QUARANTIÈME INSTRUCTION
Sur la fréquentation des personnes de différent sexe considérée comme une grande source d'incontinence.
Je veux vous parler (Tune autre cause féconde d'incontinence, donl nous devons désirer l'anéantissement dans le monde entier, puisqu'elle a assez de puissance par elle-même pour prééipiWr un grand nombre d'hommes dans cet abominable vice. Cette cause déplorable d'impureté, cette source intarissable de crimes houleux n'est autre que cette grande liberté qu'ont les jeunes gens et le* j> unes tilles de se voir, de se parler, d'avoir des rapports ensemble; c'est ce qu'on appelle communément faire l'amour, ce qui a lieu surtout parmi les personnes de basse condition et sans éducation. Si l'on pouvait parvenir à détruire cette funeste continue, combien l'on verrait se multiplier le nombre desamaïenrs de la Chasteté , et combien d'un autre côté, diminuerait 7e nombre malheureusement trop grand de ceux qui s'ibandonn ■ ni sans honte aux vices infâmes ! Nous verrons donc aujourd'h :i que cette libené et cette coutume si commune parmi les
je. s persOflWKS des deux sexes de se promener ensemble , de
saboru.r réciproquement , de converser familièrement , en toi mot de faire l'amour, est un des plus grands moyens dont lo démon sfestert potir causer la perte de la chasteté, et précipiter dans tonte espèce de turpitudes. Row verrons en second lieucom ■ bien sont vaines et frivoles les excuses que l'on allègue pourlégitii remette crmiinetle liberté et cet usage si funeste.
i . i j ainais d y ann temps où les pères et les mères soient dans 1 oblig ition de survriller atec le plus grand soin leurs enfants, surtout l ors filles , et d' les éloigner de tout ce qui pourrait souiiler leur >M retee! leur innoo née, c'est dans les premières années de l< or j. u -esse. Les faux plaisirs font dans 1 ur cœm\ a cel âge, d s mi| r .ssions profond, s; et comme ifs n ont point encore dexpéri nre, in doits en erreur par le démon t par leur désir de tout connaît» e et de tout apprendre, ils s'imaginent trouver lebonh OY 'a )S le; actions auxquelles ils se livrer! vl dont i'.s ignorent les n -s e . cuis ; pience.s.On'y a-l-il donc à faire par rapport aux nus m i me ans autres? ce que fit le roi S.domon consulté, ainsi q'. raitdaos lessacrésCantiqoes,sor la conduite qu'il avait à
tenir à l'égard d'une jeune fille encore en bas age(Caut. 7). Qaid faciemus sorori noslrœ quundo aUoqucmlaesi? Si munis est, œdi- (icemus super eum propugnacula argentea ; si ostium est, corn-
SLR LK SIXIÈME COMMANDfiMEHT DE DIKU. 483
pingamus illud tabutis ccdriiiis. Nous avons , devraient dire les père el mère, les frères, lesonclesou autres parents, une fille, une sœur, une nièce encore jeune,qui est même déjà sortie de l'enùvuet; elle- est parvenue à l'âge critique de onze à douze ans: ci artamme nous le sommes de la surveiller ou de la faire élever, quelmoyen prendrons nous pour la garantir des pièges que l'on tendra nson Infrocen-ce-fl^ atteintes qu'on portera â sa pureté dans un âge si dangereux et si propl-e aux ilHusiODs? Il est vrai qu'elle est d'un excelleul caractère, d'un bon naturel; de sorte qu'on croirait avec raison qm voilà déjà une? forte muraille à opposer à tous les assauts par lesquels on chercherait à ravir sa pureté, que voilà une porte solide fermée à toute tentative pour la dépouiîler deson innocence. Néanmoins elle n'est pas encore assez en sûreté, multiplions autour d'elle les fortifications, les moyens de défense, doublons les portes, employons de nouvelles précautions, usons d'autres stratagèmes, afin de la mettre à couvert de tout danger. Dérobons la à d< s regards indiscrets, qu'ellemêmefuie la présence de ceux qu'il n'est point nécessaire qu'elle voie; qu'elle ne franchisse point Îj seuil de h maison sans une grande nécessité, et qu'on ne h laisse jamais soi tir seule: Si muni* es!, etc. etc. En agissant ain>i, vous .- ù î rez les conseils de l'E^pril-Saint , et votre conduite dans la direction dj; cei jeunes personnes sera pleine de prudence et de sagesse.
