CHAPITRE II
Quel que soit le mode de remplissage ou de garniture d’un drain, l’ouverture de la tranchée est la première opération à entreprendre. Nous allons, avant tout, indiquer comment on l’exécute.
Les tranchées de drainage que l’on ouvre maintenant pour la pose des tuyaux en terre cuite ont, en général, comme on l’a déjà dit, de o m ,go à t m , 5 o de profondeur; o m , 3 o à o m ,70 de largeur au sommet et seulement o m ,o 6 à o m ,o r ] au fond, quand il s’agit de drains secondaires, et o m ,io à o m , 20 pour les drains principaux.
Les ligures ai, 22, a 3 , 2 à et a 5 donnent les profils exacts de tranchées de différentes dimensions relevés sur des travaux en cours d’exécution.
La largeur des tranchées, n’a rien d’absolu; elle dépend, en grande partie, de l’habitude et de l’adresse des ouvriers terrassiers qui les exécutent. Cependant, pour réduire autant que possible le cube des terres à remuer par mètre courant, et rendre la pose des tuyaux plus facile, plus régulière et plus solide, il convient de ré-
Fornic*
du
tranchées.
Fie. 21.
Tranchée de drainage.
(Échelle de o,os. )
Fig. 22.
Tranchée de drainage (Échelle de o,oa.)
Fie. 23. * Fie. 24. Fie. 25. '
Tranchée de drainage. Tranchée de drainage. Tranchée de drainage.
(Échelle de o, os.) (Échelle de o, os.) (Échelle de o,o*.)
duire cette largeur au strict nécessaire , et de tenir fortement la main à ce que les ouvriers ne dépassent pas les dimensions prescrites; ce quils
tendent toujours à faire, jusqu’à ce qu’ils aient acquis l’habitude de ce genre de travail. La largeur de la tranchée au sommet et l’inclinaison des talus sont calculées de manière que l’ouvrier puisse descendre et se tenir facilement à o m ,6o ou à o m ,8o au-dessus du fond, pour atteindre, de ce point avec ses outils, à la profondeur adoptée.
L’ouverture des tranchées étroites dont il s’agit n’offre aucune difficulté dans les terrains ne renfermant pas de corps assez durs pour résister aux instruments ordinaires et, cependant, assez compacts pour se maintenir sans éboulement pendant quelques jours. En se guidant sur les jalons et les piquets placés comme on l’a dit dans le chapitre précédent, l’ouvrier fixe, avec un cordeau de 20 à q 5 nôtres qu’il place successivement sur chaque arête, la largeur exacte de la tranchée à ouvrir.
Si le sol est gazonné, il trace cette largeur en suivant le cordeau, et en coupant le gazon au moyen d’une lourde bêche, représentée par la figure 26.
Lorsque le sol est garni d’un gazon très-épais, ou de nombreuses racines de bruyères ou autres, la bêche dont on vient de parler peut être avantageusement remplacée par une espèce de hache,
Ouverture
des
tranchées
Instruments
o,So.
if. O,*' ^
Fig. 26,
Bêche à couper le gazon.
(Échelle de o,io.)
analogue à celle employée dans les Vosges pour l’ouverture des rigoles d’irrigations.
Enfin , si la surface offre un terrain de résistance moyenne, ce tracé préliminaire peut s’exécuter avec une bêche ordinaire; il est toujours utile, mais il n’est plus indispensable comme dans les cas précédents, et l’on peut procéder immédiatement au creusement de la tranchée.
On doit toujours commencer l’ouverture des tranchées de drains par leur partie inférieure, afin que les eaux que l’on pourra y rencontrer, ou celles provenant des pluies pendant la durée des travaux, puissent constamment s’écouler sans gêner ou interrompre les ouvriers.
. Lesinstrumentsemployés
OUVERTURE DES TRANCHÉES. 105 pour creuser les tranchées sont extrêmement simples, mais d’une forme particulière appropriée à leur destination spéciale, et qui varie, ainsi que la manière d’opérer, avec la résistance et la nature du terrain. Le cas le plus ordinaire est celui d’une terre compacte se laissant attaquer à la bêche; nous l’examinerons en premier lieu.
