ARTIFICIELLE
A quelle époque et par qui la fécondation artificielle a-t-elle été découverte?
A quelle époque et par qui Vapplication en a-t-elle été faite à l'industrie ?
Telles sont les questions que je me propose d'examiner ici.
Vers le milieu du dernier siècle, en 1758, le comte de Goldstein, grand chancelier des duchés deBergues et de Juliérs pour Son Altesse palatine, remit à l'un des ancêtres du célèbre Fourcroy un mémoire sur la fécondation artificielle des œufs de poisson et sur l'emploi de ce procédé pour le repeuplement des rivières et des étangs. Ce remarquable travail , ([u'il tenait d'une personne en qui il avait la plus grande confiance, et dont
Jacobi est l'auteur, étant écrit en allemand et
iM. de Fourcrov trouvant des difficultés à le traduire, le comte de Goldstein voulut bien le lui donner en latin. La version française fut publiée en entier en 1773, dans le Traité général des pêches de Duhamel du Monceau, rédigé par ordre de r Académie des sciences (1).
Je dis que Jacobi en estVauteur; car, plusieurs années avant que parût Touvrage de Duhamel, et que la version française du mémoire remis ù M. de Fourcroy par le comte de Goldstein fût connue , M. Gleditsch communiqua a T Académie royale de Berlin , qui l'inséra dans le recueil de ses mémoires pour 1764 , l'analyse détaillée d'un écrit de Jacobi, dont il était redevable à M. le baron de Weltheim de Barbke, et qui a pour titre : « Exposition abrégée d'une fécondation arti- » ficielle des Truites et des Saumons, qui est ap- » puyée sur des expériences certaines, faites par un » habile naturaliste (Ô). » Or, comme le travail dont il est ici (juestion est Textraît d'un mémoire
(1) Duhamel du Mdncettu, Traité dés pêches y seconde partie, p. 334. Paris, 17^3.
(2) HisL deVAcad. roy, des scMdes hêUes-^ettres, annëts t TU I . Berlin, 1766, t. XX, p. 47.
allenmndr fourjû par Jacobi lui-même , et que ce naturaliste y préconise , dam hit même9 termes , les pratiques qui sont recommandées dans la c(h pie du comte de Goldstein , il en résulte que c'est bien à lui que revient Vhonneur de la déeou-r verte, I^e texte original de récrit où, afrès trente années d'heureuses applications^ il déve<» loppe toutes les conséquences de cette découverte, avait été publié dès 1763 dans le Journal de Ha^ navre. Voici comment son auteur fut conduit à ce résultat important.
On savait de son temps que les Truites et les Saumons, quand vient Tépoque de la ponte, remontent les ruisseaux où une eau limpide coule sur un fond de gravier, y choisissent une place où ils s'arrêtent, écartent les pierres avec leur tête et leur queue, les rangent de manière à former des espèces de digues qui puissent faire obstacle à la rapidité du courant et dans les interstices desquelles leur progéniture se trouve à l'abri. C'est là, en effet, que la femelle dépose ses œufs en frottant son ventre sur le sol afin d'en faciliter la ponte. A mesure qu'ils sortent , leur poids les précipite vers le fond, et, comme le fond est pier-
reiix, les uns passent derrière un caillou, les autres derrière un second et ainsi de suite, jusqu'à ce que toutes les anfractuosités du lit qui a été préparé pour eux en soient garnies. Dans cette position, le choc continuel de Veau ne peut les entraîner, mais il les conserve dans un état de propreté indispensable pour leur développement ultérieur.
On savait encore, au temps où écrivait Tauteur du mémoire dont le comte de Goldstein donna copie à M. de Fourcroy, qu'au moment où la femelle venait de pondre , le maie , en se frottant comme elle le ventre contre les cailloux, versait sa laitance sur les œufs, et que cette laitance, entraînée par le liquide qui lui sert de véhicule, passait sur eux comme un nuage, les imprégnait de molécules fécondantes et se dissipait après avoir troublé un instant la transparence de Veau.
