TRENTE-NEUVIÈME INSTRUCTION
où l'on prouve que la crapule, l'ivrognerie , la vie oiseuse et sensuelle sont de grunds foyers d'incontinence.
DansTinstruction d'aujourd'hui, jeme propose devousindiquef quelles sont les autres causes de l'impureté. Sites se réduisait principalement à celles-ci. La crapule, l'ivrognerie, la vie oiseuse, et sensuelle. Chacune devrait être le sujet d'une instruction particulière; mais pour abréger , je les renfermerai toutes d;:ns une seulement. En vous apprenant quelle e^ la funesie puissance qu'ont ces différentes causes pour faire tomber dans le vice bonterne de l'impureté, vous prendrez la ferme résolution de vous en tenir toujours éteignes.
1. L apOire saint Paul ( Eph. o ) ordonne à tous les Chrétiens qu'ils s'abstiennent de l'ivrognerie, parce qu'elle entraîne à sa suite la luxure : Nolite inebriari vino , in qno esl luxuria. Comme s'il voul.iitdire: Dieuvousa défendu dans sa sainte loi de vous souiller pai Timpurelé, il ne laut donc pas que vous vous abandonniez à l'intempérance et à l'ivrognerie qui disposent et conduisent à ce péché. Car celui qui défend un effet et un but, défini par-là même la cause et les moyens qui y mènent. Quand l'apôtre enseigne aux Romains (eap. 3) qu'ils doivent abjurer les œuvres de ténèbres , pratiquer ce' le, de la lumière , et marcher hounetunont dans la pratique de celles-ci, avant de dire que nous sommes tenus de nous abstenir des choses déshonnètes et des impuretés, il veut quenous commencions parronipre avesl'imlempéranee dans le manger et le boire : Sicul in die honeslê ooibulemus, non in comessaliouibus et ebrielalibus ,non in cubilibnsci inipudtt'tlis: pour nous apprendre que le vice de l'incontinence a sa source dans la crapule et l'ivrognerie.
2.11 n'est que trop vrai, d.t saint Jérôme (ad Fur. ad Vid.), ce mot de Térence que : Sine Cerere et Libero friget Venus : c'està-dire, comme l'explique saint Thomas, que le feu delà luxure se refroidit et s'éleinl par la tempérance dans le manger et dans le boire. Oui, ret abominable vice s'affaiblit, perd sa force et sa
vigueur, quand le corps n'est pas nourri délicatement, et qu'il ncse livre point à l'excès dans le boire et le manger. L'abslin-Mice, la tempérance , lejeùôe sont ses ennemis mortels. Ce sérail on prodige., dit Terlulllen ( deJej. c. 2), que la luxure n'eût pas pour compagne nécessaire la gourmandise: Monslrumhabelur libido sine gulâ. C'est pour cida que l'apôtre saint Paul, quand. il parle de la chasteté , vertu qui doit être un des caractères principaux d'un serviteur de Dieu , déclare qu'elle ne pourra se conserver que par le jeûne : In jejaniis ei casiitalc (2. Cor. 6). Donnez-moi une personne sobre en toutes manières, et je pourrai assurer qu'elle est chaste. Cet énorme poisson qui se jeta sur Tobie(c. G) pour le dévorer laudisqu'il se lavait les pieds dans les eaux du Tigre, ayant été tiréàsec sur le rivage, vint palpiter et mourir devant lui; il en sera ainsi de votre chair ; privez la de l'abondance de la nourriture, retranchez-lui les boissons trop délicates et trop recherchées, affaiblissez- la par une vie sobreet frugale, par l'abstinence elle jeûne, et vous verrez qu'après avoir perdu sa force et sa pétulance, elle commencera à palpiter, à déposer les armes et à se soumettre.