La nature du sol que l’on rencontre, l’importance des ouvrages à exécuter et les ressources dont on dispose peuvent modifier, jusqu’à un certain point, l’organisation des chantiers. Mais, en général, quand aucune circonstance particulière ne s’y oppose , on partage les ouvriers en brigades de trois hommes. Le premier trace la tranchée, enlève la couche de terre végétale, e{ la dépose sur l’un des côtés de la tranchée. Cette première levée de terre s’exécute avec une bêche ou un louchet ordinaire , ou bien avec l’une des bêches (fig. 27 ou 28), selon la largeur de la tranchée, qui doit être un multiple à peu près exact de la largeur de l’instrument. ^
On a figuré un manche à poignée dans la figure 27 et un manche à béquille dans la figure 28. Tous- les ouvriers ne sont pas d’accord*sur l’avantage de l’une ou de l’autre de ces dispositions. Cependant la poignée est très-généralement préférée, et nous recommandons de l’employer
de
draiuagr.
Terre rom pacte ordinaire.
quand des habitudes locales trop invétérées ne s’y opposent pas absolument. C’est à tort, par conséquent, que l’on a figuré des poignées aux instruments suivants.
Dans les terrains à surface fortement gazonnée , on emploie quelquefois, pour la première levée de terre, une fourche à trois ou cinq dents, semblable à celle dont on se sert en Auvergne, mais plus légère. En pareille matière, il faut toujours tenir compte des habitudes des ouvriers que l’on emploie. La fourche peut, assurément, rendre de bons services dans des mains exercées à la manier; mais il ne paraît pas que ce soit un instrument à introduire dans les pays où l’usage n’en est pas répandu pour les terrassements, même lorsqu’il s’agit de terres gazonnées.
Cette première levée de terre a o m ,3o à o m ,4o de profondeur : on a soin de régulariser parfaitement les faces latérales de la tranchée. Le fond doit aussi présenter une assez grande régularité. Si la terre ne se coupe pas en mottes bien régulières, ce qui arrive presque toujours à la surface, il faut enlever, avec une pelle en fer ordinaire, toutes, les parties de terre égrenée qui salissent le fond de cette première fouille , et qui gêneraient les travaux suivants. *
L’ouvrier qui ouvre la tranchée doit commencer le travail sur une longueur de 5 à 6 mètres seu-
OUVERTURE DES TRANCHÉES. 109 lement. Il procède immédiatement après au curage du fond et au régalage des faces latérales, qui se réduit à presque rien s’il est exercé au maniement des outils, pour que le second ouvrier puisse toujours le suivre à une assez petite distance.
Le second ouvrier emploie, pour approfondir la tranchée d’une seconde prise de o m ,ko environ de profondeur, l’une des bêches creuses représentées par les figures 29 ou 3 o, selon sa force ou la largeur de la tranchée à ouvrir.
Ce second ouvrier doit, comme le premier, régulariser avec soin les faces latérales de la tranchée et ne laisser au fond aucune partie de terre détachée.
Lorsque la terre est de bonne consistance, quelle se coupe bien et présente assez de ténacité pour être détachée par mottes bien entières , il ne reste presque rien à enlever du fond de cette seconde prise de terre, et le curage s’exécute sans peine avec la bêche creuse elle-même. Mais quand la terre s’égrène et se casse facilement, et même quand les ouvriers n’ont pas encore une grande habitude du travail , il retombe au fond de la tranchée une assez grande quantité de matière, qu’il faut ôter avec un outil particulier, la pelle ordinaire ne pouvant opérer que très -difficilement, dans un espace aussi profond et aussi étroit que la tranchée,
Fig. 29 .
E relie tle drainage.
t‘ l><'I!c (V o,to.)
Fig. 30 .
Bèclie de drainage.
(Krlicür <1<* o,to.)
