le nom de la Divinité; mais ferait-on un jurement si l'on employait ces expressions, aujourd'hui si communes, et que voici : En ma conscience, en ma foi, par ma qualité de chrétien, par ma qualité de religieux, par ma qualité de prêtre, et autres semblables? Je vous répondrai que dire : en ma conscience, indique qu'on ne vent signifier aulre chose que ceci : Je sens que ma conscience m'assure cela, et en ce cas, il n'y aurait point de jurement. Il ne ferait point non plus de jurement celui qui se servirait de ces paroles : Foi de bon chrétien, de religieux, de prêtre. S'il ne prétendait qu'assurer , nier, ou promettre quelque chose avec cette véracité et cette fidélité qui doit être une qualité essentielle dans les hommes de bien et dans les états dont on vient de parler. Nonobstant cela, je déclare que tous doivent s'abstenir de ces manières de parler; car si en employant ces formules en question, vous ave/, l'intention d'appeler Dieu en témoignage, il est hors de doute que c'est un veritabIesermentquevousfaites.il a lieu, si par cette fui par laquelle vous jurez, vous entendez la foi divine. En outre, dire foi de chrétien , de prêtre , de religieux , et spécialement quand ou emploie celte expression : Je jure comme chrétien, comme prêtre, comme religieux, sont des manières de pailer qui ne sont pas excusables et qui portent avec elles le Caractère du serment.

13. Et en effet, le commun des théologiens est d'avis que jurer •par les choses sacrées , comme par les églises, par les autels, par les reliques des Saints, est un vrai serment; pourquoi n'y en aurait-il pointa le faire comme religieux, comme préire, comme chrétien? <N 'est-elle pas u.ie chose sainte la profession de prêtre , de religieux et de chrétien ? Tous conviennent que jurer par les vêtements de saint P.erre, de saint Dominique est encore un vrai serment, otcomii-mt ne le serait pas celui que ferait un prêtre, un religieux', en employant ces formules : Par ma foi de prêtre et de religieux? Il est vrai que le manque d'intention ou d'adveftancepeut excuser ou diminuer la malice dans le serment; mais elle ne peut cependant excuser les confesseurs , s'ils omettent d'avertir et d'obliger leurs pénitents à être sur leur garde, pour ne plus y tomber; et les pénitents eux-mêmes seront coupables dépêchés, s'ils ne s'efforcent pas de renoncer à os manières de parler, qui, dans le sens qu'y attachent les hommes, sont considérées et crues comme étant de vrais serments.

14. Mais que devra-ton penser de ces autr " expressions dont on se sert quelquefois : Dieu le sait; je parle eu présence de Dieu; Dieu voit via conscience; Dieu voit que la chose est ainsi? Les théologiens répondent que si on les emploie d'une manière énonciative . comme ils disent, et seulement pour faire le récit de quelque chose, sans nulle intention de jurer, il n'y aura point de serment; mais il y en aura, quand on se propose d'appeler Dieu en témoignage. Ainsi pareillement , suivant la doctrine de saint Thomas et de saint Augustin (serai. 2; edil. Lov. cap. 6), c'est un vrai serment de dire : Dieu m'est témoin; /appelle Dieu en témoignage de la vérité de ce que j'avance. Car s'il y a serment quand on dit par Dieu, comment ne se trouvera-t il pas dans ces paroles : Dieu m'est témoin? Quid est enim per Deum, nisi teslis est Deusl conclut saint Augustin : Aut quid est: teslis est Deus, nisi per Deum? Quoique ces exclamations auxquelles donne lieu lasurpriseou l'éloiiiiëment, l'ennui ou un mouvement de colère,ou quelque autre passion, ne soient pas des serments, néanmoins elles deviennent des péchés graves par lesquels on transgresse le second commandement. De ce nombre sont celles-ci: Puissance de Dieu, serviteur de Dieu. Des manières de parler aussi impies offensent Dieu, scandalisent le prochain, et ceux: qui s'en servent ne tardent pas de tomber dans la malheureuse coutume du serment et du parjure; et ils ne sont pas dignes de recevoir l'absolution, s'ils ne font pas tous les efforts possibles pour s'en corriger. Enfin que dirons-nous encore de ces autres

SUR LE SECOND CO.MMA.NDR.Ui:.\T 1)F. DIEU. 125

expressions qu'emploient témérairement quelques chrétiens : Ce que j'assure est aussi vrai qu'il est vrai que Dieu existe; et combien de fois le mensonge ne serait-il pas caché sous ces paroiesî Cela est aussi vrai que ïlîvu.ujile, austi vrai, que lu présence de Jésus-Christ dans le Sl-Siv renient. Je ne crois jias en Dieu, si cela n'est pas vrai, je renie Dieu, el je ne crois pas qu'il soit juste9 ni qu'il soit puissant, si celle chose n'est pus ainsi? De semblables «>t autres manières de s'exprimer plus impies les unes que les autres sont-elles des serments? non, mais elles sont d'horribles et de très horribles blasphèmes; puisqu'on dénie à Dieu ces perfections, ou ces attributs qui lui sont essentiels; ou bien l'on affirme qu'il y a autant de certitude dans ce que l'on dit , qu'il y en a dans l'existence de Dieu el ies vérités révélées ; mais nous parlerons du blasphème plus tard.

15. Ayant vu quelle est la nature du serment, quelles sont les diverses manières dont on le t'ait, quelle en est la matière, et quand enfin il n'y en a point, arrivons à présent à ses divisions. Les théologiens et les hommes de loi en indiquent un grand nombre ; niais je me contenterai de vous en indiquer deux principales, ce qui nous suffit. Le serment se divise d'abord en assertoireet en promissoire.Le serment assertoire est celui par lequel nous affirmons ou nions un fait, un événement présent ou passé, comme par exemple : Je jure que telle chose est, ou qu'elle n'est pas; qu'elle a été, ou qu'elle n'a pas été de telle manière. Le promissoirea lieu quand on promet et qu'on jure de faire ou de ne pas faire une chose dans un temps futur. La base de ce serinent e>t la sincérité et le dessein d'exécuter ce qu'on a promis. Eu second lieu, le jurement se divise en comminatoire et exécraloire. Le comminatoire, qu'on peut confondre avec le promissoire, a lieu quand on appelle Dieu en témoignage de la menace de quelque mal qu'on se propose de faire à quelque autre personne; c'est un serment dont se rendent bien souvent coupables les maîtres à l'égard de leurs serviteurs, les pères et les mères à l'égard de leurs enfants, ies menaçant de les frapper, de leur briser la tête, les bras, on de les châtier d'une autre manière, <?n appelant le saint nom de Dieu en témoignage de la disposition o;ï ils sont d'exécuter une chose qui sera illicite el injuste tout à la fois. D'où il résulte que jurant ie plus souvent sans intention d'infliger ces peines, ilsse souillent fréquemment par un grand nombre de parjure*.

16. Le jurement exécraloire a li-u . quand on prend Dieu nonseulement à témoin, mais qu'on l'appelle encore pour juge et vengeur, en se souhaitant du mal à soi même ou à d'autres, si la

chose n'est pas comme on la dit être. Telle? sont les expression* dont on se sert ordinairement alors : Par mes en [unis; que Dieu m'anéantisse; que le diable m'emporte; que Dieu ne me pardonne pas; que je ne voie jamais Dieu, si la chose n'est pas ainsi. Que je meure subitement; qu'on m'arrache les yeux; que ma tète tombe ; que Dieu m'envoie des adversités , si ce que je dis n'est pas vrai, Oli ! que de moyens pour aller en enter ! Mais je mt> réserve de traiter îles exécrations et des imprécations que l'on fait contre soi-même et contre les autres, dans une instruction particulière, parce qu'une infinité de personnes sont sujettes à ce vice, et que, ne s'en corrigeant pas pour l'ordinaire, elles se précipitent dans le malheur éternel.

-17. Pour «fie le serment soit permis, et qu'il soit un acte de religion dont Dieu puisse être honoré, il doit êlre nécessairement accompagné détruis conditions. Le Saint-Esprit nous les a indiquées parla bouche du prophète Jéréinie [c. 42): El jurabis: vivit Dominas , in veritaie , et injudicio, cl in justifia. Vérité, justice, jugement. Voilà donc ces trois conditions que je vous expliquerai dans des instructions spéciales pour extirper, autant qu'il nie sera possible celte damnable coutume qui règne parmi un si grand nombre de chrétiens, de jurer en invoquant de la manière la plus outrageuse le saint nom de Dieu. Je vais finir en vous priant d'écouter ce que vous dit le Saint-Esprit (Eccl. 23): Juralioni non assuescas os tuum; multi eriim casus in illà, N'accoutumez pas votre bouche à jurer, parce qu'en le faisant tons vous exposez an danger de vous perdre. «Celui qui jure à » faux, dit saint Augustin (de Verb. p. ser. 8.), se damne; et » celui qui jure selon la vérité court le même danger. » Quel sera donc le moyen à prendre pour assurer votre salut éternel? Ce sera celui de ne jurer jamais: ftttsa juralio, exitiosa; vera jurci' tio periciilosai nullajuratioy secura. Quand donc il n'y a pas une indispensable nécessité de le faire, ne le faites pas. Nolite jurarc omninù , vous dirai-je avec le Sauveur. Surtout ne jurez pas, arjouterai-je encore avec l'apôtre saint Jacques , pour ne pas encourir la damnation éternelle : ut non sub judicio decidatis. Contentez-vous simplement d'invoquer le saint nom de Dieu , mais pour le bénir, pour le louer, afin que vous alliez continuer de le faire avec tous les Anges et les Saints dans l'éternité.

ONZIÈME INSTRUCTION p

Dans laquelle on indique les conditions du serinent , dont la première est la vérité.

Il n'e^t permis de jurer que quanti on est assuré de la vérité de ce qu'on avance ; quand on est forcé de le faire , qu'on jure pour une chose licite et honnête et qu'on peut faire sans péché. Mais parce que ces conditions manquent ordinairement dans les serment que les chrétiens ont coutume de faire, il est argent que nous en parlions plus au long, et que nous les Passions et! revue toutes trois lune après l'autre. La venu'- scia donc en premier lieu le sujet de notre en' retien ; et nous verrons combien il est nécessaire qu'elle règne dans le serment, quelle injure grave font à Dieu ceux qui jurent à faux, et enfin quels sont les horribles châtiments que Dieu exerce contre eux. 1. La première de toutes les conditions pour rendre licite, et valide le serment, comme aussi la plus nécessaire et lapins essentielle , est la vérité. Celui qui jure doit être moralement certain que la chose qu'il affirme est vraie; ou que eelie qu'il nie n'est réellement pas , selon qu'il l'assure , ou qu'il ait l'intention d'accomplir ce qu'il promet. La vérité doit donc en être le fondement et le principe : Jurabisin veritale. Quand quelqu'un jure , il appelle Dieu en témoignage : ce Dieu est le défenseur de la vérité , il aime infiniment h vérilé, de pins il est la vérité même, la suprême et première vérilé : ilfaut donc que celui qui le prend à témoin soit certain de ce qu'il avance; quand quelqu'un jure, il doit avoir un seul et unique but, celui de dévoiler et d'écarter le mensonge qui est l'œurre du démon , de faire connaître, triompher la vérité, et la déclare; dès qu il la connaît. 11 faut donc qu'elle soit bien connue et exposée avec bonne foi et simplicité, afin qu'on ne trompe personne par des paroles équivoques si contraires à la sincérité d'un chrétien, et condamnées par l'Apùlre (f. Th. 4.) qui défend que qui que ce soit trompe son prochain; circuuivemtu in )ic(j<(io frertrem suint i. VA certainement si on employait des paroles à douide sens, ou des restrictions ment. des par lesquelles ont lait entendre autre chose que ce que l'on a dans l'espi il „ il n'y aurait plus de sûreté, ni decoidiance dans le> rapports d'homme à homme; il n'y en aurait qu'avec ceux qui ne se permettent jama s de semblables équivoques: mais comment peut-on les conuailre?