3. Voilà, mes frères, un des moyens les plus efficaces pour conserver sans tache la vertu de chastelé.Que la chair se soulève, que le démon lente de lancer contre nous ses flèches enflammées, ce feu impur s'éteindra par l'abstinence; ces flèches brûlantes, dit saint Jérôme, s'émousseront par le jeune : Ardentes diaboii sagitlœ jejuniorum rigore exiinguendœ suni. Tel est le moyen dont se servait saint ïldarion quand il se sentait pressé par l'aigui Ion de la chair et aux prises avec de mauvaises pensées. Il s'irritait contre son corps : «Je sais bien, animal insolent, lui disait- » il, pourquoi tu le révoltes , c'est parce que tu es nourri avec » trop de délicatesse et d'abondance ; mais je saurai te mettre à » la raison en retranchant de ta nourriture: je te Ferai souffrir » la faim, afin que tu sois plus occupé de tes besoins que de me » suggérer des pensées infâmes. » Et il réalisait sa menace et sa promesse tout à la fois,en le privant encore du peu qu'il lui accordait.et passant des quatre à cinq jours sa::-; rien prendre. « Depuis » que je suis religieux, disait un saint homme, je ne me stilsja- » mais rassasié de pain, et je n'ai bu d mi qu'autant quelede- » mandaient mes besoins ; décelé manière, j'éloignais de moi » les tentations, el j'écartais le danger de t< mb r dans des im- » puretés. » Efforcez-vous aussi, si \ous n'êtes pas capables d'une abstinence si héroïque, de vous imposer quel |i:e privation en vous bornant aux choses nécessaires, soit daus le boire, j>oit
dans le manger. Et ne venez pas me dire que si vous vouliez pratiquer toutes ces abstinences, vous éprouvriez des faiblesses d'estomac et porteriez préjudice à votre santé, parce que, dit saint Jérôme, il vaut mieux faire souffrir son estomac que de souiller son âme, lui faire éprouver des malaises, que de ren« dre malaile l'àme elle-même ; il vaut mieux sentir ses jambeg trembler sous le poids du corps, que de voir la chasteté chanceler sous celui d'une nourriture excessive et d'une boisson abondante.
Mais si, au lieu rie vous contenter du nécessaire ctd'enleverà votre corps le superflu, vous vouliez satisfaire tous ses appétits déréglés, contenter sa soif ardente en lui accordant du vin , ou autre boisson enivrante au-delà du besoin réel, il n'y a pas de doute qu'elle se révolterait, qu'elle se soulèverait contre l'esprit, et qu'elle chercherait à vous plonger dans toute espèce d'impureté: In vino luxuria est, disait saint Grégoire (ep.ad Occa.),et ubicumque saluritas et ebrietas est , tôt libido dominatur. Je me moque, disait dans un autre endroit ce saint, de ceux qui prétendent être chastes sans être mortifiés et tempérants dans le boire et le manger.Les Saints se croient à peine à l'abri des tentai ions de la chair, en ladomptant à force déjeunes; et ceuxqnila flattent en la nourrissant abondamment, en la traitant avec délicatesse, prétendront être en. sûreté contre sesatt.tques?Lemonl Gibelet le mont Vésuve ne sont pas aussi enflammés ni aussi brûlants, poursuit le même saint, que l< chair des jeunes gens, échauffés par les viandes et les boissons (ad Fur) « Si vous croyez que je sois capable de » donner quelque conseil, écrit le même saint à la vierge Eusto- » chie , fuyez le vin comme un poison.» Le vin est l'arme dont se sert le démon pour amener à ses pieds la jeunesse, pour la lier dans les chaînes de l'impureté. Etrejeune et aimer le vin , voilà un double moyen pour allumer les passions honteuses. C'est là ce qu'on appelle je'er de l'huile dans le feu : or , l'éteint-on en y jetant celle matière grasse ? Non , au contraire on l'enflamme et on l'embrase bien davantage, fl c'est ainsi que la concupiscence s'allume avec bien plus de force dans les jeunes gens qui s'adonnent au vin : Adolesccntia et vinum duplex est incendium; quidolewn flammœ injicimusï Ces paroles et ces comparaison de sain* Jérômene pouvaient pas mieux aller à notre but.