OUVERTURE DES TRANCHÉES. 111 pendant cette seconde période du travail. On emploie avec avantage, pour ce curage, la drague plate (fig. 3i). Il est bien entendu que cet instrument ne doit servir qu’à enlever les terres détachées par la bêche creuse et nullement à attaquer le sol. Au lieu de cette drague plate, on se sert souvent de la plus grande des dragues creuses (fig. 3 à à 3 6) qui servent à l’achèvement de la tranchée ; du reste , on doit tendre à restreindre l’emploi de ces instruments, qui sont d’autant moins nécessaires, toutes choses égales d’ailleurs, que l’ouvrier est plus soigneux et plus adroit. Ils sont tout à fait inutiles avec de bons draineurs dans les terrains glaiseux, et ne deviennent nécessaires que dans les terrains graveleux ou sans consistance.
to.
Le troisième ouvrier, avec l’une des bêches représentées par les figures 3a et 33, achève d’approfondir la tranchée. Ces dernières bêches ne diffèrent les unes des autres que par leurs dimensions, que l’on proportionne à la largeur du drain à ouvrir.
Pour terminer le fond de la tranchée et lui donner la régularité qu’il doit avoir, on se sert de l’une des écopes représentées parles figures 34, 35 ou 36, dont la largeur est sensiblement égale au diamètre des tuyaux que l’on emploie. Ces écopes sont manœuvrées du bord de la tranchée. On acquiert rapidement l’habitude de les manier; elles sont bien préférables aux dragues figurées dans quelques ouvrages, et que l’on fait agir en poussant, comme une pelle ordinaire, au lieu de tirer, comme on le fait avec celles-ci.
Les figures indiquent assez le mode de construction des outils qui viennent d’être décrits pour qu’il ne soit pas nécessaire d’insister sur ce point. On dira seulement que les cotes inscrites sur les figures sont le résultat de mesures prises sur de bons modèles d’instruments, mais qu’elles n’ont cependant rien d’absolu, et que chaque constructeur s’en écarte plus ou moins, selon le volume des tuyaux à employer.
Quelques personnes conseillent de terminer le fond de la tranchée en le frappant, pour le régu-
Fio. 35.
Drague de drainage.
(Échelle de o,to.)
lariser, avec une espèce de dame demi-cylindrique en fonte. Cet instrument est d’un assez mauvais usage et ne doit pas, en général, être employé par de bons ouvriers.
On a supposé, dans ce qui précède, que la brigade se composait de trois ouvriers, et que le drain était poussé à profondeur par trois levées de terre seulement. Cette méthode exige, pour donner de bons résultats, des ouvriers habiles et robustes, et un terrain de bonne consistance. Ordinairement , les brigades de trois ouvriers font quatre levées de terre. Le premier ouvrier, dans ce cas, trace la tranchée et fait la première levée; le deuxième ouvrier fait les levées suivantes, et le troisième termine l’opération.
On peut aussi organiser les ateliers par brigade de cinq hommes , et alors on n’arrive à la profondeur normale de i m ,2o que par quatre levées de terre. Les deux premiers ouvriers tracent la tranchée et enlèvent la première levée de terre, l’un d’eux déblayant le terrain pendant que l’autre cure le fond de cette première saignée et régale les talus. Les deux autres ouvriers font chacun une levée de terre , et le cinquième pousse la tranchée à profondeur et en régularise le fond avec la drague courbe.
fïfuchê. Aussitôt que les ouvriers, par quelque appren-
OUVERTURE DES TRANCHÉES. 119 tissage payé à la journée, ont pu se rendre compte de cette nature de travaux, les tranchées doivent toujours être exécutées à la tâche : c’est dire assez qu’il faut laisser aux ouvriers toute latitude pour leur organisation par brigade. Le groupement par trois ouvriers est le mode d’opération le plus ordinairement employé; mais la division par groupes,
•soit de trois, soit de cinq hommes, n’est nullement indispensable. On rencontre quelquefois des ouvriers très -adroits qui préfèrent être seuls, d’autres qui exécutent leur tranchée à deux seulement, et ainsi de suite.