2. Celui qui jura doit être assuré que la chose pour laquelle il jure est vraie; et connue il lui est impossible d'induire Dieu en erreur, ainsi il ne doit jamais avoir l'intention d'y induire le prochain. 11 y a une immense différence, dit saint Grégoire pape, entre les connaissances de Dieu et celles des hommes. Ceux-ci, ne pouvant deviner la pensée, ni pénétrerles cœurs de leurs semblables, nepeuvent baser leur jugement que sur la signification des paroles qu'ils entendent, et sur les conjectures bien incertaines et bien insuffisantesqu'ils en tirent, voilà à quoi se réduisent toutes leurs ressources pour découvrir ce qu'ils cherchent. Mais Dieu, qui pénètre tous les plis et replis du cœur,et aux ycuxduqiM toutes les ténèbres sont lumières, cou nait tout, rien ne lui est caché. Il ne juge donc pas selon les paroles, mais selon les pensées les plus intimes du cœur (lib. 17. c. 8.). Il faut donc que nous soyons convaincus, ajoute saint Isidore, que celui qui abuse de la simplicité de son prochain par des équivoques et des paroles artificieuses, ne peut en aucune manière tromper Dieu, qui est témoin de ce qui se passe dans sa conscience, et qui estime le serment, non d'après l'intention du chrétien qui le prête, mais d'après l'intention de celui à qui ont le fait, d'où il résulte quele raalheureuxqui agitainsi, se rend doublement coupable: et parce qu'il prend le nom de Dieu en vain, et parce qu'il le prend pour tromper le prochain, en violant la loi de la sincérité chrétienne (deSumm. bon. 1. 2. c. 18).

3. Mais voici une chose qui d'un côté parait être vraie, et de l'autre semble être fausse, ou qui pour le dire en un mot, est douteuse ; pourrait-on dans le cas jurer qu'elle est vraie? ou bien c'est une autre qu'on reconnaît être certaine , pourrait-on jurer qu'elle est douteuse? .le réponds à cette double question en déclarant qu'on ne peut faire ni l'un ni l'autre de ces serments; et ce serait proférer un horrible mensonge que de se les permettre. La raison en est que , quand on affirme ou qu'on nie quelque chose, on doit agir d'après le témoignage de sa conscience. Si donc la chose est douteuse, on doit la déclarer comme telle, et non comme vraie. Mais au moins sera-l-il permis d'assurer comme certain et véritable ce que l'on juge probablement l'être? Non , car il faut être certain de la vérité de îachoseqïieron veut atteler: il est vrai qu'on n'exige pas toujours une certitude évidente en tout, et, comme le disent les théologiens, métaphysique, ou mathématique, parce qu'on ne peut pas toujours l'avoir ; mais au moins il faut une certitude morale qui exclue tout doute. Or , on ne peut pas l'avoir par le moyen de

SUR LE SECOND COMMANDEMENT DE DIEU. i%f

pures conjectures, et déraisons seulement probables ou vraisemblables: et pourquoi cela? Parce quelles ne peuvent détruire tout doute; il est donc nécessaire, pour que nous puissions jurer avec certitude, que nous ayons des preuves convaincantes et très graves delà vérité de la chose sur laquelle nous sommes appelés à prêter serment.

4. Ce qu'exige absolument le Catéchisme romain (de 2. Prœe. Sect. 12) de celui qui jure , est qu'il ne se détermine à faire cette action importante, que fondé sur des preuves certaines de ce qui doit être l'objet de son serment: nonquidem temerè , aut levi conjectura adductus , scd ccrtissimis argumentis. Le vénérable Bellarmin soutient aussi la même doctrine. Quoique l'on, ait , dit-il, une raison probable de croire qu'une chose soit d'une telle manière ou de telie autre, ce n'est pas pour cela qu'on en a acquis la certitude. Pour attester quelque chose au nom de Dieu, il faut en avoir une connaissance parfaite, et il ne suffit pas d'eu avoir une opinion probable. Il n'est pas permis de se servir du serment ou autrement du témoignage de Dieu pour une chose que l'on présume être vraie; mais on doit s'en servir seulement pour assurer ce que l'on sait être certain (lib. 1. de Sacr. InGen.cap. 18). Un homme digne de foi, dirat-on. m'a assuré qu'une chose est vraie , puis-je jurer absolument qu'elle est telle? Je réponds que dans un tel cas, vous ne pouvez pas attester qu'elle l'est , mais seulement que vous l'avez entendu dire par une personne de poids et qui mérite croyance. C'est pour cela que tes théologiens obligent quiconque veut jurer , à ne le faire qu'avec une connaissance approfondie de la vérité de l'objet sur lequel il doit témoigner: le serment étant chez tous ies peuples une chose d'une grande importance. Aussi saint Thomas conclut que la certitude qui serait suffisante pour régler les actes ordinaires des hommes ne 1 ■ serai! pas pour le serment: et idem hujus modi. Il p. rie des conditions du serment, dont la principale, comme avez entendu, est la vérité: magis requiruntur ad juramettr tum, quant ad alios aclus humanos ; (2. q. 89. art. 3. ad. 3),

ô. Par ce qui a été dit jusqu'à présent, vous pouvez comprendre de quel grand crime on se rend coupable en jurant contre la vérité, et quelle atroce injure on fait à Dieu en agissant ains*. D'après ce. que nous avons énoncé plus haut, il est le protecteur de la vérité: il l'aime sans mesure, il est lui-même la souveraine vérité , on ne peut donc l'insulter davantage, ni taire un mépris pins outrageant de son saint nom, que de s'en servir pour l'appeler en témoignage du mensonge et de la fraude. 0 vous donc

qui ne craignez pas de jurer par lui, dans la vue de soutenir votre mensonge, savez-vons ce que vous faites? Savez-vous comment vous traitez votre Seigneur et votre Dieu ? Vous lui faites l'affront et le lort de l'accuser d'ignorance, comme s'il ne savait pas ce sur quoi vous l'appelez en témoignage. Vous le Imitez comme un être injuste qui veut authentiquer et confirmer de sa sunréme autorité une chose fausse; vous lui faites l'affront de le considéra* comme un Dieu qui n'est plus le Dieu de vérité . ni la vérité môme, mais un Dieu semblable à vous et comme, vous, menteur et trompeur (D.2.q. 98. art.*2).

6. Voulez-vous donc que ce Dieu qui aime infiniment la vérité, approuve vos paroles, quand vous la niez ? voulez-vous rçae ce Dieu qui détesle infiniment le mensonge, l'appuyé quand vous l'appelez en témoignage? Mais croyez-vous peut-être pouvoir avec vos serments l'induire en erreur? iNe savez -vou-, pas qu'il voit tout, et qu'il vous est impossible de vous soustraire à la lumière pénétrante de son regard, et de dérober à sa connaissance tes actes les plus intérieurs de votre cœur? ISe savez-vous pas qu'ilestd'une inviolable fidélité dans ses promesses , et qu'il est Mi*fos«ns ifc votre pouvoir lie leslui faire violer non plus cjwe ses paroles" Mais si en attestant une chose fausse vous essayez deledépouillerdesesa'.trihuts en le faisant entrer dans vos vues , de quelle grave injure . âe quel insigne affront ne vous rendez-vous p;:s coupai les i\ son ;'ard?et conséquemment combien votre crime sera gra!id ! Pourriez -vou> apprécier au juste l'impudence et 1" délit d'un homme ffâi, pour rendre authentique une obligation fausse et in jmteaîec l'intention de tromperson prochain, y apposerait ou y ferait apposer lesceau de son prince ou de son souverain ou qui pour donner libre coure à son mensonge se servirait du nom et du témoignage de ce souverain? Oh! diriez-vous , c'est un crime dont la gravité et l'énor- TOité surpassent toute expression , c'est un crime de lèse-majesté que d'en agir ainsi ! Et cependant les comparaisons qui vous paraissent si énergiques etsi fortes sont bien au-dessous de ce qu'elles devraient être, et ne représentent que bien faiblement la grandeur du délit que commet, etlenormité de l'injure quefait à Dieu Celui qui a la témérité et la hardiesse d'invoquer son nom en témoignage d'une fausseté , et pour authentiquer et confirmer ses mensonges. El cependant que sont en présence de Dieu un souverain et même encore tous ceux de la terre entière? Les créatures, quelles qu'elles soient, devant lui, ne sont qu'un méprisable néant.

7. Cependant ce crime de l'énormilé duquel on ne peut se faire une juste idée , celte injure dont la gravité ne peut se comprendre

SUR LE SECOA"D CO.MANDEMEIST DE DIEU. î"î

suffisamment , est un crime qu'on commet, et une injure que l'un fait à Dieu quand on l'appelle en témoignage d'une dbese fuisse. C'est ce crime dont se rendent coupables tant de chrétiens ipii affirment leurs continuels mensonges par des serments horribles; tels sont ceux-ci : Par le Christ, lu chose est ainsi ; Par Dieu, par le Dieu que j'adore : Par celle lumière de Dieu : En mon âme: Par cette âme que j'ai à rendre à Dieu ; Pur ma foi sainte : Par la foi de Dieu : En vérité de Dieu : Par la Vierge , Par la croix de Dieu, Par les saints Evangiles, je, proteste (pie ce que je dis est vrai.queje ferai telle chose. C'est ainsi qu'on prèle serment communément, et cependant souventl'on n'aura pas l'intention de faire ce qu'on jure, ou peut-être l'on sera dans l'impossibilité d'accomplir sa promesse ; ou bien l'on jure sans avoir aucun motif de croire que la chose soit vraie ; et combien de fois ne prend-on pis Dieu à témoin de la vérité d'une chose, bien qu'on en connaisse la fausseté? Mais savez-vous ce que vous faites , quandvnus jurez à faux' par le nom très saint de Dieu , delà Vierge, par les Ëtamgifcs? Le serment sur les Evangiles, comme il est praliquéà présent dans ceux qui sont solennels, a été en usage dans tous les siècles de l'église. L'origine de cette coutume de prêter serment sur les Evangiles,. d'après ce que dit saint Augustin (!ib. 1. de Cous. Ev.c. 1), vient de ce que, parmi les divines autorités renfermées dans les saintes Ecritures, l'Evangile occupe la première place. La raison en est, que dans les autres livres sacrés, les prophètes parlent, i! esb rai, étant inspirés de Dieu , mais ils ne sont que ses serviteur; au lieu que dans le nouveau Testament celuiquiparleest-lésus-Ch; ist, fife de Dieu , qui e*t le Seigneur et le maitre de toutes choses. F.t quel plus grand cas ne fait-on pas des paroles qui sortent immédiatement de la bouche d'un roi , et avec quel plus grand respect ne les écoute-t-on pas , que quand elles nous sont rapportées parses ministres , quoiqu'on sache qu'ils expriment et manifestent sa volonté parles sermcntsdont ils se servent ?

8. C'est la raison pour laquelle dans lesconciles, le saint Evangile était déposé sur une espèce de ti\"me et qu'on se prosternait devant lui comme devant le Fils de Dieu, auteur de cet Evangile. C'était pour cela que saint Barnabe le portait toujours avec lui , et qu'il voulut être enseveli avec lui. Saint Epiphane le pose sur sa poitrine au moment de sa mort. Sainte Cécile l'avait toujours-snr son cœur, et l'histoire nous dit que beaucoup de saints et de ■ saintes lui rendaient les mêmes honneurs. Mais pourquoi agissaientils ainsi ': Parce que celivre divin renferme les principaux dogmes de notre religion dans la loi de grâce,et les vérités qui sont sorties

132 xr. INSTRUCTION

immédiatement de la bouche de Jésus-Christ. Or quand vous jurez par le saint Evangile , vous voulez signifier que ce que vous affirmez est aussi vrai quece qui y est contenu. Mais que contientil ? Saint Jean dans son Apocalypse (cap. 5), dit avoir vu àla droite de Dieu un livre écrit dedans et dehors, et scellé de sept sceaux : Vidiindexteràsedentis supra thronum librum scriplum inlus et foris ,sigitatum sigillisscptem. Que peut être ce livre ainsi écrit et que peuvent indiquer ces sept sceaux dont il est scellé ? Saint Pierre Damien écrivant à un docteur et l'exhortant avec beaucoup de force à s'abstenir non-seulement du parjure, mais du serment même, lui dit que par ce livre il faut entendre l'Evangile enveloppé et pour ainsi dire caché par les mystérieuses sentences et par les paraboles dont il est rempli , lequel, à raison de la profondeur du sens qu'il renferme, est si au-dessus de l'intelligence humaine; et que par les sept sceaux dont il était scellé . on entend les sept grandes vérités et les sept mystères qui sont la base de la religion chrétienne, savoir l'Incarnation de Jésus-Christ, sa Nativité , sa Passion, sa Résurrection, son Ascension au ciel, le jugement général, le règne de Dieu , c'est-à-dire la vie éternelle dans le Ciel (T.l. Lib.8. ep. 1 0. ad Mor.).