5. El sur quel fondement s'appuyait ce saint pour s'exprimer d'une manière si claire et si positive? Sur celte parole infaillible del'Espril-Saint qui dit clans les Proverbes (c. 20) que le vin est une chose luxurieuse; luxuriosares est vinum. Et dans uuau-
Ire endroit (e. 23), après avoir déclaré que colle liqueur pénètre délicieusement dans la bouche, qu'ensuite elle pique comme un .serpent , et qu'elle distille des venins comme un basilic, il poursuit en disant: Oeuli tui videbunt exlranea, et coi' tuumloquetur perversa : c'est-à-dire que, comme un animal brut et privé de raison, vous vous sentirez entraînés à tout*' espèce de dissolutions. Pourrai-je juger qu'un homme qui fait des excès dans le boire et le mander, et qui pis e<t s'enivre, pourrai-je, dis-je , juger qu'il soit chaste? « Non , reprend saint Jérôme, il ne peut 1 ê:re, car » un homme qui regorge de vin doit nécessairement s'abandon- » ner à tous les actes les plus honteux ; animus mero œsluans , citôdespumalirt libhlinibus (ep. 83). Et dans un autre endroit il avait dit quela chair et la boisson , prises l'unect l'autre en quantité, sont comme un foyer où viennent s'allumer toutes les passions les plus déshonorantes: Usus carnîum, polus vint, ulriusquesalurilas seminarium Ubidinis est (liv.2. in Jov.). Saint Laurent Juslinien (liv.de Lig.vit.) parmi les autres déplorables effets qu'il attribue à la crapule et à 1 ivrognerie, affirme qu'elle cause le naufrage; de la chasteté et qu'elle est une source de libertinage: naufragium caslilatis. Quiconque donc redoute ce naufrage, et lient à préserver de toute souillure celte belle et angélique vertu delà chasteté, doit éviter l'excès dans le boire el le manger comme on évite la présence d'un horrible serpent, je dirai môme plus, comme on fuirait celle du plus affreux démon.
6. Mais , m'objecterez-vous, Dieu n'a-t-il pas créé la substance dont l'homme doit se nourrir, la boisson spirilueuse avec laquelle il doit se désaltérer? Pourquoi donc ne pourrons-nous pas manger <t boire à saliété , el tant que nous en éprouverons le besoin , ou du moins selon notre appétit? Non , chrétiens , la vertu de tempérance doit présidera tous vos repas, c'est elle qui doit régler la mesure de nourriture et de boisson que nous devons accorder à noire corps. Dieu a créé, il est vrai , tout ce qui seità nourrir l'homme et à le désaltérer , comme le pain , le vin , la chair, les poi sons, les fruits , afin que nous pussions soutenir el alimenter notre misérable corps en celte vie, mais non pour que nous abusassions de ces biens que sa main généreuse nous a prodigués. Et ce n'est que dans ce but , c'est-à dire pour conserver la vie qui lui a été donnée en dépôt, que mange et boit 1 homme chrétien et hoiinêic, agissant en celle action bien différemment de l'homme voraci- ei gourmand, qui ne cherche qu'à satisfaire ses plaisirs, comme s'il n'était en ce monde que pour contenter ses appétits brutaux. Or , comme pour conserver la chasteté, un des moyens
les plus efficaces est la tempérance et la sobriété" dans la nourriture et surlout dans la boisson, ainsi ii est hors d* doute que l'intempérance dans le manger et le boire, la crapule et l'ivrognerie sont des causes qui précipitent dans le \ ice contraire. Celui doue qui se fait une idole de sa chair et de son corps, et ne tendà autre chose qu'à le satisfaire par les mets les plus succulents et les vins les plus délicats, qu'il s'attende à le voir comme un sujet rebelle se révolter contre l'esprit, chercher à le plonger dans toute espèce d'abominables impuretés. Dès lors ou verra ce malheureux chrétien abandonner la voie de Dieu et négliger entièrement l'observance de ses commandements: incrassaïusesl dileclus et recalciiravil. Il arrive à celui qui se livre à des excès quels qu'ils soient ce qui arriva au peuple d'Israël : tant qu'il se maintint dans la tempérance et la sobriété, il se conserva fidèle à Dieu; mais quand il s'adonna à l'intempérance et à la crapule , alors il abandonna leSeigneur: Incrassatus , impinguatus}dilatcdusdcreliqùil Dewn faclorem snum , comme le lui reproche son saint conducteur Moïse (Dent. 32). Et que s'ensuivit-il ? Qu'il se livra à l'idolâtrie et à d'abominables fornications avec les filles de Moab: provucaverunl Deum indus alienis, et i)i ubominalionibus adiracuiidiam concitaverunl eum. Que celui donc qui ne veut pas se rendre coupable du vice infâme de l'incontinence s'abstienne de tout excès «lans le boire et le manger.