2. Mais ce n'est pas ainsi qu'on parle et qu'on agit aujourd'hui. ? Dtre ftlîe est déjà grande, dit on ; on remarque beaucoup dtspnt et beaucoup de gentillesse en elle; elle sait danser, chanter; el'e possède assez bien sa langue, elle a des reparties vives- Exposons-la aux regards du public, afin que ses b»lles qualités et ses talents soient connus , et qu'elle puisse se procurer un parti avantageux. C'est ainsi qu on parle et qu'on raisonne dans beaucoup de familles, contrairement aux leçons du Saint Esprit, données à tous les pères et à imites les mères par l'organe de Salomon, comme s'ils étaient plus prudents et plus sages que ce roi. Mais le mal serait bien moindre, s'ils se contentaient de le dire, fi qu'ils ne fissent pas ce qu'ils disent; le pire « st qu'ils me'teut eu pratique ce qu'ils énoncent, et qu'au lieu de soustraire aux yeuv du public leurs jeunes filles, de les éloigner des occasions et des dangers, ils leur lussent toute liberté de se montterà qui veut Ips voir, de se placer aux fenêtres pour étaler leur beauté, de s'asseoir à l'entrée de leurs maisons , de se promener dans les rues ou sur les routes. Quoi de plus ? Ils se permettent même de les conduire aux veillées, dans les réunions , aux bals, aux
4M XI.. JKSTRUCTIOX
théâtres et aux spectacles, afin d'attirer sur elles lesrcgaidsdcs spectateurs pour ne pas dire afin d'exciter et réveiller les désirs
Impurs d'une jeunesse licencieuse, Que si quelquefois ils s'aperçoivent qui; les -pasteurs ou les prédicateurs s'élèvent avec force contre celte libellé qui est si funeste à ces jeunes personnes, ces pères et ces mères répondent froidement: Oh! quel mal y a-l-ilà ce que ces jeunes gens et ces jeunes filles aient la faculté de se voir, de se parler; c'est une liberté lout-à-fait innocente.
3. Quel mal y a-t-il là, dites-vous? El moi, j'en découvre non un seul, mais un grand nombre, et je vous déclare que c'est de cette liberté que vous appelez innocente que découlent comme d'une source tous les péchés d'impureté. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de vous répéter ici ce que je vous ai déjà dit, mais il suffit que vous vous rappeliez ce que j'ai prouvé dans une autre instruction, savoir que l'œil qui s'ouvre sur des objets dangereir, est une des plus grandes causes de l'incontinence. Quoi! vous ne voudrez pas que des jeunes gens et déjeunes personnes dans la fleur de leur âge, ne voilant point leur beauté, en présence des objets qui frappent leurs sens, avec leur inclination au mal, sous Finfluence. funeste du démon qui souffle pour ainsi dire le t'en de l'impureté dans leur cœur afin qu'il s'embrase au plus vile, vous ne vomirez pas, dis-je, que celte combinaison et celte variété de causes si efficaces et si puksant''S,les précipite dans toute espèce de crimes honteux, et allume en eux un incendie terrible? Et ils pourront porter avec de mauvaises intentions leurs regards les uns sur les autres sans faire naître des affections dépravées, sans réveiller des passions honteuses assoupies , sans donner naissance à des pensées infâmes, et l'on aura la témérité «le croire que tout sera pur et innocent? Ah! faites croire cela à des gens simples et ignorants; quanta moi je vous dirai que tous ces saints Pères, à qui Dieu accordait des lumières si surabondantes, concluaient que s'il ne s'ensuivaitaucun mal, ceserait une espèce de miracle.
4. Vous donc, pères et mère?, pour arrêter ce mal dans son principe et l'empêcher de se développer , n'accordez plus ces libertés scandaleuses à vos enfants, et surtout à vos filles. Ecoulez l'Esprit-Saint, vous parlant dans l'Ecclésiastique (c. 26). In fîliâ non averlente se , firma cuslodiam. Quand vous voyez une fille qui ne se soustrait point aux regards de celui qui a les yeux attachés sur elle, qui, au contraire, attache les siens sur lui; une fille qui, pourvoir et être vue, se met à la fenêtre, sur les porte», -€t se rend dans tous les lieux où il y a concours et réunion, veil-
lez sur elle, ne la perdez pas de vue, redoublez d'attention : Firma custodiam. Et pourquoi devez-vous faire cela ? Parce que si vous la laissez en liberté, et si elle trouve l'occasion favorable pour satisfaire quelque mauvais penchant , elle le fora, inventa occasione, utalur se. Par cotte surveillance exacte, vous la garantirez des périls qui l'attendent du côté de la liberté qu'elle donne à ses yeux; mais si vous êtes négligents à prendre toutes ces précautions, ne vous étonnez plus si méprisant vos conseils et vos commandements, elle veuille ensuite faire à sa manière: Abomni irreverenliâ ociilorum ejus cave, et ne mireris si te neglexerit. Ainsi conclut L'Esprit-Saint. Et vous croirez qu'il n'y a point de mal dans celte liberté que vous accordez à vos eufauls, et vous vous imaginerez que tout y est innocent!