9. Cette doctrine établie , que pensez- vous , dit le même saint Pierre Damien, que fasse celui qui en jurant à faux, manque à la foi de son serment ? 11 rompt en quelque manière le lien qui rattache au corps mystique du Christ et se rend incapable de participer aux mystères de la rédemption. Ainsi le chrétien qui prend Dieu a témoin disant : Je ferai cola , ou certainement je ne le ferai pas, et qui invoque le nom de la Divinité en témoignage de ce qu'il avance, comme aussi l'autorité du saint Evangile, fait une espèce de pacte avec Dieu par lequel, s'il n'accomplit pas ce qu'il promet, ou si ce qu'il promet avec serment est faux', il consent à n'être point assisté de Dieu et à renoncer à tous les avantages futurs que lui promet l'Evangile: et comme lorsqu'il reçut le Jjaptême, et qu'il devint l'enfant de Jésus-Christ en devenant membre de l'Eglise, il renonça au démon et à ses pompes, de même à présent par une espèce de rébellion impie et inique , il abandonne le parti de Dieu, il rompt l'alliance qu'il avait faite avec lui pour encoutraclerune autre avec le démon(ld.ibid.). Que celui donc qui a l'audace de faire un faux serment comprenne et soit bien convaincu que s'il ne satisfait pas pour son péché par «ne vraie pénitence , il ferme pour lui les sept sceaux du saint Evangile, de telle sorte que ni l'incarnation de Jésus-Christ, ni sa nativité , ni sa passion , ni sa résurrection , ni son ascension

dans le ciel, ni sa venue au jugement dernier, ni son règne éternel ne peuvent lui être d'aucune utilité : et pourquoi cela ? parce qu'en se conduisant ainsi, il nie les divins mystères, et autant qu'il est en lui , il les méprise parla profanation du serment qu'il fait en appelanten témoignage de son mensonge Te saint Evangile, et il renonce par-là même à l'appui de Dieti (Id.ib-)-

10. Voilà le crime dont se rend coupable le chrétien qui jure à faux sur le saint Evangile. Il indique par cette conduite qu'il ne veut plus avoir de droit aux promesses qui lui sont faites dans ce livre divin, et qu'il n'ajoute pas foi à ce qu'il renferme. Et comme il est scellé, ce livre S3cré, des sept sceaux qui sont les sept vérités et les sept principaux mystères qui forment la base de la religion chrétienne, le malheureux parjure leur refuse toute croyance; c'est comme s'il disait : Tout ce qui est exprimé dans l'Évangile est faux : Il n'est pas vrai que Jésus-Christ soit leFils de Dieu, qu'il se soit incarné dans le sein de Marie par la vertu de l'Esprit-Saint; il n'est pas vrai qu'il ait souffert, qu'il ait répandu son sang, qu'il soit mort pour nous ; il n'est pas vrai qu'il soit ressuscité et qu'il soit monté au ciel ; il n'est pas vrai qu'il doive revenir à la fin du monde pour juger les hommes, et qu'il doive régner éternellement avec les Saints : tout cela est faux, je n'y crois pas. Vous êtes saisis d'horreur, en m'enleudant parler ainsi, et cependant c'est la conduite que tient, suivant la doctrine de saint Damien, cet impie qui fait un parjure, et c'est la vôtre toutes les fois que vous jurez de la même manière. Réfléchissez donc aux malheurs qui vous menacent, vous qui faites des faux serments avec autant de facilité que vous buvez île l'eau, et puisque vous ne voulez pas abandonner la Religion ni renoncera la foi, abstenez-vous de celle coutume si funeste.

1 1. 11 en est quelques-uns qui avouent que ce serait certainement un grand péché de prêter un faux serment sur les Évangiles, que ce serait commettre une grande offense contre Dieu que de nier les vérités divines qui y sont renfermée:.. Aussi les voit-on saisis d'horreur quand ils entendent jurer par la Sainte-\ ierge. Quant à eux, jamais, ou du moins ii es rarement , ils font des serments aussi exécrables, c'est là leur aveu ; et ils protestent que s'il leur est arrivé d'en faire , ce n'a été qu'en prenant Dieu ou Jésus-Christ à témoin. Ah! malheureux aveugles ! C'est un moindre péché à leurs yeux de jurer à faux en invoquant le nom de Dieu et de Jésus-Christ, qu'en le faisant sur les saints Evangiles, par la Sainte-Vierge ou par les Saints. Telle était dans les temps où saint Clirysostôme vivait, la croyance insensée d'un grand nom-

134 XL USSTIUJCTIQK.

Lre de chrétiens , dont ce docteur attaquait l'erreur en leur répondant par ces paroles: Insensés, les saintes Écritures sont pour Dieu, et non Dieu pour les saintes Écritures. Dieu n'est saint ni par l'évangile, ni par li\s attires divines écritures; mais l'Evangile est saint, parce qu'il renferme les vérités sorties delà bouche de Jésus-Christ; toutes les autres Ecritures sont saintes, parce qu'elles sont la parole de Dieu ; la Vierge Marie est sainte, parce que c'est Dieu qui Ta rendue telle. L'erreur des Pharisiens consistait en ce qu'ils considéraient comme un péché grave et énorme tout serment t'ait sur les trésors gardés dans le temple, tandis qu'ils ne considéraient que comme un péché léger celui de jurer par le temple de Dieu. Insensés et aveugles, leur dit Jesus-Chcist, lequel des deux est plus précieux de l'or, ou du.leinplequi rend l'or sacré? Stulli et eœci, quid enim majus eslauruw, aulempium, quod sanclificat aurum (Martli. 23)? Ou'estce qui est plus grand, dirai-je aussi à ces chrétiens dont je viens de parler, ou de l'Evangile, ou de Jésus-Christ qui rend saint l'Évangile? Qui est ce. qui est plus grand, de la Vierge ou de Dieu qui a donné la sainteté à Marie? Ces chrétiens sont semblables à ceux qui se font un grand scrupule de briser la ci ok , mais qui ne s'en l'ont aucun d'outrager le Christ , qui a sanctifié la croix. 12. .Mais comme je voudrais vous faire comprendre le crime épouvantable que commet le chrétien qui jure contre la vériîéy je ferai un raisonnement que font ordinairement les auteurs qui traitent cette matière; raisoi:ii',nictvt qui, si vous cherchez à en comprendre la force, vous convaincra, à moins que vous ne soyez pires qu'un démon. Dites-moi, s'il vous plait, y aurait-il quelqu'un parmi vous assez téméraire , assez audacieux , pour avoir le courage d'adresser à son maître ou à quelque haut personnage ces paroles et autres semblables : Maître, je veux tromper mon prochain , en lui faisant croire une chose fausse. Cependant je ne puis seul venir à bout démon dessein, parce qu'on n'ajoutera pas foi à ce que je dirai; veuillez user de voire autorité, employer votre crédit et votre nom, afin que je puisse par re moyen donner du poids à mon assertion mensongère, induire eu erreur mon prochain et le traiter comme je l'ai dit. Y aurait-il quelqu'un qui fût assez téméraire, assez hardi, assez audacieux piiur faire une-proposition semblable? Cependant ce que voih n'oseriez jamais faire, je ne dirai pas avec un maître, avec uîîc personne de qualité, mai* avec le dernier des hommes, sans vous couvrir de contusion, vous osez, chrétiens, le faire, dit saint Jean Chrysoslome, avec le Roi suprême du ciel et de la

terre, avec le Setgnear des Anges, quand vous pariez, ou quand voit* négociez, on que vous conversez (11. VA), ad Pop).

13.0iu,ôhonune parjure, vous agissez ainsi, et vous tenez àDicu ce discours , sinon par vos paroles , a*i mt-ifus par vos actions quand vous faites de faux serments: Seigneur, j'ai la volonté de foire croire une chose que je sais être absolument finisse, et d'induire ainsi en erreur mon prochain; mais je n'ai pas assez de puissance, ni de crédit pour réussir dans mon projet; il est à craindre qu'on n'ajoute pas foi à ce que j'avancerai, je vous prie conséquemment d'interposer votre autorité afin de donner du poids à mes inipoftares, et 8e vouloir par La puissance de votre saint et terrible nom , ne ce nom qui fait trembler te ciel, la terre et l'enfer, suppléer à ce qui me manque pour atteindre mon but. .Je rougis de passer pour un homme injuste et menteur; chargez-vous de celte faute, soyez à ma place injuste et menteur; ainsi en conservant ma réputation intacte aux yeux des hommes, je pourrai plus facilement les tromper par ce moyen. Le démon pourrait-il imaginer ou dire des choses plus horribles ? 0 verba non dieh modo , sed et cqgtlatu ne/aria ! 0 paroles que non-seulement il est défendu de prononcer , mais qui font même frissonner lorsqu'on y pense, s'écrie Phiion l'Hébreu (lib. de Decal.) après avoir parlé de la conduite impie de celui qui jure à faux, afin de lie pas passer pour un homme injuste et menteur, vouloir que Dieu se charge de nos injustices et de nos impostures, lui qui esl la vérité même! Pour ne pas se diffamer, diffamer en quelque manière Dieu même ! Et c'est cependant ce que fait, je le répète encore, celui qui prête de faux serments. El on ne concevra pas encore quelle est lagrièvelé du péché et de l'offense dont se rend coupable celui qui appelle Dieu en témoignage d'un mensonge., afin qu'il en soit secondé dans le dessein qu'il a de tromper son prochain et même de lui faire tort? Et de nos jours encore lecrime du parjure sera si commun, et on se familiarisera avec lui comme s'il n'était qu'une chose ordinaire! El prêter de faux serments, même pour des baçattfRes, sera devenu une habitude aujourd'hui dans presque tous les étals de la vie!

14. Ah! il n'est que trop vrai que la chose est ainsi ! on n'entend de tout côté que faux serments. Pour éviter quelque légère punition, pour ne pas recevoir un petit reproche : Pur ma foi, dit le fils à son père ou à sa mère, je ri ai pas fait cela; Par la fo;de Dieu , dit une épouse à son époux, la chose est comme je le dis: et en tout cela il n'y aura qu'impostures. En vérité de Dieu : dit

136 xr. INSTRUCTION

uneservante à sa maîtresse, /' ai fait ce que vous m'avez commandé. Par Jésus-Christ , répond un domestiquée son maître, je ne suis pas allé dans cet endroit : et toutes ces assertions sont fausses! Par le vrai Dieu, dit ce marchand, je certifie que celte marchandise est de telle qualité , il est aussi vrai qu'elle nïa coûté le prix que je vous indique, qii 'il est vrai qu'il y a un Dieu ; Par mon âme que je dois rendre à Dieu, je certifie que j'ai pu en avoir tant: Ce ne sont encore là que mensonges. Que Dieu m'écrase de son tonnerre, si je n'ai pas fait tant de points, dit ce joueur. Parle

Dieu très Saint 0 très saint nom de Dieu, qui êtes dans le

Ciel toujours loué , béni et glorifié par les Anges et les Saints*, ainsi vous êtes donc méprisé, déprécié par des enfants, des femmes, des domestiques, des joueurs , des marchands , des artisans et par la plus vile populace! Ainsi ces langues sacrilèges, sang aucun respect, sans aucune crainte vous appelleront en témoignage presqu'à chaque parole pour assurer leurs mensonges! Et après vous avoir fait l'auront le plus grave, ils croiront n'avoir commis qu'une faute légère, qui ne fait tort à personne! 0 aveuglement! ô erreur!

15. On ne fait tort à personne. OuW l'insulte dont vous vous rendez coupable envers Dieu, vous vous faites à vous-mêmes un grand tort, puisque vous attirez sur votre tête les châtiments les plus terribles. Ecoutez donc en premier lieu ce que Dieu dit dans le second commandement de cette loi sainte qu'il promulgua et dont voici le texte : Tune prendras pas en vain le nom de ton Dieu.El pourquoi cela? parce que le Seigneur punira infailliblement celui quia l'audace de prendre eu vain son nom: JVee enim iusontem habebit Dominas eum, qui assumpserit nomen Domini Dei sut frustra (Exod. 20 ). Si Dieu assure qu'il ne laissera pas sanscbâlimeiil celui qui profane son nom adorable en toutes circonstances, s'en servant pour prouver la vérité de choses peu importantes et qui ne sont que des bagatelles , comment traiterat-il ceux qui jurent à faux? Ecoutez, /il vous plait, ce que dit le propbèleZacharie: Je vis, dit-il un, livre d'une grandeur démesurée: et ( d'après l'explication du texte par les Septante), une faulx longue de vingt coudées , large de dix, et qui votait à travers les airs. Que signifient cet immense volume et celle faulx si horrible? Cette faulx, dit le Seigneur, signifie la malédiction qui est répandue sur toute la terre, et qui tombera particulièrement surla demeure de celuiquiest parjure, y restera, la consumera au point d'en détruire le bois et les pierres dont elle est i)âtie : hœc est malediclio t quœ egreditur per faciem omnis terrœ.*

elvenietad domumjuraniis innomincmeo mendacilers cl commorabitur in medio domus ejus , et consumet eam et ligna ejus el lapides cjus (Cap. o).

