CHAPITRE IV
REMPLISSAGE DES DRAINS.
Lorsque la pose des tuyaux a été vérifiée par le surveillant, il faut procéder, sans aucun délai, au remplissage des tranchées. Les files de drains ne doivent jamais rester découvertes; car une ondée, et même la malveillance, pourrait faire perdre le fruit d’un travail difficile.
On choisit pour mettre immédiatement sur les drains la terre la plus argileuse extraite de la tranchée, on l’émiette soigneusement et on la jette à la pelle avec précaution sur les tuyaux, en couche de o m ,i5 à o m ,a5 d’épaisseur. Cette première couche doit être piétinée avec la plus scrupuleuse attention ou battue avec un petit pilon en bois , si la tranchée est trop étroite pour qu’un homme puisse y marcher.
Si l’on opère dans un sol où les obstructions ferrugineuses soient à craindre, le tassement de cette première couche de remblai doit être encore plus soigné que dans les cas ordinaires. On y revient , dans ce cas , à deux ou trois reprises diffé-
R cm plissa go.
Pilonnage
du
remblai.
150 DEUXIÈME PARTIE. — Fig. 58.
Vue de côté
de la houe à remplir les tranchées.
( Echelle de o, 10.)
CIÏAPITRE IV.
rentes, à quelques heures de distance, èn humectant la terre si cela est nécessaire.
On fait alors tomber dans la tranchée, avec une pelle ordinaire, ou avec une espèce de houe à long manche, à deux ou trois dents (fig.
58 et 5 9 ), une nouvelle quantité de terre. On a soin de briser les mottes , et l’on tasse fortement cette nouvelle couche de terre, en la piétinant ou en la damant.
Fig. 59.
Plan de houe à remplir les tranchées.
(Échelle de 0,10.)
REMPLISSAGE DES DRAINS. 151
Si le temps est au beau, il peut être utile de suspendre le remplissage des drains après l’emploi de cette deuxième couche, et de laisser l’action de l’air s’exercer sur les parois des tranchées.
On peut aussi, à cette époque du travail, déboucher l’origine de quelques drains et y verser de l’eau propre, pour s’assurer qu’elle coule facilement et qu’elle arrive bien à l’extrémité inférieure. On s’expose, dans cette expérience, à introduire de la terre dans le drain; elle ne doit, dès lors, être tentée qu’avec précaution, et seulement sur les lignes où quelque circonstance particulière peut faire craindre une obstruction.
On achève de remplir la tranchée par couches de o m ,20 à o m , 3 o d’épaisseur, toujours bien tassées, en replaçant à la surface la terre végétale mise de côté à cet effet.
Le tassement des couches successives de remblai est une précaution sur laquelle on doit d’autant plus insister qu’elle est plus souvent négligée, et que cette négligence produit des accidents sérieux 'dans le drainage.
Quelque soin que l’on apporte à tasser les couches successives de remplissage de la tranchée, il reste presque toujours un excès de terre qui dessine en relief la position des drains. Le passage de la charrue dans les terres labourées fait bientôt disparaître cet état de choses.
Le pilonnage des terres des tranchées dans les prairies, surtout lorsqu’elles doivent être arrosées, doit être encore plus soigné que dans les terres de labour. On rapporte soigneusement les gazons sur le remblai, en les battant bien, pour les faire taller, et de manière qu’ils ne présentent qu’un léger relief, qui disparaît ordinairement, après un hiver, d’une manière complète.
On a proposé souvent de combler les tranchées en y rejetant la terre avec une charrue ou bien à l’aide de divers instruments tirés par des chevaux. Ces moyens produisent un travail moins parfait que le remblai à bras; ils donnent beaucoup d’embarras et ne semblent pas, jusqu’à présent, réaliser une économie capable de compenser les inconvénients qu’ils présentent.
Le remplissage des tranchées se fait souvent entièrement à la tâche. Il convient cependant de faire faire à la journée la pose de la première couche de remblai; c’est une précaution que l’on devra prendre dans toutes les opérations bien dirigées.