‹ Instructions sommaires sur la doctrine chrétienneChapitre 168 sur 318 · N'^ 213. — QUID PRODEST · texte numérisé non relu

N'^ 213. — QUID PRODEST

Il y a quelque cents ans, un jeune Espagnol, doué d'une âme ardente et d'un beau génie, fut rencontré à Paris par saint Ignace de Loyola. « Xavier, lui dit celui-ci, quels sont vos desseins ; quel est le but de

tant de labeurs et de fatigues auxquels vous^ consacrez votre vie? Quels sont vos projets? — Le bouillant jeune homme répondit ; «^Mais je veux me couvrir de gloire dans celte capitale et dans la France entière. — Et puis, reprend Ignace? — Je veux devenir si savant qu'on parlera de moi dans toute l'Europe, que mon nom retentira môme d'un bout à l'autre du monde civilisé. — Et après? — Grâce à cette haute réputation, à cette immense renommée, j'a masserai de grandes richesses. — Et après? — Je bâtirai un magnifique palais ; je créerai des jardins et un parc splendides, je me ferai un véritable paradis terrestre oti je passerai le reste de mes jours dans l'opulence et le plaisir, à l'ombre des lauriers de ma gloire. — Et après?... Oui après? — Vous ne répondez plus... votre front s'est rembruni... vo is êtes devenu tout pensif devant cet impitoyable Après. Eh bien ! je vais vous le dire, moi. Après, un lit d'agonie ; après, la mort et les vers qui dévorent ce corps si rayonnant maintenant de santé et de vigueur... Après , la sentence d'un redoutable juge... Après, des brasiers éternels, si vous n'avez pas pensé à servir Dieu, votre Créateur et votre Maître suprême, si vous n'avez pas songé à faire votre salut. Oui, oui, après, l'éternité. Et alors, de quoi vous serviront les richesses, les plaisirs et la gloire? De quoi vous servira la conquête même de l'univers entier? Quid prodest ! d Cette terrible parole tombée jadis des lèvres du Sauveur retentit au plus profond du cœur de FrançoLs-Xavier. Il la médite sérieusement, et bientôt on le voit renoncer à tout ce que le monde lui offrait d'enchanteur; on le voit, apôtre intrépide, franchir les mers,

aborder les plages barbares, y convertir au vrai Dieu un million d'infidèles et bâtir à sa gloire un millier de temples. Dans la dévorante ambition qui maintenant a changé de but, l'ardent apôtre voudrait conquérir le monde entier à Jésus-Christ. 11 meurt au milieu de ses sublimes projets, il meurt sur le rocher d'une île déserte, pauvre, abandonné, ayant tout perdu. Je me trompe, il a tout gagné, car il a sauvé son âme, il a gagné le ciel.

Quid l'jvodest? cette divine parole, qui a sauvé

Xavier, ne dira-t-elle rien à votre cœur? Le laissera-telle indifférent et froid? Ah ! il me semble que seule et sans autre prédication, elle devrait nous ébranler, nous ramener à Dieu, nous éloigner pour toujours des voies trompeuses de la perdition et nous faire embrasser généreusement les pratiques de la piété et de la vertu. Pour lui faire produire en nos cœurs ces efï'ets salutaires, essayons de l'approfondir quelques instants. Méditons attentivement sur limportance du salut de notre âme, nous nous convaincrons aisément qu'il est l'a ffdire la plus grave, la plus sérieuse de notre vie et qu'il faut par conséquent nous en occuper plus que de toute autre affaire...

W 214. — Jl'] VAIS SAUVKR MON AME.

Un jeune mondain, éclairé par la grâce, désirait avec ardeur opérer son salut. Pour cela, il résolut de quitter le siècle et d'embrasser la vie monastique. Les plus grands obstacles à ses desseins ne furent ni les richesses, ni les honneurs, ni les plaisirs à quitter;

car sa foi, fortifiée parles secours du ciel, les lui avait fait fouler aux pieds. Mais ce fut sa mère qui, par ses caresses, ses supplications et ses larmes, s'efforça de le garder près d'elle. Toute sanglotante, elle s'écrie : (( Pourquoi, mon fils, voulez-vous abandonner votre mère dans sa vieillesse? Gomment osez-vous la laisser mourir dans la désolation? Est-ce là la reconnaissance que vous me témoignez pour les soins que je vous ai prodigués dans votre enfance, pour les peines, les sueurs et les travaux que je me suis imposés pour vous? — Ma mère, ce n'est pas pour abreuver de chagrin vos vieux jours que je veux rentrer dans la solitude, mais c'est pour opérer sûrement mon salut. Votre position vous permet de vous passer de votre fils désormais, non seulement il ne vous oubliera point, mais il priera chaque jour pour vous. — Mais vous pouvez vous sauver dans le monde ; il vous est loisible de vivre chrétiennement dans la maison maternelle? — Oui, je le puis rigoureusement, mais qui me donne l'assurance que dans le cours d'une existence tout entière, je ne tomberai pas dans les pièges des nombreux ennemis démon salut. Adieu donc, ô ma mère, je pars et je vais sauver mon âme. » Ce jeune homme, forlifié par la grâce, s'abrita derrière les murs d'un cloître oh il pratiqua toutes les vertus chrétiennes et religieuses.