16. Mais pourquoi, demande saint Chrysostônie , Dieu ne se contente til pas de châtier seulement celui qui fait un faux serment, sans aller encore anéantir la maison qu'il habite? Parce que, répond le saint, le parjure étant un des plus grands péchés qui puisse être commis, la justice divine ne peut être apaisée par un châtiment passager; mais elle veut qu'il soit permanent, afin qu'après la mort du malheureux qui a osé se parjurer, le souvenir de son iniquité ne s'efface jamais de l'esprit des hommes, el qu'en voyant sa maison réduite en un tas de pierres, ils apprennent à connaître quelle a été la cause d'un si horrible châtiment, et qu'ainsi ils s'en garantissent eux-mêmes en ne souillant jamais leurs lèvres par ce crime si flétrissant et si détesté de Dieu (H. 19. ad pop. Antiochen.) Ne croyez pas, poursuit ce saint l'ère, que les exemples de châtiments si effrayants exercés sur les demeures des parjures soient rares. Il me serait facilede tous démontrer que non-seulement quelquesunes ont été détruites à cause de ce crime, mais j'ajoute qu'une ville entière, la plus célèbre à l'époque où elle existait, la plus chère à Dieu , et à laquelle il avait pardonné très souvent des fautes bien graves, fut anéantie. Elle se rend odieuse à Dieu par un fauv serment; le courroux du Tout Puissant s'allume.ilpermet que cette ville soit emportée d'assaut, livrée aux flammes, etdétruite jusqu'aux fondements (lbid. ). Et parmi tous les habitants ainsi égorgés, qui est-ce qui a commis un parjure? Sédécias,roi de Juda, qui ayant été placé sur le trône de ce pays par le roi Mabuchodouosor , et ayant pris Dieu à témoin, et juré fidélité à ce prince, n'accomplit point se* promesses el fit alliance avec le roi d'Egypte (4. Reg. 25). Voilà pourquoi la malédiction divine tombe sur sa maison, voilà pourquoi Dieu déchaîne contre lui le roi Nabuchodonosor qui met le siège devant Jérusalem, s'en empare, la saccage ; Sédécias espérant en sortir, devient prisonnier, et après avoir vu tousses enfants massacrés en sa présence, il est condamné lui-même à perdre les yeux, puis •onduit dans cet état à liabylone (3.1'aralip. 36 ).

17. Ah! combien Dieu est implacable contre celui qui jure à faux, el quin'e<l pas fidèle à des promesses faites avec serment: implacabilis est enim Deus , çonteatptis juramentis , conclut saint Chrysostônie ( lbid.). Et bien qu'il semble dissimuler les autres péchés en ne les punissant pas quelquefois en ce monde,

il n'en est pas ainsi du parjure qu'il châtie dès cette vie, en frappant de sa malédiction celui qui s'en rend coupable. Oh ï qu'il esta craindre qu'elle ne tombe dans peu sur les maisons de tant de malheureux qui font avec une si grande facilité de faux serments, supposant qu'elle n'y soit pas déjà tombé.'! Nous ne voyons que trop île familles qui nageaient naguère dans l'abondance et dans les richesses, et qui sont à présent réduites à one extrême misère. Nous voyons aujourd'hui des ouragans dont la -violence renverse des édifices ,* des débordements de rivières dont les eaux couvrent au loin nos campagnes, des pluies continuelles qui ne permettent pas aux mois-sons et aux autres fruits de la terre de parvenir à leur maturité, des sécheresses qui les brûlent et les font périr, des vapeurs nuisibles qui les gâtent, des grêles qui les détruisent, des faillites qui ruinent le commerce ; enfin nous voyons de tous côtés des événements malheureux et des calamités sans nombre. Oli! tout cela est une malédiction de Dieu qui tomio sur les maisons de ceux qui ont prêté de faux serments , ou violé ceux qu'ils ont faits. E\-a minez, mes chers auditeurs, avec toute l'atienliou possible, si vous avez prêté quelque faux serment ou si quelqu'un dans votre maison s'est rendu coupable sous ce rapport; reconnaissant que ce malheur est arrivé , et voulez-vous que celle malédiction s'éloigne de dessus voire demeure , réformez votre conduite et hâtez-vous d'embrasser ia pénitence. Autrement cette malédiction n'en sortira qu'après l'avoir toute détruite. Et cornmorabitur in meclio doimis vcslrœ, et consumet eam. Ah ! Seigneur, qu'il n'en soit pas ainsi, retirez-la votre malédiction, si vous l'avez fait descendre sur la maison de quelqu'un de ceux qui m'écoutenl ici. Tons ceux qui sont tombés dans ce crime, sont résolus fle ne plus le commettre ; vous n'entendrez plus sortir de leur bouche ces parjures exécrables qui enflamment s: justement voire colère. Tous sont disposés à laver dans votre sang précieux ceux qu'ils auraient commis. Nous prolestons tous qu'à jamais nous respecterons votre saint nom, que nous le bénirons, que nous le louerons en celte vie, pour aller le louer et le bénir éternellement dans l'autre.

Sur la seconde condition du serment, qui est le jugement.

Après avoir vu quelle est la première condition du serment, qui est la vérité, expliquons la seconde, qui est le jugement:

Jurnbis injudicio. Il ne suffit donc pas que ce qu'on affirme m qu'on nie par le serment soit vrai , il faut de plus qu'on ne le prête qu'en cas d'une grande nécessité, d'une utilité publique, ou même privée. Nous verrons avec quelle circonspection on doit jurer, combien offensent Dieu ceux qui jurent pour Ses motifs futiles, et combien sont frivoles les excuses de celui qui veut faire passer pour légitime la coutume perverse de jurer.

1. Quoique la vérité soit une condition plus nécessaire dan.^ le serinent que le jugement, et que, indubitablement, le serment sans vérité soit un pécbé plus énorme que celui qui est sans jugement , puisque le faux serment, dans les plus petites choses, est toujours pécbé mortel, somme nous k mv uns a:» long, on est forcé d'avouer que, généralement parlant, les faux serments ne sont pas les plus communs ni les plus fréquents. Comme appeler Dieu en témoignage pour affirmer un mensonge, excite soudain une borreur dont aucun homme ne peut se défe!:;!re, il en résulte qu'il n'y a que des libertins, des êire:> sans religion et qui sont habitués au crime, qui puissent s-.: rendre coupables de faux serments. Ce ne sont donc pas ces derniers qui sont les plus ordinaires et les plus fréquents , mais ceux qui se font sans jugement, c'est à-dire sans circonspection, sans réflexion et sans aucune nécessité, tels sont les sermentdans lesquels tombent une inlinilé de personnes, et l'on ]m\î dire que peu en sont exempts. Et ce qui est pire, c'est qu'un grand nombre de chrétiens sont persuadés qu'ils ne font aucun mal, parce qu'ils ne jurent pas faux; mais que tout ce qu'ils affirment ou nient en prenant Dieu à témoin , est vrai. 11 faut cependant se détromper et être convaincu qu'on ne pécbe pas seulement quand le serment n'est pas accompagné de la vérîtS, mais qu'on pèche encore quand il n'est pas revêtu de la condition du jugement ; ajoutons qu'il faut le faire avec un graa.d discernement,et seulement quand la nécessité y contraint.

2. M;us,meivp!!q;iera-l«on,ne nous avez-vous pas dit que fèserment est un acte de religion, que bien loin d'offenser Die::, il l'bonore? Pourquoi donc, quand on jure selon la vérité, etqu.v la chose pour laquelle on jure est licite et honnête, ne pourra-Ion se servir du serment non-seulement sans péché, mais de pins avec l'intention de pratiquer une vertu? Je réponds que quoi pe fe serment soit bon quand il est fait avec les conditions exigée-;. il ne peut être rang:': dans la classe de ces choses qui sont bonnes en elles-mêmes , et dont on est libre de Eure un emploi a volonté, mais seulement parmi celles dont on ne doit rwer que par nécessité. Saint Thomas (2. 2. q. S9 . art. ô in Cor]). ) établit une comparaison entre îe scrmeiA et les remèdes quels qu'i's

soient que l'on emploie pour se guérir Je quelque maladie. Tous les remèdes sont bons en eux-mêmes, mais on ne doit pas pour cela les désirer, ni les prendre fréquemment, mais seulement quand l'état de noire corps l'exige impérieusement. Qui jamais, à moins qu'il ne fût tombé en démence, s'amuserait en parfaite santé à en prendre par plaisir? Oui iguoiv que plus ilssontà désirer, et que plus ils peuvent être bienfaisants dans le lemps où l'on est malade, plus aussi il fuit, lorsqu'on se perte bien, s'abstenir de s'en servir, parce qu'alors ils produisent des effets pernicieux? Et ils sont d'autant plus nuisibles qu'ils sont plus précieux et plus énergiques par les ingrédients dont ils sont composés. Dites-en autant du serment dont l'essence est le nom très saint et très adorable de Dieu. Nous ne devons donc en user que quand nous voulons suppléer à ce qui manque au témoignage si équivoque de l'homme, et quand nos propres intérêts ou ceux du public nous déterminent à passer des conventions, ou à terminer quelque différent qui ne peut se terminer autrement.

3. Voilà avec quelle discrétion, avec quelle sagesse et aves quelle prudence on doit proférer le serment. Par conséquent, on ne doit jamais l'employer pour affirmer des choses frivoles et de nulle valeur, et auxquelles il est facile d'ajouter foi sans qu'on le fasse intervenir, mais seulement pour en assurer de nécessaires et d'importantes. Le nom de Dieu est saint et terrible, comme l'a dit le Psalmiste. Mon nom est grand , dit aussi Dieu lui-même par la bouche du prophète Malachie (cap. 1). C'est pour cela qu'il a toujours eu eu vue d'en empêcher la profanation et l'abus. De plus , aliu que personne n'eût la témérité de le faire , il a voulu le rendre mystérieux. Il y a trois choses dont Dieu est plus jaloux que de toutes les autres et qui lui sont extrêmement chères : son existence divine, ses grâces et son saint nom. Nous connaissons quels sont les bienfaits de Dieu , mais nous ne connaissons pas proprement ce qu'il est. Nous savons que les grâces viennent de lui; mais de quelle manière et comment viennent-elles, et pourquoi sont elles accordées à l'un et refusées à l'autre ; c'est là un abime profond dans lequel on ne peut pénétrer. Ainsi il a voulu nous cacher tout à-fait son nom : et Moïse lui ayant demandé qui il était , le Seigneur ne lui répondit que par ces paroles : Je suis celui qui est : ego mm , qui sum (Ex. 3. ) : et il refusa pareillement de manifester son grand nom Adonai à Abraham, à Isaac et à Jacob, ses plus chers amis (ib. cap. 6.). Ce qui détermina Dieu à le couvrir d'un \oile impénétrable, ce fui d'empêcher qu'il ne fût profané, a\ ili par des serments inuliles,et qu'il

ne fût pris en vain. C'est ce qu'il défend, comme nous l'avons indiqué plus haut. L'être divin exige de nous le culte et l'honneur, mais il neveutpas être honoré en vain, comme le faisaient les Pharisiens dont il se plaint en ces paroles: Invanum enim me colunt (Marc.7.).La grâce divine demande notre coopération ; et l'Apôlie exhorte les Corinthiens (ep. 2.) à ne pas la recevoir inutilement : exhortamur vos, ne in vacuum graliam Dei recipiatis. Enfin il nous défend expressément de prendre en vain son saint nom.iVoH assumes nomen Domini Dei lui in vamtm (Exod. 20.). 4. Or , Dieu étant si jaloux de l'honneur de son saint nom, dont il défend la profanation avec des expressions si énergiques*, vous pouvez juger avec quelle réserve et quelle précaution vous devez le prononcer. Quand donc la nécessité vous y oblige», quand vous ne pouvez vous dispenser de faire autrement ; quand il est des circonstances extraordinaires et des raisons majeures qui ne peuvent vous en exempter, jurez ; Dieu ne sera pas offensé de celte action dans des cas semblables; au contraire, vous l'honorerez , et vous-mêmes, bien loin d'être blâmés , vous mériterez d'être loués, comme le dit le Psalmiste: laudabuntur omnes qui jurant in eo(Ps. G'2). C'est ce que faisait , comme nous le lisons dans ses épilres, l'Apôtre , qui prenait souvent Dieu à témoin du. désir qu'il éprouvait du salut éternel de ceux à qui il écrivait. C'était là sans doute une chose d'une grande importance, parce qu'il en résultait une immense gloire pour Dieu et un g! and avantage pourles peuples, qu'ils fussent bien convaincus de celte vérité. David aussi jura àBelhsabée que son fils Salomon régnerait après lui, et nous avons un grand nombre d'exemples semblables dans la divine Écriture. Mais vous voudriez, mes frères, que je vous expliquasse plus spécialement en quelles occasions et en quelles circonstances vous serez assurés de prêter serment avec jugement. Ce sera dans celles-ci : Vous pourrez jurer quand vous serez appelés dans ce but par les supérieurs ecclésiastiques, ou comme témoin devant les tribunaux et les magistrats civils. Saint Thomas assigne encore six autres cas où l'on peut jurer. Le premier, quand il s'agit de rèTàblir la concorde et la paix entre quelques personnes , comme cela eut lieu entre. Jacob et Laban ; le second quand il s'agit de conserver sa réputation ; le troisième , quand il s'agit de donner un gage dune fidélité inviolable; c'est ainsi que jurent les employés d'un gouvernement à l'égard du souverain ; le quatrième , dans lequel on prête serment de pratiquer l'obéissance lapins entière envers ses supérieurs, suivant la coutume usitée parmi les juges et autres offieierspuidics, qui promettent sous le sceau du

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serment d'observer les lois et la justice ; fe cinquième quand ou veut donner du poids à une promesse et en assurer l'accomplissement ; le sixième cas enfin, quand on veut déposer en fivetir de h vér iié ; comme fit l'apôtre saint Paul, d'après ce que j'ai dit plus haut (D. Thom. lecl. 4. in Epist.ad Haebr.).

