CHAPITRE V
ÉCARTEMENT DES DRAINS.
L’ccarlement L’écartement des drains, comme leur profonavec la nature deur, dépend d’une foule de circonstances locales qu’il faut soigneusement étudier avant de prendre un parti:
Parmi ces circonstances, l’une des plus importantes est la nature du sous-sol. Quand il est poreux, ou qu’il repose sur une couche perméable dont les drains puissent enlever les eaux, les tranchées peuvent être éloignées et profondes. Dans le cas contraire, il convient de les rapprocher davantage.
Fendillement La porosité du sol, avant le drainage, n’est par pas seule à considérer; certains sols se fendillent le drainage. |“ ac j| em p n ^ p ar l’action des travaux, et acquièrent
une porosité artificielle qui peut remplacer la porosité naturelle.
Le climat exerce aussi une grande influence sur les résultats d’une opération de drainage. Le fendillement du sol, qui lui donne la porosité artifieielle dont il a besoin , est d’autant plus prononcé et s’étend d’autant plus loin, toutes choses
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égales d’ailleurs, que la température est plus élevée et le temps plus sec. Les effets d’un été, sur un sol drainé, seront bien plus sensibles dans le Midi que dans le Nord.
Les natures de sol sur lesquelles le drainage agit peut-être le moins sont certaines argiles mêlées de cailloux roulés. Elles n’éprouvent point ce retrait particulier qui donne aux argiles ordinaires leur porosité artificielle, et elles sont quelquefois si imperméables, qu’on les trouve sèches à quelques centimètres de profondeur quand la surface est en bouillie. Un défoncement profond * doit toujours accompagner le drainage dans les sols de cette nature.
Le fendillement des masses argileuses a lieu de proche en proche, en s’éloignant du drain, par l’écoulement successif de l’eau et le dessèchement progressif de la masse. La présence d’une source ou d’une couche aquifère, qui maintient le terrain, auprès du drain, dans un état permanent d’humidité, s’oppose quelquefois complètement à cette action, et paralyse ainsi tout l’effet que l’on pouvait espérer de l’exécution des travaux.
La largeur habituelle des planches de labour dans le pays où l’on opère influe, dans certaines limites, sur l’écartement des lignes de drains, surtout quand ils sont dirigés dans le sens même du labour. On s’arrange alors, autant que possible,
Limites
d'écartement.
pour que cet écartement soit égal à un nombre exact de fois la largeur des billons, et Ton 'profite, pour ouvrir les tranchées, de la dépression produite par le labour.
Du reste, dans les terres bien drainées, on abandonne presque toujours le labour en billons pour le labour à plat. L’observation précédente n’a , d’ailleurs , qu’un intérêt fort secondaire.
Ce qui précède montre assez combien il est difficile d’indiquer par écrit des règles précises sur l’écartement à donner aux drains. Une grande habitude des terrains permet seule de le déterminer rapidement et presqu’à première vue, en observant les tranchées d’essai.
Des essais très-simples permettent heureusement de suppléer à ce que la théorie laisse à désirer sur cette question, et de remplacer l’expérience que peut seule donner, dans les travaux de cette espèce, une longue et intelligente pratique.
L’écartement des tranchées de drainage de i m ,2o de profondeur varie de 7 à 20 mètres. Il est rare que l’on atteigne ces deux limites extrêmes; peu de sols, en effet, résistent à un drainage dans lequel l’écartement des drains est de 9 mètçes. Je ne suis jamais allé plus loin. D’un autre côté , à moins qu’il ne s’agisse de terrains trèsporeux et infestés de sources , quand l’écartement
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des drains dépasse i 5 à 16 mètres, l’assainissement du sol est rarement complet. Un écartement de 1 o à 1 1 mètres convient à toutes les terres fortes du nord de la France.
On s’abstiendra d’indiquer ici, comme l’ont fait la plupart des auteurs, les écartements des drains pour chaque nature de terrain. Les désignations sol argileux , glaiseux , argilo-sableux, etc., què l’on emploie ordinairement, sont si peu précises, et ont des significations si différentes d’un pays à l’autre et d’un observateur à l’autre, que l’on craindrait, en les énonçant, d’induire en erreur les personnes qui feraient usage des indications de cette nature.
