RAPPORT SUR LES MOYENS
les bassins d'entrepôt dans chacun desquels les rigoles d'éclosion amèneront une espèce particulière, il en râulte que, pour transborder les jeunes de ces espèces de rétablissement où ils seront éclos dans les longs viviers où ils doivent se convertir en alevin , il n*y aura presque rien à * faire. L opération s'accomplira , pour ainsi dire , d ellemême, et parle seul fait d'une heureuse distribution des eaux de nature diverse qui coulent à côté les unes des autres.
Lorsque les poissons seront parvenus à l'état d'alevin, lo canal du Rhône au Rhin, qui coule entre ces deux longues lignes de piscines où l'on tiendra ces poissons en réserve, sera lui-même le véhicule naturel qui les conduira dans toutes les eaux de la France, à travers les voies de communication qui les relient ensemble. Pour atteindre ce but, on construira , au moyen de traverses de bois , un radeau articulé dont on pourra à volonté détacher les anneaux , et dans les interstices duquel ou enclavera autant de tonneaux qu'il en faudra pour recevoir toute la récolte. Ces tonneaux, que des grillages convenablement ménagés rendront perméables, seront remplis dherbes aquatiques, afin que les jeunes animaux ne s'y trouvent pas pressés de manière à se nuire.
Le convoi ainsi organisé se présentera successivennent devant chaque vivier, et, de droite et de gauche, les ouvriers attachés au service ordinaire du canal y verseront l'alevin qu'ils puiseront dans ces viviers taris ; puis, quand la cargaison sera terminée, le radeau se mettra en marche, et les tonneaux, défoncés de distance en distance, sèmeront le poisson, comme la charrue qui ensemence son sillon à mesure qu'elle le trace.
Lorsque le convoi passera au point de jonction d'un autre cours d'eau, on en détachera un anneau , comme on détache un w^agon du train dont il fait partie, et on le livrera aux ingénieurs de la contrée que ce cours d'eau traverse ; ces ingénieurs ramèneront, pour le vider, dans les localités qui leur paraîtront les plus convenables ou qu'on leur désignera d'avance , le rendront ensuite au lieu de départ, afin
qu'à son retour le grand convoi réunisse tous ses fragments détachés et puisse rentrer à rétablissement pour y repren* dre un nouveau chargement si le premier n'a pas sufti, ou y attendre qu'une seconde récolte l'appelle à se remettre en marche.
Le repeuplement de toutes les eaux de la France s accomplira donc à l'aide de moyens très peu dispendieux, puisque, d'une part, le personnel des ponts et chaussées suffira aux besoins du service , et que , de l'antre , l'organisation de l'établissement tout entier n exigera quune première mise de fonds de 22,000 francs, nécessaire pour la construction du hangar, de la maison du garde^ pour le creusement des vi i>iers, l'achat des outils et de S hectares d'un terrain enclavé dans la prairie communale^ déjà concédé par le conseil wwnicipal, ou qui est attenant à cette prairie.
Cette première dépense faite, un crédit annttel de S ^0 00 fr, suffira pour entretenir l'exploitation, se procurer les espèces étrangères les plus estimées, faire face aux frais quotidiens de manipulation, et donner à la production une extension indéfinie.
Vous trouverez sans doute, monsieur le ministre , que cette somme est bien minime si on la compare aux richesses qu'elle permettra de créer, car il ne s'agit de rien moins que d'élever les moyens d'alimentation au niveau des besoins dont l'accroissement continu de la population impose aux gouvernements le devoir de se préoccuper d'une manière efficace ; l'hésitation ne serait permise que daâs le cas où l'insuffisance ^es procédés pourrait faire craindre de ne pas réussir; mais ici l'expérience a déjà fourni des résultats si positifs, qu'il ne saurait y avoir le moindre doute sur le succès de Topération.