Il est impossible d’indiquer d’avance la longueur de la tranchée que chaque homme peut ouvrir par jour; elle varie avec son habileté et la nature du sol. Dans de fortes argiles plastiques, mais sans pierres, chaque ouvrier peut ouvrir de 20 à 3 o mètres de tranchées par journée; dans . • certains sols pierreux, le meilleur ouvrier ne dépasse pas une longueur de l\ à 5 mètres par jour.
Les bêches de drainage portent toutes une espèce de pédale que montrent bien les dessins précédents, et que l’on voit en plan près de la figure 39. Cette pédale se cale à différentes hauteurs sur le manche de la bêche, à l’aide d’un petit coin en fer; elle sert à pousser la bêche avec le pied, quelle que soit la profondeur à laquelle on agisse, et quelle que soit l’inclinaison de la lame
120 DEUXIÈME PARTIE. — CÜÀP1ÎRË II.
par rapport aux faces latérales. Les ouvriers draineurs attachent sous leurs souliers, avec un ruban qui contourne le cou-de-pied et la cheville, une portion de semelle en fer (fig. 37) avec laquelle ils appuient, sur le bord des bêches ou '»■ des pédales pour enfon- • cer leur outil. Ils atta- 'S chent aussi quelquefois,
: à l’extrémité de leurs J chaussures, une petite garniture en fer, pour appuyer contre l’instrument en taillant le bord des tranchées.
La portion de semelle représentée fig. 37 ne pèse que 225 grammes ; elle est beaucoup plus commode- que les semelles entières que l’on conseille en général.
Dans les terres argileuses compactes, chaque ouvrier place auprès de lui un seau ou un bac rempli d’eau , où il plonge son outil avant de l’enfoncer dans le sol. Cette précaution réduit beaucoup l’adhérence et la ténacité du sol.
i, o.oSS.. i
Vue debout.
Vue de cdtd.
Fig. 37.
Semelle en fer.
(Échelle de o,*5. )
OUVERTURE DES TRANCHEES. 121
Les terrassiers exercés acquièrent rapidement l’habitude des instruments de drainage ; cependant il est quelques tendances contre lesquelles on doit lutter dès l’origine , pour les empêcher de dégénérer en habitude.
Beaucoup d’ouvriers prennent d’une main , comme pour les pelles ordinaires, la poignée ou la béquille de la bêche, et saisissent le manche de l’autre main. Il ne faut point opérer ainsi : on doit tenir la tête du manche à deux mains, et appuyer sur la bêche ou sur la pédale, avec le pied, jusqu’à ce qu’elle ait atteint la profondeur voulue; on tiré alors à soi la poignée, par petites secousses, pour détacher le prisme de terre; puis on fait descendre l’une des mains le long du manche de l’outil , pour soulever ce prisme de terre et le déposer sur le bord de la fouille.
Le talus de chaque prise de terre doit être dirigé dans la direction du talus de la prise précédente , afin que les parois de la tranchée présentent des plans régulièrement inclinés depuis la surface du sol jusqu’au fond. C’est la partie du travail qui demande peut-être le plus d’adresse et d’habitude.
Les ouvriers qui débutent tendent toujours à donner aux faces des tranchées une direction verticale , ou même rentrante ; puis , arrivés au fond avec une largeur trop grande , ils ouvrent , par une retraite brusque (fig. 38), l’emplacement du tuyau.
Mode d'emploi des outils.
Terrain graveleux et réeiitant.
Terrains
très-dur».
En opérant ainsi, on enlève évidemment un volume de déblai trop considérable, et il arrive, de plus, que le lit du drain n’est jamais en ligne droite.
Tout ce qui précède s'applique à l’ouverture des tranchées dans un sol se laissant entamer à la bêche.
Les détails dans lesquels on
est entré permettront d’a- Profil vicieux de tranchée, i , , •
bréger beaucoup ce qui reste à dire des autres terrains.
Si le terrain est graveleux, ou trop dur pour se laisser couper à la bêche, soit dans toute la profondeur du drain, soit sur certaine partie de cette profondeur, et si, cependant, il ne nécessite pas encore l’emploi du pic, on emploie une forte bêche étroite, fig. 39. Cette bêche désagrégé le sol, mais elle enlève rarement un prisme bien défini : les curages à la pelle ou à la drague deviennent alors plus importants que dans le cas précédent.