Voici, du reste, comment il faut procéder pour fixer expérimentalement l’écartement des drains dans un terrain donné :
On ouvre une tranchée TT, fig. 12, à la profondeur que l’on veut donner au drainage; pour que cette tranchée d’essai ne soit pas perdue, on la dirige de manière à ce qu’elle puisse faire partie, plus tard, du drainage à effectuer, et on la prolonge assez pour que l’eau puisse s’écouler. On creuse alors, à droite et à gauche de cette tranchée, unesérie de trous A, B, C, D, E, F, deo m , 5 o de côté environ et de même profondeur que la tranchée. Ces trous, comme l’indique la figure,
Déter-
mination
expé-
rimentale
de
l'écartement.
ÛF
Fio. 12.
Détermination de l’écartement des tranchées.
sont disposés en échiquier, de manière que leurs distances à cette tranchée soient, par exemple, de
a, 4, 6, 8 îa, i4 mètres. Leur distance les
uns des autres doit excéder la moitié du plus grand écartement probable des tranchées , soit î o à î 9 mètres, pour qu’ils ne puissent pas agir les uns sur les autres. On recouvre ces trous de branchages et de paillassons, pour que l’évaporation ne soit pas trop forte. Si le terrain n’est pas assez imprégné d’eau pour que les trous se remplissent naturellement, on attend les pluies. Alors commencent les observations, qu’il faut prolonger plusieurs jours de suite et reprendre, si on a le
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temps, à deux ou trois époques différentes de l’année. . •
On note chaque jour, matin et soir, le niveau de l’eau dans les trous, et l’on ne tarde pas à reconnaître qu’il s’abaisse d’autant plus et d’autant plus rapidement, dans chaque trou, que ce trou est plus rapproché de la tranchée TT : de sorte que l’eau est plus élevée au-dessus du fond de cette tranchée en B qu’en A, en C qu’en B, en D qu’en C, et ainsi de suite, jusqu’à la distance où la tranchée ne fait plus sentir son action , et où le niveau de l’eau est le même dans deux trous voisins. Lorsque le niveau de l’eau paraît stationnaire, ou au moins quand il varie sensiblement de la même quantité d’une observation à l’autre dans tous les trous à la fois, on note la distance de la tranchée au dernier trou où le niveau s’est assez abaissé au-dessous de celui du liquide dans le trou suivant, et le double de cette distance donne l’écartement des drains.
On comprend qu’il faut nécessairement que le sol soit complètement imprégné d’eau pour que cette expérience soit concluante. Il convient aussi de la répéter, car il arrive souvent que le second essai indique un écartement supérieur à celui donné par ufie première observation.
La disposition des trous en échiquier est indispensable. Si on les disposait sur une même ligne
Partage du travail en
deux
périodes.
66 PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE V. perpendiculaire à la tranchée, ils réagiraient les uns sur les autres. Enfin, on doit préférer des trous faits à la pioche à des trous de sondages .garnis de tubes en terre, peut-être plus faciles à faire, mais dont l’exécution modifie toujours assez la consistance du sol près de leur surlace pour altérer les résultats.
On observera encore qu’il faut réduire l’écartement des drains quand on est obligé de diminuer leur profondeur. Ces deux quantités sont à peu près proportionnelles, toutes choses égales d’ailleurs.
Une dernière observation doit encore trouver place ici au sujet de l’écartement des tranchées.
Certains sols sont si profondément modifiés par le drainage , qu’ils, acquièrent une porosité bien supérieure à celle indiquée par les essais précédemment décrits. Il est donc prudent, quand on opère sur un sol que l’on ne connaît pas bien , de donner aux petits drains un écartement précisément double de celui que l’on croit convenable : si, au bout d’un an ou deux, l’assainissement n’est pas suffisant, on complète le travail en intercalant un nouveau drain au milieu de l’intervalle des anciennes lignes. Sans avoir augmenté la dépense , on a ainsi couru la chance de la réduire beau-
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coup, dans le cas où le terrain se serait suffisamment assaini par le premier travail.
On en dira autant des drains de ceinture.
Quand on le peut, on les ouvre d’abord et on ajourne à l’année suivante le reste du travail; leur effet est quelquefois si prononcé , qu’il est inutile d’aller plus loin.
Mais, dans les projets de drainage, on doit, dès l’abord, indiquer tout ce qui est nécessaire pour assurer un succès complet, afin d’édifier entièrement le propriétaire sur les sacrifices auxquels il s’engage, et d’éviter les reproches que ne manquerait pas d’attirer la nécessité de travaux complémentaires exécutés longtemps après les premiers.