7.11 ne suffit pas cependant à celui qui veut conserver la vertu de chasteté d'éviter l'intempérance; mais il doit encore ne pas. mener une vie oiseuse et molle, ce que nousavons déclaré plus haut être un autre foyer d'incontinence. Il est donc nécessaire dedécLrer une guerre mortelle à (oisiveté, ennemie redoutablede la chasteté comme l'est tout excès dans le boire et le manger. Quand le prophète Ezéchiel ( c. 16) expose les causes qui portèrent les habitants de Sodomeà se vautrer dans la fange des plus sales passions, api es l'orgueil dont il ac -use ses habitants, il indique encore comme une autre cause qui les précipita dans d'infâmes excès, non -seulement l'abondance des mets de toutes choses» maisencore l'oisiveté : Ecce hœcfuit iniquilasSodomœ... Superbia, salurUas panis et abundanlia , cl otium ipsius et fdiorum ejus.» Cette ville, ainsi que toutes les autres ses voisines, était située dans une contrée si dilicieuse, si belle et si féconde, comme le dit l'Ecriture (Gen. 13), qu'elle était l'image du paradis, et la terre si généreuse , qu'elle produisait presque sans culture tout ce qui était nécessaire non-seulement à la subsistance de l'homme , mais a toutes les jouissances de la vie; leurs habitants , sans avoir
presque jamais be>oi:i ée !a cnNifer, passaient lents jonfs dams
titte inaction et une oisiveté continuelles. Il n'est pas surprenant si, vivant ainsi, ils étonnèrent le monde entier parles excès honteux de tout genre auxquels ils se livrèrent, excès que la modestie nous fait une loi de ne pas nommer.
8. Àli ! oui, elle n'est que trop véritable cette parole de l'Esprit saint (Eccl. 33) que l'oisiveté apprend beaucoup de malice, ou comme d'autres interprètent ce même texte, que l'oisivetéa enseigné toute malice. Elle est l'origine et la source de tons les crimes, et surtout de celui de l'incontinence. El de même qu'un travail modéré, proportionné aux forces de charnu , comme l'avoué saint Bernard(deLig. vit. c. 5), sert d'appui et de fondement à h Chasteté, et prête des forces pour arrêter et comprimer les mouvements d'une chairrebelle ; ainsi l'oisiveté ne sert qu'a l'ébranler et à l'affaiblir , à provoquer el exciter ceux-ci. lien est de nous comme de la terre. Si elleest bien tournée et retournée par la pioche et la charrue, si on lui confie une bonne semence, si on y plante des arbres de bonne espèce, el si elle est bien soignée et bien cultivée, elle produit en abondance de magnifiques moissous, d s fruits doux et savoureux : mais si on la laisse en friche, si on l'abandonne à elle-même, elle voudra néanmoins prodoire, dit saint Chrysostôme (H. 2. in 2. ad Cor.), nuis alors elle ne se couvrira que d'herbes mauvaises, de chardons, et de plantes épineuses: ainsi quand noire corps est occupé à quelque travail , et noire esprit appliqué à quel pies bonnes pensées, tout est réglé en nous, et bien loin de satisfaire nos passions , el de nous abandonner aux vires, nous ne cherchons qu a acquérir et à pratiquer les vertus; mais si au contraire désœuvrés et oisifs nous passons les jours de notre vie sans presque jamais rien dire, nous fourni-sons un aliment aux vires, nous provoquons les revoies de la chair, nous réveillons nos appétits déréglé*» cl nous sommes entraînés connue irrésistiblement vers les plaisirs sensuels, el uar-là niëm" vers les objets les plus honteux.
9. .Notre esprit peut être comparé à une pient- d'un moulin, qui est mise eu mouvement ou par lèvent ou par l'eau; elle tourne toujours, toujours elle travaille, et toujours elle broie le grain. Si vous sou met 1er à son ;ciion d i froment, elle broie du froment, si c'est de l'orge, du millet, du seigle , elle rédttitca farine tous ces grains , et si vous n'y jel'Z rien , elle se broie elle même, et laisse échapper deséiinee'Ies de feu de son sein. Il en est ainsi de notre esprit cl de notre cœur. Le premier ne peut être sans quel que pensée , et le second sans quelque affection.