L'observation directe avait donc déjà appris que le contact de Tœuf et de la semence était un phénomène externe réalisé entre deux produits expuisés de l'organisme des parents et se combinant en dehors de ces organismes.
De cette observation à Vidée que ce qui se passe normalement dans la nature |>ourrait être
artificiellement imité dans u^ récipient, il n'y avait qu'un pas, et c'est là ce que comprit, avec une admirable sagacité. Fauteur du mémoire publié par le comte de Goldstein. Il s'en explique de la manière suivante : « Si Ton compare, dit-il, » cette histoire de la propagation naturelle des V Truites et des Saumons avec les procédés que 7> nous en avons déduits pour les faire naître chez » soi, nous nous flattons que Ton reconnaîtra dans » notre méthode toutes les attentions indiquées » comme principales et essentielles par la na* » ture (1) . »
En conséquence, après avoir versé une pinte deau bien claire dans un récipient, il saisit une femelle dont les œufs étaient à maturité, les exprima par une légère pression dans ce récipient.
Il prit ensuite un mâle , fit couler sa laitance par le même procédé, en versa suffisamment dans le récipient pour blanchir Veau, à l'imitation de ce qui se passe dans la nature , et c'est ainsi qu'il pratiqua la fécondation artificielle.
« On versera, dit-il, une pinte d'eau bien claire » dans un vase bien nettoyé, comme seau de bois,
(1) Dubamel, op, cit. y 2* partie, p. 342.
I» tiiie OU baquet, et saisissant une femelle de Sau* » mon par la tète, on la tiendra suspendue sur ce » vase : si ses œufs sont bien à maturité , ils tom- » beront d'eux-mêmes dans le vaisseau ; si non , » en lui pressant légèrement le ventre avec la » paume de la main , les œufs se détacheront, et » on les recevra facilement dans Teau.
» On en fera de même d'un Saumon miUe.
» Quand il y aura sur les œufs assez de laitance » pour blanchir la surface de Feau , l'opération de » la fécondation des œufs sera finie (1). »
Mais pour que Vexpérience fût complète et pût aboutir à des applications industrielles, il avait fait préparer d'avance , pour y déposer les œufs ainsi fécondés, de longues caisses à éclosion où, par les plus heureuses combinaisons, se trouvaient réunies toutes les conditions dont il avait vu les femelles entourer leur progéniture au fond des rivières où elles la déposent. Voici comment il décrit un de ces appareils à éclosion :
« On fera construire, dit-il, une caisse de gran- » deur à volonté , par exemple , de 11 pieds de
(t) Dabamel, op, et/., 2* pirtie, p. 33i.
INTROPUCTIOIf. 7
1 long, 1 pied et demi de large et 6 pouces de » haut.
» A Tune des extrémités on laissera une ouver- » ture de 6 pouces carrés, fermée d'un grillage de » fer ou de laiton, dont les fils ne soient pas éloi-* » gnés de plus de à lignes les uns des autres. » A Vautre extrémité, sur le côté de la caisse, on » fera pareille ouverture de 6 pouces de large et 4 de » hauteur, grillée de même : celle-ci servira pour » la sortie de l'eau , l'autre pour son entrée, et le » grillage empêchera qu'il ne se puissQ glisser » dans la caisse , ni rat d'eau , ni aucun autre » insecte ennemi ou destructeur des œufs de » poissons.
» La caisse sera exactement fermée par-dessus » pour la même raison ; on peut cependant laisser > un couvercle de 6 pouces en carré , semblable- » ment grillé pour donner du jour au jeune » poisson; mais cela n'est pas nécessaire.
» On choisira quelque lieu commode près d'un » ruisseau, ou mieux encore près d'un étang » nourri par de bonnes sources , d'où l'on puisse, » par une fente ou petit canal de dérivation, faire » couler un filet d'eau d'environ un pouce d'épais-
8 INTRODDCTION.
» seur, à travers la caisse, par les grilles, après » lavoir placée dans la situation nécessaire à cet » effet.
D Enfin, on couvrira le fond de la caisse d'un » pouce d'épais de sable ou de gravier, recouvert » d'un lit de cailloux jointifs de la grosseur d'une » noisette ou d'un gland.
