PROCÉDÉS DE FÉCONDATION ARTIFICIELLE
Quand on veut procéder à la fécondation artificielle des œufs d'une espèce quelconque de poisson, il faut avoir le soin, à l'époque des pontes, de réunir dans un vivier où l'on puisse facilement les prendi*e tous les individus de cette espèce sur lesquels on se propose d'opérer. Puis, après avoir fait choix d'un vase de verre, de faïence , de bois ou même de ferblanc, dont le fond soit plat et aussi évasé que l'on-» verture, afin que les œufs s'y répandent sur une cer* taine surface et ne s'y accumulent pas en un bloc difficile à pénétrer, on verse dans ce vase, préala* blement nettoyé, une ou deux pintes d'eau bien claire.
Aussitôt que ces préparatifs sont terminés, on saisit une femelle que l'on tient par la tête et le tho* rax avec la main gauche, pendant que la main droite,
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le ix)uce appuyé sur la face ventrale de Tanimal, et les autres doigts sur la région dorsale et les flancs, glisse comme un anneau d'avant en arrière et refoule doucement les œufs vers Touverture anale qui doit leur livrer passage. (PI. I, lig. 1.)
Si ces œufs sont mûre et déjà dégagés des capsules de l'ovaire , la plus légère pression suffit pour les expulser, et, sous cette pression, l'abdomen se vide sans que la femelle délivrée en éprouve aucun dommage; car l'année suivante elle devient aussi féconde que celles dont la ponte s'est naturellement accomplie , comme nous avons eu si souvent l'occasion de le constater dans l'établissement d'Huningue.
Si, au contraire, pour amener ces œufs au dehors, on est obligé d'agir avec une certaine violence, on peut être assuré qu'ils sont encore renfermés dans le tissu de l'organe qui les produit, et que l'opération est prématurée. Il faut renoncer alors, et tant que dure cette résistance, à des tentatives inopi)ortunes , remettre la femelle dans le vivier, attendre que le travail de maturation soit anûvé à son terme, pourvu, toutefois, {\\\e cette maturité ne soit pas trop lente à venir ; car s'il fallait garder longtemps la femelle captive dans un étroit espace . ses œufs finiraient par se gâter.
Lorsque les femelles sont de trop grande taille pour ([u'un seul homme puisse les tenir et les vider, on a rccoiH's à un aide qui les suspend sur le récipient, soit au moyen de ses doigts qu'il engage dans leur»
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ouïes, soit au moyen d'une corde qu'il y passe, et, si cela devient nécessaire à cause des mouvements c^nvulsifs auxquels elles se livrent, un troisième les retient par la queue. L'opérateur applique ensuite ses deux mains contre les flancs de l'animal, et, les deux pouces ramenés sur le thorax, refoule par une pression du. haut eil bas la masse énorme d'œufs qui distendent la paroi du ventre. La position verticale est ordinairement suffisante pour que ceux qui sont le plus près de l'ouverture anale tombent par leur propre poids. Une pression réitérée amène successivement tous les autres.
I^ facile expulsion des œufs est le signe certain de leur maturité, en ce sens qu'elle témoigne qu'ils sont détachés des ovaires; mais elle n'est pas la preuve absolue de leur aptitude à la fécondation . 11 y a des cas, en effet, où, même dans l'état de liberté, bien que les œufs se soient naturellement détachés, les femelles pleines, par des motifs qui nous sont inconnus, ne peuvent réussir à se délivrer, et alors un séjour trop prolongé de ces œufs dans leur cavité abdominale finit par les' altérer et leur faire perdre les qualités dont on les aurait trouvés doués si on les eût pris un peu plus tôt.
Les personnes exercées reconnaissent à deux caractères bien tranchés l'existence de cette altération : d'abord à l'écoulement d'une matière puriforme, dont on ne voit pas de trace dans l'état normal , et qui trouble l'eau dès que les premiers œufs y tombent; ensuite à la couleur blanche que ces œufe
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prennent au contact de ce liquide. Quand ni l'un ni Vautre de ces caractères ne se manifeste, tout fait présager que Topération va réussir : les œufs se trouvent alors dans de bonnes conditions. Mais , en tout cas, il faut éviter d*en faire tomber une trop grande quantité dans 16 récipient, parce que, s'ils se pressent au fond du vase , ils peuvent devenir euxmêmes un obstacle à la facile pénétration du lîquîde dont il importe que rien ne les sépare. On fera donc bien, quand les femelles en fournissent en grande abondance, de les répartir dans plusieurs récipients, afin d'opérer ensuite sur eux par lots isolés. Le résultat sera ainsi obtenu dans des conditions qui rendront le succès plus complet.
A peine cette première opération est-elle terminée, si Ton s'aperçoit que les manœuvres auxquelles on a été obligé de se livrer pour faire sortir les œufs hors du ventre des femelles ont entraîné une partie des mucosités dont le corps de ces femelles est englué, il faut se hâter de renouveler l'eau du récipient, afin d'e le purger de tout ce qui pourrait faire obstacle, en ayant toutefois la précaution de ne Jamais laisser les œufs à sec. Puis aussitôt on prend un mâle dont on exprime la laitance par un procédé semblable à celui qui a permis d'obtenir les œufs. Si cette laitance est à l'état de complète de maturité, elle coule abondante , blanche et épaisse comme de la crème, et, dès qu'il en est assez tombé pour que le mélange prenne les apparences du petit-lait, on juge que la saturation est suffisante. Hais, pour
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que les molécules fécondantes se répandent partout d'une manière uniforme, il faut avoir la précaution d'agiter ce mélange et de remuer doucement les œufs avec la main, et de préférence avec les fines barbes d'un long pinceau, afin qu'il n'y ait pas un seul point de leur surface qui ne se trouve en contact avec les éléments qui doivent les pénétrer.
Après un repos de deux ou trois minutes, la fécondation est accomplie, et l'on yerse ces œufs, avec l'eau qui les renferme, dans les bassins à éclosion ; ou bien, si ces bassins sont éloignés du lieu de l'opé^ ration, on renouvelle cette eau, et on les fait arriver ainsi à leur destination, pourvu que la distance ne soit pas trop grande , comme je le dirai en parlant des moyens de transport , car alors il faut procéder d'une manière différente.
Pendant qu'on agite le mélange pour favoriser l'absorption de la semence, si les œufs qu'il s'agit de féconder appartiennent à des espèces chez lesquelles ils sont naturellement liés les uns aux autres par un albumen gélatineux qui les tient agglutinés, comme ceux de la Perche par exemple, il faut avoir le soin de procéder avec assez de ménagements pour ne point les égrener. Cette agglutUiatiou est une des conditions naturelles de leur développement ; il serait nui»ble de la leur supprimer.
Il y a encore une autre manière d'opérer le mé* lange des molécules fécondantes avec l'eau qui leur sert de véhicule, et de favoriser leur absorption par les œufs qu'elles doivent féconder : c'est de placer