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Si les objets de notre pensée ou de noire affection sont saints on au moins honnêtes, ces pensées et ces affections le seront pareillement ; mais s'il n'en est pas ainsi, que l'esprit et le cœur ne fassent pas pour ainsi dire leur révolution autour d'objets sainls et honnêtes, ils n'en feront pas moins leurs mouvements, mais ce ne sera qu'autour d'objets houleux cl immondes, ei le feu de l'impureté et. da la '•oucupbcence s'allumera nécessairement en eux.
10. Les comparaisons servent admirablement, non-seulement à répandre une lumière vives sur les choses obscures, mais encore à éclaii cir celles qui sont ilé,à évidentes par elles-mêmes. Je crois vous fa're pL.Nir en en employant encore une autre pour bien vous faire comprendre la vérité que nous traitons. A.vez-vous* jamais vu un peiit filet d'eau qui sort d'une fontaine vive et intarissable? De quelle utilité n'cst-il pas quand on sait bien le diriger? Si on le conduit en tous sens dans un jardin , il rafraîchit les fleurs el fait reverdir les plantes ; si on l'amène dans i\n champ, il contribue à la maturité du blé; si on en arrose \m pré, il en fait croître les herbes; et ou en relire un grand profit , comme de grandes jouissances de la bonne direction qu'on lui donne. Mais si vous le laissez libre dansson cours capricieux, s'épancher dans les chemins, se perdre dans un marais, ou sur une terre molle» il en formera un endroit fangeux , el dans ce marais où il va dégorger ses eaux , on n'y verra fourmiller que des crapauds hideux, des serpents et d'autres animaux aussi venimeux et aussi dégoûtants. C'est ce qui arrive exactement à notre esprit et à notre cœur, ce sont des sources vives et intaiissaLIcs de pensées et de sentiments. S'ils s'occupent d'objets louables, honnêtes el saints, qui peut «lire combien d'avantages publics el particuliers ils procurent, de quelle utilité Ms sont aux corps comme auK âmes, dans U temps comme dans l'éternité ? Mais si vous les laissez s'égarer oisifs et inoccupés, sans les appliquer à des objets nonnêles et religieux' , ils se précipiteront dans la fange de l'impureté, et ils seront comme un réservoir fétide où se formeront les pensées les plus sales, lesafiections les plus infâmes el les oins obscènes, parce que n'étant p..>s occupés à bien l'aire ; ils sonl portés au mal par l'effet de leur nature corrompue.
11. Telle a été la raison pour I iqin lie les sainls Pères ont rccommand • d'éviter avec soin l'oisiveté, comme étant le foyer de la concupiscence el la source de toute impureté , selon ce que dit saint Jérôme: Ornais concupisveniiœ el immttudiliœ malevcst elmiius. C'est pour cela encore qu'ils exUorleut si forieineul Iouj
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es chrétiens à avoir toujours l'esprit et le cœur remplis de quelque bonne et sainte pensée , et à vaquer constamment à quelque œuvre manuelle, afin que le démon nous trouve toujours occupés : Fac aliquidoperis , c'est le même saint Jérôme qui parle (Ep.4), ni le semper Dicibolus inventai occvpalum. Le grand saint Antoine ayant demandé à Dieu comment il devait faire pour lui être: agréable, entendit une voix du ciel qui lui dit : «Antoine. » cherches-tu à plaire à Dieu ? Fais oraison , et si tu ne peux pas • toujours le faire, travaille et ne demeure jamais dans l'oisi- > veté. » Voilà quelle doit être notre conduite alin de fermer au démon toute entrée dans notre cœur, comme nous en avertit l'Apôtre (Eph. 4) : Nolile locum ilare Diabolo. Comment fermerons-nous la porte à l'esprit infernal , alin qu'il ne pénètre pas dans nous ? Par la fuite de l'oisiveté, par une surveillance exacte sur nous-mêmes , et par un travail continuel. Le démon, notre ennemi, comme dit saint Pierre (Ep. 1. c. 5,) tourne toujours au tour de notre âme afin de s'en rendre maître en la faisant tomber dans le péché : il fuit donc se mettre eu garde et veiller: vigilaie et orale, dit Jésus-Christ à ses disciples (Math. 16.), afin que vous n'entriez pis dans la tentation. Quand arriva -l-il que l'homme ennemi, c'est-à-dire le démon, sema de l'ivraie dans un ebamp où l'on avait semé du bon grain (ib. 13.)? Quand les serviteurs, ligure des chrétiens qui passent leur vie dans l'oisiveté, aulieu de Lire sentinelle, se laissèrent surprendre par le. sommeil. Quand donc l'homme ne fait, rien , le démon se présente pour le tenter et réveiller en luises pins honteuses impressions.