Enfin , quand le terrain résiste à la bêche, on emploie la pioche, ou le pic, ou bien l’une des formes de pic à pédale représentées par les fig. ko et ht.
-o,iy
Vue de face. Vue de côté.
Bêche pour les terrains graveleux.
(Échelle de o,»0.)
Chaque piocheur est alors suivi d’un ouvrier armé d’une pelle, qui enlève les déblais ameublis par le premier instrument. Dans ce cas, qui, heureusement, se présente assez rarement, il faut donner aux tranchées beaucoup plus de largeur que nous ne l’avons indiqué, puisque les ouvriers doivent pouvoir, dans toute leur profondeur, y travailler à l’aise.
Dans les terrains difficiles dont il s’agit, on rencontre quelquefois des pierres volumineuses, que l’on ne peut enlever qu’en élargissant suffisamment la tranchée. Quand l’obstacle est trop volumineux pour être enlevé ainsi, il faut le con-
Terrains
éhouleax.
tourner en déviant la tranchée. Ces circonstances se présentent souvent dans certains terrains à meulières, tels que ceux de Satory, qui ont cependant un grand besoin de drainage.
Une autre classe de terrains que Ton rencontre assez fréquemment et qui présententde grandes difficultés, et même des dangers , sont les sols ébouleuxquinepeuvent se main-
Fig. 40.
Pic à pédale français, (échelle de o,to.)
Fig. 41.
Pic à pédale anglais.
(Échelle de o,to.)
tenir sous l’inclinaison des talus des tranchées.
Dans ce cas, il faut soutenir les talus avec de fortes planches longitudinales maintenues par des étrésillons (fi g.
Si le terrain est trèscoulant, on place m4me de la paille ou des fascines entre le sol et les planches.
Le boisage des tranchées très-étroites est difficile et augmente beaucoup la dépense; on est généralement obligé d’augmenter la largeur des tranchées dans les terrains qui rendent nécessaire cette opération.
Avec ces précautions, et en posant les tuyaux aussitôt après l’ouverture de la tranchée , on peut traverser sans trop
de difficultés des terrains très-mobiles. Cependant, il convient, dans ces circonstances, de recourir à l’expérience de constructeurs de profession et de n’employer que d’excellents ouvriers ; car alors la plus légère faute n’entraîne pas seulement un accroissement de dépense considérable, mais peut quelquefois compromettre la sûreté des travailleurs.
Il est, du reste, inutile d’ajouter que les terrains dont nous avons parlé en dernier lieu ne se présentent qu’exceptionnellement, et qu’il serait, dès lors, inutile d’insister ici sur la description des moyens à employer pour les traverser.
Fig. 42.
Tranchée étrésillonnée.
Mise à part La levée de terre qui doit être replacée à 1a rég&eie. partie supérieure de la tranchée , apres son remplissage , doit être déposée du côté opposé à celui où l’on rejette les autres terres. En général, cette levée est la première; elle se compose de terre végétale, et l’on doit bien se garder de la jeter au fond du drain. Inutile d’ajouter que l’on choisit pour le côté où se fait ce dépôt celui où Fou-
OUVERTURE DES TRANCHÉES. 127 vrier jette le moins facilement, afin de réserver celui qui est à sa main pour le jet de la masse la plus considérable.
Quelle que soit d’ailleurs la nature du terrain traversé et la marche suivie pour ouvrir une tranchée, la partie du travail qui exige le plus de soin et d’attention consiste à régler parfaitement la pente de son fond. Il faut maintenant expliquer soigneusement comment les ouvriers obtiennent ce résultat, et comment on s’assure que cette condition essentielle de succès est complètement remplie.
Certains ouvriers prétendent s’assurer que le fond de la tranchée présente une pente régulière en y versant un peu d’eau, et en vérifiant qu’elle s’écoule sans rencontrer d’obstacle. D’autres, plus confiants encore, affirment qu’ils reconnaissent à la seule inspection les plus légères ondulations. De semblables méthodes d’appréciation sont faciles à juger : elles doivent être proscrites de tout travail bien dirigé.