5. Mais ce n'est pas là que s'arrête tout le mal, il étend son funeste empire beaucoup plus loin. Certains pères et certaines mères ne se contentent pas de porter préjudice à l'innocence de leurs enfants en leur accordant une liberté entière de voir et d'être vus; mais ils vont jusqu'à leur permettre de se parler et de traiter les uns avec les autres en toute familiarité possible. Les jours de fête on ouvre la porte à tous les jeunes gens du voisinage ; et parce que les mères se font une gloire que leurs filles aient beaucoup de partisans, s'ils ne viennent pas spontanément, s'ils ne demandent pas eux-mêmes l'entrée de la maison, on les invite à y venir, afin que, étant placés vis-à-vis île leur fille, ou assis à côté d'elle, quelquefois dans le sein de l'obscurité, quelquefois à la pale lueur d'un flambeau , ils aient, dit un célèbre prédicateur, qui a prêché avec tant de zèle contre cet abus, non-seulement une entière liberté de s'entretenir sur toute sorte de sujets, mais encore de se permettre des attouchements lascifs loin de la présence de témoins importuns. Et vous direz encore qu'il n'y a point de mal là ; que vous n'y voyez qu'une liberté innocente ? Et en agissant ainsi , vous croirez que vos enfants et vos filles puissent conserver la pureté et l'innocence sans devenir coupables, sans connaître ce qu'ils n'auraient jamais dû apprendre? 0 aveuglement, ô erreur! Plusieurs savants demandent quelle est la langue que pillerait un enfant qui aurait été élevé i ans une forêt, au milieu des bêtes féroces sans jamais avoir ouï varier un homme ? A cette question qu'ils proposent en forme de doute, ils répondent que cet enfant n'en parlerait aucune, parce qu'il n'en aurait point appris, et qu'il ne ferait entendre que des sons inarticulés comme reux des bêtes féroces avec lesquelles il anfait toujours vécu? Si quelqu'un était curieux de savoir quelle ma-
fiue aurait une fille qui vivrait toujours renfermée et retirée dans la m ùsan paternelle, que lui répondrait on ? On pourrait lui répondre, sans crainte de se tromper, qu'elle n'en saurait an une, et q>i'e 'le quitterait le seuil de la maison paternelle pour fnnehir celui de l'habitation de son mari dans ce même état ^innocence dans lequel des ftrots baptismaux elle fui portée chez elle; car, quoique irons soyons enclins au mal par notre nature ' corrompue, les vices ordinairement nous sont pour ainsi dire inoculés par des personnes dû dehors. Ni le démon, nisaraalignité ne pourraient pénétrvrdan.slceœttrde tant de jeunes perso nnesdusexe, si on les habituait à tineclôHnre sévère dans le logis paternel, a on leurinterdisait tonte fréquentation, tout rapport ave" tes jaunes sens du voisinage ou de tout autre endroit.