5. Dans des cas semblables, et pour ces raisons etmolifs, vous pourrez jurer; autrement vous ne le pourrez . quoique la chose pour laquelle vousvoudriez jurer fût vraie. Ainsi agissaient les premiers chrétiens, qui évitaient de faire des serments autant que possible. Ainsi doivent agir, à leur exemple, ceux de nosjours, en fuyant le parjure. S'il se présentait quelque cas extraordinaire, si quelque discussion importante s'élevait entre eux, et qu'elle ne put s'apaiser que par la voie du serment , alors ils se disposaient à le prêta'; mais écoutez de quelles précautions fisse servaient pour témoigner leur respect à Dieu. Ils se transportaient dans les églises ; là, recueillis et dans l'attitude la plus révérenlielle qui fût jamais , prosternés , ils étendaient les mains sur les tombeaux des martyrs , pour indiquer par cette conduite qu'il n y avait pas d'endroit plus convenable que l'église pour invoquer le nom de Dieu , et que c'était l'avilir q«e de le prononcer hors de ces enceintes sacrées. Nous apprenons de plus du pape Corneille, et d'un ancien concile, que personne ne pouvait jurer dans une église sans être à jeun. Ainsi , comme vous le voyez, on apportait autant de préparation à un serment qu'à la réception de la sainte Eucharistie; et pourquoi cela-, ajoute saint Bonavenlure ? Afin que la nourriture et le vin , qui par eux-mêmes produisent un désordre dans le cerveau , n'obscurcissent point la raison , et n'empêchassent qu'on ne jurât avec le discernement et le jugement exigés.

6. Les choses étant ainsi , dites-moi en conscience , mes bienaimés auditeurs, si le serment se fait aujourd'hui de celle manière ? prend-on ces précautions , use-t-on delà même circonspection avant d'appeler Dieu en témoignage? Ah ! quelle différence de conduite ! transportez-vous par la pensée dans les lieux où l'on donne à boire ou à manger; c'est là que quand on est à moitié ivre, on multiplie les serments avec une hardiesse inconcevable. Allez en esprit dans les salles de jeu, dans les boutiques où l'on achète et où l'on vend , et vous apprendrez que la coutume criminelle de jurer et de prendre en vain le nom de Dieu, sans nécessité, pour des bagatelles, pour des riens, •s'est introduite surtout dans ces lii-nx. Ce nom adorable et saint, qui comme vous l'avez entendu, n'était prononcé qu'une seule

fois chaque année dans l'ancienne loi par le grand prêtre et clans le temple, lorsqu'il hénissait le peuple, n'est plus aujourd'hui qu'un terme banal, insignifiant, qu'emploient à tout propos des maîtres, des serviteurs, des marchands, des artisans et des hommes sans mœurs. Mais Dieu doit il donc être le jouet, l'objet du mépris des êtres les plus odieux et les plus dégradés? Est-il devenu aux yeux d'un grand nombre d'homme? plus méprisable et! plus'» vil que ne l'est la boue qu'ils foulent, puisqu'ils prononcent ce nom d'une manière si offensante el si nulrageanle? Mais ne savez-vous pas que celui que vous appelez en témoignage sans aucun respect, est ce Dieu qui peut vous foudroyer en Ce moment, vous réduire en cendres, et que dans cet instant, ili peut précipiter voire corps et votre âme dans l'enfer ? et vous oserez: encore^ profaner son nom si saint et si respectable? 7. Voilà cependant comme l'on se comporteà l'égard de Dieir, quand on jure sans nécessité pour des bagatelles. et, pour ainsi dire , par amusement et pour obliger. C'est donc profaner la sainteté dunom de Dieu que d'en agir ainsi. C'est donc le mépriser, l'avilir, et on aura beau assurer qu'on est loin d'avoir une intention aussi criminelle , il n'en est pas moins vrai que c'est [du jours le priver du respect qu'il mérite. Maiscombieny en a-lil qui tombant dans ces excès, pensentne faire aucun mal en jurant, pourvu que ce qu'ils disent soit vrai, etqui,s'appuyant sur ce faux principe, ne se font aucun scrupule de prêter serment en toute rencontre, et de prendre Dieu à témoin pour des choses de nulle valeur? Combien n'en est-il pas qui croyant être dans la nécessité , ou se figurant avoir des prétextes de jurer, se persuadent en le faisant ne pas être compris dans la classe de ceux qui prennent en vain le nom de Dieu ? El en effet il arrive tous les jours que, pourse justifier auprès de son maître , on domestique prend Dieu à témoin qu'il a fait ce qui lui a été commandé, bien que la chose soit de peu d'importance en elle-même , et qu'il n'y ait personne qui le force à jurer. Ce marchand, ce négociantjure que sa marchandise est de telle qualité et de telle bonté , bien que l'acheteur puisse s'assurer par ses yeux et par ses mains qu'elle est ce qu'on lui dit. Cet artisan prend Dieu à témoin qu'il a employé tant de temps et tant d'argent à faire tel ouvrage. Une servante jure hardiment, afin de détruire un doute et un soupçon qu'a conçus sa maîtresse sur l'accomplissement de sa tâche. Ces etifanls. ces (illes. pour affir- Jffler ou nier devant leur père ou leur mère des bagatelles, prennent en vain et sans aucun remords le saint nom de Di^u. Ceuxci, et tant d'autres s'imaginent toajonrs Jtredans la nécessité de

jurer, et croient qu'en agir ainsi, ce n'est pas prendre en vain ce nom adorable, ni l'insulter, ni l'outrager.

8. Mais est-ce là ce que vous appelez des raisons et des motifs suffisants pour rendre vos serments nécessaires? lit pour affirmer ou nier des choses qui ne sont d'aucune importance , vous osez sans aucune crainteet sans aucune frayeur appeler en témoignage ce nom divin que les Anges dans le ciel vénèrent , et qui remplit d'épouvante tous les démons ? Et ce ne sera pas laie prendre en vain? Et cène sera pas l'avilir elle mépriser? Que pensez-vous faire quand vous jurez avec tant de facilité , pour des riens , et que vous invoquez en faveur de votre mensonge le nom redoutable de Dieu ? Croyez vous mériter plus de croyance de la part de ceux qui vous entendent? Ou vous êtes des personnes d'honneur et considérées comme telles, et dès-lors toute confiance vous est accordée; ou bien vous passez pour des menteurs et des fripons: si l'on a cette opinion de vous, tous vos serments ne pourront la détruire ; au contraire, ils n'aboutiront qu'à l'augmenter, et vous fournirez un motif de plus pour exciter la défiance à votre égard. Le proverbe qui dit qu'on doit d'autant moins ajouter foi à un homme, qu'il est plus enclin à jurer, n'est-il pas vrai ? Mais si vous êtes une personne d'honneur , et qu'on ne suspecte point la sincérité de vos attestations, il n'y a aucune nécessité de jurer, pour déterminer les personnes avec qui vous avez affaire , à croire ce que vous dites. 11 suffit que vous disiez: La chose est ainsi : ou elle n'est pas ainsi. Et supposé qu'on ne voulût pas vous croire, n'ajoutez rien de plus. « Car,dit saintBasile-le-Grand,n'est-cepas une » chose lout-à-fait ridicule, et même honteuse, que quelqu'un » s'accuse lui-même, comme s'il était un homme de mauvaise foi, » et qu'il ait besoin de confirmer ce qu'il avance par le moyen du » serment 'ÎNùm turpe cl'omnino slultum est, se ut fuie indignum » accusare, et adjuramcnlisecuritatem confugere (in psal. 14) ?

9. Mais si tous ces serments ne sont pas accompagnés de la seconde condition qui est le jugement, et la nécessité qui obligea les* faire , il en résulte qu'on pèche contre le second commandement par lequel il est défendu de prendre le nom de Dieu en vain, parce que. en agissant ainsi, on l'outrage et on l'offense, et sa justice irritée exercera ses vengeances sur celui qui ala témérité de jurer de cette manière : Non erilimpunitas qui super re çanânomen ejus assiunpserit (Dent. 5). El en effet , comment pensez-vous que Dieu ail la patience de souffrir tant de serments par lesquels vous profanez si indignement la majesté de son nom ? Le nom de Dieu est comparé dans la sainte Ecriture à différentes choses : à l'huile.

àlamanne et àl'ai chedu îostEincn?. Laissons les autres points io comparaison, et ne parlons que de l'arche, qui avait été profanés et dont la profanation devient l'objet des plaintes de Dieu dans la bouche du iValmiste (Ps. 73). Ils ont profané mon arche, disaitil: poUuerunt tabernaculum tiominis ÉMj.Lasainte Ecriture vous cite un exemple du terrible châtiment dont Dieu punit la téméritS de ceux qui portèrent !a main sur elle. Le roi David mu par sa piété cl sa religion , ordonna d'e::!er.e:- l'arche de la maison d' Aminadab , et de la transporter à Jérusalem. Uni; grande foule da peuple s'éiait réunie, et l'arche placée sur un char neuf qu'entourait cette multitude qui l'accompagnait, était déjà près de la vtîle ; mais il arriva que les bœufs qui !« trainaientayani pris la course, cette arche ne gardant plus l'équilibre, fut sur le point de tomber: le lévite Oza, qui se trouvait à côté, pour empêcher sa chute, étendit ses mains et s'tfforça de la retenir. Dieu irrilé de cette action téméraire, le frappa de mort à la vue de tout le peuple (2,Reg.6).

10. Si donc toucher l'arche du testament qui était «.eulement une figure de son divin nom , et dans une occasion où il semblait qu'il y eut nécessité de le faire , fut une action considérée par Dieu comme téméraire et digne de mort , que sera-ce de prendre en vain son saint nom'Ouels châtiments ne doit pas redouter avec raison celui qui jure si souvent , à tout propos , sans circonspection et sans aucun respect. Pour vous inspirer une horreur convenable du serment, gravez dans votre esprit et dans votre cœur ces paroles de l'Esprit Saint (Eci',1.23): Juraiioii nonassuescatos tuum , multi enim casusin i/W.Que votre bouche ne s'accoutume pas au serment , car vous vous exposez par-là à beaucoup de malheurs. Yir mullumjurans replebilur iniquitale, cl non dis* cedetà domo ejus plaga : l'homme qui prête beaucoup de serments se rendra coupable , et la malédiction divine planera sur sa maison. Enfin n'oubliez pas la défense que fait Jésus-Christ de jurer en aucune manière.Ce n'est pasque le serment, comme le voulaient quelques hérétiques , soit absolument défendu par ce divin Sauveur ; mais c'est qu'il veut nousprécautionner contre la tentatioa de jurer en vain et sansnécessité,etque n'outrageant pas son nom adorable , vous détourniez de dessus vous sa juste iudignatiouet ses terribles vengeances.