12. Les hommes oisifs peuvent être comparés à ces places qui étant dépourvues de soldats , de fortifications et de moyens de défense, les tranchées étant ouvertes et les portes brisées, of tient sur tous les points une libre entrée. Quelle difficulté y a-l-il que l'ennemi s'en empare? Il en est ainsi exactement de ces âmes désœuvrées et oisives; elles sont comme autant de places sans fortifications et sans défense , de tous côtés les passages sont libres, et les portes abattues et mises en pièces; elles sont comme ces lieux abandonnés qui appartiennent à celui qui en a pris le premier possession. Qui donc pourrait douter que l'ennemi de notre salut ne pénètre dans ces aines, qu'il ne s'en rende le maitreen les faisant tomber dans les péchés les plus graves et les plus honteux ? Car s'il emploie tous ses efforts pour prendre dans ses piégesceux qui veillent sur eux mêmes , et qui ont soin constamment de veiller à quelque occupation honnête et louable, qu'en sera-t-ilde ceux qui passent les jours entiers à ne rien faire.
qui vivent dans l'oisiveté la plus complète? Ah! il les assiège à sa manière, s'en rend maître, et en fait ses victimes sur lesquelles il exerce sa race; et les infortunés périssent misérablement par suite de leur oisiveté.
13. La sainte Ecriture nous en rapporte plusieurs exemples. Et à dire vrai , qu'est-ce qui excita le roi David à se souiller du plus honteux des adultères, puis de l'homicide le plus cruel? L'oisivelé. Tant qu'il fut occupé soit à composer ses psaumes ou ses cantiques, ou à combattre les ennemis du peuple de Dieu, et à mener cette vie dure et pénible à laquelle oblige la guerre, on ne voit nulle p;irt qu'il se souillât d'aucune impureté. Mais dans le temps, dit le texlesacré (2. Pie g. 11), où les rois ont coutume d'entrer en campagne, il resta à Jérusalem, et tandis qu'il se promenait, après avoir dîné, dans-nu de ses appartements, pour se délasser, il aperçut une femme qui prenait un bain , et il tomba dans un crime humiliant. Tant que Samson fat aux prises a'>ec les lions, et qu'il combattit contre les Philistins, il fut toujours victorieux de ses ennemis et de ses passions; mais après avoir fait trêve avec ses travaux , et commencé à goûter les douceurs du repos et d'une vie oiseuse, il s'abandonna aux perfides caresses de Dali!a,etfut ensuite livré au pouvoir de ses ennemis (Judic. 16). -Salomon ne fut-il pas l'homme le plus élevé en gloire et en sagesse. Néanmoins qu'est-ce qui le précipita dans le vice le plus abominable deions , celui de l'incontinence? L'oisiveté. Pendant qu'il fut occupé à b:tir le tempe dont il entreprit la construction d'après les ordres de Dieu , il fut impénétrable aux traits en- Ibmmésde l'impureté. Mais depuis que cet ouvrage eut été terniî!é,ainsi que d'autres, il s'adonna aux douceurs d'un funeste repos; la vanité s'empara de son cœur, il ne tarda pas de s'abandonner entièrement à de honteuses passions et finit par devenir infidèle à Dieu et même idolâtre (3. Reg. 11). Chrétiens, mes frères, je ne crois pas que vous pensiez être plus saints que David, plus forts que Samson , ni plus sages que Salomon. Si donc une vie désœuvrée et oisive entraîna ces grands hommes dans les crimes les plus humiliants, fuyez l'oisiveté , soyez toujours occupés, livrez-vous toujours à un travail honnête, afin que par ce moyen vous n'y tombiez jamais.