6. Or, figurez-tops quel compte rigoureux auront à rendre à Dieu ces pères et ces mères et aulres qui sont respnns Ides des fi les que Dieu a mises en dépôt entre leurs mains, si au li leur interdire laco iimunicatîon qu'elles ont avec ces jeunes gens, ils la provoquent et la fi. dite :'. et si au lieu de désapprouver ces amours profanes, de les condamner ,' il les approuvent , et se permettent même de Marner ce^ pasteurs zélés, ces !" qui attaquent avec véhémence et cherchent à détruire cette coutume si funesle. \h! il est impossible de faire comprendre cornbien elle est un moyen efficace et pernicieux en même temps pour corrompre les mœurs de la jeunesse et la précipiter dans tous les vices les plus honteux ! Que ces filles soient cliastes autant que vous le voudrez; qu'elles soient simples et innocentes, candides comme des colombes, elles auront bientôt souillé leur âme, per lu tous ces avantages, si au lieu de vivre retirées , de se f >rmer dij 1 1 maison paternelle une espèce de cloître, elles sepermetlenl des familiarités avec les jeunes gens. Voulez-vous voir ' . <îifï ;rettee qui existe entre une fille prudente, sage, qui vil dans L'isolement, et Celle qui est insensée, libertine et familière avec des-personnes étrangères à son sexe? Portez vos regards >urla très-sainte Vierge et sur Eve. notre première mère. Celle-là tremble, ivanle et se trouble à la vue et à la parole dam ange; mais C -ci ne s'effraie point à la vue d'un serpent qui n'est autre que le démon et ne craint point de converser avec lui. Il en est ainsi des filles qui sont douées de prudence et de sagesse; elles rougissent même de s'entretenir avec leurs domestiques. Mais celles qui ont perdu toute pudeur ne font aucune difficulté de converser avec qui que soit et avec le démon même, pourvu qu il paraisse sous les formes d'un amoureux. Qu'y a t-il de sur-
prenant ensuite si de cette démangeaison d'avoir des e mirées familiers avec des personnes de différent sexe» il pu résulte la perte de la chasteté et des ruines irréparables dans tes àm s!
7. IXous ne croyons pas, répondent quelques mères ifiie ces effels désastreux arrivent quant à nos filles, pan',.' une non» avons toujours les yeux attachés sur elles, parce que n nos ne les perdons jamais de vue; même quand elles sont en vt.ie de se marierr nous ne les laissons jamais seules avec Les jeunes geBSi Po r cette raison vous croyez-vous innocentes, et vottviigu?i z-v«*s que de ces fréquentations il ne. paisse résulter aucun m A pour vos filles? Mais je vous déclare que t. m tes ces pré aulio.isquo vous -'iployez ne serviront au plus qu'à empé.her des actes imputJii :: -s: mais pensez-vous que vous pourrez aussi fa il nient ks p* ervcr des péchés intérieurs . i-'esi-à-dire des dé-irs huptnns, <! ^ plaisirs, obscènes et des déleAtalJQns sensuelles ? Ce sont là 4 •» péchés qui secommetteut par un seul acte de la velouté, qui iwf u: pofst rougir les coupables, qui ne portent aucune alieiU à leur réputation, parce qu'ils ne sont vus de personne. Com oemdonc aurez-vous la présomption de penser qu'il vous sera i icile d'y mettre opposition? Oh! combien de jeunes personnes, après ces familiarités secrètes, auxquelles elles ont eu toute lib-rlé de s'abandonner, paraissent cependant inuocMites et chast s, et aux yeux de Dieu qui pénètre, les cœurs, ne sont qu'un s ■'•pu 1ère fétide rempli d'impureté et de turpitude*; et en l'ace d':ssi déplorables résultats, vous voudriez en >iv croire que ces familiarités entre vos filles et des jeunes gens sent innuceai.-s?
8.11 n'est cependant pas vrai qu'on ait toujours les yeux sur ces jeunes personnes. On leur accorde bien souvent la liberté, non seulement de regarder des jeunes gens et de leur parler, mais encore de rester seules avec eux. Et ceite liberté, la considérerez vous comme innocente? et n'y verrez-vous encore aucun mal ? Ah '. croire que dans ces cas il n'en peut résulter aucun , ce serait prétendre à la faveur d'un mit a le pins grand , dit saint Bernard, que celui de ressusciter un mort ! Ils ne penseraient certainement pas avoir le pouvoir de le faire, comment , poursuit le saint, présumeront-ils qu'ils en teror.L un autre plus étonnant, celui d'être ensemble aussi familièrement sans pécher ?(Ser. 6.>. in CantJ. f.royez-vous que Dieu voudra l'opérer ce miracle pour approuver cette abominable et funeste coutume , et soutenir par sa grâce ces jeunes gens et ces jeunes filles qui sans nécessité et sans raison s'exposent à un péril si évident de pécher? Qws miserebiiur iiicunUtloriàst'r-
488 xl. Instruction
pente pcrcusso ? dit TEsprit-Saint (Eccl. 12). Si un serpent pique un malheureux qui traverse une prairie, un jardin, tous déplorent le malheur qui lui est arrivé : mais si un charlatan ou tout autre vient à être mordu par des serpents dont il fait son jouet, qu'il se met comme un collier autour du cou, dont il s'entortille les bras, alors tous disent: Pouvait-il s'attendre à autre chose en s'amusant avec, ces reptiles ? Mais peuvent-ils aussi s'attendre à autre chose , ces jeunes gens et ces jeunes filles, qu'à souiller leur pureté par les actes les plus honteux, eux qui, dans les rapports qu'ils ont ensemble, tiennent des discours si indécents, se permettent des libertés si inconvenante>?0 Dieu! qui pourra sans être saisi d'horreur voir un jeune homme être seul avec une jeune fille? Qui ne redoutera pas quelque malheur de ce tête à tête ? Et cependant les pères et les mères sont les seuls qui n'en éprouvent point de frayeur, et qui n'en craignent aucune funeste conséquence, parce que, disent-ils, nous recommandons à nos filles qu'elles soient honnêtes, et qu'elles ne commettent aucune faute ? Et c'est pour cela que tous croyez qu'elles se tiendront sur leurs gardes ? Qu'importe que vous leur recommandiez de ne faire aucun mal , si vous leur fournissez le moyen de le faire ? Admettez à votre table un homme affamé, et puis défendez-lui de manger, et vous verrez s'il vous obéira. Mais nous disons à ces jeunes gens que dans leurs entreliens avec nos filles, ils se souviennent de leurs devoirs. Mais qu'importe si vous les laisse/, seuls et sans garde? Et comment voulez-vous que de graves désordres ne naissent pas d'un semblable état de choses ?
