RAPPORT
SUB LES aOTBKS DE REPEUPLER
Adressé à M. le Ministre de TinteVieur, de Pagricaltare
(>t (lu commerre.
Puri>« le H fuillel IHtit.
Monsieur le Ministre,
Par votre lettre, en date du 30 juin dernier, vous avez bien voulu m'inviter à me rendre à Mulhouse pour visiter rétablissement de pisciculture fondé près d'Huningue par MM. Berthot et Detzem, ingénieurs du canal du Rhône au Rhin, et pour vous proposer les meilleures mesures à prendre, afin que cet établissement puisse suffire au repeuplement de toutes les eaux de la France. Je viens aujourd'hui, monsieur le ministre, vous faire connaître le résultat de cette mission.
Depuis que la découverte de la fécondation artificielle, longtemps renfermée dans les laboratoires de la science, où elle restait exclusivement consacrée aux expériences do physiologie, a été transportée dans le domaine de l'application, où les heureux essais du comte deGoldstein, de Boccius. et surtout des deux pécheurs de la Bresse Tont accréditée, des études sérieuses ont été entreprises pour donner aux procédés qui se rattachent à cette nouvelle industrie tout^ la précision que Ton doit attendre :les métho<los les mie»i\ éprouvées.
J ai démontré, pour ma part, avec le concours d<» MM. Berthot et Detzem, que non seulement des œufî> d*»
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poisson, transportés hors de l'eau aux plus grandes distances, conservent toutes les propriétés que la conception leur a données , mais qu'on peut , au moyen d'un appareil d'une extrême simplicité, les faire éclore beaucoup plus promptement, beaucoup plus sûrement que dans les conditions où les femelles les déposent ; en sorte que, dans le même laps de temps, au lieu d'une seule récolte, on en obtient deux.
Ce double résultat, celui du transport des œufs à de grandes distances sans qu'ils s'altèrent, celui qui en assure la rapide éclosion , ce double résultat, dis-je, conduit à la possibilité de repeupler toutes les eaux de la France , en une seule saison , sans qu'il en coûte rien à TEtat que les avances nécessaires pour organiser un établissement où le frai, accumulé de tous les points où il est facile de s'en procurer, soit confié aux soins du personnel attaché à lentretien de nps canaux , personnel dont les attributions s'étendront désormais à ce service nouveau. Je dis sans qu'il en coûte rien à l'Etat, car ses avances pourront lui être facilement et surabondamment remboursées par une contribution que s'imposeront volontiers les propriétaires, en échange des espèces précieuses qu'on mettra à leur disposition, soit sous forme d'oeufs fécondés, soit sous forme d'alevin.
Plus je réOéchis aux moyens de réaliser cette utile entreprise , plus je considère comme un devoir d'insister pour que la France en prenne l'initiative et donne l'exemple de l'une de ces grandes applications de la science qui doivent augmenter la richesse publique, en créant une source iné« puisable de production. C'est un vœu que j'exprime avec d'autant plus de confiance, qu'il m'a été permis de voir de plus près les lieux où ce projet a déjà reçu un commencement d'exécution sous les auspices des deux ingénieurs qui, malgré Tinsuffisance de leurs ressources, n'en ont pas moins élevé, cette année, un million de truites, de saumons, de métis de ces deux espèces, dont ils m'ont montré la plus grande partie disséminée dans les viviers qu'ils ont
creusés 1ë long du canal du Rhône au Rhin.
d8 KAPPORT SUR LES MOtKNS
Il lié s'agit donc plus maintenant que de mettra à profit l'expérience et le dévouement dont ils ont, depuis deux ans, donné tant de preuves , et que de leur accorder un crédit suffisant pour transformer l'établissement précaire que Ton doit à leur persévérance en une véritable fabrique où, comme dans les manufactures tes mieux ordonnées, se trouvent réunis tous les éléments d'une facile exploitation.