On se rappelle que les têtes des piquets qui servent au tracé des drains (page 121) sont tous à la même hauteur au-dessus du fond des tranchées, et que ces piquets sont espacés de 5 o mètres au plus les uns des autres. Il est donc très-facile, en s’aidant de trois mirettes de paveur.
Règlement
(les
pente*.
ou même simplement en bornoyant les têtes des deux piquets extrêmes, d’enfoncer au milieu de l’intervalle qui sépare deux piquets consécutifs un petit piquet provisoire, dont le sommet soit précisément sur la ligne droite qui passe par les têtes de ces deux piquets. Il est clair alors qu’en tendant fortement un cordeau entre les têtes de ces trois piquets, il sera parallèle et à une hauteur connue au-dessus du fond de la tranchée à ouvrir.
Il suffira alors, pour fixer en chaque point la profondeur du fond de cette tranchée, d’appuyer sur le cordeau a (fig. 43) la petite branche bc
d’une croix en bois léger, dont la grande branche cd aurait la longueur qui doit exister entre le fond de la tranchée et le cordeau lui-même. On procède quelquefois de celtemanière ; mais l’emploi de la croix de bois, ou de l’équerre graduée qui peut la remplacer, et la position du cordeau à une certaine distance du bord de la tranchée, où peuvent quelquefois se trouver des dépôts de déblai, rendent assez peu commode cette manière
OUVERTURE DES TRANCHÉES. 129 de procéder, que l’on simplifie, en pratique, de la manière suivante.
On enfonce horizontalement dans la face presque verticale de la tranchée (fi g. 44), au droit des
Fie. 44.
Règlement des pentes.-
gros piquets a a primitivement placés, et à o m ,4o, par exemple , au-dessous de leur tête , de petits piquets provisoires b b. Si la distance des piquets a a excède 20 à 2 5 mètres, on place un troisième piquet provisoire b' entre les piquets b b et sur la même ligne, et, enfin, on tend un cordeau sur ces trois piquets bb' b, b quelques centimètres en avant de la face du terrain. Ce cordeau est parallèle à la ligne qui joint les têtes des piquets a a; et, par conséquent, il est lui-même parallèle au fond de la tranchée. Dès lors, il suffit de tenir à la main une petite baguette, d’une longueur égale à la
Vérification
du
profil.
distance qui doit exister entre cette ligne b b' b et le fond d, d de la tranchée , pour reconnaître les points qu’il faut approfondir ou ceux qu’il faut remblayer, si, par maladresse, on a trop creusé quelques parties de la fouille.
Aussitôt après l’ouverture des tranchées et avant de commencer la pose des tuyaux, le surveillant doit soigneusement vérifier les dimensions de ces tranchées. Il y parvient facilement en essayant d’y introduire un petit gabarit (fig. 45), formé de
! deux ou trois règles solidement fixées les unes aux autres. On doit faire faire autant de ces gabarits que l’on a de types de sections de tranchées. Quelquefois, on se contente d’un seul gabarit formé de pièces mobiles et graduées, mais cet instrument, toujours sujet à se déranger, n’offre pas assez de garanties.
Les tranchées doivent présenter une forme parfaitement régulière, des faces bien dressées et un fond parfaitement uni. On doit se montrer aussi sévère pour les augmentations de largeur que pour les répourla vérification trécissements et les bosses des talus.
profil transversal Le profil, une fois adopté, doit être
Fio. 45.
Gabarit
OUVERTURE DES TRANCHEES. 131 scrupuleusement suivi. En tenant fortement la main , dès l'origine , à la parfaite exécution des tranchées, les ouvriers en acquièrent promptement l'habitude , et le travail gagne à la fois en vitesse et en perfection.
L'uniformité de la pente du fond des tranchées seconde est plus importante encore, comme on l'a déjà dit, T 1 que celle de leur profil transversal. Elle doit être pen1 **' l'objet d’un examen minutieux, répété au moment de la réception des tâches des ouvriers , avant la pose des tuyaux et quelquefois, même après cette pose , au commencement du remplissage.