9. Mais il me parait que j'use de trop de réserve en cette matière. Croirait-on que de cette funeste manie de courtiser il n'en résulte jamais des désordres extérieurs ? Oh! on n'en peut douter, quoiqu'on ail soin de les cacher sous le voile le plus épais. Oh ! combien il en est dont on n'aura connaissance qu'au dernier jugement, parce que ces malheureux qui les ont commis les ont dérobés à la connaissance du confesseur dans le tribunal de la pénitence, aimant mieux mourir dans l'état de damnation que de les révéler! Mais combien, malgré tous les artifices employés pour les cacher, sont venus au grand jour, ont pour ainsi dire percé les murs qui en ont été témoins ! A chaque instant, dit l'auteur cité, on entend parler de telle et telle jeune personne qui a perdu son honneur , d'une autre qui s'est marine par crainte de la justice, de celle-ci qui est devenue mère aV „ l d'être épouse. Je uedis
rien de toutes ces rivalités , de ces rixes , de ces inimitiés, de ces discordes, de ces homicides qui sont tout autant de fruits quii naissent de cet arbre malheureux, c'est-à-dire de cette liberté funeste qu'ont les jeunes gens de se voir , de converser familièrement , de cet usage déplorable de se faire l'amour si condamnable en lui-même. Et vous ne craindrez pas que ces mêmes malheurs arrivent dans votre maison?
10. Ne venez pas me dire, pour vous disculper, que votre fille est bien instruite , qu'elle est sage , qu'elle est prudente, qu'aussi elle saura connaître les pièges qu'on lui tend , et que le jeune homme qui lui rend des visites est un ange en fait de mœurs, et qu'on ne peut ni ne doit former aucun soupçon sur lui. Cène sont là que de frivoles et vains prétextes ; votre (ille perdra tout jugement , el deviendra folle , comme cela est arrivé à tant d'autres, aussitôt qu'elle commencera à être éprise d'amour pour quelque jeune homme, et aveuglée par celle passion , elle se jet. tera dans les lilels, comme tanld'autresinforîunées, et elle perdra son honneur. Il n'y a rien de plus fort, de plus difficile à régler, qui enlève autant le jugement, el répande aulant d'aveuglement dans les esprits que l'amou r profane. Si vous ne voulez pas ajouter foi à ce que je dis , croyez-en au moins à saint Augustin, qui à l'appui de ce que j'avance, cite deux exemples, celui d'Adam et celui de Salomon , deux hommes les plus sages qui aient existé dans le monde. Ce saint Père demande pourquoi le premier se permit de transgresser le commandement de Dieu en mangeant le fruit défendu ? Serait ce parce qu'il aurait cru devenir semblable à Dieu, comme ie serpent infernal l'avait donné à entendre à Eve ? Nod, répond le saint , parce qu'ayant été doué d'une grande sagesse, il ne fut pas, comme ledit aussi l'Apôtre (1. Tim. 2), trompé et séduit, Adam quidem non csl seductus. Qui est-ce donc qui l'aveugla jusqu'à le porter à contrevenir à une défense si formelle de Dieu ? Eve qu'il aimait trop. Pour ne pas lui déplaire, il mangea du fruit qu'elle lui présenta , quoique Dieu lui eût défendu d'en manger sous peine de mort. Notez bien, dit saint Augustin, qu'Adam ne fut pas vaincu par la concupiscence qu'il n'avait pas encore ressentie, mais par une bienveillance amicale , qui est cause que l'on offense si souvent Dieu, pour ne pas affliger ceux que l'on aime (L.tl. snp.Gen.c. 42).