La localité qu'ils ont choisie se prête merveilleusement à ce dessein : une source d'eau vive, transparente comme du Oîfistal, y coule, du pied d'un coteau qui l'abrite, sur un terrain communal de plusieurs hectares d'étendae, situé près de l'écluse n" 4 de la branche d'Huningue, et s'y divise en plusieurs ruisseaux secondaires, dont je parlerai tout à l'heure, et qui seront d'une grande utilité.
Cette source , si éminemment propre au développement des œufs de poisson, et particulièrement de ceux de la truite et du saumon, pourra être facilement convertie dû un vaste dpparôil à éclosion. II suffira pour cela de substituer aux boites de toile métallique dont on a été obligé de se servir jusqu'ici, mais qui ont le double inconvénient des*obstruer et de devenir moins perméables ; il suffira, dis- je, de leur substituer de simples planches, disposées longitudinalmnenC en cloisons parallèles , qui encaisseront la source tout entière dans une série plus ou moins nombreuse d'étroites rigoles, à travers chacune desquelles t*eau se précipitera avec une certaine rapidité. Ces rigoles, destinées à rece* voir les œufs et à en favoriser Téclosion, seront coupées , de distance en distance, par des barrages qui ménageront des chutes successives, propres à accélérer les courants, à opérer l'aération du liquide, à l'entretenir dans les conditions les plus favorables au résultat qu'on veut atteindre. Purs chacune de ces rigoles se prolongera dans la prairie, sans jamais se confondre avec les autres, et finira par s'élargir en un bassin spacieux, indépendant, où ses eaux seules auront accès, et où viendront plus tard se réfugier les jeunes poissons quelle aura faitéclore, en attendant qu'on leur donne une autre destination.
DE REPJSUPLS& LU fiAUX DE LA FRANCE. 99
Lorsque cette source aura été ainsi transformée en un vaste appareil, conçu d après le plan que je viens dlndiquer, on couvrira cet appareil d'un hangar vitré, semblable à une serre , qui permettra à la lumière d'y pénétrer, et formé de pièces mobiles tournant sur leur axe, afin de ménager à Tair, quand on jugera opportun, un accès facile. On ajoutera à ce hangar une baraque, convenablement disposée, pour abriter le garde et les ingénieurs, et où l'on organisera un laboratoire qui renfermera tous les instruments d'exploitation, laboratoire où sera ouvert un registre pour consigner les observations de tous les jours L'histoire naturelle des poissons y puisera de précieux documenta qu'elle peut difficilement espérer de rencontrer ailleurs.
Quand cette espèce d'usine sera construite, le problème se réduira alors à se procurer des œufs fécondés en assez grande abondance pour en remplir tout l'appareil et donner à cette exploitation des proportions suffisantes pour repeupler toutes les eaux de la France.
Ce problème ne sera pas difficile à résoudre.
Placés sur la frontière de l'Allemagne, avec toutes les parties de laquelle le Rhin leur donne des communications faciles, MM. Berthot et Detzem se sont mis en rapport avec les principaux pécheurs du fleuve et des grands lacs où vivent les espèces les plus estimées Ces pécheurs ont pris l'engagement de leur livrer les œufs de tous leurs poissons, moyennant une rétribution de beaucoup inférieure au prix qu'il aurait fallu leur donner si l'on avait été obligé d'acheter ces poissons eux-mêmes. Nos deux ingénieurs n'auront donc, aux époques des pontes, qu'à envoyer sur les bords du Rhin, du lac de Constance, de Zurich, du Fédersée, des employés de leur canal chargés do vider ces poissons , de pratiquer la fécondation artificielle, d'expédier ensuite les œufs à leur établissement dans de^; boites préparées d'avance pour cet usage.