» On aura ainsi un petit ruisseau factice , rou- » lant sur un fond de cailloux (1). »
C'est dans ce ruisseau factice, où^ je le répète, se trouvent si habilement réunies toutes les conditions recherchées par les femelles dans Vétat de nature, que l'auteur du mémoire publié par le comte de Goldstein déposa les œufs fécondés par le procédé artificiel dont on lui doit la découverte.
« On répandra ces œufs ainsi fécondés, dit-il, » dans une des caisses ci-dessus, et Ton y fera cou- » 1er Teau du ruisseau, ayant attention qu'elle nV » coule pas avec assez de rapidité pour emporter » ces œufs avec elle; car il faut qu'ils demeurent » tranquillement entre les cailloux (2). »
(1) Duhamel, op. n7., 2* partie, p. 331.
(2) Duhamel, op. cU., 2* partie, p. 335.
Quand il eut ainsi semé les œufs fécondés sur le fond pierreux de ce ruisseau factice, il en épia toutes les phases du développement pendant les six ou sept semaines que dura leur incubation, afin de découvrir toutes les causes qui pourraient entraver la marche de l'expérience ou la faire échouer. Il constata que le temps nécessaire pour réclosion variait suivant la température; qu'il était beaucoup long lorsque Teau était froide, beaucoup plus court quand elle l'était moins. Il vit enfin que des sédiments nuisibles sont presque toujours déposés sur les œufs, et, pour remédier à cet inconvénient, il les nettoya avec les barbes d'une plume.
« 11 faut avoir le soin de nettoyer de temps » en temps ces œufs des ordures que Feau y ap- » porte et y dépose ; cela se peut faire au moyen » d'une plume que Ton agite sur Veau de côté et » d'autre (1). »
Placés dans les conditions favorables où il les avait mis, préser\'és par les soins assidus qu'il leur donna de toutes les influences qui auraient pu les faire périr, lesœufs, au sein desquels il voyait,
(t) Duhamel, op. cit., 2* partie, p. 335.
à trttvera la membrane de la coque, T embryon grandir et s'agiter, arrivèrent sans accident au dernier terme de leur développement. Les jeunes poissons en sortirent aussi bien constitués que ceux qui éclosent dans les conditions naturelles. Il les conserva encore pendant cinq semaines après leur naissance, et ne les dispersa dans ses viviers que lorsque leur vésicule ombilicale fut complètement résorbée, c'est-^à<«dire quand la faim com^ mença à se faire sentir.
A la suite d'une expérience si habilement cou-r duite et souvent répétée, Vingénieux auteur de cette découverte avait bien le droit dédire, comme il Ta fait, que sa méthode^ appliquée à toutes les, espèces j devait procurer un grand profit. Ce droit est écrit dans son œuvre en si grands caractères, qu'il faudrait céder à un penchant pervers pour essayer de le lui ravir. Il le consacre lui-même par le soin qu'il prend de déterminer tous les cas où son invention donnera des résultats jusque-là impossibles. C'est ainsi qu'il démontre la possibilité de créer à volonté des métis en mêlant la semence de deux espèces différentes, ce qu'on ne pouvait obtenir avant sa découverte ; la possibilité
INTRODUCTION. il
de faire éclore artiflciellement, à côté des étangs où vivent des espèces qui ne s'y reproduisent pas, les œufs de ces mêmes espèces , et d'ensemencer ces étangs avec les jeutiés poissons sortis de ces œufs.
Toutes les parties de son travail sont empreintes <run tel caractère de précision et d'un bon sens si pratique, que toutes les questions fondamentales -s'y trouvent résolues. Aussi, à peine cette nouvelle découverte avait-elle fait son apparition dans le domaine de la , science, qu'elle passait immédiatement dans celui de l'industrie.
C'est dans le Hanovre, près de Nortelem, que ces premières épreuves furent tentées* Elles don* nèrent des résultats assez importants pour que les poissons obtenus par ce procédé y soient devenus Tobjet d'un grand commerce, et que l'Angleterre^ voulant récompenser un pareil service , accordât une pension à celui qui avait pri« cette heureuse initiative (1).