14. Nous croyons certainement, me dites-vous, que nous n'aurons jamais la faiblesse de succomber à des tentations aussj infâmes que celles-là, parce que nous employons toujours notre temps utilement, et que nous n'a ions pas l'habitude de vivre dans l'oisiveté. Jugez-en parvous-inétnes. Noos prolongeons, il est
vrai, notre sommeil jusque* a<sez avant dans la matinée, alors il nous re^te peu de temps à consacivr au travail. Et la raison pour laquelle nous nous levons si tard , c'est que nous sommes allés nous coucher à minuit et quelquefois même après , et il ne vous paraîtra pas surprenant qu'il nous arrivé , si c'est un jour dt fè'.e, de manquer la messe. S'il nous reste encore une heure ou dan avant le dîner, nous allons converser avec nos amis, ou vendre visite à des personnes de notre connaissance , ou si vous voulez, nous entrons dans quel pn café pour y apprendre ies nouvelles politiques. C'est-tà Tus îge. Puis vient l'heure du diner, et nécessairement on y emploie un certain espace fe temps. Cela l'ait, on va prendre un peu de repos ou s: distraire dans i: bue parlie de jeu. Arrive l'heure de faire ou de recevoir qnetqn 'S visites, et comme on le voit , nous sommes en qu e knj •* manière forcés de consacrer quelques heur-s à ces différents devoirs que nous imposent les ■Gagea da mon le. Puis non sommes invités à aller tantôt à la promenade, tantôt à 1 1 comédie , tantôt à rimera, tantôt à quelque hal, et ce sérail gravement manquera la politesse que de ne pas répondre à ces invitations. Et en cas que certaines circonstances ne nous permettent p.<s de nous procurer ces innocentes récréations, nous nous livrons aux plaisirs de la conversation et des veillées qui se prolongent ordinairement jusqu'à minuit, heure à la quelle nous nous retirons. Certains! que nous passons notre journée entière dans une suite d'occupations qui s'enchainent les unes aux autres , sans que nous restions oisifs.
la. Voilà, dites-vous, votre génie de vie ; et vous oserez dire qu'elle n'est pas oisive , mais appli piée , mais laborieuse ? Et ce cercle continuel, ce retour perpétuel de divertissements et de jouissances, vous les considérez comme un boulevard naturel qui vous préservera du vice de l'incontinence •? Ah! au contraire, appelez-la, cette vie, la vie la moins appliquée, et la plus oisive de toutes, et celle qui doit être pour vous la source d'une infinité de chutes dans le péché d'impureté. C'est là cette vie molle, délicieuse qui est devenue commune parmi ces chrétiens qui n'ont pas besoin de gagner leur pain à la sueur de leur front , et ce n'est pas elle qui vous préservera «les assauts qui vous seront livrés par votre concupiscence ; mais au contraire , elle vous entraînera dans des vices honteux , et allumera en vous plus fortement les passions les plus viles. Car si la seule vie oiseuse , parce qu'elle n'est pas appliquée à faire quelque chose de bien , à raison de notre nature corrompue qui nous porte au mal , et parce quelle offre au démon un côté propice pour nous tenter, est,
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comme nous l'avons vu , un grand foyer d'impureté : cette vie de mollesse et de jouissances sans lin, qui, outre qu'elle esl ude de biens , n'e>t occupée qu'autour des objets qui pour l'ordinaire ne servent qu'à à?guillonner cette passion, ne sera pas aussi un foyer d'impureté? Mais ceux qui mènent une vie semblable n'ont pas certainement de plus grands privilèges que le reste des hommes. Ils ne sont certainement plus dans l'état d'innocence. Ils éprouvent aussi les révoltes des sens. Comme les autres ils sont tyrannisés par les passions , et surtout par celle de la concupiscence. A présent je demanderai. Un bon lit, des sommeils prolongés, des repas somptueux seront-ils par hasard des moyen!; assez puissants pour réprimer ces passions? Seront elles aussi réprimées ces passions par ces représentations théâtrales impures, ces chants efféminés qu'ils entendent, ces bals lascifs, ou ces objets attrayants et séducteurs sur Lesquels les regards se promènent dans les veillées et les sociétés? iNon certainement: mais tout cela ne sert qu'à fomenter ces passions, à les flatter et à les entretenir? .l'ai donc toute raison de conclure que si la vie oiseuse est un grand foyer d'incontinence, la vie délicate et sensuelle que mènent sans aucun scrupule un grand nombre d'hommes,en est encore au plus grand.