En puisant à une pareille source, ils ne tarderont pas à faire une récolte assez abondante pour que l'appareil déclosion , si étendu qu'on le suppose, en soit encombré tout
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titiiier. (.es eiipèceâ que nous ne possédons pas en Francs poiirrnnl èlre ainsi Iniroduiles par myriades et avec la pliu grande facilili^. Leur séjour dans les viviers de notre froB^ tiëre sera un premier pas vers leur acclimalatioii. ^M
Déjà MM. Berlhol et Detzein ont obtenu un be&u )VH ^ultat dans collo direction. Non seulement, à Texemiriê de M Yalraciennes, qui a doté la France du Silure, ils en (ïnt transporté du tac Fédersée, où ils vi\ ent en très grand nombre, trenle-six individus giganteiiques que j'si vus dans leurs bassins, mais ils allendenL un convoi d'alevin de celle espèce qui, dans le jeune âge, supporte si aisémeot le voyage, que j'ai pu en faire arriver trois individus au Collège lie France, en les confiant simpbment aux soins du conducteur d'une diligence, qui les a gardés deux jours ei une nuit sous sa bâche, dans un ^-ase peu spscieui. Ce poisson pullule jusque dans les tourbières; en sorte que l'en pourra facilement le propager dans celles delà Picardie et dans nos plus mauvaises eaux. Son imporlation aéra doue un service rendu à la pisciculture par M. Valeuciennes, qei vient d'être secondé dans cotte entreprise par les deux ingénieurs du Bbône au Rhin.
C'est surtout lorsqu'on aura le soin de faire éctore le: poissons dans les eaux où l'on voudra les habituer, que te^ tentatives d'acclimatation seront opérées avec sur.céâ. J'en puis donner aujourd'hui un exemple frappant en citant une espérience que je poursuis au Collège de France, au milieu lie conditions où je devais le moins espérer de réussir. De jeunes saumons, nés dans mon laboratoire et placés ensuite dans un ruisseau artifieiel alimenté par un simple filet d'eau d'Arcueil, y prospèrent aussi bien que cens qui vivent dans le Rhin, comme j'ai pu m'en convaincre en le» comparant à ceux que j'en ai rapportés. Ils ont Ji iieine quatre mois d'existence, et déjà leur longueur est de 60 millimètres, sur lesquels ils en ont gagné 13 pendant le> derniers vingt-cinq jours qui viennent de s'écouler; accroi— >ement remarquable, qu'il faut attribuer sans iluule i l.i • particulière qu'on leur distribue . et dont ili fa
montrent avides. Mais revenons à notre appareil d'éclosion et aux œufs qui y sont en voie de développement.
Ici un second problème se présente : que deviendront, immédiatement après leur naissance, tous ces jeunes pois- « sons éclos par millions dans les rigoles étroites où ils auront été déposés à l'état d'œufs fécondés?
Ce second problème ne sera pas plus difficile à résoudre que le premier. La merveilleuse disposition de la localité suffira encore à toutes les exigences. Dès que les nouveauxnés seront assez agiles pour se mettre en mouvement, ils suivront le courant , qui les entraînera vers la prairie par l'extrémité du hangar sous laquelle ce courant passera, et les conduira au bassin spécial auquel aboutit, à l'extérieur, la rigole où ils seront éclos. Là, ils grandiront un peu plus; mais leur nombre s'y accroissant tous les jours , par suite des naissances qui se multiplieront sous le hangar , ils ne pourront bientôt plus tenir dans ce vivier, devenu trop étroit. Il faudra leur trouver alors des bassins plus étendus, où une nourriture particulière leur permettra de se transformer promptement en alevin.
Les dépendances du canal du Rhône au Rhin rempliront , cet office, et sur une si vaste échelle, qu'il n'y aura pas de récolte, si abondante qu'on la suppose, qui ne puisse y trouver place. Voici comment :
L'administration possède sur les bords de ce canal , à droite et à gauche, sur une longueur de H 7,730 mètres , une bande de terrain de 4 5 mètres de large. Déjà, sur chacune de ces bandes, elle a creusé un certain nombre de longs viviers, alimentés par d'abondantes prises d'eau. Ces viviers, placés bout à bout, pourront être multipliés à l'infini, et liés entre eux par des communications assez finement grillées pour que les espèces ne se mêlent pas ensemble , et interrompus, à certaines époque seulement, par des barrages hermétiques qui permettront de les vider séparément, afin d'en extraire sans difficulté l'alevin qu'ils renfermeront. Or, comme les viviers déjà creusés sur un des côtés du canal se trouvent placés sur la limite même de la prairie où sont