11. -Nous sommes persuadés, m'assurez-vous , de la vérité de cequevous nous dites. Nous comprenons à présent avec quelle circonspection et quel jugement on devrait jurer, qu'il faudrait le faire seulement quand ilya une véritable nécessité : nous comprettonsencore quel grand mul l'on commet en jurant Fouveat et sans

1 U? Xlt. INSTRUCTION

besoin , ,pour des choses frivoles, el combien Dieu se trouve offensé d'une pareille conduite. Mais vous devez savoir ri? nous nous en sommes fait une habitude et que nous ne pouvons nous eu défendre. D'ailleurs non.* sommes arrivés à des temps où tes hommes ne veulent plus ajouter foi à ce qu'on leur assure , si l'on n'emploie pas le serment ; enfin vous n'ignorez pas n<»v» plus que j.our l'ordinaire nous jurons lorsque nous sommes transportés de- colère. Quoi! vous croyez que toutes ces excuses vous justifient auprès de Dieu , légilimen1: la coutume criminelle que vous avez contractée de jurer ? Ah ! aveugles et insensés que vous êtes! tous avez contracté l'habitude de jurci , et pour cette raison vous ne pouvez vous en empêcher? Si vous énonciez cette opinion avec l'intention de l'établir comme une vérité . et que vous voulussiez opiniâtrement soulenirrassertionsuivante: Nws nepouvons moins faire que de jurer , savez-vous ce qu'elle serait', une proposition hérétique; et vous, vous seriez regardés comme hérétiques à votre tour, et mériteriez d'être sévèrement punis parl'Eglii', puisque Dieu n'ordonnant dejurer que lorsqu'il y a une vrai.1 nécessîlé, vous soutiendriez cette hérésie manifeste qui consi.~t.': à croire qu'ilordonne l'impossible. Mais je ne veux pas vous supposer si impics ; je présume que vous voulez seulement dire que, par suite de l'habitude par vous contractée, vous êtes entraînés comme malgré vousà jurer.Savez-vous ce que cela signifie ? que vous péchez plus gravement précisément à raison de celte même habitude. Ily a là une circonstaneequi augmente votre péché, puisque connaissant qu'il existe en vous une disposition sifimeste à votre inné , si injurieuse à Dieu et à son saint nmi , au Kes d'employer tous vos efforts à l'extirper, vous la fortifiez rt 1'.::: ;m ntez sans cesse par vos continuels serments qui sont toujours volontaires dans la cause, comme le disent les théologiens. Mais, alléguezvous, nous avons trouvé des confesseurs et des moralistes dons le sentiment est que, quand on jure par habitude sans s'en apercevoir et sans réfléchir , l'on ne pèche pas, el ils nous excusent en toutou au moins en partie. Et moi je vous réponds que quanti même vous en avez trouvé, ce que je ne puis croire, et qu'iisvous aient excusés, l'angélique saint Thomas ne vous excuse pas, unis il vous condamne (1. 2.q. 78. a. 2), en disant que celui qui pèche par habitude, pèche avec une malice plus grande: quanclo homo peccal ex habita vitioso , necesse est, quod ex certâ maliliâ peecet. Nous parlerons de cela ailleurs.

ï2.La seconde cxoasèsur laquelle vous vous appuyez, e>t qu'on lie veut point ajouter foi à votre parole, si vous ne raccompagnez

SUR LE SECOND COMMANDEMENT DE DIEU. i47

pas d'un serment : mais celte exxtiseesl frivole. J'ai assuré jmou père lelle chose , et il ne m'aura*! pas cru, si je n'avais pas juré, dit cet enfant de famille; j'ai certifié â mon maître , fait observer un domestique , que je ne suis pas allé en lel lieu, que j'ai fait telle chose, et il m'a répondu : Je ne te crois pas, jure ; et il a fallu <pie j'aie juré' , afin qu'il me crût. Ces pères et ces maîtres qui devraient veillera ce que. leurs enfants et leurs serviteurs perdissent cette détestable habitude de jurer seront précisément ceux qui les y excitent ? Mais ces pères et ces maîtres sont-ils Turcs et païens ? Non . eu* les Turcs elles païens ont plus de respect pour lesernient que cas pères et que ces maîtres. Ceux-ci sont chrétiens denom,mais par leureonduileils sont pires que ces infidèles. Quoi donc ! seront-ils plus puissants que Dieu , sa sainte loi plierat-e Ile devant leurs volontés ! ce Dieu vous commande de ne pas jurer , el un homme pourra vous y obliger ?

13. Mais, dira un négociant, un commerçant, il faut que celnï

qui veut vendre sa marchandise, et qui ne veut pas voir ses a

res bomber en décadence, appuyé ses paroles d'un serment. Ah!

exécrable raisonnement! ne vaut-il pas mieux que le commerce

■ . que les affaires languissent, qu'il y ait moins de débit?

tut-il pas mieux que réiat qu'on professe si indignement

lonné, plutôt que d'enfreindre la loi divine, plutôt [ue

Dieu, plutôt que de perdre son âme? Que séria Fhom-

- . dit notredivin Rédempteur (Math. 16.), de gagner l'univers,

uérir toutes les richesses etles trésors, s'il vient à perdre

:' pas vrai que cela qui s' abstient du ser-

tnerce , voie diminuer sa vente et qu'il ne ga-

. • lus.* :. ire un commerçant, un négociant honoré , et

ps un bon chrétien. J'ajouteque pïusvous prodï-

. les serments, plus vos intérêts en souffriront, plus vos venros gains diminueront; tandis que tout vous réussi:-.!, tout bien en mieux, si vous vous en abstenez. Voici ceuui arriva, èsce que Césure raconte dans ses dialogues, à deux maris qui s'étant présentés à un confesseur réputé par si sainte '. Lui déclarèrent qu'ils ne pouvaient s'empêcher ds jurer etde "." les mensonges, afin de donner d'écoulement à leurs marchandises, et que s'ils avaient agi autrement. Us n'auraient pu se soutenir dans leur trafic. Ce prêtre leur conseilla de ne pi :s jurT. ni prof ;rer des mensonge-;, mais de se servir des paroles de lEiafigÛe: Oui cl non. Ils suivirent cet avi*, et quoi |u*au cont- Mencment leur commerce éprouvât un contre-coup de ce chan- Gcment de conduite, néanmoins il ce fallut -nie peu de temps

148 XII'. JNSTr.UCTiON

pour qu'Us fassent connus pour g^iiï de probité et d'honneur, et Us acquirent un si grand crédit el jn.a si grande réputation g

qu'ils vendaient plus de marchandises eu u.i mois qu'ils n'i'n vendatent dans l'espace d'une année, lorsqu'ils élaïeni dans l'habitude de jurer et de se parjurer à chaque parole. Modelez \otrc conduite sur la leur, et vous ne tarderez pas de voir la bénédiction de Dieu se répandre sur votre commerce.

14. Mais quand nous jurons, me indique un autre, ce n'esi que parce qne nous sommes en colèr.:; hors de ces cas nous ne jurons jamais. Telle est la troisième excuse. La colère est donc r.ne raison de transgresser le second commandement? Et parce que votre colère éclate, vous aurez donc la témérité d'outrager et de mépriser le nom de Dieu ? Vous jurez donc parce que vous êtes courroucés tantôt contre vos enfants, tantôt contre vos domestiques, tantôt contre celui qui s'écarte de votre manière <le faire ou de voir, tantôt contre celui qui vous a offensés : mais sachez qm Dieu éprouve une bien plus forte et plus juste colère contre vous, pour le peu de re»peet que vous port •?. à son- divin nom, et qu'il assure par se, meit qir tôt ou lard vous serez châtiés sévèrement de votre irrévérence scandaleuse. Non , il ne restera pas impuni, celui qui prend en vain son divin nom. Que votre fureur s'exhale, ô langues impies et sacrilèges, en abusant de ce nom adorable: mais s mvenezvous qu'une seule de vos paroles ne se perd pas; tout est inscrit dans le livre étemel , et vous aurez à rendre un compte exact et détaillé de tout ; el si la justice divine vous supporte, elle se réserve de vous écraser sous le poids de ses vengeances dans la vie à venir. Mais non. Seigneur, désarmez voire trop juste colère, il n'y aura désormais plus parmi nous d'hommes assez impies pour prendre en vain votre saint nom. Nous l'invoquerons au contraire toujours, nous le louerons, nous le bénirons ici-bas, afin que vous nous accordiez la faveur de le louer et de le bénir éternellement dans le Ciel.

Pans laquelle on explique la troisième condition du Serment, qui est ta

justice.

1 Dans l'instruction d'aujourd'hui, nous allons expliquer la troi- ' sième condition que Dieu, par la bouche du prophète Jérémie, exige dans le serment, condition qui est la justice : Jurabis m jusiiiiû. Nous verrons donc en premier lieu ce que c'est que jurer dans 'a justice, et combien Dieu est offensé des serments oïl

SUR LE SECOND COMMANDEMENT DE DIEU. Î'b9

dit ne se rencontre pas. Eh second Bon, nous démontrerons qu'on ne peut pas prêter un serment quanti il a pour objet une chose injuste ; et enfin qu'on ne peut pas et qu'on ne doit pas manquer d'accomplir un serment qui a eu pour objet une chose licite et honnête.

1. Afin donc qu'un serment soit un acte de religion qui honore Dieu, il doit non-seulement être t'ait avec vérité et discernement, mais encore avec justice : Jurabis in justifia. Mais que signifie cette expression : Jurer avec justice, et en quoi consiste cette justice? Elle consiste en ce que le saint nom de Dieu ne soit pas invoqué pour affirmer une parole ou une action illicite et injuste, criminelle et inique. Celui-li jure donc avec justice, qui affirme, nie, ou promet de l'aire une chose licite, juste et honnête, et que l'on peut accomplir sans péché. Or, quand vous jurez de faire une chose injuste et défendue par la loi naturelle ou par la loi divine, comme il n'est pas permis de faire cette chose, il est conséquent» ment criminel de s'y engager par ferment : d'où il résulte que jurer de faire une chose injuste et défendue par Dieu , c'est se rendre coupable de deux péchés : le premier, de vouloir faire une chose que Dieu vous défend ; le second qui est encore plus grave que le premier, de se servir du saint nom de Dieu pour s'obliger d'une manière plus stricte à la faire. Jurer de commettre des péchés! de faire du mal à votre prochain ! à ce prochain que Dieu vous ordonne d'aimer comme vous-mêmes, et qu'il veut que vous aimiez comme vous devez -l'aimer! à ce prochain que vous devez affectionner comme un» frère, à qui vous ne devez faire que du bien; et oser prendre Dieu à témoin de cette impiété ! Pourra-t-on jamais connaître assez à fond la malice et la grandeur de ces deux péchés?

% Et cependant ces péchés si graves ainsi que ces excès sont devenus de nos jours communs et fréquents, et on promet sous l'autorité du serment de faire des choses impies et iniques. Oit voit des chrétiens, mais des chrétiens de nom, qui après avoir été choqués de quelques paroles injurieuses, ou après avoir reçu une légère. insulte, se laissent emporter à des mouvements décolère et à des désirs de vengeance. Us protestent que d'une manière ou de l'autre ils veulent se venger du tort ou de l'injure qu'on, leur a faite. Ils jurent que ceux de qui ils ont à se plaindre, le leur paieront tôt ou tard, que c'est dans leur sang qu'ils sont délerminésà laver celte tache, qu'ils ne pardonneront jamais, qu'ils veulent enfin assouvir leur fureur sur euv. Puis, pour confirmer davantage ces iniques protestations, ils appellent en témoignage

150 XIII. IINSIIU c.no.\

Dieu, son éternelle vérité, si puissanc, sa divine présence; sans s'arrêter là ils prennent Jésus-Christ, son très saint Corps, sa Ooixsur laquelle il mourut, son Sang précieux, les sauts Evangiles , la Vierge encore pour témoins. Ali! langues impies etsaeritéges! et vous ne craignez pas que sa fondre n'éclate sur voustoul-à-eoup! mais savez vous quel est le mal (pie vous vous faites vous mêmes en jurant de cette manière? Savez-vous le tort etl'outr ge que vous faites à Dieu ? Savez-vous ce quec'est que de promettre de f ire une action qu'il défend, comme est celle d'offenser votre frère et d'exercer votre vengeance sur lui"? Et ce qui est encore pire, de confirmer cette promesse par l'autorité de son trèg saint nom, de vouloir offenser Dieu par l'infraciion de saloi, d' \ous servir de lui-même, de ses divines perfections elde son nom comme d'un aiguillon pour accomplir vos détestables projets ?