Ainsi donc, non seulement la découverte de la fécondation artificielle appartient à l'auteur du mémoire publié par le comte de Goldstein , mais
(I) Soir^s helvélHntté^, ete. Amstenlam, i^Tl, p.ld9.
12 liNTRODUCTlON.
c'est à lui encore fjail faut attribuer les liouneurs de lapplication ; car le 9uccès commercial^ qu'on me permette cette expression, de Tentreprise de Nortelem a été obtenu sous son influence et par la mise en pratique de son ingénieuse méthode.
En dotant l'industrie de cette nouvelle mélbodo, la science lui avait déjà fourni, dès cette époque, un moyen de production qu'elle inscrivit dans tous les traités de l'histoire des poissons, et qu'on retrouve jusque dans les Manuels de pêche. Elle Ta reproduite sans cesse dans ses annales, la pratiquant toujours dans ses laboratoires, pour que partout où le dépeuplement des eaux amènerait la disette, on sût où étaitle remède à ce mal croissant. En donnant donc aujourd'hui les conseils de son expérience d'un siècle, en réglant les applications dans une mesure proportionnée au besoin du temps, elle ne fait point une chose neuve, elle reste fidèle à sa tradition.
On ne s'étonnera par conséquent pas, après avoir lu ce qui précède, qu'en 1837 et 18A1, lorsque le Saumon commença à diminuer d'une manière sensible dans les eaux de la Grande-Bretagne, M. Shaw d'abord et M Boccius ensuite,
profilant d'un procédé qui avait réussi dans le Hanovre, et dont leur gouvernement avait récompensé Vauteur, aient eu recours à ce procédé pour la multiplication artificielle d'ime espèce aussi précieuse. Le mémoire publié par le comte Goldstein, celui de Jacobi, Tentreprise industrielle de ?fortelem, étaient des antécédents qui leur garantissaient d'avance le succès.
En conséquence, dès 1837, M. John Shaw(l) prit, dans la rivière Nith, en Ecosse, un mâle et une femelle de Saumon, au moment où ces deux poissons préparaient le lit de cailloux sur lequel ils allaient déposer leur frai , creusa sur le rivage une fosse alimentée par un courant détourné de cette rivière, et plongea dans cette fosse un vase de terre cuite; puis, après avoir exprimé les œufs de la femelle dans ce vase, il fit tondjer la laitance du mâle dans la portion supérieure de la rigole dont le courant, en passant par le vase, entraîna les molécules fécondantes sur les œufs et en opéra l'imprégnation.
Ces œufs ainsi fécondés lurent transportés dan»
(1) Exp* obs. on Ihe decelop, and (irowth of salmon-fry. Edinbargh, 1840.
\U INTRODOCTION.
un des bassins qu'il avait fait préparer pour leur éelosion et pour Télève des poissons qui devaient en sortir. Il les déposa sur un fond de cailloux, au-dessous de la chute d'eau qu un petit canal y conduisait; et, après une incubation qui, à cause de la basse température du vivier, dura cent dix jours, les jeunes Saumons rompirent leur enveloppe. Ils furent conservés dans le lieu de leur naissance, et y prospérèrent si bien que, dix-huil mois après , les mâles de cette portée furent en état de se reproduire, comme il s'en assura à plusieurs reprises en opérant, à Taide de leur laitance, la fécondation artificielle des œufs d'un certain nombre de femelles adultes prises dans la
rivière.
Kn 1841 , M. Boccius, ingénieur civil de Haniniersmith, poussa les choses encore beaucoup plus loin dans la voie de la praticjue. Il eut recours, comme ses devanciers, au procédé de la fécondation artificielle pour opérer sur les cours d'eau de M. Drummond, dans le voisinage d'Uxbridge, et il évalue à 120,000 le nombre de Truites qu'il y a élevées. Les années suivantes, il a mis en pra-^ tique les mêmes procédé dans le domaine du duc
INTHODUGTKHI. 15
deDevow^hire, à Ghatsworth, puis chez M. Gurnie, à Carsalton, et chez M. Hibberts, à Chatfort (1).