11. Le second exemple est celui do Salomon. Saint Augustin demande encore ce qui aveugla ce roi , au point de le portera commettre le plus grand de i,y^ | ,s < rimes . celui d'abandonner le Culte de Dieu el d'auorer des id«lei? Crut-il peut-être que
quelque divinité" s'y" était choisi sa demeure? Non, re'pond lesaînt, parce qu'il était trop sage. Qu'est-ce donc qui le poussa à celte folie? La passion de l'amour \n\> fane, comme laQirme la sainte Ecriture. Iii.iuia éperdinnoiil les femmes idolâtres, avec iespieiles, d'après l'ordre de Dieu, lesenfjuls d'Israël ne devaient point s'allier ni avoir aucun commerce, parce que les le-; auraient certainement lait tomber dans l'idolâtrie. H n'obéit pas, etd lui arriva ce que Dieu avait annoncé. Car pour ne pas cuutrister ces femmes qu'il chérissait, conclut saint Augustin (io.) ne suas deli^ cias (jubusdcpcncbat, aique diffluebat, cunttislaret, et pour leur comp;aire en tout, î>altfm<>n même avec totfte sa sagesse , au mi- Ueii des grand; urs, et s<iiis le d:a lèine , atti irait et encensait ces idoles. Si donc Adam, sans ètrestnVt auxaigwillofls «l'une conçu- ])iscence rebelle, fut emporté parson amour excessif pour Eve jusqu'à violer une défense positive; si un amour profane pour des femmes idolâtres lit tomber dans l'idoLtrie Sal imon, le pais sage de tous les hommes; celle même p .ssion île l'amour profane n'aura pas la force de précipiter dans des péchés d'impur le, an moins intérieurs , tant de jeunes gens tant de jeunes liL'S qui soin éprises de ce fol amour , et dans lesquelles la concupiscence se montre si ardenleet si forte? Celte pas don qui enleva le jugement aux hommes les plus sages, qui les lit descendre dans le dernier degré de la folie, qui les lit S'oublier eux-mêmes, cette passion, dis* je, n'aura pas assez de puissance pour produire les mêmes funestes elîèls dans vos files, quelque sages et prudentes que vous puis* siez les supposer, et dans ces jeunes gens qui sont si familiers avec elles, qui les fréquentent assidûment? .Mais il est pur comme un ange , m'avez vous dit, et l'on ne doit pas former le moindre soupçon sur lui. Et moi je déclare que vous devez former sur lui des soupçons, que vous devez le croire capable de tout mat „ parce que, lors même qu'il aurait été tel que vous le dépeignez , il changera, en ayant de. familiarités avec vos filles, comniece'aa lieu aujourd'hui, il perdra le jugement, comme les autres, il brûlera comme eux d'un feu impur, et ce proverbe qui dit que la paille brûle quand elle est près du feu se vérifiera.
12. Il me semble vous avoir démontré suffisamment par les réflexions que je viens àe faire, combien ces familiarités trop libres avec des personnes de différent sexe sont pour les jeunes gens une cause puissante d'incontinence, une source féconde de corruption,et combien les pèresel les mères doivent spécialemem veiller à ce que leurs lï'.Iesn'aient aucun rapport avec eux. Nonobstant Mites ces considérations , leurs enfants ne veulent point rompre
ce commerce dangereux, etles parents eux-mêmes ne cherchent point à mettre un terme à cet abus si grave ; bien loin de là , ils allèguent différentes excuses et différents prétextas pour autoriser et soutenir cet usage si dangereux. J'arrive donc au second point que je vousai annoncé, et je me propose de vous démontrer coinbien sont insoutenables et vaines les raisons par lesquelles vous prétendez appuyer c(\lte abomidable coutume. Quant à ces excuses, je ne veux point perdre le temps a réfuter la plus ordinaire de toutes , et qui est dans la bouche ilu plus grand nombre des pères et des mères , savoir que : courtiser est une chose innocente, et qu'il n'y a point de mal eu cela , parce que je Vous ai déjà prouvé, il n'y a que quelques moments, que rien n'était aussi dangereux. Vous parier autrement, ce serait vouloir donner un démenti au Saiut-Espjit (Prov. G. Eccl. 9.) qui dit en tant d'endroit différents, que comme on ne peut marcher sur des charbons allumés sans se brûler, ainsi un homme ne peut fréquenter une femme, ni une femme fréquenter un homme, sans que les uns et les autres ne sentent s'allumer dans leur cœur I- feu de l'impureté. En conséquence , il faut renoncer à la société des femmes, être d'une réserve scrupuleuse en l'ait de regards sur elles , parce que pour n'avoir pas pris ce parti beaucoup ont péri, et se sont attiré la damnation éternelle, ces familiarités habîbituelles ne servant qu'à allumer fa concupiscence. Mais venons à autre chose.