Le temps presse , monsieur le ministre ; il ne reste plus que trois mois pour arriver à l'époque des premières pontes du saumon et de la truite. Si, d'ici là, les constructions ne sont pas faites, la partie la plus intéressante de l'exploitation sera manquée.
i'oae donc eepérer que vous voudrez bien donner des
toa
KAPPOnT SUN LES HOTBITS
ordres pour qu'un crédit de 30,000 fr. ëoil immédîaluiue ouvert au deux ingénieurs du canal du Bhône su F' ' je m'empresse de vous offrir mon concours pour Teillef l'organisation de bétablissement que vous a IleK fonder. U heureux de.prendre ma part de responsabilité dans une o (reprise qui fera le plus grand lionneur à l'administratJoa.^
Je ne terminerai pas ce rapport, monsieur le <-ans vous parler d'une eitpérience relative à la propagt lies crustacés d'eau douce ; espérionceque j'avaisin avec la pensée d'en faire l'application aus cnistao rins, dont la multiplicalion ne sera pas plus difficile b al tenir. Voici en quoi consiste cette eiipérience :
J'ai mis, au Collège de France, dans im ruisseau arlJAc semblable â celui où vivent mes jeunes saumons, entreta par un tîlet de la même eau, un certain nombre d'éc Temelles, portant toutes sous la queue leurs (pufs fécon .4u bout de vinpt à vingt-cinq joui-s, tous ces éclos, et mon ruisseau s'est trouvé envahi par ui de ces jeunes crustacés, qui y grandissent visiblement. I résultat prouve combien il serait facile d'en peupler b tes eaux courantes qu'un abus de ta pécho dévaste, < même celtes qui n'en ont jamais nourri. La question si duirait simplement à entreposer, aux époques des poi dans des réservoirs en forme de ruisseaux communiqui avec tes fleuves on tes rivières, toutes les femelles qui o alors leurs ceufs att^cliés aux appendices de la queue, et4 ne tes livrer à la consommation qu'après l'éclosion de M progéniture. Cette progéniture, retenue ensuite pendant il certain temps dans ces ruisseaux propagateurs, ne £> Hdmise fa en franchir les grilles que lorsqu'elle pourrait si lire aux besoins de sa propre conservation.
Quant aus crustacés marins . la France possède, i littoral de la Méditerranée, d'immeni^es lagunes salé tes femelles do ces animaux pourront aussi être parqoé jusqu'au moment de l'éclosion do leurs œufs, qu' lent sous la queue comme les ëcrevisses. Si rexpérieo réussit, et que tes jeunes provenant de ceséclosioDS preaJ
nent sur place un accroissement suffisant, on les engraissera dans ces vastes parcs. Si , au contraire , les conditions ne leur sont pas favorables , on leur laissera la liberté d'aller au large chercher un autre milieu et peupler nos côtes.
Mais cet usage ne sera pas le seul auquel les lagunes puissent être consacrées. Les poissons de mer s'y plaisent trop pour qu'on ne se préoccupe pas des moyens de les y multiplier, soit par les fécondations artificielles, soit par le transport de Falevin de certaines espèces. En favorisant la réalisation d'une semblable entreprise, l'Etat aura créé, au bout de peu d'années, des viviers de beaucoup plus riches que les piscines artificielles que creusèrent , à si grands frais, les Romains, dans le golfe de Naples ; piscines parmi lesquelles cependant celle de Lucullus ne produisit pas moins de 4 millions de sesterces, dans une vente à laquelle présida Caton d'Utique , en qualité de tuteur du fils de cet épicurien fameux. Le soin et la garde de ces immenses réserves seront confiés aux douaniers qui font le service de nos côtes, et n'entraîneront, par conséquent, aucune dépense nouvelle que celle qu'exigera Tempoissonnement des eaux.