A peu près a la même époque, M. Rémy , pêcheur de la Bresse, homme illettré, ignorant par consé'» quent que la science fût en possession d'un pro* cédé de fécondation artificielle, dont Tapplication avait déjà donné des résultats considérables ; ce pêcheur, dis^^je, voulant porter remède au dépérissement de son industrie, passa plusieurs années de sa vie à refaire laborieusement, dans une des vallées les plus reculées de la chaîne des Vosges, les expéiriences des physiologistes célèbres dont il serait trop long de citer les noms , et a décou* vrir ce que les naturalistes savaient déjà depuis un siècle. Doué par la nature d'un remarquable esprit d'observation, de cette persévérance qu'aucun obstacle ne décourage, il réussit dans son entrer prise. Son procédé de fécondation artificielle ne diffère pas de celui qui avait été décrit dans le mémoire publié par le comte de Goldstein, par Jacobi, employé par tous les physiologistes, par Boccius , car il ne saurait y avoir deux manières «repérer ; mais ses boîtes à éclosion ne sont pas
(1) BoeeiiM, Fiihin rivers and streams, London, iS48.
aussi rationnellement combinées que les ruisseaux factices du comte de Goldstein ; ruisseaux qui, malgré leur supériorité sur les boîtes de MM. Rémy et Gehin, ont cependant aussi des inconvénients que j'ai fait disparaître en leur substituant des claies ou corbeilles d'osier.
Mais si, comme Ta déjà dit M. Milne Edwards dans son remarquable rapport, M. Rémy a été devancé dans ses recherches par les hommes de la science, s'il n'a enrichi l'histoire naturelle d'aucun résultat nouveau, il n'en est pas moins digne d^intérêt, et il a droit à notre reconnaissance ; car il a été le premier à faire, dans notre pays^ Tapplication du procédé de fécondation artificielle à rélève du poisson ; application qui , dans l'isolement 011 il se trouvait, a, pour lui, tout le mérite d'une véritable invention. Ses premiers essais, auxquels il associa plus tard M. Gehin , datent de 1842 (1).
(1) Le gouvernemeDt, voulant douner à ces deux pécheurs un témoignage de bienveillance, accorda à M. Rémy un bureau de tabac, et, sur les instances de la commission dont Je fais partie avec MM. de Suzanne, de Bon, de Franqueville, Mauny de Mornay, Doyère, et mes deux confrères MM. Milne Edwards et Valenciennes , ane indemnité annuelle de i,.%00 fr, qo*il
Cependant son invention n'ayant été notifiée qu'à la Société d'émulation des Vosges, qui décerna à chacun des deux pêcheurs une médaille d'encouragement, ne sortit pas de longtemps encore des archives de cette Société; car ce ne fut qu'en 1848 que l'Académie des sciences fut saisie d'une réclamation en faveur du pêcheur de la Bresse. Cette réclamation vint à l'occasion d'une lecture dans laquelle M. de Quatrefages, sans connaître les recherches de M. Rémy, rappelait aux agriculteurs que la science leur fournissait un moyen, éprouvé depuis un siècle, de pourvoir au repeuplement des eaux , comme l'industrie organisée en Allemagne et les applications faites en Angleterre en donnent la preuve.
A cette époque j'avais déjà institué des expériences sur la domestication des poissons, dont mes
touche sur le budget du miaistère de rintërieur ; à M. Gehio, un bureau de tabac k Strasbourg, une subvention annuelle de 500 fr., 1200 fr. de traitement, iO fr. par jour quand il est en voyage, 2 fr. 50 c. par myriamètre quand il change de départenaent. M. Henrtier, conseiller d'État, directeur général de Tagriculture et du commerce , qui donne un si puissant et si intelligent concours à Torganisalion de la pisciculture en France, a rois le plus gracieux empressement à répondre ù ce TCBQ de la commUiioD.