16. Cependant, disent quelques uns parmi vous, cette vie n'est point pour nous une occasion d'impureté , et même nous n'éprouvons aucune tentation. Quoi, vous répondrai-je, ni cett») vie oiseuse, ni celte vie molle et sensuelle ne sont pas pour unis une occasion d'impureté? et de plus, vous n'éprouvez pas même la moindre tentation ? Vous vous trompez gravement, car l'apôtre saint Paul (2. Cor. 12. ) qui était toujours en mouvement, toujours en activité, appliqué à prêcher et à étendre au loin la foi en Jésus-Christ, était en butte aux aiguillons de la chair, de cette chair qu'il châtiait et qu'il domptait par des jeûnes, des pénitences et des austérités: et vous, vous ne les ressentez en aucune manière, en vivant non seulement dans l'oisiveté, mais dans une continuelle jouissance de plaisirs? Saint Jérôme, que la crainte des redoutables jugements de Dieu avait conduit dans mie profonde solitude, sous des membres desséchés , sous les rayons d'un soleil ardent, au milieu des jeûnes les plus rigoureux et les plus constants, n'ayant que la terre nue pour lit, pour compagnie que les bêles féroces et les scorpions , avoue cependant qu'il éprouvait de la part de sa chair les plus rudes assauts, que dans un corps déjà glacé il sentait s'allumer le feu de la concupiscence, et que pour s'en délivrer il poussait jour et
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nuit dos cris vers le ciel, qu il se frappait la poitrine à coups de pierre , et qu'il arrosait de ses larmes son crucifix (Ep. 12. ad Eustoch. ). Et vous, vous vous croirez en sûreté en accordante foire chair tout ce qu'elle demande, en la caressant, en la flattant? Le démon, qui va audacieusement et impudemment tenter dans les grottes les plus obscures et les plus profondes, ainsi que dans les cloîtres les plus retirés , les Benoit , les François et tant d'autres grands saints , faisant naître dans leur esprit les fantômes les plus impurs et les plus affreux , au point que pour les mettre en fuite certains se roulaient dans les épines, d'autres se précipitaient dans des étangs glacés, vous , vous oserez croire qu'il ne remplira pas votre esprit et votre cœur des mêmes fantômes, qu'il vous laissera dans un repos perpétuel, au milieu du monde, parmi les objets les plus attrayants, et dans le sein des jouissances multipliées auxquelles vous vous livrez ? Il faut doncdire que votre vertu est plus grande, plus héroïque que celle de ces saints? Mais dites ce que vous vouerez, et efforcez-vous de faire croire à qui vous désirerez que vous êtes parvenus à ce point d'insensibilité , je n'y ajouterai foi que quand je vous verrai vous promener au milieu d'un brasier sans y brûler.
17. Chrétiens mes frères, qui prêtez à mes paroles une attention si religieuse, et qui désirez conserver votre chasteté pure et sans lâche, je vous répéterai ce que je vous ai déjà dit tant de fois. Évitez l'excès dans le manger et daus le boire; fuyez la crapule et l'ivrognerie, comme étant les sources fécondes de l'incontinence. Redoutez les douceurs de l'oisiveté, mère de tous les vices; arrachez-vous à ce repos pernicieux qui ne sert à autre chose qu'à exciter en vous les mouvements de la concupiscence , à provoquer la chair à la révolte contre l'esprit. Que la vertu de tempérance, l'abstinence, et les jeûnes, gardiens de la pureté, vous deviennent familiers. Ayez toujours quelque bonne pensée dans l'esprit ;ne restez jamais sans rien faire , afin que le démmi ne vous trouve point inoccupés. Attachez-vous à mortifier votiv chair, maltraitez-la en exerçant contre-elle des rigueurs salutaires; ayez un profond mépris de vous-mêmes, faites unegut-rrecou tinuclleà vos passions , et prenant votre croix sur les épaules , marche/ à la suite de Jésus Christ, afin qu'après l'avoirsnivi en cette vie, vous ayez le bonheur d'*lier jouir et régner éternellement avec lui dans l'autre.