13. Que les jeunes gens courtisent les jeunes filles en âge, de se marier, c'est une coutume reçue partout, disent quelques* uns ; pourquoi ne pourrons n uis pas nous-mêmes Lire ce que tous font communément? Pourquoi , dit cette mère , ne pourrai-je pas permettre à ma fille de voir tel jeune homme , si toutes les autres le font? Esl-il croyable que tous puissent être en même temps dans l'erreur? À cela je réponds qu'il n'est pas vrai que cet usage soit universel; il ne l'est pas chez les personnes ée distinct ion qui se respectent ordinairement, ni chez d'autres qui ont à cœur la conservation de la pureté du corps et de l'àme; mais il l'est tout au plus chez les personnes du peuple , chez les gens de la campagne et chez les artisans. Au moins donc celle coutume parmi ces derniers aura-t-elte force de loi , et pourra-l-on la suivre en toute sûreté? Oh! si j'avais le temps de vous expliquer combien on exige de conditions pour qu'une coutume ail force de loi, et qu'il n'en est aucune qui puisse justifier celle de se voir entré jeunes filles et j'iines gens, vous devriez vous hâter de la condamner; mais d'après ce que j'ai dit
jusqu'à présent, vous apprendrez qu'elle n'est qu'une coutume mauvaise, un usage ou pour mieux dire un abus que le démon a établi pour entraîner plus facilement dans les enfers les âmes non seulement des jeunes gens qui l'ont adoptée , mais encore celles des pères et des mères qui l'autorisent. II est un proverbe qui dit, qu'on prend deux colombes avec une fève, et il se vérifie lorsque par un seul moyen on atteint une double fin. Et c'est celte double fin que se propose et qu'obtient le démon par le moyen de ces familiarités dangereuses, de perdre les enfants et îesparents. Voudroz-vous suivre une coutume dont il est luimême l'auteur? El vous, pères et mères , voudrez- vous sacrifier les âmes de vos enfants et de vos filles à ce démon de l'amour, comme l'appelle saint Jérôme, parce qne d'autres les lui sacrifient, et vous damner vous mêmes parce que d'autres se damnent? 14. Mais, medirez-vous, il faut bien que les jeunes gens se voient s'ils pensant au mariage. Personne n'entre dans cet état s'il n'a auparavant courtisé celle à laquelle il veut s'unir. C'est là le moyen nécessaire qu'il faut adopter. Voilà la dernière et la principale excuse avec laquelle on prétend justifier celte habitude où sont lesjeunes gens et le* jeunes filles de se voir, de se fréquenter: bien plus, on l'allègue pour démontrer que sans ces commerces réciproques de visites ils ne peuvent se marier. Mais est-il possible que pour recevoir un sacrement , comme est le mariage parmi les chrétiens, il n'yaitpasd'aulre moyen que l'usage pestiféré de se courtiser, usage si contraire à la gloire de Dieu et si pernicieux au'salut des âmes qu'il met en danger prochain de se perdre? Dans ce siècle malheureux, on ne pourra donc plus s'approcher de ce sacrement qu'au prix de la perte du paradis , qu'en se rendant coupable d'une infinité de péchés et d'outrages faits à la Divinité? S'il était nécessaire que les choses allassent ainsi, il vaudrait bien mieux que le mariage fut aboli et que le monde fût détruit. Mais cette coutume infâme n'est point nécessaire. Les Turcs et spécialement les Chinois se marient sans jamais avoir vu celles qu'ils épousent. Leurs filles prennent un mari sans jamais avoir eu aucune familiarité et aucun rapport avec lui. Et les enfants et les filles des chrétiens ne pourront imiter cette conduite? et ils ne s'épouseront qu'après s'être vus non seulement des années entières, mais après avoir eu des conversations, dos rapports , des familiarités trop libres , et marquées au coin de l'imprudence pendant tout ce temps ? Les personnes de haut rang et celles qui sont bien élevées, se marient sans jamais s'être permis ces coin ses ordinaires, es* visites si inconvenantes, et des;
filles de la campagne, des artisans ne pourront point en faire autant? Mais j'ajouterai quelque chose de plus : ce jeune homme n'est pas encore disposé à se marier, pourquoi donc a-l-il de* assiduités si fréquentes auprès de celte fille? Pour l'amuser et la séduire. Pourquoi celte autre fille qui ne veut et ne peut même se marier que dans deux ou trois ans rend-elle des v isites si fréquentes à tel autre jeune homme? Ce n'est que pour apprendre la malice qu'elle ignorait heureusement.