travaux sur F élève des Anguilles et sur la nidification de rËpinoche sont des fragments ; expériences que je poursuis au collège de France, où, professeur d'Embryogénie comparée depuis bientôt dix ans, je suis obligé, pour expliquer à mon auditoire le phénomène de la conception , et lui en faire suivre au microscope les traces matérielles, d'avoir recours au procédé de la fécondation artificielle. La question de Vapplication de ce procédé rentrait donc naturellement dans le cadre habituel de mes études, et il m'a semblé que je me trouvais ainsi en mesure de concourir efficacement à l'organisation de la nouvelle industrie en mettant Il son service mon laboratoire. Je n'ai point entendu, en lui faisant le sacrifice d'une partie de mon temps, établir avec elle d'autre lien que celui d'un bienveillant patronage. Ma vie appartient à la science nouvelle dont l'enseignement m'a été confié, et à laquelle viennent aboutir les plus hautes et les plus redoutables questions de la philosophie naturelle ; science à laquelle, gr4ce a l'amitié de M. Guizot, j'ai eu le rare honneur d'élever une tribune.
Il n'est pas douteux que l'Allemagne et pui»
INTIIODUCTION. 19
l'Angleterre aient devancé la France dans la découverte d'une même vérité; mais il est certain aussi qu'à notre pays reviendra l'honneur de sa grande popularité et de son crédit européen.
Depuis le jour où le résultat des expériences de M. Réray fut consacré dans le rapport officiel de. M. Milne Edwards, et que, sur ma proposition, il fut décidé qu'un établissement modèle serait fondé près d'Huningue, sous les auspices du gouverne^ nient, par les soins de MM. Berthot et Detzem, ingénieurs du canal du Rhône au Rhin; depuis enfin qu'on a vu fonctionner dans mon laboratoire l'appareil à éclosionque j'y ai fait construire, l'esprit public, justement attentif aune entreprise qui touche à un si haut degré les intérêts de la société, fait un incessant appel aux interprètes de la science, afin qu'ils fixent désormais son opinion sur les moyens les plus sûrs de réussir dans l'industrie.
C'est pour répondre à cet appel que j'ai institué au collège de France une série d'expériences où j'étudie avec le plus grand soin toutes les condi-, tions qui favorisent ou entravent le succès des opérations.
Personne n'ignore, en effet, que si le procédé de la fécondation artificielle est, au fond, le même pour tout le monde, sa pratique, Télève des jeunes poissons, leur nourriture, le transport du frai, etc. . exigent, en présence d'opinions divergentes, des expériences décisives qui fassent disparaître toute hésitation et garantissent le succès.
Propager cette découverte féconde, perfectionner ses procédés, en étendre les applications, transformer en règles certaines les pratiques qui ne sont pas encore fixées, y introduire toutes les modifications que Vexpérience désigne, distribuer, dans toutes les contrées où Ton voudra faire des essais sérieux, des œufs fécondés à rétablissement d'Huningue, afin d'exciter le zèle, telle est la part que, de concert avec MM. Berthot et Detzem, je m'efforce de prendre à l'organisation définitive de la pisciculture.
Si j^en juge par les témoignages de bienveillance que je reçois de tous les points de la France et de rétranger, par les mesures que les gouvernements prennent à la suite de la publication de mes rapports, je dois croire que mon intenention n'aura pas été inutile. Mais la fécondation artifi-
iielle n'est pas toute rindustrie. Elle ne constitue qu'un des nombreux moyens dont cette industrie dîsposepour la propagation des animaux aquati- (jues. II existe d'autres pratiques qui n'ont pas moins d'importance et auxquelles je réussirai bientôt, j'espère, à donner la même célébrité.
Cette publication n'est donc qu'un preuiier chapitre des travaux que je poursuis , qu'une réponse à toutes les demandes de renseignements auxquelles mes occupations ne nVont pas permis de satisfaire. Je prie les personnes qui ont bien voulu s'adresser à moi de ne point considérer mon silence comme un manque de courtoisie , mais comme une nécessité dont je veux m'affranchir aujourd'hui en leur adressant cet écrit.
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