Pendant qu'on prendra les mesures qui doivent assurer la multiplication des poissons marins, on sera naturellement conduit à chercher les moyens de les livrer à la consommation à un prix assez modéré pour qu'ils puissent aller même dans les contrées les plus éloignées du lieu de production , concourir à améliorer l'alimentation des classes laborieuses. Vous trouverez sur cette question, monsieur le ministre, des documents d'une grande importance dans les pratiques auxquelles on se livre , de temps immémorial, sur les bords de la lagune de Commachio, dont les eaux sont sans cesse rafraîchies par le flux et le reflux de l'Adriatique Là, une population de près de quatre cents hommes, enrégimentés et soumis à une sorte de discipline comme s^ur un vaisseau, est occupée, durant toute l'année, aux soins de la pêche, à faire subir aux poissons certaines préparations qui permettent de les conserver assez pour les
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traosfiorter dans toutes les parties de l'Italie , ou ils deviennent Tobjet d'un grand commerce. Il serait doue utile de connaître les procédés à l'aide desquels on y obtient ce dernier résultat.
Veuillez agréer, monsieur le ministre, l'assurance de ina considération la plus distinguée.
A la suite de ce rapport, M. Heurlier, direcleur général de Tagriculture et du cominerce, fit agréer à M. le ministre de Tin teneur la proposition suivante ;
Parte, \tt 5 moùi IiMW.
Monsieur le Ministre,
Deux pêcheurs des Vosges , Gebin et Hêmy, ont eu le mérite de découvrir, par un remarquaMe esprit d'observation, un mode de fécondation artificielle des œufs de poisson, jusqu'à eux resté, depuis près d'un siècle, dans le domaine de la science. Ils ont su lui donner, pour la première fois en France, une application heureuse et de la plus haute utilité.
Ce n'est qu'en 4 850 que le gouvernement fut écldiré sur la véritable portée des expériences poursuivies par eux. Un savant naturaliste, M. Miine Edwards, membre de f Institut, put constater sur les lieux mômes les résultats obtenus: et depuis lors, sous la direction d'une commission spéciale, des essais de fécondation , de repeuplement , d acclimatation même, ont été entrepris dans les eaux de Versailles, dans risère , lEure et plusieurs autres départements du midi et du centre de la France
L'ingénieur en chef du canal du Rhône au Rhio, M. Berthot, parfaitement secondé par M. Detzem, ingénieur placé sous ses ordres, conçut la pensée d'utiliser la vaste étendue
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d'éan mise h sa disposition, potir appliquer sar ane gfrandé échelle la découverte des pêcheurs des Vosges. Malgré Tinsuffisancè de ses ressources, un million de truites, de saumons , de métis de ces deux espèces , ont été disséminés dans le canal. Afin d'agir plus sûrement, les opérations ont été centralisées sur un point favorable aux éclosions, dans le voisinage du (".anal d'Huningue, où se trouvent des eaux très limpides et faciles à aménager.
Là, par le zèle le plus louable, dès cette année, et dans l'espace de six mois, ils ont pu, ainsi que le constatent des procè»-verbanx réguliers, féconder 3,30^,000 œufs d'espèces diverses qui ont donné 4,683,200 poissons vivants. Préoccupé de ces faits signalés à l'administration de Tagricoîture, vous avez pensé, monsieur le ministre, qu'il importait de connaître d'une manière exacte le caractère et l'importance des expériences poursuivies avec tant de dévouement par MM. Berthot et Detzem. Dans ce but, et sur Finvitation que vous lui en avez adressée, M. Coste, membre de l'institut et de )a cmnmission spéciale instituée près de votre ministère^ savant qui, depuis plusieurs années, se livre à des recherches du plus haut intérêt qui ont fait faire à Fichthyologie des progrès considérables, se rendit dans îe département du Haut-'Rhin.
Frappé des merveilleux résultats déjà obtenus et qu'il est facile d accroître , M. Coste , avant de continuer le voyage scientifique qu'il a entrepris dans Test et le midi de la France , s'est empressé de revenir à Paris et vous a présenté un rapport complet que j'ai l'honneur de placer sous vos yeux. 11 rend compte des travaux importants accomplis par MM. Berthot et Detzem, et signale le parti qu'il y aurait lieu de tirer de la situation d'Huningue pour créer un vaste appareil d'éclosion , d'où l'on dirigerait ensuite , dans nos fleuves et dans nos rivières, le3 œufs de poisson fécondés ou à l'étatr d'alevin.