Quand on emploie les cordeaux, comme on l’a expliqué, il est d’abord très-facile de constater que la profondeur de la tranchée au-dessous du cordeau directeur est bien constante.
Mais, pour avoir une vérification plus complète et s’assurer qtie ce cordeau lui-même est Fig. 46. bien placé, on se sert de trois Mirette* mirettes (fig. 46) analogues à ( échelle de 0,06. ) ce H e j es payeurs, mais ayant en-
viron i m ,8o à a de hauteur.
132 DEUXIEME PARTIE. — CHAPITRE IL On place deux de ces mirettes (fig. U r j) au droit
Vérification des pentes des tranchées.
de deux piquets de repère a a, en s’assurant que leur pied est à la profondeur voulue au-dessous de la tête de ce pique,!; puis, se plaçant en arrière de la mirette b, et bornoyant la ligne de foi de la seconde d, on fait placer la troisième c en différents points de la tranchée, et l’on s’assure que , dans ces diverses positions , la ligne de visée bd affleure toujours exactement le dessus de la mirette intermédiaire c.
Pour placer le pied des deux mirettes extrêmes b et d à la profondeur voulue au-dessous des têtes des piquets de repère, on peut employer bien des moyens faciles à imaginer. L’un des plus simples consiste à poser sur le piquet, en Je plaçant per-
Les joints des tuyaux posés sans manchons doivent être recouverts, comme bn vient de le dire, de quelques tessons, sur lesquels on dépose une forte pelote d’argile plastique fortement tassée et remplissant bien le fond de la tranchée. La pose des tessons et de la terre se fait à la main , quand la tranchée est assez large pour que l’ouvrier puisse y atteindre, et c’est le parti que l’on prend ordinairement; de sorte que l’absence de manchons conduit indirectement à élargir les tranchées. Pour éviter cet inconvénient, quelques personnes posent les tessons avec une longue pince en bois semblable aux pinces à échardonner, et que l’on manœuvre du haut de la tranchée.
On a quelquefois conseillé de recouvrir d’un lit de paille de seigle ou d’avoine les tuyaux posés sans manchons. Cette pratique doit être absolument proscrite de tout travail bien fait. Dans les sols extrêmement coulants, on peut être accidentellement obligé de poser quelques tuyaux sur un lit de paille; mais on devrait recourir à un autre mode d’assainissement si ce procédé devenait nécessaire sur une grande étendue de terrain.
On comprend, par ce qui précède, combien la pose des tuyaux sans collier exige de soins, et combien elle rend probables des malfaçons nombreuses. Un poseur peut mettre en place trois à quatre cents tuyaux garnis de colliers en une heure ;
Tarification
de
ia pose.
il peut à peine, avec beaucoup plus de fatigue, en placer le tiers en recouvrant les joints de tessons et de terre. Ce fait, et les observations précédentes, expliquent la préférence que nous donnons aux manchons sur tout autre mode de pose.
Les très-gros tuyaux se posent à la main au fond des tranchées qui doivent les recevoir, et qui sont assez larges pour que l’ouvrier puisse y pénétrer. On doit les poser avec beaucoup de soin, établir le plus complètement possible le contact de leurs extrémités, les caler fortement dans la tranchée, pour qu’ils ne se dérangent pas pendant le remplissage, et, enfin, mettre sur les joints quelques tessons recouverts d’une forte pelotte d’argile bien malaxée et très-soigneusement tassée.
Quand on n’a pas de tuyaux assez gros pour le volume d’éau à débiter, on en place deux de même grosseur, l’un à côté de l’autre , et même , au besoin , on en superpose un troisième sur les deux premiers. On s’arrange pour que les joints des différentes files de tuyaux ne concordent pas les uns avec les autres.
Avant de laisser procéder au comblement de la tranchée, et même quand il s’agit de tuyaux sans manchons au recouvrement des joints, le surveillant doit vérifier exactement la pose, s’assurer que tous les tuyaux sont bien en contact à leurs extré-