N" 215. — PRIÈRE FATALE d'uNE IMPIE.

L'histoire rapporte que la fameuse Elizabeth, la digne fille d'Henri YIII, roi d'Angleterre, trop célèbre par son impiété, oublia entièrement le Dieu qui l'avait

créée. Toutefois, un jour, dans l'ivresse du plaisir, elle lui adressa cette prière fatale : « Mon Dieu, lui dit-elle, accordez-moi quarante ans de règne; faites que pendant ces longues années tous mes sujets partagent ma prospérité et mon bonheur et après je me passe de voire paradis. » Les quarante ans sont sonnés, la maladie arrive et la mort la frappe. Aujourd'hui nous savons où est son corps, il repose dans la vaste abbaye de Westminster, mais son âme, où estelle? n'est-il pas à craindre qu'elle soit loin du paradis ?... Et si elle a perdu son âme, de quoi lui servent ses fêtes et ses plaisirs? Quid jorodest?... Ne vaudrait-il pas mieux pour elle avoir vécu humble, pauvre dans le service de Dieu et régner aujourd'hui dans le ciel que d'avoir approché de ses lèvres coupables la coupe de tous les plaisirs et n'avoir éternellement que les flammes éternelles en partage?... Quidprodest!..,

N° 216. — SAINT Bl-RNARD QUITTE LE MONDE.

Saint Bernard, le grand dévot de Marie, l'éloquent panégyriste de la Très Sainte-Vierge prit, à dixneuf ans, la résolution de quitter le monde où il ne voyait que des périls pour son âme et d'aller s'abriter derrière les murs du cloître de Cîteaux. Sa famille s'y opposa tout d'abord, mais il plaida si bien sa cause que ceux qui ravaient désapprouvé imitèrent son exemple. Il entraîna treiite jeunes nobles à sa suite, parmi lesquels se trouvaient cinq de ses frères. Guy, l'aîné, faisant ses adieux au plus jeune de ses frères, lui dit : « Adieu, mon petit frère Nivard, vous serez

riche, car vous aurez seuls nos biens et nos terres. — Quoi! répondit l'enfant avec une sagesse au-dessus de son âge, vous prenez le ciel pour vous et vous me laissez la terre! Ma part est trop inégale. » — Plus tard, ce dernier quitta toutes ses richesses pour aller, avec son père, rejoindre ses frères et travailler uniquement à son salut.

N"217. — OLID PRODEST?

Le père Lefebvre, de la Compagnie de Jésus, prêchant une retraite de première communion, avait remarqué un enfant de onze ans qui écoutait, avec une attention extrême, les petites allocutions qu'il adressait à ses jeunes auditeurs. Quand quelque vérité le touchait, sa figure s'illuminait et souvent des larmes roulaient dans ses yeux. Le prédicateur, émerveillé de si heureuses dispositions, après le sermon, s'approcha de cet enfant et lui dit gracieusement : (( Mon ami, avez-vous bien écouté le sermon?

— Oui, mon père, dit-il en rougissant- — Mais avezvous bien compris.? — Oui, mon père, dit-il d'une voix un peu plus rassurée. — Avez-vous retenu quelque chose? — Oui, mon père. — Et quoi donc?

— Mon père, les deux mots que vous avez répétés si souvent : Quidprodest ! — Et qu'est-ce que cela veut dire? — A quoi bon ! répondit-il. — Et comme je paraissais étonné: —Oui, dit-il, à quoi bon?... Et il interpréta aussitôt le texte à sa manière : A quoi bon! Ainsi, on dit que je serai riche un jour; mais à quoi bon, si je ne sauvais pas mon âme? Je n'emporterai rien de tout cela... On dit que je porte un beau

nom, mon père, mais à quoi bon s'il n'était pas écrit au livre de la vie éternelle?... Je lui dis alors : Mon enfant, je vois que vous avez bien écouté, bien compris... Eh bien, n'oubliez pas celte vérité. — Jamais mon père, jamais, reprit l'enfant. En effet iln'a jamais oublié le Quid prodest puisqu'il est devenu un boa chrétien, un apôtre, un saint.

ïï' 218. — SAINT PION.

Lorsque les païens conduisaient saint Pion au supplice, le confesseur de la loi s'en allait radieux et content. Les bourreaux lui demandèrent pourquoi il mettait tant d'empressement à aller à la mort où l'on devait traîner forcément les autres condamnés, « Vous vous trompez, je ne vais pas à la mort, leur répondit-il, je vais à la vie. » Quand le feu du bûcher fut éteint, les bourreaux s'aperçurent que les flammes avaient épargné son corps et que son visage avait conservé les couleurs et l'expression de la vie.

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