Pour réaliser ce vaste projet de repeuplement de toutes les eaux de la France, une somme relativement peu consi* dérable tods est demandée : 22,000 francs suffiront pour
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les constructions et achats nécessaires ; 8,000 francs serviront aux frais d'exploitation.
Quand on compare ce que MM. Berthot et Detzem, livrés à leurs propres forces, ont déjà fait, il est imposible de douter qu'au moyen de ce crédit de 30,000 francs, que vous consentirez, je pense, à leur accorder, le gouvernement n'obtienne , au point de vue de l'alimentation publique , d'immenses résultats. Le but à atteindre est digne de toute la sollicitude du gouvernement du prince président. Sur nos marchés, le poisson est déjà un des approvisionnements les plus recherchés ; c'est un aliment sain et substantiel, dont l'accroissement dans une large proportion serait considéré comme un véritable bienfait par nos populations. A ce point de vue , on peut affirmer que le difficile problème des subsistances sera résolu en partie, et que la disette de céréale n'effraiera plus autant les esprits qui se préoccupent de questions économiques.
Mais en ne s'appliquant qu'à la fécondation artificielle des poissons d'eau douce, la question ne me paraîtrait qu'incomplètement résolue. Il n'importe pas moins, en effet, d'étendre l'application de cette découverte aux poissons de mer. Aujourd'hui surtout que nos grandes lignes de chemin de fer ont fait disparaître, en quelque sorte, les distances, les poissons de mer pourront facilement être transportés dans presque toutes les villes , même les plus éloignées. Pour quelques unes seulement, mais en petit nombre, ils n'y arriveront que conservés. Il serait donc également utile, tout en cherchant à multiplier les poissons de mer, les crustacés et les mollusques, de s'enquérir des meilleurs moyens de préparation et de conservation. Déjà; en 1851, M. Valenciennes , membre de l'Institut, a rapporté de sa mission en Prusse de précieux renseignements sur ce dernier point : vous jugerez sans doute convenable, monsieur le ministre, de les compléter.
M. Coste, qui va, sous peu de jours, poursuivre sa tournée scientifique dans l'Isère, où il constatera les résul tats de la mission accomplie par Gehin, à la fin de Tautomno
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dernier el au commencement de cette année, pourrait, en descendant le Rhône qu'il doit explorer, visiter les étangs ou lagunes si fréquents sur une partie du littoral de la Provence, du bas Languedoc et du Roussillon, et plus particulièrement l'étang de Berre, les lagunes dç la Camargue, les étangs de Thau et de Leucate. Ces eaux, pour la plupart salées, mais qui se trouvent parfois mêlées d'eau douce, serviraient à des fécondations et à des acclimatations intéressantes, et se changeraient, si les prévisions do la science se réalisent, en riches réservoirs de poissons de toute sorte.
De là, ce naturaliste, afin d'étudier les modes de conservation des poissons el la préparation qu'on leur fait subir en Italie, pourrait également visiter les lagunes de l'Adriatique voisines des embouchures du Pô, de l'Adige et de la Brenta. Il S6 rendrait surtout à Commachio, où se préparent, de temps immémorial et sur une vaste échelle, des conserves de poisson dont le goût est excellent. Tous ces renseignements recueillis, des mesures efficaces seraient alors prises pour garantir le succès des travaux à entreprendre.
Ainsi, dès à présent, affecter sur le budget de l'exercice de \ 853 un crédit do 30,000 francs qui permette à MM. Ber- Ihot et Detzem de créer à Huninguejun vaste établissement de fécondation et d'éclosion ; inviter M. Coste à parcourir, dans son prochain voyage , une partie importante du littoral de la Méditerranée, et à étudier, en Italie, ce qui se fait à Commachio, telles sont, monsieur le ministre, les propositions que j'ai l'honneur de vous soumettre. Si vous voulez bien les approuver, je vous prierai de revêtir de votre signature le présent rapport.
Agréez, monsieur le ministre, l'expression de mes sentiments déN'oués.
Hecjrtier.