15. Mais pour vous démontrer plus évidemment que cette raison de mariage qu'on allègue pour légitimer ces entrevues est insoutenable et vaine, je demande si ce jeune homme qui a des rapports fréquents avec plusieurs personnes de différent sexe, qui leur donne à toutes des assurances d'affection , veut en épouser plusieurs et introduire dans le monde le spectacle de la polygamie proscrite par Jésus Christ? Cette fille, qui a des liaisons ;-vec six ou sept jeunes hommes, et même qui ne craint pas d'en tonner avec tous ceux qui se présentent, veut-elle s'unir en mariage à si\' ou sept , et affliger l'Eglise par un abus détestable et infâme qui fut toujours illicite? Non , dites-vous: mais le jeune homme n'épousera qu'une femme , et la fille n'épousera qu'un seul mari. Ils ne se proposent donc pas le mariage, mais quelque autre chose qui lui est bien opposé. Que l'un n'épouse qu'une femme, et l'autre qu'un mari; cependant pourrez-vous empêcher qu'ils ne conservent, peut-être pendant tout le temps du mariage., et comme cela n'arrive (pie trop souvent , une affection pour quelques-uns on quelques-unes de ceux nu de cellesavec qui ils ont eu des liaisons trop tendres avant de se marier ° Non certainement, votre puissance ne va pas jusqueslà: ainsi donc les folles amours ont déjà été et seront la ruine de plusieurs. Qu'on ne «lise plus que ceux qui s'y abandonnent se proposent ou ont pour but un mariage saint , ils ne se proposent plutôt qu'un mariage accompagné de résultats malheureux. C'est une remarque faite pardes personnes réputées par leur sagesse , que les jeunes gens qui ont voulu courtiser pendant long-temps un certain nombre déjeunes personnes, par un juste et redoutable jugement de Dieu , ont toujours épousé celle d'entre elles qui était la moinscapable de les rendre heureux ; comme aussi les filles les plus désavantageuseineut mariées sont celles qui ont accueilli avec plaisir tous les jeunes gens avec lesquels elle avaient fait connaissance. Comment peut-il favoriser 'd'un mariage heureuxcelui qui s'adonne à une pratique aussi funeste que celle dont nous parlons et qui est ' la source d'une multitude innombrable de péchés d'impiireté^Je ne
niepasqne le jeune homme qui se propose de se marier puisse voire lie qu'il veut choisir pour compagne, qu'il puisse avoir quelques conférences a'.ec elle, afin de connaître son caractère et ses mœurs ; makje déclare aus^i qu'il ne faut pas s'y prendre si long-temps d'avance. Savez-vous à qui tombe ne partage une bonne épouse? Ce n'est pas à celui qui, incertain sur le choix qu'il a à faire, va de l'uueà rautre,prodiguant des assurances d'amour à chacune, parce qu'une telle conduite est la cau>e funeste detous ces mariages malheureux que l'on voit parmi les chrétiens, mais cette bonne épouse n'est accordée qu'à ce jeune homme qui T:itdans la crainte de Dieu et qui s'attire les bénédictions célestes par ses bonnes œuvres -.pars bona muïior bona dabitur viropro faclis bonis (Eccl. 26.)- Et ainsi pour la même raison cetie jeune fille qui vit loin du monde dans la pratique des œuvres de piété méritera de trouver un époux qui sera la récompense de sa sagesse. Jeunes gens ci vous jeunes personnes qui «n'écoutez ici , renoncez à ces folles amours , vaquez au contraire au saint exercice de l'oraison , fréquentez les sacrements, vivez dans l'esprit de piété, et par ce moyen vous aurez l'avantage d'être unis un un jour à des époux et à des épouses qui feront voir ■ bonheur en ce monde , et avec qui vous partagerez en l'autre \$. béatitude éteinelb