3. Je voudrais vous montrer d'une manière plus sensible par quelque exemple ou quelque comparaison, la grièveté et la grandeur de ce péché. Mais cela est-il possible? Quoi qu'il en soif, supposons qu'un père respectable, disiingué par sa noblesse et par ses qualités, ait un (ils follement épris d'une fille de basse naissance et de mœurs décriées, qu'il ait pris la résolution de l'épouser. Ce père lui défend positivement de contracter avec die ce mariage déshonorant pour lui-même et po'.T sa"f mille: mais de fils opiniâtre, en dépit de sou père, le veut absolument, malgré l'affront qui va réjaillir sur la parenté : vous voyez sans dfriite combien ce père se trouvera offensé de celte désobéissance. Mais qu'en serait-il, si. ayant résolu île former cette alliance si mal assortie, il osait prier ce père d'être témoin de son mariage, et que déplus il eût assez de puissance pour le contraindre à l'être de vive force? Ne serait-ce pas ajouter affront à affront, outrage à outrage? Eli bien! un chrétien qui, ayant résolu de faire une action criminelle contraire à la volonté de Dieu, a l'audace par un serment de le prendre pour témoin de sa résolution, comme pour le forcer à l'appuyer de son autorité et de son nom, le traite d'une manière mille fois plus outrageante encore. Ainsi, commettant, comme nous l'avons dit, deux péchés,il ne suffit pas dans la confession qu'on pénitent s'accuse d'avoir juré, mais il doit encore s'accuser d'avoir juré de faire une action mauvaise.

4. Ce qui est plus déplorable, c'est la crasse et monstrueuse ignorance dans laquelle se trouvent quelques chrétiens qui, après avoir fait des serments impics et injustes, se croient oliligés de les accomplir: celui-ci a juré' de ne jamais ss séparer d." celte

SCR LE SECOND COMMANDEMC^T DE DIEU. 1ol

femme à mœurs dissolues, et qui est pour lui une occasion continuelle <Ie chute; celte jeune fille a juré de ne jamais rompre ses liaisons honteuses avec un jeune homme corrompu; cet homme, de ne jamais pardonner à celui qui l'a offensé, mais de tirer vengeance de cette offense : et tous ces chrétiens sont plongés dans un aveuglement tel , qu'ils se croient astreints à l'accomplissement de ce à quoi ils se sont engagés témérairement par serment. Non, mes frères, détrompez-vous, si jamais vous avez été dans celle erreur. Ce serment, d'après les lois (cap. 18, de Jur.), n'est point un lien d'iniquité: vous avez péché eu promettant de faire des choses mauvaises, et plus gravement encore en confirmant votre promesse par le serment; mais vous pécheriez encore plus grièvement si vous mettiez à exécution ce que vous avez juré. Quand vous files ce serment inique, votre péché fut grand; mais on peut dire qu'eu principe, il ne devint tel, que parce que vous eûtes l'intention d'en compléter la malice par l'exécution. A ce sujet, Soffronius raconte (Prat. spir. c. 116) qu'un saint homme ayant usé de toutes les ressources les plus ingénieuses pour réconcilier deux frères, l'un d'eux répondit que ses efforts seraient infructueux, parce qu'il avait juré, par la croix de Jésus-Christ, de ne jamais plus parler à l'autre. Sachez, lui dit alors ce saint homme, que votre serment ne peut nullement vous obliger; c'est tout comme si vous aviez dit : Seigneur mon Dieu, je jure pur votre très sainte Passion, par votre Croix et par le Sang précieux (pie vous répandîtes en y étant attaché , que je n'observerai pas vos commandements , que je n'accomplirai pas votre volonté, mais celle du démon,votre ennemi. Convaincu par ce raisonnement, et reconnaissant son erreur, il rentra en rapport avec «on frère. Tant s'en faut que de semblables serments' soient obligatoires, qu'au contraire on doit se garder bien de les accomplir, quand on ne veut pas ajouter à un péché déjà grave un autre pins énorme encore.

o. L'écriture sainte nous fournit beaucoup d'exemples de serments impies qui manquaient de justice, et qui nous inspireront l'h 'rreur qu'ils méritent. Saint Marc raconte que le roi Hérode fit un jour un grand festin auquel il invita tous les seigneurs de la Galilée. A ce festin fut admise la fille d'Hérodiade, qui se mit à'iïanser avec tant de grâce, qu'elle excita l'admiration de tout le monde, et surtout relie d.i roi, qui promit avec serment de lui donner toiit ne qu'elle lui demanderait, même la moitié de son royaume. Aiguillonnée par sa mère, elle demand» la téc de saint Jean-Baptiste. Hérode fut aMi^ de celte demande; cependant

Î52 XIII .NSTRCCTIOR

pour ne ras violer son serment, il ordonna qu'on coupât la tête du Précurseur de Jésus-Christ, et la fil donner à celte danseuse effrontée (Marc. c. 16). 0 prince aveugle et insensé! lu tais une promesse dune aussi granrîe importance, et tu t'engages par un serment à l'accomplir! Fut il jamais serment plus téméraire que le tien? et y eut-il jamais nue exécution plus barbare? La têto du plus saint de tous les hommes sera la récompense d'une jeune fille, qui t'a plu par la lubricité de sa danse? Telle fut la conduite d'Hérode, ditsaint Augustin, en commentant cet évangile (Serin. 10. de novisServ.): il jure témérairement , el il accomplit d'une manière impie ce qu'il jure. Nous trouvons un autre exemple dans les Actes des Apôtres (c.23.). Plus de quarante Hébreux qui avaient formé le complot de s'emparer de l'apôtre saint Paul, s'obligent par un exécrable serment et par vœu de ne manger ni boire avant qu'ils aient mis à mort ce grand docteur des nations. Ils étaient déjà sur le point de réaliser leur noir et cruel projet, lorsque Dieu sauva ce saint Apôtre en le lui découvrant. David aussi, dans un accès subit de colère, avait résolu de faire égorger tous les membres de la famille de Nabal , et l'avait juré; mais la sage Abigaïl, connaissant cette détermination, l'en détourna par ses prières; et ce prince appréciant les bons conseils qu'elle lui avait donnés, lui en témoigna sa reconnaissance, se félicita de n'avoir point mis à exécution son inconsidéré serment, et de n'avoir pas répandu le sang humain (l.Reg. c» 25).

6. Apprenez donc, chrétiens, par ces exemples, quelle doit être la circonspection avec laquelle vous devez jurer, si jamais la nécessité vous y contraint, et comment la justice doit toujours accompagner vos serments;soyez convaincus de ce grand principe, que de même qu'on ne doit point faire le mal, de même aussi on ne doit point s'y engager par serment. Regardez comme certain que si jamais vous étiez assez insensés pour faire un serment aussi conlraire à la raison et aussi impie , vous augmenteriez le poids et le nombre de vos péchés. Aussi dans les saints Canons (c. qui sacr. 12. q. 4) , nous lisons que celui qui plaidant avec sa partie adverse, aurait juré de lui vouer une haine éternelle, en pénitence d'un semblable serment, serait exclu pendant une année entière de la participation au corps et au S3iig de Jésus- Christ, et devrait expier son péché par des aumônes, des larmes et des jeûnes, autant que cela lui serait possible. En outre, il faut être convaincu que quand la chose promise et jurée est licite et honnête, et surtout si elle est faite en faveur de quelqu'un, on est obligé d"étre fidèle à sa promesse, quand même elle aurait été faite

SUR LE SECOND COMMANDEMENT DE DIEU. ~ io&

à un ennemi déclaré, à un Turc, à un Juif, ou à un individu quel qu'il fût, et cela sous peine de s'attirer les châtiments terribles de la justice divine. Josué (c. 9.), d'accord avec les principaux d'Isr rael, avait juré auxGabaonites qu'il ne les détruirait point, et qu'ils vivraient en paix avec le peuple de Dieu; mais Saiil, dans la suite, poussé par un faux zèle, en fit égorger un grand nom-, bre, et Dieu, pour le punir d'avoir violé un serment, envoya une famine qui dura trois ans, et sa colère ne s'apaisa que lorsqu'il eut détruit la race de ce roi (2. Reg. '2'2).

7. Mais que dirons-nous de ces serments que font habituellement les pères et les mères contre leurs enfants, de ceux que font les maîtres contre leurs serviteurs , et. qui sont suivis de menaces de leur faire quelque mal considérable, comme de leur briser les os, de leur rompre les bras? Doit-on les condamner ? et les pères et les maîtres sont-ils tenus de traiter comme ils ont dit qu'ils le feraient, leurs enfants el leurs serviteurs coupables des fautes qui «nt provoqué ces serments? Je répondrai à cette question en déclarant qu'il se rencontre toujours beaucoup de péchés dans les serments que font souvent les pères et les maîtres. Ils pèchent eu les menaçant de les punir sévèrement pour des fautes qui sont ordinairement légères : ils pèchent encore plus grièvement contre la religion, en interposant le nom de Dieu, et le prenant à témoin qu'ils feront une chose qui ne se peut faire sans faute : ils pèchent enfin parce qu'ils jurent de traiter de telle ou de telle autre manière leurs enfants et leurs domestiques sans en avoir l'intention, ne se proposant que de les effrayer; d'où il résulte que leur serment manquant de vérité sous le rapport de l'intention, ils commettent un horrible parjure. D'après cet exposé i[ est facile de voir combien sont coupables ces pères et ces maîtres quand ils s'emportent eten viennent à des menaces semblables, qu'ils les confirment par le serment, et combien cela est indigne d'un vrai chrétien. L'objet de ces serments étant,comme on le conuait, criminel et injuste, ces serments n'ont aucune force, et ils ne doivent pas les accomplir.

8. Mais qu'en serait-il, dira un autre, de celui qui aurait juré d'infliger à ses enfants, ou à ses domestiques un châtiment qui ne serait poiut excessif, mais proportionné à leurs fautes? Que devra-t-on penser d'un tel serment? Sera-t-il obligé de l'accomplir? Je réponds que tous doivent s'abstenir de semblables serments, parce que s'ils les font avec justice, ils ne les font pas toujours avec jugement et discernement. Nonobstant cela, il y a des cas où ils ne sont pas tenus de faire ce qu'ils ont juré. En premier

îo£ XII!. INSTRl'CTIOR

lieu , quand l'état de la chus ■• i hange\ Supposons, pa.- pwmple, qu'un fils ou un serviteur cnuire qui vousavez prWiW d'exercer un châtiment, vous ait demandé pardon , et qu'il ait promis de s'amender et de se corriger, t-t tfiie peut être il Tait déjà fait, vous n'êtes pas alors obligés de le châtier, comme vous l'avez juré, parce que le serment ne vous lie qu'autant qu'il persévère dans son inconduite. En second lieu, vous n'y serez pas tenus quanti après avoir pesé avec maturité les choses, vous connaissez que le châtiment au lieu d'être utile et avantageux, serait nuisible et pernicieux, et qu'il servirait plutôt à les rendre plus vicieux qu'à les changer. En troisième lieu quand de ce châtiment infligé il pourrait résulter dans la famille des désordres, îles discordes, des troubles , et par conséquent plus de mal que de bien. Enfin , on «'est pas tenu à accomplir f on serment quand quelque ami ou quelque parent offre sa médiation, et alors on peut remettre la peine et s'abstenir de châtier.

9. Concluons donc que vous n'êtes pas ton jours astreints à accomplir vos serments, lors même que vous avez eu l'imprudence de les faire. Quand ils ont rapport à une chose illicite , quand ils sont au désavantage du prochain , contraires au bien public, ou à quelque loi divine, ou ecclésiastique, ou civile, gardez-vous bien de les mettre à exécution. On ne doit pas appeler serments, mais plutôt parjures, ceux qui sont nuisibles aux intérêts de l'Église, ainsi que ceux qui sont en contradiction avec la doctrine des saints Pères. C'est ce que déclare le saint concile deLatran (3. c. 16). Disons en autant de celui qui aurait juré de faire une chose inutile; c'est-à-dire qui, par elle-même, par le but qu'il se propose, par les circonstances où il se trouve, ne peut être avantageuse ni à la gloire de Dieu ni au prochain : car comme le serment n'est pas un lien d'iniquité, par-là même il ne nous lie pas dès qu'il s'agit de faire des choses vaines et oiseuses. Un serment de cette nature étant une irrévérence envers Dieu et un abus de son saint nom , il s'ensuit que jurer ainsi est un péché grave. Le serment n'a pareillement aucune valeur, dès qu'il a pourobjct une chose qui est un obstacle à un bien plus grand , ou qui est contraire aux conseils évangéliques, comme serait, par exemple, ie serment d'un homme cpii . fatigué «les importunités des pauvres , jurerait de ne pins rien leur donner, et celui par lequel quelqu'un jurerait de ne pas entrer en religion. Mais personne, dites-vous, n'est obligé d'entrer en religion. C'est vrai : vous êtes libres et vous pouvez y entrer, comme vous pouvez rester dans le monde, parce que voire salut n'y est pas impos*

SOB LE SECOND COJiMA.XDEMENT DE DIEU. ïo5

S'.ble. Il n'est cependant pas permis de jurer que vous n'y entrerez pas, parce que, suivant les enseignements et les conseils de Jésus- Christ, l'état religieux étant quelque chose de très parfait, vous votii engageriez à faire une chose contraire à ce qu'il enseigne et à ce qu'il conseille.

10.11 peut encore se présenter d'antres cas, dans lesquels celui qui jure en promettant de faire quelque chose, n'est pas tenu de mettre à exécution son sonnent. Premièrement quand on se trompe surla valeur de la chose promise : un tel a juré de donner à Pierre un objet qu'il croit ne valoir que cent francs, et il apprend ensuite qu'il en vaut mille. Il n'est paslié par ce serment, parce que son intention ne tombe que sur l'objet en tant qu'il no l'estime que cent francs. Il en est ainsi lorsque l'erreur tombe sur la fin et le motif pour lequel on a juré : quelqu'un a fait serment d'offrir un présent à Paul, parce qu'il croit qu'il lui a prêta secours dans une affaire ; mais il a découvert dans la suite que ce n'est pas Paul, mais un autre, il n'est pas tenu d'accompli.- son serment. Disons-en tout autant quand la chose promis* qui est la matière du serment, est changée; comme si, par exemple, quelqu'un avait juré de jeûner la veille de la fête de tel ou Ici saint ^ «l'aller* le jour de sa fête visiter l'église qui lui est dédiée , ou son autel, et que la veille ou le jour même il tombe malad •. Il en est de même quand il arriverait qu'en accomplissant un serment, on causerait un dommage aux autres; comme si, par exemple, quelqu'un avait juré de donner uneépée ou toute au ire arme à. un ami ira à un compagnon qui est devenu insensé ou furieux. On doii porter I* même jugement sur une personne qui aurait juré d'aller en pèlerinage à Lorette ou à Rome; mais il apprend que les routes sontl infestées parlas armées ennemies ou parle» brigands. Enfin, celui qui aurait promis avec serment de donner une somme on de payer une dette à quelqu'un, serait délié de ce serment , si cd dernier le dégageait de ses promesses en lui faisant cadeau de tout. Ce qu'on vient dédire touchant le serment, doit s'appliquer aussi au vœu.

11. Telssont les cas et autres semblables où , s. .on les tbéolo»; giens, on est exempt d'accomplir son s-rment, parée qu'il n'est pas fait avec justice, et qu'on n'yrencontiv pas les conditions requises pour en rendre l'exécution légitimé. Hero ces cas, je le répéta encore, quand la chose et licite et bonnête, et qu'elle se peut faire sans péché, personne ne doit se croire dispensé desonser« nient, cl, sous peine de se rendre coupable du pins horrible parjure, qui quccescKt ne doit y nmiquer. Mas combien les injus*

150 XIII. IKSTBUCTION

lices et les fautes que l'on commet dans celte? matière sont ordïmaires et fréquentes ! Combien se croient dispensés , ou pouf inieuvdire, se dispensant d'observer ce qu'ils ont promis par les serments les plus sacrés! ils les violent avec la même facilité qu'ils les font. Pour peu qu'on ait connaissance du monde , on reste convaincu de son infidélité et de son orgueil. Son grand vice est de promettre beaucoup , et de tenir peu ce qu'il promet, d'être férond en paroles et stérile en actions , prodigue de ce qu'il peut donner sans se nuire, mais avare de ce qui peut lui être utile ou nuire légèrement à ses intérêts : c'est ce qu'il apprend à ses sectateurs qui adoptent ses perverses maximes. Mais parce qu'il est difficile de réussir dans ce dessein pernicieux , il croit que la voie la plus sûre est de cacher sous un engagement sacré la duplicité de son cœur. De même que les hommes sont toujours en garde lesuns contre les autres, danslacrainle d'être trompés ; ainsi il importe beaucoup de dissiper leur défiance. Pour en venir sûrement à bout , il croit qu'il n'y a pas de meilleur moyen que de s'efforcer de devenir non-seulement sincère, bien qu'en vérité il ne veuille pas l'être, mais encore pieux et dévot sous l'autorité du serment qui est inviolable et sacré. Voilà jusqu'où va le désordre, au pour mieux dire , la malice du siècle; et c'est là la raison pour laquelle, sans aucun scrupule et sans aucune intention d'exécuter ce qu'on dit et ce qu'on promet, on en prend Dieu à témoin. D'un côté, on craint de passer pour un homme fourbe el sans parole , et de l'autre , on reconnaît que la sincérité peut seule établir la réputation d'un homme. Que fait-on pour être cru ? on appelle Dieu en témoignage d'une promesse qu'on n'a pas la volonté de tenir.

12. Il semblera que ce que je viens de dire n'est qu'une pure supposition, et que dans la pratique on ne voit jamais rien de semblable. Plût à Dieu qu'il en fût ainsi! Mais une déplorable expérience nous démontre tous les jours la vérité de ce que j'ai avancé tout-à-l'heure. Et qu'entend-on journellement, sinon d. -s plaintes contre tel ou tel artisan, qui a promis que telle semaine, qu'à tel jour désigné , l'ouvrage dont il s'est chargé sera achevé, et qui l'a non-seulement promis, mais même juré? Mais quoi! rien n'est fait aux époques indiquées. Savez-vous donc ce que c'est que d'engager sa parole , quand il s'agit d'une chose raisonnable et juste? La parole donnée est le lieu de la société civile, la sûreté du commerce parmi les hommes, et comme le sceau de la foi publique. Dès que vous l'avez donnée , il n'est plus en votre pouvoir de la retirer; autant vous devez être cir-

conspe&s à l'engager, autant devez vous être justes et fidèles à la garder. Et si cette parole suffit pour une simple promesse, à plus forte raison doit-elle suffire quand elle est accompagnée du serment et confirmée par le témoignage divin. Pourquoi donc n'accomplissez- vous pas ce que vous avez promis et juré?

13. Si cette coutume condamnable d'accompagner ses promesses du serment, est commune et fréquente parmi les artisans, elle l'est encore davantage parmi ceux qui ont des dettes à payer. I\Ton, il n'yapasde protestations qui se fassent plus ordinairement que celles que font aujourd'hui les débiteurs à leurs créanciers , comme celles-ci , par exemple, qu'à telle époque ils satisferont à leurs dettes , qu'avant un mois tout sera payé : « Venez , disent- » ils, tel jour, et je vous paierai. Mais ils ajoutent aussitôt . Ne » vous donnez pas cette peine , j'irai moi-même vous satisfaire : » je ne manquerai pas d'aller vous trouver. » Et de suite les voilà à prodiguer les serments pour témoigner de la véracité de leurs promesses. Ils jurent par Dieu, par l'Evangile, parla Sainte- Vierge, par tous les Saints du paradis, pour que l'on ajoute foi à une chose qu'ils n'ont pas l'intention d'exécuter. Cependant le jour , le mois, l'année fixés pour le paiement sont passés, et les créanciers ne les ont point vus, après les avoir attendus inutilement. Tout autant de fois ils se sont transportés chez eux pour réclamer ce qui leur était dû, tout autant de fois ils ont été renvoyés les mains vides. Voulez-vous savoir quels sont les créanciers? Ce sont ou de malheureux ouvriers qui ont travaillé à la sueur de leur front, ou des marchands qui leur auront vendu des marchandises. Mais pourquoi promettez-vous, sous la fui du serment, de payer des dettes que vous n'avez pas la volonté de payer ?

14. Il vous est bien facile, medirez-vous, de nous condamner, vous qui ne savez pas ce que c'est que d'être chaque jour harcelé par un créancier impitoyable , qui, comme celui de l'Evangile, nous serre la gorge pour nous étouffer. On voudrait l'éloigner de soi, et, comme il n'y a pas de moyen plus propice pour arriver à ce but, on promet et on jure de faire dans un temps donné ce que l'on n'a nullement l'intention d'accomplir; et puis nous n'avons pas de quoi payer , personne n'est tenu à l'impossible. Mais voici ce queje vous dirai, pour répondre à toutes ces excuses: Afin d'éloigner île vous un créancier impitoyable , sans entrailles , et vous délivrer de ses poursuites, n'y aura-l-il pas d'autre moyen plus convenable que d'appeler, par un horrible parjure, Dieu en témoignage de ce que vous promettez ? et ce nom sacré devra-t-il servir à protéger les mensonges de celui qui n'a pas l'intention de

payer ses dette;.? 0 abus intolérable! ô impiété! Mais vous ne pouvez, dites-vous , satisfaire à ces dettes ; voîri ce que je réponds à cela : Ou voire impuissance dans ce cas e<t réelle, ou non. Si elle n'est pas réelle, comme cela a lien parmi tant de personnes qui pourraient payer, mais qui ne le font pas, parce quelles no veulent point se gêner, ni s'imposer aucune privation , ou parce qu'elles sont dans la volonté de continuera fréquenter les lieux ile débauche, ou les maisons de jeu , ou à se livrer à leurs divertissements et à contenter leurs passions; je déclare que dans ce cas vous seriez les hommes les plus méchants et les plus injustes, si vous veniez à cacher, sous l'autorité d'un serment, votre malice. Mais si vous êtes réellement dans l'impuissance de payer, je demande si en faisant une promesse accompagnée de serinent, par laquelle vous protestez de payer ce que vous devez, et que vous ne soyez pas en état de le faire, je demande, dis-je, si par ce moyen vous satisfaites vos créanciers? Non certainement, parce qu'il vous reste encore la somme due à acquitter, et votre serment venant à l'appui d'une promesse que vous n'accomplissez pas, ne sert qu'à allumer contre vous la colère de Dieu, et à vous attirer le mépris des uns et la haine des antres; avons rendre suspects à vos amis, insupportables aux méchants, et indignes de tout égard de la part des indifférents; ainsi tous craignant d'être trompés par vous, tous, par une juste conséquence, se délient de vous. 11 serait bien plus sage d'avouer simplement et avec humilité votre insolvabilité, d'implorer la charité publique, d'intéresser la compassion d'autruien votre faveur; et si vous l'eussiez fait, vous auriez été écouté, et vos créanciers vous auraient accordé la facilité pour payer, en vous assignant des termes plu? éloignés, el peut-être, comme cela est arrivé tant de fois, ils vous auraient remis ou toute votre dette, ou au moins une partie. Vous n'avez par conséquent aucune raison qui puisse vous disculper de votre coupable serment.

15. Ce que nous devons donc apprendre dans cette instruction, c'estque le serment doit être fait non seulement avec vérité et discernement, mais encore avec justice , c'est-à-dire que si jamais vous êtes forcés de jurer , vous ne devez le faire que pour des choses honnêtes et licites, et qui peuvent se faire sans poché : jurabis injuslilià. Nous devons apprendre que si jamais par malheur quelqu'un avait juré de faire quelque chose de criminel et d'injuste, il doit absolument se garder d'accomplir son serment, parce qu'il se rendrait coupable d'un double péché. Enfin nous devoiisapprer.ilre que quand on promet et qu'on jure de vaquera

St/R t.r, SECOND COMMANDEMENT DE D1FU. 1"(J

une œuvre qui HStlieite et honnête, on doit exécuter la promue qui a été confirmée parle serment. iNous avons vu de quel horrible paijiir." si: souillent, enlr'autres , ces ouvriers qui ayant beaucoup . d'oeaipations,et sachant qu'ils ne pourront achever à uneépoquvr ■ fixée un ouvrage qui letiraéte confié , pour ne pas perdre legaiir " qtt'ils espèrent, cerlifientet jurent qu'il sera terminé à l'époque indiquée. On doit raisonner de même à l'égard de ceux qui jurent dépaver leurs dettes dans un temps déterminé, quoiqu'ils n'aies! pas l'intention de les acquitter, ou parce qu'ils ne le peuvent pas ou parce qu'ils ont par devers eux des motifs d'agir ainsi. Que etss malheureux parjures ne s'attendent pas aux jouissances du ciel, mais aux supplices de l'enfer! Oui est-ce qui montera sur la sainte montagne de Dieu , qui est le paradis ? c'est la question que fa i g le Prophète royal (Ps. 23) : Celui, répond-il, dont les mains sont innocentes, dont le cœur est pur, etsuriout celui qui n'a jamais; juré pour tromper sou prochain : Qui non juravit in dolo pro.rimo sito. Voilà celui qui recevra du Seigneur des bénédictions , el qui sera traité avec miséricorde par son divin Sauveur : Hic accipiel benedictionem ùDomino, et misericordiam à Deo suUilarisuo. Abstenez-vous donc de tromper le prochain par «le £hk serments, afin que vous puissiez recueillir les bénédictions de Dieu , vous rendre dignes de ses miséricordes , mériter qu'il vous admette sur la terre au nombre de ses amis, et qu'il vous rende enfin éternellement heureux dans le Ciel.

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